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Afghanistan : 40 soldats de la coalition tués en deux jours

En deux jours, les 6 et 7 août 2011, trente Américains, huit Afghans et deux Français de la coalition ont été tués au combat en Afghanistan dans deux attaques distinctes.

Le 6 août, un hélicoptère américain CH 47 F Chinook (photo prise au salon du Bourget 2011) a été abattu par un tir de roquette RPG d’insurgés talibans. Selon l’OTAN, tous les occupants ont été tués : 25 membres des forces spéciales américaines et les 5 membres de l’équipage, 7 membres des forces spéciales afghanes et un traducteur afghan civil. La plupart des victimes faisaient partie des « Navy Seals », l’unité qui a éliminé Oussama Ben Laden, chef de l’organisation terroriste Al Qaïda, le 2 mai au Pakistan. Une enquête est en cours pour déterminer les circonstances exactes de l’attaque, revendiquée par les Talibans comme un « « piège ». A l’origine, des troupes au sol, qui recherchaient un chef local taliban dans la vallée de Tangi, avaient été prises à partie par des insurgés et avaient appelé des renforts. Avant cette attaque, les troupes américaines avaient déjà perdu 149 hommes dans des chutes d’hélicoptères en Afghanistan, dont 38 à la suite de tirs ennemis.

Le 7 août, deux soldats du 2ème Régiment étranger de parachutistes ont été tués et cinq autres blessés dans un accrochage à proximité de la vallée de Tagab, lors d’une opération de reconnaissance et de fouille à la recherche de caches d’armes et d’engins explosifs. Des hélicoptères français et américains sont intervenus pour secourir le détachement et neutraliser les insurgés. Les deux victimes, le caporal Kisan Bahadur Thapa et le soldat de 1ère classe Gerhardus Jansen, étaient entrés dans la Légion étrangère en 2008.  Cela porte à 72 le nombre de pertes françaises depuis le début de l’engagement en Afghanistan en 2001.

Loïc Salmon




Balard 2015

Le ministre de la Défense et des Anciens Combattants, Gérard Longuet, a présenté le projet, dénommé « Balard 2015 », de son futur ministère au cours d’une conférence de presse, tenue le 31 mai 2011 à l’Ecole nationale supérieure des techniques avancées de Paris.

Il a souligné que ce nouveau ministère regroupera en un seul lieu les centres d’autorité, d’opérations interarmées, d’équipements et de services, actuellement éparpillés sur une douzaine de sites parisiens. L’emménagement du nouveau ministère se fera de septembre à décembre 2014. Ce dernier regroupera 9.250 personnes ainsi réparties sur 420.000 m2 : 3.515 pour l’Etat major des armées et les états-majors Terre, Air et Marine ; 2.664 pour la Direction générale de l’armement ; 1.358 pour le Secrétariat général pour l’administration ; 1.005 pour les services du cabinet du ministre, le Bureau des officiers généraux, le Contrôle général des armées, les inspections générales des armées, la Délégation à l’information et à la communication de la défense, la Délégation aux affaires stratégiques, la Direction générale des systèmes d’information et de communication et la Direction de la protection et de la sécurité de la défense ; 679 pour le Centre interarmées des réseaux d’infrastructures des systèmes d’information (soutien informatique), l’Institution de gestion sociale des armées, des crèches, un pôle médical, des soutiens divers et chancelleries et enfin les services de sécurité (gendarmes de l’Air, pompiers du site et Brigade des sapeurs pompiers de Paris).

Les travaux dureront de janvier 2012 à juin 2014. Ils seront réalisés dans le cadre d’un partenariat public/privé par le groupe Opale Défense, composé des entreprises suivantes : Axa Real Estate, Bouygues Construction, Dalkia France, Icade, Iosis, SIEF, Sodéarif, Sodexo et Thales. L’Etat est représenté par la Caisse des dépôts et consignations qui assure 34 % des fonds propres d’Opale Défense et conserve une minorité de blocage au sein de son capital. De cette opération qui inclut la vente d’une partie de son patrimoine immobilier, le ministère de la Défense devrait dégager une recette nette de 600M€, qui seront réinvestis dans les achats d’équipements prévus dans la loi de programmation militaire 2009-2014. En outre, il économisera 1.370 emplois de soutien. Enfin, il versera à Opale Défense une redevance annuelle de 130 M€ hors taxes entre 2014 et 2041, avant de devenir propriétaire du site.

