Stratégie : espace et BITD, nécessité d’anticiper

Face aux nouvelles menaces, le maintien de la souveraineté nationale dépend de la capacité d’agir dans l’espace et de la possession d’une base industrielle et technologique de défense (BITD).

Ce thème a fait l’objet d’un colloque organisé en visioconférence, le 17 juin 2021 à Paris, par l’association 3AED-IHEDN en partenariat avec l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN). Y sont notamment intervenus : le général de corps d’armée Patrick Destremau, directeur de l’IHEDN ; Emmanuel Chiva, directeur de l’Agence de l’innovation de défense ; Philippe Pelipenko, Centre national d’études spatiales ; Saad Aqejjaj, groupe d’ingénierie industrielle Ausy.

Nouvelles alliances. L’industrie de défense s’inscrit dans un affrontement de puissances et dans un jeu d’alliances en compétition, indique le général Destremau. Pour des raisons de puissance, de sécurité et de prestige, les Etats exercent des contrôles directs et indirects sur leurs territoires et populations. Celles-ci ne vivent pas dans le cyberespace, domaine d’échanges et de combats hybrides. Même s’il permet de prendre l’ascendant sur l’adversaire, ce domaine ne constitue pas le centre principal d’affrontement. La Chine étend sa sphère d’influence en Asie du Sud-Est et sur la péninsule coréenne…à proximité du Japon, allié des Etats-Unis. Si ceux-ci entrent en guerre, la question se pose de savoir jusqu’où ira la solidarité entre Alliés. Par ailleurs, le concept de « territorialisation » de la mer (que pratique la Chine en mer de Chine méridionale), reste à définir dans le droit international, d’autant plus que l’océan Arctique devient lui aussi un champ d’affrontement stratégique.

Nouvelles conflictualités. La défense doit prendre en compte plusieurs domaines de « rupture », explique Emmanuel Chiva. Une tendance à « l’arsenalisation » de l’espace apparaît avec 60.000 satellites en orbite et les prototypes de « gardiens » de satellites géostationnaires. La guerre des mines va être menée sous les pôles et contre les câbles sous-marins de télécommunications. La manipulation de l’information se développe avec l’intelligence artificielle. La Chine a monté, sur camions, des radars « quantiques », capables de détecter les avions « furtifs » (à faibles signatures radar et infrarouge) et de leurrer les dispositifs adverses.

Conflits dans l’espace. Les doctrines américaine et chinoise comptent sur l’espace pour dominer les champs de bataille futurs, indique un rapport de l’association 3AED-IHEDN présenté par Philippe Pelipenko. Toute action offensive dans l’espace entraînera une riposte avec un impact au sol pour les belligérants et les autres nations, en raison des dégâts collatéraux, pas toujours réversibles. Ainsi, la perte de certains satellites par rayonnement ou débris d’objets en orbite, affectera tous les services offerts par ces satellites. Déjà, plus de 50 Etats disposent de satellites lancés par des pays ou acteurs tiers. Les conflits dans l’espace pourraient prendre une forme asymétrique. En effet, pour s’assurer une possibilité d’intervention mondiale, les Etats-Unis, l’Union européenne et la Russie dépendent des moyens spatiaux, facteurs de vulnérabilité. Cela pourrait inciter d’autres acteurs, mineurs mais technologiquement avancés, à les attaquer. De très petits acteurs peuvent même accuser des pays tiers d’ingérence à leur souveraineté en cas de dommages aux symboles de leurs progrès scientifiques ou aux services donnés à leurs populations. Par ailleurs, l’attribution d’une attaque s’avère difficile au-delà de la proximité physique de deux plates-formes, qui emploient laser, brouillage, cyberattaques et autres moyens. La guerre dans l’espace repose surtout sur des éléments d’information, de communication et de leur « séquencement » (suite ordonnée). Le mode de déclenchement d’un tel conflit correspond à des dimensions politique, militaire, économico-sociale et informationnelle de la souveraineté. Selon le « think tank » Rand Corporation, les moyens militaires des Etats-Unis dépendent à 30 % de l’espace. Le risque de déclenchement accidentel d’un conflit existe si un système satellitaire est rendu inopérant par une météorite, un débris ou une panne non détectée. L’affaire peut devenir réellement politique dans le cas de l’Inde et du Pakistan ou avec une forte probabilité dans celui de la Chine et les Etats-Unis. Le déclenchement peut provenir d’une « gesticulation » dans le but de communiquer, sur les plans militaire et politique, son aptitude à rendre réellement ou potentiellement un système satellitaire inopérant. Cela s’est produit pendant la guerre froide, entre les Etats-Unis et l’URSS, et récemment du fait de la Russie à l’encontre de satellites géostationnaires commerciaux. Un déclenchement offensif et identifiable répond à des objectifs précis politiques, militaires ou d’information. Déjà vingt pays disposent de lanceurs capables d’opérations simples et dix autres de moyens cyber. Aucun traité international ne couvre encore ce mode de déclenchement, sauf celui sur l’interdiction d’armes nucléaires dans l’espace. Des neutralisations localisées ont déjà eu lieu, comme l’aveuglement de satellites d’alerte américains, lors de manœuvres russes au Moyen-Orient, ou le brouillage russe du système GPS, pendant des exercices OTAN en Laponie.

BITD à l’horizon 2035. La construction et le maintien d’une BITD pour sécuriser les systèmes de défense nécessitent de remplir plusieurs conditions, indique Saad Aqejjaj. Celle-ci implique de disposer d’un réseau de personnels scientifiques, d’ingénieurs et de techniciens et aussi d’une capacité financière constante pour soutenir les commandes publiques sur une longue durée. La capacité de recherches indépendantes repose d’abord sur le transfert de technologies en vue de développer une industrie autonome. Déjà, la Chine et la Corée du Sud concurrencent, en qualité, les pays occidentaux dans leurs propres sphères d’influence. En 2021, plusieurs pays émergents développent leur BITD. Celle de l’Afrique du Sud, solide du temps de l’apartheid, met l’accent sur les ressources humaines. Le Brésil maîtrise tous les éléments, mais ne reçoit pas de financements publics suffisants. La Turquie souhaite exporter des matériels de défense et prospecte parmi les pays de la mouvance islamique. Soumis à un embargo sur les armes, l’Iran a construit une industrie de défense avec, notamment, l’aide de la Corée du Nord. L’Inde recherche des capitaux étatiques et des investissements privés. La Corée du Sud progresse considérablement sur le plan technologique et pénètre les marchés de l’Indonésie, de la Turquie et de la Thaïlande. La BITD de l’Indonésie, résultat d’une volonté politique, développe des équipements navals et aériens avec la Turquie, l’Inde et la Corée du Sud. Singapour suit l’exemple d’Israël pour ses besoins terrestres et navals. L’Arabie saoudite, le Qatar et les Emirats arabes unis disposent des moyens financiers, mais manquent de ressources humaines. En 2035, les Etats-Unis, la Russie, la Chine et Israël maintiendront une BITD de pointe, mais l’Allemagne, la France, la Grande-Bretagne et l’Italie affronteront la concurrence des pays émergents. L’Australie devra avoir développé la sienne, face à la menace chinoise.

