Le Tsar c’est moi

Pouvoir et auto-attribution d’une légitimité divine s’inscrivent dans l’histoire politique, sociale et culturelle de la Russie. Parallèlement, les apparitions récurrentes de faux empereurs, de faux dignitaires et de faux révolutionnaires ont sérieusement inquiété tous les régimes.

L’auteur, directeur de recherche au CNRS, se livre à une savante analyse de ce phénomène, qui apparaît au XVIème siècle avec l’avènement d’Ivan IV le Terrible (1530-1584). Son règne est marqué par la réorganisation de l’appareil de gouvernement, les guerres extérieures incessantes, la montée du servage et plusieurs vagues de terreur. Après la conquête du khanat mongol de Kazan, le Grand Prince de Moscovie, Ivan IV, prend le titre de « tsar » (César empereur), autrefois porté par les souverains byzantins, se plaçant ainsi à égalité avec le titulaire de la couronne du Saint-Empire romain germanique remontant à Charlemagne. Dès le XVème siècle, le Grand Prince appelle ses sujets « esclaves ». Particularité de la Moscovie, les esclaves y sont nés et se sont vendus eux-mêmes à leurs créanciers, à titre perpétuel et héréditaire pour échapper à leurs dettes. Ceux de la famille du Grand Prince vont progressivement exercer des fonctions dans l’appareil du  gouvernement central. L’établissement de rapports serviles entre le monarque et sa noblesse va s’étendre parmi la population russe. Ivan IV affirme que son autorité lui vient de Dieu et ne peut être contrôlée par une institution intermédiaire, Église orthodoxe comprise. Exécuteur autoproclamé de la volonté divine, le tsar exerce un pouvoir illimité sur ses sujets. Pierre 1er le Grand (1672-1725) rationalise cette autocratie, en s’inspirant des modèles politiques européens. Pourtant, il exige une adhésion religieuse à sa personne, fondée sur le charisme qu’il a obtenu du Saint-Esprit. En outre, il modifie la transmission héréditaire de la propriété foncière, qui revient au fils le plus méritant et non plus automatiquement à l’aîné qui risquerait de dilapider l’héritage. Mais si chacun peut être désigné par Dieu ou le Saint-Esprit, quiconque peut alors prétendre au trône s’il parvient à convaincre beaucoup de monde qu’il est fils de tsar, ouvrant ainsi la voie à de nombreux imposteurs, explique Claudio Ingerflom. Ivan le Terrible et Pierre le Grand sont tous deux despotes, réformateurs et assassins de leur fils aîné. A leur mort, des imposteurs se font passer pour leur fils et provoquent des révoltes populaires. Le mécontentement social réveille systématiquement le soupçon sur l’authenticité de « l’Élu », qui se doit d’être parfait. Même la « despote éclairée » Catherine II (1729-1796), complice du meurtre de son époux Pierre III (petit-fils de Pierre le Grand), doit mater l’insurrection du Cosaque Pougatchev, qui se déclare « Pierre III ». Le régime soviétique remplace la religion par le « socialisme scientifique » et conserve la sacralité du dirigeant suprême, qui perdure aujourd’hui avec le « sauveur de la Russie », Vladimir Poutine. Il y a eu des faux Lénine, faux Trotski et faux fils de Staline. L’imposture a touché aussi les documents officiels : faux « oukases » des tsars sur la redistribution des terres, fausses identités de classe en accord avec les exigences du régime soviétique et même fausses attestations d’héroïsme pendant la seconde guerre mondiale et celle d’Afghanistan (1979-1989), pour obtenir des avantages matériels.

Loïc Salmon

Chine, Iran, Russie : un nouvel empire mongol ?

La puissance au XXIème siècle : le poids de l’Histoire

« Le Tsar c’est moi, l’imposture permanente d’Ivan le Terrible à Vladimir Poutine » par Claudio Ingerflom. Éditions puf, 518 pages, prix 29 €.




Secret Défense

Cet ouvrage, abondamment illustré, raconte les heurs et malheurs du renseignement militaire et lève le voile sur certains épisodes de l’histoire de la France. Cryptographie (« chiffre »), clé de la sécurité des transmissions, et actions subversives sont allées de pair.

