Exposition « 250 ans d’amitié franco-américaine » aux Invalides

Les alliances militaires entre la France et les États-Unis font l’objet d’une rétrospective depuis la guerre d’indépendance en 1776 jusqu’à l’engagement de la « Task Force La Fayette » en Afghanistan en 2009.
Les galeries de la cour d’honneur des Invalides à Paris présentent seize personnalités des deux pays, que complète une exposition d’objets emblématiques au corridor de Valenciennes. La statue de la Liberté à New York (photo), réalisée en France par le sculpteur Auguste Bartoldi, a été offerte aux États-Unis en signe d’amitié en 1886, à l’occasion du centenaire (avec dix ans de retard) de la Déclaration d’indépendance américaine.
Seize personnalités à l’honneur. Tout commence avec Gilbert du Motier, marquis de La Fayette (1757-1834). Il combat aux côtés des insurgés américains contre la Grande-Bretagne de juin 1777 à janvier 1779 puis d’avril 1780 à décembre 1781 et contribue à la victoire décisive de Yorktown en octobre 1781. A sa mort, le Congrès américain rend hommage à « l’ami des États-Unis, l’ami de Washington, l’ami de la liberté ». Le général de brigade Simon Bernard (1779-1839), officier du génie pendant les guerres napoléoniennes, rejoint les États-Unis en 1816. Nommé responsable de la construction du système de défense des côtes de l’Atlantique, il participe à la rénovation de l’enseignement de l’Académie militaire de West Point et travaille à l’aménagement des routes et canaux. A sa mort, le gouvernement américain ordonne un deuil de 30 jours à tous les officiers de l’armée. Le magistrat Alexis de Tocqueville (1805-1859), envoyé aux États-Unis pour y étudier le système pénitentiaire, parcourt le pays de mai 1831 à janvier 1832 et rencontre de nombreux habitants, du simple citoyen au président Jackson. Dans son livre « De la Démocratie en Amérique » publié en deux parties en 1835 et en 1840, il examine les rapports complexes entre institutions politiques et société, liberté et égalité, mouvements associatifs et décentralisation. Nés aux États-Unis, Jérôme-Napoléon (1830-1893) et Charles Bonaparte (1851-1921) sont les petits-fils de Jérôme Bonaparte, frère cadet de Napoléon 1er et qui fut gouverneur de Invalides. Diplômé de West Point, Jérôme-Napoléon démissionne de l’armée américaine en 1854 pour servir son oncle Napoléon III dans ses campagnes militaires jusqu’en 1871. Juriste et homme politique, Charles devient notamment ministre de la Justice (1906-1909) et fonde, en 1908, ce qui deviendra le FBI pour lutter contre le crime organisé. Médecin républicain hostile au Second Empire, Georges Clemenceau (1841-1929) vit aux États-Unis de septembre 1865 à juin 1969. Il salue l’entrée en guerre des États-Unis en avril 1917 et devient président du Conseil en novembre. Il retourne aux États-Unis en 1922 pour tenter de convaincre l’opinion américaine de ne pas se détourner de l’Europe. Le général Joseph Joffre (1852-1931) arrête l’invasion allemande par la victoire de la Marne en septembre 1914. Envoyé aux États-Unis en avril 1917, il y rencontre les autorités politiques et militaires pour préparer l’intervention américaine en Europe. Le général John Pershing (1860-1948), plus haut gradé ayant servi dans l’armée des États-Unis, commande le Corps expéditionnaire américain en Europe qui s’illustre dans les combats du bois Belleau en 1918. Fils du président Théodore Roosevelt (1858-1919), Théodore (Ted) junior (1887-1944) et Quentin Roosevelt (1897-1918) ont servi en France lors des deux guerres mondiales. Quentin s’engage dans l’aviation américaine et est abattu le 14 juillet 1918 près de Reims. Un navire de guerre français portera son nom. Ted junior a été gazé sur le front français en 1918. Nommé général en 1941, il sert en Afrique du Nord et en Italie, s’illustre au débarquement du 6 juin à Utah Beach mais meurt d’une crise cardiaque en juillet 1944. Riche philanthrope, Anne Morgan (1873-1952) lève des fonds dès 1914 pour aider les populations françaises frappées par la guerre puis, en 1917, s’installe à Blérancourt (Aisne) avec