Marine nationale : le porte-avions et la mer dans les relations internationales

En raison du libre usage de la haute mer, le groupe aéronaval constitue un outil stratégique pour la France, grâce à son autonomie et sa capacité de résilience. Il agit dans une manœuvre globale intégrant la dissuasion nucléaire, le dialogue avec les grands pays alliés et la participation à la résolution des crises.

Ce thème a fait l’objet d’une conférence organisée, le 23 septembre 2015 à Paris, par le Centre d’enseignement stratégique de la marine (CESM) au profit du magistère « Relations internationales et Actions à l’étranger » de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Y sont notamment intervenus : le contre-amiral Éric Chaperon, commandant de l’état-major embarqué de la Force d’action navale ; le capitaine de frégate (R) Martin Motte, professeur des universités ; Thibault Leroy, professeur agrégé d’histoire.

Le porte-avions en opérations. D’ici à 2020, indique l’amiral Chaperon, 29 porte-avions seront en service dans le monde, dont 14 à catapulte et 15 avec un tremplin pour avions à décollage court. Toutefois, les porte-avions à catapulte donne une allonge très supérieure à l’aviation embarquée, donc une plus grande capacité d’action dans la profondeur. Seules les Marines américaine et française en sont dotées. La répartition de ces « capital ships » (voir encadré) devrait s’établir ainsi : États-Unis, 13 contre 10 en 2015 ; France, 1 (1) ; Brésil, 2 (1) ; Italie, 2 (2) ; Espagne 1 (1 sous cocon) ; Inde, 3 (2) ; Chine, 3 (1) ; Grande-Bretagne, 2 (0) ; Russie, 1(1) ; Thaïlande, 1 (1). Grâce à la similitude de leurs porte-avions, les États-Unis et la France ont, pour la première fois, intégré leurs groupes aéronavals dans le golfe Arabo-Persique, lors de l’opération « Arromanches 2015 » (janvier-mai 2015). Celle-ci entrait dans le cadre de l’engagement d’une coalition internationale contre Daech en Irak, à savoir les reconnaissances et bombardements aériens des opérations « Chamal » (dénomination de la participation française) et  « Inherent Resolve » (appellation générale). Le groupe aéronaval français, centré sur le porte-avions Charles-De-Gaulle, a pu contribuer aux capacités rares : reconnaissance, commandement et contrôle des opérations, où 30 % des vols ont été réalisés depuis la mer. Il a engagé jusqu’à 15 avions en même temps avec 65 heures de vol par jour, pour des missions de 6 heures à l’intérieur du territoire irakien. Les règles d’engagement (ouverture du feu) et les zones d’action sont déterminées en commun, en tenant compte des incompatibilités de certaines missions avec le cadre défini par les autorités politico-militaires. La coordination impose des couloirs aériens séparés et des altitudes différentes pour des appareils évoluant  jusqu’à 100 km de leur porte-avions base. La France a dû obtenir l’autorisation préalable des Émirats arabes unis pour faire décoller ses avions (armée de l’Air) de la base d’Abu Dhabi, alors que le Charles-De-Gaulle a été déployé en toute souveraineté. De leur côté et dès le début de l’opération « Inherent Resolve » (août 2014), les États-Unis ont projeté un groupe aéronaval dans le golfe Arabo-Persique. En outre, pendant « Arromanches 2015 », indique l’amiral Chaperon, le groupe aéronaval français a évalué la situation géopolitique en océan Indien. Ainsi, le golfe d’Aden connaît une concentration sans précédent de navires de guerre de diverses nationalités. Pour la première fois, les Marines des Émirats arabes unis, de l’Arabie saoudite et de l’Égypte se sont déployées au large du Yémen et commencent à prendre conscience de leur rôle de sécurisation des espaces maritimes. En outre, l’Égypte devient un partenaire important avec le rachat à la France des deux bâtiments de projection et de commandement initialement destinés à la Russie (septembre 2015). De son côté, l’Iran affirme sa présence régionale avec la maîtrise de la stratégie navale, comme l’a démontré son exercice « Noble Prophet 9 » dans le golfe Arabo-Persique (février-mars 2015). La Marine russe revient en océan Indien. Enfin, la Marine chinoise, qui connaît un développement exponentiel, y montre son pavillon.

L’importance stratégique de la mer. La Marine française s’intègre depuis un siècle à une stratégie terrestre. Ainsi, en août 1914, le transport du 9ème Corps d’armée d’Afrique du Nord vers la métropole a contribué à la victoire de la Marne. De 1940 à 1944, la stratégie de la France Libre a reposé sur les arrières maritimes et coloniaux, condition de la reconquête de la métropole. Pourtant son chef, le général De Gaulle, lâchera l’empire colonial dans les années1960 pour le remplacer par une double stratégie culturelle et de dissuasion nucléaire, estime Martin Motte. Outre son siège de membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU depuis 1945, la francophonie constitue pour la France un atout majeur en matière de relations internationales. Le français, relais d’influence et aujourd’hui 5ème langue parlée dans le monde, représente 4 % de sa population, chiffre qui doublera à terme. D’autre part, avec ses sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, la Force océanique stratégique reste le pilier de la dissuasion, sans oublier les Rafale porteurs de l’arme nucléaire et embarqués sur le porte-avions. Le général De Gaulle l’avait anticipé dès 1965 : « La Marine se trouve maintenant et sans doute pour la première fois de notre Histoire au premier plan de puissance guerrière de la France ». Un demi-siècle plus tard, sur les 193 pays membres de l’ONU, 153 ont un accès direct à la mer. L’économie mondiale a connu une « maritimisation » croissante. Le commerce maritime a été multiplié par 8 depuis 1960. Plus de 80 % des échanges mondiaux transitent par la mer, dont un tiers pour les flux pétroliers. Les câbles sous-marins assurent plus de 99 % des flux numériques. Les organisations djihadistes pourraient prendre pour cibles les goulets d’étranglement du trafic  maritime : détroit de Gibraltar ; isthme de Suez ; détroit de Bab-el-Mandeb ; détroit d’Ormuz ; détroit de Malacca. La piraterie a diminué dans le monde, mais n’est pas éradiquée dans certaines zones : mer des Caraïbes ; golfe de Guinée ; golfe d’Aden ; golfe du Bengale ; détroit de Malacca ; mer de Chine méridionale. Enfin la mer devient un réservoir de ressources stratégiques : protéines, pétrole, gaz et minerais rares.

Loïc Salmon

Marine nationale : opération « Arromanches » en Méditerranée et océan Indien

Dissuasion nucléaire : assurer à la France son indépendance

L’océan Indien : espace sous tension

Au début du XXème siècle, la Marine de guerre de la France décline par rapport à celle de la Grande-Bretagne, tandis que celle de l’Allemagne monte en puissance, explique Thibault Leroy. Pour protéger son empire colonial, la Grande-Bretagne entend disposer d’une Marine capable de surclasser les deux autres plus importantes. Or, en 1905, le Japon inflige une sévère défaite à la Russie lors de la bataille navale de Tsushima. Le cuirassé devient alors  le navire principal d’une flotte de combat (« capital ship »). Après la guerre de Sécession (1860-1865), les États-Unis développent leur Marine, qui égale celles de la France et de l’Italie en 1914. Malgré la perte d’une grande partie de leur flotte à Pearl Harbour (1941), ils remportent la bataille aéronavale de Midway (1942), grâce aux radars, dont sont dépourvus les porte-avions japonais. Depuis, le porte-aéronefs a remplacé le cuirassé comme « capital ship », atout déterminant d’une force navale.




Cyber : au cœur des enjeux de défense et de sécurité

Les moyens de défense sont directement exposés à la menace cyber sur les théâtres d’opération et le territoire national. En outre, les capacités du réseau internet sont exploitées à des fins terroristes par des organisations et même des États.

Ce thème a fait l’objet d’un colloque organisé, le 24 septembre 2015 à Paris, par le ministère de la Défense et diverses entreprises de cyberdéfense. Y ont notamment participé : Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense ; Frédérick Douzet, professeure titulaire de la chaire Castex ; Kevin Limonier, chercheur à l’Institut de géopolitique ; le général Thierry Burkhardt de la Coordination nationale du renseignement ; Nicolas Mazzuchi, chercheur à l’Institut des relations internationales et stratégiques ; Alice Lacoye-Matteus, avocate et doctorante.

