Défense : l’IA pour décupler les performances des systèmes opérationnels des armées

L’intelligence artificielle (IA) permettra de mieux comprendre et prévoir les menaces, d’agir plus vite et avec plus de précision et de certitude, pour éviter surprise et méprise et donner du sens aux flux massifs de données.

Ses applications de défense ont été présentées à la presse, le 23 mai 2019 à Paris, par l’ingénieur en chef de l’armement chargé de mission à la Direction générale de l’armement (DGA) sur l’IA et la transformation numérique.

Domaines concernés. Utilisée à des fins militaires dans un cadre éthique, l’IA complète l’action humaine, mais ne la remplace pas. Elle assure la souveraineté nationale, conserve la supériorité opérationnelle et préserve des vies. Elle détecte et reconnaît les données, recherche des corrélations qu’elle calcule de façon massive, raisonne, facilite la traduction de langues rares et optimise la maintenance et la sécurité informatique. La DGA a cerné ses divers domaines d’emploi. Pour les drones, avions et satellites de surveillance, l’IA détecte automatiquement les zones et objets d’intérêt à transmettre, permettant une modification de la planification en cours de mission. Pour le renseignement, l’IA exploite automatiquement les données massives, procède à la fusion multi-sources, détecte les « signaux faibles » et constitue un outil de fouille et de synthèse de données. Dans le cyberespace, l’IA détecte les tentatives d’attaque, analyse les vulnérabilités, anticipe les menaces et apporte une assistance aux opérations défensives et offensives. Pour les personnels, l’IA permet un entraînement individualisé sur simulateur avec des comportements adverses réalistes. Au poste de commandement, l’IA présente une situation tactique fusionnée (ami et ennemi), évalue le potentiel des forces, apporte une aide à la décision et à la planification par des propositions de manœuvres avec évaluation des chances et risques. Dans la robotique terrestre, l’IA permet une perception automatisée, une navigation semi-autonome en environnement complexe et une collaboration robot/drone. Dans la guerre des mines, l’IA est intégrée au sonar du robot sous-marin pour détecter et classifier les mines, en coordination avec le robot de surface. Sur un navire de surface et un sous-marin, l’IA équipe sonars et radars, pour la détection et la classification des cibles furtives, et les systèmes de combat pour la fusion multi-capteurs et multiplateformes ainsi que les aides à la manœuvre et à la décision. Dans le combat collaboratif du système terrestre Scorpion, l’IA présente une situation tactique fusionnée, une aide à la mobilité et à la riposte ainsi qu’une proposition d’allocation automatique de cibles entre plusieurs systèmes. Dans le réseau de communication, l’IA permet une gestion dynamique des flux et priorités, une reconfiguration automatique (pannes et défaillances) et des aides à la surveillance des réseaux. Quant aux hélicoptères et avions de chasse et de transport, l’IA assure un dialogue multimodal, un contrôle par l’équipage et une interaction homme-machine.

Projets en cours. La loi de programmation militaire 2019-2025 prévoit, pour l’IA, 100 M€/an d’investissements et 200 équivalents temps pleins d’ici à 2023. Une trentaine de projets, d’études et de démonstrateurs sont déjà lancés. Opérationnel en 2021, « Artemis » (Architecture de traitement et d’exploitation massive de l’information multi-sources) doit mettre au point une plateforme, souveraine et sécurisée, de « big data » (mégadonnées) et d’IA.

Loïc Salmon

Défense : l’emploi de l’IA sur le champ de bataille de demain

Défense : l’essor du numérique sur le champ de bataille




Armement : hausse de 30 % des exportations françaises en 2018

Les prises de commandes (contrats signés et entrés en vigueur) d’armements français à l’export ont dépassé 9 Mds€ en 2018, selon le rapport du ministère des Armées remis au Parlement le 1er juin 2019. Elles se montaient à 6,9 Mds€ en 2017.

En préambule, la ministre des Armées, Florence Parly, souligne l’importance vitale de ces exportations pour l’autonomie stratégique et la diplomatie de la France. Ses relations spécifiques avec l’Inde, l’Australie et les pays du Moyen-Orient, régions-clés pour sa sécurité et ses approvisionnements énergétiques, lui permettent de lutter contre le terrorisme et de protéger ses ressortissants sur place.

