DRM : des moyens de haute technologie pour le recueil de renseignements

La Direction du renseignement militaire (DRM) assure un appui aux opérations extérieures et une veille stratégique en coordination avec les autres services de renseignement, en vue de mieux anticiper les crises. Elle entretient aussi des coopérations bilatérales et multilatérales avec ses homologues de l’Union européenne et de l’OTAN.

Fondée après la guerre du Golfe pour la libération du Koweït (1991) afin de donner une autonomie d’appréciation stratégique aux autorités politiques, la DRM a fêté ses 25 ans d’existence le 23 mars 2017 lors du lancement de « l’Intelligence Campus » à la base aérienne de Creil (Nord de Paris).

Un scénario opérationnel. Jean-Yves Le Drian, à l’époque ministre de la Défense, le général Pierre de Villiers, chef d’Etat-major des armées, et le général Christophe Gomart, chef de la DRM, ont assisté à la présentation d’un scénario opérationnel. Celui-ci met en scène la chaîne de renseignement et d’action, déclenchée à la suite d’un attentat avec un engin explosif improvisé dans la zone de responsabilité de l’opération « Barkhane » (bande sahélo-saharienne). A Paris, le bureau J2 (renseignement) du Centre de planification et de conduite des opérations (CPCO) de l’Etat-major des armées procède à une analyse initiale de la zone et oriente des capteurs, en liaison avec le centre opération de la sous-direction recherche de la DRM. Le Centre interarmées de recherche et de recueil du renseignement humain (CI3RH) envoie une équipe « armement-technologie » pour recueillir des échantillons de l’explosif utilisé, afin d’en identifier les composants. Par ailleurs, il est informé, par une « source », du départ imminent d’une cargaison suspecte. Le Centre de recherche et d’analyse du cyberespace analyse un téléphone portable récupéré sur le lieu de l’attentat et identifie les dernières zones d’évolution des djihadistes avant l’attentat. Le Centre de formation et d’emploi relatif aux émissions électromagnétiques localise, puis suit le navire transportant la cargaison suspecte et confirme, par des interceptions, l’imminence d’un nouvel attentat. Le Centre de formation et d’interprétation interarmées de l’imagerie établit un dossier « image » sur le site de l’explosion et des dossiers sur les zones d’habitation possibles des djihadistes. Un bâtiment de la Marine nationale effectue une visite à bord du navire suspect et précise le renseignement. Des drones Reaper de l’armée de l’Air patrouillent au-dessus des sites possibles de présence des djihadistes, pour les localiser avec exactitude. Le Commandement des opérations spéciales envoie une équipe du 13ème Régiment de dragons parachutistes (RDP) surveiller les déplacements des djihadistes. Le Centre de renseignement géospatial interarmées localise les zones probables de déchargement de la cargaison suspecte et modélisée en 3 dimensions le lieu d’habitation des djihadistes. Le bureau J2 du CPCO rédige une note de synthèse. Il s’ensuit une présentation en conseil de défense, une décision politique et une action militaire.

Le bureau J2. La DRM s’articule en trois sous-directions (recherche, exploitation et appui) et le bureau J2. Tous suivent, de façon transversale par des pôles « analyse » et « opérations », la situation des « points chauds » en cours en 2017 : Levant, avec l’opération « Chammal » (appui aux forces irakiennes) contre l’Etat islamique (Daech) ; bande sahélo-saharienne, avec l’opération « Barkhane » (appui aux armées locales) ; Libye. Le J2 planifie les engagements des armées, élabore des chaînes de renseignement et prépare les personnels spécialisés des unités. Il procède à l’exploitation des renseignements provenant des théâtres et des capteurs. Lors de la conduite d’une opération, il adapte les dispositifs de renseignement, oriente les missions des capteurs, assure la relève du personnel dédié et anime les comités de renseignement. Enfin, le J2 diffuse des notes quotidiennes et des cartes de situation ainsi que des fiches « flash ».

Les capteurs. La sous-direction recherche de la DRM utilise les divers moyens complémentaires des armées pour recueillir des renseignements de diverses origines : électromagnétique (ROEM), image (ROIM), humaine (ROHUM) et chimique (ROC). Le ROC reste de son ressort mais, pour le ROHUM, elle fait appel au 13ème RDP, au CI3RH, au 2ème Régiment de hussards, à la Force maritime des fusiliers marins et commandos, au Commando parachutiste de l’air N°10 et aux attachés de défense français à l’étranger. Pour le ROIM, elle recourt aux drones, Rafale de reconnaissance et avions de patrouille maritime ATL2. Elle reçoit aussi les images des systèmes satellitaires : européen Hélios II (optique) ; français Pléiades (optique) ; allemand Sar Lupe (radar) ; italien COSMO-SkyMed (radar). Le ROEM provient d’abord des moyens interarmées : avions d’alerte avancée E3F AWACS ; C160 Gabriel (Groupement aérien de brouillage, recherche et identification électronique) ; sous-marins nucléaires d’attaque ; frégates ; 44ème Régiment de transmissions, pour la guerre électronique dans la profondeur ; 54ème Régiment de transmissions, pour la guerre électronique de théâtre. Elle dispose aussi de moyens dédiés : bâtiment de recherches électromagnétiques Dupuy-de-Lôme ; radars de la défense aérienne du territoire ; systèmes satellitaires Elisa depuis 2014 puis Ceres à partir de 2019. Tous les satellites sont lancés à partir du Centre spatial guyanais.

Le rôle de la DGA. Interface entre les industriels et la DRM, la Direction générale de l’armement (DGA) garantit la cohérence des programmes et prépare l’avenir. Selon l’ingénieure générale Caroline Laurent, directrice de la stratégie de la DGA, Pléiades envoie 10 fois plus d’images qu’Hélios II dès le lendemain des prises de vues. Le programme européen MUSIS (optique) remplacera les systèmes existants et comptera 3 satellites à lancer en 2018, 2020 et 2021. L’avenir repose sur les multi-capteurs raccourcissant le cycle du renseignement, avec traitement des données au plus près des capteurs par l’intelligence artificielle. Il faudra résoudre les problèmes concernant la sécurité, la mobilité, le déploiement sur le théâtre d’opération et les réseaux. D’autres sources de renseignements apparaissent : systèmes d’autoprotection des avions, guerre électronique, ondes radio et radar, domaines acoustique et chimique. Ballons gyroscopiques et drones terrestres et sous-marins constituent de nouveaux porteurs de capteurs divers.

Loïc Salmon

Renseignement : lancement de « l’Intelligence Campus »

Renseignement militaire : clé de l’autonomie stratégique et de l’efficacité opérationnelle

La Direction du renseignement militaire emploie 1.800 personnes en 2017, dont 26 % de civils, 74 % de militaires et 200 réservistes. Dans l’ensemble, en 2017, le renseignement militaire français dispose d’un effectif de 7.300 personnels qui devrait atteindre 7.600 en 2021. Le Centre de formation interarmées au renseignement accueille 2.000 stagiaires chaque année. Parmi les métiers possibles figurent : analyste en géostratégie ; linguiste d’écoute ; expert en recherche humaine ; interprète image ; analyste du renseignement électromagnétique ; spécialiste du cyberespace ; topographe/géographe ; « data scientist » (analyste de données).




Femmes dans les armées : la réussite devient possible

La carrière des femmes militaires dépend de leur compétence, clé du commandement qui est respecté même si une femme l’exerce. Leur réussite inclut leur épanouissement familial.

Ce thème a fait l’objet d’un colloque organisé, le 8 mars 2017 à Paris, par l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire (IRSEM). Y sont notamment intervenus : la générale de division Isabelle Guion de Meritens, commandant l’Ecole des officiers de la gendarmerie nationale ; la lieutenante-colonelle Catherine Busch, commandant le 2ème bataillon de l’Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr ; Claude Weber, maître de conférences en sociologie aux écoles militaires de Saint-Cyr Coëtquidan ; Nathalie Legrand, consultante à Abonea Coaching.

Cœur, passion et raison. Mariée à un collègue et mère de famille, passée par Saint-Cyr et 1ère femme officier affectée à la Gendarmerie mobile, la générale Guion de Meritens a construit sa carrière au ministère de la Défense puis à celui de l’Intérieur depuis 2009. Elle se définit  comme un chef militaire qui exerce un métier de service public, qui a connu une aventure opérationnelle en métropole et outre-mer et qui doit gérer des ressources matérielles et humaines. Cela nécessite de travailler beaucoup et de réussir dans les postes opérationnels, qui vont notamment du commandement de 400 gendarmes dans un quartier urbain à l’interpellation à 6 h du matin, l’arme au poing, et à une action de force contre des sans-papiers. En tant que chef, elle exclut tout féminisme et se sent responsable de l’épanouissement de ses subordonnés, hommes et femmes. Elle a vécu l’adaptation de l’institution à l’arrivée des femmes, qui perturbait les gendarmes… et leurs épouses ! Aujourd’hui, l’égalité professionnelle et l’équité sont de mise. Les femmes ont accès à tous les métiers, y compris, pour les sous-officiers, dans la  Gendarmerie mobile auparavant réservée aux officiers féminins. Totalisant 19 % des 100.000 personnels de la Gendarmerie, les femmes constituent 13 % des sous-officiers et 7 % des officiers. Ces dernières sont issues des écoles militaires, du corps des sous-officiers ou directement du monde civil. Depuis 2002, la Gendarmerie recrute en effet au niveau universitaire 25 à 30 candidats par an, dont la moitié de femmes qu’il s’agit ensuite de « fidéliser ». Satisfaites de leur parcours, celles-ci recherchent un équilibre en matière de disponibilité, car l’ambition professionnelle s’use au profit de la vie de famille. Les femmes célibataires et sans enfant représentent 41 % des officiers et les hommes 13 %. Le succès, conclut la générale, repose sur la continuité dans l’action, l’implication des hommes, la communication et la poursuite d’une politique facilitant les carrières des deux sexes et pas seulement celles de femmes.