Une dimension stratégique. En Afghanistan, les forces françaises ont été la cible d’une attaque cyber, qui a temporairement perturbé les liaisons entre les drones et la métropole, a indiqué Jean-Yves Le Drian. Les groupes armés terroristes au Levant, en Afrique et au Maghreb menacent l’espace numérique. Une source de propagande Daech a été identifiée en Syrie avec des relais en Europe, qui utilisent les infrastructures et les opérateurs Internet. Les mafias, qui disposent de moyens du niveau de certains États, travaillent pour elles-mêmes ou vendent leurs services au plus offrant. La cyberdéfense est intégrée à l’État-major des armées, à la Direction générale de l’armement et aux services de renseignement. Le ministre a exposé ses quatre priorités en la matière. D’abord, il faut garantir la protection des réseaux et des systèmes de défense, par l’acquisition de produits et de service de confiance et une conception rigoureuse des systèmes concernés. En outre, la chaîne opérationnelle de cyberdéfense agit en temps réel pour la sécurité des systèmes. Ce volet, déjà intégré aux déploiements des forces militaires au Levant et au Sahel, leur fabrique un bouclier protecteur avec des dispositifs particuliers. Une unité spécialement équipée, dont le noyau est déjà en place au Levant, sera totalement opérationnelle en 2018. De plus, afin d’anticiper les menaces, de caractériser l’adversaire et d’adapter ainsi les systèmes de défense, la Direction du renseignement militaire a récemment créé un centre de recherches et d’analyse cyber. De son côté, la Direction générale de sécurité extérieure développe ses propres moyens depuis plusieurs années. La « lutte informatique active », explique le ministre, consiste à priver l’adversaire de ses systèmes numériques en les neutralisant ou les leurrant, en vue d’un avantage déterminant dans la manœuvre militaire. Un « pôle d’excellence cyber » a été créé à cet effet (voir encadré).

Une menace évolutive. Au niveau international, rappelle Frédérick Douzet, les impacts des cyberattaques, lancées par des réseaux anonymes et chiffrés, restent sous le seuil de déclenchement de conflits armés. Or, les données de traçabilité se trouvent entre les mains des grandes plates-formes américaines. Par ailleurs, la cyberguerre s’inscrit dans l’histoire de la Russie conquérante depuis le Moyen-Age avec des combattants irréguliers (cosaques notamment), puis la propagande déstabilisante du régime soviétique à partir de 1920, indique Kevin Limonier. Aujourd’hui, Moscou recourt aux milices politisées qui lui sont favorables, en échange de soutiens financier et logistique (Tchétchénie, 1999 et Ukraine, 2013). Sa stratégie est double : emploi de francs-tireurs (hackers) officiellement non affiliés aux institutions politiques russes (paralysie de l’Estonie en 2007) ; guerre de l’information pour déstabiliser une région (Ukraine depuis 2013). Les organes officiels russes d’information vont à l’encontre des valeurs occidentales via les réseaux sociaux, tandis que des « mercenaires » pro-russes polluent les débats en cours. L’intégration totale du cyber aux opérations conditionne désormais leur succès, souligne le général Burkhard. Les outils techniques sont regroupés dans le centre opérationnel cyber à Balard afin de gagner en synergie. Aujourd’hui, les armées françaises en opérations sont en situation de guerre avec des attaques quotidiennes de désinformation. Or l’intégration du cyber ne va pas de soi, car les armées de Terre et de l’Air, la Marine nationale et le Commandement interarmées de l’espace ont longtemps cru, à tort, pouvoir gagner cette guerre chacun de son côté. En conséquence, l’organisation de la cyberdéfense aux niveaux stratégique, opératif et tactique demande beaucoup de souplesse et d’adaptation. Enfin, la frontière entre les opérations extérieures et la sécurité intérieure s’efface.

Propagande terroriste. Daech, n’est pas seulement une organisation terroriste, mais aussi un « proto-État » avec la notion de territoire et l’utilisation de symboles, estime Nicolas Mazzuchi. Le cyberespace facilite l’action du faible au fort. Par suite des changements fréquents des chefs chez Daech, les nouveaux cadres supérieurs, plus jeunes, comprennent l’usage du cyberespace. Ils ont acquis la capacité de créer des jeux vidéo à la gloire de Daech, imposer son drapeau noir sur un site ou diffuser des atrocités en vidéo. La combinaison avec d’autres moyens leur permet de concevoir des actions terroristes, en raison de l’accroissement des vulnérabilités dues aux « systèmes de contrôle et d’acquisition de données » (SCADA en anglais) sur les victimes ou les futures recrues connectées. Selon Alice Lacoye-Matteus, Daech maîtrise les tuyaux techniques (piratage de TV5 Monde en avril 2015) et l’analyse du contenu des messages. Justifiant sa gouvernance par la religion, il a aussi acquis une assise politico-militaire, qui lui permet de recruter sur les réseaux sociaux 30 % de personnes de moins de 50 ans ayant une expérience du combat. Pour contrer la propagande de Daech, plutôt qu’une censure facile à contourner, Alice Lacoye-Matteus recommande d’exposer, notamment, la contradiction entre son rigorisme religieux et l’opulence matérielle de ses dirigeants ou sa justification religieuse de l’esclavage. Son archétype masculin et guerrier repose sur l’épopée de l’émir Chamil, résistant du Caucase, qui avait négocié sa reddition au tsar en 1859 !

Loïc Salmon

Cyberdéfense militaire : DEFNET 2015, exercice interarmées à tous les niveau

Cyber : de l’omniprésence à l’hyperpuissance

Terrorisme djihadiste : prédominance de la dimension psychoculturelle

Les statuts fondateurs de l’association à but non lucratif « Pôle d’excellence cyber » ont été signés, le 24 septembre 2015 à Paris, par le ministre de la Défense et le président du Conseil régional de Bretagne. Lancé en février 2014 au profit du ministère et de la communauté nationale cyber, ce pôle a pour mission de stimuler le développement de : l’offre de formations (initiale, supérieure et continue) et sécuriser la disponibilité des compétences qualifiées ; la recherche académique ; l’offre de services et de produits de confiance ; la base industrielle et technologique de cyberdéfense. Fort déjà de 50 partenaires qui travaillent en réseau, il regroupe notamment les équipes cyber du ministère de la Défense, des écoles et des universités, des laboratoires de recherche, des grands groupes prestataires et opérateurs d’importance vitale, des petites et moyennes entreprises innovantes et des agences de développement économique.




Armée de l’Air : le combat numérique au cœur des opérations

L’efficacité acquise en France en matière de cyberdéfense, civile et militaire, résulte de la nécessité d’assurer, notamment, la protection du territoire et le succès des opérations aériennes.

Ce thème a fait l’objet d’un colloque organisé, le 1er juillet 2015 à Paris, par le Centre d’études stratégiques et aérospatiales. Y sont notamment intervenus : le général Denis Mercier, chef d’état-major de l’armée de l’Air ; le vice-amiral Arnaud Coustillière, officier général à la cyberdéfense au ministère de la Défense ; le général de division Joël Rode, inspecteur adjoint de l’armée de l’Air ; le général de division Jean-Christophe Zimmerman, commandant en second la défense aérienne et les opérations aériennes.

Les enjeux nationaux. Le ministère de la Défense entretient des relations avec ceux des Affaires étrangères et de l’Intérieur, en vue d’une vision globale au profit des armées conventionnelles et des forces spéciales, explique l’amiral Coustillière. Les institutions mafieuses améliorent leurs performances dans l’espace numérique et recrutent ainsi des jeunes qui ne trouvent pas d’emploi. L’organisation djihadiste Daech y diffuse sa propagande. En conséquence, les armées doivent intégrer ces éléments à tous les niveaux de renseignement de théâtre, des commandos sur le terrain au Centre de planification et de conduite des opérations à Paris. Déjà, le Centre d’analyse de lutte informatique défensive réagit vite, par exemple le piratage éventuel des données de conduite de tir d’un système d’armes ou les cyberattaques contre la chaîne de commandement. En la matière, la vigilance fait partie de la préparation opérationnelle de chaque unité. L’entraînement cyberdéfense au niveau du commandement opératif (théâtre) se fait aux Écoles militaires de Saint-Cyr Coëtquidan. Fin 2014, la Direction générale de l’armement (DGA) a conclu un accord général de partenariat avec la Région Bretagne et une douzaine d’universités, d’écoles d’ingénieurs et d’institutions de recherche sur la cyberdéfense. D’ici à 2018, elle disposera de 500 ingénieurs informaticiens. Enfin, la sécurisation de la montée en puissance de la cyberdéfense, avec obligation de résultats, implique de garder les compétences des personnels.

Les opérations aériennes. Planification, programmation et conduite rythment les opérations aériennes, indique le général Zimmerman. La préparation opérationnelle des équipages prend du temps. La planification  implique de partager les données entre de nombreux acteurs, dont les systèmes de communications utilisés sont plus simples ou plus complexes. La programmation exige la diffusion d’informations à d’autres partenaires en France et dans le monde, en vue de conduire des interventions en temps réel. En métropole, le Commandement des opérations aériennes mobilise de nombreux contributeurs avec des systèmes connus. Il doit pouvoir les projeter sur un théâtre extérieur et armer des systèmes de circonstances, selon les coalitions. Il doit être capable de remplir des missions là et quand elles sont demandées, avec des partenaires militaires… et civils !  Conduire une opération pour atteindre le résultat recherché ne se réduit pas aux seuls aspects techniques, estime le général Zimmerman. Il faut savoir jusqu’à quel point un système de communications de données est utilisable et jusqu’où il est remplaçable par un autre. Ainsi, un réseau plus ou moins classifié doit être interconnectable avec d’autres dans un délai contraint, sans pour autant compromettre ses fonctions opérationnelles. Cela dépend d’une connaissance en amont des systèmes, plus anciens ou plus avancés.