Bilan des exportations. Les prises de commandes incluent six grands contrats d’un montant supérieur à 200 M€, dont la part augmente de 30 % par rapport à 2017. Parmi eux, cinq d’un montant supérieur à 500 M€ totalisent 3,5 Mds€. La part de l’Europe dépasse 25 % du total, contre 10 % en moyenne au cours des dix dernières années. Dans le cadre d’un partenariat stratégique, le contrat « CaMo » avec la Belgique porte sur la vente de véhicules blindés et entre dans la réalisation du programme « Scorpion » sur la mobilité terrestre. En outre, l’Espagne a acheté 23 hélicoptères de manœuvre et d’assaut NH90 (programme réalisé par la France, l’Italie, l’Allemagne et les Pays-Bas). Les prises de commandes au Moyen-Orient, encadrées par un dispositif rigoureux de contrôle des exportations, ont représenté un peu plus de 50 % du montant total, mais sont en baisse de 10 % par rapport à 2017. A lui seul, le Qatar a conclu deux grands contrats, à savoir l’achat de 28 NH90 et l’entrée en vigueur du contrat portant sur 12 avions de chasse Rafale supplémentaires, option prise lors de l’achat des 24 premiers appareils en 2015. La part des ventes en Asie-Pacifique reste inférieure à 15 % du total, comme en 2017. Les contrats inférieurs à 200 M€ totalisent un peu moins de 4 Mds€, comme en 2017. Ils correspondent à des activités de formation de personnels et de maintien en condition opérationnelle ou de modernisation de matériels acquis dans le cadre des grands contrats de la décennie précédente. Parmi les vingt principaux clients d’équipements militaires ou d’armements français entre 2009 et 2018, l’Inde arrive en tête devant l’Arabie saoudite, le Qatar, l’Egypte, le Brésil, les Emirats arabes unis, les Etats-Unis, Singapour, la Malaisie, le Koweït, la Corée du Sud, la Russie, la Grande-Bretagne, la Belgique, l’Indonésie, la Chine, l’Allemagne, l’Espagne, le Maroc et le Pakistan.

Evolution de la demande. La vive concurrence sur le marché mondial implique de consentir à des transferts de technologies ou de nouer des coopérations industrielles avec des pays désireux de développer leur industrie d’armement. Ainsi via le processus des « Strategic Partners », l’Inde incite les entreprises étrangères à investir sur place pour fabriquer leurs produits. Au Moyen-Orient, l’anticipation de la fin de la manne pétrolière et la nécessité de développer une politique économique et sociale ont amené les Emirats arabes unis et l’Arabie saoudite à inclure, dans les contrats de défense, des transferts de technologies et de production dans des domaines duaux comme l’aéronautique, l’espace ou les télécommunications. Toutefois, ces transferts sont examinés au cas par cas pour ne pas menacer les intérêts de la France. Des plans d’action, mis en œuvre par les industriels français, protègent leurs savoir-faire et leurs avantages. En outre, l’Agence de l’innovation de défense vise à leur conserver un temps d’avance.

Loïc Salmon

Armement : baisse de 50 % des exportations françaises en 2017

Défense : augmentation des budgets mondiaux en 2018 et réaffirmations de puissance

Défense : l’AID à Viva Technology, salon des startups




Armement : exposition virtuelle de 50 ans d’innovations

A l’occasion de son cinquantenaire, le Corps de l’armement a mis en ligne, sur internet, une exposition permanente sur les innovations dans les grands programmes qui ont contribué à la souveraineté de la France.

Accessible depuis mars 2019 et réalisée par la Confédération amicale des ingénieurs de l’armement et le Conseil général de l’armement, cette exposition a été présentée, le 22 mai 2019 à Paris, par Stéphanie Dameron, professeur à l’Université Paris-Dauphine, et les ingénieurs généraux (2S) de l’armement Alain Crémieux et Pierre-André Moreau.

Audace technique. Les grands projets, pilotés par des ingénieurs de l’armement, ont parfois profité aux programmes civils. Avec leur histoire écrite par certains responsables au sein de l’Etat ou de l’industrie, sont ainsi présentés : le porte-avions nucléaire Charles-de-Gaulle ; l’avion supersonique Concorde, aujourd’hui retiré du service ; le Mirage IV, atout maître des forces aériennes stratégiques ; le canon automoteur de 155 mm Caesar aérotransportable, outil des opérations extérieurs (photo) ; l’hélicoptère d’attaque franco-allemand Tigre, déployé en Afghanistan (2001-2014), Libye (2011) et Mali (2013) ; le sous-marin nucléaire lanceur d’engins (SNLE) de nouvelle génération Le-Triomphant ; l’avion de combat Rafale et ses systèmes d’armes qui ont remplacé sept types d’appareils en service dans l’armée de l’Air et la Marine nationale ; l’Airbus A380, un paquebot du ciel peut-être en avance sur son temps. La thématique de l’espace est aussi abordée. Enfin, le site devrait s’enrichir d’autres grands projets au fil des années.