Ainsi, le chiffre de Jules César (100-44 avant J.C.) sera « cassé » seulement au milieu du IXème siècle, celui de Blaise de Vigenère (1523-1596) en 1854 et celui d’Antoine Rossignol (1600-1682) à la fin du XIXème siècle. L’organisation des services de renseignement (SR) incluant la collecte d’information (stratégiques et tactiques) et les « actions » (infiltration, provocation, manipulation ou interrogatoire « musclé »), mise au point par la Rome impériale, durera en France jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale. Au Moyen-Age, le contexte des guerres extérieures et des tentatives de déstabilisation du pouvoir monarchique, incite Louis XI à créer un système de relais de postes dans tout le royaume pour faire remonter rapidement le renseignement. Les guerres de religion aux XVIème et XVIIIème siècles favorise l’éclosion massive de l’espionnage. Environ un tiers des agents sont d’anciens officiers nobles, traîtres par idéologie ou nécessité. Un autre tiers comprend les secrétaires ou juristes ayant accès aux documents des princes. Le reste est constitué d’ecclésiastiques, fins psychologues et parfois proches du pouvoir. S’y ajoutent les marchands, financiers et aventuriers de tout poil. Dans les armées, l’espion, qui n’est pas protégé par les lois de la guerre, risque l’exécution sommaire après la torture pour en obtenir aveux et dénonciations. La recherche du renseignement, même tactique, est prise de haut par les officiers, qui estiment déshonorantes les activités des SR. A part les campagnes de Crimée (1854-1856), d’Italie (1859) et les expéditions coloniales en Afrique et en Extrême-Orient, ce dédain perdure en France jusqu’en 1870, alors que les officiers anglais, russes, américains et prussiens n’ont aucun scrupule à se déguiser et prendre une fausse identité pour pénétrer les desseins de l’ennemi. L’attitude des princes envers les SR fluctue au cours des siècles. Le père Joseph, éminence grise du cardinal de Richelieu, met sur pied un vaste réseau d’agents professionnels, de l’Angleterre au Levant en passant par le Canada et la Russie, et crée une académie de cryptographie. Ainsi, grâce au déchiffrement de messages des protestants de La Rochelle, le cardinal parvient à les faire capituler. Pendant la guerre contre l’Espagne, son service de contre-espionnage arrête des agents ennemis, dont les peintres de renom Rubens, Velasquez et Van Dick ! Son successeur, Mazarin, envoie en missions secrètes le plus fameux des cadets de Gascogne, D’Artagnan. Les SR de Louis XIV, réorganisés par Louvois, recourent aussi aux petits groupes de partisans pour effectuer des reconnaissances dans la profondeur des territoires ennemis. Louis XV, qui se méfie des SR de l’État, crée le « Secret du Roi », qui ne dépend que de lui. Son agent le plus célèbre, le chevalier d’Éon, s’habillait parfois en femme. Louis XVI enverra discrètement armes et munitions aux « insurgents » américains, avant les expéditions officielles de l’amiral De Grasse et du général Rochambeau. Napoléon multiplie les SR pour mieux les contrôler : gendarmerie, armées, diplomatie, police politique et police des Tuileries pour sa protection rapprochée. Pendant la Grande Guerre, l’agent double Mata Hari deviendra l’archétype de la femme fatale.

Loïc Salmon

« Secret Défense » par Constantin Parvulesco. Éditions E-T-A-I, 144 pages, 37,50 €.

Mousquetaires !

Des Aigles et des Hommes : sur les traces de la Grande Armée

Armée de Terre : nécessité du renseignement au « bon endroit » et au « bon moment »

 




D’Azincourt à Marignan, Chevaliers & Bombardes

La France et l’Angleterre, passées du Moyen-Age lors de la bataille d’Azincourt (1415) à la Renaissance avec celle de Marignan (1515), ont connu les mutations de l’art de la guerre.

A Azincourt, leur supériorité numérique a conforté les Français dans la conviction d’une victoire bientôt acquise. Ce sentiment était renforcé par le mépris de leur chevalerie à l’égard de la « piétaille » anglaise, qui osait la défier. Leur défaite s’explique notamment par l’inadaptation de la cavalerie lourde face à la mobilité de l’infanterie et la profusion des hommes au regard de l’étroitesse du terrain. Par la suite, le modèle des fantassins suisses, en rangs serrés et équipés de longues piques, sera imité dans toute l’Europe. Cette émergence de l’infanterie favorise la promotion sociale par le métier des armes. Par ailleurs, l’artillerie, apparue dès 1338 en France pour la défense des villes et châteaux, s’améliore au cours du siècle suivant : canons en fer ou en bronze, boulets métalliques et affuts sur roues. Pendant la trêve de la guerre avec l’Angleterre entre 1444 et 1449, Charles VII constitue une armée permanente payée chaque mois. Il crée d’abord 15 « compagnies d’ordonnance » de 100 « lances » chacune, soit environ 6.000 combattants. Une lance compte un « homme d’armes », cavalier lourd en armure, et quelques piétons et cavaliers légers en nombre variable. Le roi institue ensuite les « francs-archers », soit 8.000 hommes recrutés parmi les roturiers. Chaque paroisse doit désigner un habitant, en principe volontaire, qui, exempté de l’impôt de la taille, doit s’équiper et s’exercer régulièrement au tir à l’arc et à l’arbalète. Il doit répondre à l’appel en cas de conflit et reçoit une rémunération pour la durée de son service actif. Le roi crée aussi « l’arrière-ban », à savoir un service militaire réorganisé des nobles qui doivent s’équiper d’une armure, d’armes et d’un cheval et se préparer à la guerre selon leur statut et leur fief. En raison de leurs compétences financière, administrative et militaire, les frères Bureau modernisent l’artillerie royale, qui devient plus nombreuse et mobile avec le recrutement ponctuel de charretiers et de pionniers. La garde du corps du roi, où prédominent les archers écossais, assure sa protection rapprochée et prend part au conflit en cas de besoin. Lors de sa longue guerre contre Charles le Téméraire, Louis XI développe le camp militaire mobile, car la capture ou le pillage du camp de l’ennemi demeure un enjeu tactique. Ordonné avec rues et quartiers autour d’une place d’armes pour le rassemblement des fantassins et des cavaliers, il est clos par des palissades et des chariots avec un fossé où les pièces d’artillerie légère prennent position. Les chevaux de combat sont utilisés d’abord pour la reconnaissance, le harcèlement, la poursuite et les expéditions en pays ennemi (« chevauchées »). En bataille rangée, la cavalerie sert surtout à prendre l’ennemi à revers (Castillon, 1453) et charge rarement de front (Marignan, 1515). Le nombre de chevaux d’attelage suit l’accroissement des effectifs des armées, des vivres, des bagages, du nombre de pièces d’artillerie et de la masse des munitions. Quoique fier de son artillerie lourde et de sa cavalerie, François Ier prévoit de les renforcer par 42.000 piquiers et hallebardiers et 12.000 arquebusiers et d’appliquer une discipline très sévère. Pourtant, ses successeurs devront longtemps recruter des mercenaires pour disposer d’une infanterie de qualité.