Évaluation et prévention des risques. L’armée de l’Air recense les entreprises susceptibles d’assurer la protection de ses personnels et matériels face aux attaques informatiques. Elle peut ainsi croiser les informations pour évaluer et maîtriser les risques, indique le général Rode. Ainsi, l’avion de chasse Rafale et le système de défense SAMP/T (sol/air moyenne portée/terrestre) Mamba disposent de systèmes informatiques dédiés et protégés pour éviter une prise de contrôle malveillante. Les tests de pénétration de ces systèmes, pour en évaluer la fiabilité, nécessitent de mobiliser des ingénieurs pendant plusieurs heures et d’investir des millions d’euros pour les protéger. Selon le général, il en va de l’image de l’armée de l’Air. Celle-ci doit également évaluer au quotidien les fragilités potentielles, liées à un autre type de fonctionnement des systèmes de communications.

L’esprit « cyb’air ». Les espaces numérique (cyber) et aérien présentent des similitudes, à savoir l’absence de frontières et leur fluidité autour de la terre, explique le général Mercier. Les systèmes de communications dépendent de plus en plus du cyber, qui permet de réagir en temps réel. Ainsi, les opérations aériennes en Afrique sont conduites à partir de la base de Lyon-Mont Verdun, avec des images en trois dimensions de la situation sur le terrain. A l’avenir, les systèmes de communications, de plus en plus centralisés, devront être décentralisés pour les opérations. Ainsi, la base de Mont-de-Marsan gèrera les différentes plates-formes de commandement et de conduite. Parallèlement, des « smart bases » de gestion du soutien et de la protection seront mises sur pied et interconnectées. La logique actuelle des plates-formes interconnectées évoluera vers leur interconnexion sélective avec les réseaux de communications, de recueil d’informations et de conduite des opérations. Dans dix ans, tout sera géré en temps réel. Le commandement pourra savoir, par les capteurs, comment attaquer : avec des Rafale plus rapides ou des drones de combat plus furtifs. Toutes les plates-formes disposeront de ce système de commandement et de conduite. Mais en cas de problèmes, il faudra pouvoir couper un morceau de l’architecture centralisée du commandement et le déléguer à des gens capables de le traiter. Le « cyb’air », alliance du cyber et de l’aéronautique, correspond à un état d’esprit de l’armée de l’Air, explique son chef d’état-major : modernisation des capacités, simplification des structures et ouverture sur le monde civil. Le succès des futures missions de combat repose sur le partage des bonnes pratiques, estime le général Mercier.

Loïc Salmon

Cyberdéfense militaire : DEFNET 2015, exercice interarmées à tous les niveaux

Armée de l’Air : engagement opérationnel intense et réforme en profondeur

Armée de l’Air : création d’un « centre de guerre aérienne »

Selon le Livre blanc 2013 sur la défense et la sécurité nationale, la capacité informatique offensive, associée à celle de renseignement, concourt à la posture de cybersécurité. Elle contribue à la caractérisation de la menace et à l’identification de son origine, permet d’anticiper certaines attaques et de configurer les moyens de défense en conséquence. Elle enrichit la palette des options possibles à la disposition de l’État. Elle comporte différents stades, plus ou moins réversibles et plus ou moins discrets, proportionnés à l’ampleur et la gravité des attaques. En matière de cyberdéfense, la France va approfondir ses relations avec la Grande-Bretagne et l’Allemagne. Elle soutient la mise en place d’une politique européenne de renforcement de la protection contre le risque cyber des infrastructures vitales et des réseaux de communications électroniques.

 




OTAN : synergie pour traiter les symptômes et causes des crises

Aucun pays n’est à même de gérer les crises actuelles, caractérisées par leur simultanéité et l’accélération de leur tempo. La solution repose sur la coordination et la capacité des États membres de l’OTAN à travailler ensemble.

Telle est l’opinion du général Jean-Paul Paloméros, chef du « Commandement suprême allié de la transformation » de l’OTAN. Il l’a exprimée, le 8 septembre 2015 à Paris, devant l’Association des journalistes de défense et avant la fin de son mandat de trois ans à la fin du mois.

Dangerosité accrue. Le général Paloméros estime que la paix et la sécurité du monde sont plus menacées qu’au début de son mandat. En 25 ans, la guerre du Golfe, la fin de la guerre froide et les opérations dans les Balkans, en Afghanistan et en Irak se sont succédé. En 2012, sous l’effet des coupes budgétaires et des engagements militaires, les armées de plusieurs pays membres de l’OTAN avaient réduit les nombres d’heures de vol et de jours à la mer ainsi que les grands exercices. Depuis, ces derniers ont été multipliés par trois, avec les mêmes objectifs que l’entraînement des armées de chaque pays membre. Aujourd’hui, les causes et les solutions des crises sont interdépendantes. Les acteurs non étatiques des guerres « hybrides » profitent des nouvelles technologies. L’OTAN définit la guerre hybride comme un conflit sans but clairement défini, mais qui combine actes politiques, diplomatiques, économiques, militaires, médiatiques et cyberattaques, en s’affranchissant des règles établies. Plusieurs États pratiquent cette stratégie hybride qui devient la norme, en vue de contourner les accords et l’ordre établi après la seconde guerre mondiale. Cette stratégie menace le continuum « sécurité/défense ». Or, les citoyens des pays occidentaux sont devenus plus sensibles à la sécurité. Les interventions au Mali (2013) et en Irak (2014) visent à anticiper les crises avant qu’elles affectent les populations occidentales. Dès 2013, l’OTAN avait identifié des crises majeures à ses frontières Est et Sud avec l’impact lourd des flux de réfugiés. Le conflit hybride en Ukraine met en évidence le besoin de défense collective, où chaque pays membre doit comprendre les préoccupations des autres. Au Sud, la menace, plus diffuse, se manifeste par les grands flux migratoires vers l’Europe. Des gens fuient leurs pays pour des raisons sécuritaires, sociales et sanitaires. De son côté, la Russie soutient le régime de Bachar el Assad, car la Syrie constitue sa dernière frontière pour lutter contre l’organisation État islamique (Daech). Selon le général Paloméros, une crise pouvait être circonscrite à un pays il y a encore quelques années. Aujourd’hui, elle se démultiplie dans une région à la puissance 10 ou 100. Enfin, certains pays s’investissent militairement pour dénier l’accès à différents théâtres, menaçant les déploiements de l’OTAN.

Réflexions et actions. Il faut mettre en synergie les forces de l’OTAN pour tirer parti de sa puissance globale, souligne le général. Il a donc fixé des priorités au début de son mandat : travaux de réflexions stratégiques sur les tendances lourdes pour les vingt ans à venir ; jeter les bases des capacités futures ; améliorer l’anticipation et la connaissance stratégique par le partage du renseignement. Il s’agit, entre autres, de déterminer les causes de la création de Daech et l’évolution climatique à l’origine d’exodes massifs de populations. L’OTAN doit aussi améliorer la souplesse d’emploi de ses forces pour les projeter plus rapidement, grâce à une interopérabilité accrue. Les pays membres doivent réinvestir dans la résilience en identifiant les failles dans leur sécurité : protection des infrastructures étatiques contre les cyberattaques ; élaboration d’une communication stratégique pour contrer la propagande adverse en cas de menace hybride. Cela nécessite des moyens budgétaires, un engagement politique constant dans la durée et une plus grande solidarité avec l’Union européenne. Depuis la fin de la guerre froide (1991), l’OTAN a été appelée en renfort comme outil de dernier recours dans les Balkans (1999), en Afghanistan (2001) et en Libye (2011). Elle doit rester prête à mener l’ensemble de ses missions sans délai, en donnant la priorité à la préparation opérationnelle par des exercices à grande échelle, car les crises peuvent dégénérer rapidement (voir encadré). Dans une guerre hybride, l’emploi de forces complexes nécessite des moyens techniques de plus en plus efficaces. Ainsi, les drones armés sont très utiles pour la reconnaissance et la frappe…si nécessaire. Dans l’Est de la Syrie, les forces de Daech, très mobiles, utilisent toutes les possibilités de cette vaste région. En revanche, la situation dans le Nord de l’Irak devrait se stabiliser, car la Turquie participe à la coalition internationale et déploie des missiles tactiques à sa frontière. États-Unis, Grande-Bretagne et France apportent un soutien aérien aux forces locales au sol pour faire peser une pression permanente sur Daech, en limitant les dommages collatéraux. Il s’agit de reconquérir du terrain et de déterminer ce qui peut unir les peuples de cette région, dévastée par la guerre. Enfin, l’OTAN assure la police du ciel des États baltes, pour faire comprendre à la Russie l’importance accordée à leur sécurité, rappelle le général Paloméros.