Celui-ci, qui aura la forme d’un hexagone, a été conçu par trois cabinets d’architectes : Nicolas Michelin, Jean-Michel Vilmotte et l’Atelier 2/3/4. Dix mois par an, le ministère de la Défense assurera de manière « naturelle » près de 80 % de ses besoins de chaud (géothermie et récupération de l’énergie dispersée), de froid (utilisation de la fraicheur de la nappe phréatique) et enfin de ventilation par un dispositif tirant parti des vents dominants et des différences de températures dans ses espaces verts. Des équipements photovoltaïques seront installés sur 7.000 m2 de toits pour produire de l’électricité. Toutefois, les parties hautement sécurisées seront ventilées de manière mécanique. Enfin, la façade du côté du boulevard périphérique de Paris sera durcie contre toute agression extérieure.

Loïc Salmon




Les drones dans les forces terrestres

L’armée de Terre utilise des drones en Afghanistan pour mieux évaluer la situation sur le terrain, en vue de protéger les combattants de la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS). Dans une opération, même réussie, l’opinion publique ne retiendra que le nombre de morts. Le colonel Stéphane Morelli a présenté l’emploi opérationnel des drones par les forces terrestres au cours de la 5e Rencontre aviation civile aviation militaire, tenue à Paris le 19 mai 2011.

Les drones réalisent des missions de protection et d’appui renseignement au sein de modules multicapteurs, qui incluent radars, ballons et systèmes de détection acoustique. Si le ballon ou le radar détecte quelque chose de suspect, un petit drone de renseignement au contact (DRAC) va reconnaître l’endroit dans les 15 minutes pour confirmer ou non le risque. Cela va de la détection d’individus armés suspects se préparant à harceler un détachement de la coalition à celle de repères de l’emplacement de mortiers. Les détections d’indices difficilement décelables au sol sont essentielles pour prévoir les intentions des insurgés, adapter sa propre manœuvre et disperser les adversaires en minimisant l’effet de leurs tirs. En Afghanistan, les DRAC ont effectué 558 missions et 445 heures de vol entre le 23 octobre 2010 et le 19 mai 2011. Mais, les opérations extérieures ne représentent que 22 % de leur utilisation, contre 37 % pour l’entraînement et 22 % pour l’instruction. L’emploi des drones et leur évolution dans l’espace aérien varient en fonction de leur poids. Un microdrone de moins de 2 kg et volant à 50 m d’altitude aide une section dans un rayon de 2 km. Un mini-drone (8-10 kg, 150 m) appuie un sous-groupement  ou un groupement tactique jusqu’à 10 km. Enfin, un drone tactique (180-500 kg, 1.500 m) protège un groupement tactique, une brigade ou une division dans une profondeur de 80 km. « L’homme reste toujours dans la boucle pour contrôler le système, sa route et une altitude bien déterminée », souligne le colonel Morelli. En cas d’urgence, le drone tactique Harfang, équipé d’un GPS, peut revenir automatiquement à sa base de départ et se poser avec une précision de 50 m. Le SDTi, autre drone déployé en Afghanistan depuis novembre 2009, y a effectué 525 missions pour la FIAS et 1.400 heures de vol jusqu’au 19 mai 2011. Ses missions ont consisté à protéger une force (78 %), faire du renseignement (20 %) et protéger un convoi attaqué (2 %). Le SDTi apporte un appui à une force terrestre lors du désengagement d’une opération, quand les accrochages sont les plus nombreux. Il réalise des dossiers images en préparation d’une opération. Il confirme une identification dans le cadre du renseignement multicapteurs. Il assure la reconnaissance d’un axe terrestre en termes de fluidité et de sécurité. Il confirme ou infirme un objectif potentiel avant son traitement par l’artillerie ou les hélicoptères. Enfin, il évalue les dommages. Les personnels de mise en œuvre, très expérimentés, sont tous d’anciens techniciens et pilotes de l’aviation légère de l’armée de Terre, indique le colonel Morelli. Les retours d’expérience permettent de déterminer les améliorations des performances à apporter et qui varient selon les types de drones. L’endurance des mini-drones et des drones tactiques doit être accrue pour appuyer une opération avant, pendant et après.  Enfin, les besoins logistiques doivent être réduits pour que le coût de l’heure de vol d’un drone tactique ne dépasse pas 1.000 € lors de son déploiement au sein d’une force terrestre.

