Armée de l’Air : CDAOA, permanence et réactivité

Le Commandement de la défense aérienne et des opérations aériennes (CDAOA) participe aux opérations extérieures et assure la protection de l’espace aérien du territoire national, le renseignement d’intérêt Air, la surveillance de l’espace et la préparation opérationnelle.

Ses missions ont été présentées à la presse, le 14 mars 2019 à Paris, par son commandant en second, le général de division aérienne Vincent Cousin.

Sûreté aérienne. Le CDAOA apporte un soutien à la police du ciel, du ressort de l’Autorité de défense aérienne qui en réfère au Premier ministre. Des accords étatiques bilatéraux réglementent tous les vols, mais chaque Etat assure la surveillance de son espace aérien selon sa doctrine propre. Le Centre de planification et de conduite des opérations à Paris gère la coordination des moyens des armées de l’Air et de Terre et de la Marine nationale. Un avion d’alerte avancée AWACS et des moyens en vol peuvent être détournés de leurs missions selon l’évaluation de la menace, caractérisée par un comportement hostile et un seuil de portée politique. Ainsi, les avions de surveillance stratégique russes apparaissent de façon récurrente en réaction à des exercices OTAN, par volonté de démonstration de force ou pour tester les dispositifs de défense aérienne des pays concernés, dont la réaction s’effectue toujours dans le cadre de l’OTAN. Si détectés à la limite de l’espace aérien britannique, leur long rayon d’action leur permet d’aller jusqu’au golfe de Gascogne. L’absence de connaissance précise de leurs trajectoires dans l’espace aérien international implique, en cas de risque trop proche, la mise en alerte de l’AWACS et d’avions ravitailleurs pour assurer une autonomie aux avions de chasse, qui vont les suivre. Ces avions russes, qui n’affichent leurs codes d’identification qu’en cas de mauvaises conditions météorologiques ou de densité du trafic aérien, font demi-tour, mais jamais au même endroit. En 2018, la sûreté aérienne a détecté 298 situations anomales, très souvent accidentelles, et a réalisé 277 missions de surveillance de sites sensibles. En outre, elle a nécessité 630 décollages d’avions de chasse (88 sur alerte) et 429 décollages d’hélicoptères (61 sur alerte).

Lutte anti-drones. En cohérence avec la chaîne de défense aérienne, le Centre national des opérations aériennes de Lyon-Mont-Verdun synthétise les informations sur les vols des drones et met en œuvre les dispositifs de protection des sites sensibles. En 2019, les armées vont recevoir des systèmes MILAD (moyen interarmées de lutte anti-drone) pour détecter, caractériser et neutraliser les mini-drones en métropole et en opération extérieure (Opex). Chaque jour, la France fait l’objet de 12.000 survols, trafic qui devrait doubler d’ici à 2035 avec, notamment, l’arrivée probable de grands drones de transport de fret et de passagers, indique le général Cousin. Il s’agit, dans le cadre de la mission « connaissance et anticipation », de trouver la parade à cette technologie très évolutive.

Bilan 2018. Le CDAOA a procédé à 91 ouvertures de terrains militaires pour la biomédecine, mobilisé 10 aviateurs par semaine pour la lutte contre les feux de forêt et assuré le sauvetage de 30 personnes. En Opex, il a surveillé 6.000 zones d’intérêt militaire, nécessitant 2.700 missions pour l’opération « Barkhane » (Sahel) et 520 pour « Chammal » (Levant). S’y ajoutent 750 heures de vol de « réassurance » dans le cadre de l’OTAN, depuis des bases en Estonie et Pologne. La surveillance de l’espace a traité 60 risques de collision.

Loïc Salmon

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Défense : l’IA, nombreuses applications militaires possibles

Le combattant de demain devra pouvoir décider plus vite que l’adversaire, grâce à l’intelligence artificielle (IA) applicable dans les équipements qu’il portera. Des robots armés automatisés sont déjà en cours d’expérimentation.

Ce thème a été abordé lors d’un colloque organisé, le 30 janvier 2019 à Paris, par le Centre de recherche des écoles de Saint-Cyr Coëtquidan (CREC). Y sont intervenus : l’ingénieur général de l’armement Patrick Bezombes, directeur adjoint du Centre interarmées de concepts, doctrines et expérimentations ; Gérard de Boisboissel, ingénieur de recherche au CREC ; Thierry Berthier, maître de conférence, Université de Limoges ; le professeur Jean-Gabriel Ganascia, président du comité d’éthique du CNRS ; le chef d’escadron Damien Sauget, stagiaire à l’Ecole de Guerre.

Champ très vaste. Le militaire doit comprendre le fonctionnement des équipements dotés d’IA, algorithme « apprenant », explique Gérard de Boisboissel. Selon la capacité militaire et le niveau hiérarchique du combattant, l’IA facilite ses choix grâce à l’aide « cognitive » (voir encadré). Toutefois, il convient de tenir compte des locaux et des déformations potentielles du langage, notamment quand la voix est altérée par le stress. Dans le domaine de la santé, elle permet un diagnostic performant des blessés. Lors de la préparation d’une mission, elle fournit une cartographie du mode opératoire adverse, utile pour le sien propre avec anticipation des cas non conformes. La simulation sur des systèmes d’information et de communication améliore l’entraînement du soldat avec un environnement enrichi par les modes de combat adverses. L’IA aide à détecter des cibles furtives (sous-marins), reconnaître des mouvements anormaux (faux bateaux de pêche) et prévoir des déplacements des cibles (cas non conformes). Cela conduit à modéliser le comportement de l’ennemi et de préparer l’action. Montée sur une antenne active, l’IA permet d’esquiver la menace. Sur un véhicule, elle procède à son autodiagnostic pour évaluer le niveau de réparations nécessaire, application utilisable par les unités militaires et le monde civil. L’IA analyse et clarifie les données pour découvrir des signaux faibles en provenance de sources différentes (passeport douteux d’un terroriste potentiel). Elle aide à évaluer les informations en réseaux pour ne transmettre que celles présentant un intérêt opérationnel. Elle procède au chiffrement automatique des ordres pour un déplacement sécurisé. Elle intervient dans la lutte informatique active pour la déception, l’influence et le droit de riposte. L’IA nécessite une grande qualité des données et une bonne gestion de leur cloisonnement dans ses diverses sphères d’emploi et de confidentialité. Toutefois, avertit l’ingénieur de recherche, l’adversaire se comportera toujours de façon intelligente et changeante pour bénéficier de l’effet de surprise.

Intégration technologique. Outil maîtrisé et de confiance, l’IA sert à produire des ordres plus rapidement, explique le chef d’escadron Sauget. La prise de décision aux niveaux stratégique (politique), opératif (théâtre) ou tactique (sur le terrain) suit le cycle « OODA » : observer, orienter, décider et agir. Celle d’une planification inférieure à 24 mois consiste à analyser le théâtre, en comprendre les acteurs, identifier des scénarios et déterminer des leviers d’action. L’IA y contribue comme « équipier fidèle », chargé de stimuler la réflexion du chef et non pas la remplacer. Elle travaille en temps réel, même en mode dégradé maîtrisé, pour donner des conseils en vue de reprendre l’ascendant sur l’adversaire. La planification confronte les modes d’action « amis » et « ennemis », pour mettre en lumière ses propres limites et les opportunités et prévoir des plans secondaires, afin de poursuivre la mission en toutes circonstances. L’IA, « adjoint numérique », décloisonne informations et données et conçoit la synthèse pour le chef…qui décide !

