S’engager ! De l’Antiquité au XXIème siècle

Au cours de l’Histoire, les armées professionnelles n’ont jamais suffi pour défendre un pays en cas de menace directe. Les circonstances ont imposé le recours aux réserves fournies par la conscription, pas toujours universelle.

Dans la Grèce antique, remplir ses obligations militaires à 18 ans donne au jeune homme accès aux droits civiques. Les conquêtes et le développement du commerce favorisent le recours aux mercenaires. Sous la République romaine, tout citoyen est mobilisable dès 17 ans. Au IIIème siècle, la défense de l’Empire ne repose plus que sur une armée de métier et surtout les tribus barbares alliées…qui finiront par provoquer sa chute en 476. En Gaule, en contrepartie de terres, la dynastie mérovingienne institue le « ban », forme embryonnaire du service militaire pour les nobles. Pendant la féodalité, celui-ci devient « l’ost », où la garantie de l’Etat en Grèce et à Rome est remplacée par une relation d’assistance mutuelle entre le vassal et son seigneur. Charlemagne impose à ces derniers l’obligation de fournir le dixième de leurs serfs pour assurer la logistique de l’ost. La guerre ne se pratique qu’au printemps. En 1303, Philippe le Bel convoque exceptionnellement le ban pour quatre mois au lieu de trois. Dès le Xème siècle, certaines villes constituent des milices pour se défendre. Par ailleurs, les nobles subissent la concurrence des bourgeois au sein du ban, qui se dévalorise avec l’apparition d’une armée royale de soldats de métier soldés par la « taille », impôt permanent. Cette armée, bien organisée, mieux entraînée et immédiatement disponible, se diversifie en infanterie, cavalerie et artillerie au cours de la guerre dite de Cent Ans (1337-1453). A partir du XVIIème siècle, la fonction militaire devient une profession à part entière, où l’éducation initiale et le perfectionnement des connaissances supplantent le respect des traditions ancestrales. L’entrée de la France dans la guerre de Trente Ans (1618-1648) et la disparition du mercenariat conduisent à un recrutement des troupes, pendant l’hiver, par les sous-officiers et les « bas-officiers » qui assurent la continuité de l’encadrement et du commandement. Les nobles, colonels ou capitaines propriétaires de leur unité, ne sont militaires que pendant les périodes de combat puis se retirent dans leurs terres. Les ordonnances royales améliorent la condition du soldat, notamment par la constitution d’un cops d’inspecteurs des troupes et de leur matériel (1667) et la construction de l’Hôtel royal des Invalides (1675). Pour compléter les effectifs, Louis XIV institue, au sein des paroisses, la milice royale, fondement du devoir militaire des sujets du roi par tirage au sort mais avec des exemptions possibles. La désertion, passible de la peine de mort depuis l’ordonnance de 1635, se trouve, dans les faits, commuée en condamnation aux galères de la Marine royale. Devant la menace d’invasion de la France par les armées européennes l’Assemblée nationale déclare la patrie en danger en 1793 et décrète la levée en masse des volontaires. La conscription, officialisée par la loi Jourdan-Delbrel de 1798, perdure, avec le retour des exemptions et du tirage au sort, pendant les guerres napoléoniennes et après. Les deux conflits mondiaux nécessitent la mobilisation générale. Pendant la guerre d’Algérie (1954-1962), 80 % des soldats déployés sont des « appelés ». Depuis 2002, la conscription, suspendue mais pas supprimée, concerne aussi les filles.

Loïc Salmon

« S’engager ! De l’Antiquité au XXIème siècle », Matthieu Chillaud. Editions Pierre de Taillac, 200 pages, illustrations, 29,90 €.

Soldats de Napoléon

Défense : durer et vaincre dans un conflit de haute

intensité

Faut-il recréer un service national ?




Podcast « Institutions civiles décorées »

En partenariat avec le Service historique de la Défense, l’Association nationale des croix de guerre et de la valeur militaire a organisé une journée d’études intitulée « La marque du courage – les institutions civiles décorées de la croix de Guerre ». Tenue le 30 juin 2022 à Paris à l’Institut national du service public (ex-ENA), elle était composée de trois tables rondes sur les 14 grandes écoles civiles décorées, les administrations et organisations civiles décorées et les entreprises et organisations professionnelles décorées. En outre, le général d’armée Benoît Puga, Grand chancelier de la Légion d’honneur, est intervenu.