Loïc Salmon

Le drone SDTi (système de drone tactique intérimaire) de l’armée de Terre.




Armée de Terre, capacité opérationnelle et technicité

« Compétence technique et conviction personnelle à s’engager dans une opération », tels sont les impératifs de l’armée de Terre aujourd’hui, a déclaré son chef d’état-major, le général Elrick Irastorza, devant l’Association des journalistes de défense le 15 juin 2011 à Paris.

Il joue un rôle de conseiller auprès du chef d’Etat-major des armées, l’amiral Edouard Guillaud, qui conduit les opérations. En Afghanistan, les affrontements directs avec les insurgés ont diminué de moitié en un an (un par jour en 2010), mais les attaques par engins explosifs improvisés sont en recrudescence (deux à trois par mois en 2010).  Leur détection n’est guère facile. Malgré les caméras et les détecteurs, rien ne remplace l’homme sur le terrain. « La menace se fait plus insidieuse », indique le général, qui précise que 476 blessés avec une indisponibilité de 15 jours ont été recensés depuis le début de l’engagement français. En 2010, l’armée de Terre a déploré en tout 147 tués, dont 98 hors service et 49 en service (14 au combat). En Afrique, le dispositif est en cours de restructuration. La force « Licorne » de Côte d’Ivoire, actuellement de 900 hommes, sera réduite à 300 pour reconstruire l’armée ivoirienne et protéger les ressortissants étrangers. Les forces françaises stationnées au Sénégal doivent être transférées au Gabon cet été. Par aillleurs, le déploiement au large de la Libye du bâtiment de projection et de commandement Tonnerre, avec ses hélicoptères, constitue la première opération de grande ampleur pour la Marine et l’aviation légère de l’armée de Terre, estime le général Irastorza. L’hélicoptère est un système d’arme « d’opportunité » plus ciblé que l’avion, dont l’emploi est « planifié ». Il s’agit de monter des opérations de nuit avec le stress du combat. La durée d’un engagement repose sur son potentiel, qui se régénère en heures de travail et pièces de rechange, poursuit le général. Par ailleurs, en cas de combat majeur dans le cadre de la politique commune de défense et de sécurité européenne, l’armée de Terre française doit également pouvoir déployer 5.000 hommes en dehors du territoire national. Des unités sont donc maintenues en alerte entre 12 heures (combat) et 9 jours (soutien logistique).

« Le soldat de métier est d’abord un volontaire », souligne le général Irastorza, qui ajoute : « Sur le théâtre, le temps épargne le sang ». En conséquence, les durées des missions sont passées de quatre mois à six. Pour l’Afghanistan, l’engagement dure quasiment 18 mois : 6 mois de préparation opérationnelle, 6 mois sur place et 6 mois de retour d’expérience, récupération en famille et remise à niveau individuelle. L’armée de Terre recrute 72 % de contractuels, nécessairement des jeunes. « On recrute bien et on recrute de bons soldats », souligne le général. Environ 50 % d’entre eux deviennent sous-officiers, le reste venant de l’Ecole nationale des sous-officiers d’active de Saint-Maixent. De ce vivier, sortent 70 % des officiers d’aujourd’hui. Enfin, que pense la société française de ses soldats ? « C’est une logique contradictoire, constate le général, la perception des armées est bonne, mais les militaires ont le sentiment d’une certaine indifférence ». Les gens réagissent différemment selon les liens qu’ils entretiennent avec leurs régiments. Enfin, un conflit en Afghanistan ne donne pas le même sentiment d’immédiateté du danger qu’une guerre sur la frontière du Rhin, estime le général Irastorza.