Symbole, alibi, hors de l’ordinaire. Le choix de Saint-Cyr correspond à celui d’une carrière militaire longue et à celui de commander, rappelle la lieutenante-colonelle Busch. Le contexte politique actuel de discrimination positive a pesé dans sa désignation à la tête du 2ème bataillon de Saint-Cyr, reconnaît-elle en précisant que ses compétences ont été validées pour le poste. L’institution a placé la femme qu’il faut là où ça va moins bien. Mais mener une carrière militaire en même temps que des vies de femme et de famille reste un choix difficile et implique des sacrifices à consentir. Beaucoup de femmes y renoncent, surtout parmi les sous-officiers. Même si l’institution essaie de faire les choses bien, la maternité n’est guère compatible avec les temps de commandement. La tentation est grande d’utiliser les femmes pour illustrer la politique menée. Celles-ci doivent rester vigilantes pour ne pas se trouver entraînées à des responsabilités non souhaitées et à exposition médiatique trop élevée. Parfois, il faut savoir dire « non », afin de préserver sa famille et ne pas s’autocensurer dans la volonté de maternité, souligne la lieutenante-colonelle. Enceinte de son 2ème enfant lorsqu’elle a préparé le concours de l’Ecole de guerre, période lourde à gérer, elle a accepté le risque d’échouer. Son accouchement a eu lieu entre les épreuves écrites (août) et orales (octobre). Lors d’une affectation à un poste sensible, elle recommande aussi de se méfier du perfectionnisme, pression personnelle supplémentaire. Enfin, elle rend hommage à… la compréhension de son mari !

Le monde civil. Nathalie Legrand a vécu une première carrière de « trader » dans la bourse où les décisions, toujours rapides, font gagner, ou perdre, beaucoup d’argent. Elle n’entrevoit guère de parité avant une dizaine d’années dans les hautes fonctions des entreprises privées, où les femmes représentent aujourd’hui 33 % des cadres supérieurs et 20 % des dirigeants. Quoique majoritaires parmi les diplômés de l’enseignement supérieur (55%), celles-ci voient leur carrière freinée par différents facteurs : efficacité des réseaux masculins ; insuffisance de mentors pour les former et de « sponsors » pour les tirer vers le haut ; manque de confiance en elles pour poser leur candidature à un poste à responsabilité ; doute sur leur légitimité. S’y ajoutent : la maternité, qui les exclut pendant quelques mois du monde de l’entreprise en évolution permanente ; la culpabilité vis-à-vis du conjoint et des enfants. Alors que les hommes demandent la reconnaissance de leurs compétences, les femmes l’attendent. Toutefois, selon un rapport (2011) du cabinet d’audit Mc Kinsey, les entreprises dont le comité exécutif compte le plus de femmes obtiennent un taux de rendement financier supérieur de 41 % à celles dont l’équipe dirigeante est exclusivement masculine. Les réseaux féminins se renforcent, dont Ladies First, Elles@Coke, Financi’elles et Grandes Ecoles au Féminin. Nathalie Legrand conseille aux femmes d’oser !

Constat et pistes possibles. La culture militaire aboutit à une division sexuelle des tâches découlant du combat, finalité des armées, estime Claude Weber. Les hommes ont tendance à voir la femme avant le soldat et plutôt de façon négative ou bien de considérer la femme militaire en décalage par rapport aux autres femmes de la société civile. Les femmes réagissent par la discrétion, l’évitement ou la lutte, facteurs perturbateurs de la cohésion qui devrait reposer sur la complémentarité et non sur l’identité. Claude Weber recommande : de développer les études sur les catégories de métiers, les opérations extérieures et les effets générationnels ; tenir compte des expériences d’autres pays ; observer la société civile et les autres professions ; inclure les hommes dans les réflexions.

Loïc Salmon

Femmes dans les armées : discrétion, mais besoin d’équité

Enseignement militaire supérieur : former les chefs d’aujourd’hui et de demain

Exposition photographique itinérante « Femmes de la défense »

Selon le ministère de la Défense, les armées comptent environ 60.000 femmes (plus de 15 % des effectifs en 2015), soit deux fois plus qu’en 1995. Les femmes représentent 58 % des effectifs du Service de santé, 29 % de ceux du commissariat, 22 % de ceux de l’armée de l’Air, 14 % de ceux de la Marine nationale et 10 % de ceux de l’armée de Terre. Très nombreuses dans les ressources humaines (48 %), elles le sont beaucoup moins dans les activités opérationnelles (3 %), quoique 1.500 soient actuellement déployées sur les théâtres extérieurs. En 2016, tous services et armées confondus, les officiers généraux comptaient 30 femmes dans leurs rangs. En 2017, 5 autres devraient les rejoindre, en vue d’un objectif de 7 % en 2019.




Marines : outils de sécurité, du Moyen-Orient à l’océan Indien

Immense zone de liberté et d’échanges de biens et de valeurs (câbles sous-marins de télécommunications), la mer devient aussi un espace d’insécurité et d’expression de la puissance des Etats, qui affirment leur présence navale, notamment en océan Indien.

Ce thème a été traité par le vice-amiral Antoine Beaussant au cours d’une conférence-débat organisée, le 22 février 2017 à Paris, par le Centre d’études stratégiques de la marine. De 2013 à 2016, l’amiral a exercé les fonctions d’« Alindien », commandant la zone maritime et les forces maritimes de l’océan Indien ainsi que les forces françaises aux Emirats arabes unis. Son successeur, le contre-amiral Didier Platon (photo), a présenté la zone maritime de l’océan Indien (ZMOI) le 2 mars à l’occasion d’un point de presse du ministère de la Défense à Paris.

Menaces protéiformes. Les principales  Marines du monde se manifestent en océan Indien, en raison de ses enjeux commerciaux et de son insécurité chronique, souligne l’amiral Beaussant. La piraterie a été jugulée depuis 2013, grâce à l’action maritime internationale sur plusieurs années. Par ailleurs, la guerre ne peut résoudre tous les problèmes des pays du Moyen-Orient, qui dépendent de la seule ressource pétrolière et dont les gouvernements défaillants sont minés par la corruption. Il en résulte une situation politico-économique instable, sur laquelle se sont greffés le terrorisme et les migrations de masse. Des groupes extrémistes violents ont attaqué des bâtiments militaires d’Arabie saoudite et des Emirats arabes unis ainsi que des navires civils sous divers pavillons dans le Sud de la mer Rouge et le détroit de Bab el-Mandeb. Les trafics d’armes, d’êtres humains, de  stupéfiants, d’alcool et de cigarettes prospèrent. La drogue, dont l’Afghanistan reste la plaque tournante, transite par mer vers l’Afrique, l’Europe et les Etats-Unis. Les réfugiés du Pakistan et d’Irak se dirigent, par mer, vers l’Arabie Saoudite et l’Afrique de l’Est. Suivront ceux du Yémen, en pleine guerre civile depuis 2004. Le retour à la sécurité nécessite le contrôle maritime des flux illicites, renforcé par l’action des pays riverains.

Rivalités de puissances. Les acteurs présents sur zone agissent ensemble, mais  avec des objectifs opposés, explique l’amiral Beaussant. Les Etats-Unis déploient 35.000 hommes (50 % de marins) dans le golfe Arabo-Persique et 1 seul groupe aéronaval de façon non permanente. Devenus le 1er pays producteur mondial d’hydrocarbures en 2014, ils concentrent leurs intérêts économiques sur l’Asie. La Russie prolonge son accès aux mers chaudes, de la mer Noire, son pivot stratégique, jusqu’à la Méditerranée. Elle pratique une politique du fait accompli (Crimée et Syrie), en réaction aux humiliations occidentales des années 1990. La Turquie s’affaiblit à l’intérieur, avec les purges au sein de l’armée à la suite du putsch de 2016, et à l’extérieur après l’échec de sa politique d’apaisement avec ses voisins, notamment l’Union européenne au sujet de l’Etat islamique (Daech) et des flux de migrants. La velléité hégémonique de l’Iran se heurte à la capacité limitée de l’Arabie Saoudite de calmer les tensions. L’Iran coopère avec les Etats-Unis sur le plan économique, mais préfère un accord de défense avec la Russie. Son influence s’étend de la Syrie, au Hezbollah libanais, au Nord-Yémen, à Bahreïn et même à l’Arabie Saoudite, dont la population de la zone pétrolière est à majorité chiite. Quoique 3ème pays du monde pour les dépenses militaires, l’Arabie Saoudite dispose de forces armées dépourvues de sous-officiers, cause de son enlisement au Yémen depuis le désengagement des Etats-Unis. L’Inde développe sa Marine pour s’imposer en océan Indien. La Chine y déploie plusieurs navires de surface et même un sous-marin. Elle a déjà conclu un partenariat stratégique avec le Pakistan, inquiet des accords similaires de pays occidentaux avec l’Inde.