Sommaire :

Partie 1 : introduction par Monsieur Frédéric Guthmann, secrétaire général de l’Institut national du service public

Partie 2 : introduction par le Colonel (H) Michel Bachette-Peyrade, président national de l’Association nationale des croix de guerre et de la valeur militaire

Partie 3 : première table ronde « Les quatorze grandes écoles décorées de la croix  de  guerre », présidée par le Colonel (H) Pierre Castillon, président fondateur de l’Académie des technologies

Partie 4 : deuxième table ronde « Les administrations et  organisations civiles décorées de la croix de Guerre », présidée par Madame Frédérique Neau-Dufour, professeur agrégé d’Histoire, écrivain

Partie 5 : troisième table ronde « Les entreprises et organisations professionnelles décorées de la croix de Guerre », présidée par le Lieutenant-Colonel (R) Franck Galland, directeur général d’Environmental Emergency & Security Services ((ES)2

Partie 6 : synthèse générale par Monsieur Jean-François Dubos, Conseiller scientifique de la journée d’étude, Chef du département de la bibliothèque du Service historique de la défense

Partie 7 : intervention du Général d’armée Benoît Puga, Grand chancelier de la Légion d’honneur

 




« Les institutions civiles décorées de la croix de Guerre », journée d’étude du 30 juin 2022 à l’Institut national du service public

 

La journée d’étude sur les institutions civiles décorées de la croix de Guerre a réuni 130 participants le 30 juin 2022 dans le cadre prestigieux de l’Institut national du service public (INSP, ex-Ecole nationale d’administration) à Paris. Après des introductions par le secrétaire général de l’INSP, Frédéric Guthmann, et le président national de l‘ANCGVM Michel Bachette-Peyrade, la première table ronde, présidée Pierre Castillon (ANCGVM), a porté sur les 14 grandes écoles décorées. La deuxième table ronde, présidée par Frédérique Neau-Dufour (professeur agrégée d’Histoire et docteur en Histoire) a concerné les administrations et organisations civiles décorées. La troisième tables ronde, présidée par Franck Galland (ANCGVM), a présenté les entreprises et organisations professionnelles décorées. Jean-François Dubos, conseiller scientifique et chef du département de la bibliothèque du Service historique de la Défense, a réalisé la synthèse de chaque table ronde. Enfin, la journée d’étude s’est terminée après une intervention du général d’armée Benoît Puga, Grande chancelier de la Légion d’honneur.

Loïc Salmon

www.defense.gouv.fr/memoire

www.eduscol.education.fr/cid47702/ressources-nationales-pour-l-education-a-la-defense.html

www.cheminsdememoire.gouv.fr

www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr

 

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Renseignement et espionnage du Premier Empire à l’affaire Dreyfus (XIXe siècle)

Reconnus par les autorités politiques au cours du XIXème siècle, les services de renseignement montent en puissance en effectifs et sur les plans structurel, cryptographique et technique.

