Menaces hybrides : conflits, climat et effets médiatiques

Conflits, terrorisme et catastrophes naturelles provoquent des crises de grande ampleur, par suite de leur résonance médiatique dans un monde de plus en plus interdépendant.

Ce thème a été abordé lors d’un colloque organisé, le 30 novembre 2017 à Paris, par le Conseil supérieur de la formation et de la recherche stratégiques. Y ont notamment participé : Louise Shelley, professeure à l’université américaine George Mason (affaires publiques) ; Renaud Girard, correspondant de guerre depuis 33 ans pour le journal Le Figaro.

Concomitances. Les interférences entre mondialisation débridée, cybercriminalité, conflits internes et changement climatique provoquent révoltes, misère et sècheresse avec leurs conséquences politiques, explique Louise Shelley. Depuis le début de la guerre civile en Syrie en mars 2011, 475.000 personnes ont été tuées et 14 millions blessées ou déplacées. Le dérèglement climatique a touché 5 millions de paysans depuis 2000 dans ce qui était, autrefois, le « croissant fertile » : Territoires palestiniens ; Israël ; Jordanie ; Liban ; Syrie, Nord et Est de l’Irak ; Ouest de l’Iran. Dès 1970, le président syrien Hafez-el Assad (père de Bachar) a interdit le creusement de nouveaux puits, entraînant un commerce illégal de l’eau qu’il a fallu puiser plus profondément. Chassés par la sècheresse, les paysans ruinés se sont regroupés dans des ghettos à la périphérie des villes. Il s’en est suivi pénurie d’infrastructures d’accueil, chômage, criminalité et émeutes. Ensuite, sont arrivés les réfugiés fuyant la guerre civile en Syrie et en Irak pour aller vers la Turquie, la Méditerranée et l’Europe. Ces derniers deviennent l’objet de trafics par des « passeurs », auprès desquels ils se sont endettés et qui les vendent comme esclaves pour se rembourser. Ceux qui parviennent à atteindre l’Europe créent une crise dans les pays peu équipés pour les accueillir. En outre, les trafics de drogue, d’antiquités, de pétrole et d’armes financent les organisations terroristes Daech et Al Nosra (affiliée à Al Qaïda). Les antiquités volées sont expédiées en contrebande vers les Etats-Unis et l’Europe. Depuis 30 ans, le commerce d’objets volés au Levant s’est diversifié par la vente en ligne sur internet, où les trafiquants utilisent algorithmes malveillants et liens anonymes. En 2017, le vol d’antiquités, de mots de passe et d’argent de comptes bancaires a touché 89 pays pour un montant estimé à 5 Mds$. Par ailleurs, souligne Louise Shelley, l’accord de Paris sur le climat (décembre 2015) a débouché sur un marché du carbone, dont une partie a été détournée par des banques et des organisations criminelles au détriment de l’Union européenne (environ 5 Mds€). La croissance démographique a induit une spéculation sur les ressources limitées, comme l’eau et le poisson. La surpêche industrielle sur les côtes africaines menace la survie des pêcheurs riverains. Les organisations criminelles avaient commencé leurs activités dans les ports de New York, Marseille, Vladivostok et Naples (mafia). Aujourd’hui, le déchargement à temps des biens périssables reste vital pour assurer une partie de leurs revenus. Les nouvelles technologies appartiennent surtout au secteur privé, qui s’intéresse aux bénéfices à en tirer. Le commerce légal pourrait être sécurisé par un partenariat plus efficace entre les secteurs privé et public. Mais les plates-formes de commerce illicite se trouvent aux Etats-Unis, guère enclins à les réglementer.

Médias. Dans un conflit asymétrique, l’instrumentalisation des médias occidentaux par une organisation insurrectionnelle constitue une arme du « faible » face au « fort », estime Renaud Girard à l’appui d’exemples récents. En 1998, l’organisation paramilitaire « Uceka » (Armée de libération du Kosovo), qui a récupéré des armes lors de la faillite de l’Etat albanais l’année précédente, s’empare du Sud de la Serbie peuplée en majorité d’Albanophones. Elle publie une édition en anglais de son journal de propagande destinée aux journalistes occidentaux, qu’elle emmène sur le terrain. Elle réussit à faire passer le message : « Si vous ne faîtes rien, il y aura un nouveau Srebrenica (massacre de 8.000 hommes et adolescents par une milice serbe en 1995) ». Pendant plus d’un an, l’Otan va bombarder la Serbie et y envoyer des forces spéciales pour obtenir le départ de la population serbe du Kosovo, qui fera reconnaître son indépendance par 76 pays en 2011. En 2006, le mouvement politico-militaire libanais Hezbollah, soutenu par l’Iran, va retourner la situation en sa faveur de la même façon. Il attaque la frontière israélienne, tue 8 soldats et en capture 2, qu’il compte échanger contre une terroriste de l’Armée rouge japonaise condamnée pour un attentat à l’aéroport de Tel Aviv en 1972. Le gouvernement israélien déclare vouloir récupérer les prisonniers et mettre un terme à l’activité du Hezbollah au Liban. Ce dernier tire 3.978 missiles sur Israël pendant une guerre de 34 jours, au cours de laquelle 119 militaires israéliens sont tués. Malgré des pertes très supérieures, le Hezbollah n’a pas cédé. Le ressenti dans les médias occidentaux devient : « Il n’a pas perdu la guerre contre Israël, donc il l’a gagnée ! » En 2008, le Hezbollah a renforcé sa puissance au Liban et va jouer la modération. Grâce à lui, l’Iran dispose d’un corridor vers la Méditerranée. En 2017, pendant la guerre contre l’Etat islamique (Daech), le « fort » reprend à son compte la tactique du « faible ». Les journalistes occidentaux seront intégrés dans des sections des armées de la coalition internationale pour couvrir la reconquête de Mossoul. Ce n’est pas le cas en Syrie lors de la reprise d’Alep, présentée comme un « monstrueux bombardement par les Russes, qui sont des sauvages ». La reconquête de Mossoul causera pourtant beaucoup plus de destructions et de morts parmi les civils que celle d’Alep, mais sera qualifiée de « guerre de libération ». Le terrorisme apparaît historiquement comme l’arme du « faible ». Selon Renaud Girard, le peuple palestinien a commis l’erreur d’y recourir à plusieurs reprises sans instrumentaliser les médias occidentaux, après l’émotion suscitée par les massacres de ses ressortissants dans les camps de Chabra et Chatila au Liban (1982) par la milice chrétienne des Phalanges que l’armée israélienne, présente, avait laissé passer.

Loïc Salmon

Stratégie : les menaces sans frontières d’aujourd’hui

Adversaire « hybride » : une menace élargie

Selon une déclaration du ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian lue lors du colloque, une redistribution de la puissance se manifeste à l’échelle mondiale avec une recomposition des rapports de forces internationaux et les risques de ruptures et de surprises stratégiques. Des stratégies conflictuelles apparaissent dans les espaces marin, extra-atmosphérique et cyber. Les crises se multiplient aux points de jonction des puissances d’influence. L’idéologie devient un champ de bataille. Malgré sa destruction militaire, le djihadisme de Daech distille sa vision totalitaire dans les esprits. Grâce à la liberté de communication et la révolution numérique, l’intimidation stratégique menace les démocraties par la diffusion de fausses nouvelles. L’hybridation des crises au Sahel et au Levant souligne la nécessité d’un recalibrage des forces et des moyens de renseignement, mais avec un risque de dérapage par certains Etats.