Permanence américaine. Les États-Unis continuent d’assumer leur rôle de superpuissance sur toute la planète. Mais cela implique des choix pour mener des actions durables, en concentrant leurs forces sur les théâtres de crise. Ils apportent leur soutien à l’OTAN du côté de l’Ukraine. Ils font de même sur le front Sud, au sein d’une coalition montée en quelques jours grâce aux normes d’intégration de l’OTAN. Leur coopération avec les forces françaises n’a jamais atteint un tel niveau, souligne le général. L’action de la France en Afrique, avec un vrai partage de responsabilités, une volonté et des capacités, correspond à ce qu’ils attendent des autres États membres. Ce que fait la France sur le front Sud est considéré comme très important pour tous les pays de l’OTAN. Cette dernière reste un organe politico-militaire, où tous discutent de ce qui dépasse ses frontières et implique certains pays membres. Ses structures permanentes de commandement à Naples et Izmir restent disponibles si nécessaire.

Loïc Salmon

OTAN : améliorer la disponibilité et la réactivité

OTAN : réaffirmation des défense collective, gestion des crises et sécurité coopérative

Le CSAT de l’OTAN : un poste clé

L’exercice « Trident Juncture 2015 » mobilise, du 3 octobre au 6 novembre 2015,  36.000 militaires des armées de Terre et de l’Air, de la Marine et des forces spéciales de plus de 30 pays membres ou partenaires de l’OTAN. Cet exercice, auxquels sont connectés divers exercices nationaux, se déroule en Italie, en Espagne, au Portugal, dans l’océan Atlantique et en Méditerranée, au Canada, en Norvège, en Allemagne, en Belgique et aux Pays-Bas. Il porte sur la cyberguerre, la défense anti-missiles, la guerre hybride et la réaction rapide. Y participent également une douzaine d’organisations internationales, dont l’Union européenne et l’Union africaine. A l’issue de l’exercice, le personnel du quartier général du Commandement commun des forces à Brunssum (Pays-Bas) obtient la certification officielle d’aptitude à diriger, pour l’année 2016, la Force de réaction rapide de l’OTAN, si elle devait être mise en œuvre.




Opex : retour d’expérience des hélicoptères de combat

Dans les opérations extérieures (Opex) en interarmées, les hélicoptères apportent une plus-value en termes de modes d’action dans des conditions extrêmes et dans la durée.

Ces questions ont été abordées au cours d’un colloque organisé, le 18 juin 2015 au Salon international de l’aéronautique et de l’espace du Bourget (région parisienne), par le Commandement de l’aviation légère de l’armée de terre. Y sont notamment intervenus : le général Jean-Pierre Bosser, chef d’état-major de l’armée de Terre ; le colonel Hervé Auriault, Commandement des forces terrestres ; le colonel Bernard Tardy, Commandement des forces aériennes ; le capitaine de vaisseau Frédéric Babin Chevaye, chef d’état-major de la Force de l’aéronautique navale.

La manœuvre aéroterrestre. Depuis 2010, l’aérocombat s’est exercé dans des milieux très différents : Libye, Somalie et Centrafrique. Les hélicoptères combinent une attaque au sol avec une unité d’infanterie ou de cavalerie. Selon le colonel Auriault, cette intégration complète à la manœuvre interarmes résulte d’une culture de « terrien » : les équipages, formés dans l’armée de Terre, connaissent les combattants au sol et leur environnement. Elle implique une forte capacité d’adaptation et un emploi coordonné ou autonome des appareils. Le succès d’une opération combinée repose sur la capacité de s’engager et se déployer avec et comme les unités au sol. Leur préparation opérationnelle commune exige de maîtriser la totalité du spectre des missions en interarmées. Ainsi, les opérations au Mali ont nécessité : renseignement par les drones moyenne altitude longue endurance de l’armée de l’Air ; frappes programmées des avions de chasse ; interception et neutralisation de l’adversaire dans la profondeur par les hélicoptères ; ravitaillement en carburant, vivres et munitions par le bataillon logistique ; reconnaissance et escorte du soutien logistique pour les troupes au sol, qui saisissent et détruisent les caches d’armes ; contrôle combiné des espaces sensibles. Les appareils de nouvelle génération (Tigre et NH 90 Caïman) augmentent autonomie, puissance de feu et capacité de protection. Les plus anciens (Super Puma et Gazelle) conservent une capacité de résilience dans la durée. La maintenance constante des hélicoptères exige la présence permanente des mécaniciens. Une masse de manœuvre d’une vingtaine d’hélicoptères permet de tenir un engagement pendant 2 à 4 mois. Enfin, le commandement des hélicoptères nécessite une boucle décisionnelle courte, en vue d’une très forte réactivité pour exploiter l’occasion. La chaîne de l’aérocombat inclut brigade, régiment, groupement tactique interarmes et patrouille.

L’armée de l’Air. Les hélicoptères Fennec, Puma et Caracal, engagés en permanence en Opex, allient polyvalence, souplesse d’emploi et interopérabilité, explique le colonel Tardy. Leurs missions couvrent un large spectre : renseignement par les Fennec dans l’opération « Sangaris » en Centrafrique depuis 2013 ; action en Somalie (2013) par les Caracal ; reconnaissance armée et appui feu au canon de 20 mm par les Fennec en Centrafrique et par les Puma dans l’opération « Barkhane » (Tchad, Niger et Centrafrique, 2014) ; aéromobilité des troupes dans les opérations « Pamir » (Afghanistan, 2006-2013), « Serval » (Mali, 2013) et « Barkhane » ; contribution permanente aux opérations spéciales avec l’escadrille spéciale d’hélicoptères de l’escadron 1/67 (EH 1/67) puis au sein du 4ème Régiment d’hélicoptères des forces spéciales, dont l’opération « Sabre »  (Mauritanie, Burkina Faso et Niger, 2012) ; évacuation de personnel pendant « Pamir », « Harmattan » (Libye 2011), « Serval », « Barkhane » et « Bois Belleau » (golfe Arabo-Persique et océan Indien avec le groupe aéronaval, 2014). La recherche et le sauvetage de combat (Resco), du ressort des Caracal, consistent à récupérer un ou plusieurs personnels isolés en zone hostile. Ils concernent le segment héliporté et la capacité à intégrer et diriger, dans certaines phases de la mission, un dispositif aérien complexe, national ou interalliés (États-Unis), avec des procédures standardisées OTAN. L’armée de l’Air a déployé 3 de ses 5 Caracal dans l’opération « Baliste » (2006) pour évacuer des ressortissants français et européens hors du Liban. L’emploi des Caracal, ravitaillables en vol (photo), nécessite une forte intégration avec les unités spéciales : Commandos parachutistes de l’air N°10 (assistance, soutien, neutralisation et renseignement au profit du Commandement des opérations spéciales), N°20 (participation aux mesures actives de sûreté aérienne) et N°30 (Resco) ; service action de la Direction générale de la sécurité extérieure. Les Opex mobilisent en permanence 25 %-35 % des équipages des Caracal, 40 %-50 % de ceux des Puma de l’EH 1/67 et 30 % des équipages des forces spéciales.

La Marine nationale. Par leur allonge, les hélicoptères de combat embarqués donnent, aux bâtiments une capacité d’action susceptible de modifier le rapport de forces. Les Lynx sont déployés sur les frégates anti-sous-marines, les Panther sur les frégates antiaériennes et de type La- Fayette (à faible signature radar) et les Caïman, plus lourds, sur les frégates de défense arienne, les frégates multimissions et le porte-avions Charles-de-Gaulle. Compte tenu de l’environnement marin, tous disposent d’outils spécifiques (capacité de pliage, roues et harpon d’appontage), d’un radar et d’une caméra infrarouge pour détecter les navires militaires dans les eaux internationales. Dans le cadre de l’opération « Chammal » (golfe Arabo-Persique, depuis 2014), ces appareils ont été intégrés à un groupe aéronaval américain pour sécuriser la zone et recueillir des renseignements sur les unités navales et drones iraniens (identification nocturne et suivi des activités). L’information est partagée pour éviter de provoquer des tirs iraniens. Au cours de l’opération européenne « Atalante » (côte somalienne et océan Indien, depuis 2008), le renseignement d’origine électromagnétique porte sur les boutres et skiffs des pirates et les navires détournés et transformés en « bateaux mères ». Déjà, 190 tirs d’avertissement ont été autorisés et une action héliportée a permis de capturer des pirates à terre. La détection sous-marine se fait par immersion variable d’un sonar actif, largage de bouées actives ou passives et confirmation par caméra infrarouge. Lors de l’opération « Arromanches » (golfe Arabo-Persique, 2015), les hélicoptères du Charles-de-Gaulle ont établi, par radar, la situation maritime, transmise par la liaison tactique 11. Enfin, des torpilles MU90 héliportées peuvent détruire des patrouilleurs dans une zone de crise.

Loïc Salmon

Territoire national : emploi des hélicoptères en interarmées

ALAT : forte qualification et uniquement de l’opérationnel

Libye : bilan du Groupe aéromobile dans l’opération Harmattan

Selon le général Jean-Pierre Bosser, les opérations extérieures se caractérisent par une menace plus diluée et plus mobile, avec des élongations majeures et une capacité de frappe dans la profondeur. Dans un conflit asymétrique, l’affrontement final, face à face avec l’adversaire, nécessite des matériels protégés et une forte puissance de feu. La technologie des hélicoptères permet d’attaquer jour et nuit et de fusionner le renseignement avec celui des drones.