La ZMOI française. Le quart du carburant consommé en France transite par le détroit d’Ormuz et 40 % du commerce mondial par celui de Bab el-Mandeb, que les pays riverains n’ont aucun intérêt à fermer en cas de crise, souligne l’amiral Platon. Au-delà du détroit de Malacca, la Chine poursuit sa politique de points d’appui dans la région : construction d’une base navale à Djibouti ; développement du port pakistanais de Gwadar ; investissements au Sri Lanka. De son côté, Alindien doit maintenir le contrôle opérationnel des voies d’approvisionnements stratégiques de la France, qui a conclu des accords de défense avec le Koweït, le Qatar et les Emirats arabes unis (EAU). La ZMOI permet de conduire des opérations au Moyen-Orient et dans les zones maritimes adjacentes, notamment « Chammal » pour l’appui des forces irakiennes dans la lutte de la coalition internationale contre Daech. Une frégate patrouille en permanence dans le Sud de la mer Rouge et un avion radar ATL2 y remplit régulièrement des missions aéromaritimes. Les forces françaises aux Emirats arabes unis, de la Côte d’Ivoire et de Djibouti constituent les bases opérationnelles avancées de la France dans le monde. Celle d’Abou Dhabi accueille, depuis 2016, le 5ème Régiment de cuirassiers. Elle assure aussi le soutien des unités navales françaises et alliées dans la région et permet l’engagement de Rafale et l’accueil d’avions gros porteurs. Outre les quelque 700 personnels des trois armées, directions et services, la base abrite : 1 escadron de chasse de 6 Rafale ; 1 escadron blindé de 13 chars Leclerc, 14 véhicules blindés légers et 4 véhicules blindés de combat et d’infanterie ; 1 détachement d’artillerie de 4 canons Caesar. Outre les coopérations bilatérales opérationnelles, la base d’Abou Dhabi a aussi pour mission d’aguerrir et d’entraîner les forces françaises et alliées aux actions de combat en zones désertique et urbaine de type moyen-oriental. A titre indicatif, chaque année, 140 avions lourds et 40 navires de soutien logistique, pour la coalition internationale engagée au Levant, y font escale. Tous les 2 ans, 2 chasseurs de mines contribuent à la surveillance des fonds de 50-60 m du golfe Arabo-Persique pour suivre la situation sous-marine. L’amiral précise que tous les navires français prennent des mesures contre les attaques aysmétriques, notamment le bâtiment de projection et de commandement Mistral qui doit venir dans l’océan Indien pour la mission « Jeanne d’Arc » (école d’application des élèves officiers de Marine). Enfin, par ses rencontres avec les autorités militaires locales, Alindien entretient la connaissance des cultures et des rapports de forces dans la région.

Loïc Salmon

L’océan Indien : espace sous tension

Proche-Orient : retour en force de la Russie dans la région

Marine nationale : le porte-avions et la mer dans les relations internationales

Les armées françaises déploient en permanence, hors théâtres d’opérations extérieurs, 11.000 militaires hors de la métropole. Les forces de souveraineté se répartissent en : Polynésie française, 900 personnels ; Nouvelle-Calédonie, 1.450 ; Antilles, 1.000 ; Guyane, 2.100 ; La Réunion, 1.600. Dans le cadre des accords de défense, des forces de présence sont stationnées au Sénégal (350 personnels), en Côte d’Ivoire (950), au Gabon (350), à Djibouti (1.450) et aux Emirats arabes unis (650). L’océan Indien (22 Mkm2)      est accessible par le canal de Suez et les détroits de Bab el-Mandeb, d’Ormuz et de Malacca. La France y dispose d’une zone économique exclusive de 2,8 Mkm2.




Exposition « France Allemagne (s) 1870-1871 » aux Invalides

La guerre de 1870-1871 provoque le basculement de l’Europe. L’Allemagne en sort unifiée. La France va réformer ses armées en profondeur et cultiver la mémoire et l’esprit de revanche.

Le bouleversement géopolitique. La défaite de la Prusse à Iéna en 1806, face à la France, suscite un sentiment nationaliste parmi les diverses composantes du Saint-Empire romain germanique remontant à Charlemagne (800). En 1813, la défaite de la France à Leipzig, face à la coalition de la Russie, l’Autriche, la Suède, la Prusse et la Saxe, anéantit l’idée française de l’Europe et renforce le sentiment d’appartenance à la « nation allemande ». Mais le Congrès de Vienne (1814-1815) établit une « Confédération germanique » de monarchies (34) et villes libres (4) allemandes sous l’emprise de l’Empire d’Autriche. Après sa défaite à Sadowa en 1866 face à la Prusse, celui-ci se transforme en une double monarchie dénommée « Autriche-Hongrie ». Pendant cette période, la France a connu tous les régimes : Premier Empire jusqu’en 1815 ; Restauration de la monarchie absolue (1815-1830 avec l’épisode des Cent-Jours de 1815) ; Révolution de 1830 ; Monarchie constitutionnelle de Juillet (1830-1848) ; Révolution de 1848 ; IIème République (1848-1852) ; Second Empire (depuis 1852). Epoque fondatrice de la tumultueuse relation franco-allemande, la guerre de 1870-1871 met un terme à l’équilibre des puissances connu sous le nom de « Concert européen », qui repose sur la diplomatie. Les deux pays vont développer leurs empires coloniaux jusqu’à la première guerre mondiale, à l’issue de laquelle l’Alsace-Lorraine, annexée par l’Allemagne en 1871, réintègrera la France en 1919. L’Allemagne perdra toutes ses colonies et songera, à son tour, à la revanche.

La guerre. Entre le 19 juillet et le 1er septembre 1870, les armées allemandes sous commandement prussien, plus nombreuses et mieux instruites, l’emportent sur les françaises, battues à Wissembourg, Frœschwiller-Wœrth, Rezonville-Mars-la-Tour, Gravelotte-Saint-Privat et Sedan. Soldée par 152.000 soldats mis hors de combat, cette première partie de la guerre surprend les belligérants : les Allemands par la facilité des victoires et la déliquescence de l’armée impériale ; les Français par la rapidité de l’invasion et l’enchaînement des défaites. Malgré la capitulation de Sedan et la capture de Napoléon III, la victoire allemande n’est pas encore totale. Un gouvernement provisoire, réuni à Paris, proclame la déchéance de l’Empire le 4 septembre, instaure la IIIème République et décide la poursuite des combats. Le Haut-commandement prussien envoie alors 400.000 soldats assiéger Paris dès le 20 septembre. Mais l’assaut n’aura pas lieu, en raison des solides protections de la capitale et du risque de sanglants combats de rues, face à 450.000 combattants soutenus par 1,75 million de civils. Les Parisiens en sont réduits à manger toute la faune disponible, surtout les chevaux. Les rats, bœufs et animaux exotiques du zoo de Vincennes et du Jardin des plantes ne figurent que sur les menus des restaurants. La rigueur de l’hiver affecte particulièrement les plus pauvres, qui manquent de charbon et de nourriture. La communication avec le reste du pays s’établit par des pigeons voyageurs transportant des microfilms. De nombreux ballons parviennent à quitter la capitale pour acheminer le courrier et évacuer les personnalités. La société d’armement Krupp met alors au point les premiers canons antiaériens, quoique peu efficaces en raison de l’altitude. Devant la résistance opiniâtre de la population, l’Etat-major prussien déclenche, le 5 janvier 1871, un intense bombardement sur la ville et sa banlieue, sans obtenir la reddition attendue. Cela concrétise la volonté de la Prusse d’accélérer puis de terminer la guerre, en vue de prévenir une prise de position des opinions publiques européennes en faveur de la France. En effet, la presse relaie les exactions contre les populations civiles et les dégâts des bombardements sur Strasbourg, Belfort et Paris. En outre, le nombre considérable de prisonniers dépasse les prévisions de l’Etat-major prussien : 398.000 Français pour 40.000 Allemands. Par ailleurs, chaque armée reproche à l’autre sa sauvagerie, personnifiée par le « uhlan » (lancier à cheval prussien) et le pilleur, d’un côté, et le franc-tireur et le « turco » (tirailleur algérien) de l’autre. Les armées françaises, reconstituées à partir d’unités impériales, de bataillons de la Garde nationale mobile et de volontaires, ne parviennent pas à libérer Paris et inverser le cours de la guerre, faute de cadres, d’instruction militaire et d’équipements suffisants. Finalement, le gouvernement de la Défense nationale parvient à négocier un armistice qui met fin, le 28 janvier, à un siège de 132 jours, assure le ravitaillement de la capitale et lui évite l’occupation allemande. Belfort résiste jusqu’au 13 février. Le traité de Francfort (10 mai 1871) termine cette guerre, qui aura coûté 139.000 morts et 143.000 blessés français pour 65.000 morts et 89.000 blessés allemands ainsi qu’une indemnité de guerre de 5 Mds de francs-or contre le retrait des troupes allemandes (septembre 1873).

La Commune. Le 1er mars 1871, le défilé des troupes allemandes à Paris provoque l’indignation d’une partie des habitants, qui vivent l’armistice comme une trahison. S’y ajoutent la fin du moratoire sur les loyers, qui s’envolent, et la suppression de la solde des gardes nationaux. Le 18 mars, une insurrection provoque la tenue d’élections municipales et la proclamation de la « Commune de Paris » par la Fédération républicaine de la garde nationale, suivie de celles de Lyon, Marseille et Toulouse, vite réprimées. Le gouvernement, installé à Versailles, envoie l’armée régulière reconquérir la capitale, avec l’accord de l’Allemagne qui facilite le retour des prisonniers à cet effet. La « semaine sanglante » (21-28 mai) donne lieu à de nombreuses destructions, dont l’incendie du palais des Tuileries et de l’Hôtel de Ville. Arrestations, exécutions, condamnations à la prison ou la déportation en Nouvelle-Calédonie s’ensuivent. Les « Communards » seront amnistiés en 1879 et 1880 et les victimes de la Commune réhabilitées en 2016.