Espace exo-atmosphérique : compétition stratégique

Outil militaire et instrument de politique étrangère, la maîtrise de l’espace confère à un Etat une autonomie d’appréciation et donc de décision. Elle atteste aussi des niveaux scientifique, technique, industriel et financier atteints pour protéger le territoire national.

Le lieutenant-colonel Thierry Cattaneo, commandant le Centre opérationnel de surveillance militaire des objets spatiaux (Cosmos) de Lyon en a présenté, en partie, les enjeux à la presse, le 9 novembre 2017 à Paris.

Intervention et protection. Cosmos doit évaluer la situation spatiale, en vue d’apporter un appui aux opérations en cours (« Barkhane » au Sahel et « Chammal » au Levant), de préserver les satellites français de défense contre les risques de collision et de sécuriser les biens et les personnes contre les rentrées de débris dans l’atmosphère, explique le lieutenant-colonel Cattaneo. Le recueil et l’analyse d’informations spatiales consistent à transformer en éléments opérationnels les données scientifiques obtenues par les radars Graves (Grand réseau adapté à la veille spatiale) et Satam (Système d’acquisition et de trajectographie des avions et munitions). Sont aussi sollicités : la Direction du Renseignement militaire ; l’Observatoire de Paris ; l’Institut physique du globe de Paris ; le Centre national d’études spatiales (CNES) ; les partenariats internationaux ; les sources ouvertes. Graves se compose d’une station d’émission, d’une station de réception et d’un centre de calcul. Unique en Europe, il détecte tous les objets évoluant de 400 à 1.000 km au-dessus de la terre. L’appui à une opération militaire extérieure commence par une préparation et une planification en amont, grâce à des renseignements d’origine image et électromagnétique avec une précision GPS. De leur décollage à leur retour, les avions de chasse sont suivis par GPS et liaisons haute fréquence, parallèlement au survol des objectifs par un satellite espion, de 2 heures avant les frappes jusqu’à 4 heures après. L’évaluation des dommages, de 30 minutes à 1 heure après les frappes, est complétée par des drones de renseignements d’origines image et électromagnétique. Par ailleurs, Graves suit les modifications électromagnétiques des hautes couches de l’atmosphère produites par les éruptions solaires. Celles-ci peuvent affecter la trajectoire des objets en orbite basse (missiles) et perturber les moyens de communications sur terre. Lorsqu’un objet spatial potentiellement dangereux ou même qu’un objet spatial lancé par la France (15 en 2016 et 14 en 2017) menace le territoire national, Cosmos en informe la Direction générale de l’armement (fournisseur de données) et le CNES (analyste). Il prévient également le Centre opérationnel de gestion interministérielle des crises ou le ministère des Affaires étrangères pour une mise en alerte de la sécurité civile du pays concerné. Le 27 février 2014, le CNES avait décidé de modifier l’orbite d’un satellite de la constellation Elisa pour éviter une collision avec un satellite non-manœuvrable qui aurait provoqué sa destruction et la perte de ses données. Elisa compte quatre satellites de 40 kg chacun pour l’écoute d’émissions électromagnétiques et qui évoluent à plus de 600 km d’altitude depuis décembre 2011. La France dispose d’environ 15 satellites en orbite et les Etats-Unis près de 200, dont 40 pour le GPS et 20 non officiels.

« Arsenalisation » de l’espace. Les Etats-Unis, la Russie et la Chine peuvent détruire physiquement un satellite, mais les débris ainsi créés risquent de perturber, à terme, les orbites opérationnelles de leurs propres satellites. D’autres moyens menacent les satellites, précise le lieutenant-colonel Cattaneo : aveuglement par laser ; prise en mains de l’orbite par des cyberattaques ; armes à énergie dirigée. Par ailleurs, selon la Revue stratégique de défense et de sécurité nationale 2017, de plus en plus d’acteurs étatiques et privés ont accès à l’espace avec le risque de banalisation de ses usages et une concurrence industrielle accrue. L’espace devient un domaine de confrontation, où certains Etats peuvent être tentés d’en dénier l’accès par la force ou de menacer l’intégrité de satellites en orbite. En effet, les progrès des techniques de rendez-vous dans l’espace et les capacités de robotique et de propulsion électrique permettent de réparer, ravitailler en carburant et même « désorbiter » des engins spatiaux. Sous couvert d’objectifs civils, des Etats peuvent financer des technologies potentiellement antisatellites. Celles-ci permettraient la mise en service d’outils, dont les actions seraient beaucoup plus difficiles à détecter, suivre, attribuer et contrer que des missiles, lasers ou brouilleurs. Depuis 1958, le Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord (Norad) surveille l’espace aérien des Etats-Unis et du Canada, élément déterminant de la défense antimissile. Son réseau de radars et des systèmes optiques se répartit sur les cinq continents. Depuis 2015, le centre de commandement du Norad est enfoui dans le Mont Cheyenne (Colorado), en raison de la menace potentielle d’une destruction de ses moyens de communications par une brève et très forte émission d’ondes électromagnétiques, provoquée par une explosion nucléaire à haute altitude. La Chine développe son propre programme de satellite d’alerte précoce et de capacité antisatellite. L’Inde développe un programme de défense antimissile et a conclu un partenariat stratégique avec les Etats-Unis. A la suite des tirs de missiles nord-coréens passant au-dessus de son territoire, le Japon coopère avec les Etats-Unis dans ce domaine depuis 1998, mais développe sa propre capacité d’alerte. La Corée du Sud a conclu un accord avec les Etats-Unis sur le déploiement, sur son sol, d’un système américain de missiles antibalistiques, opérationnel depuis avril 2017.

Loïc Salmon

Espace : dissuasion nucléaire et souveraineté européenne

Espace : nécessité d’une capacité commune de surveillance

Défense antimissiles : surtout protection des forces, moins celle des populations

Depuis 2005, le système radar français Graves (surveillance de tous les satellites d’observation et d’écoute) a détecté des satellites inconnus et des essais de lancement iraniens et nord-coréens. En janvier 2007, le satellite chinois Fengyun 1C a été détruit à 800 km d’altitude par impact cinétique d’un missile chinois. En février 2008, le satellite de reconnaissance américain USA 193 a été détruit à 100 km d’altitude par un missile SM-3 block 1 tiré du croiseur américain Lake-Erie, équipé du système antimissile balistique Aegis. En février 2009, le satellite commercial de téléphonie Iridium 33 est entré en collision avec le satellite russe de télécommunications militaires Kosmos-2251. En mai-août 2014, le satellite chinois d’alerte avancée Shijian 15 a réalisé un rendez-vous en orbite. En 2016, le Centre opérationnel de surveillance militaire des objets spatiaux (Cosmos) a établi un bilan : 15 rentrées atmosphériques de débris, dont 7 à risque ; 14 rapprochements à risques dont 1, critique, a nécessité le déplacement d’un satellite français ; 17.729 objets catalogués par le ministère américain de la Défense. Pour chaque évènement spatial détecté, Graves procède à une analyse de son origine, naturelle, accidentelle ou volontaire. Il a constitué un catalogue d’objets spatiaux, dont 8 % sont actifs et connus. Cosmos suit 40 % de ces objets connus. Le catalogue de Graves inclut 20 % d’objets d’intérêt militaire et 2 % d’objets classés « sous-marins spatiaux ».