Entre 1792 et 1815, la France et la Grande-Bretagne s’affrontent, directement ou non, sur les champs de bataille et dans une guerre de l’ombre. La première s’appuie sur les réseaux irlandais et la seconde sur les émigrés sur son sol et les réseaux royalistes en France. La Couronne britannique bénéficie aussi de la collaboration du service de renseignement de la banque Rothschild présente à Londres, Paris, Francfort, Vienne et Naples. Grâce aux réseaux diplomatiques, Napoléon dispose d’un éventail de sources pour le renseignement de documentation de niveau politique, à savoir la menace, la connaissance du milieu et l’évaluation des vulnérabilités adverses Pour préparer les interventions militaires depuis Paris, le renseignement de situation sur le futur théâtre d’opérations recherche les indices permettant d’estimer où et quand aura lieu l’événement. En outre, le « cabinet noir » ouvre la correspondance des diplomates et des suspects déjà surveillés. Un autre service se spécialise dans le décryptage des codes adverses. Enfin, le Dépôt de la guerre, à l’origine de l’Institut géographique national, réalise des cartes sur toute l’Europe. A l’époque, la torture n’est pas de mise entre armées régulières. L’interrogatoire des prisonniers nécessite la maîtrise d’une technique basée sur la logique, la déduction, la vivacité d’esprit et une certaine dose d’empathie. Après 1815, la monarchie congédie tous les agents secrets ayant servi la République et l’Empire, désorganisant durablement le renseignement français jusqu’à la défaite de 1870. A partir de la seconde moitié du XIXème siècle, les révolutions industrielles et les conquêtes coloniales décuplent les besoins en renseignement des Etats européens, rivaux sur les plans politique, économique et militaire. La Prusse prend l’initiative d’un service de renseignement permanent et formalise progressive les règles du métier. La guerre de Crimée (1853-1856) ayant démontré l’insuffisance du renseignement extérieur reposant uniquement sur la Marine et le ministère des Affaires étrangères, l’Armée britannique crée le Département de topographie et de statistiques en 1855. Puis un service de renseignement permanent, rattaché à l’état-major général, voit le jour en 1873. Il se structure dans les activités d’espionnage et de contre-espionnage en 1909, sous le nom de « Secret Service Bureau », après les deux guerres « irrégulières » des Boers (1880-1881 et 1899-1902). Pendant le Second Empire (1852-1870), la concertation entre Paris et Londres sur les affaires internationales vise à empêcher l’un de prendre un avantage majeur sur l’autre, notamment sur mer. Dans les ambassades, l’attaché naval, en l’occurrence un officier de Marine, évalue les opportunités de coopération, observe les progrès techniques et cherche à comprendre les intentions de l’Amirauté du pays d’accréditation. Commencé en Grande-Bretagne en 1860, le réseau français se développe selon la modernisation ou la montée en puissance des Marines, à savoir en Italie et Russie en 1886, en Allemagne (1895), au Japon et aux Etats-Unis (1899). Il totalise 10 postes d’attachés résidents et 9 postes de non-résidents en 1913.

Loïc Salmon

« Renseignement et espionnage du Premier Empire à l’affaire Dreyfus (XIXe siècle) », ouvrage collectif. Editions Cf2R Ellipses, 480 p., 29,50 €.

Renseignement et espionnage de la Renaissance à la Révolution (XVe-XVIIIe siècles)

Renseignement et espionnage pendant l’Antiquité et le Moyen-Âge

La nouvelle guerre secrète




L’ANCGVM présente à la cérémonie du 8 mai 2022 à l’Arc de Triomphe à Paris

 

Lors de la cérémonie de la commémoration du 77ème anniversaire de la victoire du 8 mai 1945, trois membres du conseil d’administration de l’Association nationale des croix de guerre et de la valeur militaire ont déposé une gerbe sur la tombe du Soldat inconnu sous l’Arc de Triomphe : le président national, Michel Bachette-Peyrade, entouré de Franck Galland (à droite), président de la section de Paris, et de Pierre Castillon (à gauche).

Cette année, le drapeau de l’association, présent sous l’Arche, était porté par la jeune secrétaire générale de la section ANCGVM Poitou-Charentes, Faustine Tedoldi-Jotreau.

A l’issue de la cérémonie, Michel Bachette-Peyrade a rappelé au Président de la République, Emmanuel Macron, la citation du Maréchal Juin : « Lorsque dans notre pays on parle de courage et de grandeur, c’est vers les croix de Guerre que se tournent les regards ».




Renseignement et espionnage de la Renaissance à la Révolution (XVe-XVIIIe siècles)

La nécessité du secret croît avec la puissance du souverain, qui s’entoure de personnes chargées de gagner des batailles à ne pas livrer. Recours à la psychologie et appropriation des savoir-faire étrangers annoncent la professionnalisation de cette activité.