Objectifs. Cette exposition numérique vise d’abord à inciter les jeunes générations de diplômés scientifiques à travailler dans l’armement, indique Stéphanie Dameron. Elle retrace les grands programmes, où prouesses technologiques et engagements politiques ont permis la dissuasion nucléaire et le maintien de la paix. Certains d’entre eux, connus du grand public, ont exercé un impact socio-économique et gardé la maîtrise de leurs coûts. Les industries de l’aéronautique et de la construction navale, développées sur le territoire national, continuent d’exister. En complément, ingénieurs et personnels opérationnels témoignent de leur expérience.

Réorganisation. En pleine guerre froide (1947-1991), rappelle Alain Crémieux, la France fait exploser sa première bombe atomique en 1960 dans le désert du Sahara puis une bombe thermonucléaire en 1968. Cette date marque aussi la création de la Délégation ministérielle pour l’armement, qui deviendra l’actuelle Direction générale de l’armement, et du Corps de l’armement regroupant les ingénieurs militaires de six domaines (terre, air, mer, télécommunications, poudres et hydrographes). Les motivations sont d’abord d’ordre technique (armes nucléaires et engins stratégiques) puis tactique (armes antichar) avec l’électronique et l’informatique. S’y ajoute la nécessité de regrouper les armées et l’armement autour d’un seul ministre. En 1968, les Etats-Unis n’imaginaient pas que la France puisse construire des SNLE.

Synthèse. Les innovations des programmes ont résisté jusqu’en 2019, souligne Pierre-André Moreau. En outre, l’exposition numérique se veut objective en termes d’emploi et de « vie » de certaines activités. Un étudiant conclut : « Quand on pense innovations, on pense aux startups. Quand on travaille dans la défense, on a l’impression de contribuer à quelque chose de grand. »

(www.armement-innovations.fr)

Loïc Salmon

Défense : l’AID, interlocutrice des porteurs d’innovation

DGA : valoriser l’audace et l’innovation de terrain

Marine : obligation permanente d’innover pour rester performante

 




Armée de l’Air : le drone MALE Reaper, missions et équipages

Les opérations extérieures (Opex) et les dispositifs particuliers de sûreté aérienne (DPSA) nécessitent un engagement élevé de drones MALE (moyenne altitude longue endurance) et de former beaucoup d’équipages.

Leurs enjeux ont été présentés à la presse, le 16 mai 2019 à Paris, par le colonel, chef de la division ISR (renseignement, surveillance et reconnaissance) de l’état-major de l’armée de l’Air, et le lieutenant-colonel commandant l’escadron de drones 1/33 « Belfort », implanté sur la base de Cognac. De plus, le mensuel Air Actualités d’avril 2019 inclut un dossier sur les drones de l’armée de l’Air.

Missions. Outre la posture permanente de sûreté aérienne du territoire national, les DPSA concernent les grands événements : défilés du 14 juillet et du 11 novembre à Paris ; voyage du pape Benoît XVI à Lourdes en 2008 ; Conférence de Paris sur le changement climatique (COP 21, 2015) ; sommets du G8 à Evian (2003) et à Deauville (2011). Les drones MALE sont aussi déployés en Opex : Kosovo (2001-2002) ; Afghanistan (2009-2012) ; Libye (2011) ; « Serval » au Mali (2013) ; « Barkhane » dans la bande sahélo-saharienne (depuis 2014). Ainsi, un système de drone Reaper au standard Block 1 apporte un appui direct à « Barkhane », pour une mission de coordination de frappe et de reconnaissance par transmission, au poste de commandement interarmées de théâtre (PICAT) de N’Djamena (Tchad), d’un renseignement élaboré en temps réel par son équipage. Cette mission se déroule en quatre phases : recherche des objectifs sur zone puis extraction de leurs coordonnées GPS ; transfert des données tactiques aux Mirage 2000D et attribution de cibles après autorisation d’ouverture du feu du PICAT ; dans le cas de 3 cibles, illumination de la cible 1 et transmission des coordonnées des cibles 2 et 3 aux avions de chasse ; maintien sur zone pour s’assurer de la réussite de la mission. Depuis 2013, les deux Reaper de « Belfort » ont éclairé une soixantaine de bombes guidées laser GBU 12 de 250 kg. Fin 2019, le drone au standard Block 5 pourra emporter un missile à faible charge militaire et à autodirecteur laser. Un deuxième système pourrait être mis en place directement à Niamey (Niger) en 2020. Le Reaper aide à la décision en temps réel et participe à la fusion du renseignement, grâce à sa connectivité avec les autres moyens de l’armée de l’Air. En 2030, celle-ci déploiera en permanence : 3 satellites CSO (composante spatiale optique) ; 3 satellites Ceres d’écoute et de renseignement électromagnétique ; 3 avions Falcon CUGE (charge universelle de guerre électronique) ; 16 drones Reaper et 8 stations sol ; 8 ALSR (avions légers de surveillance et de reconnaissance), complémentaires des drones ; des nacelles ASTAC (analyseur de signaux tactiques) et des systèmes de reconnaissance de nouvelle génération montés sur chasseurs ; l’écoute mobile « Sternes » sur véhicule terrestre.