Loïc Salmon

Exposition « D’Azincourt à Marignan » aux Invalides

Histoires d’armes

« D’Azincourt à Marignan, Chevaliers & Bombardes 1415-1515 », ouvrage collectif. Éditions Gallimard/Musée de l’Armée, 272 pages, 35 €




Exposition « D’Azincourt à Marignan » aux Invalides

1415 et 1515, ces dates de grandes batailles, où triomphent d’abord l’arc et ensuite le canon, sont restées dans l’histoire et le roman de l’Angleterre et de la France.

Cette exposition présente les mutations survenues entre la bataille d’Azincourt (1415), qui voit la défaite de la chevalerie française face aux archers anglais, à celle de Marignan (1515) où l’artillerie française l’emporte sur les fantassins suisses dans le Nord de l’Italie. Elle commence avec la présence, sous le porche des Invalides, d’un canon en bronze marqué de la salamandre couronnée, emblème de François Ier. Ce canon, qui pèse plus de 2 t, pouvait tirer des boulets en fonte de fer de 18 kg et nécessitait un attelage de 7 chevaux. Dans les salles d’exposition, deux dispositifs multimédias reconstituent les deux batailles, que sépare un siècle d’innovations.

D’Azincourt à Castillon. Cela commence en 1337 par une querelle dynastique sur des héritages, que revendiqueront plusieurs générations de souverains français et anglais, descendants du roi de France Louis IX, dit Saint-Louis (1214-1270). La guerre va durer 116 ans. Malgré ses victoires de Crécy (1336) et de Poitiers (1346), l’Angleterre n’a pu conquérir la France, en raison de la guérilla menée par le connétable Bertrand Du Guesclin (1320-1380). En 1415, le roi anglais Henry V débarque en Normandie avec 9.000 hommes, assiège Harfleur qui capitule après trois mois d’un siège éprouvant qui affaiblit son armée. Il décide alors de rejoindre le port de Calais pour rentrer en Angleterre. Une armée française de 12.000 hommes, commandés par le connétable Charles d’Albret et le maréchal Jean II le Meingre, surnommé Boucicaut, se lance alors à sa poursuite et bloque tous les passages de la Somme. Pourtant, les Anglais, affamés et souffrant de la dysenterie, parviennent à franchir le fleuve, mais sont arrêtés devant Azincourt. L’affrontement débute le 25 octobre vers 11 h. La nuit précédente, une averse a transformé le champ de bataille en bourbier gênant la progression des chevaliers français. Les archers anglais s’avancent, plantent des pieux pour gêner la cavalerie adverse et décochent une pluie de flèches. Très entraînés, ils peuvent en tirer une dizaine à la minute. Les chevaliers français, décimés, ne parviennent pas à disloquer les troupes anglaises, composées surtout de fantassins. Beaucoup sont faits prisonniers ou meurent sous les flèches que continuent de lancer les archers. En fin de journée, l’arrière-garde française tente une dernière attaque, encore repoussée. A 17 h, le combat cesse. L’armée française déplore plus de 5.000 morts, dont l’élite de la chevalerie. Henry V, qui n’a perdu que 500 hommes, est à nouveau maître de la Normandie et rembarque à Calais avec ses prisonniers et son butin. Sur le plan politique, les négociations pour terminer la guerre aboutissent au traité de Troyes (1420), qui déshérite le dauphin Charles (futur Charles VII) au profit d’Henry V… qui meurt avant le roi de France Charles VI. Leurs fils vont alors se disputer la couronne de France jusqu’à la victoire finale de Charles VII à Castillon (1453), grâce surtout à l’artillerie des frères Jean et Gaspard Bureau, et après l’épopée de Jeanne d’Arc (1428-1431).