En trois siècles, le renseignement va profiter d’événements importants. La naissance de l’imprimerie, qui révolutionne l’information, transforme le rapport au savoir et à la connaissance. La mise en place de services postaux royaux accélère la transmission de renseignements, qui va de pair avec le perfectionnement de la cryptographie. Les grands conflits internationaux renforcent la nécessité du renseignement militaire, du contre-espionnage et du développement de réseau d’agents chez l’adversaire pour anticiper et perturber son action. Les grandes découvertes, qui repoussent les limites du monde connu, entraînent des rivalités politiques et commerciales. Le renseignement porte sur la surveillance des concurrents, la cartographie, les techniques de construction navale et les instruments de navigation. Suite à l’essor de l’activité marchande, les banques misent sur le renseignement économique, à savoir les capacités des emprunteurs, mais aussi politique pour prévoir les événements pouvant influer sur les cours des monnaies et les marchandises. Toutefois, le renseignement extérieur ne se différencie pas encore de la diplomatie et la reconnaissance militaire ne dure que le temps de la campagne. Parfois, les activités de renseignement extérieur et intérieur relèvent de la même structure, souvent liée à un homme ou à une organisation temporaire, créée pour un objectif particulier. Enfin, la révolution industrielle déclenche une nouvelle compétition caractérisée par l’espionnage technologique. Le statut des professionnels du renseignement varie selon les critères sociaux en vigueur. Ainsi, alors que la Grande-Bretagne les considère égaux et partenaires des diplomates, la France les situe en dessous, dans le monde, interlope mais nécessaire, des policiers et des militaires. Puissance commerciale majeure aux XVIème et XVIIème siècles, la République de Venise dispose de services de renseignements permanents, efficaces et compétitifs par rapport aux monarchies européennes. Quoique dépourvue d’un service spécifique, la papauté profite de la collecte d’informations dans le monde entier, assurée par les prêtres et les ordres religieux. En raison de son ambition de puissance mondiale, l’Espagne finance un service secret dirigé contre l’Empire ottoman, mais aussi contre la France et l’Angleterre. La décision de la France de fonder une colonie de peuplement au Canada est en effet perçue comme une menace pour celles de l’Espagne en Amérique centrale, en cas de conflit entre les deux pays. Pour rétablir le catholicisme en Angleterre et exiger des dédommagements à la piraterie contre ses galions, Madrid tente une invasion navale, qui échoue grâce à une tempête et à l’efficacité du service de renseignement britannique. Par la suite, ce dernier contribue au rattrapage technologique du pays dans le domaine maritime. En France, Louis XI tisse un réseau d’agents secrets dans toute l’Europe. Louis XV crée le « Secret du Roi », en parallèle à la diplomatie officielle. Dès 1797, Talleyrand, ministre des Relations extérieures, anime un service secret…pendant plus de dix ans !

Loïc Salmon

« Renseignement et espionnage de la Renaissance à la Révolution (XVe-XVIIIe siècles) », ouvrage collectif. Editions Cf2R Ellipses, 500 p., 29,50 € ;

Renseignement et espionnage pendant l’Antiquité et le Moyen-Âge

Les espions du Vatican

Histoire secrète du XXème siècle, mémoires d’espions




Qui ose vaincra

La victoire repose sur l’audace dans l’action…précédée d’une longue réflexion, comme l’expérimentent les chefs militaires à différents niveaux.

La prise de risque calculée explique le succès de la plupart des vingt opérations présentées. Lors de la bataille de Leuctres (6 juillet 371 avant JC) l’armée de Sparte, réputée invincible, affronte celle de Thèbes en situation défavorable. Pourtant, le chef thébain Epaminondas remporte la victoire en adaptant, de manière imprévisible, le schéma de combat de l’époque. Il attaque directement l’élite des troupes spartiates avec ses meilleurs combattants, créant un effet de surprise qui disloque le dispositif adverse, conditionné par de longues heures d’entraînement et difficile à rétablir rapidement. Alexandre le Grand s’inspire de cette tactique lors de la bataille de Gaugamèles (1er octobre 331 avant JC) contre l’armée perse, hétéroclite mais très supérieure en nombre et qui a imposé et aménagé le terrain d’affrontement. Dès son plan initial, Alexandre prend l’initiative pour atteindre directement le roi perse Darius III, avant que la masse de manœuvre de son armée puisse se mettre en mouvement. La fuite de Darius provoque la défaite de son armée puis la chute de son empire. En Chine, entre le 15 octobre 1934 et le 19 octobre 1935, afin d’échapper à un encerclement par l’armée nationaliste de Tchang Kaï-chek, l’armée du jeune Parti communiste, commandée par Mao Tsé-toung, parcourt 12.000 km à travers 11 provinces et livre 500 combats contre les nationalistes, les « seigneurs de la guerre » et les pillards. Malgré la perte de 80 % de son effectif, l’Armée populaire de libération a réussi sa « longue marche », grâce à sa capacité de résilience qui a même entraîné le ralliement de certaines unités nationalistes et facilité les campagnes de recrutement. Le 10 mai 1940, le succès de l’attaque allemande du fort d’Eben-Emael, réputé imprenable, démoralise la Belgique, dont l’esprit de résistance s’effondre. La forteresse est tombée en quelques heures, surprise par l’audace et l’efficacité tactique d’un assaut aéroporté, mené par des soldats d’élite spécialement entraînés depuis six mois. Transportés par planeurs pour garantir la discrétion en vol et la concentration rapide des moyens à l’atterrissage, ils ont neutralisé la défense du fort par l’emploi de charges creuses à haut pouvoir de pénétration. Dans la nuit du 18 au 19 décembre 1941, un commando italien de six hommes-grenouilles réussit à pénétrer dans le port égyptien d’Alexandrie, l’un des principaux points d’appui de la Marine britannique en Méditerranée. Chaque équipe de deux nageurs enfourche une torpille modifiée, emportant une charge détachable de 230 kg d’explosifs avec un détonateur à minuterie et une ventouse. Malgré des difficultés inouïes, ils parviennent à couler un pétrolier et deux cuirassés britanniques. Le 27 juin 1976, deux membres du Front populaire de libération de la Palestine et deux Allemands de la Fraction armée rouge détournent, vers l’aéroport ougandais d’Entebbe, un avion d’Air France avec 250 passagers, dont une centaine d’Israéliens. Ils exigent la libération de 53 prisonniers pro-palestiniens détenus au Kenya et en Israël, Allemagne de l’Ouest, France et Suisse. Après la libération de 147 otages, l’ultimatum est fixé au 4 juillet. Dans la nuit du 3, après un raid de 3.600 km, un commando israélien évacue les 106 otages restants dont l’équipage, tue les terroristes…mais déplore la mort de son chef.