Formation. L’armée de l’Air, qui dispose de 20 équipages opérationnels de Reaper en 2019, devra en former de 80 à 100 d’ici à 2030. Un équipage compte 1 pilote de drone, 1 pilote opérateur de capteurs, 1 officier de renseignement et 1 opérateur images. La 33ème Escadre de surveillance, de reconnaissance et d’attaque, créée en 2019, va constituer un vivier d’experts de planification et de conduite des opérations. Les pilotes de drones seront recrutés directement, pour les deux tiers, et issus des unités de combat de l’armée de l’Air, pour un tiers, afin de maintenir cette polyvalence et ce savoir-faire spécifiques.

Loïc Salmon

Drones : préparer le combat aérien de demain

Drones et armes hypersoniques : futurs enjeux de puissance

Espace : CSO, renouvellement des moyens militaires français




Défense : l’AID à Viva Technology, salon des startups

Le ministère des Armées participe au salon mondial Viva Technology (Paris, 16-18 mai 2019), en vue de détecter les innovations civiles à potentiel militaire dans la robotique, l’intelligence artificielle ou la gestion des « Big Data ».

Florence Pavie, chef de la division valorisation de l’Agence Innovation Défense (AID), l’a expliqué à la presse, le 9 mai 2019 à Paris. Viva Technology accueille 5.000 startups et attend 100.000 visiteurs de 125 pays.

Le fantassin du futur. Les unités de combattants en mission ont besoin d’une meilleure ergonomie, d’une protection renforcée, d’une connectivité à l’aide de capteurs et d’une robotique intégrée. La réalité augmentée facilite la tâche des forces spéciales, des unités d’intervention anti-terroristes et des équipes d’élimination d’engins explosifs par : l’utilisation de technologies pour le système de lutte anti-mines marines en remplacement du GPS ; le module collaboratif des casques ; de nouveaux modes de représentation de la situation tactique en opération. En outre, le système « Vigifélin » de maintenance numérisée du parc « Félin » (fantassin à équipement et liaisons intégrés) suit les flux logistiques en temps quasi-réel, connaît l’état du stock industriel et gère le maintien en condition opérationnelle.

Les véhicules. L’acquisition automatique de cibles par imagerie, à bord d’un engin blindé, repose sur l’intelligence artificielle et trouve des applications dans : la protection d’un périmètre par une veille continue ; le poste de tir de missiles terrestres à moyenne portée pour l’aide à l’accrochage ; l’autoguidage des missiles sur une cible terrestre ; la détection de cibles aériennes, du drone à l’avion. Destiné aux opérations extérieures et à la protection de frontières ou de sites sensibles, le robot « Stamina » embarque une caméra et une base de données d’images définissant les points de passage sur un itinéraire. Piloté via la navigation par satellite, il assure la surveillance ou la reconnaissance du terrain ou d’un port de charge. Le robot d’assistance technique télé-opéré TC800 repère un terrain en toute discrétion, réalise des opérations d’appui aux unités du génie, retire des mines et installe des contre-mesures. Transportable sur véhicule utilitaire ou aérotransportable, il est mis en œuvre en moins de 10 secondes par un opérateur formé en moins d’une heure. Le robot mule polyvalent « Barakuda » apporte une assistance dans les relevés d’informations sur le terrain et dans le transport d’équipements ou de blessés. Avec ses capacités d’emport (1 t) et de traction (2 t à 15 km/h), il dispose d’une autonomie de 8 heures avec une portée de 500 m en extérieur. Le système de camouflage « Caméléon » adapte automatiquement la signature visuelle et infrarouge d’un véhicule terrestre à son environnement et en améliore la furtivité dynamique. A terme, il permettra une invisibilité du véhicule et la confection d’une tenue pour le soldat. Les systèmes « Icar » et « Dédal » de numérisation du maintien en condition opérationnelle des matériels terrestres visent à automatiser la chaîne technique et à fiabiliser le recueil des données.

Le renseignement et le spatial. Destiné au renseignement en milieu hostile et à la surveillance des forces en opération, le « Deep Learning », outil de traitement de l’information, fournit au combattant une aide à la prise de décision en position de sécurité. Sa capacité de classification des événements les analyse en temps réel. Enfin, le système « Géotac » permet de prédire les positions adverses à partir de données de ressources, de géographie et de logistique.