Loïc Salmon

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Les espions du Vatican

Etat souverain, le Vatican dispose de moyens de renseignement pour soutenir son action diplomatique et assurer sa sécurité intérieure. Les six derniers papes les ont utilisés selon leurs priorités stratégiques et doctrinales, où le sentiment de continuité prédomine.

Le réseau diplomatique du Saint-Siège passe de 41 nonces (ambassadeurs) et 20 délégués apostoliques en 1945 à 183 représentations diplomatiques en 2018. La sécurité relève des Gardes suisses, pour la protection du pape, et de la « Vigilanza » (gendarmerie), qui rend compte directement au secrétaire d’Etat, chef du gouvernement du Vatican. Ce micro-Etat combine le domaine temporel aux directives spirituelles envers 1,3 milliard de catholiques dans le monde. Ainsi crédité d’une influence exceptionnelle, il a fait l’objet d’une attention particulière des services de renseignement (SR) des grandes puissances du moment. Dès les accords du Latran (1929) établissant les conditions juridiques et territoriales du Vatican, les SR italiens y infiltrent des agents et procèdent à des écoutes téléphoniques. Au début de la seconde guerre mondiale, le Vatican accepte d’inclure sa correspondance diplomatique…dans la valise diplomatique de la Suisse. Par la suite, il recourt aux SR britanniques, pour la correspondance avec l’empire, et américains. Dès les années 1930, il mène une politique offensive de lutte contre le communisme, avec un volet d’action clandestine, vis-à-vis de l’Union soviétique. Celle-ci considère alors la papauté comme le centre nerveux d’une « Internationale d’espionnage », opposée à l’Internationale communiste. Pour les Etats-Unis, le Vatican constitue un poste d’observation crucial sur le reste de l’Europe. Le plan Marshall (1947) de reconstruction économique de l’Europe de l’Ouest et endiguement de la menace du bloc de l’Est inclut un volet occulte pour financer l’Eglise dans sa lutte contre l’influence communiste en Italie. Dès 1949, la CIA développe un programme d’infiltration d’agents en URSS. Avec le MI6 britannique et le SDECE français, elle subventionne le « Russicum » (collège pontifical pour étudiants russophones), qui dispense aussi à ses missionnaires une formation militaire adaptée. Pape de 1939 à 1958, Pie XII mène cette croisade, qui durera jusqu’à la fin de la guerre froide (1991). Peu avant sa mort, il nomme évêque un prêtre polonais qui, vingt ans plus tard, deviendra pape jusqu’en 2005 sous le nom de Jean-Paul II et accomplira la mission, après la période de détente Est-Ouest amorcée sous les pontificats de Jean XXIII (1958-1963) et Paul VI (1963-1978). Jean-Paul II entend gérer directement les dossiers de tous les pays de l’Est, organise des « opérations spéciales » et développe une intense activité diplomatique. Plusieurs SR étrangers accroissent écoutes téléphoniques et infiltrations de « taupes » au Vatican. Cela n’empêchera pas le pape de contribuer à la chute du rideau de fer (1989) et à la fin de l’URSS en 1991. La lutte anti-communiste menée par le Saint-Siège a nécessité d’importants moyens financiers. La papauté a notamment bénéficié de l’aide de la riche organisation catholique Opus Dei, qui promeut « l’apostolat de pénétration » et fonctionne comme un service de renseignement. La gestion des « fonds secrets » du Saint-Siège a connu des dérapages. Ainsi, l’Institut pour les œuvres de religion, (banque du Vatican) s’est trouvé lié à divers scandales politico-financiers qui ont, parmi d’autres, provoqué la démission du pape Benoît XVI (2005-2013).

Loïc Salmon

« Les espions du Vatican », Yvonnick Denoël. nouveau monde éditions, 636 pages, 25,90 €.

Profession Espion

KGB-DGSE

Dictionnaire renseigné de l’espionnage




Marine : technologie de pointe pour combattre partout

La préparation au combat de haute intensité, en interarmées et de façon synchronisée dans l’espace et le cyber, nécessite une technologie avancée et du personnel à motiver et fidéliser.

L’amiral Pierre Vandier, chef d’état-major de la Marine (CEMM), l’a expliqué au cours d’une rencontre organisée, le 12 juillet 2021 à Paris, par l’Association des journalistes de défense.

L’action en interne Outre une présence mondiale, la Marine assure des missions permanentes : patrouille d’au moins un sous-marin nucléaire lanceur d’engins (SNLE) pour la dissuasion ; patrouille d’un sous-marin nucléaire d’attaque (SNA) ; équipes spécialisées pour la connaissance et l’anticipation ; défense côtière et interdiction maritime par des équipes de fusiliers marins ; soutien aux opérations par les commandos Marine. Selon l’amiral Vandier, le plan « Mercator », lancé en 2018, doit d’abord développer la capacité offensive, à savoir retrouver l’initiative et l’audace. Ensuite, il porte sur l’investissement pour les « cas d’usage » à 2-3 ans, comme par exemple : la lutte anti-drones en combinant satellite et laser qui aveugle ; le traitement des méga données pour évaluer l’environnement électromagnétique ; la frégate de défense et d’intervention et son « jumeau numérique » pour développer la modélisation. Grâce à la gestion de carrière et la rémunération, « Mercator » vise à fidéliser le personnel compétent, notamment féminin qui subit une forte attrition après 10-12 ans de service.