DRM : intégrateur du renseignement militaire

Outil d’aide à la décision du président de la République, de la ministre de la Défense et du chef d’Etat-major des armées, la Direction du renseignement militaire (DRM) doit équilibrer appui aux opérations, lutte contre le terrorisme et anticipation stratégique.

Son directeur, le général de corps aérien Jean-François Ferlet, l’a expliqué à la presse le 21 décembre 2017 à Paris.

Les armées. A la tête de la chaîne de la fonction interarmées du renseignement, la DRM emploie directement 2.000 personnes, auxquelles s’ajoutent les 8.000 agents spécialisés des armées de Terre et de l’Air, de la Marine nationale et du Commandement des opérations spéciales. Pour couvrir l’ensemble du spectre du renseignement humain, électromagnétique, radar, optique et numérique, elle assure l’interopérabilité des plates-formes, capteurs et modes de recueil : aéronefs habités et drones, unités navales et moyens spatiaux. Toutes les données remontent à la DRM, en vue d’une synthèse pour évaluer le renseignement. En raison du volume de données en croissance exponentielle et conformément à la Revue stratégique 2017, la DRM devra intégrer, à tous les niveaux, des traitements automatisés d’exploitation et d’analyse afin d’accélérer les boucles décisionnelles du renseignement d’intérêt militaire. Cela passe par l’amélioration de l’interconnexion de réseaux choisis, robustes, bien adaptés aux besoins et indispensables entre les différents partenaires, précise le général. En outre, une démarche est déjà engagée sur l’aide augmentée à l’analyse du renseignement, à savoir les « big data » et l’intelligence artificielle. Ces nouveaux outils influent sur l’expertise et les emplois à la DRM. Il lui faut du temps pour recruter, former et fidéliser des personnels très qualifiés et convoités par le secteur civil. Elle doit imaginer les métiers de demain, aux compétences différentes de celles d’aujourd’hui.

Niveau stratégique. La DRM participe aux travaux d’anticipation stratégique qui fixent les zones géographiques d’intérêt prioritaire. Elle échange des informations avec les cinq autres services renseignement (SR) du « premier cercle » du coordinateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme (CNR-LT) : Direction générale de la sécurité intérieure ; Direction générale de la sécurité extérieure ; Direction du renseignement et de la sécurité de la défense ; Direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières ; Tracfin (Traitement du renseignement et action contre les circuits financiers clandestins). Les directeurs se rencontrent tous les 15 jours chez le CNR-LT et, dans la pratique, une fois par semaine en fonction de l’actualité, indique le général Ferlet. Des rencontres aux niveaux subalternes ont lieu au sein de la cellule « Hermès » pour la rédaction de documents communs. Sur le plan international, la DRM échange des renseignements sur les opérations en cours avec l’OTAN et l’Union européenne au niveau bilatéral entre Etats membres. Le général Ferlet rencontre régulièrement six responsables des SR américains couvrant le spectre de la DRM. En outre, le « Comité La Fayette » établit une feuille de route sur la coopération franco-américaine. Dans le cadre de l’opération « Chammal » au Levant, la DRM dispose de ses propres capteurs et échange des renseignements avec tous les partenaires de la région, sur la base d’accords, formalisés ou non et selon les capacités du pays. Cela concerne Daech, Al Qaïda, l’environnement de Djibouti et la guerre civile au Yémen.

Loïc Salmon

Renseignement militaire : clé de l’autonomie stratégique et de l’efficacité opérationnelle

DRM : des moyens de haute technologie pour le recueil de renseignements

Renseignement : lancement de « l’Intelligence Campus »




Défense : face aux menaces, un modèle d’armée complet

Les armées doivent protéger le territoire national, répondre à une crise dans le voisinage proche, conserver l’ascendant sur tout adversaire non étatique, réagir à une confrontation avec un Etat.

Ces missions, complémentaires de la dissuasion nucléaire avec ses composantes aérienne et océanique, ont été définies dans le document « Revue stratégique de défense et de sécurité nationale 2017 », rendu public le 13 octobre 2017 par le ministère des Armées pour préparer une nouvelle loi de programmation militaire.

Protection. Le territoire national sera mieux protégé par : la modernisation du réseau radar de surveillance maritime Spationav ; la couverture radar 3D de l’espace aérien ; la posture de protection terrestre avec capacité à opérer en milieu nucléaire, radiologique, biologique ou chimique. Les capacités de détection et de neutralisation des drones aériens ainsi que la protection des équipements et des personnels seront développées. Elles complèteront la modernisation des systèmes sol-air, des hélicoptères légers et des moyens navals, sous-marins et aéromaritimes.

Adaptation et coopérations. Sous très faible préavis, les armées doivent pouvoir intervenir simultanément sur des théâtres d’opérations dispersés. La durée variable des engagements nécessite une masse critique suffisante de forces disponibles (hommes, équipements et stocks). Cette capacité repose sur une base industrielle et technologique de défense, qui requiert la participation des armées à des tâches associées à l’exportation. Sur le plan opérationnel, les armées doivent : acquérir et conserver la supériorité au combat dans tous les milieux ; frapper dans la profondeur ; acheminer les moyens en urgence sur un théâtre durci et les protéger contre les menaces conventionnelles ; être mobiles au sein du théâtre ; fournir les appuis feu au contact de l’adversaire ; mener des opérations amphibies, aéroportées, en zone urbaine, montagne, désert ou jungle ; extraire du personnel en milieu hostile. Toutefois, agir de façon autonome dans n’importe quel contexte et détenir toutes les aptitudes au plus haut niveau de performance ou de masse ne semblent guère possibles aujourd’hui. Mais le renoncement, même temporaire, à une aptitude opérationnelle entraîne un risque de perte définitive de certaines compétences. Par ailleurs, faute de capacités suffisantes, la complexité de certaines missions nécessite des partenariats, une fois les conditions politiques réunies. En coalition, l’interopérabilité implique des normes communes, techniques pour les systèmes de commandement et équipements majeurs, mais aussi en matière de concepts, doctrines, tactiques et procédures. Parfois, la France doit pouvoir fournir des capacités discriminantes et un volume de forces significatif pour jouer le rôle de « nation cadre » pour des actions relevant d’aptitudes militaires à haute valeur ajoutée : planification ; génération de forces, commandement et contrôle d’une opération. Dans le cadre de l’OTAN, elle doit fournir les capacités nécessaires au commandement d’une petite opération commune (SJO en anglais) et d’une composante pour une grande opération commune (MJO). Elle participe à la définition des normes OTAN sur l’interopérabilité des matériels et le contrôle politique des nations sur les capacités communes essentielles.