Robots armés. Les Etats-Unis entendent conserver leur avance dans l’IA par l’autonomie des systèmes sur terre, sur mer, dans les airs et dans le cyberespace, pour éviter d’envoyer des soldats américains au contact d’une unité robotisée dans des combats à haute fréquence, indique le professeur Berthier. Pour cela, ils mobilisent certains GAFA et une grande partie des ingénieurs de la Silicon Valley. La Chine aspire à les dépasser et acquérir la maîtrise dans les quatre domaines cités. Elle effectue un maillage exhaustif des océans, par des unités armées de surface et sous-marines autonomes, pour contrôler les territoires inhabités. La Russie veut retirer ses soldats de la zone d’immédiate conflictualité et prendre sa revanche après la Guerre froide perdue. Elle autonomise des robots sentinelles armés et expérimente des unités robotisées terrestres.

Concept fantasmé. Le terme « intelligence artificielle », qui signifie « automatisme industriel » induit en permanence en erreur, vu les difficultés à définir et mesurer les intelligences naturelle et émotionnelle, estime l’ingénieur général Bezombes. L’IA, intelligence mathématique, repose sur la donnée. Comme les algorithmes, elle ne décide pas, mais applique des instructions informatiques. Son concept, aligné sur la science, risque de ne pas être bien accepté par la société. Toutefois, l’IA constitue un jalon supplémentaire dans l’automatisation qui, passée de l’analogique au numérique, prendra en compte les nouveautés au sein des armées dans 15 ou 20 ans. Par ailleurs, « autonome » signifie être régi par ses propres règles, rappelle l’ingénieur général. Il s’ensuit une confusion sémantique, puis un fantasme et un risque de rejet sociétal. Ainsi le fantasme du « robot tueur » pourrait déboucher sur une interdiction des systèmes en cours de développement et réduire la capacité à garantir le droit et la souveraineté nationale. Or il s’agit de défendre les valeurs et les intérêts vitaux de la nation. La question de la place de l’homme se posera dans le monde numérique de demain. Les algorithmes peuvent l’améliorer, l’augmenter ou le diminuer s’il conduit à l’absence de réflexion, conclut l’ingénieur général.

Loïc Salmon

Selon le professeur Ganascia, l’intelligence artificielle (IA) modélise cinq fonctions « cognitives » : acquisition, traitement, classification et intégration de l’information ; mémoire et apprentissage pour stocker l’information et la rappeler ; organisation mentale de l’information et son utilisation ; prise de décision et action ; rendre possible la communication. L’IA interprète automatiquement les images par une reconnaissance des formes, visages ou objets et les rend accessibles dans des bases d’images. Elle traite la parole par la reconnaissance de mots ou de thèmes et identifie le locuteur, les accents et les langues. Elle analyse et fusionne les informations issues de capteurs. L’IA assure une fonction de sécurité par la biométrie : empreintes digitales et reconnaissances faciale et vocale. Elle automatise le fonctionnement des drones, robots et systèmes d’armes létales autonomes. Elle aide au commandement opérationnel et à l’entraînement par la visualisation. Elle analyse les signaux et textes pour le renseignement et effectue des recherches sur de très grands réseaux.

Chine : l’intelligence artificielle, priorité de sécurité nationale

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Défense : augmentation des budgets mondiaux en 2018 et réaffirmations de puissance

Les budgets militaires ont totalisé 1.670 Mds$ en 2018, soit une hausse de près de 2 % en un an, surtout dans les pays occidentaux et en Asie. La Chine accélère la modernisation de ses équipements, comme le Japon et la Russie. Les armées africaines profitent des opérations internationales de maintien de la paix.

Tel est le constat du document « Military Balance 2019 » de l’Institut d’études stratégiques de Londres (International Institute for Strategic Studies, IISS), présenté lors d’une conférence-débat organisée, le 25 février 2019 à Paris, par l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire. Sont notamment intervenus : François Heisbourg, conseil de l’IISS pour l’Europe ; le général de brigade (2S) britannique Ben Barry, IISS ; Sonia Le Gouriellec, maître de conférences à l’Université Catholique de Lille.

La Chine. Le budget militaire de la Chine a crû de 8 %/an en termes réels entre 2007 et 2017, puis de 6 %/an en 2017 et 2018 malgré le ralentissement économique, indique le général Barry. Sa Marine doit désormais faciliter les opérations à longue distance et accroître le rythme de ses missions. A cet effet, 2 croiseurs lance-missiles de la classe 055 (12.000 t) ont été lancés en juin 2018 et 4 autres sont en chantier. En outre, 13 frégates anti-aériennes 052C (7.500 t) et 052D (7.000 t) sont entrées en service entre 2008 et 2018. Pour la défense aérienne sur mer, les Etats-Unis arrivent en tête avec 87 bâtiments en 2018, devant 8 pays européens totalisant 30 unités : Grande-Bretagne, 6 ; Espagne, 5 ; Norvège, 5 ; Pays-Bas, 4 ; Allemagne, 3 ; Danemark, 3 ; Italie, 2 ; France, 2. L’Asie-Pacifique a presque rattrapé l’Europe avec 28 navires : Chine,15 ; Japon, 6 ; Corée du Sud, 3 ; Inde, 3 ; Australie, 1. Le porte-aéronefs chinois Liaoning, ex-Varyag racheté à l’Ukraine en 2000, a repris la mer après sa modernisation. Un second, construit en Chine, devrait entrer en service en 2019. Mais il leur reste à acquérir groupes aériens et navires d’escorte. Par ailleurs, la Chine a terminé son programme de poldérisation et de construction sur des îlots en mer de Chine et y installe des infrastructures pour abriter des armements, en cours de développement, pour gêner toute intrusion d’une force armée adverse en mer de Chine. Les forces amphibies chinoises augmentent en effectifs avec la transformation de 4 unités d’infanterie et de défense côtière en brigades, dont 2 affectées au théâtre du Nord et 2 à celui de l’Est, mais pas encore équipées ni entraînées pour une opération amphibie. En outre, les forces armées améliorent leurs capacités en matière de cyber, espace, énergie dirigée et technologies quantiques. Le plan national d’intelligence artificielle vise à faire bénéficier la défense des progrès réalisés dans le secteur civil. Quoique redoutée dans la région, la puissance militaire chinoise présente des faiblesses, notamment dans l’entraînement et la lutte anti-sous-marine, sans compter le manque d’expérience du combat. Des opérations sur un théâtre extérieur éloigné ou contre un adversaire aux capacités similaires se trouveraient limitées, en raison du petit nombre d’unités de soutien, à savoir avions-ravitailleurs, plates-formes ISR (renseignement, surveillance et reconnaissance) et navires logistiques. Contrairement à leurs anciens homologues de l’Union soviétique, indique François Heisbourg, les militaires chinois parlent de leurs faiblesses. De plus, la Chine met l’accent sur l’exportation d’armements pour projeter sa puissance et profiter aussi de l’expérimentation de l’efficacité de ses systèmes d’armes par d’autres pays. Ainsi, fin 2018, la présence de missiles air-air à guidage radar PL-12 chinois (portée de 3 à 50 km) a été constatée sur des avions de l’armée de l’Air birmane.