Loïc Salmon

Défense : l’AID, interlocutrice des porteurs d’innovation

Défense : l’emploi de l’IA sur le champ de bataille de demain

Armée de Terre : le « soldat augmenté », efficacité et éthique




Marine nationale : cyberdéfense, domaine en perpétuelle évolution

Toute unité navale doit maîtriser l’environnement numérique du soutien technique et de l’administration dans une démarche globale de cybersécurité et de performance opérationnelle.

Le capitaine de vaisseau Jérôme Aubusseau, adjoint du contre-amiral coordinateur de la cybersécurité (Alcyber), l’a expliqué au cours d’une conférence-débat organisée, le 17 avril 2019 à Paris, par le Centre d’études stratégiques de la marine.

Contexte spécifique. La Marine emploie 42.000 personnels, dont 9.800 pour la Force d’action navale, 3.200 pour les forces sous-marines et la Force océanique stratégique, 4.100 pour l’Aviation navale, 2.700 pour la Force maritime des fusiliers marins et commandos et 1.200 pour le Commandement de la gendarmerie maritime. Quoiqu’interconnectés, ces moyens divers doivent pouvoir aussi agir en autonomie. Par exemple, une frégate multi-missions, véritable système de systèmes, totalise : 2.000 applications ; 400 automates ; 4 niveaux de confidentialité ; 300 calculateurs ; 350 km de câbles ; 150 équipements en réseau ; 35 millions de lignes de code pour les systèmes de gestion de contenu (CMS) et 2 millions de messages SMS. La complexité des opérations interarmées nécessite des échanges croissants, facilités par les satellites et la fusion des réseaux des armées. Des moyens duaux civils/militaires assurent la maturité technologique, réduisent les coûts et améliorent les performances, mais présentent des vulnérabilités et des faiblesses dues aux composants embarqués et rendent la cohérence globale difficile. Les cyberattaques sont diverses : altération des systèmes de navigation ; interception des communications avec atteinte à la confidentialité ; saturation des réseaux de communication ; corruption des données provenant des senseurs ; corruption de données de situation acquises ; tir involontaire de missile ; indisponibilité des producteurs d’énergie ; prise de contrôle à distance des systèmes moteurs et propulsion.

Faire face. Quoiqu’impossible à empêcher, une cyberattaque peut être détectée et interrompue par des mesures de résilience, dont l’organisation relève d’Alcyber. Il faut cloisonner les bureaux, maîtriser les flux d’information, former à terre tout l’équipage d’une unité navale et l’entraîner à bord. L’intelligence artificielle permet de traiter les masses de données à faible valeur ajoutée de la cybersurveillance. L’analyse des risques d’un navire à la mer, variables selon la mission, se partage avec le référent cyber de chaque industriel. Il s’agit de trouver un compromis entre le partage du secret industriel et celui du secret opérationnel pour une meilleure efficacité. Les CMS sont sécurisés par « durcissement » au strict nécessaire. Les informaticiens travaillent dans le temps court (5 ans), mais les industriels dans le temps long (15 ans). En conséquence, l’homologation des équipements se fait en parallèle avec la construction des navires et aéronefs. En matière de ressources humaines, il s’agit de recruter et fidéliser aux niveaux technicien supérieur, ingénieur et docteur. Dans le cadre de la lutte informatique défensive, des centres opérationnels de sécurité effectuent régulièrement des audits et des contrôles des systèmes d’information. Dans la lutte informatique offensive contre des menaces étatiques, des « Red Teams » agissent en permanence comme des attaquants. La finalité de la cybersécurité restant le combat, il faut donc que le coup parte quand même !

Loïc Salmon

Cyber : capacité interarmées, niveaux stratégique et tactique

Cyberdéfense militaire : DEFNET 2015, exercice interarmées à tous les niveaux

Marine nationale : motiver, fidéliser et accompagner




Armée de Terre : « Scorpion », le combat collaboratif infovalorisé

Avec le début du programme « Scorpion » en 2019, les forces terrestres préparent la supériorité opérationnelle sur l’adversaire par le partage immédiat de l’information et l’accélération de l’action au combat.

Un point de situation a été présenté à la presse, le 11 avril 2019 à Paris, par trois colonels : le chef de bureau « capacités Mêlée-Inter domaines Scorpion » du Commandement des forces terrestres ; l’officier de programme Scorpion à l’état-major de l’armée de Terre ; le commandant de la Force d‘expertise du combat Scorpion (FECS).