Loïc Salmon

France Allemagne(s) 1870-1871

Exposition « Napoléon et l’Europe » aux Invalides

Des Aigles et des Hommes : sur les traces de la Grande Armée

L’exposition « France-Allemagne (s) » (13 avril-30 juillet 2017), organisée par le musée de l’Armée, se tient aux Invalides à Paris. Dans un angle de la cour d’honneur, est installé un « canon à balles », ancêtre de la mitrailleuse. Cette arme secrète de l’empereur Napoléon III a été sous-employée et mal utilisée pendant la guerre de 1870-1871, faute d’une formation suffisante des artilleurs. Le musée de l’Armée actuel résulte de la fusion du « musée d’Artillerie » du Second Empire et du « musée historique de l’Armée » de la IIIème République qui refondra l’outil militaire. L’Ecole supérieure de guerre sera créée en 1876 et l’Ecole supérieure de guerre navale en 1896. L’exposition présente plus de 320 objets, uniformes, armes et documents d’archives, prêtés par des institutions et musées français (35) et allemands (5) et quelques particuliers. En outre, conférences, projections de films et concerts en la cathédrale Saint-Louis des Invalides ont été programmés. Renseignements : www.musee-armee.fr




Femmes dans les armées : discrétion, mais besoin d’équité

Les jeunes femmes qui s’engagent dans les armées y recherchent des valeurs. Les contraintes du métier militaire, quoique plus lourdes pour elles, ne les empêchent guère d’y faire leurs preuves comme leurs collègues masculins.

Ce thème a fait l’objet d’un colloque organisé, le 8 mars 2017 à Paris, par l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire (IRSEM). Y sont notamment intervenus : le général de brigade Christophe Abad, Direction des ressources humaines de l’armée de terre ; le médecin-chef Nathalie Koulmann, chef du département environnements opérationnels de l’Institut de recherche biomédicale des armées (IRBA) ; le médecin-chef Marion Trousselard, chef de l’unité de neurophysiologie du stress (IRBA).

Vivier indispensable. La féminisation ne fait plus partie des priorités du haut commandement. En 15 ans, les femmes ont accédé à tous les domaines des armées de Terre occidentales, selon leurs envies, talents et potentiel, rappelle le général Abad. Sans elles, les forces terrestres françaises n’auraient pu réaliser leur montée en puissance depuis 2015. Elles recrutent 15.000 personnels en moyenne par an parmi un vivier d’un million de Français intéressés, âgés de 17,5 à 30 ans avec les niveaux physique et de formation suffisants pour passer les tests d’aptitude. Pour les jeunes en manque de repères, l’armée de Terre présente une valeur refuge avec la possibilité d’y progresser selon leurs qualités propres. L’égalité de traitement reste fondamentale parmi les officiers, sous-officiers et militaires du rang. Toutefois, souligne le général, la discrimination positive n’existe pas : le parcours professionnel se construit par les examens, concours et formations. Etre militaire implique les mêmes compensations et sujétions pour les hommes et les femmes. Référencée dans chaque unité, la mixité fait l’objet d’une sensibilisation, dès la formation initiale des officiers à Saint-Cyr, et d’une définition précisée dans la doctrine du commandement dans l’armée de Terre. Il s’agit ensuite de « fidéliser » les femmes, afin de conserver le maximum de compétences acquises au cours de leurs années de service. Ainsi, une élève de la première génération mixte de saint-cyriens sera prochainement promue colonelle. L’efficacité opérationnelle va de pair avec un projet d’épanouissement individuel. Or, peu de femmes se sentent attirées par les systèmes de combat de l’armée de Terre, où l’exigence physique, la rusticité et la grande promiscuité de la vie en opérations sont plus fortes que dans les autres spécialités (encadré). Par ailleurs, la disponibilité permanente demeure difficilement compatible avec la vie de famille. Chaque promotion de Saint-Cyr voit ses effectifs diminuer après 15 ans de service : 30 % chez les hommes et … 66 % parmi les femmes !

Aptitude au combat. La compétence à exercer le métier, pour lequel un(e) candidat(e) a été recruté(e) s’appuie sur des données objectives liées au sexe, souligne le médecin-chef Nathalie Koulmann. Plus petite de 8 % en moyenne que l’homme, la femme présente une composition corporelle, une longueur relative des membres et un développement de la cage thoracique différents, qui ont des impacts sur les tâches à accomplir. Ainsi, par rapport à un homme de référence de 1,74 m et de 73 kg, une femme de référence de 1,64 m et de 57 kg présente une masse du cœur de 256 g contre 349 g et un volume des poumons de 4,25 l contre 5,70 l. Cette moindre capacité de transport d’oxygène s’accompagne d’un taux d’hémoglobine moyen inférieur de 10 % et de réserves en fer souvent limitées. Mais sa capacité à brûler plus de graisse, supérieure de 10 %, lui donne un avantage pour les exercices de très longue durée. Les tâches militaires, complexes, intègrent plus ou moins des aptitudes physiques  élémentaires : force musculaire et agilité, endurance musculaire et équilibre dynamique, aptitude aérobie avec coordination et puissance, flexibilité avec temps de réaction et vitesse. Quoique la force soit déterminante dans certaines activités, la femme la plus forte l’emportera toujours sur l’homme le plus faible. Mais désavantagées pour le port de charges lourdes, les femmes réussissent très rarement la totalité des tests physiques. Malgré une masse grasse plus élevée et un débit sudoral plus faible, elles présentent une tolérance à la chaleur presque similaire. Elles résistent aussi bien aux contraintes aéronautiques avec un « pantalon anti-G » adapté à leur morphologie. Pour les exercices de faible intensité, elles se fatiguent moins vite et récupèrent plus vite. En plongée, leur autonomie est supérieure, car elles consomment moins d’air, comme en témoignent deux femmes plongeurs-démineurs et une nageuse de combat ! Le risque de fracture de fatigue (sur-utilisation des os) lors des marches avec une charge lourde, quoique 2 à 6 fois plus élevé chez la femme, se réduit de 95 % en modifiant la fréquence des pas. Une doctrine d’aptitude physique minimale à certains postes, sans barème différentiel par sexe, reste à définir.

Environnement opérationnel. Les neurosciences permettent de comprendre les processus mentaux de perception, d’action, d’apprentissage et de mémorisation, explique le médecin-chef Marion Trousselard. Elles trouvent des applications militaires : prise en charge des blessés et des soins de l’avant ; amélioration de la sélection, de la formation et de l’entraînement ; organisation optimale de la préparation des opérations et de leur gestion. Tous les militaires connaissent le stress, réponse comportementale, émotionnelle, cognitive et physiologique face à un événement grave. Des études (2007) démontrent : la supériorité des hommes en capacité et vitesse de traitement de l’information ; la supériorité des femmes pour la capacité d’attention, la mémoire des mots et des visages ainsi qu’aux tests d’intelligence sociale. Le risque de dépression s’accroît lors des missions orbitales, des patrouilles sous-marines et de l’hivernage polaire, auxquels des femmes ont participé. Celles-ci embarquent déjà sur les sous-marins, notamment en Suède depuis 1989, en Australie (1998), au Canada (2001) et aux Etats-Unis (2010). En France, la féminisation a été décidée en 2006 sur les futurs sous-marins nucléaires d’attaque Barracuda dont le 1er entrera en service fin 2018. La formation de 3 femmes officiers, dont 1 médecin, a commencé en 2015, en vue d’un embarquement sur un sous-marin nucléaire lanceur d’engins en 2017.

Loïc Salmon

Femmes dans les armées : promotion par la compétence et soutien contre le harcèlement

Lieutenants en Afghanistan, retour d’expérience

Selon le ministère de la Défense, l’encadrement dans l’armée de Terre se répartissait ainsi en 2015 : officiers de carrière (Saint-Cyr), 49,9 % de femmes pour 80,1 % d’hommes ; officiers sous contrat, 51,1 % de femmes pour 19,9 % d’hommes ; sous-officiers de carrière (Ecole de Saint-Maixent), 54,7 % de femmes pour 52,1 % d’hommes ; sous-officiers sous contrat, 45,3 % de femmes pour 47,9 % d’hommes. La part des femmes par spécialité se montait à : 0,5 % dans l’arme blindée ; 0,5 % dans l’infanterie ; 2,3 % dans le génie ; 3,8 % dans l’artillerie ; 5,1 % dans la maintenance ; 26,7 % dans les budget, finances et comptabilité ; 29,7 % dans la santé ; 30,6 % dans la communication ; 42,4 % dans l’administration ; 43,5 % dans la gestion des ressources humaines.




Proche-Orient : retour en force de la Russie dans la région

La Russie pratique, au Proche-Orient, une politique étrangère fondée sur le calcul des forces en présence et ses propres intérêts, selon une approche économique, militaire et culturelle.

Forte de ses relations avec la Syrie, l’Egypte, la Turquie, l’Iran, Israël, le mouvement Hezbollah au Liban et celui du Hamas dans la bande de Gaza, elle engage un bras de fer avec l’Occident. Tel a été le thème d’une conférence-débat organisée, le 21 février 2017 à Paris, par l’Institut des relations internationales et stratégiques. Y sont intervenus : Igor Delanoë, Observatoire franco-russe ; Jean de Gliniasty, ancien ambassadeur de France en Russie ; Jean-Paul Chagnollaud, Institut de recherche et d’études Méditerranée Moyen-Orient.