Le Japon. Selon le « Military Balance 2019 », le Japon va transformer ses deux porte-hélicoptères de la classe Izumo (19.500 t), en vue de recevoir des avions de combat américains F-35B à décollage court et atterrissage vertical, permettant une projection limitée de puissance ou, au moins, une opération autonome au-delà de la portée d’avions basés à terre. Comme leurs homologues américains, les destroyers de défense aérienne japonais sont équipés d’un système de combat Aegis spécifique, capable d’intercepter des missiles balistiques à 370 km de distance et 185 km d’altitude.

La Russie. Les 5 frégates anti-aériennes russes disposent des missiles hypersoniques SA-N-6 et SA-N-20 d’une vitesse de mach 20 (24.696 km/h) et d’une portée d’environ 4.000 km. En Crimée, la Russie a mis en œuvre le système de défense aérienne S-400, composé de 4 types de missiles tirés de navires : 9 M96 d’environ 50 km de portée ; 9 M96-2, 100 km ; 48 N6D, 200 km ; 40 N6 en développement, 400 km. S’y ajoutent le système de défense côtier 3K60 Bal, composé de missiles de croisière SSC-6A Sennight (130 km) et SSC-6 Sennight en développement (260 km), et le 3K55 Bastion avec le missile de croisière SSC-5 Stooge (300 km). En cas de crise, le S 400 pourrait dénier l’accès de cette région de la mer Noire à une intervention extérieure adverse. La Russie développe et déploie de nouveaux armements nucléaires et à capacité duale. Ainsi, la production en série du planeur hypersonique Avanguard, capable de porter des charges nucléaires ou conventionnelles, a commencé en 2018. En outre, le déploiement du système 9M729 se poursuit avec le missile de croisière SSC-8 Screwdriver, tiré du sol (2.500 km). En 2018, Washington a accusé Moscou d’enfreindre ainsi le Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (500-5.500 km), conclu en 1987 entre les Etats-Unis et l’URSS à l’époque. Début février 2019, les deux Etats ont annoncé leur retrait du traité dans les six mois.

L’Afrique. Les armées africaines apportent une contribution essentielle à la résolution des conflits sur leur continent, explique Sonia Le Gouriellec. Depuis 2000, 22 missions de paix, internationales ou régionales, s’y sont déroulées. L’ONU y a envoyé 75.714 personnels militaires et civils, dont 44.100 ressortissants locaux, et l’Union africaine (UA) 36.550. Les opérations de maintien de la paix apportent avantages financiers et techniques, entraînement et compétences spécifiques aux armées africaines, qui reçoivent des matériels américains, français et russes, mais les entretiennent peu. Les Etats africains en retirent la paix sociale par la professionnalisation de leurs armées, qui acceptent la subordination aux autorités civiles. Sénégal et Tchad fournissent des troupes à l’ONU et l’UA et Kenya, Burundi, Ouganda et Ethiopie des appuis logistiques. Des formations sont assurées en Ethiopie et aux Ghana, Togo et Kenya, avec la coopération des Etats-Unis et de la France (Eléments français au Sénégal et au Gabon).

Loïc Salmon

Le document annuel « Military Balance », qui publie sa 60ème édition en 2019, a établi un classement par pays des 15 principaux budgets de défense dans le monde en 2018. Les Etats-Unis restent en tête avec 643,3 Mds$ devant : les pays européens membres de l’OTAN, 264 Mds$ ; la Chine, 168,2 Mds$ ; l’Arabie saoudite, 82,9 Mds$ ; La Russie, 63,1 Mds$ ; l’Inde, 57,9Mds$ ; la Grande-Bretagne, 56,1 Mds$ ; La France, 53,4 Mds$ ; le Japon, 47,3 Mds$ ; l’Allemagne, 45,7 Mds$ ; la Corée du Sud, 39,2 Mds$ ; le Brésil, 28,8 Mds$ ; l’Australie, 26,6 Mds$ ; l’Italie, 24,9 Mds$ ; Israël, 21,6 Mds$.

Défense : 2017, budgets mondiaux et modernisation

Chine : l’intelligence artificielle, priorité de sécurité nationale

320 – Dossier : « Sénégal, coopération avec la France et rayonnement régional »




Violence et passions

La violence interdit le débat, divise la société et attise la haine, mettant en péril la démocratie. La mort des idéologies a ressuscité le nationalisme et le fanatisme religieux.

Depuis les attentats terroristes du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, la guerre devient hybride, à la fois intérieure et extérieure, civile et militaire, régulière et irrégulière. La violence s’appuie sur : le réveil des sentiments identitaires ; l’exaltation de la guerre sainte par le fondamentalisme islamique ; la volonté de revanche des pays du Sud stimulés par leur décollage économique. L’humanité se concentre dans les mégalopoles, à proximité des côtes, dans un « réseau de villes-monde » entre Los Angeles, San Francisco et New York, Londres et Berlin, Dubaï, Singapour, Hongkong et Shanghai et bientôt Sao Paulo et Mexico, Lagos et Le Caire, Istanbul ou Djakarta. Ces métropoles accumulent talents, capitaux et richesses, face aux régions qui s’enfoncent dans misère, désertification et violence. Conflits armés, absence de développement et changement climatique alimentent des flux de réfugiés et de migrants vers l’Europe. Ces évolutions du monde ont conduit aux « démocratures », théorisées après la chute du mur de Berlin (1989). Celles-ci se caractérisent par le culte de l’homme fort, un populisme virulent et le contrôle de l’économie et de la société. Adossée au suffrage universel manipulé par une propagande, relayée par les médias et réseaux sociaux, cette suprématie de la « démocratie non libérale » se manifeste dans la Russie de Vladimir Poutine, la Chine de Xi Jinping, la Turquie néo-ottomane de Recep Erdogan, l’Egypte du maréchal Al-Sissi, les Philippines de Rodrigo Duerte, le Venezuela chaviste, la Hongrie de Viktor Orban et la Pologne des frères Kaczynski. Nationalisme, protectionnisme, xénophobie et racisme prospèrent aussi aux Etats-Unis. Avec 1,5 million de victimes depuis 1968, les armes à feu y ont causé plus de morts que l’ensemble des conflits entrepris depuis la guerre d’indépendance (1775-1783). En outre, la dynamique guerrière du djihad et des « démocratures » se traduit dans les dépenses militaires qui totalisent environ 1.700 Mds$, soit 2,3 % du produit intérieur brut (PIB) mondial, et qui augmentent de 5-10 %/an. Les Etats-Unis vont porter leur budget militaire à 700 Mds$. La Chine a augmenté le sien de 132 % en 10 ans, jusqu’à 4 % de son PIB. La Russie l’a triplé en 15 ans jusqu’à 3,7 % de son PIB. Son intervention en Syrie lui permet de tester ses nouveaux équipements et armements et de montrer sa capacité à conduire des opérations complexes. Pour sa défense, l’Asie dépense 100 Mds$ de plus que l’Union européenne, qui y consacre 220 Mds$. Par ailleurs, les institutions internationales, à savoir, ONU, Fonds monétaire international, Banque mondiale et Organisation mondiale du commerce, subissent les feux croisés des Etats-Unis et des « démocratures ». Le projet chinois des « nouvelles routes de la soie » vise à : contrôler les réseaux vitaux de la mondialisation ; écouler les excédents chinois d’acier, d’aluminium et de ciment ; créer des débouchés pour les exportations ; garantir l’accès aux matières premières et sources d’énergie ; instaurer une dépendance par la dette ; diffuser le modèle « total-capitaliste » chinois. Toutefois, l’Union européenne a compris qu’elle ne peut plus sous-traiter sa sécurité aux Etats-Unis. Les démocraties redécouvrent que la sécurité et la liberté, comme la prospérité, se conquièrent.