Renseignement. Il s’agit d’investir dans tout le spectre : humain, électromagnétique, radar, optique et numérique. Les plates-formes, capteurs et modes de recueil seront diversifiés : aéronefs habités ; drones ; unités navales ; moyens spatiaux. Leur complémentarité doit permettre l’accès à des cibles liées à tout type de menaces. Pour accélérer les prises de décisions, une meilleure interconnexion entre les différents systèmes améliorera et intégrera des traitements automatisés d’exploitation et d’analyse, intelligence artificielle et « big data » compris. La vulnérabilité croissante des moyens de commandement et de surveillance nécessite de sécuriser les moyens spatiaux et la conduite des opérations en augmentant, notamment, le niveau de protection et de résilience des futurs satellites Syracuse 4. En outre, la capacité d’alerte avancée permettra de mieux identifier une menace balistique, en déterminant l’origine d’un tir et l’évaluation de la zone ciblée.

Systèmes de commandement. L’amélioration de l’homogénéité et de l’interopérabilité des systèmes facilitera l’engagement sur un théâtre avec les Etats membres de l’OTAN et des pays partenaires de circonstance. La boucle décisionnelle sera accélérée par le partage de l’information, tout en en gardant la maîtrise dans le risque cyber. Entrer en premier. Face aux systèmes défensifs de haute technologie et aux capacités adverses de déni d’accès dans les milieux physiques et immatériels, il s’agit de disposer de la capacité de passer outre et de réduire le niveau de la menace, en vue d’y conduire des opérations militaires. Au préalable, celles-ci exigent la supériorité aérienne pour conférer la liberté d’action nécessaire aux forces terrestres et navales. La frappe des centres de gravité ennemis dans la profondeur du théâtre nécessite de pouvoir opérer depuis le territoire national, à partir de bases aériennes projetées, d’emprises terrestres ou depuis la mer par le groupe aéronaval. L’allonge des systèmes d’armes augmentera avec la combinaison entre avions ravitailleurs et armements. La capacité de projection de puissance sera accrue par les missiles de croisière : navals ; aéroportés rénovés ; antinavires à développer avec la Grande-Bretagne. Les capacités des forces spéciales seront renforcées en termes de projection et de mobilité. Les opérations dans l’espace numérique jusqu’au niveau tactique, intégrées à la chaîne de planification et de conduite des opérations militaires, exploiteront la numérisation croissante des adversaires, étatiques ou non.

Combat terrestre futur. Le programme Scorpion de l’armée de Terre permettra d’augmenter la puissance et l’agilité des unités engagées. L’armement des drones aériens apportera une capacité de réaction adaptée à des adversaires plus fugaces et à des espaces étendus. Le successeur du char Leclerc et le futur système d’artillerie seront étudiés en coopération avec l’Allemagne.

Loïc Salmon

La France a souscrit des engagements contraignants dans le cadre du Traité sur l’Union européenne de 2009 (TUE) et du Traité de Washington de 1949. L’article 42.7 du TUE précise : « Au cas où un État membre serait l’objet d’une agression armée sur son territoire, les autres États membres lui doivent aide et assistance par tous les moyens en leur pouvoir, conformément à l’article 51 de la charte des Nations Unies ». Le TUE rappelle que « les engagements et la coopération dans ce domaine demeurent conformes aux engagements souscrits au sein de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord, qui reste, pour les États qui en sont membres, le fondement de leur défense collective et l’instance de sa mise en œuvre ». Selon le Traité de Washington, la France doit « assister la partie ou les parties ainsi attaquées en prenant aussitôt, telle action (jugée) nécessaire, y compris l’emploi de la force armée, pour rétablir et assurer la sécurité dans la région de l’Atlantique Nord ».




Défense : le futur combattant dans un monde numérisé

L’intelligence artificielle, appliquée aux systèmes d’armes, va transformer la conduite des opérations et obliger à repenser les doctrines. Son emploi dans les unités robotisées permettra d’exclure les soldats des zones meurtrières de combat immédiat.

L’Association des auditeurs de l’Institut des hautes études de défense nationale a organisé, le 4 octobre 2017 à Paris, un colloque sur ce sujet, auquel ont participé des experts et de hauts responsables dans les domaines du numérique et du renseignement. Par ailleurs, une exposition au musée de l’Armée à Paris (12 octobre 2017-28 janvier 2018) évoque l’évolution du combattant futur (2010-2040).

Le théâtre d’opérations de demain. La connaissance de l’environnement tactique sera accrue par la mise en réseau de données de capteurs et d’images et l’extension, par l’emploi de robots, de la zone contrôlée par une unité, explique un expert du numérique. Le soldat sera ainsi mieux renseigné sur les intentions de son chef qui, lui, en saura davantage sur les capacités physiologiques de son unité (niveaux de fatigue et d’attention). Déjà, pour pallier les contraintes relatives à des systèmes plus performants, mais aussi plus complexes, l’interface avec le combattant reste simple et lui laisse les mains libres quand il communique. A terme, l’aide à la décision sera renforcée par : des traductions simultanées dans le dialecte local ; la consultation de bases de données externes, dûment validées, stockées et sécurisées à distance pour faciliter la détection et l’identification de cibles, notamment par la reconnaissance faciale. Tout cela implique un entraînement intensif sur simulateur.

Les ruptures technologiques. A l’horizon 2040, l’équipement du soldat devrait évoluer dans la continuité de celui de 2010 (voir encadré) ou bien connaître de véritables mutations, selon une hypothèse présentée à l’exposition « Dans la peau d’un soldat » du musée de l’Armée. Ainsi, le casque intégral avec interface cerveau/ordinateur permettrait : l’assistance à la décision ; la réduction du stress en temps réel ; la détection et l’analyse d’images, de sons, de signaux radar, de traces d’explosifs et de risques nucléaires, bactériologiques et chimiques ; la prise en compte de cibles multiples par l’intelligence artificielle ; l’interface de gestion de drones aériens et terrestres ; les commandes par le regard et la pensée ; l’intégration d’un filtre et d’un respirateur. Des sous modules de communication pourraient intégrer la collecte de renseignements par l’analyse de tous les réseaux (téléphone, internet, radio et satellite). Le fusil électromagnétique utiliserait des électro-aimants pour tirer à plusieurs kilomètres des projectiles spécifiques contre les personnels, les matériels ou les systèmes électroniques. Des « cyber armes » consisteraient en : brouilleurs de réseaux ; aspirateurs de données ; leurres numériques ; grenades contre les systèmes électroniques ; un couteau/outil multifonctions. Un système d’intégrité verrouillerait les autres systèmes par l’identification d’ADN ou l’analyse biométrique et pourrait s’autodétruire, s’il n’est pas employé par son propriétaire. Une armure connectée avec un exosquelette intégré, qui permet de marcher ou d’agir même avec un membre brisé, disposerait d’un camouflage adaptable, dynamique et « intelligent ». L’armure emporterait : un « fluide/pâte balistique » et des plaques en graphène (matériau 200 fois plus solide et 6 fois plus léger que l’acier) ; des équipements pour la surveillance des fonctions vitales ou secondaires, l’autodiagnostic des blessures, l’arrêt des hémorragies et l’injection d’antalgiques en cas de blessure ; un système anti-déshydratation. Les chaussures seraient munies de semelles avec un dispositif adhésif pour faciliter l’escalade et le franchissement. Elles emporteraient aussi un système « piézoélectrique » (production d’électricité par contrainte mécanique) pour alimenter les batteries des systèmes. Des modifications cybernétiques (implants) ou même génétiques augmenteraient les capacités physiques et mentales des combattants. Ces derniers seraient accompagnés de robots androïdes de combat, dotés d’une intelligence artificielle. Autour d’eux, des drones terrestres et aériens armés pourraient fonctionner en « ruches », produire d’autres drones ou se combiner entre eux.