La présence extérieure. En juin 2021, la Marine déploie 49 navires, 12 aéronefs et 3.083 marins dans l’océan Atlantique, en Méditerranée, en Manche et mer du Nord, en océan Indien et dans le Pacifique. Le CEMM estime nécessaire de développer également une stratégie défensive. Ainsi, l’appareil militaire contribue aux technologies maritime, spatiale et cyber, qui soutiennent la croissance économique. L’Occident, pénalisé par le coût du travail, doit reprendre la main par la technologie duale (civile et militaire). La Marine française a besoin de patrouilleurs pour assurer la sécurité du SNLE (au départ et à l’arrivée) et de frégates multi-missions pour gérer les perturbations et les tentatives de chantage de la Russie. Les frégates naviguent aussi en Méditerranée centrale, à cause de la situation dans l’Ouest libyen et des migrations, et orientale, en raison du conflit en Syrie, du canal de Suez et de l’activisme turc à proximité des gisements de gaz. La mer Rouge constitue une zone d’action militaire entre la Russie, les Etats-Unis et la Chine, déjà présente dans le détroit de Bab el-Mandeb. Les porte-avions américains ne vont plus dans le golfe Persique, où la mission française « Agénor » recueille du renseignement électromagnétique (cyber et radar tridimensionnel). Dans les océans Indien et Pacifique, la Chine manifeste un comportement agressif avec ses bateaux de pêche, navires garde-côtes et bâtiments militaires. La situation se complique dans le détroit de Taïwan, île que Pékin considère comme une province à conquérir sans guerre.

La troisième voie. Selon l’amiral Vandier, la Chine pratique déjà une forme d’assujettissement économique et financier en Asie du Sud-Est. La France prône un multilatéralisme efficace partout où elle l’estime nécessaire, indépendamment de la tension Washington-Pékin. Ainsi pour acquérir une dimension océanique face à la Chine, l’Australie a décidé de se doter de sous-marins français malgré les pressions politiques des Etats-Unis, car « acheter américain » aurait été considéré comme un acte offensif par Pékin.

Loïc Salmon

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Guerre future : menaces balistiques et spatiales accrues

La manœuvrabilité et la vitesse accrues des missiles balistiques rendront leur interception de plus en plus complexe par les dispositifs de défense, qui utiliseront l’intelligence artificielle pour modéliser leurs trajectoires.

Ronan Moulinet, expert radar au groupe Thales (électronique de défense), l’a expliqué au cours d’une visioconférence organisée, le 9 avril 2021 à Paris, par l’association Les jeunes IHEDN.

Missiles balistiques. Porteurs de plusieurs têtes (armes nucléaires ou charges conventionnelles), les missiles intercontinentaux (ICBM) peuvent parcourir jusqu’à 10.000 km à raison de 7 km/seconde, soit la vitesse d’un satellite en orbite à 400 km d’altitude. D’une grande manœuvrabilité, ils positionnent une ou plusieurs têtes sur une ou plusieurs trajectoires et sont lancés en nombre pour saturer les défenses adverses. La phase « propulsée » dure de 3 à 6 minutes, la phase balistique proprement dite 25 minutes et la phase de rentrée atmosphérique environ 5 minutes à partir de 3 km d’altitude. Une trajectoire tendue à faible altitude réduit les délais de détection et de déclenchement d’alerte. La propulsion « liquide » facilite le contrôle de la poussée initiale, mais présente des contraintes de manipulation des ergols (comburant et carburant) toxiques et inflammables, de leur stockage sur une longue durée et de leur chargement dans le missile (plusieurs heures). Une propulsion « solide » rend son entreposage plus aisé, facilite la manipulation du missile et permet un lancement rapide (moins de 15 minutes), mais nécessite un contrôle plus contraignant de la poussée. Les missiles à courte portée (moins de 1.000 km), les plus nombreux, volent 5-6 minutes, les missiles intercontinentaux (plus de 5.500 km) environ 30 minutes et ceux lancés de sous-marins (de moins de 1.000 km à 11.000 km) 5-6 minutes pendant la phase propulsée. Les types de porteurs ou de lanceurs varient : silos terrestres ou sur lanceurs mobiles à roues pour les ICBM ; trains avec wagons aménagés ; avions de chasse ou bombardiers ; navires porte-conteneurs ou plates-formes navales reconverties ; sous-marins nucléaires lanceurs d’engins dits SLBM. Les Etats-Unis (450 ICBM et 200 SLBM) et la Russie (375 ICBM et 200 SLBM) disposent de 90 % du potentiel stratégique nucléaire mondial, mais la Chine monte en puissance. Les nations émergentes renforcent leurs arsenaux de missiles à portées moyennes (1.000-3.000 km) et intermédiaires (3.000-5.500 km). Quoique de nombreux missiles soient à propulsion liquide, la propulsion solide se développe et les lanceurs mobiles s’améliorent. Environ 150 missiles ont été lancés en 2018, dont 90 à courtes portées et 60 à moyennes et longues portées.

Défense antimissile. Depuis les années 1980, Etats-Unis, Russie et Chine développent des boucliers antimissiles. Israël a mis au point le sien après la guerre du Golfe (1991), où il avait subi les attaques de missiles Scud irakiens. Le principe repose sur une interception à une altitude variant de quelques milliers de mètres à des centaines de kilomètres. Dans l’espace, elle se fait par impact direct du vecteur « tueur ». Dans l’atmosphère, ce vecteur atteint directement le missile ou déclenche une explosion à quelques mètres de lui. En rentrant dans l’atmosphère, les missiles manœuvrent à 30 km d’altitude pour changer de zone, afin de contourner la « bulle » d’un diamètre de 10-20 km de la défense terrestre. Les systèmes d’interception intègrent des senseurs électro-optiques et des radars pour les détecter le plus rapidement possible. Dimensionnés pour une menace simple, ils doivent perpétuellement s’améliorer pour contrer l’évolution des missiles balistiques intercontinentaux.

Missiles « hypervéloces ». Etats-Unis, Russie, Chine, Inde, Grande-Bretagne et France développent des missiles balistiques dit « hypervéloces », dont la vitesse dépasse Mach 5 (1.715 m par seconde), indique Ronan Moulinet. Certains seront opérationnels en 2025. Ces sortes de navettes spatiales rebondissent comme des planeurs sur la couche dense de l’atmosphère pour atteindre leurs cibles initiales. Afin d’éviter de consommer trop d’énergie, des rétrofusées équilibrent la trajectoire de ces planeurs. Leur grande manœuvrabilité, programmée à l’avance, rend moins prédictible la détermination des zones attaquées. Elle réduit ainsi le préavis de détection par l’adversaire et évite certaines « couches » de défense antimissile dans différents endroits du globe. Le lancement, réussi, du missile russe air-sol hypervéloce KH47M2 Kinjal à haute précision, d’un poids de 4 t et porté par un avion de chasse MiG31K, a été annoncé par Moscou en 2018. Les missiles hypervéloces russes et chinois atteindront leur maturité vers 2028, Taïwan dispose déjà de moyens américains de défense antimissile.