Loïc Salmon

« Violence et passions », par Nicolas Baverez. Éditions de l’Observatoire, 132 pages. 15 €

Chine : les « nouvelles routes de la soie », enjeux idéologiques et réalités stratégiques

Proche-Orient : retour en force de la Russie dans la région




Stratégie : la dissuasion, nucléaire pour longtemps

Les espaces aérien et extra-atmosphérique, la haute mer, le cyber, l’émergence d’acteurs non-étatiques et les violences terroristes constituent de nouvelles dissuasions. Celle par l’arme nucléaire, quoique contestée, perdure.

Ces questions ont fait l’objet d’un colloque organisé, le 6 décembre 2018 à Paris, par le Conseil supérieur de la formation et de la recherche stratégiques. Y sont notamment intervenus : le général d’armée François Lecointre, chef d’Etat-major des armées ; l’ambassadeur Eric Danon, ministère des Affaires étrangères.

La dissuasion nucléaire française. Clé de voûte de la stratégie de la France pour la protection de ses intérêts vitaux, la dissuasion nucléaire fonctionne en permanence depuis 1964, rappelle le général Lecointre. Elle induit chez l’adversaire la certitude que son action, au-delà d’une certaine limite, sera source de dégâts inacceptables pour lui et que le courage de les lui infliger existe. Les armes nucléaires peuvent être mises en œuvre à tout moment avec une palette d’options entre missiles M51 des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (500 patrouilles à ce jour) et le missile air-sol moyenne portée amélioré des Forces aériennes stratégiques (plus de 20.000 jours de vol). La dissuasion française exclut l’arme nucléaire tactique, la riposte graduée et l’abaissement du seuil, pour ne pas laisser à l’adversaire le temps de calculer les risques inhérents à une agression. Le président de la République, chef des armées, décide en dernier ressort et le chef d’état-major des armées prépare les plans de frappe nucléaire. La crédibilité de la dissuasion dépend de l’architecture entre forces nucléaires et forces conventionnelles. La situation géopolitique actuelle produit des ruptures non encore explorées et prend en compte les visions des compétiteurs et des adversaires. La menace évolue avec le perfectionnement des armes nucléaires et leurs capacités. Sa fluidité varie de l’affrontement de nature physique sur terre, sur mer et dans les airs, à la confrontation dans l’espace et le cyber. La conflictualité se durcit avec le retour des Etats puissances, la remise en cause des traités et les tensions à l’Est de l’Europe, aux Proche et Moyen-Orient et dans la zone Asie-Pacifique. La frontière se brouille entre intimidation, chantage nucléaire et agressions de type hybride. La loi de programmation militaire 2019-2025 prévoit 5 Md€/an pour la modernisation des armes nucléaires, notamment la navigation inertielle, la discrétion acoustique et le ravitaillement en vol. Elle ne se fera pas au détriment des forces conventionnelles, pour éviter tout contournement de la dissuasion ou le dilemme ente escalade et renoncement.

Contestations récurrentes. La remise en cause de l’arme nucléaire, pour des raisons diverses, remonte aux bombardements de 1945 et à la constitution des arsenaux américain et soviétique, indique l’ambassadeur Danon. Le premier argument, d’ordre humanitaire et environnemental, rappelle les accidents techniques et les appréciations politiques contradictoires. Le deuxième en souligne l’inutilité, puisqu’elle a quand même conduit à la guerre par procuration en Afrique et en Asie du Sud-Est. Il repose sur la représentation de la détermination de l’adversaire à l’utiliser, à savoir que personne n’osera « appuyer sur le bouton » et assumer la responsabilité d’un suicide collectif. Selon le troisième, l’arme nucléaire ne profite qu’aux neuf pays détenteurs : Etats-Unis, Russie, Grande-Bretagne, France, Chine, Inde, Pakistan, Israël et Corée du Nord. Certains abusent de la situation pour agir sur des théâtres extérieurs en toute impunité, comme la Russie en Crimée, la Chine en mer de Chine et l’OTAN en Libye. Cette situation risquant de perdurer, les contestataires veulent forcer, par traité, les pays nucléaires à désarmer. Or seul le contexte stratégique impose un traité, souligne l’ambassadeur, d’autant plus que les accords de protection mutuelle bénéficient à une trentaine de pays, soit 64 % de la population mondiale. La dissuasion nucléaire, consistant à empêcher la guerre pour préserver la paix, prend aussi une dimension morale. Celle-ci a d’abord reposé sur l’éthique de « conviction » de Churchill, justifiant l’emploi de la bombe atomique en 1945 pour éviter un nombre supérieur de morts dans une guerre conventionnelle. Aujourd’hui, l’éthique de « responsabilité » préfère conserver le système de sécurité collective existant pour éviter une guerre mondiale. Après trente ans de mondialisation, le retour des rapports de puissance démontre que l’architecture de défense et de sécurité établi après la seconde guerre mondiale ne fonctionne plus. En outre, la pérennité des alliances est remise en question par l’administration américaine depuis l’introduction du doute sur l’automaticité de l’article V de l’OTAN. Cet article stipule : « Les parties conviennent qu’une attaque armée contre l’une ou plusieurs d’entre elles survenant en Europe ou en Amérique du Nord sera considérée comme une attaque dirigée contre toutes les parties, et en conséquence elles conviennent que, si une telle attaque se produit, chacune d’elles, dans l’exercice du droit de légitime défense, individuelle ou collective, reconnu par l’article 51 de la charte des Nations unies, assistera la partie ou les parties ainsi attaquées en prenant aussitôt, individuellement et d’accord avec les autres parties, telle action qu’elle jugera nécessaire, y compris l’emploi de la force armée, pour rétablir et assurer la sécurité dans la région de l’Atlantique Nord. » Il s’ensuit un clivage entre les pays européens, certains (à l’Est) souhaitant un rapprochement avec les Etats-Unis et les autres (à l’Ouest) voulant une autonomie européenne. La prolifération représente un risque considérable de déstabilisation mondiale car, si l’Iran décide de se doter effectivement de l’arme nucléaire, d’autres pays seront tentés de l’imiter. Nouveau champ d’affrontement, le cyber fait l’objet de réflexions comme autre moyen de dissuasion. Sur le plan technologique, l’utilisation de l’intelligence artificielle devrait permettre de contrer les cyberattaques. Elle existe déjà dans l’armement nucléaire. Le contexte nucléaire évolue en permanence, sans qu’apparaisse encore un autre système de sécurité collective, conclut l’ambassadeur Danon.