La future puissance stratégique. L’intelligence artificielle (IA) accélère la convergence entre nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives (mécanismes de la pensée humaine et animale). Selon un expert du numérique, l’IA des systèmes armés nécessite un entraînement de systèmes d’apprentissage automatisés à partir de très grands volumes de données, susceptibles d’être manipulées ou détournées. La cybersécurité devra pouvoir détecter les structures de données fictives destinées à tromper les systèmes d’apprentissage. Les Etats-Unis, la Russie et la Chine considèrent déjà l’IA comme le vecteur de la puissance stratégique. Ils se sont déjà lancés dans la course aux systèmes d’armes robotisées, plus ou moins autonomes, à déployer sur les théâtres de conflit. La Russie exclut l’homme du combat en première ligne. En conséquence, elle a déjà développé sa robotique militaire : unité de combat Platform-M ; sentinelle Volk-2 ; démineur Ouran-6 ; engin Argo, équipé d’une mitrailleuse et de grenades ; tireur Strelok ; char T-14 Armata à tourelle automatisée ; système armé autonome Kalachnikov. La Chine, qui souhaite devenir la première puissance en robotique, n’a communiqué que sur un petit destructeur d’engins explosifs. Les Etats-Unis investissent dans les secteurs où l’IA est déterminante : armements hypersoniques ; armes à énergie dirigée ; domaine sous-marin ; développement de l’autonomie ; reconquête de la supériorité dans le domaine électromagnétique contre la menace protéiforme ; lutte informatique. La Marine et l’agence d’armement Darpa ont lancé le programme Sea Hunter, navire autonome de lutte anti-sous-marine, capable d’évoluer pendant plusieurs mois sur des milliers de kilomètres, tout en respectant les règles de la navigation internationale. La Corée du Sud a mis en œuvre le robot armé sentinelle SGR A1 à la frontière avec celle du Nord. Israël développe le robot armé Dogo pour le combat rapproché et les opérations antiterroristes.

Loïc Salmon

Sécurité : l’intelligence artificielle, enjeu de souveraineté nationale

Défense : l’essor du numérique sur le champ de bataille

Drones et armes hypersoniques : futurs enjeux de puissance

Dans le système FELIN (Fantassin à Equipements et Liaisons INtégrés) entré en service en 2010, le soldat français est coiffé d’un casque avec « coque balistique » anti-éclat pour : transmettre des sons à l’oreille interne par les os du crâne ; fixer des optiques de vision nocturne pour visualiser les images et informations captées par la lunette de l’arme (visée déportée). Dans son gilet électronique, il emporte des batteries, un boîtier calculateur, une radio, un système GPS, une gourde souple et des munitions. Son fusil d’assaut Famas FELIN, qui peut recevoir une baïonnette, est équipé d’une lunette multifonctions pour le tir de jour jusqu’à 600 m et de nuit jusqu’à 300 m. Il peut renvoyer l’image de visée de l’arme vers le casque (visée déportée), effectuer des prises d’images et les transmettre à sa hiérarchie. Une interface sur la poignée avant permet de piloter la lunette et d’accéder à la radio.




Sécurité : l’intelligence artificielle, enjeu de souveraineté nationale

Face à la puissance technique et financière des Etats-Unis et de la Chine dans le domaine de l’intelligence artificielle, l’émergence de « champions » en France repose sur une action transversale d’équipes de recherche, d’associations et de petites, moyennes et grandes entreprises.

Ce thème a fait l’objet d’une conférence-débat organisée, le 21 septembre 2017 à Paris, par l’Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice. Y sont notamment intervenus : le mathématicien Cédric Villani, titulaire 2010 de la Médaille Fields (équivalent du prix Nobel) et député de l’Essonne ; David Ofer, vice-président d’ITrust ; Luc Manigot, directeur des opérations de Sinequa ; la magistrate Myriam Quemener, conseillère juridique à la Délégation aux industries de sécurité et à la lutte contre les cybermenaces (ministère de l’Intérieur).

Caractéristiques. L’intelligence artificielle (IA) consiste en une multitude de techniques, qui répondent à des enjeux par des solutions adaptées, explique Cédric Villani. Compte tenu de la complexité des paramètres, l’algorithme va s’adapter au contexte et trouver une solution par tâtonnements, à partir d’exemples. L’IA a progressé grâce à un usage systématique de données, mais la modélisation facilite la compréhension de la causalité. L’excellence repose sur une recherche sur l’algorithme théorique, notamment par le CNRS, les sciences humaines et cognitives, les start-up, une grande base de données et la volonté d’allier le « scientifique » au « politique ». La recherche théorique doit déboucher vers « l’économique », mais les chercheurs français se rangent plutôt du côté de la théorie que de la valorisation, estime Cédric Villani. L’IA fait l’objet de débats intenses sur l’opposition de la confidentialité, pour protéger l’utilisateur, à l’intérêt public pour la mise en commun la plus large possible dans une société qui s’expose sur les réseaux sociaux. Dans le domaine de la santé, l’IA intervient dans la prévention et l’analyse de multiples cas pour détecter à l’avance un risque ou suggérer un traitement personnalisé. En matière de sécurité, un grand nombre de sources et de méthodes différentes permet d’éviter une réponse binaire. La vigilance s’impose pour évaluer le niveau des résultats attendus. Selon Cédric Villani, une démarche protectionniste conduit à l’échec. Il s’agit de maintenir l’expertise nationale et de permettre aux chercheurs de s’épanouir dans un contexte européen en tenant compte d’une perspective économique par rapport aux Etats-Unis et à la Chine.

Cybersécurité.  Aujourd’hui, les « APT » (« menaces persistantes avancées » en français) s’introduisent dans les réseaux informatiques des entreprises pour voler leurs données. Selon le Livre Blanc de la société de sécurité informatique ITrust, les attaques d’APT sont perpétrées, à des fins politiques ou financières, par des agences gouvernementales ou des organisations criminelles capables de financer leur propre programme de recherche de failles. Une attaque APT se poursuit longtemps, jusqu’à ce que la cible soit intégralement compromise. Un outil basé sur l’IA permet de mettre en valeur chaque zone ciblée par une attaque APT pour l’arrêter. L’attaquant procède en plusieurs étapes : reconnaissance de la cible par de nombreuses techniques ; armement pour combiner le vecteur d’attaque avec un contenu malicieux (« malware ») ; infiltration du malware ; exploitation d’une faiblesse logicielle ou humaine pour l’activer ; installation durable du malware sur un ordinateur hôte individuel ; appel du malware vers l’attaquant, qui en prend le contrôle ; exfiltration des données. L’IA analyse les flux d’informations pour détecter les signaux faibles d’un virus inconnu et déterminer l’origine, le scénario et la propagation de l’attaque, précise David Ofer. Ensuite, des outils interviennent avant que les pirates ne remplissent leur mission. Dès 2010, les agences de renseignement américaines CIA (civile) et DIA (militaire) ont mentionné l’existence d’APT. En matière de cybersécurité, la France emploie des ingénieurs et des chercheurs de haut niveau, soumis à une enquête préalable sur leur éventuel passé professionnel à l’étranger, indique David Ofer. Selon lui, les entreprises spécialisées dans l’IA et à la recherche des financements peuvent trouver des fonds de 60 M$ à 250 M$ aux Etats-Unis, contre 2 M$ en France. Parmi les 5 plus importantes dans ce domaine, figurent 3 américaines, 1 britannique et 1 israélienne. En outre, aux Etats-Unis, les forces armées achètent tous les produits IA des start-up ou les aident à trouver des clients. En Israël, le Mossad (service de renseignement) a créé un fonds d’investissements dédié et fondé sur l’adage : « vous avez une idée ? On va en parler dans trois ans ! » En Europe et en France, les petites et moyennes entreprises d’IA en cybersécurité ne devraient pas dépendre seulement des fonds publics, estime David Ofer. Il s’agit de les fédérer pour leur donner accès aux marchés financiers.