Menaces extra-atmosphériques. L’altitude de 100 km marque la frontière entre l’espace dit « endo-atmosphérique », en dessous, et celui dit « extra-atmosphérique », au-dessus, rappelle Ronan Moulinet. Ce dernier espace est encombré de 20.000 objets (satellites et débris divers) avec les risques de collisions, intentionnelles ou non. S’y ajoutent les menaces cyber, de brouillage intentionnel ou non et les armes antisatellites à vocation de nuisance permanente ou temporaire. En orbite basse, les satellites militaires peuvent capter les communications ou paralyser les liaisons de systèmes GPS et mener des actions hostiles avec une grande réactivité. La Chine développe des satellites, dont les bras attrapent un satellite adverse pour modifier son orbite ou le rapporter sur terre. La Russie met au point  des « satellites mères », qui en placent d’autres en orbite. Des radars d’alerte avancée, évolutifs, surveillent l’espace pour détecter des manœuvres hostiles.

Loïc Salmon

Selon Ronan Moulinet, 16 Etats et entités disposent d’au moins une dizaine de satellites opérationnels : Etats-Unis, 549 ; Chine, 142 ; Russie, 131 ; entreprises multinationales, 108 ; Japon, 55 ; Grande-Bretagne, 39 ; Inde, 31 ; Canada, 27 ; Agence spatiale européenne, 24 ; Allemagne, 23 ; Luxembourg, 19 ; Espagne, 15 ; Israël, 12 ; Arabie saoudite, 11 ; France, 10 ; Pays-Bas, 10. Par ailleurs, 45 pays disposent de missiles balistiques, mais en majorité des Scud C à charge conventionnelle et de portée maximale de 600 km. Voici la répartition de la prolifération par zones géographiques : Amériques, Etats-Unis, Cuba, Equateur, Pérou et Argentine ; Extrême-Orient, Corée du Nord, Corée du Sud, Chine, Taïwan et Viêt Nam ; Afrique, Algérie, République démocratique du Congo, Angola, Libye, Egypte, Soudan et Ethiopie ; Proche-Orient, Syrie et Israël ; Moyen-Orient, Iran, Arabie saoudite, Emirats arabes unis, Yémen et Bahreïn ; Asie du Sud, Afghanistan, Pakistan et Inde ; Asie centrale, Kazakhstan, Arménie, Azerbaïdjan, Turkménistan et Géorgie ; Europe, Grande-Bretagne, France, Italie, Serbie, Turquie, Pologne, Ukraine, Bosnie-Herzégovine, Grèce, Roumanie, Bulgarie, Belarus et Russie. Selon l’Arms Control Association, 9 pays possèdent environ 13.500 têtes nucléaires, dont 9.500 en service opérationnel en 2020 et 4.000 en instance de démantèlement : Russie, 6.375 ; Etats-Unis, 5.000 ; France, 290 ; Grande-Bretagne, 215 ; Pakistan, 160 ; Inde, 150 ; Chine, 120 ; Israël, 50 ; Corée du Nord, entre 30 et 40.

La guerre future : hybride, majeure ou mondiale ?

Espace : nouveau théâtre des opérations militaires

Missiles balistiques : limitation, mais prolifération quand même




Espace : un commandement dédié pour comprendre et agir

Le Commandement de l’espace (CdE) développe en permanence ses capacités de surveillance et de réaction aux menaces croissantes dans ce domaine.

Le général de brigade aérienne Philippe Dedobbeleer, adjoint au commandant de l’Espace, l’a expliqué au cours d’une visioconférence organisée, le 8 juin 2021 à Paris, par l’Association des auditeurs IHEDN région Paris Ile-de-France.

Montée en puissance. Organisme interarmées, le CdE dépend directement du chef d’Etat-major des armées pour la stratégie, les capacités, la coopération internationale et les opérations. Il est rattaché à l’armée de l’Air et de l’Espace pour l’expertise, la préparation des forces, la mise en œuvre de contrats opérationnels, l’élaboration de la doctrine et le retour d’expérience dans le domaine spatial et enfin la maîtrise des risques. La pleine capacité des opérations spatiales militaires devrait être atteinte vers 2030. La tutelle du CdE sur le Centre national d’études spatiales (CNES) de Toulouse sera redéfinie pour y concentrer l’expertise de l’écosystème spatial. Celui-ci comprend des entreprises, des pôles de compétitivité et des centres universitaires à Paris, Lille, Saint-Quentin, Mulhouse, Besançon, Lyon, Grenoble, Nice, Marseille, Toulon, Bordeaux, Brest, Rouen et Cayenne (Centre spatial de Kourou). Le centre spatial de Toulouse verra ses effectifs passer de 200 personnes en 2019 à 500 en 2025. Il devra voir et écouter l’espace, mieux et plus loin, par l’acquisition de données par des satellites (optique, radar et infrarouge) à orbites basses, moyennes et hautes. Vu le nombre croissant d’objets divers dans l’espace à suivre pendant toute leur durée de vie, les données s’accumulent, de quelques mois à plusieurs décennies. La capacité de calcul à haute performance de l’intelligence artificielle permettra de traiter leur comportement quasiment en temps réel et, le cas échéant, d’agir vite puis rendre compte aux niveaux stratégique et tactique.

Innovation continuelle. Le CdE va construire un incubateur d’innovation dédié à l’espace militaire et ses applications. Dans un environnement sécurisé, un réseau aura pour missions de capter des idées, concrétiser des projets et conduire des expérimentations dans les laboratoires existants. A cet effet, l’Agence de l’innovation de défense développe des liens avec le CNES, la Direction générale de l’armement (DGA), la Direction du renseignement militaire, l’Office national d’études et de recherches aérospatiales et les partenaires alliés.

Souveraineté et interopérabilité. Le développement d’un système spatial militaire constitue un enjeu de souveraineté numérique et d’autonomie stratégique, souligne le général Dedobbeleer. Celui d’une compréhension commune avec des pays alliés permet une interopérabilité des moyens avec des standards techniques identiques (doctrine, capacités et opérations). En février 2020, la France a adhéré à « l’Initiative opérations spatiales interalliées » (sigle anglais CSpO) et y a rejoint les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Ce forum de réflexion et d’échanges vise à coordonner les capacités alliées, en augmenter la résilience pour assurer le soutien aux opérations multi-domaines (terre, air, mer, cyber et spatial), garantir la liberté d’accès à l’espace et y protéger, en coalition, les moyens qui s’y trouvent. Il donne lieu à des travaux réguliers, auxquels participent le CdE, la DGA et la Direction générale des relations internationales et de la stratégie.

Loïc Salmon

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Asie du Sud : Inde et Pakistan se veulent des puissances nucléaires responsables

Vecteurs de leur armes nucléaires, les missiles balistiques de l’Inde et du Pakistan affectent la sécurité régionale. La maîtrise des armements, réelle au niveau bilatéral, reste faible quant aux instruments juridiques internationaux.