une équipe d’infirmières et de conductrices pour contribuer à la reconstruction de la région. Première Américaine commandeur de la Légion d’honneur en 1932, Anne Morgan est la seule femme honorée par une plaque personnelle d’hommage dans la cour d’honneur des Invalides. Après un séjour en France de 1926 à 1933, l’artiste américain Alexander Calder (1898-1976) s’installe en Touraine en 1953. Créateur des « mobiles », assemblages de volumes animés par l’air et la couleur, il réalise, en 1942, le mobile « France Forever », offert au groupe de soutien américain à la Résistance française et acquis par le musée de l’Armée en 2020. Le général puis président des États-Unis, Dwight « Ike » Eisenhower (1890-1969), commandant en chef des forces alliées en Europe nord-occidentale dès fin 1943, planifie le débarquement en Normandie et autorise la 2ème Division blindée (DB) du général Leclarc à entrer la première dans Paris en 1944. Ancien combattant de la première guerre mondiale (11 citations et 7 blessures), le lieutenant-colonel Raoul Magrin-Verney, dit Ralph Monclar (1892-1964) commande la 13ème Demi-brigade de la Légion étrangère au printemps 1940 et contribue, avec les troupes britannique, polonaise et norvégienne, à la victoire de Narvik contre l’Allemagne. Refusant l’armistice, il rejoint les Forces françaises libres et participe aux combats d’Afrique du Nord et du Proche-Orient puis, après 1945, à la guerre d’Indochine. Promu général de corps d’armée en 1950, il échange ses quatre étoiles contre les galons de lieutenant-colonel pour commander le bataillon français de l’ONU au début de la guerre de Corée (1950-1953). Son engagement lui vaut de recevoir les décorations militaires américaines Legion of Merit et Silver Star. Gouverneur des Invalides de 1962 jusqu’à sa mort, il y est inhumé dans le caveau des gouverneurs. L’acteur vedette Jean Moncorgé, dit Jean Gabin (1904-1976), refuse de tourner pour l’Allemagne et s’exile en1941 à Hollywood. En 1943, il s’’engage dans les Forces françaises libres, intègre la 2ème DB et participe à la libération de Royan et à la campagne d’Allemagne jusqu’en 1945. Danseuse dans des revues afro-américaines, Joséphine Baker (1906-1975) devient une star internationale à Paris en 1925 avec la « Revue nègre ». Naturalisée française en 1937 puis devenue « honorable correspondante » des services secrets français en 1939, elle se produit en Afrique du Nord dès 1943 devant les troupes alliées. En 1944, elle s’engage dans l’armée de l’Air en tant qu’officier de la propagande avec le grade de sous-lieutenant. Quoique inhumée à Monaco, elle « entre » au Panthéon à Paris en 2021.
« La Fayette, nous voilà ! » L’entente franco-américaine repose sur des relations diplomatiques et des engagements humains personnels. Distendue au cours des années, elle s’est renouée lors de conflits. Une petite salle en regroupe les principaux symboles. Nommé major général par le Congrès américain, La Fayette déclare en septembre 1778 : « Du premier moment où j’ai entendu prononcer le nom de l’Amérique, je l’ai aimée ». Lors de la visite à son tombeau le 4 juillet 1917, le lieutenant-colonel américain Charles Stanton, représentant du général Pershing, lui répond : « La Fayette, here we are ! » (La Fayette nous voilà). Fondée en 1783 par des officiers américains et français ayant combattu ensemble pendant la guerre d’indépendance, la Société des Cincinnati honore le héros romain Cincinnatus, modèle de vertu civique. Créé le 5 septembre 1917, l’Ordre de La Fayette a constitué un lien d’amitié entre les États-Unis et la France en admettant des officiers alliés ayant passé un an en zone de guerre.
Loïc Salmon
L’exposition « 250 ans d’amitié franco-américaine » » (1er juillet-30 novembre 2026), organisée par le musée de l’Armée, se tient aux Invalides à Paris. Elle présente des tableaux, documents, photographies, objets, décorations et armes. Des conférences, visites guidées, concerts et projections de films sont prévus. Renseignements : www.musee-armee.fr.
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