Loïc Salmon

 « Qui ose vaincra », Gilles Haberey et Hugues Perot. Editions Pierre de Taillac, 154 p, illustrations, 26,90 €.

Conduite de la bataille, planification et initiative

Les 200 meilleures ruses et tactiques de guerre

Lève-toi et tue le premier




Les 200 meilleures ruses et tactiques de guerre

Le combat sur terre et sur mer repose sur la tactique et la ruse. Cette dernière peut renverser la situation pour celui qui risquait, au début, d’être vaincu par un adversaire plus nombreux.

Souvent, la victoire résulte de l’effet de surprise, planifié ou improvisé. De l’Antiquité, avec le cheval de Troie, à la seconde guerre mondiale, avec le faux projet de débarquement des troupes alliées dans le Pas de Calais en 1944, les exemples abondent. Face à l’armée thrace, le stratège athénien Iphicrate (419-353 avant JC) abandonne son camp avec tous ses bagages et bêtes de somme et attire l’ennemi dans une embuscade. A Salamine (480 avant JC), le stratège athénien Thémistocle dispose de 380 trirèmes qui risquent l’encerclement par une flotte perse de plus de 600 navires. Il parvient à la désorganiser en l’obligeant à franchir un chenal étroit où les trirèmes grecques, plus rapides, la déciment. En 332 avant JC, Alexandre le Grand assiège la ville phénicienne de Tyr, située sur une île. Après sept mois de travaux et d’échecs, il envisage de lever le siège quand un énorme monstre marin s’échoue sur la jetée macédonienne. Les deux belligérants y voient un signe favorable. Mais alors que les Tyriens festoient toute la nuit, Alexandre déplace la plus grande partie de sa flotte sur un autre point et donne l’assaut final des murailles. Lors de la bataille des Champs Raudiens (30 juillet 101 avant JC), une armée romaine de 52.300 hommes affronte 160.000 Cimbres, venus du Danemark et guère habitués à l’été italien. Ces derniers, obligés de progresser face à l’Est avec leurs boucliers devant les yeux, portent des casques et cuirasses métalliques qui décuplent la chaleur. Les Romains remportent une victoire écrasante. Grâce à la chaleur, le roi de France Philippe IV le Bel remporte la victoire de Mont-en-Pévèle, le 18 août 1304, contre les troupes flamandes. A l’issue d’une journée caniculaire, sa cavalerie contourne l’armée adverse et s’empare de son camp, la privant de nourriture et de boisson. Le 5 novembre 1757, le roi de Prusse Frédéric II établit son camp à Rossbach sur une colline escarpée face à une armée française deux fois plus nombreuse. Feignant la retraite, il la prend à revers et la désorganise complètement. Pendant la guerre franco-prussienne de 1870-1871, Paris assiégé survit grâce à deux ruses : les ballons pour acheminer le courrier (3 millions de lettres), évacuer des personnalités et relever les positions de l’ennemi ; les pigeons voyageurs transportés par ballons, pour ne pas être interceptés, et porteurs de microphotographies (2.000 messages par pigeon). Durant la première guerre mondiale, quand ils font surface dans les eaux territoriales, les sous-marins britanniques rejettent de grandes quantités de pain pour attirer les mouettes, qui repèrent vite ce type de navire. Les guetteurs surveillent les attroupements de mouettes et, si aucun submersible britannique n’est censé se trouver à cet endroit, il s’agit d’un sous-marin allemand. Pendant la guerre du désert (juin 1940-février 1943), le célèbre illusionniste britannique Jasper Maskelyne, mobilisé dans l’unité spéciale de dissimulation « A Force », trompe l’Afrikakorps allemand par le déploiement de chars camouflés en faux camions. Il fait construire un faux port d’Alexandrie et l’allumage d’incendies pour leurrer la Luftwaffe, qui attaque de nuit. Le faux port est reconstruit avant l’aube, afin de berner les avions de reconnaissance allemands.