« Big Data ». Selon la société de sécurité informatique Sinequa, la traque financière des organisations criminelles ou terroristes doit relever trois défis : croissance exponentielle des volumes d’informations à collecter et à traiter ; diversité des sources et des formats (textes multilingues, images, vidéos et transcriptions audio) ; analyse de textes sophistiqués en plusieurs langues. Il s’agit d’accéder, par des outils d’IA, à celles utiles à la connaissance d’un « client », explique Luc Manigot. Leurs valeurs et variétés constituent un terreau complexe à partir duquel se construit un algorithme. Les services de renseignement se basent sur des règles déterminées, insuffisantes pour cerner tous les aspects du terrorisme. L’IA permet de construire des modèles départementaux pour disposer de la bonne information au bon endroit et au bon moment.

Justice et liberté. L’IA apporte une aide à la décision, estime Myriam Quemener. Elle permet d’accélérer les procédures et de modéliser beaucoup de décrets. La coopération public/privé existe. Ainsi, deux cours d’appel de province se sont associées à une start-up pour établir une plate-forme d’analyse juridique, en vue d’envisager des solutions. Toutefois, l’IA est perçue comme une menace par certaines professions de justice craignant d’être remplacées par des robots. En « pistant » les magistrats dans leurs recherches, l’IA met en péril leur indépendance, sans compter des contournements possibles de la justice. Enfin, il convient de sensibiliser le citoyen à la nécessité de son consentement pour l’accès à ses données sensibles.

Loïc Salmon

Cyber : au cœur des enjeux de défense et de sécurité

La face cachée d’internet

Cyber : prise de conscience du risque et perspectives (2030)

Cédric Villani (à gauche) s’est vu confier une mission de réflexion sur l’intelligence artificielle par le Premier ministre Edouard Philippe. Le 8 septembre 2017, ce dernier a défini la stratégie nationale dans ce domaine, qui porte sur divers enjeux, notamment économiques, sociaux et éthiques, consécutifs à la révolution technologique. Le Premier ministre a également souligné les atouts de la France : vivier de start-up spécialisées ; excellence de la recherche et de la formation en mathématiques ; bases de données de très haute qualité ; grands groupes industriels utilisateurs de l’intelligence artificielle.




Armement : légère baisse des exportations françaises en 2016

Les prises de commandes d’armements français à l’export ont atteint 14 Mds€ en 2016, selon le rapport du ministère des Armées remis au Parlement le 7 juillet 2017. Elles se montaient à 16 Mds€ en 2015, année exceptionnelle.

Les partenariats « stratégiques ». L’industrie française de défense, qui regroupe une dizaine de grands groupes et 4.000 petites et moyennes entreprises, emploie 165.000 personnes. Elle réinvestit de 10 % à 20 % du chiffre d’affaires des exportations dans la recherche et le développement, afin d’assurer son avance technologique et de maintenir des emplois de haute technicité non délocalisables. Selon la Direction générale de l’armement (DGA), les prises de commandes françaises entre 2012 et 2016 se répartissent ainsi : 47,4 % aux Proche et Moyen-Orient ; 34,1 % en Asie ; 6,9 % en Europe ; 5,1 % dans les Amériques ; 3,6 % en Afrique ; 1,1 % en Océanie ; 1,7 % divers. L’Etat-major des armées (EMA), la Direction générale des relations internationales et de la stratégie (DGRIS) et la DGA participent à la « diplomatie de défense » par le biais de dialogues, réguliers ou ponctuels, avec les représentants de nombreux pays. L’EMA traite les dossiers opérationnels et de coopération militaire et la DGA ceux relatifs à l’armement. La DGRIS entretient des dialogues sur l’environnement stratégique, la sécurité et les crises régionales en cours avec les grands partenaires, comme l’Australie, la Malaisie, l’Inde, Singapour, la Jordanie, le Nigeria, la Finlande ou la Roumanie. Coopération militaire et dialogue stratégique ont acquis une dimension politique. Des réunions annuelles des hauts comités de défense, présidées par le ministre, permettent de dresser un état complet de ces relations bilatérales.

La concurrence internationale. Face à la contraction de leur marché intérieur sous l’administration Obama, les Etats-Unis recourent aussi aux partenariats commerciaux et politiques pour conclure des contrats intergouvernementaux dénommés « Foreign Military Sales ». Ceux-ci consistent à vendre, à des Etats, notamment du Moyen Orient et d’Asie, des matériels militaires achetés par le gouvernement fédéral à des industriels américains, en vue de profiter de la réduction des coûts unitaires induite par l’effet de série. De même, la Russie propose une coopération de défense et de sécurité à des clients aux ressources budgétaires limitées, afin de s’implanter dans des pays hors de sa sphère traditionnelle, notamment en Asie, au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. L’Union européenne tente de se constituer une industrie commune de défense, selon le principe « d’interdépendance librement consentie » et grâce aux progrès de la coopération dans le cadre de la « Letter of Intent » (lettre d’intention). Pourtant, ses signataires (Allemagne, Espagne, France, Italie, Grande-Bretagne et Suède) se font concurrence pour trouver des débouchés pour leurs entreprises sur les marchés les plus porteurs. Israël se concentre sur des segments de haute technologie : drones, systèmes spatiaux et missiles. Des pays émergents, comme la Corée du Sud, la Chine et la Turquie, consolident leur propre base industrielle et technologique de défense, à partir des transferts de technologie et de savoir-faire consentis dans le passé par des entreprises occidentales en compensation des grands contrats d’armement. Quoique leur niveau technologique, encore limité, les exclut de fait des secteurs les plus en pointe, ils parviennent quand même à remporter des appels d’offres internationaux. Ainsi, au cours des 15 dernières années, la part des 10 premières entreprises mondiales d’armements, toutes américaines et européennes, est passé de 60 % à 50 %, tandis que celle des pays émergents a progressé de 15 %.

Les embargos en cours. Les institutions internationales ont imposé des embargos sur les armes à destination de plusieurs pays, encore en vigueur au 1er mai 2017. Le Conseil de sécurité de l’ONU et l’Union européenne (UE) en ont décrété vis-à-vis de la Corée du Nord, de l’Iran, du Liban, de la Somalie, de la Libye, du Darfour, de la Centrafrique et des forces non gouvernementales de l’Irak, du Yémen et de la République démocratique du Congo. L’UE a aussi imposé des embargos sur les armes à destination de la Chine, de la Russie, de la Biélorussie, de la Syrie, du Soudan Erythrée, du Soudan du Sud et du Zimbabwe. Enfin, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) a imposé un embargo sur les armes et munitions aux forces engagées dans des combats dans la région du Nagorno-Karabakh en Arménie.