Marignan et le rêve italien. Les guerres d’Italie, qui dureront de 1494 à 1559, trouvent aussi leurs origines dans des querelles d’héritages. La famille d’Anjou, issue du roi de France Jean II le Bon (1319-1364), avait autrefois régné sur Naples. L’Italie, quoique morcelée en divers petits États rivaux, connaît un foisonnement culturel et scientifique qui attise les convoitises. Lors de la première expédition (1494-1497), Charles VIII fait valoir ses droits sur le royaume de Naples, légué par René d’Anjou à Louis XI, son père. Louis XII, son cousin et héritier, entreprend trois guerres (1499-1500 ; 1501-1504 ; 1508-1513) pour récupérer Naples et… le Milanais, héritage de sa grand’mère Valentine, fille de Jean Galéas Visconti (1351-1402), duc de Milan à l’époque. A sa mort en 1515, François Ier, son cousin et héritier et également arrière-petit-fils de Valentine, revendique ses droits sur le Milanais. Il a obtenu la neutralité de l’Angleterre et de l’Empire romain germanique ainsi que le soutien de Venise et la bienveillance de Gênes et de la Savoie. Il dispose de 2.500 canonniers, pour manœuvrer 60 pièces lourdes et 200 plus légères, et de 22.000 mercenaires allemands. En tout, 45.000 hommes sont commandés par le connétable Charles de Bourbon, l’ingénieur militaire Pedro Navarro et Pierre Terrail, seigneur de Bayard. A Marignan, près de Milan, les attendent les forces de Maximilien Sforza, nouveau duc de Milan placé par l’Espagne, celles du pape Léon X et 35.000 fantassins suisses, réputés invincibles. François Ier négocie le départ de 12.000 mercenaires suisses contre une forte somme. Le 13 septembre, le combat s’engage et s’interrompt à la nuit. Le lendemain, les Suisses attaquent en premier mais, faute de coordination, ne peuvent résister aux charges de cavalerie. Vers 11 h, à l’arrivée des renforts vénitiens, les Suisses battent en retraite. Ils ont laissé près de 10.000 morts sur le champ de bataille, tandis que le camp franco-vénitien en compte de 5.000 à 8.000. Le roi de France exerce alors une influence sur toute l’Italie du Nord. En 1516, il signe le concordat de Bologne avec Léon X et la « paix perpétuelle » avec les cantons suisses.

De la chevalerie à l’artillerie. La chevalerie, morte à Azincourt, se perpétuera par les Ordres honorifiques de chevalerie. En 1430, Philippe le Bon, duc de Bourgogne et cousin du roi Louis XI, fonde celui de la Toison d’Or, décerné à 31 « chevaliers » dont la fidélité l’emporte sur les vertus guerrières. En réponse, Louis XI, son rival, crée l’Ordre de Saint-Michel en 1469. Par ailleurs, après plus d’un siècle d’expérience et de mises au point, le canon va transformer pour longtemps l’art de la guerre. A Marignan, l’artillerie a joué un rôle déterminant face aux carrés des piquiers suisses. Pourtant, l’idéal chevaleresque reste encore très fort au XVIème siècle. Ainsi, un doute subsiste sur l’adoubement de François Ier par Bayard sur le champ de bataille. Le roi avait en effet été déjà fait chevalier à l’occasion de son sacre. De plus, ce récit n’apparaît dans aucun des nombreux textes écrits après Marignan entre 1515 et 1525. Il a été publié en novembre 1525, peut-être pour justifier la capture du roi lors de la défaite de Pavie le 24 février de la même année, face à l’empereur Charles-Quint. Cet épisode forgera la légende du « roi-chevalier ».

Loïc Salmon

 

L’exposition « Chevaliers & Bombardes » (7 octobre 2015- 24 janvier 2016), organisée par le musée de l’Armée, se tient aux Invalides à Paris. Elle présente armes, armures, pièces d’artillerie, manuscrits richement enluminés, documents et monnaies provenant des collections de musées français et étrangers. Figurent également : un canon de Louis XI ; un autre du duc de Bourgogne Charles le Téméraire, son cousin et adversaire ; l’épée de Louis XII et les armures de François Ier et du chevalier Bayard. Ont été également programmés conférences en octobre et novembre 2015, projections de films en novembre 2015 et concerts de novembre 2015 à janvier 2016 en la cathédrale Saint-Louis des Invalides. Renseignements : www.musee-armee.fr




11 novembre 2015 : la croix de Guerre à l’Arc de Triomphe

La croix de Guerre, créée il y a un siècle, a été à l’honneur lors de la cérémonie commémorative de l’anniversaire de l’armistice de la Grande Guerre, le 11 novembre 2015 à Paris. A cette occasion, un petit film, réalisé par l’Établissement de communication et de production audiovisuelle de la défense, a été projeté sur de grands écrans de chaque côté de l’Arc de Triomphe. De son côté, l’Association nationale des croix de guerre et de la valeur militaire, fondée en 1919 et reconnue d’utilité publique depuis 1963, a publié une plaquette intitulée « Symboles du Brave », recueil de mémoire et de témoignages. Sa revue de mars 2015 (téléchargeable) retrace l’origine historique des décorations. Le 28 janvier 1915, le député et lieutenant-colonel Driant, rapporteur de la commission de l’armée, plaide pour la création d’une décoration particulière pour honorer des actes individuels de courage sur le champ de bataille et qui exclut la faveur et l’ancienneté. Ce sera la « croix de Guerre ». La loi l’instituant a été promulguée le 8 avril 1915 : Article unique – Il est créé une croix, dite « croix de Guerre », destinée à commémorer depuis le début de la guerre 1914-1915 les citations individuelles pour faits de guerre à l’ordre des armées de Terre et de Mer, des corps d’armée, des divisions, des brigades et des régiments. Jusqu’à la cessation de la dite guerre, cette croix sera attribuée dans les mêmes conditions que ci-dessus, dans les corps participant à des actions de guerre en dehors du théâtre principal des opérations. Un décret réglera l’application de la présente loi. La présente loi, délibérée et adoptée par le Sénat et la Chambre des députés sera exécutée comme loi de l’État ». Cette loi sera aussi appliquée aux communes de la ligne de front, qui ont subi de graves souffrances et dégâts pendant plusieurs années. De 1915 à 1919, la première croix de Guerre a été décernée à plus de 1,2 million de combattants des armées françaises et alliées et environ 400 régiments et 200 autres unités de l’armée de Terre, 30 bâtiments et unités de la Marine nationale, 70 escadrilles de l’armée de l’Air, et 2.951 villes et communes de 18 départements français. La croix de Guerre 1939-1945 a été attribuée à 161 unités militaires et 1.585 communes de 86 départements. Parmi ces dernières, 209 étaient déjà titulaires de la croix de Guerre 1914-1918. Par ailleurs, il est apparu nécessaire de récompenser également les combattants qui se sont illustrés par des faits d’armes directement liés à une expédition militaire postérieure au premier conflit mondial. Cette « croix de Guerre des théâtres d’opérations extérieurs » (TOE, photo) sera instituée par la loi du 30 avril 1921, modifiée par le décret du 7 mai 2012. Elle a été décernée lors des expéditions militaires au Levant (1920), au Maroc (1925-1926), à Madagascar (1942), en Indochine (1946-1954), en Corée (1950-1953) et dans le golfe Arabo-Persique (1990-1991). Après le second conflit mondial, les opérations de maintien de l’ordre en Afrique du Nord (Algérie, Tunisie et Maroc) ne sont pas considérées comme des guerres ou expéditions militaires. Un décret du 11 avril 1956 crée alors une « médaille de la Valeur militaire», devenue « croix de la Valeur militaire » et équivalente à la croix de Guerre des TOE. Attribuée ensuite pour diverses opérations extérieures, elle a déjà été décernée à environ 120.000 personnes et unités combattantes. Enfin, le décret du 21 avril 1982 institue une « médaille de la Défense nationale » (MDN) pour « services particulièrement honorables ». Depuis 2004, la MDN d’or avec « citation sans croix » récompense une « action comportant un risque aggravé ».