Loïc Salmon

« Les 200 meilleures ruses et tactiques de guerre », Anne Pouget. Editions Pierre de Taillac, 192 pages, illustrations, 9,90 €.

L’Armée Française en Guerre en 100 objets et 100 mots

Le fusil à tirer dans les coins

Le livre qui va faire de vous un chef




Défense : la laïcité, facteur de cohésion dans les armées

L’aumônerie militaire apporte un soutien cultuel, spirituel et moral à ceux qui le souhaitent, dans le respect de la laïcité en vigueur en France. De plus, elle conseille le commandement.

Outre Hervé Grandjean, porte-parole du ministère des Armées, les aumôniers en chef (AUMC) des principales religions pratiquées l’ont expliqué à la presse, le 24 juin 2021 à Paris : Mgr Antoine de Romanet, évêque aux Armées ; le rabbin Joël Jonas ; l’imam Nadir Méhidi ; le pasteur Etienne Waechter. Par ailleurs, un prêtre orthodoxe non AUMC est détaché au sein de la Légion étrangère. Même s’il n’y a pas d’AUMC bouddhiste, des contacts existent avec l’Union bouddhiste de France.

Une longue histoire. La laïcité s’oppose à la reconnaissance d’une religion d’Etat. Juridiquement, elle repose sur le principe de séparation des sociétés civile et religieuse dans l’Etat, qui observe impartialité et neutralité à l’égard des religions. En France, la loi de 1905 sur la laïcité garantit la liberté de conscience et de culte dans toutes les administrations publiques. Toutefois, pour les militaires, souligne Hervé Grandjean, les impératifs de la mission et le principe de cohésion l’emportent sur l’expression religieuse. La première aumônerie militaire remonte…à Pépin le Bref en 742 ! François Ier instaure la Grande Aumônerie du Roi en 1541. Louis XIII autorise le culte protestant dans les armées en 1626. Supprimée sous la Révolution (1789-1799), l’aumônerie militaire est rétablie sous la Restauration (1815-1830). Suite à la campagne d’Egypte (1798-1801), des imams servent dans les armées depuis l’époque napoléonienne. En 1866, Napoléon III organise, par décret, l’aumônerie militaire en temps de guerre. En 1874, la Troisième République promulgue une loi sur la présence permanente d’aumôniers catholiques, protestants et israélites. La loi du 8 juillet 1880, qui réaffirme la liberté de culte au sein des armées et le principe de l’aumônerie militaire, a donc précédé de 25 ans celle sur la laïcité. La mosquée de Paris est construite en 1926. Le Conseil français du culte musulman, qui représente les musulmans de France auprès des instances étatiques pour les questions religieuses, est institué en 2003. L’aumônerie militaire du culte musulman suit deux ans plus tard.