Une nouvelle donne. En 1991, la Russie a restructuré sa politique au Proche-Orient avec pragmatisme et sans l’idéologie du temps de l’URSS, explique Igor Delanoë. Elle y trouve d’abord un intérêt économique, fait nouveau, par la vente d’armement et d’énergie, à savoir nucléaire, gazière ou pétrolière.  Sur le plan sécuritaire, elle s’inquiète de la prolifération d’armes de destruction massive, de leur capacité et du risque de les voir utilisées contre elle. En conséquence, elle coopère avec les Etats-Unis pour maîtriser la dissémination d’armements dans la région, interdire les armes chimiques en 2013 et parvenir à un accord sur le programme nucléaire iranien en 2015. Enfin, elle veut disposer de cartes dans le jeu géopolitique du Moyen-Orient, face à l’Occident. Pour tenter de résoudre la crise israélo-palestinienne, elle a tenté, sans succès, de tenir une conférence à Moscou avec les deux parties. Elle essaie alors de réussir un dialogue entre les factions palestiniennes, en vue de favoriser l’émergence d’un seul interlocuteur pour faire avancer le dossier. Elle parvient à maintenir en Egypte des contacts avec les Frères musulmans (mouvement salafiste) et le président Abdel Fattah al-Sissi, depuis les printemps arabes de 2011. Ceux-ci, selon elle, découlent des « révolutions de couleur » précédentes : « rose » ou « des roses » en Géorgie (2003), « orange » en Ukraine (2004), « rose » ou « des tulipes » au Kirghizistan (2005), « bleue » ou « en blue jean » en Biélorussie (2005) et « du cèdre » au Liban (2005), qui ont porté au pouvoir des gouvernements pro-occidentaux. La crise actuelle en Libye résulte de l’opération occidentale menée par la France et la Grande-Bretagne contre le régime du colonel Mouammar Kadhafi, qui n’aurait pu avoir lieu si la Russie avait opposé son veto au Conseil de sécurité de l’ONU. S’estimant dupée, elle l’a opposé 6 fois depuis et la Chine 2 fois. En Syrie, ses intérêts nationaux la poussent à une solution politique, à savoir une médiation avec l’Iran et la Turquie pour compléter la conférence de Genève sous l’égide de l’ONU. Selon Igor Delanoë, ce « triangle » devrait disparaître à la fin du conflit. En effet, la Turquie ne souhaite pas que la Russie se rapproche trop des Kurdes, qui revendiquent une entité transfrontalière laïque, valeur mal perçue au Moyen-Orient. Par ailleurs, Turquie, Iran et Irak s’opposent à la création d’un Etat kurde au détriment d’une partie de leur territoire. Partisane d’une décentralisation du pouvoir en Syrie, la Russie semble plus attachée à sa structure étatique qu’à la personne du président Bachar el-Assad qui, pour l’Iran, caractérise un Etat central fort. Le rapprochement de la Russie vers l’Iran et la Turquie vise à résoudre la situation au Nord de la Syrie et celui vers Israël à éviter des incidents de frontière. De son côté, la Chine craint le retour des Ouïghours partis combattre avec Daech et susceptibles de déstabiliser la province du Xinjiang à leur retour. Elle propose de participer à la reconstruction de la Syrie par le biais de la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures.

Constance et intermittences. La Russie n’a jamais quitté le Moyen-Orient depuis la chute de Constantinople en 1453, quand elle s’est autoproclamée « troisième Rome », rappelle Jean de Gliniasty. La guerre de Crimée (1853-1856) l’a opposée à l’Empire ottoman, allié à la France et la Grande-Bretagne. Après 1945, l’URSS, disposant de ses propres ressources pétrolières, soutient les nationalismes arabes au détriment des partis communistes locaux pour des raisons politiques. Malgré l’expulsion d’Egypte de ses 20.000 conseillers en 1972, elle parvient à conserver son influence en Syrie. La guerre du golfe (1991), menée par une coalition internationale pour libérer le Koweït envahi par l’Irak, marque son éviction politique de la région, confirmée par les accords d’Oslo entre Israël et l’Organisation de libération de la Palestine (1993). Mais elle préserve sa présence économique par la vente d’armement par les entreprises russes, affectées par la baisse du budget militaire national. Entre 2000 et 2015, ses échanges commerciaux ont décuplé. Vu de Moscou, la rupture des relations diplomatiques des pays occidentaux (hors Etats-Unis) avec la Syrie dès le début de la crise leur a fait perdre leur crédit et toute possibilité de dialogue. Pour sauver le régime de Bachar el-Assad, dont elle estime qu’il fait partie de la solution politique, la Russie est intervenue militairement (frappes aériennes) pour l’aider à reconquérir Alep. Par la suite, un bombardement américain a fait échouer un accord de cessez-le feu. Pour la Russie, sa réconciliation avec la Turquie lui donne un atout « sunnite » face au monde « chiite » dominé par l’Iran. Selon Jean de Gliniasty, Daech constitue un facteur d’unification de la coalition internationale et de la Russie. Mais, toute action militaire contre le régime syrien, passant outre à un veto russe à l’ONU, affaiblirait le Conseil de sécurité.

Incertitudes occidentales. Selon Jean-Paul Chagnollaud, le conflit syrien a conduit à la consolidation d’un régime totalitaire avec des implications : judiciaires par le nombre de victimes (voir encadré) ; politiques par celui des personnes réfugiées et déplacées (idem) et une société fracturée entre les anti et pro-régime ; existentielles, car le régime lutte pour sa survie. Avec l’envoi de 10.000 combattants sur le terrain, l’Iran se proclame première puissance régionale. Outre sa maîtrise de l’espace aérien, la Russie a remporté des succès diplomatiques. Les pays occidentaux se sont trouvés marginalisés, comptant sur la diplomatie sans l’action militaire.

Loïc Salmon

Iran : acteur incontournable au Moyen-Orient et au-delà

Turquie : partenaire de fait au Proche et Moyen-Orient

Arabie Saoudite : retour du sacré dans les relations internationales

Le conflit armé en Syrie a causé plus de 400.000 morts entre mars 2011 et septembre 2016, selon plusieurs organisations non gouvernementales. La moitié de la population a été déplacée et plus de 5 millions de Syriens ont fui le pays. Les mouvements rebelles sont soutenus notamment par l’Arabie Saoudite, la Turquie, le Qatar et les Etats-Unis ainsi que le Front Al-Nosra, branche syrienne de l’organisation djihadiste Al-Qaïda. Le régime syrien a reçu les renforts du Hezbollah, mouvement politique et militaire chiite libanais, et des brigades islamistes chiites irakiennes et étrangères ainsi que l’appui militaire de l’Iran et de la Russie. L’Etat islamique (Daech), en guerre contre tous les belligérants depuis 2014, est devenu la cible des frappes aériennes de la coalition internationale dirigée par les Etats-Unis. Enfin, les Kurdes du parti PYD et de sa branche armée YPG combattent pour l’autodétermination du Rojava, territoire autonome de fait dans le Nord et le Nord-Ouest de la Syrie.




Arabie Saoudite : retour du sacré dans les relations internationales

La diplomatie saoudienne présente un caractère hybride, à savoir la volonté de légitimité institutionnelle vis-à-vis de l’Occident et la promotion d’un art de vivre religieux traditionnel dans les pays musulmans d’obédience sunnite.

Auteur de l’ouvrage « Dr. Saoud et Mr Djihad », Pierre Conesa s’est exprimé lors d’une conférence-débat organisée, le 2 février 2017 à Paris, par l’Association des auditeurs jeunes de l’Institut des hautes études de défense nationale.

Contexte politico-religieux. Au XVIème siècle, l’empire ottoman s’étend au Sud et à l’Est de la Méditerranée, au Proche-Orient et aux Balkans. En 1914, il ne comprend plus que la Turquie, l’Arménie, le Kurdistan, la Mésopotamie (Irak) et des bandes côtières (mer Rouge et golfe persique) de la péninsule arabique. Au XVIIIème siècle, dans la partie centrale qui n’a jamais été colonisée, le royaume d’Arabie se constitue sous l’égide de l’émir Mohammed ibn Saoud, allié de Mohammed ben Abdelwahab, fondateur de l’Islam « wahabite ». Depuis, leurs descendants, liés par des mariages, se partagent la direction du pays : le pouvoir politique pour les Saoud et l’autorité religieuse pour les Al-Shaikh (Wahab). Au cours de la première guerre mondiale, les Saoud déposent le Chérif gardien des lieux saints de l’Islam et descendant du prophète Mahomet. Par la suite Abd el-Aziz, premier roi du nouvel Etat d’Arabie Saoudite de 1932 à 1953, instaure un mode de succession selon lequel ses fils se transmettent le pouvoir les uns après les autres. Ainsi, souligne Pierre Conesa, les Saoud, qui n’ont aucune filiation avec le prophète, constituent une petite entreprise familiale où tout se règle entre soi. De leur côté, les Al-Shaikh cumulent les directions de 14 institutions qui ne sont pas toutes religieuses, notamment : le système judiciaire ; l’Institut supérieur de la magistrature ; l’administration chargée de l’éducation des filles ; la fondation gérant les médias ; l’Université islamique de Médine ; le Haut Conseil de la Ligue islamique mondiale (voir encadré). Jusqu’à la découverte du pétrole dans les années 1930, les tribus arabes n’ont jamais subi d’influence étrangère depuis le XIIIème siècle. Dès 1932, les Al-Saikh se qualifient de « salafistes », excluent tout intermédiaire avec Dieu et prônent une religion sunnite rigoureuse …proche de celle de l’Etat islamique (Daech) d’aujourd’hui ! Pierre Conesa présente quelques exemples de châtiments comparables pour les mêmes délits : peine de mort pour meurtre, trafic de drogue, reniement de l‘Islam, blasphème ou homosexualité ; coups de fouet pour adultère ; coups de fouet pour relations sexuelles avant le mariage ; à l’appréciation du juge (Arabie Saoudite) ou coups de fouet (Daech) pour diffamation et consommation d’alcool ; amputation de la main et du pied pour vol à main armée ; amputation de la main pour vol. Comme Daech, les Saoud détruisent les monuments symboliques comme le cimetière d’Al-Baqi à Médine et la tombe de Khadija, première épouse de Mahomet. Depuis le début, la charte du royaume précise que l’Etat doit appliquer une diplomatie religieuse.