Loïc Salmon

 




Les gendarmes du ciel

Trois générations ont déjà servi à terre et à bord des neuf types d’aéronefs des forces aériennes de la gendarmerie (FAG), depuis leur création en 1953.

Pendant ce temps et au prix de 25 personnels morts en service commandé, les FAG ont totalisé près de 750.000 heures de vol, au cours de 830.000 missions opérationnelles, portant notamment secours à 300.000 personnes. L’avion léger a été rapidement abandonné au profit exclusif de l’hélicoptère. L’aventure des FAG commence en 1950, quand le chef d’escadron Fouché, créateur des pelotons motocyclistes, découvre l’emploi des hélicoptères par la police de New York. Trois ans plus tard, les États-Unis acceptent de fournir des appareils à la France pour les secours ou évacuations sanitaires pendant la guerre d’Indochine. Au cours des six mois de la bataille de Dien Bien Phu (novembre 1953-mai 1954), les pilotes des armées de Terre et de l’Air et de la Gendarmerie effectuent 1.317 heures de vol en opération, pour 782 missions et 2.478 blessés évacués. Par la suite, les hélicoptères de la Gendarmerie seront peints en bleu pour les différencier de ceux de l’armée de Terre (kaki). Leurs opérations de secours en montagne donneront naissance à « l’hélitreuillage ». La longueur du câble est passée de 25 m sur l’hélicoptère Alouette III à 90 m sur l’EC145, permettant des opérations de treuillage et de dépose/récupération au-dessus de 2.000 m. Rien que dans le massif du Mont-Blanc, les FAG ont totalisé à la fin de 2014 : 4.343 missions de secours ; 4.488 personnes secourues ; 8.620  hélitreuillages ; 28.983 posés en haute montagne (Alouette II et III, Écureuil et EC145).  Aujourd’hui, les FAG disposent de 29 bases opérationnelles : 23 en métropole et 6 en outre-mer. Disponibles à 85 %, les aéronefs des FAG sont dotés d’équipements renforçant leurs capacités opérationnelles : nombreuses liaisons radio directes ;  gestion automatisée du pilotage ; facilité des déplacements grâce à une cartographie embarquée ; descente en rappel ou corde lisse ; treuils. Leurs missions sont multiples : sécurité routière ; appui lors d’un transfèrement judiciaire par voie terrestre, pour éviter  les tentatives d’évasion ; reconnaissance de zones sensibles ; maintien de l’ordre (renseignement en direct de l’autorité) ; surveillance du réseau SNCF ; vols de reconnaissance et de surveillance générale du territoire national. Depuis les attentats terroristes du 11 septembre 2001 aux États-Unis, les FAG participent à la sécurisation des grands évènements internationaux de types sommets du G8, du G20 et de l’OTAN, 60ème et 70ème anniversaires du débarquement de 1944, avec transport d’éléments d’intervention et d’appui, dont des tireurs embarqués. Elles contribuent aux enquêtes judiciaires : recueil de renseignement et recherches d’indices, de malfaiteurs et de personnes disparues. L’hélicoptère est en effet souvent sollicité pour préparer une mission de police avec le Groupement d’intervention de la gendarmerie nationale ou le RAID (Police nationale). Sur le plan international, le Commandement des forces aériennes de la gendarmerie nationale a conclu des accords avec ses homologues marocain (formation et entraînement) et allemand (échanges de procédures technico-opérationnelles). Enfin, il développe des liens de coopération avec les unités aériennes de police d’Afrique du Sud, du Botswana et de Namibie.