Equipements et infrastructures. Le programme d’armement Scorpion comprend : le véhicule blindé multi-rôles Griffon (24,5 t) ; l’engin blindé de reconnaissance et de combat Jaguar (25 t) ; le véhicule blindé multi-rôles léger Serval (17 t) ; le char Leclerc rénové (55 t) ; le système d’information du combat Scorpion (SICS) pour tous les niveaux du groupement tactique interarmes (GTIA), livré en 2019 ; le poste de « radio logicielle » Contact (communications numériques tactiques et de théâtre) de nouvelle génération à haut débit et sécurisé, livré dès 2020 ; le système de préparation opérationnelle. La « vétronique », à savoir l’électronique embarquée sur les véhicules Scorpion, transforme les informations captées (bruit et départ de missile) en informations de combat partagées entre tous les véhicules. D’ici à 2025, seront livrés : 936 Griffon sur une série cible de 1.872 ; 150 Jaguar (300) ; 489 Serval (978) ; 122 chars Leclerc rénovés (200). En matière d’infrastructures, l’Ecole du matériel de Bourges a déjà reçu des bâtiments logistiques en 2018. D’autres sont en construction au 3ème Régiment d’infanterie de marine de Vannes et au 13ème Bataillon de chasseurs alpins de Chambéry, lesquels recevront les premiers Griffon. Conclu en 2018 avec la Belgique, le partenariat stratégique « Camo » (capacité motorisée) prévoit la vente de 382 Griffon, de 60 Jaguar et du SICS à l’armée belge. Son volet opérationnel inclut des entraînements, de la formation et le maintien en condition opérationnel des matériels. Le programme Scorpion sera bientôt interopérable avec le système « Strike », dont se dote l’armée britannique.

Formation et expertise. Toute en conduisant ses opérations extérieures (« Chammal » et « Barkhane ») et intérieure (« Sentinelle »), l’armée de Terre assure une formation décentralisée de ses personnels, pour raccourcir le temps de mixité entre équipements d’ancienne et de nouvelle générations. Des « primo-formateurs » sont formés dans différents centres ou écoles pour des sessions de 2,5 jours pour 15 personnels (8 instructeurs et 7 moniteurs-pilotes). Ensuite, ils vont assurer les formations individuelles dans leurs propres unités et régiments, qui seront suivies d’entraînements collectifs en centres spécialisés (photo). Il faut 2,5 ans pour former un régiment. Le Laboratoire du combat Scorpion expérimente, par des exercices, la doctrine Scorpion jusqu’à sa validation sur le terrain par les troupes combattantes. Il analyse aussi l’apport des technologies civiles ou de l’industrie de défense : intelligence artificielle, réalité augmentée, robotique, munitions intelligentes ou armes laser. Depuis l’été 2018, la trentaine d’experts du combat collaboratif infovalorisé de la FECS conduisent des exercices d’évaluation technico-opérationnelle et tactique pour mesurer la performance de toutes les composantes du futur GTIA Scorpion. Enfin, des rendez-vous sont prévus tous les trois ans pour l’intégration de nouvelles technologies, avec le concours de l’Agence innovation défense.

Loïc Salmon

Défense : l’emploi de l’IA sur le champ de bataille de demain

Armée de Terre : le « soldat augmenté », efficacité et éthique

Défense : l’AID, interlocutrice des porteurs d’innovation




Défense : coopérations et BITD en Europe du Nord

Norvège, Suède, Finlande et Danemark considèrent l’OTAN comme leur principal partenaire de défense et disposent de bases industrielles et technologiques de défense (BITD).

Marin Lundmark, professeur associé à l’Université suédoise de défense, l’a expliqué lors d’un colloque organisé, le 10 avril 2019 à Paris, par la Fondation pour la recherche stratégique.

Menace en Baltique. Les interventions de la Russie en Géorgie en 2008 et en Ukraine en 2014 ont conduit les pays nordiques à réévaluer sa menace en mer Baltique. Leur coopération mutuelle s’accroît par des exercices militaires, une meilleure interopérabilité et une intégration opérationnelle transfrontalière. Norvège, Suède, Finlande et Danemark participent à Nordefco, programme de collaboration en matière de défense, dont la fabrication de munitions et de tenues de combat. Des groupes de travail s’impliquent dans la logistique, la sécurité des approvisionnements et l’élaboration de normes communes pour le partage d’informations et de données. En mer Baltique, la coopération opérationnelle repose sur des accords bilatéraux et des collaborations régionales selon les conditions de l’OTAN. Quoique non membres de l’Alliance atlantique, la Finlande et la Suède en sont très proches. Les relations avec l’Allemagne et la Pologne restent peu développées. La participation à l’Europe de la défense reste limitée en matière de préparation opérationnelle et de capacités militaires. Le Danemark ne se manifeste guère au sein de l’Agence européenne de défense. Pologne, Estonie, Lettonie et Lituanie, ex-membres du pacte de Varsovie, préfèrent l’OTAN et se préparent à porter leur budget de défense à 2 % de leur produit national brut, objectif fixé par l’Alliance atlantique.