Turbulences. En 1945, la Ligue Arabe est fondée au Caire par l’Arabie Saoudite, l’Egypte, l’Irak, la Jordanie, le Liban, la Syrie et le Yémen du Nord. En 1956, le président égyptien Gamal Abdel Nasser nationalise le canal de Suez pour financer le barrage d’Assouan, destiné à gérer les crues du Nil. La crise internationale qui s’ensuit déclenche un panarabisme contre l’Occident, mené par l’Egypte et la Syrie. Ces régimes républicains et nationalistes s’opposent aux monarchies saoudienne et jordanienne, pro-occidentales. Pour contrer l’influence de l’Université millénaire al-Azhar du Caire, l’Arabie Saoudite instaure l’Université islamique de Médine en 1961. Celle-ci a déjà formé 30.000 stagiaires, attirés par des bourses d’études et la gratuité du logement. Dès 1962, elle accueille des membres du mouvement panislamiste des Frères musulmans, chassés d’Egypte et qui y retourneront pour occuper des fonctions de cadres dans l’enseignement supérieur, l’administration et la restructuration du droit coranique. Le panislamisme, revendiqué également par les  organisations djihadistes Al Qaïda et Daech, est un mouvement politico-religieux réclamant l’union des territoires considérés comme musulmans sous la direction d’un calife. Au cours des années 1960, la diplomatie religieuse saoudienne commence à agir en Afrique francophone, notamment au Mali, pour équilibrer l’influence du socialisme arabe de l’Algérie, de la Libye et de l’Irak. En 1973, la guerre du Kippour oppose Israël à  l’Egypte et la Syrie, soutenues notamment par l’URSS et la Ligue Arabe. L’Organisation des pays producteurs de pétrole, créée en1960 à l’initiative du Venezuela et de l’Arabie Saoudite, quadruple alors le prix du pétrole. Ce soudain enrichissement bouleverse la société tribale saoudienne, qui connaît la modernisation sans le changement. En février 1979, la révolution islamiste en Iran porte au pouvoir les mollahs chiites, qui prônent un Islam républicain contre les Etats-Unis et la France et demandent une gestion collégiale des lieux saints. En novembre, des fondamentalistes islamistes occupent la Grande Mosquée de La Mecque, qui sera reprise avec l’aide du GIGN français. La répression est marquée par 74 décapitations en 24 heures. En décembre, les troupes soviétiques envahissent l’Afghanistan, pays musulman. A chaque crise, la mainmise religieuse s’est accélérée, souligne Pierre Conesa.

Ambiguïtés. En 1945, l’Arabie Saoudite conclut avec les Etats-Unis le « Pacte de Quincy », qui garantit une protection militaire de la dynastie en échange d’approvisionnements pétroliers. Cet accord de 60 ans sera renouvelé en 2005. Lors de la guerre du golfe contre l’Irak de Saddam Hussein en 1991, l’Arabie saoudite accueille 150.000 soldats américains, dont 10.000 juifs, en terre d’Islam. Quoique 15 Saoudiens figurent parmi les 19 auteurs des attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, l’administration Bush incrimine l’Iran, l’Irak et même la Corée du Nord ! Elle censure 28 pages d’un rapport du Congrès américain sur l’attentat qui, rendu public 20 ans plus tard, souligne la collusion entre l’industrie pétrolière texane et l’Arabie Saoudite. Par la suite, les Etats-Unis imposent la fermeture de 253 organisations non gouvernementales, soupçonnées d’entretenir des relations avec les djihadistes. Celles du Pakistan ont organisé des attentas en Inde avec des fonds venus d’Arabie Saoudite. Selon Pierre Conesa, l’efficacité du lobby saoudien aux Etats-Unis et en France, par le biais de sa diaspora qui a accès aux plus hautes autorités de l’Etat, repose sur une stratégie d’influence et non pas de pression, pour éviter une mise en accusation dans les instances internationales. Par ailleurs, Wikileaks a déclassifié 60.000 documents diplomatiques saoudiens indiquant : une concentration des services de renseignement au niveau du roi ; une diplomatie planétaire en matière de prédication salafiste, notamment en Inde considérée comme le 2ème pays chiite après l’Iran ; un ennemi principal, le chiisme, suivi des autres pratiques de l’Islam. Cette capacité d’influence se double d’un système de commissaires politiques à la soviétique, souligne Pierre Conesa. Les gens formés à l’Université de Médine doivent aller transformer leur société d’origine avec un impératif : pas d’attentat sur le territoire saoudien !

Loïc Salmon

Moyen-Orient : crises, Daech et flux de migrants en Europe

Arabie saoudite : prédominance au Moyen-Orient menacée

Outre ses représentations diplomatiques officielles, l’influence de l’Arabie saoudite se manifeste par l’implantation des bureaux de la Ligue islamique mondiale au Moyen-Orient, en Australie, en Asie du Sud-Est, en Afrique, en Europe, en Russie, au Canada et en Amérique du Sud. En 2015, la Ligue y a distribué des exemplaires du Coran : 9,2 millions au Moyen-Orient et en Asie ; 230.669 en Afrique ; 87.635 en Europe ; 14.233 en Amérique du Nord ; 6.506 en Australie ; 6.460 en Amérique du Sud.




Armée de Terre : innovation et volonté au service de la victoire

Emporter la décision sur le champ de bataille nécessite la supériorité technologique sur l’adversaire, mais aussi une définition claire des objectifs et la volonté farouche de vaincre.

Ce thème a fait l’objet d’une conférence-débat organisée, le 24 janvier 2017 à Paris, par le Centre de doctrine et d’enseignement du commandement de l’armée de Terre. Y ont participé : le général de division Patrick Berthous commandant les forces spéciales Terre ; l’ingénieur en chef Christian Ramaen, études amont à la Direction générale de l’armement (DGA) ; Emmanuel Chiva, groupement des industriels de l’armement terrestre et aéroterrestre (GICAT).

L’innovation sur le terrain. Composées de soldats « rustiques », les forces spéciales connaissent un rythme opérationnel très variable, mais celui de renouvellement de leurs tactiques est plus élevé que pour les forces conventionnelles, explique le général Berthous. Véritable laboratoire pour les armées et en liaison avec la DGA, elles adaptent en permanence leurs modes d’action et leurs équipements à partir de retours d’expériences et d’études prospectives. Ainsi pour l’opération « Barkhane », le drone tactique Patroller a été utilisé contre les djihadistes au Mali dès l’hiver 2016, en coordination avec l’infiltration de parachutistes. L’hélicoptère Tigre apporte un appui direct aux opérations, qui ne sont jamais déclenchées sans lui. Aujourd’hui, les véhicules blindés du combat d’infanterie sont climatisés. D’une façon générale, il s’agit de maintenir une supériorité technique et tactique sur l’adversaire pour le détecter et le détruire de loin. Les forces spéciales partent avec le strict minimum, à savoir l’eau, les rations, le carburant, les pièces détachées, le système de navigation GPS et la liaison avec les satellites qui couvrent la zone. Quoiqu’affaibli au Levant, Daech profite du nivellement technologique par son accès au GPS et aux réseaux sociaux. Il pratique les cyberattaques et utilise des drones de reconnaissance et des engins explosifs improvisés. Quels que soient les progrès technologiques, estime le général Berthous, les combattants resteront indispensables sur le terrain pour conserver un temps d’avance sur l’adversaire sur les plans technique, tactique et de compréhension de la situation. La victoire reposera toujours sur l’intelligence du chef.

Le futur technologique. Premier investisseur de l’Etat dans l’industrie, la DGA a pour mission de conserver la supériorité opérationnelle, qui inclut entraînement des soldats, fiabilité des systèmes et avantage technologique, rappelle l’ingénieur en chef Ramaen. Dans un programme d’armement long, les études amont se trouvent au cœur de la recherche. Ainsi pour le char Leclerc qui doit durer jusqu’en 2040, les études amont ont commencé en 1965 et le démonstrateur a été lancé en 1970 pour des livraisons à partir de 1985. Pour le programme « Scorpion » de l’armée de Terre, la DGA a injecté 200 M€ dans les études amont depuis 1990 pour assurer des innovations dans la durée, alors que les livraisons des matériels débuteront en 2018. La loi de programmation militaire (LPM) 2008-2013 a fixé, comme choix technologique de la DGA, le maintien des compétences critiques en alimentant les bureaux d’étude. La nouvelle gouvernance des études amont est précisée dans un document d’orientation de la science et de la technologie, qui donne des axes de recherche sur 10 ans en parallèle avec la LPM réactualisée. Ainsi, la période 2016-2021 concerne notamment les aéronefs de combat (Rafale et drones) et la cyberdéfense des forces terrestres. La coopération franco-allemande portera sur le char du futur à l’horizon 2040, car les Leopard allemands et les Leclerc français arriveront en fin de vie, de même que les lance-roquettes unitaire des deux pays. L’accent sera aussi mis sur le laser de forte puissance, que la Grande-Bretagne étudie, que l’Allemagne possède déjà (2 exemplaires) et que certains navires américains emportent en opérations. Le programme « Scorpion » entrera dans sa phase 2. Le fantassin sera « augmenté » par l’exosquelette pour le transport et la manipulation des charges lourdes. La capacité de vision nocturne des véhicules circulant tous feux éteints leur permettra de voir la nuit en couleurs et non plus en noir et blanc. Les études porteront aussi sur la robotique et l’énergie (batteries et motorisation hybride). Toutes les technologies non duales seront maintenues, tandis que les duales (à usage civil et militaire) seront « allégées » financièrement. Les véhicules blindés, qui doivent durer 40 ans, sont conçus comme des plates-formes modulaires, susceptibles de recevoir de nouveaux systèmes de brouillage et de protection. Enfin en cas d’urgence opérationnelle, indique l’ingénieur en chef Ramaen, la DGA peut réaliser un matériel mature dans les 6 mois suivant la définition des besoins.