Territoire national : emploi des hélicoptères en interarmées

Les hélicoptères se trouvent au cœur des opérations de sécurité intérieure, qui met en synergie les moyens matériels et humains des armées de Terre et de l’Air et des Marine, Gendarmerie et Police nationales.

Ce thème a été traité lors d’un colloque organisé, le 18 juin 2015 au Salon international de l’aéronautique et de l’espace du Bourget (région parisienne), par le Commandement de l’aviation légère de l’armée de terre. Y sont notamment intervenus : le général Jean-Pierre Bosser, chef d’état-major de l’armée de Terre ; le lieutenant-colonel Pierre-Yves Bourboulon, Groupe interarmées d’hélicoptères ; le colonel Bernard Tardy, Commandement des forces aériennes ; le capitaine de frégate Frédéric Bordier, Force de l’aéronautique navale.

Le GIH, une unité particulière. Le Groupe interarmées d’hélicoptères (GIH) a été constitué le 1er juillet 2006, en application du principe de précaution et résulte de la coopération, plus ou moins simple, entre les ministères de la Défense et de l’Intérieur, explique le lieutenant-colonel Bourboulon. Il s’agit de renforcer la sécurité intérieure, disposer d’une capacité sécuritaire à l’échelle nationale et de rentabiliser les moyens par une approche interarmées. Le GIH doit pouvoir s’engager à tout moment et pour tout type de mission au profit du GIGN (Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale) et du RAID (Recherche, assistance, intervention et dissuasion) de la Police nationale. En conséquence, deux hélicoptères Puma sont en mesure de décoller en moins d’une heure, 24 heures sur 24, pour assurer en priorité la sécurité des sites nucléaires. Le GIGN intervient sur les 20 centrales de production d’électricité et le RAID sur les 14 sites nucléaires civils d’AREVA et du Commissariat à l’énergie atomique. En outre, le GIH participe au contre-terrorisme maritime à deux niveaux : français, sous la direction de la Marine nationale et du Commandement des opérations spéciales (COS) ; européen, dans le cadre du groupe « Atlas », qui rassemble les unités de contre-terrorisme des polices des États membres de l’Union européenne. Ses personnels acquièrent et entretiennent les qualifications « Marine » et maintiennent quotidiennement la préparation opérationnelle du GIGN, du RAID et des unités du COS concernées. Ses équipages s’entraînent au sein du 4ème Régiment d’hélicoptères des forces spéciales. Installé à la base aérienne 107 de Villacoublay, le GIH dispose d’un effectif de 50 personnels (37 issus de l’armée de Terre et 13 de celle de l’Air) et de 7 Puma en moyenne (5 de l’armée de Terre et 2 de celle de l’Air). Il assure aussi des missions de police judiciaire, de transport d’autorités gouvernementales et de secours aux populations.

L’armée de l’Air. Les hélicoptères de l’armée de l’Air passent d’une opération extérieure à un engagement sur le territoire national, sans délai et dans la continuité de leurs missions quotidiennes, souligne le colonel Tardy. Il s’agit de Puma, Super Puma, Fennec et Caracal, très utilisés pour la recherche et le sauvetage (SAR) au profit de l’aviation civile, de la population et des armées. Ils sont regroupés dans quatre infrastructures en métropole ainsi qu’en Guyane et en Nouvelle-Calédonie. La mission SAR, prioritaire, se caractérise par une posture permanente et un grand rayon d’action. Ainsi, autonome pendant 4 h 30, un Super Puma peut aller jusqu’à 420 km en mer. Les appareils peuvent rester automatiquement en position stationnaire et récupérer des naufragés en pleine mer de nuit. Leurs équipages incluent des mécaniciens treuillistes et des plongeurs sauveteurs, qui s’entraînent avec la Marine nationale pour acquérir une expertise spécifique « d’aérocordage » (treuillage et descente en rappel). Dans le prolongement de la défense aérienne sur le segment basse vitesse, les hélicoptères sont intégrés dans des dispositifs permanents ou temporaires sur des événements ponctuels imprévus (attentat ou crash d’avion). Les mesures actives de sûreté aérienne prévoient une gradation dans la réponse : identification de l’aéronef hostile, contrainte d’atterrissage puis destruction par un tireur d’élite embarqué (photo) ou au canon de 20 mm. En Guyane, les hélicoptères contribuent à la lutte contre l’orpaillage clandestin, à la protection du centre spatial de Kourou, au renseignement, à l’appui-feu de troupes au sol et aux évacuations sanitaires. Ils agissent quotidiennement avec le 3ème Régiment étranger d’infanterie et le 9ème Régiment d’infanterie de marine, le groupe d’intervention de la Gendarmerie, la Marine nationale, les avions de l’Escadron de transport 68 et des hélicoptères civils.

La Marine nationale. Du plus loin au plus près des côtes, la Marine doit garantir la souveraineté de la France, protéger ses intérêts nationaux et assurer la sûreté maritime, rappelle le capitaine de frégate Bordier. Sont concernées : les eaux territoriales et les zones économiques exclusives, qui s’étendent sur 11 Mkm2, soit 20 fois l’hexagone. Cela implique de suivre l’évolution de la situation internationale et d’avoir une connaissance précise des zones maritimes, même lointaines, pour anticiper les crises dans les détroits de Bab-el Mandeb, d’Ormuz, de Gibraltar et du Pas de Calais. Frégates et hélicoptères embarqués font partie des dispositifs de surveillance, d’interception et surtout de police en mer, à savoir lutte contre la pollution marine, immigration clandestine et pêche illicite autour des Terres australes et antarctiques françaises. La lutte contre le narcotrafic en Méditerranée et dans les Caraïbes est assurée par le triptyque frégate, hélicoptère et commandos  embarqués : patrouille, pistage, observation, poursuite de « go fast » (embarcations rapides des trafiquants) et interception (6 t de cannabis et de cocaïne saisis depuis le début 2015). Frégates et hélicoptères assurent la sûreté des approches maritimes par leur présence et la lutte anti-sous-marine (ASM), programmée ou inopinée. Cette posture est coordonnée avec les moyens du GIH, des armées de l’Air et de Terre et de la Gendarmerie. Les hélicoptères légers Dauphin interviennent à proximité des côtes. De jour comme de nuit, les Caïman, plus grands, vont jusqu’à 330 km au large de leur bâtiment mère, pour les missions SAR et de surveillance, protection et lutte ASM. Dans le cadre du contre-terrorisme maritime et en coordination avec le GIH et l’armée de l’Air, un dispositif peut être mis en place à bord d’un bâtiment de projection et de commandement.

Loïc Salmon

Opex : retour d’expérience des hélicoptères de combat

Théâtre d’opérations aériennes en métropole

Théâtre d’opérations maritimes en métropole

Les hélicoptères, engagés en opérations extérieures ou sur le territoire national, nécessitent une maintenance fréquente en raison de leur technologie pointue. Une réflexion est en cours sur la révision au niveau industriel et la maintenance opérationnelle sur place. L’armée de l’Air organise l’entretien de tous les aéronefs militaires, mais les autres armées doivent pouvoir déployer des pilotes et des mécaniciens sur des théâtres très différents. La disponibilité des hélicoptères constitue un souci majeur en termes de coût de soutien, d’âge des aéronefs et d’approvisionnement en pièces de rechange. Selon le général Jean-Pierre Bosser, un groupement d’appui aéronautique ou d’appui aux hélicoptères reste à imaginer.




Marine : la « marétique », transformation numérique du monde maritime

L’informatique concerne la totalité du navire : navigation, automates, maintenance, communication, sûreté et sécurité. De plus, interconnexions et mondialisation modifient profondément les activités maritimes.

La « marétique », symbiose des mondes numérique et maritime, a fait l’objet d’un colloque organisé, le 19 juin 2015 à Paris, par le Centre d’études stratégiques de la marine (CESM), le Centre des hautes études du cyberespace (CHECy) et le Groupement des industries de construction et activités navales. Y sont notamment intervenus : Pierre Bellanger, président-directeur général de la station de radio Skyrock ; le capitaine de vaisseau Olivier Foillard de l’état-major de la Marine ; Vincent Le Gall, président du simulateur des pilotes de l’Atlantique, Bretagne et Outre-Mer ; Benoît de Saint-Sernin, président du CHECy.