Loïc Salmon

Gendarmerie : un musée national directement accessible

L’histoire de l’Aviation légère de l’armée de terre 1794-2014

Drones civils : avantages, mais aussi sources de menaces complexes et évolutives

« Les gendarmes du ciel », ouvrage collectif. Éditions Pierre de Taillac, 240 pages, 450 photos, 35 €.




07ème Bataillon de chasseurs alpins

Titulaire des croix de Guerre 1914-1918 et 1939-1945 et de celle de la Valeur militaire, le 7ème Bataillon de chasseurs alpins (BCA) a été décoré de la Médaille britannique de Crimée (1855) et de la Médaille interalliée de la victoire (1945).

Fondé en 1840 par le duc Ferdinand-Philippe d’Orléans, fils aîné de Louis-Philippe, il sera d’abord régiment de chasseurs à pied avant de devenir « alpin » en 1888. Son destin reste lié à la famille d’Orléans. En effet, l’un des descendants directs du duc, le sous-lieutenant François d’Orléans, a été tué au combat en Algérie en 1960. Sa tante, Isabelle, était devenue marraine du 7ème BCA en 1957 et le resta jusqu’à son décès en 1983. Sa nièce, Hélène, lui a alors succédé, avant de passer le flambeau à sa propre nièce, Marie, en 2009. Le bataillon connaît son premier fait d’armes en 1845, lors de la conquête de l’Algérie, où une compagnie de 80 hommes sera presque totalement anéantie à  Sidi-Brahim. Il est ensuite engagé en Italie (1851-1853), en Crimée (1855-1856), au Mexique (1862-1867), à nouveau en Algérie (1853-1855), en Tunisie (1881) et au Maroc (1912-1913). C’est en pensant à lui et au 14ème BCA que le maréchal Lyautey définira ainsi « l’esprit chasseur » : « C’est la rapidité dans l’exécution de gens qui pigent et qui galopent. C’est l’allant, c’est l’allure, c’est le chic ! C’est pour les chefs le sens social dans le commandement, c’est l’accueil aimable. C‘est servir avec le sourire, la discipline qui vient du cœur. C’est le dévouement absolu qui sait aller, lorsqu’il le faut, jusqu’au sacrifice total ». Pendant le premier conflit mondial, le 7ème BCA ne combat pas à Verdun, mais participe aux batailles de la Somme, du Chemin-des-Dames et d’Ypres. En 52 mois de guerre, il perd 43 officiers, 126 sous-officiers et 1.016 caporaux et chasseurs. Il reçoit la fourragère aux couleurs de la croix de Guerre en 1919. Malgré sa dissolution le 1er septembre 1940, certains chasseurs rejoignent le maquis jusqu’à leur intégration dans l’armée du général de Lattre de Tassigny en septembre 1944. Reconstitué en 1948, le 7ème BCA rejoint encore une fois l’Algérie en 1955. Il y encadre notamment des commandos de chasse, forces spéciales de contre-guerilla, dans le cadre du plan Challe en 1959. Un chef de section témoigne : « Concrètement, il s’agit d’équipes de six à dix chasseurs, quelques fois plus, recevant la mission de se rendre discrètement à un point, par exemple, un carrefour obligé de pistes ou une cache récemment « traitée », de s’y camoufler pour être totalement invisibles pendant la journée et éveillés et prêts à agir dès la tombée de la nuit ». Par la suite, le 7ème BCA sera engagé au Liban, dès 1984 et à plusieurs reprises, sous l’égide de l’ONU. Il a participé à l’opération « Baliste » d’évacuation de 2.000 personnes des ports de Beyrouth et Naqoura vers Chypre en 2006. Sous mandat des Nations unies, il a été déployé dans les Balkans (Bosnie-Herzégovine, Krajina et Kosovo) entre1992 et 2005.  Comme toutes les unités françaises, le 7ème BCA sera professionnalisé en 2001. Missions de courte durée ou opérations extérieures se succèdent alors : Tchad (2000, 2003 et 2008) ; Sénégal (2001) ; Afghanistan (2002, 2007-2008, 2009 et 2012) ; Côte d’Ivoire (2002-2012) ; Cameroun (2005-2006) ; République centrafricaine (2009-2014) ; Gabon (2012) ; Mali (2013-2014). Le 7ème BCA participe aussi à la protection du territoire national en outre-mer (Nouvelle-Calédonie) et en métropole, dans le cadre du plan Vigipirate.

Loic Salmon

Les chasseurs alpins du 13ème BCA

« Le 7ème Bataillon de chasseurs alpins », ouvrage collectif. Éditions Pierre de Taillac, 272 pages, plus de 450 documents, 29,90 €.