Le contrôle des trafics d’APLC. Les armes légères et de petit calibre (ALPC) et leurs munitions, faciles à dissimuler et transporter, constituent l’essentiel des trafics illicites d’armes dans le monde. La France et la Suisse ont réussi à faire adopter « l’Instrument international de traçage » des ALPC. Dans le cadre de l’OSCE, la France est aussi à l’origine de « l’Arrangement de Wassenar » sur la prévention des transferts déstabilisants d’ALPC par voie aérienne. Pendant l’opération « Serval » au Mali (janvier 2013-juillet 2014), les forces françaises ont découvert 200 t d’armements et de munitions. L’opération « Barkhane » (lancée en août 2014), menée avec les pays du G5 Sahel (Tchad, Niger, Burkina Faso, Mali et Mauritanie) vise à réduire la liberté d’action des groupes armés terroristes, en les privant de leurs moyens de combat par la recherche et le démantèlement de leurs caches d’armes, d’explosifs et de munitions (20 t de munitions détruites fin 2016). En outre, la Direction de la coopération de sécurité et de défense du ministère des Affaires étrangères apporte un soutien technique, matériel et financier au déminage de Ouidah au Bénin et aux formations de gestion et de sécurisation des stocks d’armes. Enfin, en 2018, la France présidera la 3ème conférence d’examen du Programme d’action des nations unies sur les armes légères.

Loïc Salmon

Golfe de Guinée : zone de crises pour longtemps

Marine nationale : permanence, Opex et police en mer

Le partenariat intergouvernemental de la France avec l’Australie, signé le 20 décembre 2016, fait suite à la vente de 12 sous-marins océaniques à propulsion diesel-électrique pour un montant de 34 Mds€. Conclu avec Naval Group (ex-DCNS) et d’une durée de 50 ans, il porte sur les conception et construction de la plate-forme, en vue de la mise en service actif du premier submersible au début des années 2030. Celui avec l’Inde, qui remonte à 1953 avec les premiers Mirage de Dassault Aviation, s’est renforcé par le contrat de vente de 36 Rafale, signé le 23 septembre 2016. En comptant les achats de l’Egypte et du Qatar en 2015, 84 Rafale ont été vendus en deux ans. Le partenariat stratégique avec le Koweït, en cours depuis plusieurs décennies, a débouché sur la signature, le 9 août 2016 avec Airbus Hélicoptères, d’un contrat de 1 Md€ pour 30 hélicoptères Caracal de sauvetage et de transport de troupes, dont les livraisons s’échelonneront entre 2018 et 2020. Enfin, suite au traité de coopération en matière de défense et de sécurité de Lancaster House (2010), l’accord intergouvernemental entre la France et la Grande-Bretagne a été ratifié par les Parlements à l’automne 2016. Il porte notamment sur les systèmes de missiles du groupe franco-britannique MBDA, 2ème constructeur mondial de missiles tactiques.




Armée de l’Air : l’appui aérien aux opérations terrestres

Le processus « Air Land Integration » (ALI), à savoir une coordination élevée entre aéronefs et forces terrestres, implique une adaptation permanente de la mission au théâtre d’opération.

Le lieutenant-colonel Fabrice Laurens de l’état-major de l’armée de l’Air l’a présenté à la presse le 7 septembre 2017 à Paris, à l’occasion de l’exercice interarmées et interalliés « Serpentex ».

Synergie et technologie. Dans un contexte multi-théâtres, évolutif et avec emploi de technologies avancées, l’armée de l’Air met ses moyens en synergie au sein de la campagne globale. Elle respecte la liberté de décision et le choix des modes d’action de la composante terrestre bénéficiaire. L’ALI, qui nécessite un important investissement humain et technique, met en œuvre l’ensemble des processus tactiques (planification et conduite) pour optimiser la manœuvre interarmées. Il s’applique principalement à l’appui aérien : le feu au profit de troupes au sol et le renseignement pour les forces spéciales. La composante air de l’ALI met en place des chaînes de commandement adaptées au théâtre. Ainsi pour l’opération « Chammal » au Levant, les forces françaises sont engagées dans une coalition internationale au commandement très centralisé en raison des nécessités politiques du théâtre. L’appui aérien nécessite alors une coordination classée « haute » au niveau de l’état-major. En revanche dans la bande sahélo-saharienne, l’opération « Barkhane », menée par la France, permet une organisation décentralisée de l’ALI. La chaîne C2 Air (système de commandement et de conduite) descend au plus bas niveau tactique. Des officiers de l’armée de l’Air sont mis en place dans la structure du commandement Terre, constituant une prolongation, sur le terrain, du JFAC (commandement de la composante air interarmées) installé à la base aérienne de Lyon Mont-Verdun.

« Serpentex » 2017. La complexité des opérations nécessite un entraînement ALI très poussé en interarmées et interalliés, du plus bas niveau tactique à celui des chaînes C2. L’expertise de l’ALI, acquise pendant une dizaine d’années, est mise à profit dans l’exercice « Serpentex » (11-29 septembre 2017) à la base aérienne de Solenzara (Corse). Il vise à : entraîner les contrôleurs aériens avancés (JTAC) à leur mission d’appui aérien dans des conditions réalistes ; tester des matériels et éprouver des procédures nouvelles en interarmées et interalliés ; prendre en compte les opérations récentes. Plus de 10 pays, principalement de l’OTAN, soit 1.000 militaires dont 800 Français, participent à « Serpentex ». Ce dernier met en œuvre : une trentaine d’avions de chasse dont 17 étrangers ; 4 hélicoptères (1 Puma et 3 Fennec) ; 2 avions de transport tactique (Transall et Casa) ; 1 drone Reaper ou Harfang ; 1 avion radar AWACS E3-F ; 1 avion ravitailleur KC-135 français ; 74 JTAC, dont 13 instructeurs ; 1 système de défense sol-air Mistral de l’armée de Terre ; 1 simulateur de menace sol-air américain TRTG. Les commandos parachutistes de l’Air N°10, 20 et 30 utilisent le système « Alliance » pour effectuer le guidage terminal d’une bombe, en évitant les communications vocales. En outre, « Alliance » aide à la décision tactique en affichant : des points d’intérêt mise à jour en temps réel sur une carte ou une image satellite ; des éléments issus des bibliothèques ; les ordres de commandement. Il accélère la boucle décisionnelle pour l’appui aérien rapproché. Enfin, il réduit les risques de tirs fratricides et de dommages collatéraux par la visualisation de la zone létale de l’armement.

Loïc Salmon

Forces spéciales : ET «Poitou»/CPA10, binôme avions/commandos

Armées de l’Air et de Terre : interopérabilité en transport tactique et aérolargage

Défense : les opérations aéroportées, capacités spécifiques selon les missions




La face cachée d’internet

Le piratage informatique à des fins d’espionnage fait partie de la capacité offensive des services de renseignement (SR), même si leur gouvernement est considéré comme démocratique.