Omniprésence ambivalente. Selon Pierre Bellanger, l’internet vient remplacer l’humain. La numérisation progresse de façon constante, mais l’effet de réseau croît de façon exponentielle. Si la capacité de l’ordinateur double à peu près chaque année, le logiciel va 43 fois plus vite en efficacité. Il s’ensuit une migration des données vers les réseaux. Or, les données constituent une valeur en elles-mêmes. Ainsi, un journal quotidien qui n’est pas acheté représente un gaspillage de papier… et de bois ! Aujourd’hui, le numérique remplace le gaspillage par une donnée immatérielle. L’effet réseau affecte l’humanité : valeurs, emplois, pouvoir et puissance vont sur le cyberespace. L’internet correspond à l’utopie de l’absolue liberté des années 1960, mais en partie seulement. Après l’émergence du complexe militaro-industriel des années 1950, la suprématie des États-Unis se maintient par le « complexe militaro-numérique ». Cette symbiose de l’industrie et du renseignement débouche sur la puissance de l’État et la logique impériale. Il s’ensuit « des réseaux sociaux en Californie et des plans sociaux en Picardie ». L’incertitude du monde des données est résolue par leur mutualisation, mais un impact sur un réseau affecte tous les réseaux interconnectés. Un pays doit disposer de frontières dans le cyberespace, estime Pierre Bellanger. Selon lui, il faut donc autoriser le chiffrement, exploiter un réseau comme un système souverain et créer un contrôle des données personnelles. Toutes les données sont liées entre elles, car le système doit rester ouvert pour garder son efficacité. La démocratie repose sur le secret du choix politique individuel. Or, dans l’internet, il n’y a pas d’isoloir, donc pas de secret, ni de vie privée, ni de diplomatie, ni de stratégie. Il s’ensuit une opacité ciblée pour les plus forts et une transparence absolue pour les autres, avec la possibilité de manipulation, conclut Pierre Bellanger.

Spécificités navales. A bord d’un navire comme au sein d’une force navale, tous les systèmes sont intégrés, explique le capitaine de vaisseau Foillard. Le travail en réseau a commencé dès 1960 sur les frégates lance-missiles, en vue d’une plus grande performance opérationnelle. Les sonars numérisés de lutte anti-sous-marine (ASM) plongent plus profondément et les radars sont plus précis. En 2015, les informations, partagées en réseau en temps réel, sont envoyées au centre de commandement de la force navale et au centre stratégique à terre. L’accélération du cycle de la décision renforce la supériorité opérationnelle. La numérisation des systèmes d’armes accroît leurs précision et performances. La simplification de l’interface homme/machine réduit le temps de formation. Les systèmes de communication satellitaires en UHF et VHF diminuent les ruptures de liaisons entre la terre et la mer et fluidifient les échanges. Les drones navals informent en temps réel le Centre de planification et de conduite des opérations à Paris. La navigation est devenue électronique avec la numérisation des capteurs GPS et du loch (instrument de calcul de la vitesse du navire). L’emploi d’automates à bord a réduit les personnels aux postes, sans valeur ajoutée, de quart à la passerelle et de maintenance machines. La simulation à quai et à bord prépare et entraîne les équipages. La numérisation des données facilite l’exploitation du renseignement. L’intégration des systèmes est prise en compte dès la conception du navire pour en modifier l’architecture. Ainsi, celle-ci a été optimisée par la fédération de certaines fonctions, qui a permis de diminuer le poids des câbles de réseaux. Les locaux ont été disposés de façon à mieux protéger les baies (armoires informatiques) des senseurs, de plus en plus nombreux, contre les tirs de fusils d’assaut kalachnikov par exemple. Tous les systèmes sont automatisés, mais des verrous existent à différents niveaux de la conduite du navire et de l’emplacement des armes. La numérisation a réduit à 108 les membres de l’équipage de la nouvelle frégate FREMM, capable de missions stratégiques plus importantes que la frégate ASM à 240 personnes. Pour améliorer les performances opérationnelles d’une force navale et réduire les dépenses en personnels, certaines tâches sont déportées à terre, comme la « téléadministration » et le soutien. La cybersécurité est devenue un domaine de lutte à part entière, dirigée par l’amiral chargé des opérations. Elle concerne la connaissance de systèmes en mode dégradé, la surveillance en réseau et l’entraînement des équipages. Enfin, selon Benoît de Saint-Sernin, un drone naval est aujourd’hui capable de s’approcher d’une côte et d’envoyer un signal vidéo aux nageurs de combat, pour les prévenir qu’ils peuvent sortir de l’eau sans risque.

Technologies civiles. Le transport maritime a intégré la numérisation, indique Vincent Le Gall, avec : la carte électronique ; le système d’identification automatique de navires ; le GPS et le radar fiabilisent les navigation et localisation géographique ; le positionnement dynamique du navire à passagers par ses propres moyens de propulsion ; l’aide au pointage automatique des navires, qui prévoit la manœuvre et évite les collisions. La simulation inclut des retours d’expérience pour mettre l’élève pilote en situation rare et potentiellement dangereuse, afin qu’il prenne la bonne décision. Des études sont en cours sur les futurs modes de propulsion et de manœuvre du navire. Enfin, selon Benoît de Saint-Sernin, l’Union européenne va consacrer 3,5 Md€ à l’option d’un navire marchand sans présence humaine.

Loïc Salmon

Le Groupement des industries de construction et activités navales (GICAN) regroupe 159 entreprises qui réalisent un chiffre d’affaires de 8,5 Md€ avec 40.000 personnes (juin 2014). Il couvre : la construction et la réparation navales civiles ; la construction navale militaire, le maintien en condition opérationnelle, les systèmes d’armes, les services et le soutien associés ; les équipements navals civils et militaires ; la sécurité, la sûreté et l’environnement maritime ; les énergies marines renouvelables et les autres activités offshore. Le Centre des hautes études du cyberespace (CHECy) propose une formation pluridisciplinaire de haut niveau : géostratégique, politique, économique, sociologique, technologique, juridique, criminologique et culturelle.




Drones civils : réponses opérationnelles et juridiques aux usages malveillants

La protection contre le large spectre d’utilisation malveillante de drones aériens nécessite des solutions techniques pour leurs détection, identification et neutralisation. L’arsenal juridique doit être renforcé en matière de responsabilisation et de sanctions.

Ces aspects de la prolifération des drones civils ont été abordés au cours d’un colloque organisé, le 28 mai 2015 à Paris, par le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale et le Conseil économique, social et environnemental. Y sont notamment intervenus : le contre-amiral Frédéric Renaudeau, directeur de la protection des installations, moyens et activités de la défense au ministère de la Défense ; Patrick Espagnol, directeur de la sécurité d’EDF ; Thierry Michal, directeur technique général de l’Office national d’études et de recherches aérospatiales (ONERA) ; Thomas Andrieu, directeur des libertés publiques et des affaires juridiques au ministère de l’Intérieur ; Bruno Delor, président de la Fédération française d’aéromodélisme.

Adaptation du dispositif de défense. Il s’agit d’abord d’évaluer les besoins de protection, à savoir les installations sensibles, événements particuliers (rencontres politiques, musicales ou sportives), populations et personnalités dans des environnements parfois complexes. Selon l’amiral Renaudeau, un drone distant de 6.000 m et volant à 70 km/h est détecté avec 5 minutes de préavis, dont 1 minute pour la prise de décision. La radiogoniométrie seule ne suffit pas pour interpeller un téléopérateur malveillant, en raison de la diversité des modes de pilotage. Elle est complétée par le radar et les détections acoustique et optronique (équipement combinant l’optique et l’électronique). L’identification, principe de base de la sécurité aérienne, est essentielle pour éviter les méprises : vol licite ou non, objet volant ou oiseau. Le sentiment d’impunité se combat ainsi depuis le sol par les moyens optroniques. Les accords avec les  grands opérateurs de téléphonie mobile permettent d’obtenir un signalement du drone, du « télépilote » ou de l’intention de survol. La neutralisation porte d’abord sur la protection passive par des systèmes aériens, aquatiques ou terrestres, simples et intégrés aux autres fonctions d’autoprotection des sites. Ensuite, elle consiste à brouiller ou leurrer le système de navigation du drone sans le détruire. Enfin, la destruction du drone s’effectue par tir d’arme de précision ou d’un fusil de chasse à chevrotine, selon un cadre juridique de l’emploi de la force après analyse des risques et dommages collatéraux possibles. Une autre solution implique la capture du « microdrone » malveillant au moyen d’un filet transporté par un drone intercepteur. Le commandement et le contrôle des actions de neutralisation reste en cohérence avec la défense aérienne, qui centralise les informations. Le ministère de la Défense élabore des plans d’équipement des sites sensibles, en fonction des vulnérabilités et réponses technologiques disponibles. Mais, souligne l’amiral, le cadre juridique doit évoluer en priorité en matière de neutralisation/destruction et de signalement des drones.

Filière industrielle de la sécurité. Soucieux de protéger son patrimoine, EDF doit assumer ses responsabilités de sécurisation de la population et de l’environnement, dont les centrales nucléaires, rappelle Patrick Espagnol. Il doit donc anticiper cette nouvelle menace complexe et sophistiquée avec surmultiplication des cibles par l’interconnexion. Chaque famille de drones suit sa logique propre, qu’il convient de détecter par expérimentation. Puis, il faut maîtriser le drone malveillant en l’obligeant à se poser à un endroit déterminé. Opérateur privé avec obligation de résultat, EDF compte sur l’État, client et fournisseur de sécurité, pour une mise en commun des réflexions et expertises dans ce domaine. La Gendarmerie et l’armée de l’Air sont chargées de faire respecter l’interdiction de survol de sites sensibles. En matière de sécurité, la réponse doit être adaptée, sans coût excessif, supranationale et s’appuyer sur l’existant, la recherche et le développement, selon Patrick Espagnol.