La vision industrielle. L’industrie de défense s’inscrit dans un écosystème, où l’Etat définit les besoins opérationnels et technologiques à partir des retours d’expérience, explique Emmanuel Chiva. Ainsi, les forces terrestres américaines ont déployé 10.000 robots en Irak en 2003. Une vision d’ensemble permet d’anticiper les convergences entre nanotechnologies, biotechnologies et microélectronique. Certaines ont débouché sur le treillis protégeant des attaques biologiques ou les lentilles de contact pour vision thermique. En 2025, quelque 6.000 Mds$ seront investis au niveau mondial dans l’intelligence artificielle, du fait de son caractère dual. Pour la défense, il s’agira d’identifier les ruptures technologiques et leurs conséquences capacitaires (puissance de calcul, simulation embarquée). Le financement public de l’innovation de défense réalisée par des « start up » comporte un risque, avertit Emmanuel Chiva. En effet, si elles sont rachetées par un grand groupe privé, celui-ci sera probablement tenté de diffuser dans le grand public leurs innovations qui échapperaient alors à la défense. Le représentant du GICAT recommande d’intégrer l’homme dès le début des recherches, car la technologie est souvent surestimée sur le court terme et sous-estimée sur le long terme. Par ailleurs, alors que les ingénieurs de la DGA peuvent se reconvertir dans l’industrie de défense, cette passerelle ne fonctionne pas dans l’autre sens. En revanche, la DARPA (agence américaine de recherche avancée sur des projets de défense) facilite les passages croisés entre elle et les sociétés d’armement, en vue d’encourager la synergie entre industriels et opérationnels.

Loïc Salmon

Armée de Terre : programme « Scorpion », le GTIA de demain

Forces spéciales : outil complémentaire des forces conventionnelles

Nom de code Geronimo

La loi de programmation militaire 2014-2019, actualisée en 2015, définit les priorités des études amont en matière d’armement : préparation du renouvellement des deux composantes de la dissuasion ; conception des futurs aéronefs de combat au travers d’une dépendance mutuelle organisée autour du couple franco-britannique, préparation des évolutions du Rafale, autoprotection et travaux spécifiquement militaires sur les hélicoptères, insertion des drones dans la circulation aérienne en coopération européenne ; montée en puissance de la rationalisation de l’industrie franco-britannique pour le renouvellement et la rénovation des systèmes de missiles ; lutte sous-marine, systèmes de combat naval modulaires opérant en réseaux, architectures innovantes pour les bâtiments de surface ; montée en puissance de la cyberdéfense ; poursuite des efforts sur la protection des véhicules, des équipages et des combattants, la surveillance des itinéraires ; nouvelles technologies pour munitions ; préparation de futurs programmes spatiaux d’écoute, d’observation et de communication ; poursuite de l’effort sur le traitement des images, la guerre électronique, l’exploitation et le traitement des données de renseignement, la numérisation de l’environnement géophysique, les évolutions des systèmes de radionavigation ; lutte anti-drones.




Cyberdéfense : soutien pour le renseignement, la protection, la prévention et l’action

Rattachée directement au chef d’Etat-major des armées, la cyberdéfense militaire implique les armées de Terre et de l’Air, la Marine nationale et la Direction générale de l’armement pour analyser, planifier et intervenir aux niveaux défensif et offensif.

Elle a fait l’objet d’une communication à la presse, le 16 mars 2017 à Paris, par le vice-amiral Arnaud Coustillière, officier général cyberdéfense. De son côté, le lieutenant-colonel Victor Le Bihan a présenté l’exercice DEF NET 2017, qui s’est déroulé dans toute la France du 20 au 31 mars. Enfin, le capitaine de vaisseau Vincent Grégoire a expliqué la cyberdéfense dans la Marine au cours d’une conférence-débat organisée, le 22 mars 2017 à Paris, par le Centre d’études stratégiques de la marine.

COMCYBER. Commencée en 2011 avec quelques centaines de personnes, la « cyberdéfense » est devenue, en décembre 2016, le Commandement de cyberdéfense (COMCYBER), dont l’effectif devrait atteindre 3.200 militaires et civils en 2019, indique l’amiral Coustillière. Un échelon de préfiguration, créé en janvier 2017, met en place les textes juridiques et les processus nécessaires à la création du COMCYBER, qui sera structuré en 4 pôles : sécurisation des réseaux ; « défensif » avec l’intégration du CALID (Centre d’analyse de lutte informatique défensive) et ses relais au sein du ministère ; « action numérique » couvrant les différentes missions de combat ; la réserve. Pour recueillir les compétences destinées à développer les capacités techniques et tactiques, une campagne de recrutement vise les jeunes de moins de 30 ans, passionnés de numérique et désireux de servir leur pays. Tout juste diplômés d’écoles d’ingénieurs (bac + 5) ou travaillant déjà dans des petites et moyennes entreprises innovantes, ils bénéficieront de contrats de 3 à 6 ans, dont ils pourront valoriser l’expérience dans le monde civil ensuite. L’informatique irrigue tous les équipements des armées, systèmes d’armes et bureaux d’état-major. L’amiral a énuméré les menaces possibles : terrorisme basique sur internet ; grandes mafias ; espionnage ; retour des grandes puissances, notamment la Russie. Dans ce domaine « gris », tous les maillons faibles d’un pays sont visés, en vue d’une déstabilisation et de son exploitation médiatique. Enfin, conformément à la doctrine de l’OTAN, le COMCYBER entretiendra des échanges selon les accords privilégiés avec quelques pays alliés, dont les Etats-Unis, l’Allemagne, la Grande-Bretagne, l’Estonie (pays d’accueil d’un centre de la cyberdéfense de l’OTAN) et les Pays-Bas.

Exercice DEFNET 2017. Pour entraîner à la lutte informatique défensive, l’exercice DEFNET 2017 s’est déroulé sur 11 sites pendant 2 semaines avec 5 plates-formes pour simuler 40 incidents. Il a mobilisé : 155 spécialistes militaires et 240 étudiants de 12 établissements de l’enseignement supérieur ; 3 industriels ; 1 unité de l’armée de Terre, 2 bâtiments de la Marine nationale et 2 bases de l’armée de l’Air. Pour la 1ère fois, des réservistes de la cyberdéfense ont été déployés sur la base aérienne de Rochefort. Dorénavant DEFNET sera organisé chaque année dans les armées.

Marine et cyberdéfense. La Marine s’adapter aux risques cyber selon trois axes, souligne le capitaine de vaisseau Grégoire : se structurer pour commander et agir ; protéger et défendre les systèmes d’information et systèmes d’armes ; agir dans le cyberespace au profit des opérations aéronavales. Elle protège ses unités et peut réagir à n’importe quel accident informatique pour conduire une opération en toute sécurité, notamment grâce à l’exercice DEFNET. Système complexe de capacités opérationnelles interconnectées, chaque navire est une plateforme de communication, d’information, de navigation et de combat. Ainsi, le maintien d’une eau réfrigérée à 6° C influe sur les conditions de vie à bord, la propulsion, les transformateurs électriques, le sonar remorqué, le radar multifonctions et les baies du système de combat. La cyberprotection va de « l’hygiène numérique » de base à l’homologation des systèmes sur les programmes navals. La cyberdéfense part des groupes d’intervention rapide en cas d’attaque, au renseignement, à l’entraînement des unités et à la coopération internationale avec les pays alliés. Pôles de référence, les centres de Toulon et Brest dépendent de l’amiral chargé des opérations et de la lutte informatique défensive et disposent d’experts pour les sous-marins, bâtiments de surface et infrastructures à terre. Ils vérifient les qualifications opérationnelles et développent des scénarios d’entraînement, à savoir des plates-formes de tests de simulation par des automates programmables et validés par le COMCYBER. Pour réagir efficacement, il convient d’établir une cartographie des systèmes d’information du navire, lesquels se montent à 3.000 sur une frégate multi-missions ou un bâtiment de projection et de commandement. D’ici à 2019, un centre de cybersurveillance sera mis en œuvre pour : recueillir les renseignements d’intérêt cyber ; détecter les incidents en amont ; anticiper les cyberattaques en se plaçant à la place de l’agresseur qui aura perçu les vulnérabilités des systèmes.  Un bâtiment de combat, réalisé en 5-10 ans, doit connaître une vie opérationnelle de 30-40 ans avec une garantie de la sécurité de ses systèmes, rappelle le capitaine de vaisseau Grégoire. Cela implique un lien entre les industriels de défense, la Direction générale de l’armement et les organismes de soutien de la Marine. La sécurité intervient dès la conception du navire pour réduire les risques aux niveaux des codes, de l’architecture, des réseaux et de la réflexion sur le maintien en condition opérationnelle. Elle est prise en compte pour la future frégate de taille intermédiaire et la modernisation du système de combat du porte-avions Charles-De-Gaulle. Par ailleurs, la Marine va recruter 125 personnes dans les écoles spécialisées d’ici à 2019 : officiers en master cyber ; officiers mariniers ; ingénieurs et techniciens civils. Elle devra ensuite les fidéliser, car ces personnels sont très recherchés dans le monde civil. Enfin, au niveau de la réflexion, une chaire industrielle sur la cybersécurité des systèmes navals a vu le jour en 2014 et regroupe l’Ecole navale, Télécom Bretagne et les groupes DCNS et Thales. Elle repose sur des post-doctorats et doctorats universitaires et des stages à l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information.