Gendarmerie : un musée national directement accessible

Depuis le 10 octobre 2015, les visiteurs peuvent découvrir le musée national de la Gendarmerie à Melun… sans avoir à déposer leur carte d’identité à l’entrée ! Il est désormais accessible depuis le parvis de l’École des officiers de la gendarmerie nationale, qui a formé plus de 12.000 élèves français et 2.500 étrangers depuis 1945. A l’entrée se trouve une monumentale grenade enflammée, réalisée en alliage de cuivre et d’aluminium et enchâssée sur des lames accrochées à une extension en verre. Cette grenade, qui remonte aux troupes d’élite de Louis XIV, symbolise le grand courage, car les « grenadiers voltigeurs » devaient courir devant les fantassins pour la lancer. Cet emblème militaire, aboli sous la Révolution, sera repris en 1797 par la Gendarmerie, devenue « nationale ». C’est toute l’histoire de cette arme, dont l’origine remonte à la « maréchaussée » de 1339, que retrace son musée nouvelle formule. Au cœur du bâtiment et sur toute sa hauteur, une vitrine suspendue de 18 m de long, 8,5 m de haut et 2 m de large présente une chronologie de référence à travers les silhouettes de gendarmes à pied et à cheval. Les gendarmes, dont l’uniforme sera codifié en 1720, étaient issus de la cavalerie lourde, d’une taille minimum de 1,75 m et coiffés d’un bicorne pour en imposer. Napoléon 1er placera à leur tête le maréchal Moncey qui,  momentanément destitué de sa dignité en 1816, sera nommé gouverneur des Invalides et assistera au « retour des cendres » de l’Empereur en 1840 avant de mourir à 88 ans en 1842. La Gendarmerie, qui n’acceptera les femmes qu’à partir de 1983, a pourtant décidé de confier la direction de son musée rénové à la jeune capitaine Élinor Boularand (photo). Celle-ci en a expliqué les enjeux au cours d’une visite pour la presse le 29 septembre. Pour la première fois, l’institution dévoile son patrimoine et son histoire sans nier la vérité historique, dont son rôle de « Garde personnelle du chef de l’État » (Philippe Pétain), pendant l’Occupation, et sa participation, répressive, aux événements de « Mai 68 ». Les 1.200  m2 d’exposition permanente présentent plus de 2.000 objets, documents et photographies sur une collection de 30.000. Figurent notamment des souvenirs du lieutenant Félix Fontan, à savoir son pistolet, sa croix de chevalier de la Légion d’Honneur et les menottes qu’il avait passées aux poignets de Jules Bonnot. Le 28 avril 1912, il avait lancé une charge de dynamite dans la maison où s’était retranché l’anarchiste. La « bande à Bonnot » avait défrayé la chronique en 1911 et 1912 par ses meurtres et braquages de banques. Le lieutenant Fontan sera le premier officier de Gendarmerie tué en 1914, lors de la reconnaissance d’une tranchée. Il fait partie de ces nombreux officiers et gendarmes qui se sont portés volontaires pour combattre, conscients de leur mauvaise image de « planqués » et de « chasseurs de déserteurs ». A ce propos, une exposition temporaire (10 octobre 2015-10 avril 2016) présente les missions de la Gendarmerie pendant la première guerre mondiale : police militaire ; renseignement sur l’opinion publique ; lutte contre le marché noir et le braconnage ; surveillance des camps de prisonniers de guerre. Depuis, les gendarmes ont retrouvé la sympathie acquise auprès du grand public depuis le milieu du XIXème siècle. Les exploits du Groupement d’intervention de la gendarmerie nationale et les défilés de la Garde Républicaine à cheval le 14 juillet sur les Champs-Élysées y ont certainement contribué, sans oublier les aventures cinématographiques… du « gendarme de Saint-Tropez » !

Loïc Salmon

Les spécialistes de la gendarmerie

Les gendarmes du ciel

 




Les Animaux et les Armées

Auxiliaires de combat, portefaix, moyens de transport, compagnons de parade ou mascottes, les animaux continuent d’accompagner les troupes, malgré la motorisation engagée depuis un siècle.

L’Établissement de communication et de production audiovisuelle de la défense (ECPAD) leur rend hommage en 60 photos, prises dans une vingtaine d’unités. Sur les 14 millions d’animaux enrôlés pendant la première guerre mondiale, 120.000 seront décorés pour faits de guerre. Les animaux consommateurs de rats et d’autres rongeurs sont très appréciés dans les bateaux et les tranchées. Le Service de chiens de guerre, créé en 1915, comptera 15.000 recrues. Certains sont postés comme guetteurs dans les postes d’écoute. Le transport de munitions mobilise 450 chiens de traîneaux. Les chiens-secouristes vont chercher les blessés sur le champ de bataille, sous les tirs croisés des deux camps. En 1939, des chiens peuvent embarquer à bord de sous-marins pour détecter les gaz toxiques. Dès mars-avril 1940, les équipes cynophiles de la 5ème Armée entraînent des chiens pour la garde, le pistage, la détection de mines et la recherche des blessés. En 2010, des binômes soldat/chien partent en opération en Afghanistan. Les détachements d’ouverture d’itinéraires piégés utilisent des chiens pour la reconnaissance et la détection de mines. Le 14 juillet 2014, le 132ème Bataillon cynophile de l’armée de Terre défile sur les Champs-Élysées à Paris, comme la traditionnelle Garde républicaine à cheval (photo). Plus noble conquête de l’Homme, le cheval paie d’un million de morts sa participation au premier conflit mondial, notamment lors des reconnaissances en première ligne. Il continuera à remplir des fonctions logistiques pendant le second. C’est à cheval, avec une cage sur le dos, que se déplacent les équipes du Service colombophile, qui réquisitionne 60.000 pigeons pour servir d’agents de liaison dans les armées. En 1940, des mulets, au pied sûr, sont acheminés par bateau à partir de Brest pour la campagne de Norvège, afin d’assurer la logistique en terrain difficile. Chaque mule de la 5ème Armée peut transporter plus de 150 kg de charge. Les ânes ne sont pas en reste. Utilisés pour le transport de vivres, d’armes et de munitions jusque dans les tranchées pendant la guerre de 1914-1918, plusieurs milliers meurent, fauchés par la mitraille ou noyés dans les trous d’obus remplis d’eau. En 1982, les soldats du Bataillon français de la Force intérimaire des Nations unies au Liban partent en patrouille avec un âne, qui porte leur barda. Les dromadaires, bien connus des garnisons en Algérie avant la première guerre mondiale, restent les montures idéales en milieu désertique pour le 5ème Régiment interarmes d’outre-mer. Enfin, les mascottes varient selon les unités et les théâtres d’opérations. La chèvre, symbole de courage et d’agilité, plaît aux soldats de la 3ème Armée durant la « drôle de guerre » (1939-1940). Pour le 3ème Régiment de tirailleurs algériens engagé dans les Vosges en 1944, c’est le singe. Des soldats du 19ème Bataillon de chasseurs à pied préfèrent le chien, fidèle compagnon. Les régiments de la Légion adoptent des chats pendant la guerre d’Indochine, puis des béliers, boucs, moutons et chèvres pendant celle d’Algérie, ou une mangouste en Côte d’Ivoire en 2003. L’aigle, pourtant mascotte des hommes du 1er Régiment de chasseurs parachutistes en 1945, a été détrôné par l’épervier (« charognard »)…sur leurs épaulettes !

