La Corée du Nord (en 100 questions)

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En 2016, la population nord-coréenne connaît le monde extérieur grâce aux déplacements de personnes sélectionnées, à l’augmentation du nombre de touristes, à la multiplication des téléphones portables, aux contacts avec des proches réfugiés à l’étranger et aux chaînes de télévision sud-coréennes.

L’économie de survie pendant la famine de 1995-1998 (1,5-2 millions de morts et 5 millions de sinistrés) en Corée du Nord et le commerce frontalier avec la Chine ont permis le développement économique du pays. Puis, les devises étrangères majeures sont apparues. Les réformes de 2002, 2009 et 2012 dans l’agriculture et l’industrie ont amélioré le niveau de vie général. Des hommes d’affaires nord-coréens négocient avec leurs homologues chinois, russes et sud-coréens. Le port d’Incheon se trouve au centre d’une importante plateforme économique, dotée d’infrastructures aériennes et maritimes, d’un centre  d’affaires international et de services financiers. La richesse du pays provient de ses ressources minières : or, argent, zinc, magnésite (2ème réserve mondiale), tungstène (6ème réserve mondiale), cuivre, charbon, minerai de fer et certaines terres rares. Toutefois, la Chine fournit 90 % de l’énergie, 80 % des produits de consommation et 45 % de l’alimentation de la Corée du Nord. Conséquence de l’essor économique, l’argent y détermine la hiérarchie sociale, autrefois basée sur des critères idéologiques et confucéens. La disparité s’accroît entre les riches, voire très riches, et les pauvres et même les très pauvres. La nouvelle génération, apolitique, préfère le petit commerce ou la contrebande à une carrière administrative en province. Pour les cadres, être entrepreneur n’est plus incompatible avec l’appartenance au Parti des Travailleurs. La fidélité au régime repose davantage sur le nationalisme que sur la conviction politique. Inspiré du système soviétique en 1945, l’arsenal répressif nord-coréen s’est coulé dans la culture locale ancestrale : rééducation, endoctrinement, réhabilitation puis grâce et amnistie à l’occasion d’un anniversaire ou d’une cérémonie nationale, pour démontrer la clémence du régime. Selon les « défecteurs » (transfuges) ayant réussi à atteindre la Corée du Sud (30.000 au total en 2016), entre 80.000 et 120.000 personnes seraient encore incarcérées dans les « camps de travail ». Cet emprisonnement dépend du délit (droit commun ou politique) et de la sévérité de la peine. Certains cadres ou diplomates y passent quelques mois au retour d’une mutation à l’étranger, en vue d’une « rectification », avant de rejoindre leur nouveau poste. Pour les défecteurs, la seule issue reste la frontière du Nord avec la Chine, car celle du Sud se trouve barrée par la zone démilitarisée du 38ème parallèle. Une fois parvenus en Corée du Sud, souvent après un voyage périlleux, les défecteurs suivent un stage d’intégration à leur nouvelle patrie d’adoption, précédé par un interrogatoire poussé, qui peut durer plusieurs mois, pour détecter les espions infiltrés et les faux réfugiés. Puis de nouvelles difficultés surgissent : tout réapprendre, y compris les comportements, et s’adapter à une langue qui a évolué différemment depuis la fin de la guerre de Corée (1953). Beaucoup se sentent mal à l’aise dans la société sud-coréenne très compétitive, où l’embauche passe par les réseaux scolaires, universitaires, régionaux ou claniques, et préfèrent quitter le pays pour les Etats-Unis ou l’Europe.

Loïc Salmon

Corée du Nord : « royaume ermite » et facteur de crise en Asie du Nord-Est

« La Corée du Nord » par Juliette Morillot et Dorian Malovic. Editions Tallandier, 384 pages, 15,90 €.

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