Loïc Salmon

Lors du colloque du 6 décembre 2018, la Fondation suisse « the House of the Rising Stars » a présenté un classement par pays en matière de sécurité globale. Elle a analysé l’action des gouvernements dans le domaine de la protection de l’intégrité du territoire et de la population, incluant la défense extérieure, la sécurité intérieure, la liberté d’opinion et d’expression, la santé publique et le développement durable. Voici les critères retenus : dépenses militaires (% du produit intérieur brut) ; dépenses courantes de santé (idem) ; homicides intentionnels pour 100.000 habitants ; espérance de vie à la naissance ; taux de mortalité infantile pour 1.000 enfants de moins de cinq ans ; indice de liberté d’opinion et d’expression ; indice de performance environnementale. Parmi les 127 pays étudiés, Israël arrive en tête des 10 premiers lauréats, devant les Etats-Unis, la France, la Norvège, l’Australie, la Grande-Bretagne, la Suisse, la Suède, l’Allemagne et le Japon.

Stratégie : contexte évolutif de la dissuasion nucléaire

Dissuasion nucléaire : modernisation de la composante aéroportée

Espace : dissuasion nucléaire et souveraineté européenne

Cyber : dilution des frontières territoriales et souveraineté




Armée de Terre : gagner la paix après l’intervention en Opex

La lutte contre le terrorisme en opération extérieure (Opex) nécessite de prendre en compte la culture du pays concerné, des regards croisés sur le contexte et les impératifs diplomatiques.

Ces questions ont été abordées lors d’un colloque organisé, le 28 novembre 2018 à Paris, par l’Etat-major spécialisé pour l’outre-mer et l’étranger. Y sont notamment intervenus : le général d’armée Jean-Pierre Bosser, chef d’état-major de l’armée de Terre ; l’ambassadeur Jean-Marc Châtaigner, envoyé spécial pour le Sahel ; Parfait Onanga-Anyanga, chef de la Mission multidimensionnelle intégrée des nations unies pour la stabilisation en Centrafrique (MINUSCA) ; Vincent Hugueux, journaliste spécialiste de l’Afrique et du Moyen-Orient ; Francis Simmons, maître de conférences à l’université d’Aix-Marseille.

Complexité opérationnelle. La conduite des opérations extérieures prend en compte culture et environnement locaux, souligne le général Bosser. Elle doit éviter le piège ethnocentrique, consistant à utiliser sa propre culture pour analyser celle de l’autre. S’y ajoute le relativisme culturel, qui empêche de porter un véritable jugement sur les autres cultures et de condamner ou nier les différences qu’on ne comprend pas. En outre, la France a tendance à considérer ses valeurs comme universelles. Une crise met en lice des populations et des acteurs différents dans leurs rapports à la culture, la religion et la famille. Le progrès seul ne pourra la régler sans le concilier avec les cultures traditionnelles. Après une intervention pour secourir un village, victime d’actions terroristes, il s’agit de remplir les conditions pour un retour à la vie normale. Mais la foule reste versatile et peut changer de camp après un accueil chaleureux. De plus, l’adversaire d’hier peut devenir le partenaire de demain. Les troupes de Marine s’adaptent et disposent de la capacité à s’intégrer et à capter la confiance des populations locales et des partenaires étrangers. Cette spécificité française diffère de la « culture stratégique » américaine en Afrique ou ailleurs, où les troupes restent cantonnées dans leurs bases et n’en sortent que puissamment armées.

Impact diplomatique. Dans un pays africain en crise, la paix durable implique la diplomatie, la défense et la sécurité, le développement et le droit, explique l’ambassadeur Châtaigner. Se l’approprier prend du temps. Le pouvoir politique définit les objectifs et donne mandat aux diplomates de faire accepter sa défaite par l’adversaire. Il s’agit ensuite de faire appliquer les accords de paix par les forces armées. La population, qui aspire à vivre mieux, ressent de l’injustice quand l’Etat ne garantit plus la sécurité et qu’il participe à l’insécurité. Les terroristes islamistes tentent d’utiliser le sentiment de précarité et les différences ethniques et religieuses pour attirer des gens dans leurs rangs. Il devient alors impératif d’intégrer les populations locales dans les armées nationales. Au niveau des pays du G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad), la création d’une force militaire supranationale constitue un facteur d’unité et d’action. Quant au développement économique, l’utilisation imposée d’un seul modèle fondé uniquement sur l’argent, qui supprime les modèles culturels propres, a contribué à la déstabilisation des populations. Les nécessités institutionnelles (sécurité, justice, santé, développement culturel) varient selon les pays concernés. Les modèles français, britannique, allemand ou des pays nordiques échouent quand ils n’en tiennent pas compte. Ils risquent même d’arriver à l’effet inverse et d’empêcher les dirigeants locaux d’atteindre leur but. La vision unitaire de l’Etat, comme en France ou en ex-Union soviétique, prévaut au Mali, mais pas au Niger qui conserve les chefferies traditionnelles. Le droit de base coexiste avec les spécificités locales, malgré la Déclaration universelle des droits de l’homme (1948) et celle sur le développement durable (2015). Il s’agit de s’habituer à comprendre amis et adversaires, pour agir plus efficacement sur le temps culturel, long, et le temps politique, court, conclut l’ambassadeur.

Perception « onusienne ». L’approche stratégique et le mode d’action opérationnel de la MINUSCA s’enrichissent des technicités américaine et européenne, indique son chef, Parfait Onanga-Anyanga. Toutefois, tout contingent doit intégrer les limitations fixées par les pays contributeurs de troupes. L’ONU, qui agit dans l’urgence pour sauver des vies, ne dispose que de troupes hétérogènes et souvent mal préparées, équipées et entraînées. Celles déployées pour la première fois ne sont guère familières de la professionnalisation d’un détachement aguerri de l’ONU et n’ont pas l’expérience de l’interculturalité. Leur attitude apparaît comme en deça des normes fixées par l’ONU. Elles doivent intervenir dans des pays où l’instabilité structurelle de l’Etat fragilise le contrat social. Un conflit intracommunautaire met à mal les particularités locales et rend leur accueil difficile. Souvent, la société se trouve fracturée par l’instrumentalisation de la religion. Or, une seule défaillance discrédite le contingent de l’ONU. Il doit pourtant affirmer la primauté du droit et conserver une empathie avec les populations les plus vulnérables. Ainsi, en Centrafrique, la MINUSCA se trouve confrontée à la rumeur et à la désinformation consécutives à l’ignorance, comme l’accusation de sorcellerie envers les femmes et les enfants. Le chef de village se révèle plus influent que le représentant de l’autorité centrale. La population du pays éprouve alors un sentiment de conspiration à son égard par les troupes de l’ONU, qui maîtrisent mal les réalités locales.