Loïc Salmon

Le général d’armée Elrick Irastorza choisit l’infanterie de marine à sa sortie de l’Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr en 1972. Titulaire d’un diplôme d’études approfondies de défense et de relations internationales, il est breveté de l’Ecole supérieure de guerre. Il a été notamment chef de corps du 8e Régiment de parachutistes d’infanterie de marine, commandant du 1er Bataillon français de l’Autorité provisoire des Nations unies au Cambodge (1992) et commandant des forces françaises engagées dans l’opération « Licorne » en Côte d’Ivoire (2005-2006). Sous-directeur chargé du recrutement à la Direction du personnel militaire de l’armée de terre (2000), il est nommé  major général de l’armée de Terre en 2006, puis promu chef d’état-major le 2 juillet 2008. Le général Irastorza est grand officier de la Légion d’Honneur, commandeur de l’Ordre national du Mérite et titulaire de la croix de la Valeur militaire avec quatre citations.




Obsèques nationales pour sept tués en Afghanistan

Le 19 juillet 2011, les obsèques nationales des sept militaires français tués en Afghanistan, entre les 11 et 14 juillet, ont eu lieu aux Invalides à Paris, en présence du chef de l’Etat, des membres du gouvernement, de nombreux élus et des détachements de leurs unités.Tous les sept ont été élevés au grade supérieur et faits chevaliers de la Légion d’Honneur à titre posthume. Il s’agit du brigadier-chef Clément Kovac du 1er Régiment de chasseurs de Verdun (accident), du capitaine Thomas Gauvin et de l’adjudant-chef Laurent Marsol du 1er  Régiment de chasseurs parachutistes de Pamiers, des adjudants-chefs Jean-Marc Gueniat et Emmanuel Techer du 17ème Régiment du génie parachutiste de Montauban, du sergent Sébastien Vermeille du Sirpa Terre Image centre de Lyon (attentat suicide) et du maître Benjamin Bourdet du commando Jaubert, (combat). Dans son allocution, le président de la République Nicolas Sarkozy, également chef des armées, a notamment déclaré : « Vous n’êtes pas morts pour rien. Vous êtes morts pour la grande cause des peuples libres qui ont payé leur liberté avec le sang de leurs soldats. (…) Soldats, vous êtes partis en pleine jeunesse en emportant avec vous les promesses d’une vie heureuse. Mais, nul ne vous a volé votre destin ». Enfin, il a rappelé que « l’armée française n’est pas séparée du reste de la Nation française, car l’armée française fait corps avec la nation française ».

L.S.




Opérations : attentat et retrait programmé d’Afghanistan et prolongation en Libye

Le 14 juillet 2011, un militaire français est tombé dans une embuscade en Afghanistan. C’est le 70ème mort depuis l’engagement de la France en 2001. La veille dans la vallée de Tagab (Afghanistan) et pour la première fois, cinq soldats français ont été tués et quatre autres blessés dans un attentat suicide. Le président de la République Nicolas Sarkozy (photo du 14 juillet 2011 à Paris) a annoncé un renforcement de la sécurité des militaires français sur place.

Le 12 juillet à Kaboul, le président de la République s’est engagé sur le retrait d’Afghanistan de 1.000 hommes, sur un total actuel de 4.000, d’ici à la fin de 2012. Les effectifs combattants restants seront concentrés dans la province de Kapisa et complètement retirés à la fin de 2014. « Il faut savoir finir une guerre », a déclaré le chef  de l’Etat. Toutefois, le même jour à Paris, le Premier ministre François Fillon a indiqué que des militaires français resteraient après 2014 pour continuer à former les forces afghanes. Par ailleurs, au cours d’une conférence de presse commune avec le président afghan Hamid Karzaï à Kaboul, Nicolas Sarkozy a également annoncé la préparation d’un traité de partenariat et d’amitié d’une durée de cinq ans entre la France et l’Afghanistan, portant sur l’agriculture, les transports, l’eau et les mines. Une coopération civile sera maintenue sur l’éducation, la santé et le développement ainsi qu’une « coopération spéciale » pour les régions de Surobi et Kapisa.