Seule l’Inde a adhéré, en 2016, au Code de conduite de La Haye contre la prolifération des missiles balistiques (HCoC, voir encadré). Emmanuelle Maitre et Lauriane Héau, chargées de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique, ont présenté la situation en Asie du Sud dans une note publiée à Paris en mars 2021.

Arsenaux balistiques. L’Inde a procédé avec succès à l’explosion d’un premier engin nucléaire en 1974 et le Pakistan en1998. Tous deux ont développé des technologies balistiques dès les années 1960. L’acquisition de missiles balistiques a été motivée par le statut et le prestige qui en résultent, la capacité d’infliger des dommages considérables, par l’emport d’armes de destruction massive (nucléaires, chimiques ou biologiques), et l’effet psychologique associé à une frappe éventuelle. Les tensions entre l’Inde et le Pakistan et entre l’Inde et la Chine ont contribué au développement des arsenaux dans la zone Asie-Pacifique. Parallèlement à la recherche et au développement dans le domaine spatial, l’Inde a lancé des programmes de missiles dans les années 1970 et 1980. Dans la catégorie des missiles balistiques à courte portée (SRBM, jusqu’à 1.000 km), elle a mis au point, à partir de 1988, les Prithvi-I, II et III, Agni-1 et Dhanush et développe le Prahar. Elle dispose aussi du missile Agni-2 à moyenne portée (MRBM, de 1.000 à 3.000 km). Les missiles Agni-3 et 4 ont des portées intermédiaires (IRBM, de 3.000 à 5.000 km). Les Agni- 5 et 6, en développement, entrent dans la catégorie des missiles intercontinentaux (ICBM, au minimum 5.500 km). Le Sagarika K-15, réalisé, et le Sagarika K-4, en développement, pourront être tirés d’un sous-marin (SLBM, plus de 5.500 km). En outre, l’Inde a lancé un programme de défense anti-missile. De son côté, le Pakistan a poursuivi simultanément ses recherches spatiales et balistiques. Dès 1989, il a commencé les essais des SRBM Haft-1 et 2, suivis de ceux des Haft-3, 4 et 9. Dans la catégorie des MRBM, il dispose des Haft-5 et 6 et met au point les Ababeel et Shaheen 3. En outre, il développe plusieurs IRBM avec l’aide de la Corée du Nord (technologie Nodong) et de la Chine (achat de missiles M-11). De plus, il investit dans le système chinois LY 80 de défense aérienne à basse et moyenne altitudes et aurait acquis des « MIRV », à savoir des ogives de missiles capables d’emporter plusieurs bombes nucléaires et de les envoyer sur diverses cibles parfois distantes de centaines de km les unes des autres. Par ailleurs, dans la catégorie des missiles de croisière, l’Inde développe les BrahMos et Nirbay et le Pakistan les Ra’ad et Babur. Tous seront capables d’emporter une arme nucléaire ou une charge militaire conventionnelle.

Domaine spatial. A l’exception des Maldives, tous les Etats d’Asie du Sud possèdent au moins un satellite ou participent à sa mise en œuvre. Ainsi, l’Inde a construit le centre spatial Satish Dharwan à Sriharikola et la station équatoriale de lancement de fusées à Thumbo-Thiruvananthapuram. Sa présence s’affirme sur l’ensemble du spectre du domaine spatial : lanceur ; fusée sonde ; satellite de communications ; satellite d’observation terrestre ; satellite à vocation scientifique ; satellite militaire ; vol interplanétaire. Le Pakistan s’en rapproche : fusée sonde ; satellite de communications ; satellite d’observation terrestre ; satellite à vocation scientifique. Le Sri Lanka exploite des satellites de communications et à vocation scientifique. Le Bangladesh se limite aux satellites de communications ou à vocation scientifique. Actuellement, les satellites à vocation scientifique suffisent au Népal et au Bhoutan et ceux de communications à l’Afghanistan. L’exploitation pacifique des satellites porte notamment sur l’agriculture ou la réponse aux catastrophes naturelles. Toutefois, l’essai réussi d’une arme antisatellite par l’Inde en 2019 inquiète la communauté internationale, car tout nouvel essai d’une telle arme rendrait l’espace dangereux pour les entreprises civiles. Avec l’émergence du « New Space », industrie spatiale née aux Etats-Unis, des entités privées peuvent en effet utiliser des constellations de petits satellites en vue de développer des produits commerciaux. En conséquence, des petits systèmes de lancement pourraient envoyer dans l’espace des objets, dont certains risqueraient d’être confondus avec des missiles.

Freins limités à la prolifération. Afghanistan, Bangladesh, Bhoutan, Inde, Maldives, Népal, Pakistan et Sri Lanka ont ratifié (ou adhéré à) la Convention internationale sur les armes chimiques et à celle sur les armes biologiques. Tous ont envoyé un rapport initial au « Comité 1540 », créé en application de la Résolution 1540 du Conseil de sécurité de l’ONU, adoptée à l’unanimité le 28 avril 2004. Cette résolution stipule « que tous les États doivent s’abstenir d’apporter un appui, quelle qu’en soit la forme, à des acteurs non étatiques qui tenteraient de mettre au point, de se procurer, de fabriquer, de posséder, de transporter, de transférer ou d’utiliser des armes nucléaires, chimiques ou biologiques ou leurs vecteurs, en particulier à des fins terroristes. » Toutefois, aucun n’a soumis au Comité 1540 de plan national de mesures de prévention de la prolifération de ces armes et de leurs vecteurs. Par ailleurs, l’Inde et le Pakistan n’ont pas ratifié le Traité sur la prolifération des armes nucléaires ni le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires et ni le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires. Cependant, l’Inde a signé un protocole additionnel avec l’Agence internationale de l’énergie atomique, ouvrant la voie à un accord de coopération avec les Etats-Unis en 2006. Quant à la lutte contre la prolifération de missiles balistiques, le Pakistan s’abstient systématiquement lors des votes des résolutions bi-annuelles de l’ONU en faveur du HCoC. Toutefois, l’Inde et le Pakistan ont conclu un accord en 2005, prolongé en 2011 et portant sur un préavis de 72 heures des essais en vol de missiles balistiques, en fixant des limites géographiques et des trajectoires claires pour ces essais.

