Marines : le combat naval hybridé

Les plateformes navales, construites pour durer longtemps, doivent pouvoir intégrer très rapidement les innovations, dont les drones. En 2026, le secteur naval de défense a connu des augmentations de 50 % en tonnage et sur le plan budgétaire.

Euronaval, plus grand salon mondial dans ce domaine et organisé tous les deux ans à Paris Nord Villepinte, a accueilli 500 exposants en 2024 et en attend 700 du 3 au 6 novembre 2026. Le 20 octobre, une visioconférence de presse a notamment réuni le contre-amiral (2s) Guillaume Merveilleux du Vignaux (photo, haut), commissaire général d’Euronaval, et Philippe Missoffe (photo, bas), directeur général du Groupement des industries de construction et activités navales.

Transparence accrue sur mer. De nouveaux acteurs difficilement identifiables émergent et disparaissent, à savoir flottes fantômes, pirates, trafiquants et acteurs pilotés par des intérêts étatiques comme les milices de pêche chinoises, indique l’amiral Merveilleux du Vignaux. Complémentaire des sonars et des satellites, les drones permettent de multiplier et d’envoyer plus loin des capteurs, dont les systèmes optroniques et de détection électromagnétique s’améliorent. La dispersion des capteurs accroît la capacité à agir depuis la terre dans les zones resserrées, comme le détroit d’Ormuz pour l’Iran et celui de Bab el-Mandeb pour ses alliés Houthis, en utilisant des missiles balistiques, difficiles à intercepter, et des drones moins chers, dont la masse provoque des dégâts moindres mais des difficultés sérieuses. Les menaces contre ces détroits et en mer Rouge obligent les navires de commerce à faire le tour de l’Afrique, augmentant d’autant les coûts de transport et d’assurance. Parallèlement à l’opération américaine « Prosperity Guardian », l’Union européenne déploie la mission « « Aspides » à laquelle la France participe, pour protéger le trafic maritime dans le golfe d’Aden et en mer Rouge. Sur le plan énergétique, les Marines militaires augmentent leurs besoins en électricité pour la propulsion, les architectures logicielles, les capacités de calcul et l’interopérabilité avec des systèmes de plus en plus distribués. Le numérique et l’intelligence artificielle apportent des solutions techniques pour la propulsion, la maintenance prédictive et le traitement des masses d’informations. Le quantique permettra d’améliorer les capacités de détection, de transmission et de cryptage. Les ingénieurs civils embarquent sur des bâtiments militaires, en vue d’un retour d’expérience rapide sur la mise en œuvre de nouveaux équipements.

Grandes tendances du naval de défense. Le chiffre d’affaires mondial du domaine naval est passé de 82 Mds€ en 2024 à 122 Mds€ en 2026, dont 27 Mds€ pour les sous-marins nucléaires d’attaque (SNA), précise Philippe Missoffe. Même si les États-Unis restent la première puissance navale en tonnage, la Chine dispose de plus de navires qu’eux avec 412 unités, dont 40 % de moins de 8 ans. La France arrive au troisième rang devant la Russie. Outre le lancement du programme du nouveau porte-avions France-libre, elle construit un SNA par an et excelle dans la guerre des mines. La loi de programmation militaire 2024-2030 prévoit d’augmenter les fournitures de munitions pour mieux armer les navires de premier rang et répondre aux nouvelles menaces, dont les drones armés. Plusieurs Marines, dont celle de la France et de Grande-Bretagne, souhaitent développer des flottes hybrides pour gagner en résilience. Les systèmes de lutte anti-drones se développent. Les sous-marins seront équipés de systèmes à basse fréquence pour mieux communiquer avec l’extérieur, tout en restant discrets. Les drones pourront communiquer avec une flotte de surface ou des stations à terre. Utilisée pour la définition des cibles lors des frappes américaines contre l’Iran, l’intelligence artificielle permettra la fusion des renseignements des capteurs et la détection des signaux faibles pour renforcer la supériorité informationnelle.

Loïc Salmon

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