BITD croisées. Les quatre pays nordiques développent leurs capacités militaires et sécurisent leurs productions locales d’armements, qui leur permettent d’exporter des matériels d’armement, mais ils en importent aussi. Sur la période 2009-2018, la Suède se trouve en tête avec un ratio exportations/importations de 4,86, dont 3,62 Md$ à l’export et 745 M$ à l’import. Arrivent ensuite : la Norvège, 0,55, 1,52 Mds$ et 2,75 Mds$ ; la Finlande, 0,45, 625 M$ et 1,38 Md$ ; le Danemark, 0,29, 209 M$ et 722 M$. La BITD suédoise compte quatre entreprises : Saab, qui réalise un chiffre d’affaires annuel de 3,09 Md$, dont 84 % dans la défense, et emploie 16.400 personnes ; BAE Systems Hägglunds, 400M$ (90 %) et 700 personnes ; BAE Systems Bofors, 160 M$ (100 %) et 300 personnes ; Eurenco, co-entreprise avec la Finlande, 60 M$ (% non divulgué) et 200 personnes. La BITD norvégienne compte deux entreprises : Kongsberg, 771 M$ (44 %) et 6.800 personnes ; Nammo, 432 $ (80 %) et 300 personnes. la BITD finlandaise compte deux compagnies : Patria, 486 Md$ (92 %) et 90 personnes ; Eurenco, co-entreprise avec la Suède. L’influence et le contrôle de l’Etat se font sentir sur les BITD du Danemark, de la Finlande et de la Norvège mais guère sur celle de la Suède. Ainsi, l’Etat norvégien possède 63,2 % de Kongsberg et l’Etat finlandais 49,9 % de Patria. Kongsberg, actionnaire à 50,1 % de Patria, est propriétaire de Nammo qui exploite des usines en Norvège, Finlande et Suède. Le groupe britannique BAE Systems a racheté les sociétés suédoises Hägglunds et Bofors. Le groupe national français Nexter contrôle Eurenco, également filiale de Saab et Patria et qui dispose d’installations en Suède et en Finlande.

Loïc Salmon

Cyber : instrument de la puissance russe en Baltique

Baltique : Suède et Finlande, de la neutralité à l’engagement

Europe : nécessité d’un débat politique sur la défense




La paix : ceux qui la font

Comment bâtir ou reconstruire la paix et anticiper les facteurs de crises ? Tel est le thème de la deuxième édition du « Forum Normandie pour la paix », qui se tiendra à Caen les 4 et 5 juin 2019, veille du 75ème anniversaire du « Jour J » du débarquement allié en Normandie.

Le Forum a été présenté à la presse, le 2 avril 2019 à Paris, notamment par : Hervé Morin, président de la Région Normandie et de l’Association des Régions de France ; Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères de 1997 à 2002 (photo) ; Bertrand Badie, ancien professeur à l’institut des études politiques de Paris et spécialiste des relations internationales.

« Les faiseurs de paix ». Il s’agit de distinguer la mécanique de sortie de la logique de guerre, explique Hubert Védrine. Environ 90 % des discours portant sur la prévention de la guerre reposent sur le critère moral et l’analyse des mécanismes ayant conduit à plusieurs génocides. Il vaudrait mieux substituer une dynamique de paix à la logique de guerre. Pour Bertrand Badie, la paix ne consiste plus à obtenir l’état de non-guerre par un équilibre des puissances, mais à étudier comment satisfaire les besoins humains fondamentaux de sécurités alimentaire, sanitaire et environnementale. L’ONU dispose de la FAO (Organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture), du PAM (Programme alimentaire mondial) et de l’OMS (Organisation mondiale de la santé). Premiers « faiseurs de paix », les diplomates doivent agir dans un cadre multilatéral. Les organisations humanitaires non gouvernementales jouent un rôle de plus en plus important. Outre les Etats, les villes et les régions peuvent également intervenir dans la construction de la paix. De son côté, Hervé Morin souligne la valeur précieuse mais aussi la fragilité de la paix et de la sécurité. Le Forum Normandie pour la paix 2019 doit rassembler 50 nationalités, 70 think tanks et une trentaine de personnalités. Parmi celles-ci, figurent cinq prix Nobel : Mohammed El-Baradei (2005), Egypte ; Leymath Gbowee (2011), Liberia ; José Manuel Ramos-Horta (1996), Timor oriental ; Denis Mukwege (2018), République démocratique du Congo ; Judy Williams (1997), Etats-Unis. La jeunesse se trouve à l’honneur par la remise du « Prix Liberté », attribué à la lycéenne suédoise Greta Thunberg (16 ans) pour son engagement contre l’inaction des chefs d’Etat et de gouvernement et du manque de prise de conscience sur l’urgence climatique. Elle a été désignée à l’issue d’un vote en ligne de jeunes de 15 à 25 ans, ouvert du 1er au 31 mars 2019. Le prix, d’un montant de 25.000 € lui sera remis le 5 juin 2019 à l’Abbaye aux Dames à Caen.