Vaste domaine de recherche. L’ONERA, explique Thierry Michal, présente un aspect dual. Acteur de la recherche aéronautique, il doit remplir des missions de plus en plus exigeantes dans le respect des règlements. Parallèlement, avec son volet défense, il doit lutter contre tout usage malveillant dans ce domaine. Le contenu très sophistiqué de la charge utile du drone correspond à des besoins variables. Dans ce contexte, il s’agit de mettre en place un système pour contrer la menace future. La détection restera complexe, compte tenu de l’évolution rapide de la technologie des drones. Par ailleurs, la réponse sera globale avec la mise en œuvre d’une chaîne de mesures reposant sur le dynamisme de la filière robotique. Compte tenu de la prolifération des drones bon marché et aux discrétion et capacité d’action accrues, il faudra des capteurs compacts et des senseurs performants. Ceux-ci devront être autonomes en matière de durée d’intervention et de furtivité, à savoir peu détectables ou identifiables. Les drones civils sont en effet particulièrement furtifs, car construits sans métal et volant à très basse altitude dans un environnement urbain. La lutte anti-drones va privilégier la rapidité et « l’approche système », à savoir détection, identification, décision et neutralisation, cohérence essentielle de la chaîne de défense. La tendance s’oriente vers une solution la plus automatisée possible. Mais, prévient Thierry Michal, il faut réfléchir à la place de l’homme dans la boucle, domaine de recherche de l’ONERA.

Difficultés juridiques. Il n’est pas toujours possible d’identifier la provenance des drones et de les arrêter, indique Thomas Andrieu. Par ailleurs, la lutte contre leur usage malveillant ne doit pas conduire à brider un domaine économique en plein essor, au nom de la liberté du commerce et de l’industrie ainsi que du développement de ce secteur. Les critères retenus portent sur le poids et la taille du drone. Les conséquences dommageables posent la question de l’assurance, pas encore disponible. La destruction à distance n’est autorisée que si la menace est identifiable et prouvable. La réglementation prévoit des obligations : information sur les conditions d’utilisation ; formation minimale ; enregistrement et signalement électronique. Il faut ensuite faire le tri entre les types de drones et les malveillances potentielles. Au niveau de l’Union européenne, certains États exigent la présence d’une puce d’identification électronique.

Loïc Salmon

Drones civils : avantages, mais aussi sources de menaces complexes et évolutives

Les drones Un peu d’histoire

La Fédération française d’aéromodélisme regroupe 850 associations totalisant 28.000 licenciés. Pour limiter le risque d’utilisation malveillante des drones de loisir, elle recommande notamment : la mise en place d’un site internet officiel de sensibilisation ; l’incitation des fabricants et vendeurs à une information pour une utilisation licite ; le renforcement du principe de déclaration des sites de vol en groupe ; l’identification électronique et un brevet de « télépilote » pour les drones au dessus d’un seuil de masse à définir.




Iran : retour difficile sur la scène internationale

Les conflits en cours au Moyen-Orient résultent de l’affrontement politique entre l’Iran, république chiite, et les monarchies sunnites du golfe Arabo-Persique, riches en ressources énergétiques. L’antagonisme religieux sert à mobiliser les foules.

Telle est l’opinion du professeur Bernard Hourcade, directeur de recherche au CNRS et aux « think tanks » américains Global Fellow et Wilson Center. Il s’est exprimé au cours d’une conférence-débat organisée, le 28 mai 2015 à Paris, par le Forum du futur et l’association Minerve EMSST.

La République islamique. A Téhéran, tout bascule en 1979. L’arrivée au pouvoir du clergé chiite transforme en république la plus vieille monarchie du monde, liée aux pays occidentaux. Après avoir pris en otages les diplomates de l’ambassade américaine, l’Iran est qualifié « d’État terroriste ». En voulant exporter sa révolution, il menace l’équilibre traditionnel au Moyen-Orient. En 1979, éclate également sa guerre contre l’Irak, qui va durer 9 ans et causer 45.000 morts parmi une armée populaire. Le combat au front forge une solidarité durable entre les anciens combattants, alors que les religieux, restés à l’arrière, envoient leurs fils « faire des affaires », indique le professeur Hourcade. La Perse, devenue Iran en 1935 et dont la population n’est ni arabe ni turque, n’a plus entrepris de conquêtes extérieures depuis les guerres médiques (Vème siècle avant J.C.). A partir du XVIème siècle, devenue très nationaliste, elle pratique une stratégie de sanctuarisation du territoire national. En 1991, la guerre du Koweït entraîne l’installation de troupes américaines au Qatar… que l’Iran perçoit comme une menace directe d’encerclement. Son armée de 50.000 hommes, dépourvue de moyens antiaériens, ne peut se projeter plus de 15 jours au-delà de 50 km. Mais sa langue, parlée parmi les communautés chiites au Liban et en Afghanistan, va lui permettre d’atteindre ses adversaires derrière leurs lignes. Au Liban, Téhéran utilise le Hezbollah, parti de gouvernement dont seule la branche armée est considérée comme terroriste. En 1986, les attentats contre la France étaient motivés par son soutien à Saddam Hussein pendant la guerre contre l’Irak. En Afghanistan, l’Iran a reconnu le régime des talibans. En Syrie, il a soutenu le régime de Bachar El Assad pour contrer la faction pro-saoudienne, active à Damas. De même, il est présent au Yémen pour contrebalancer l’influence de l’Arabie Saoudite. Très rationnel en ce qui concerne sa sécurité, l’Iran a acquis la capacité scientifique et technologique de l’arme nucléaire, comme l’Allemagne, la Suède, le Japon et le Brésil. Mais, souligne le professeur, il lui faudra des décennies pour la réaliser. En 2015, l’Iran constate qu’il n’a pas pu exporter sa révolution et change de politique. Il a pris conscience de son affaiblissement économique et de sa perte d’influence politique, face à l’expansion extraordinaire des monarchies du golfe Arabo-Persique.

Les monarchies pétrolières. Au Moyen-Orient, les républiques (Iran, Afghanistan, Liban, Israël, Irak, Syrie et Yémen) disposent d’une importante population et d’une classe moyenne nombreuse, qui veut s’ouvrir au monde. Elles côtoient des monarchies (Arabie saoudite, Jordanie, Qatar, Bahreïn, Émirats arabes unis), peu peuplées et à la main d’œuvre étrangère abondante. Celles-ci n’ont pas connu le printemps arabe de 2010-2011, mais pourraient s’effondrer comme les régimes tunisien et égyptien, estime le professeur Hourcade. L’Arabie saoudite prône un islam sunnite « wahhabite » très centré sur les mœurs, mais peu politique. En 1979, lors de l’invasion de l’Afghanistan par les troupes soviétiques, les djihadistes sunnites les plus radicaux sont allés les combattre, dont le Saoudien Oussama Ben Laden, futur organisateur des attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis. A partir de 1986, des fondations islamiques entreprennent une vaste campagne de scolarisation extérieure, financée non par l’État mais par de riches familles saoudiennes. Les écoles se multiplient des Philippines à l’Afrique subsaharienne, notamment au Niger où les imams sont formés à Niamey. L’organisation terroriste « Boko Haram », qui sévit au Niger et au Nigeria, se réclame de l’islam wahhabite. Ce même islam favorise l’influence de l’Arabie Saoudite, de l’émirat de Dubaï, qui dispose du plus important aéroport mondial, et du Qatar, devenu un acteur majeur sur le plan financier. Tous profitent de la disparition de l’Iran de la scène internationale. Lors de leur 2ème guerre en Irak en 2003, les États-Unis renversent le régime de Saddam Hussein, donnent le pouvoir à la minorité chiite, pour contrôler le pays, et licencient les officiers de l’armée irakienne. Ceux-ci, aguerris par le conflit contre l’Iran, iront encadrer les troupes de l’organisation djihadiste sunnite Daech, renforcées également par les anciens combattants d’Afghanistan. Daech, financée au début par l’Arabie saoudite et le Qatar, conquiert une partie de la Syrie début 2014 et veut prendre le pouvoir à Bagdad. Après la déroute de l’armée irakienne pourtant appuyée par une coalition internationale, elle se finance par les ventes d’antiquités, pillées dans les musées irakiens, et surtout de pétrole et de gaz aux agences internationales, via la Turquie. Inquiet, l’Iran arme les milices chiites irakiennes en lutte contre Daech. Son budget de défense est le dixième de celui de l’Arabie Saoudite.