Loïc Salmon

Les cavaleries de l’Histoire

Défilé 14 juillet 2014

« Les Animaux et les Armées »  ECPAD, agence d’images de la défense, 10 €.

Boutique : <http://www.boutique.ecpad.fr>




100 ans de photographie aux armées

Créé en 1915, l’Établissement de communication et de production audiovisuelle de la défense (ECPAD) raconte dans un album l’épopée des photographes militaires, ces « soldats de l’image », en noir et blanc puis, progrès oblige, en couleur.

Son centenaire a fait l’objet d’une exposition (10 février-6 avril 2015) au musée de l’Armée, inauguré… en 1905 ! L’ECPAD, qui aura changé plusieurs fois d’appellation en un siècle, dispose d’un fonds de plus de 10 millions d’images sur la vie militaire et les conflits auxquels la France a participé. L’album présente, en français et en anglais, les thèmes abordés dans l’exposition, en vue de témoigner ou de mettre en valeur quelques photographes engagés dans les forces françaises. Ainsi, la période de 1915 à 1917 est rappelée par « Photographier la mort et la blessure pendant la première guerre mondiale » (Pierre Machard), « La Grande Guerre à Paris » et « Un pionnier du cinéma dans la guerre » (Albert Samama-Chikli). Celle de 1944-1945 apparaît avec des images de France, d’Allemagne et d’Italie : « Photographier les libérations » (Louis Viguier) ; « Un regard humaniste sur la guerre » (Germaine Kanova, qui sera décorée de la croix de Guerre pour son courage) ; « Photographe de l’armée d’Afrique » (Jacques Belin). Entre 1951 et 1957, André Branlard montre la reconstruction de l’armée de l’Air et de la Marine nationale, grâce aux États-Unis, et aussi la renaissance d’une industrie militaire autonome. La guerre d’Indochine (1946-1954) est présentée notamment par Pierre Ferrari, avec le 3ème Bataillon de parachutistes vietnamiens contre le Viêt Minh et la diversité des soldats du Corps expéditionnaire français d’Extrême-Orient (ultramarins, vietnamiens, marocains et métropolitains). La façon de procéder de Ferrari, au plus près de l’action, sera reprise par de nombreux photographes presse lors de la « guerre américaine » du Viêt Nam (1955-1975). Un autre reporter, Paul Corcuff, parachuté avec le 6ème Bataillon de parachutistes coloniaux du commandant Bigeard, en partage les conditions de vie et l’épuisement. Ses photos de la réalité du terrain seront soumises à la censure militaire, en raison du contexte international tendu. Il sera pourtant cité à l’ordre de l’armée pour un reportage « aussi précieux au Haut Commandement qu’à l’information internationale ». Jean Péraud et Daniel Camus, qui couvrent la bataille de Dien Bien Phu, pourront envoyer à temps leurs pellicules au Service Presse Information, avant d’être fait prisonniers. Pendant la guerre d’Algérie (1954-1962), les photos servent à alimenter les journaux de l’armée, la presse internationale et… les documents de propagande édités par les autorités  françaises. Il s’agit de légitimer la présence française avec les résultats des opérations et l’imbrication du civil et du militaire (instituteur et médecin militaire). Marc Flament, affecté à la 10ème Division parachutiste, prend 30.000 clichés du conflit. Certains, largement exploités et diffusés localement, montrent la dureté des combats. Les photos de Joël Brun, prises après l’attentat de l’immeuble Drakkar à Beyrouth le 23 octobre 1983, constituent un hommage posthume aux 58 parachutistes tués. Suivent les opérations militaires en Irak (1990-1991), dans les Balkans (1993-2003), en Afghanistan (2007-2009) et au Mali (2013), sans oublier les secours après le tremblement de terre à Haïti (2010).

Loïc Salmon

« 100 ans de photographie aux armées »  ECPAD, agence d’images de la défense, 14 €.

Boutique : <http://www.boutique.ecpad.fr>