Le 12 juillet à Paris, l’Assemblée nationale a approuvé, par 482 voix contre 27, la poursuite de l’intervention en Libye. François Fillon a indiqué aux députés que les frappes aériennes ont touché 2.500 objectifs, dont 850 sites logistiques, 160 centres de commandement, 450 chars, 220 véhicules et 140 pièces d’artillerie. Quelque 4.400 militaires, dont 800 en métropole, participent à l’opération « Harmattan » dont le mandat, défini par le Conseil de sécurité de l’ONU, « n’est  pas d’éliminer le colonel Kadhafi », selon le Premier ministre. Ce dernier a précisé les conditions de la suspension des frappes : cessez-le-feu authentique et vérifiable avec le retour des forces de l’actuel dirigeant libyen dans les casernes ; fin des exactions contre les populations civiles ; libre accès à l’aide humanitaire ; retrait du pouvoir du colonel Mouamar Kadhafi. Une solution politique « commence à prendre forme », a ajouté François Fillon.

Loïc Salmon




Marine nationale, Opex et permanence à la mer

Même pendant les opérations extérieures (Opex), la Marine française déploie en permanence des avions et des bâtiments sur toutes les mers du monde, a déclaré son chef d’état-major, l’amiral Pierre-François Forissier, devant l’Association des journalistes de défense le 10 juin 2011 à Paris.

Son programme annuel d’entraînement est de cent jours de mer, hors Opex. A propos de celles-ci, l’amiral précise « Nos marins sont au combat, ce que nous faisons est extrêmement grave ». Il ajoute : « On se bat en Libye et en Afghanistan pour qu’il n’y ait pas d’attentats en France ».  Actuellement, entre sept et huit bâtiments se trouvent entre Toulon et le golfe de Syrte (Libye), un pétrolier-ravitailleur assurant la navette. Alors que le chef d’Etat-major des armées, l’amiral Edouard Guillaud, gère les opérations en temps réel, l’amiral Forissier vérifie les consommations en combustibles, les munitions, les pièces de rechange et… la fatigue des personnels ! Ses problèmes ne sont ni financiers, ni d’armement, mais de ressources humaines. Pour le matériel, il suffit, selon lui, d’anticiper les besoins par une bonne administration et des commandes adaptées. Quand le budget des Opex est dépassé, il est fait appel au collectif budgétaire en fin d’exercice fiscal. En revanche, les marins ne sont pas tous relevables. Ainsi, le commandant du porte-avions  Charles-de-Gaulle, actuellement déployé au large de la Libye, a entamé son huitième mois de mer au cours des douze derniers mois. « Nous consommons, de façon intense, un potentiel qui aurait dû l’être tout au long de l’année, indique l’amiral Forissier, on ne sait pas combien de temps ça va durer et dans quelle intention ». Il ajoute « « On est toujours dans le politico-militaire, avec du concret sur le terrain et de la posture dans le débat international ». Sur un plan plus technique, l’amiral précise que, le 10 juin, la frégate de défense aérienne Chevalier-Paul a été admise au service actif. Ce bâtiment remplit, à lui tout seul, des missions qui nécessitaient 15 navires 40 ans auparavant. En outre, les bâtiments de projection et de commandement Mistral et Tonnerre, avec leurs hélicoptères, sont les premières unités conçues pour les besoins du client, à savoir l’armée de Terre. Ils ont en effet été dimensionnés selon le concept amphibie français de la mer vers la terre. Par ailleurs, en tant que responsable de la préparation des forces navales, le chef d’état-major de la Marine gère deux programmes prioritaires : celui des frégates multimissions (FREMM) et celui des sous-marins nucléaires d’attaque (SNA) de type Barracuda. Le programme initial de 17 FREMM a été réduit à 11 par le Livre Blanc de la défense et de la sécurité nationale, « minimum de cohérence de l’ensemble », estime l’amiral.  Il ajoute qu’il ne peut y avoir de dissuasion nucléaire sans six Barracuda, à bord desquels sont formés les équipages des quatre sous-marins nucléaires lanceurs d’engins. Enfin, le Charles-de-Gaulle est complètement interopérable avec les porte-avions américains grâce à l’embarquement d’avions de guet E-2C Hawkeye, nœuds d’interconnexions des systèmes d’informations et de communications. L’interopérabilité nécessite une qualification de tout le système, dont le pilote est le sommet, car un porte-avions est prêt à tirer sur tout appareil non identifié. Or, aujourd’hui, les avions français peuvent se poser sur un porte-avions américain. « L’interopérabilité est une marque de confiance de la part du partenaire », souligne l’amiral Forissier.