Les autres acteurs. Israël, tenté de déclencher une guerre préventive en Syrie pour détruire les missiles du Hezbollah fournis par l’Iran, obtient des États-Unis les armements sophistiqués, jusqu’alors refusés. Les États-Unis souhaitent se désengager du Moyen-Orient et laisser leurs entreprises commercer avec l’Iran, lassé par 35 ans d’hostilités. Selon le professeur Hourcade, la dynamique en cours dépasse l’accord sur le nucléaire iranien, négocié par six grandes puissances. La France maintient une politique arabe forte par des accords de défense avec Abou Dhabi et le Qatar, qui ne sont pas inféodés aux États-Unis. La Turquie apparaît comme seule capable de faire la jonction entre l’Iran et l’Arabie Saoudite et conserver des contacts avec la Russie et les États-Unis, en vue d’assurer la sécurité dans la région. Vu la difficulté à y établir un équilibre entre l’Iran et les monarchies pétrolières, une guerre froide devrait s’y installer.

Loïc Salmon

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D ’une superficie de 1,64 Mkm2 et peuplé de 77 millions d’habitants, l’Iran est le deuxième producteur mondial de pétrole et dispose de la plus grande réserve en gaz naturel du monde. Seul État musulman officiellement chiite, l’Iran est une théocratie, dirigée par le clergé. Ainsi, selon la Constitution de 1979, le « Guide de la Révolution personnalité obligatoirement religieuse, est responsable de la politique générale de la « République islamique d’Iran ». Commandant en chef des forces armées, il contrôle le renseignement militaire et les opérations de sécurité et peut, seul, déclarer la guerre. Élu pour une durée indéterminée par l’Assemblée des experts, il a droit de veto sur tout. Le président de la République, les députés et les membres de l’Assemblée des experts sont élus au suffrage universel, mais selon un processus qui n’admet que les candidats des diverses factions islamiques.




Exposition « De Louis XIV à De Gaulle » au Grand Trianon

Palais privé, le Grand Trianon aura assuré la permanence du pouvoir en France à travers les monarchies : absolue avec Louis XIV et Louis XV, impériale avec Napoléon 1er, constitutionnelle avec Louis-Philippe, et… républicaine depuis le général De Gaulle !

Fastes des amours royales. En 1668, Louis XIV rachète le village de Trianon, le rase et le transforme en jardin pour l’enclore dans le parc de Versailles. La résidence royale de Versailles, en cours d’agrandissement, ne méritera véritablement son nom qu’à partir de 1682. En attendant, l’architecte Louis Le Vau édifie à Trianon un petit château pour abriter les amours du Roi-Soleil avec la marquise de Montespan. Ce sera le « palais de Flore », ainsi surnommé car les travaux, commencés à l’hiver 1670, se terminent au printemps suivant. Quoiqu’appelé aussi, « Trianon de porcelaine », il est en fait recouvert de faïences bleues et blanches, commandées aux manufactures de Delft, Rouen, Lisieux et Nevers et inspirées des porcelaines chinoises… matière que les Européens ne savent pas encore fabriquer ! La faïence est partout : à l’intérieur et à l’extérieur du château et même comme simple « verny » (terme de l’époque) sur les pots et caisses des jardins. Ceux-ci, tracés par un neveu d’André Le Nôtre, le grand jardinier de Versailles, comprennent des plates-bandes plantées de fleurs rares, commandés en France et en Europe : anémones, lys, cyclamens, tulipes (très chères à l’époque), jacinthes et jonquilles. Ces jardins parfumés renforcèrent le nom de « Flore » du premier Trianon, dont le décor peint, inspiré des Métamorphoses du poète latin Ovide, montre des déesses transformées en fleurs. Par ailleurs, l’exposition présente un tableau intitulé « Apollon et Thétys », particulièrement révélateur. Apollon, dieu du soleil dans la mythologie grecque, rend visite à sa maîtresse, la nymphe marine Thétys, mère d’Achille, l’un des héros de l’Illiade, que vénérait Alexandre le Grand. Or, à cette époque, le Roi-Soleil voue une grande admiration au conquérant, dont l’épopée figure sur les plafonds de la galerie des glaces du château de Versailles et sur des tapisseries conservées à la manufacture des Gobelins à Paris. Trianon devient donc le château des amours du Roi, contrairement à Versailles qui célèbre sa gloire. Très fragile en raison des hivers rigoureux du XVIIème siècle, le Trianon de porcelaine nécessite un entretien constant. Il ne survit pas à la disgrâce de Madame de Montespan, compromise dans l’affaire dite des « Poisons ». Une enquête de police, entreprise de 1679 à 1682, révèle que deux femmes, dont une dénommée « La Voisin », auraient fourni de quoi empoisonner leur mari à des dames de la haute aristocratie, notamment Madame de Vivonne, belle-sœur de la marquise. Celle-ci est directement mise en cause pour avoir obtenu de La Voisin des poudres susceptibles de lui ramener l’amour du Roi. Celui-ci l’avait alors délaissée pour Madame de Maintenon, gouvernante des six enfants… qu’il avait eus avec Madame de Montespan ! La marquise de Maintenon, qui épouse le Roi en 1683 après la mort de la Reine Marie-Thérèse, refuse d’habiter le palais de Flore. Louis XIV le fait alors démolir en 1687 et remplacer par le château de Trianon actuel, édifié par Jules Hardouin-Mansart puis transformé par Robert de Cotte. Ce « Trianon de marbre », en raison du marbre recouvrant la partie principale (photo), comprend notamment un appartement pour le Roi, qui y dort pour la première fois en 1692. Après 1704, chaque membre de la famille royale y dispose de son propre logement : le duc d’Orléans, frère du Roi, et son épouse, la princesse Palatine ; le Grand Dauphin ; les filles du Roi et de Madame de Montespan ; le duc de Bourgogne, son petit-fils, et son épouse Marie-Adelaïde de Savoie, mère de Louis XV. Un tableau en pied met à l’honneur celle qui donne un « coup de jeune » à la Cour du vieux Roi, qui l’apprécie beaucoup. Pourtant, après sa mort en 1712, la découverte de lettres compromettante de la Maison de Savoie, parfois en guerre contre la France, fait dire à Louis XIV avec amertume : « La coquine nous trompait » ! Trianon reste un château très privé, où seules les dames de la Cour sont conviées aux fêtes et spectacles. L’appartement de Madame de Maintenon, qui donne sur le jardin du Roi, sera repris en 1750 par…la marquise de Pompadour, favorite de Louis XV ! Ce dernier y fait tracer le jardin à la française et construire le « Petit Trianon ». Le Trianon de marbre  prend alors le nom de « Grand Trianon », qui perdure.

Simplicité post-révolutionnaire. Trianon devient ensuite la résidence de deux souverains montés sur le trône de France à l’issue de révolutions : Napoléon 1er, après celle de 1789-1799, et Louis-Philippe après celle de 1830. Après son divorce avec Joséphine de Beauharnais, l’Empereur s’y installe en 1810 avec sa nouvelle épouse, Marie-Louise d’Autriche, nièce de la Reine Marie-Antoinette, qui avait fait du Petit Trianon son univers intime et éloigné de la Cour de Versailles. Napoléon ne change guère l’aspect du Grand Trianon, qui conserve l’esprit de l’Ancien Régime. Toutefois, il aménage les anciens appartements de Louis XV et de Madame de Pompadour et y crée son cabinet particulier, seule pièce à décor Empire du palais. C’est à Trianon qu’il organise une grande fête à l’occasion de la naissance de son fils, le Roi de Rome, en août 1811. L’Empereur n’y revient que deux ans plus tard, pour reconstituer la Grande Armée après la désastreuse campagne de Russie. Après 1815, la Restauration se contente d’ôter les tableaux napoléoniens du Grand Trianon et de détruire les symboles impériaux. Toutefois, un décor peint représentant Napoléon à la chasse a échappé à sa vindicte. Pour célébrer son couronnement, Charles X organise un grand bal à Trianon le 19 juin 1825. Le 30 juillet 1830, il y tient son dernier conseil des ministres avant de s’enfuir en Écosse. Son cousin et successeur, Louis-Philippe, fils du duc d’Orléans et révolutionnaire Philippe-Égalité, prend le titre de « Roi des Français ». Soucieux de la réconciliation nationale, il organise le retour des cendres de Napoléon de Sainte-Hélène aux Invalides à Paris en 1840 et transforme le château de Versailles en musée de l’Histoire de France. Surnommé le « roi-bourgeois », il s’installe à Trianon en 1835 avec sa nombreuse famille (6 garçons et 4 filles). Deux ans plus tard, il y marie sa fille Marie d’Orléans, au talent artistique reconnu, au duc de Wurtemberg. Comme Charles X, il repasse par Trianon avant de s’exiler en Angleterre, chassé par la Révolution de 1848. Transformé ensuite en musée hétéroclite, le Grand Trianon sera restauré en 1960 par le général De Gaulle, à l’instigation de son ministre de la Culture, André Malraux.

Loïc Salmon

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L’exposition « De Louis XIV à De Gaulle » (18 juin-8 novembre 2015), organisée par le musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, se tient au Grand Trianon à Versailles. Elle présente tableaux, gravures, dessins, meubles et objets sur quatre siècles. Un second volet, prévu en 2016, retracera l’histoire du Grand Trianon depuis 1960, époque où il deviendra la résidence des hôtes de marque de la France. Pour tous renseignements : www.chateauversailles.fr