S’inscrire dans la durée. Le programme du Forum inclut, notamment, trois grandes conférences, qui accueilleront 1.000 participants chacune : « Humaniser la paix, quels acteurs ? ; « Les chemins de la paix : erreurs et succès » ; « Bâtir une paix durable ». D’autres conférences portent notamment sur la diplomatie économique et l’appel aux médias pour lutter contre les « fake news » (informations tronquées prêtant à confusion). Un « Manifeste Normandie pour la paix », rédigé par quatre prix Nobel, sera présenté à la signature des participants. Ce manifeste s’inspire du Manifeste Russel-Einstein, rendu public en pleine guerre froide en 1955. Ce dernier avait souligné les dangers créés par les armes nucléaires et avait appelé les dirigeants du monde à rechercher des solutions pacifiques aux conflits internationaux.

Loïc Salmon

Renseignements : normandie.fr.normandiepourlapaix.fr

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Europe : nécessité d’un débat politique sur la défense

Alors que la Russie et les Etats-Unis planifient leurs moyens de défense en convergence avec leurs intérêts stratégiques, l’Union européenne (UE) se trouve fragilisée de l’intérieur et reste vulnérable à l’extérieur, faute de doctrine commune de défense.

Ce thème a été traité par Louis Gautier, ex-secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale (2014-2018), au cours d’une conférence-débat organisée le 13 mars 2019 à Paris par l’Institut de relations internationales et stratégiques.

Qui tient qui ? La Russie s’est rétablie avec agressivité et désavoue les principes des accords d’Helsinki (1975), portant sur la sécurité et la coopération en Europe et signés par 35 Etats, dont l’Union soviétique et les Etats-Unis. Elle recourt à l’intimidation ou à la provocation et non à l’invasion, comme en Géorgie, en Ossétie du Sud ou au Dombass. En outre, elle s’est mise à l’écart du droit international par l’annexion de la Crimée. Autrefois, cette question aurait été réglée dans la discrétion diplomatique mais, aujourd’hui, le monde est devenu transparent. De retour sur le pourtour méditerranéen par son intervention en Syrie, la Russie y démontre son savoir-faire, sa technologie et sa diplomatie. Les Etats-Unis avaient fait de même lors de la guerre du Golfe (1991). Par ailleurs, les domaines cyber et spatial, qui permettent à la société de fonctionner, prennent, en cas de conflit, une dimension militaire qui évite un bombardement comme au Kosovo (1998-1999). Une cyberattaque russe en Ukraine s’est répercutée sur l’entreprise française Saint-Gobain, qui a perdu 250 M$ de chiffre d’affaires. Malgré quelques vulnérabilités, la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne peuvent « durcir » efficacement leurs systèmes informatiques, contrairement aux autres pays de l’UE. Celle-ci ne prend pas conscience du danger, estime Louis Gautier, et s’en remet à l’OTAN en cas d’agression armée. Or, la stratégie russe ne recherche pas le conflit ouvert. Leur suspension des traités sur les Forces conventionnelles en Europe, les Forces nucléaires à portée intermédiaire et « Ciel ouvert » (surveillance des territoires des Etats signataires pour limiter la course aux armements) donnent carte libre à la Russie en Europe et aux Etats-Unis en Asie. Lors des opérations dans les Balkans (1998-2000) et en Libye (2011), ces derniers ont déclaré qu’ils ne s’engageraient pas à n’importe quel prix aux côtés de l’UE, en cas de crise cyber majeure ou de conflit armé à ses frontières.

Que faire ? L’UE dispose de 1,5 million de soldats et d’un budget de défense d’environ 240 Md€, supérieur à ceux de la Chine et de la Russie. La nécessité s’impose de redonner de la cohésion aux projets sur le volet capacitaire et la stratégie globale, faute de doctrine officielle sur l’évaluation de la menace, les missions et le contrôle opérationnel des moyens. L’OTAN assurant la défense collective, les missions « dures » relèvent de coalitions ou d’une nation cadre, comme pour les opérations de maintien de la paix ou l’évacuation de ressortissants en Chine et en Corée en cas de tension dans la péninsule coréenne. La cohérence dans le continuum défense sécurité (cyber et spatial inclus) implique des capacités civiles, militaires et civilo-militaires. Elle nécessite aussi de constituer une base industrielle et technologique de défense européenne, pour éviter le déclassement dans la compétition internationale. Ainsi, le crédit communautaire de 4 Mds€ pour la défense permettra d’investir dans la furtivité, l’hypervélocité et les nanotechnologies et soulagera les budgets nationaux.

Loïc Salmon

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