Loïc Salmon

Seul instrument multilatéral centré sur les vecteurs d’armes de destruction massive, le Code de conduite de La Haye contre la prolifération des missiles balistiques (HCoC), créé en 2002, compte 143 Etats signataires en décembre 2020. Ceux-ci s’engagent à : respecter les traités de l’ONU et les conventions internationales sur la sécurité spatiale ; soumettre une déclaration annuelle sur leurs capacités en matière de missiles balistiques et leur politique nationale sur la non-prolifération et le désarmement ; envoyer des notifications préalables à tout lancement de missile balistique ou de lanceurs spatial. L’Autriche, qui assure le contact central immédiat du HCoC, met ces informations en ligne sur une plateforme réservée aux Etats signataires. Ceux-ci s’engagent à la plus grande retenue dans le développement de leurs capacités balistiques, sans pour autant y renoncer. Le HCoC permet d’accroître la transparence, d’éviter tout malentendu et de développer pacifiquement des activités spatiales.

Missiles balistiques : limitation, mais prolifération quand même

Inde : industrie spatiale civile, mais de plus en plus militaire

Inde : du non-alignement à la volonté de grande puissance




Les 200 meilleures ruses et tactiques de guerre

Le combat sur terre et sur mer repose sur la tactique et la ruse. Cette dernière peut renverser la situation pour celui qui risquait, au début, d’être vaincu par un adversaire plus nombreux.

Souvent, la victoire résulte de l’effet de surprise, planifié ou improvisé. De l’Antiquité, avec le cheval de Troie, à la seconde guerre mondiale, avec le faux projet de débarquement des troupes alliées dans le Pas de Calais en 1944, les exemples abondent. Face à l’armée thrace, le stratège athénien Iphicrate (419-353 avant JC) abandonne son camp avec tous ses bagages et bêtes de somme et attire l’ennemi dans une embuscade. A Salamine (480 avant JC), le stratège athénien Thémistocle dispose de 380 trirèmes qui risquent l’encerclement par une flotte perse de plus de 600 navires. Il parvient à la désorganiser en l’obligeant à franchir un chenal étroit où les trirèmes grecques, plus rapides, la déciment. En 332 avant JC, Alexandre le Grand assiège la ville phénicienne de Tyr, située sur une île. Après sept mois de travaux et d’échecs, il envisage de lever le siège quand un énorme monstre marin s’échoue sur la jetée macédonienne. Les deux belligérants y voient un signe favorable. Mais alors que les Tyriens festoient toute la nuit, Alexandre déplace la plus grande partie de sa flotte sur un autre point et donne l’assaut final des murailles. Lors de la bataille des Champs Raudiens (30 juillet 101 avant JC), une armée romaine de 52.300 hommes affronte 160.000 Cimbres, venus du Danemark et guère habitués à l’été italien. Ces derniers, obligés de progresser face à l’Est avec leurs boucliers devant les yeux, portent des casques et cuirasses métalliques qui décuplent la chaleur. Les Romains remportent une victoire écrasante. Grâce à la chaleur, le roi de France Philippe IV le Bel remporte la victoire de Mont-en-Pévèle, le 18 août 1304, contre les troupes flamandes. A l’issue d’une journée caniculaire, sa cavalerie contourne l’armée adverse et s’empare de son camp, la privant de nourriture et de boisson. Le 5 novembre 1757, le roi de Prusse Frédéric II établit son camp à Rossbach sur une colline escarpée face à une armée française deux fois plus nombreuse. Feignant la retraite, il la prend à revers et la désorganise complètement. Pendant la guerre franco-prussienne de 1870-1871, Paris assiégé survit grâce à deux ruses : les ballons pour acheminer le courrier (3 millions de lettres), évacuer des personnalités et relever les positions de l’ennemi ; les pigeons voyageurs transportés par ballons, pour ne pas être interceptés, et porteurs de microphotographies (2.000 messages par pigeon). Durant la première guerre mondiale, quand ils font surface dans les eaux territoriales, les sous-marins britanniques rejettent de grandes quantités de pain pour attirer les mouettes, qui repèrent vite ce type de navire. Les guetteurs surveillent les attroupements de mouettes et, si aucun submersible britannique n’est censé se trouver à cet endroit, il s’agit d’un sous-marin allemand. Pendant la guerre du désert (juin 1940-février 1943), le célèbre illusionniste britannique Jasper Maskelyne, mobilisé dans l’unité spéciale de dissimulation « A Force », trompe l’Afrikakorps allemand par le déploiement de chars camouflés en faux camions. Il fait construire un faux port d’Alexandrie et l’allumage d’incendies pour leurrer la Luftwaffe, qui attaque de nuit. Le faux port est reconstruit avant l’aube, afin de berner les avions de reconnaissance allemands.

Loïc Salmon

« Les 200 meilleures ruses et tactiques de guerre », Anne Pouget. Editions Pierre de Taillac, 192 pages, illustrations, 9,90 €.

L’Armée Française en Guerre en 100 objets et 100 mots

Le fusil à tirer dans les coins

Le livre qui va faire de vous un chef




Défense : le sport, du haut niveau à la reconstruction

Préparation à l’engagement opérationnel, réinsertion des blessés, cohésion interarmées et partage des valeurs militaires constituent les objectifs du plan « Sports 2025 », qui va du sport d’élite à celui pour tous.

Le sport dans les armées a été présenté à la presse, le 8 juillet 2021 à Paris, par Hervé Grandjean, porte-parole du ministère, et le commissaire en chef de 1ère classe Hervé Piccirillo, commandant le Centre national des sports de la défense (CNSD).

Une organisation cohérente. Premier contributeur au soutien des sportifs français de haut niveau, le ministère des Armées partage avec eux les mêmes valeurs, à savoir performance, rigueur, courage, don de soi et respect des autres, souligne Hervé Grandjean. Créé en 2006, le CNSD assure ce soutien sous l’autorité du chef d’Etat-major des armées. Implanté à Fontainebleau, il comprend l’Ecole interarmées des sports et l’Ecole militaire d’équitation. Disposant d’un budget annuel de 4,5 M€, le CNSD assure d’abord la préparation physique et mentale des militaires, en raison d’un contexte d’engagement opérationnel toujours plus difficile. En outre, grâce à la pratique du sport, les blessés peuvent lutter contre le stress et l’isolement et se dépasser, malgré leur handicap. De plus, lors des compétitions internationales, les athlètes de haut niveau contribuent au rayonnement des armées françaises. Enfin, pour renforcer le lien entre la nation et ses armées, celles-ci organisent, au niveau local, des actions sportives avec les collectivités territoriales et les fédérations sportives.