Un statut particulier. Les aumôniers militaires portent un uniforme, emblème de la communauté militaire, indique Hervé Grandjean. Leur insigne, formé de deux branches d’olivier entrecroisées, inclut un signe spécifique de reconnaissance : la croix pour les catholiques et les protestants ; les tables de la Loi pour les juifs ; le croissant pour les musulmans. Chaque aumônerie, dirigée par un AUMC, comprend des laïcs, dont des femmes. Le ministère des Armées rémunère les aumôniers selon l’âge et un barème de soldes variant du grade de lieutenant à celui de lieutenant-colonel. En 2019, il disposait de 209 aumôniers militaires d’active, 66 de la réserve opérationnelle et 83 de la réserve citoyenne. Environ 80 d’entre eux étaient déployés en opération. Leur recrutement se fait sur proposition de chacune des autorités religieuses civiles, à savoir le Diocèse aux armées françaises, la Fédération protestante de France, le Consistoire central israélite et le Conseil français du culte musulman. Outre un niveau théologique minimum, tout candidat doit avoir obtenu le diplôme universitaire de formation à la laïcité, rendu obligatoire par le décret du 3 mai 2017 pour tout futur aumônier pénitentiaire, hospitalier ou militaire, quel que soit son culte. Les aumôniers militaires, tous cultes confondus, reçoivent également une formation spécifique d’une durée de trois semaines à l’Ecole des commissaires des armées de Salon-de-Provence.

Le culte catholique. L’aumônier partage la vie de tous dans des dimensions d’écoute, de disponibilité et de confidentialité, indispensables quand les militaires se trouvent éloignés de leurs bases géographique, familiale et culturelle, souligne Mgr de Romanet. Il est à l’aise avec chacun, car il a le même grade que son interlocuteur. Il devient un compagnon d’armes des soldats, dont l’engagement légitime le droit de donner la mort. Les informations sur le moral des troupes remontent à l’AUMC, qui dépend du chef d’Etat-major des armées. Les armées vivent la laïcité de « façon exemplaire » dans le respect des croyances de chacun. La séparation des domaines politique et religieux fait partie intégrante de la religion chrétienne. Ni l’un ni l’autre ne présentent de caractère totalitaire, contre lequel la laïcité constitue un rempart pour la liberté. A cet égard, précise Mgr de Romanet, les quatre AUMC se rencontrent une fois par mois.

Le culte israélite. Au sein des armées, les quatre religions vivent ensemble et dialoguent, indique le rabbin Jonas. Une religion mal comprise peut devenir le ferment d’un conflit. Les accents qui se propagent sur les réseaux sociaux inquiètent 95 % des juifs français. Quand on a la foi, porter la mort n’est pas gratuit, précise l’AUMC. C’est le signe d’un engagement très fort pour servir les valeurs de la France. Les militaires voient parfois des scènes épouvantables, dont ils ont du mal à gérer et contrôler les images ensuite. La guerre du Golfe (1991) a donné lieu à une prise de conscience du syndrome post-traumatique, pour lequel les armées ont fait beaucoup d’efforts. Aux militaires qui en ont besoin, les aumôniers apportent un soutien sur tous les plans. Aux questions les plus courantes sur la vie quotidienne, ils apportent leur savoir-faire pour trouver les mots qui parlent à l’épouse et aux enfants ou suscitent confidence, confiance et amitié.

Le culte musulman. L’engagement de musulmans dans les armées françaises remonte à 1802, rappelle l’imam Méhidi. Suite à l’instauration du Conseil français du culte musulman en 2003, 36 aumôniers militaires, hommes et femmes, sont aujourd’hui présents dans les unités militaires en métropole et en opérations extérieures. Pendant la pandémie du Covid 19, ils accompagnent les familles dans l’accomplissement du deuil sur les plans religieux et moral. Au quotidien, les militaires musulmans pratiquent leur culte et conjuguent leur foi avec leur situation professionnelle. Ils concourent ainsi au succès de leur mission et tout en assouvissant leur quête de sens grâce à leur spiritualité, souligne l’imam Méhidi.

Le culte protestant. Dans les armées françaises, la laïcité permet une cohabitation des religions, dont les spécificités facilitent la compréhension et l’action communes, estime le pasteur Waechter. Elle constitue un aspect particulier des relations entre les religions, représentées par les aumôniers, et l’Etat, représenté par les armées détentrices de la force légale. Loin de les opposer, elle débouche sur une approche concrète et collaborative, fondée sur la raison d’être des aumôneries, quel que soit leur culte. Celles-ci sont destinées à aider les militaires, hommes et femmes, s’ils le souhaitent et dans des domaines divers et non exclusivement celui de la spiritualité. Les AUMC restent à l’écoute permanente du commandement. Quant aux blessés psychiques, le Service de santé des armées assure leur prise en charge. Les aumôniers n’interviennent auprès des familles que s’ils sont sollicités, précise le pasteur Waechter.