Loïc Salmon

L’amiral Pierre-François Forissier, entré à l’Ecole Navale en 1971, intègre les forces sous-marines en 1975. Ingénieur en génie atomique et breveté de l’Enseignement militaire supérieur, il est auditeur de l’Institut des hautes études de défense nationale et du Centre des hautes études militaires. Il a notamment commandé le sous-marin nucléaire d’attaque Rubis et le sous-marin nucléaire lanceur d’engins Le-Tonnant. Il a aussi exercé les fonctions d’officier en second du dragueur Glycine et de la 20e Division de dragueurs ainsi que celles d’officier de manœuvre du porte-avions Foch. A l’état-major de la Marine à Paris, il a été adjoint du bureau Etudes et plans généraux puis chef du bureau Finances. Après avoir été commandant en second du Centre d’instruction naval de Brest, il est promu contre-amiral en 2001 et nommé adjoint territorial au commandant de la région maritime Atlantique. Commandant des forces sous-marines et de la Force océanique stratégique, il devient en 2005 major général de la Marine, puis chef d’état-major le 4 février 2008. L’amiral Forissier est grand officier de la Légion d’Honneur et commandeur du Mérite maritime.

 

 




Marine et Diplomatie

La Marine, outil militaire dans un conflit de haute intensité et chargée de l’action de l’Etat en mer, participe aussi à la stratégie d’influence visant à peser sur la scène internationale. Le concept de diplomatie navale est né de l’Histoire … et de l’expérience ! Tel a été le thème du colloque organisé, le 20 mai 2011 à l’Ecole militaire à Paris, par le Centre d’études supérieures de la Marine dans le cadre du Forum Bleu Marine. « La mer est un espace de liberté, la liberté, c’est la négociation, la négociation, c’est la diplomatie », a déclaré Gérard Longuet, ministre de la Défense et des Anciens Combattants. La France dispose du deuxième espace maritime du monde, après les Etats-Unis, avec une zone économique exclusive de 11 Mkm2. Le déploiement des bâtiments de projection et de commandement, avec leurs hélicoptères et chalands de débarquement, ou du porte-avions Charles-De-Gaulle, avec son aviation embarquée, exprime des intentions avec toute la gamme des interventions possibles dans un milieu changeant, ouvert ou confiné. « Les escales ont une valeur symbolique forte », souligne le ministre. Les bâtiments français en ont effectué 130 en 2010. Dans le passé, ils ont pratiqué la diplomatie « humanitaire » (boat people, années 1980), celle de « puissance » (golfe Persique, 1986) et celle de « protection » (Liban, 2006). « La permanence à la mer d’un sous-marin nucléaire lanceur d’engins (SNLE) est un facteur considérable d’équilibre », précise Gérard Longuet. Opérant de la mer vers la terre, les bâtiments de surface et les sous-marins d’attaque peuvent intervenir près des côtes et en profondeur dans 150 pays. Ils peuvent aussi pratiquer une diplomatie « réactive », c’est-à-dire réversible dans un délai de quelques heures. En outre, les bâtiments interceptent les communications et recueillent des renseignements, inaccessibles par d’autres moyens, « enjeu considérable », a souligné le ministre. Selon lui, 400 sous-marins de 46 pays sont en service et l’Inde et la Chine veulent se doter de porte-avions opérationnels.  Cette dernière utilise sa Marine, devenue la quatrième du monde en 2000, à des fins diplomatiques, estime le vice-amiral d’escadre (2e S) Alain Dumontet. Elle multiplie se dépenses militaires par deux tous les trois ans pour rattraper son retard technologique. La Chine importe 80 % de son pétrole par le détroit de Malacca et 90 % de ses échanges commerciaux se font par la mer. En conséquence, elle sécurise des « point d’appui » en océan Indien : Pakistan, Sri Lanka, Bangladesh et Malaisie. Son Livre Blanc 2011 sur la défense prévoit tous les moyens d’une Marine de haute mer : 60 frégates équipées de missiles antinavires à longue portée, 40 bâtiments amphibies, 30 sous-marins et 20 en construction. Le SNLE de nouvelle génération emportera des missiles nucléaires de 8.000 km de portée. Le porte-avions Varyag, acheté à la Russie, est en cours de modernisation avec des avions embarqués Sukhoï 30.