Une montée en puissance. Après la seconde guerre mondiale, la France prend la tête du Conseil international du sport militaire, destiné à prôner l’amitié et la paix entre les peuples par le sport de compétition, indique le commissaire Piccirillo. Le « Bataillon de Joinville » est alors constitué en 1956 pour optimiser l’entraînement des sportifs de haut niveau en âge d’effectuer leur service militaire. A partir de 1967, il accueille 450 à 550 jeunes athlètes, issus de 54 fédérations sportives, au sein de l’Ecole interarmées des sports. A la suspension de la conscription et la mise en sommeil du bataillon en 2002, son palmarès s’établit à : 20.500 athlètes du contingent et de carrière ; 45 médailles olympiques ; 312 titres mondiaux ou militaires ; 952 titres nationaux ou internationaux. En 2003 et 2014, des accords-cadres interministériels visent à développer le sport de masse et celui de haut niveau au sein des armées. Réactivé, le Bataillon de Joinville devient « l’Armée de Champions » sous la direction du commissaire aux sports militaires, commandant du CNSD. Ce dernier recrute sous contrat des athlètes comme militaires du rang avec un emploi du temps adapté aux compétitions. Comme 20 % d’entre eux restent dans les armées, certains deviennent sous-officiers et même officiers. En 2021, cette armée de 148 sportifs de haut niveau, (26 en situation de handicap) se répartit entre 77 pour l’armée de Terre, 13 pour l’armée de l’Air et de l’Espace, 11 pour la Marine nationale, 21 pour la Gendarmerie nationale et 26 pour le Secrétariat général pour l’administration et le ministère de l’Intérieur. Aux Jeux olympiques (JO) de Rio de Janeiro en 2016, les femmes représentaient 46 % de l’Armée de Champions. Aux Jeux paralympiques (JP), elles ont remporté 67 % des médailles. La sélection des athlètes pour les compétitions relève uniquement des fédérations sportives. En 2021, celles-ci ont envoyé 54 athlètes militaires (15 disciplines) aux JO de Tokyo (23 juillet-8 août) et 20 (11) aux JP (24 août-5 septembre).

Loïc Salmon

Blessures et sports adaptés : reconstruction physique et psychique

Défense : les blessés et les jeunes du SNU à l’honneur

Défense : la féminisation des armées, un enjeu opérationnel

 




Défense : la laïcité, facteur de cohésion dans les armées

L’aumônerie militaire apporte un soutien cultuel, spirituel et moral à ceux qui le souhaitent, dans le respect de la laïcité en vigueur en France. De plus, elle conseille le commandement.

Outre Hervé Grandjean, porte-parole du ministère des Armées, les aumôniers en chef (AUMC) des principales religions pratiquées l’ont expliqué à la presse, le 24 juin 2021 à Paris : Mgr Antoine de Romanet, évêque aux Armées ; le rabbin Joël Jonas ; l’imam Nadir Méhidi ; le pasteur Etienne Waechter. Par ailleurs, un prêtre orthodoxe non AUMC est détaché au sein de la Légion étrangère. Même s’il n’y a pas d’AUMC bouddhiste, des contacts existent avec l’Union bouddhiste de France.

Une longue histoire. La laïcité s’oppose à la reconnaissance d’une religion d’Etat. Juridiquement, elle repose sur le principe de séparation des sociétés civile et religieuse dans l’Etat, qui observe impartialité et neutralité à l’égard des religions. En France, la loi de 1905 sur la laïcité garantit la liberté de conscience et de culte dans toutes les administrations publiques. Toutefois, pour les militaires, souligne Hervé Grandjean, les impératifs de la mission et le principe de cohésion l’emportent sur l’expression religieuse. La première aumônerie militaire remonte…à Pépin le Bref en 742 ! François Ier instaure la Grande Aumônerie du Roi en 1541. Louis XIII autorise le culte protestant dans les armées en 1626. Supprimée sous la Révolution (1789-1799), l’aumônerie militaire est rétablie sous la Restauration (1815-1830). Suite à la campagne d’Egypte (1798-1801), des imams servent dans les armées depuis l’époque napoléonienne. En 1866, Napoléon III organise, par décret, l’aumônerie militaire en temps de guerre. En 1874, la Troisième République promulgue une loi sur la présence permanente d’aumôniers catholiques, protestants et israélites. La loi du 8 juillet 1880, qui réaffirme la liberté de culte au sein des armées et le principe de l’aumônerie militaire, a donc précédé de 25 ans celle sur la laïcité. La mosquée de Paris est construite en 1926. Le Conseil français du culte musulman, qui représente les musulmans de France auprès des instances étatiques pour les questions religieuses, est institué en 2003. L’aumônerie militaire du culte musulman suit deux ans plus tard.

Un statut particulier. Les aumôniers militaires portent un uniforme, emblème de la communauté militaire, indique Hervé Grandjean. Leur insigne, formé de deux branches d’olivier entrecroisées, inclut un signe spécifique de reconnaissance : la croix pour les catholiques et les protestants ; les tables de la Loi pour les juifs ; le croissant pour les musulmans. Chaque aumônerie, dirigée par un AUMC, comprend des laïcs, dont des femmes. Le ministère des Armées rémunère les aumôniers selon l’âge et un barème de soldes variant du grade de lieutenant à celui de lieutenant-colonel. En 2019, il disposait de 209 aumôniers militaires d’active, 66 de la réserve opérationnelle et 83 de la réserve citoyenne. Environ 80 d’entre eux étaient déployés en opération. Leur recrutement se fait sur proposition de chacune des autorités religieuses civiles, à savoir le Diocèse aux armées françaises, la Fédération protestante de France, le Consistoire central israélite et le Conseil français du culte musulman. Outre un niveau théologique minimum, tout candidat doit avoir obtenu le diplôme universitaire de formation à la laïcité, rendu obligatoire par le décret du 3 mai 2017 pour tout futur aumônier pénitentiaire, hospitalier ou militaire, quel que soit son culte. Les aumôniers militaires, tous cultes confondus, reçoivent également une formation spécifique d’une durée de trois semaines à l’Ecole des commissaires des armées de Salon-de-Provence.

Le culte catholique. L’aumônier partage la vie de tous dans des dimensions d’écoute, de disponibilité et de confidentialité, indispensables quand les militaires se trouvent éloignés de leurs bases géographique, familiale et culturelle, souligne Mgr de Romanet. Il est à l’aise avec chacun, car il a le même grade que son interlocuteur. Il devient un compagnon d’armes des soldats, dont l’engagement légitime le droit de donner la mort. Les informations sur le moral des troupes remontent à l’AUMC, qui dépend du chef d’Etat-major des armées. Les armées vivent la laïcité de « façon exemplaire » dans le respect des croyances de chacun. La séparation des domaines politique et religieux fait partie intégrante de la religion chrétienne. Ni l’un ni l’autre ne présentent de caractère totalitaire, contre lequel la laïcité constitue un rempart pour la liberté. A cet égard, précise Mgr de Romanet, les quatre AUMC se rencontrent une fois par mois.