Un faisceau d’indices oriente la décision politique de haut niveau d’attribuer l’origine d’une cyberattaque à un pays ou un mouvement politico-militaire donné. La Chine, l’Iran et l’Etat islamique (Daech) hier, puis la Russie aujourd’hui sont soupçonnés, car considérés comme très actifs dans ce domaine. Or, en juin 2016, le satellite américain « Mentor », aussi dénommé « Advanced Orion », a été mis en orbite géostationnaire pour intercepter les communications électroniques au profit de l’agence de renseignement National Reconnaissance Office, avec la contribution de la CIA. Les sept satellites Advanced Orion déjà en service transmettent les données de téléphones personnels, courriels et autres comptes de réseaux sociaux à un centre de stockage situé dans le désert de l’Utah. Depuis longtemps, le réseau « Echelon » d’interception des satellites de télécommunications commerciaux alimente les SR des Etats-Unis, de Grande-Bretagne, du Canada, de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande, surnommés les « Five Eyes » (cinq yeux). En outre, la NSA américaine et le CGHQ britannique surveillent les câbles sous-marins par où transitent les communications internet entre les Etats-Unis, l’Europe et le Moyen-Orient. Ces interceptions sont estimées vitales dans la lutte contre le terrorisme. Mais toutes sortes d’informations sont aussi collectées et exploitées en Irak et sur le territoire américain, malgré les réserves de certains hauts magistrats. Le déploiement de ce gigantesque système de surveillance a été révélé en 2013 par Edward Snowden, ex-consultant pour la NSA. De son côté, « l’hacktiviste » (pirate informatique qui défend une cause) australien Julian Assange, qui a ouvert le site internet « Wikileaks » en Islande en 2006, attire l’attention internationale en avril 2010 par la diffusion d’une vidéo réalisée en 2007 pendant la guerre en Irak et intitulée « Assassinat collatéral ». L’opérateur d’un hélicoptère américain Apache tire sur deux journalistes de l’agence Reuters, dont il a pris les caméras pour des armes. Il tue ensuite la famille, civile elle aussi, venue ramasser les corps. Or un tel acte délibéré est considéré comme un crime de guerre ! Toujours en 2010, Wikileaks et plusieurs journaux occidentaux publient 250.000 télégrammes et documents confidentiels de diplomates américains émis entre décembre 1966 et février 2010. Ces « câbles » détaillent la corruption au sommet de plusieurs Etats (Tunisie, Egypte, Soudan, Gabon et Libye notamment), relatent « affaires » et scandales et exposent les politiques extérieures et intérieures de nombreux pays. Outre les condamnations de gouvernements du monde entier, Wikileaks subit les représailles de la CIA, du FBI et des « géants » d’internet : Amazon, PayPal, Apple, Visa et Mastercard. Entrent alors en scène les lanceurs d’alerte « Anonymous », qui perturbent les sites et services en ligne de Visa, Mastercard et PayPal. Mi-juillet 2016, Wikileaks annonce la publication de documents « compromettants » sur le parti gouvernemental turc AKP. Or certains contiennent les données personnelles de 20 millions de citoyennes turques. Cela ouvre la voie aux harcèlements et usurpations d’identité ! Encore en 2016, les « fake news » (informations déformées ou fabriquées) sur les réseaux sociaux enveniment la campagne présidentielle américaine.

Loïc Salmon

Cyber : de l’omniprésence à l’hyperpuissance

Cyber : prise de conscience du risque et perspectives (2030)

Sécurité : l’usurpation d’identité, un risque mal maîtrisé

« La face cachée d’internet » par Rayna Stambolyiska. Editions Larousse, 352 pages, 18,50 €.




Du Sabre à l’Esprit

Le guerrier, qui a assimilé les techniques individuelles et collectives, garde l’esprit libre pour mieux appréhender la réalité et renforcer son efficacité au combat.

Le « sabre », qui symbolise la technique (armes et méthodes) doit rester subordonné à « l’esprit » (dimensions intellectuelle et morale) pour gagner la guerre, à savoir rétablir la paix. Ce concept s’applique au soldat et à l’unité combattante, comme aux populations qu’ils défendent et qui les soutiennent. Il reste universel, malgré les différences culturelles. Alors que le chevalier occidental recherchait l’exploit, le héros traditionnel chinois restait discret. Selon le stratège chinois Sun Tzu (VIème siècle avant JC), le « comble du savoir-faire ne consiste pas à remporter toutes les batailles, mais à pouvoir soumettre l’armée ennemie sans livrer bataille ». Si celle-ci devient inévitable, son issue dépend des conditions météorologiques, des potentialités du terrain, de l’organisation des forces armées, de la qualité de leurs chefs et de l’engagement du peuple derrière son souverain. En Occident, Alexandre le Grand et Napoléon l’ont amplement démontré. L’essor considérable des moyens techniques militaires depuis la première guerre mondiale a créé une dépendance de leurs utilisateurs, avec le risque d’un appauvrissement de la pensée stratégique et d’un amoindrissement de la volonté de combattre. En 1992, le professeur Thomas Caokley, retraité de l’armée de l’Air américaine, a identifié sept dangers générés par la technique dans le commandement et la conduite des opérations : excès de confiance dans ses capacités ; surdose d’informations ; exigences de soutien importantes ; défauts cachés ; étroitesse de la vision ; tromperie de la vitesse ; précision illusoire. Les dommages collatéraux, qui en découlent, provoquent une perte de légitimité des forces militaires sur le terrain qui doivent pourtant les éviter, conformément au droit international des conflits armés. Cette défaillance se propage au sein des populations et sur la scène internationale…par les nouvelles techniques d’information et de communication ! Au cours de multiples situations, chaque chef met à l’épreuve sa réactivité et la sûreté de son jugement, qui s’appuient sur une solide culture générale. Celle-ci, « véritable école du commandement », apporte des références permettant de « discerner dans les choses l’essentiel de l’accessoire » (Charles de Gaulle, 1932). L’efficacité au combat dépend aussi de la condition physique des soldats, pris dans le feu de l’action, et du chef, contraint de rester lucide malgré la pression des événements et le manque de sommeil. Dépositaires de la violence légale et légitime, les militaires peuvent donner la mort, même en dehors de la légitime défense, mais dans le respect des règles d’engagement (ouverture du feu). L’instinct de combat de chacun résulte en grande partie de la réminiscence de ce qui a été appris par un entraînement mécanique et répétitif. Au niveau collectif, par exemple, l’efficacité du commandement d’un détachement interarmes en milieu urbain repose sur un entraînement intensif et réaliste. En effet, l’intensité de la pratique porte à l’assimilation de la technique, tandis que le réalisme de l’entraînement permet de faire émerger les qualités requises pour un usage approprié de la technique. Par ailleurs, l’intuition du chef, qui lui permettra de gagner la bataille (objectif opérationnel), doit aller de pair avec une étude prospective en amont sur les effets recherchés (objectif stratégique). Le « Bushidô », (« Voie du guerrier » en japonais) associe la maîtrise d’un art martial à… la réflexion éthique.

Loïc Salmon

La guerre électronique : nouvel art de la guerre

La guerre par ceux qui la font

Enseignement militaire supérieur : former les chefs d’aujourd’hui et de demain

« Du Sabre à l’Esprit » par Matthieu Debas. Editions JPO, 192 pages, 9,90 €.