Loïc Salmon

Selon Vincent Hugueux, le militaire et l’expatrié doivent déjouer les traquenards de la méconnaissance et des stéréotypes. Ainsi, le Touareg « prince du désert », cliché hérité de la colonisation, peut devenir un nouveau djihadiste. En Afrique, il faut découvrir qui détient les attributs du pouvoir ou sa réalité et la double allégeance. La réalité peut se trouver troublante et inacceptable, comme le déni du fait ethnique pendant les campagnes électorales en Côte d’ivoire, au Mali ou en Centrafrique. Le conflit de loyauté s’est posé en Afghanistan. Les interprètes travaillant pour les étrangers bénéficiaient d’un prestige et aussi de ressources supérieures à la moyenne mais étaient considérés comme traîtres par les talibans. Les militaires africains partenaires connaissent mieux leurs homologues français que l’inverse car ils parlent la même langue et ont été formés dans les mêmes écoles, rappelle Francis Simmons. Malgré la fraternité des armes, le poids de l’Histoire reste prépondérant. Les officiers français considèrent les Touaregs du Nord du Mali comme leurs égaux, alors que les Maliens du Sud n’oublient pas que ceux-ci sont d’anciens marchands d’esclaves. L’opération « Serval » au Mali, bien perçue au début, est aujourd’hui vue comme une intervention néo-colonialiste sur un territoire, dont la France n’avait jamais vraiment accepté l’indépendance. Enfin, quoique l’islamisation de l’Afrique subsaharienne date des années 1950, ses élites tiennent encore compte de la magie et des protections surnaturelles.

Armée de Terre : connaissance, coopération et influence

ONU : maintenir la paix face aux menaces et attentes nouvelles




Armée de Terre : le soldat, entraînement et protection

L’esprit guerrier consiste à gagner par l’entraînement, la haute technologie et les traditions. Cela implique l’amélioration de la protection du soldat et du cadre de vie de sa famille.

Telle est la conviction du général Jean-Pierre Bosser, chef d’état-major de l’armée de Terre dont les capacités de la 1ère Division ont été présentées le 4 octobre 2018 au camp de Satory.

L’ensemble du spectre. La démonstration a porté sur l’engagement des forces terrestres sur le territoire national, lors d’un conflit asymétrique ou d’un affrontement entre Etats. En effet, l’armée de Terre peut intervenir en métropole et dans les départements et territoires d’outre-mer, en soutien des populations, en appui et en complément des forces de sécurité intérieure. Grâce à ses formations et entraînements, elle apporte une réponse adaptée à la menace et à la nature de la crise. Dans l’urgence, l’armée de Terre peut déployer une force capable de produire d’emblée des effets. Elle intervient en montagne, en zone désertique ou équatoriale avec des moyens spécifiques. Elle assure une gestion de crise dans la durée, au contact des populations, selon une approche globale et dans un cadre multilatéral, avec un emploi de la force maîtrisé et réversible. Les innovations récentes concourent à la protection accrue de la force face à un adversaire tenace et dont les capacités se durcissent. Enfin, en raison du risque de guerre ouverte face à un ennemi puissant, l’armée de Terre entretient sa capacité à assumer la responsabilité de nation-cadre au sein de l’OTAN ou d’une coalition ad hoc. Son « système infocentré Scorpion » renforce sa capacité à prendre l’ascendant sur l’adversaire pour emporter la décision.

Le renseignement « Terre ». L’armée de Terre dispose de ses propres capacités de renseignement. Ainsi, le 2ème Régiment de hussards s’occupe de la recherche humaine : surveillance des objectifs ou des cibles ; guidage ; traitement des sources humaines ; exploitation des matériels sensibles. Le 61ème Régiment d’artillerie effectue de la recherche par imagerie (drones) pour appuyer en temps réel ou différé, acquérir des objectifs et évaluer les frappes. Le 28ème Groupe géographique recueille des renseignements de terrain, les exploite et apporte un appui cartographique. La recherche électromagnétique, assurée par le 44ème Régiment de transmissions, consiste à reconnaître les signaux, les détecter, les intercepter, les décoder, les localiser et, éventuellement, les neutraliser. La 785ème Compagnie de guerre électronique et le 54ème Régiment de transmissions apportent un appui électronique. Tous ces capteurs, complémentaires, travaillent en synergie dans l’espace et dans le temps au profit des différents niveaux de commandement, du Corps de réaction rapide-France (OTAN) au groupement tactique interarmes, des forces spéciales ou de la Direction du renseignement militaire. Le Commandement du renseignement garantit la cohérence d’emploi et l’évolution des moyens de recherche et d’exploitation (analyse et connaissance des modes d’action adverses). Il assure la formation aux métiers du renseignement, l’entraînement des bureaux dédiés des états-majors opérationnels et celui des structures « multicapteurs ». En outre, il adapte la fonction renseignement Terre aux évolutions permanentes de l’adversaire. Enfin, il participe aux missions du Centre interarmées des actions sur l’environnement, pour faire mieux comprendre et accepter l’action des forces françaises sur les théâtres extérieurs auprès des acteurs locaux et ainsi gagner leur confiance. Les missions portent sur l’aide directe aux populations, la gestion de chantiers de reconstruction ou les actions de communication d’influence auprès de la population, des élites et des élus locaux.

La référence. Compte tenu de l’évolution de la menace, l’armée de Terre adapte en permanence ses dispositifs opérationnels sur le territoire national et sur les théâtres extérieurs, rappelle son chef d’état-major. La modernisation de l’exercice du commandement inclut notamment la renaissance d’une Ecole de guerre « Terre » depuis le 30 août 2018, d’une durée de 43 semaines et complémentaire de l’Ecole de Guerre interarmées. Une vision prospective permet d’anticiper les ruptures futures. Le général Bosser énumère six critères de référence : un modèle complet pour affronter tout type de menaces ; une masse pour produire des effets stratégiques dans la durée ; des équipements de 4ème génération pour dominer l’adversaire ; une capacité à agir dans le cadre d’une stratégie globale pour gagner la paix ; une singularité militaire au service de l’efficacité opérationnelle ; un esprit guerrier pour décupler les forces morales. La loi de programmation militaire, qui s’étend de 2019 à 2025, dure autant que l’engagement moyen d’un jeune militaire du rang ou d’un sous-officier, souligne le général. Elle modernise l’outil de combat en préparant le déploiement en opération de groupements interarmes Scorpion à partir de 2021 (voir encadré). En 2019, l’armée de Terre doit mettre en œuvre 5 zones techniques Scorpion et 1 régiment de formation équipé de 92 véhicules blindés multi-rôles Griffon. Elle poursuivra la transformation de la maintenance terrestre et aura obtenu les premiers résultats du « contrat globalisé » pour les hélicoptères d’attaque Tigre. En matière d’innovation pour garder l’ascendant sur l’adversaire, sont prévues en 2019 : l’implantation du « Battle Lab Terre » (laboratoire de la bataille terrestre) à Satory ; la poursuite de la transformation numérique de l’administration (dossiers et recrutement) ; la numérisation de l’espace de formation ; l’accélération des processus de passation de marché.