Le culte israélite. Au sein des armées, les quatre religions vivent ensemble et dialoguent, indique le rabbin Jonas. Une religion mal comprise peut devenir le ferment d’un conflit. Les accents qui se propagent sur les réseaux sociaux inquiètent 95 % des juifs français. Quand on a la foi, porter la mort n’est pas gratuit, précise l’AUMC. C’est le signe d’un engagement très fort pour servir les valeurs de la France. Les militaires voient parfois des scènes épouvantables, dont ils ont du mal à gérer et contrôler les images ensuite. La guerre du Golfe (1991) a donné lieu à une prise de conscience du syndrome post-traumatique, pour lequel les armées ont fait beaucoup d’efforts. Aux militaires qui en ont besoin, les aumôniers apportent un soutien sur tous les plans. Aux questions les plus courantes sur la vie quotidienne, ils apportent leur savoir-faire pour trouver les mots qui parlent à l’épouse et aux enfants ou suscitent confidence, confiance et amitié.

Le culte musulman. L’engagement de musulmans dans les armées françaises remonte à 1802, rappelle l’imam Méhidi. Suite à l’instauration du Conseil français du culte musulman en 2003, 36 aumôniers militaires, hommes et femmes, sont aujourd’hui présents dans les unités militaires en métropole et en opérations extérieures. Pendant la pandémie du Covid 19, ils accompagnent les familles dans l’accomplissement du deuil sur les plans religieux et moral. Au quotidien, les militaires musulmans pratiquent leur culte et conjuguent leur foi avec leur situation professionnelle. Ils concourent ainsi au succès de leur mission et tout en assouvissant leur quête de sens grâce à leur spiritualité, souligne l’imam Méhidi.

Le culte protestant. Dans les armées françaises, la laïcité permet une cohabitation des religions, dont les spécificités facilitent la compréhension et l’action communes, estime le pasteur Waechter. Elle constitue un aspect particulier des relations entre les religions, représentées par les aumôniers, et l’Etat, représenté par les armées détentrices de la force légale. Loin de les opposer, elle débouche sur une approche concrète et collaborative, fondée sur la raison d’être des aumôneries, quel que soit leur culte. Celles-ci sont destinées à aider les militaires, hommes et femmes, s’ils le souhaitent et dans des domaines divers et non exclusivement celui de la spiritualité. Les AUMC restent à l’écoute permanente du commandement. Quant aux blessés psychiques, le Service de santé des armées assure leur prise en charge. Les aumôniers n’interviennent auprès des familles que s’ils sont sollicités, précise le pasteur Waechter.

Loïc Salmon

Géopolitique : poids de l’élément religieux dans les relations internationales

Diplomatie : prise en compte du fait religieux dans le monde

Etats-Unis : influence religieuse sur la politique étrangère




Territoire national : soutien des armées, flexibilité et réactivité

Pour protéger la métropole et les outremers en cas de crise, les armées apportent leur appui par une combinaison des effets à tous les niveaux, quand les moyens des autorités civiles sont inexistants, insuffisants, inadaptés ou indisponibles.

Leurs missions ont été présentées à la presse, le 22 juillet 2021 à Paris, par Hervé Grandjean, porte-parole du ministère des Armées, et le colonel chargé du territoire national au Centre de planification et de conduite des opérations (CPCO).

Primo-interventions permanentes. Les menaces sur le territoire national risquent d’augmenter de façon exponentielle en période estivale, souligne Hervé Grandjean. Sous l’autorité, directe ou déléguée, du Premier ministre, les armées interviennent en premier en cas de crise dans les domaines aérien et maritime. La « posture permanente de sûreté aérienne » détecte, identifie et classifie 12.000 aéronefs qui survolent le territoire national chaque jour (hors contexte Covid-19). Mobilisés 24 heures sur 24, des équipages d’avions ou d’hélicoptères peuvent décoller en moins de 7 minutes le jour, 15 minutes la nuit ou même de 2 minutes en cas d’alerte renforcée. La « posture permanente de sauvegarde maritime » mobilise 1.300 marins dans les eaux territoriales (brigandage) et de la zone économique exclusive (luttes contre la pêche illégale et les narcotrafics). Les préfets maritimes de Cherbourg (Manche et mer du Nord), Brest (Atlantique) et Toulon (Méditerranée) exercent la police en mer. En outre-mer, ces postures sont assurées par les forces de souveraineté déployées aux Antilles, en Guyane, Nouvelle-Calédonie, Polynésie française et Zone Sud Océan Indien (La Réunion et Mayotte).

Dialogue civilo-militaire. La « posture de protection terrestre » complète le dispositif des sécurités intérieure et civile, qui relève du préfet, précise Hervé Grandjean. Une chaîne de commandement militaire en garantit la cohérence et l’efficacité. L’opération « Sentinelle » déploie quotidiennement 7.000 militaires dans les gares et aérogares, sites culturels ou touristiques, écoles et établissements institutionnels et lieux de forte affluence, rappelle le colonel du CPCO. En été, une posture renforcée se concentre notamment autour des festivals. Face à un événement d’ampleur exceptionnelle, le président de la République peut engager une réserve de 3.000 militaires. L’opération « Héphaïstos » de lutte contre les feux de forêts porte sur 23 départements du Sud de la France, du 25 juin au 16 septembre. Elle mobilise : 48 militaires pour la surveillance et la sensibilité du public ; 3 hélicoptères, dont 1 Gazelle pour la reconnaissance des zones de feux et 2 Cougar pour le transport de pompiers ; 1 groupe du génie pour ouvrir des pistes forestières et créer des coupe-feux ; 20 véhicules pour la sécurité civile. Ce dispositif est complété par des détachements de pompiers militaires du camp de Canjuers et des bases d’Istres, de Solenzara et de Toulon, ainsi que par des camions-citernes de l’armée de Terre. Les aéronefs de la sécurité civile se ravitaillent à la base aéronavale d’Hyères. L’opération « Résilience » de vaccination contre le Covid-19 implique 500 personnes de 7 hôpitaux des armées, des Ecoles militaires de santé de Lyon-Bron et de 3 centres civilo-militaires (Olivet, Mérignac et Dijon). L’opération « Harpie » (300 militaires) en Guyane porte sur la destruction de sites et la neutralisation de flux logistiques de l’orpaillage clandestin.

Loïc Salmon

Territoire national : protection permanente contre intrusions aériennes et maritimes

Armée de Terre : création d’un commandement pour le territoire national

Défense : opération « Résilience » contre le covid-19