Loïc Salmon

Géopolitique : poids de l’élément religieux dans les relations internationales

Diplomatie : prise en compte du fait religieux dans le monde

Etats-Unis : influence religieuse sur la politique étrangère




Discours de guerre Napoléon Bonaparte

« Soldats, je suis content de vous. » Cette phrase et tant d’autres rythment l’épopée napoléonienne et laissent une empreinte durable dans les mémoires.

Pendant ses campagnes d’Italie (1796-1797) et d’Egypte (1798-1799), le général Bonaparte prend César pour modèle. Premier consul (1799-1804) puis empereur (1804-1815), Napoléon s’inspire du Polonais Jean Sobieski, vainqueur des Ottomans en 1683, et du roi de Prusse Frédéric II (1712-1786), dont il rapporte l’épée aux Invalides à Paris après la victoire de Wagram (1809). Son éloquence militaire renforce le moral des troupes et les électrise, mais ne convainc pas les parlementaires lors du coup d’Etat du 18 brumaire. Ses proclamations, destinées à être lues par des officiers devant quelques centaines de soldats, nécessitent des phrases courtes et audibles sur le champ de bataille. Ses discours de guerre, qui paraissent dans la presse, sont publiés intégralement dans le Moniteur universel, journal officiel du régime. Après chaque bataille, les Bulletins de la Grande Armée informent les participants aux combats et le grand public, qui suit ainsi la progression des armées. Même s’ils ne voient pas Napoléon lors de ses proclamations, les soldats savent qu’ils pourront lui parler de façon informelle aux bivouacs. Les références à la « grande nation » de la Révolution, qui exporte ses principes en Europe, s’estompent au profit de la gloire militaire sous l’Empire. Le sens de l’honneur, qui impose le respect de l’adversaire et des pays conquis, est exalté. Fin 1799, désireux de parvenir à la paix civile, le Premier consul exhorte l’Armée de l’Ouest à marcher contre les chouans, qualifiés de « rebelles » : « Des Français stipendiés de l’Angleterre ! Ce ne peuvent être que des hommes sans aveu, sans cœur et sans honneur. » A ses soldats les plus valeureux, il attribue des « armes d’honneur » dès 1800. Ce signe de la reconnaissance individuelle s’étend au monde civil par l’institution de l’ordre de la « Légion d’honneur » en 1802. L’année précédente, l’anniversaire du 14 juillet lui a donné l’occasion de rappeler aux Français l’héritage de la Révolution, à savoir l’abolition de la féodalité : « Un Code civil, mûri par la sage lenteur des discussions, protégera vos propriétés et vos droits. ». Napoléon transforme ses victoires en événements historiques. Le soir du 2 décembre 1805, il comprend que la « Grande Armée » vient de vivre une journée exceptionnelle lors de cette « bataille des trois empereurs » français, autrichien et russe, présents sur le terrain. Il proclame : « Soldats ! Vous êtes les premiers guerriers du monde ! La mémoire de ce jour et de vos exploits sera éternelle. » Le lendemain, l’annonce de la victoire se termine par : « il vous suffira de dire : J’étais à la bataille d’Austerlitz pour que l’on vous réponde : Voilà un brave. » La signature de la paix le 26 décembre est accueillie avec enthousiasme. La victoire donne lieu à l’organisation d’une grande fête à Paris, où la Grande Armée est conviée, car : « Vous avez vu votre Empereur partager avec vous vos périls et vos fatigues ; je veux aussi que vous veniez le voir entouré de la grandeur et de la splendeur qui appartient au souverain du premier peuple de l’univers. ». Lors de sa seconde abdication en 1815, Napoléon rédige un discours testament : « Sauvez l’honneur, l’indépendance des Français ; soyez jusqu’à la fin tels que je vous ai connus depuis vingt ans et vous serez invincibles. » Le gouvernement provisoire interdit cette proclamation.

Loïc Salmon

« Discours de guerre Napoléon Bonaparte », Jacques-Olivier Boudon. Editions Pierre de Taillac, 198 pages, illustrations, 9,90 €.

Campagne d’Italie, 1796-1797

Soldats de Napoléon

Exposition « Napoléon stratège » aux Invalides