Le quotidien du soldat. En 2019 et pour combler des lacunes majeures, indique le général Bosser, l’armée de Terre doit recevoir des treillis de dernière génération, 24.000 fusils d’assaut HK416 et 730 véhicules 4×4. L’entretien du matériel bénéficiera d’un financement renforcé. L’aguerrissement et l’entraînement collectif seront consolidés. Le nouveau Centre de formation de Bourges doit accueillir la première promotion de mécaniciens aéronautiques. Par ailleurs, le « Plan famille » porte sur le préavis des mutations, le déploiement wifi, des garderies supplémentaires et l’accession à la propriété. En 2017, l’armée de Terre comptait 126.000 militaires avec 60.000 conjoints ayants droits et 123.000 enfants, dont 24.000 de moins de 3 ans. Ils ont connu 14.000 mutations et 115 jours d’absence hors garnison.

Loïc Salmon

Destinée à projeter un sous-groupement interarmes Scorpion en opération extérieure dès 2021, la 1ère Division compte : 26.500 personnels d’active ; 5.200 réservistes ; 5 états-majors ; 27 régiments ; 1 école ; 1 centre d’aguerrissement ; 4 centres de formation initiale des militaires du rang. Outre les éléments français de la Brigade franco-allemande, elle regroupe trois grandes unités interarmes de 7 à 8 régiments : 7ème Brigade blindée ; 9ème Brigade d’infanterie de marine ; 27ème Brigade d’infanterie de marine. Enfin, elle dispose du 1er Régiment d’artillerie, du 19ème Régiment du génie et du 132ème Bataillon cynophile de l’armée de terre.

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Renseignement militaire : clé de l’autonomie stratégique et de l’efficacité opérationnelle

 




Garde nationale : faciliter l’engagement et fidéliser

Aujourd’hui, les armées et notamment l’opération « Sentinelle » de protection des points sensibles ne peuvent fonctionner sans les réservistes, militaires à part entière pendant leurs périodes d’incorporation.

Le général de brigade de la Gendarmerie Anne Fougerat, secrétaire générale de la Garde nationale (GN) l’a rappelé, le 8 octobre 2018 à Paris, devant l’Association des journalistes de défense à l’occasion de la « Journée nationale du réserviste » (13 octobre-11 novembre). Installée à l’Ecole militaire, la GN, codirigée par les ministres des Armées et de l’Intérieur, dispose d’un état-major de 14 personnes à la disposition de sa secrétaire générale : 2 officiers et 1 soldat pour l’armée de Terre ; 1 officier pour l’armée de l’Air ; 1 commissaire pour la Marine nationale ; 2 officiers et 2 sous-officiers pour la Gendarmerie ; 1 officier pour la Police ; 2 personnes du ministère de l’Intérieur ; 2 postes à pourvoir. Son secrétariat général est assuré par rotation tous les deux ans entre les deux ministères, le général Fougerat, représentant celui de l’Intérieur jusqu’en 2020.

Les réservistes. Le candidat à la réserve choisit de préférence l’armée qu’il connaît puis, une fois admis, devient réserviste dans la GN, précise sa secrétaire générale. Quoique la limite d’âge d’entrée dans la réserve soit fixée à 40 ans, il s’agit surtout de recruter des jeunes, avec des exceptions pour des spécialistes pouvant apporter leur concours aux armées. Les réservistes, dont 20,5 % de femmes, se répartissent à raison de 45 % pour les militaires du rang, 38 % pour les sous-officiers et 17 % pour les officiers. Leurs tranches d’âge varient de 37 % pour           les moins de 30 ans, 16 % pour les 30-39 ans, 19 % pour les 40-49 ans et 28 % pour les plus de 50 ans. La réserve de la Police nationale compte 86 % de plus de 55 ans et 91 % issus de ses rangs ou d’anciens adjoints de sécurité. Globalement, 66,4 % de réservistes de la GN viennent de la société civile avec des variantes pour les armées en général (59 %) et la Gendarmerie en particulier (76 %). Les actifs constituent 49 % des réservistes, suivis des étudiants (19 %) et des retraités (13%), le reste (19 %) n’étant pas « renseigné ». Toutefois, le taux d’attrition, par limite d’âge ou pour raisons personnelles, atteint 17 %. Il s’agit donc, indique le général Fougerat, de recruter des jeunes pour y pallier. La GN comptera 75.088 réservistes fin 2018. Les « réservistes opérationnels connectés », mobilisables par SMS, parfois après leur journée de travail, assurent des relèves sous l’autorité de personnels d’active. Chaque jour en 2017, 978 réservistes des armées ont participé à la protection du territoire national (+ 22,7 % en un an), essentiellement pour « Sentinelle » ou la protection d’emprises et pour celle des approches aériennes, la défense maritime du territoire, le soutien opérationnel ou la protection du secret.

Leurs employeurs. En 2017, la GN a employé, quotidiennement, 6.989 réservistes qui ont effectué en moyenne 35,2 jours d’activité. Sa secrétaire générale veut dynamiser les relations avec les universités et les entreprises, objets de conventions par l’intermédiaire de 93 « correspondants réserve-entreprise défense ». Selon une étude réalisée en juin 2017 auprès de 200 entreprises et de 4.500 réservistes, ces derniers en augmentent la valeur sur les plans humain, de la marque, des clients, du savoir et de l’organisation. Il reste à améliorer la protection sociale du réserviste, pour que son activité dans la GN ne lui cause pas un préjudice financier s’il est blessé. La Gendarmerie a déploré 70 blessés en service en 2017.

Loïc Salmon

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Démineurs

Le métier, très dangereux, de démineur exige une préparation minutieuse de la mission, pour ne rien laisser au hasard. Il implique humilité, malgré l’expérience, et discrétion vis-à-vis des proches, pour ne pas les inquiéter.

Ces hommes et ces femmes travaillent dans l’urgence en France, sur les bombes et obus datant des deux guerres mondiales, mais aussi au Cambodge, au Liban, en ex-Yougoslavie, en Afghanistan, en Irak, au Tchad ou au Mali, ravagés par des conflits plus récents. S’y ajoutent les colis suspects ou les engins explosifs improvisés (IED en anglais), mis au point par des organisations terroristes pour frapper aveuglément n’importe où. Celles-ci veulent tuer le maximum de gens de façon spectaculaire, en vue de provoquer une forte résonnance médiatique qui pèsera sur l’opinion publique du pays ciblé. Le livre « Démineurs » donne la parole à 70 professionnels du danger permanent, photos à l’appui et à visage découvert ou caché. Leurs motivations varient du goût du défi et de la recherche d’adrénaline en situation extrême à la solidarité et à l’amour des autres, sans oublier la fraternité inhérente à ce métier hors du commun. Agés de 19 à 83 ans, militaires de grades divers, policiers ou personnels de la sécurité civile, ils expliquent, avec simplicité, ce qu’ils font. Les unités d’appartenance de certains militaires parlent d’elles-mêmes : Groupement des commandos parachutistes, Groupement d’intervention du déminage, Groupe de plongeurs démineurs, Régiment du génie, Régiment étranger de génie et Régiment du génie parachutiste. Certains ont fait partie d’une « WIT », acronyme anglais pour « Weapons Intelligence Team », à avoir une équipe qui mène des enquêtes d’armement sur le terrain, afin de prélever des indices pour déterminer des sources sur les plans technique et tactique à des fins de renseignement. Enfin, le traitement des IED nécessite de devenir « EOD » (Explosive Ordnance Disposal), spécialiste qualifié dans le traitement des munitions et engins explosifs.