Enfin, l’amiral Pierre-François Forissier, chef d’état-major de la Marine, a rappelé que « le centre du monde aujourd’hui, c’est le Pacifique et non plus l’Europe » et que la France est une nation du Pacifique, reconnue comme partenaire par les autres pays riverains. Pour lui, la Marine nationale est avant tout un « outil stratégique », la « contribution navale à la diplomatie globale ». Ses navires polyvalents et fortement armés doivent être servis par des équipages déterminés, courageux et combatifs, pour passer de la simple présence au combat de haute intensité.

Loïc Salmon

 




Un secrétaire d’Etat aux Anciens Combattants

Marc Laffineur, nommé secrétaire d’Etat aux Anciens Combattants le 29 juin 2011 (à gauche), a été reçu par Gérard Longuet, ministre de la Défense, à l’Hôtel de Brienne à Paris le même jour.

Médecin anesthésiste-réanimateur, il a cessé d’exercer depuis une dizaine d’années pour se consacrer à ses mandats électoraux. Vice-président de l’Assemblée nationale depuis le 27 juin 2007, il était aussi président de la délégation chargée des activités internationales et membre de la commission des finances et de la commission des affaires européennes. Maire (UMP) d’Avrillé dans le Maine-et-Loire depuis 1983, il a été député de la 7e circonscription de ce département depuis 1988, conseiller général de 1982 à 1992 et conseiller régional de 1986 à 1988.

L.S.




Flandres 2011, interopérabilité franco-britannique

Le premier exercice d’interopérabilité franco-britannique, dénommé Flandres 2011, s’est déroulé du 22 au 29 juin au Centre d’entraînement des postes de commandement de Mailly-le Camp (Aube). Son retour d’expérience permettra de tirer des enseignements à chaud et à froid en vue de créer une force d’intervention opérationnelle dans cinq ans, a souligné le général de corps d’armée Hervé Charpentier, commandant des forces terrestres, lors d’un point de presse le 16 juin.

Quelque 1.500 militaires et civils, dont 450 Britanniques, ont participé à cet exercice de simulation, qui a mis en œuvre des solutions techniques innovantes et des procédures d’état-major dans un environnement numérisé permettant à une brigade française et une brigade britannique d’opérer sous le même commandement (OTAN, ONU ou Union européenne). Chaque brigade utilise sa numérisation nationale. Le branchement des deux doit permettre au chef de section français de voir la même image que son homologue britannique et ainsi de suite à tous les échelons supérieurs, afin d’être capables de travailler ensemble, a indiqué le général Charpentier. Il a précisé que la simulation permet de réduire le coût de l’exercice de 1 à 7 par rapport à un déplacement complet des troupes sur le terrain. L’anglais opérationnel a été la langue de travail. Flandres 2011 avait également pour objectifs de maîtriser les opérations multinationales sur un spectre large, de maîtriser l’intégration et la coordination aéroterrestre (capteurs, feux et espace de bataille), d’organiser la fusion et l’exploitation du renseignement et enfin de renforcer l’interopérabilité logistique. « Il s’agit de créer un outil opérationnel pour permettre, un jour ou l’autre, de prélever une brigade de chacune des nations, a précisé le général Charpentier, nous ne sommes pas dans la démarche d’une brigade franco-britannique au moment où on améliore la répartition et la simulation ».

Loïc Salmon