Marine nationale : le futur porte-avions France-Libre, projection de puissance française et européenne

Le porte-avions France-Libre, opérationnel en 2038, prendra en compte les cycles rapides d’innovations technologiques, dont l’intelligence artificielle et les drones.

Pierre-Éric Pommellet, président-directeur général de Naval Group, qui participe à sa construction, l’a expliqué lors d’un colloque organisé, le 1er avril 2026 à Paris, par le magazine hebdomadaire Le Point.

Bâtiment agrégateur de forces. Actuellement, le groupe aéronaval français, centré sur le porte-avions Charles-de-Gaulle, dispose d’une escorte de frégates françaises, où s’intègre une frégate néerlandaise, allemande ou grecque pour les luttes anti-aérienne et anti-sous-marine. Outre cette protection, sa résilience repose sur sa mobilité car il peut parcourir 1.000 km par jour (11,57 m par seconde), de quoi rendre très difficile le guidage terminal d’un missile balistique (volant à 4 ou 5 km/s) ou hypervéloce (au moins 3 km/s) adverse. Les États-Unis n’ont pas suspendu la construction de porte-avions et commencent par envoyer un groupe aéronaval dans la zone où ils souhaitent intervenir. Le groupe aéronaval futur comptera des avions et des drones. La Chine, l’Inde, l’Italie et la Grande-Bretagne en développent et l’Espagne se pose la question. Demain, une flotte de surface hybride disposera de capacités de défense aérienne et anti-drones et élargira la bulle de protection du groupe aéronaval. Voici les caractéristiques du porte-avions France-Libre : longueur, 330 m ; largeur, 90 m ; vitesse maximale, 27 nœuds (50 km/h) ; poids total, 78.000 t ; surface du pont d’envol, environ 17.000 m2 ; équipage, 2.000 personnes ; durée du service, environ 45 ans. Outre Naval Group, Technic Atome et les Chantiers de l’Atlantique, 800 entreprises de tailles petite, moyenne et intermédiaire participent à sa réalisation et 90 % des achats seront effectués en France. La propulsion nucléaire donne au porte-avions son allonge et sa capacité de déploiement, comme l’a démontré le Charles-de-Gaulle, passé du Grand Nord à la Méditerranée en une huitaine de jours. Ce dernier aura connu trois arrêts techniques majeurs, un tous les dix ans, autour de la chaufferie (réacteur) nucléaire pour lui redonner de l’autonomie. Pour le France-Libre, tout a commencé en 2020 par des avant-projets détaillés, des études et de la préparation. L’étape actuelle a lieu au site de Cherbourg de Naval Group, où une nouvelle « nef d’intégration » de deux chaufferies nucléaires a été construite pour les installer sur le porte-avions et le sous-marin qui arrive en même temps. La phase d’après se déroulera à Saint-Nazaire sur le site des Chantiers de l’Atlantique, qui construisent les coques des grands navires civils et des unités militaires, dont les porte-hélicoptères et les bâtiments ravitailleurs de forces. Enfin, sera réalisé le système de combat des bâtiments de surface (porte-avions et frégates), l’une des spécialités de Naval Group. A cet effet, il compte sur ses partenariats : le groupe Thalès pour les senseurs, les radars et les contre-mesures ; le missilier MBDA pour les armements ; le groupe Safran pour un certain nombre d’équipements.

Carnet de commandes rempli. Naval Group dispose de sites à Cherbourg et Lorient pour la construction navale, à Toulon pour l’entretien de la flotte de surface et à Brest pour la Force océanique stratégique (FOST). Il réalise un tiers de son chiffre d’affaires à l’international, où il a récemment obtenu des contrats de sous-marins aux Pays-Bas et en Indonésie et de frégates en Grèce. Les deux autres tiers, en France, dépendent des lois de programmation militaire qui prévoient le renouvellement de toutes les composantes navales. Le 4ème sous-marin nucléaire d’attaque de la série de 6 de la classe Barracuda effectue ses essais à la mer et les deux suivants seront livrés d’ici à 2030. Les 4 sous-marins nucléaires lanceurs d’engins de la FOST seront renouvelés d’ici à 2050 et le premier, dénommé L’invincible, doit entrer en service vers 2035.

Loïc Salmon

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