Loïc Salmon

« Démineurs », par Victor Ferreira. Mareuil Éditions, 160 pages, 20 €

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Défense : information falsifiée, internet et réseaux sociaux

Résilience de la société et débat libre et ouvert, atouts des démocraties, leur permettent de lutter contre la manipulation de l’information par des Etats autoritaires ou des organisations non étatiques, qui exploitent leurs vulnérabilités à des fins stratégiques.

Le Centre d’analyse, de prévision et de stratégie (CAPS) du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire (IRSEM) ont rendu public, le 4 septembre 2018, leur rapport sur les manipulations de l’information. Le même jour à Paris, ils l’ont présenté au cours d’une conférence-débat, ouverte par Florence Parly, ministre des Armées. Parmi les intervenants figurent : Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, directeur de l’IRSEM ; Marine Guillaume, chargée de mission au CAPS ; Alexandre Escorcia, directeur-adjoint du CAPS ; le diplomate Manuel Lafont Rapnouil, Conseil européen des relations internationales ; Grégoire Lemarchand, Agence France Presse.

Menace et arme à contrer. La manipulation de l’information crée crispation et haine de l’autre et sème trouble et zizanie, estime Florence Parly. La désinformation remplace la critique raisonnée par la défiance a priori et profite de la liberté d’expression des sociétés démocratiques. La répétition et la diffusion rendent légitimes et « vraies » de fausses informations, qui mélangent habilement le vrai et le faux. Elles peuvent viser les forces armées pour tenter de faire croire à leur inefficacité et saper leur crédibilité en dénonçant des agissements supposés. Toutefois, le rapport CAPS/IRSEM identifie, chez les adversaires des démocraties, trois vulnérabilités, donc des opportunités pour leur permettre de riposter. D’abord, les services de renseignement pénètrent le champ des perceptions adverses, détectent les innombrables comptes twitter ou d’agents virtuels, relais de fausses nouvelles et amplificateurs d’anecdotes. Les experts du Centre interarmées des actions sur l’environnement et le Commandement de la cyberdéfense participent aux détections et déconstructions des tentatives de manipulation de l’information. Ensuite, la détermination à innover constitue une autre opportunité. Bientôt, l’intelligence artificielle pourra signaler et contrer la diffusion d’une information inventée. Elle dénichera les faux comptes et garantira la sécurité numérique. Enfin, la riposte à la désinformation nécessite actions interministérielles et partenariats avec les acteurs privés. La lutte contre le terrorisme, via internet, a déjà amélioré les relations de l’Etat avec les GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon). Les coopérations concernent tous les pays membres de l’Union européenne et du G7, touchés par la manipulation de l’information. Ce sujet s’inscrit dans l’établissement d’un dialogue avec la Russie sur l’architecture de la sécurité européenne, conclut Florence Parly. Ensuite, Jean-Baptiste Jeangène Vilmer et Marine Guillaume ont présenté le rapport CAPS/IRSEM.

Daech. Selon ce rapport, la campagne de l’Etat islamique (Daech) sur les médias sociaux lui a permis d’attirer plus de 18.000 combattants étrangers de 90 pays entre 2005 et 2015. Sa propagande propose une vision du monde manichéenne, simple et « complotiste » (actions d’un groupe occulte) pour expliquer l’ensemble de la vie en société. Elle cible les vulnérabilités sociales, économiques, politiques et culturelles des sociétés visées. Possesseur de sites internet, forums de conversations et revues en ligne, Daech recourt de façon intensive aux réseaux sociaux, blogs, messageries instantanées et sites de partage vidéo. Actif sur les forums spécialisés (« terror forums »), il prépare ses opérations terroristes sur le « Darknet » (réseau permettant l’anonymat sur internet).

Russie. Les ingérences constatées lors des référendums (Pays-Bas, « Brexit » et Catalogne) et des élections (Etats-Unis, France et Allemagne) sont liées de près ou de loin à la Russie, indique le rapport. Dans l’ensemble, 80 % des efforts d’influence en Europe lui sont attribués, le reste se répartissant, en gros, entre la Chine, l’Iran et Daech. Seules l’URSS puis la Russie ont officialisé la manipulation de l’information pour affaiblir l’Occident. Celle-ci a d’abord été utilisée contre les minorités ethniques, nationales et religieuses de la Russie elle-même. Aujourd’hui, la manipulation mélange propagande de tradition soviétique et divertissement à l’américaine. Il s’agit moins de convaincre que d’affaiblir en divisant. En outre, des « cyberbrigades » ont été mises sur pied en 2017. Moscou considère ses méthodes comme défensives, face à la guerre de l’information menée par les Etats-Unis, et la promotion des valeurs libérales et démocratiques comme une action subversive pour renverser son régime.

Chine. Le savoir-faire de la tradition de la lutte idéologique et de la propagande est aujourd’hui au service des intérêts chinois, précise le rapport. Le parti communiste entend entretenir sa légitimité à l’intérieur, influencer les opinions internationales et mettre en œuvre la guerre de l’information. Il s’agit de contrôler le discours dominant et d’influencer les croyances et perceptions des sociétés ouvertes, en vue de servir les intérêts de la Chine et de réduire leur capacité de réponse. Ingérence et influence se manifestent par l’instrumentalisation des diasporas chinoises (prises de contrôle des médias en chinois) et d’anciens hommes d’Etat européens, la pénétration d’organisations régionales (Interpol et Conseil de l’Europe) et les pressions sur les chercheurs (visas et financement de programmes). Elles ciblent surtout l’Australie, la Nouvelle-Zélande et les pays d’Europe de l’Est et d’Afrique.

Union européenne. La manipulation de l’information s’infiltrant au cœur des mécanismes internationaux pour entraver la décision, il faut aussi lutter contre notre propre crédulité, souligne Manuel Lafont Rapnouil. L’expérience de l’Estonie, qui y a été exposée, lui donne une capacité de prévision, indique Alexandre Escorcia. Déjà, la lutte contre la manipulation de l’information est particulièrement prise en compte par la Commission européenne et le Service européen pour l’action extérieure.

Média. Dans ce domaine, les média sont passés du déni à la vérification des sources sur les réseaux sociaux en cas de « partage », souligne Grégoire Lemarchand. De leur propre initiative, ils ont établi collectivement des normes (« fact-checkings ») sur la déontologie et la transparence pour intervenir sur les moteurs de recherche et auprès des annonceurs en ce qui concerne les sites colportant de fausses nouvelles.

Loïc Salmon

Le rapport « Les manipulations de l’information » résulte d’une enquête de terrain à l’initiative du CAPS et de l’IRSEM, qui ont effectué une centaine d’entretiens auprès : d’institutions publiques (ministères et services de renseignement) d’une vingtaine de pays (Asie, Europe, Amérique du Nord et Russie) ; d’organisations internationales (OTAN, OSCE et Union européenne) et d’organisations non gouvernementales ; d’universitaires, de « think tanks » et de journalistes. Il s’appuie aussi sur la littérature scientifique disponible. Il examine les causes, conséquences et réponses aux manipulations de l’information d’origine étatique, visant les populations d’autres Etats et présente 50 recommandations pour s’en protéger.

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