Loïc Salmon

Cyberdéfense militaire : DEFNET 2015, exercice interarmées à tous les niveaux

Cyber : le combat numérique, nouvelle dimension militaire

Cyber : au cœur des enjeux de défense et de sécurité

Le ministère de la Défense a traité 24.000 actes malveillants de tous types en 2016. La loi de programmation militaire 2014-2019 prévoit un investissement global de 2 Mds€ pour la cyberdéfense et un effectif de 3.200 spécialistes, renforcés selon les besoins par 4.400 réservistes, dont 400 pour la réserve opérationnels et 4.000 pour la réserve citoyenne. Les missions des « combattants numériques » incluent : le durcissement des systèmes ; la recherche ; la veille et l’anticipation des menaces ; l’audit ; les tests d’intrusion ; la supervision et la protection des systèmes d’information ; la détection et la recherche des compromissions ; l’investigation numérique et la veille sur les réseaux sociaux ; la participation aux opérations.




Exposition « Images interdites de la Grande Guerre » à Vincennes

Les Français connaissent la réalité du front entre 1914 et 1918, même si l’information est tronquée. Conscientes de l’impact de la photographie, les autorités politiques l’utilisent pour la propagande, mais l’encadre par la censure au nom des intérêts militaires et diplomatiques.

La photo, un intérêt d’Etat. La Section photographique de l’armée (SPA), ancêtre de l’Etablissement de communication et de production audiovisuelle de la défense (ECPAD), est créée en France au printemps 1915 avec son siège à l’Ecole des beaux-arts disposant d’un laboratoire de développement, explique Hélène Guillot, commissaire de l’exposition. Après la guerre, l’Ecole passera le relais à la Société d’art et d’histoire dépendant du ministère de la Guerre. Pendant le conflit, ce dernier et les ministères des Affaires étrangères et de l’Instruction publique s’associent pour fournir les moyens humains et matériels nécessaires à la réalisation des photos et à leur diffusion en France et à l’étranger. Le « soldat de l’image » de la SPA dispose d’un appareil photographique Gaumont « Spido » et d’un magasin de 12 plaques de verre. Il ne se rend au front qu’à l’issue d’un combat et accompagné d’un officier du 2ème Bureau (renseignement) de l’armé en charge de la zone concernée. Sur le plan technique, la pellicule souple existe déjà, mais composée de nitrate hautement inflammable. La SPA lui préfère la plaque de verre à émulsion « gelatino bromure d’argent », support fragile et lourd  mais plus pérenne. Elle en retient trois formats : 13×18 cm, 9×12 cm et 6×13 cm. Ce dernier permet de réaliser des vues panoramiques ou stéréoscopiques. Moins lourd que les autres, l’appareil pour plaques de 6×13 cm est le plus utilisé sur le front. Dépourvus d’arme et de grade, les reporters de la SPA ont du mal à s’imposer aux officiers et sont considérés comme des « planqués » par les combattants croisés au front. Par ailleurs, tous les combattants ont le droit de prendre des photos du front, mais aussi l’obligation d’en donner un exemplaire à la SPA pour constituer un fonds d’archives destiné à expliquer ce qui s’est passé. Vu la masse considérable de clichés de guerre, beaucoup de photographes amateurs ont œuvré sans autorisation. Au début du conflit, seules les autorités militaires donnent des informations et des photos à la presse. Mais devant la production parallèle de clichés qui alimentent les journaux, elles acceptent de laisser partir des journalistes au front. La Grande-Bretagne donne son autorisation dès 1916, mais la France attendra 1918. Le service cinématographique des armées voit le jour en 1915 en France, dont la SPA aura engrangé plus de 2.000 films à la fin de la guerre, et en 1917 en Allemagne. Par la suite, la production de cartes postales va développer le « tourisme de mémoire ». Le fonds d’archives de la SPA compte quelque 100.000 plaques de verre, dont 10.000 clichés seront sélectionnés pour servir de base à l’exposition qui n’en retiendra que 40. Un siècle plus tard, les collections de l’ECPAD se montent à 12 millions de clichés et 31.000 titres de films. Ce fonds, progressivement numérisé s’enrichit de la production des reporters militaires, des versements des organismes de la Défense et des dons de particuliers.

La censure. Dès 1915, les photographes se voient attribuer une lettre, reportée sur leurs plaques de verre avec un numéro pour composer la référence de la photo. A leur retour de mission, ces plaques sont comptées et doivent correspondre au nombre du départ pour éviter toute fraude. Les photographes ont l’obligation d’imprimer trois tirages pour avis du comité de censure. Les légendes sont inscrites au dos des tirages avec leur référence, selon les informations rapportées du terrain et conservées dans une pochette par l’opérateur. Les agents qui siègent au comité de censure dédié à la SPA sont tous des officiers, pour la plupart issus du 2ème Bureau. Dans un registre, ils indiquent, par plaque, « I » pour interdiction ou « B » bon pour diffusion, sans mentionner le motif de leur décision. En 1917, la SPA rappelle la procédure à suivre concernant les clichés pris par les Français en zone britannique : le double visa des censures britannique et française est obligatoire avant toute utilisation. En outre, son directeur souligne l’intérêt de la SPA à travailler en zone américaine, à condition que les Français soumettent leurs images à la censure américaine et inversement. Enfin, un timbre d’autorisation à l’exportation doit être apposé sur chaque envoi quotidien des clichés de la SPA à l’étranger. De fait, sur les millions de clichés pris par les photographes de la SPA sur tous les fronts dans le monde et diffusés, à peine quelques milliers seront bloqués par la censure.

Les matériels. Tous les clichés de l’exposition ont été censurés, cachés et interdits aux contemporains du conflit. La première partie porte sur les matériels de guerre et équipements avec une explication, qui a valeur d’impératif. Ainsi pour l’artillerie, il faut garder confidentiels le positionnement, les calibres et les mécanismes de mise en œuvre. Pour la Marine et l’Aviation, il ne faut pas divulguer les ressources de la première et les moyens, opérationnels ou encore à l’étude, de la seconde. Le secret technique exige de taire tout élément renseignant sur la conception ou l’utilisation de l’armement en général. Le dispositif défensif et d’observation doit être tenu secret. Enfin, il ne faut pas communiquer sur les impacts de l’artillerie ennemie, susceptibles de faciliter ses réglages, ni sur les destructions de manière générale, synonymes d’échec. Pendant toute la guerre, l’accès à la zone des armées reste sous contrôle militaire qui interdit : la circulation sans autorisation ; la prise de photos ; l’exécution des dessins ou de peintures. Ces dispositions seront levées en avril 1919 sauf la reproduction de vues représentant du matériel militaire, comme les établissements et ouvrages intéressant la défense nationale et de caractère purement militaire ou les bateaux de guerre en construction. En cas d’infraction, les appareils ou matériels seront saisis, sans préjudice de toute autre sanction.

La souffrance humaine. A l’interdiction de la France, de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis de photographier des cadavres, s’ajoute l’autocensure du photographe lui-même face à la mort. Il s’agit d’occulter le prix de la guerre, le sacrifice ultime et son ampleur ainsi que l’état déplorable des sépultures du front. Quant aux blessés, le comité de censure ne laisse paraître que les photos des soldats amputés ou défigurés munis de leur prothèse, afin de dissimuler la violence de la guerre, conserver la dignité de ces soldats et de montrer leur prise en charge par la nation. Toutefois, le malaise ainsi suscité incite la SPA à exclure de ses archives les photos prises par les services médicaux. L’Union des blessés de la face sera créée en 1921 pour prendre en compte cette souffrance durable, physique et psychologique. Par ailleurs, il est exclu de diffuser des images de réfugiés fuyant les bombardements et de personnes enfermées dans des camps, ennemies avérées ou potentielles, prisonniers de guerre ou civils. En 1916, des soldats allemands se sont plaints de leurs conditions d’internement en Afrique du Nord auprès des pays neutres, via la Croix-Rouge. Il convient alors d’éviter les attitudes provocantes et de montrer que les soldats français ne sont ni défaitistes ni aussi barbares que leurs ennemis.

Loïc Salmon

Images interdites Grande Guerre

100 ans de photographie aux armées

Renseignement : hommes et moyens techniques pendant la première guerre mondiale

L’exposition « Images interdites de la Grande Guerre » (1er février-30 juin 2017), organisée par le Service historique de la défense (SHD) et l’Etablissement de communication et de production audiovisuelle de la défense (ECPAD), se tient au pavillon du Roi du château de Vincennes (banlieue parisienne). Elle présente 40 clichés censurés pendant le conflit et des documents et objets conservés par le SHD et l’ECPAD. Ils ont été prêtés notamment par : la Direction de la mémoire, du patrimoine et des archives du ministère de la Défense ; l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne ; le Musée de l’armée aux Invalides ; le Musée du service de santé des armées. Renseignements : www.servicehistorique.sga.defense.gouv.f