Quatre Hauts lieux de la mémoire nationale en Île-de-France pour le civisme et la citoyenneté

Chaque année 159.000 visiteurs se rendent au Mémorial du Mont-Valérien, au Mémorial des martyrs de la Déportation, au Mémorial de la guerre d’Algérie et des combats du Maroc et de la Tunisie et au Monument aux morts pour la France en opérations extérieures.

Le 14 octobre 2025, le ministère des Armées et l’Office national des combattants et victimes de guerre ont organisé une visite guidée dans ces Hauts lieux de la mémoire nationale, dont trois sont à Paris.

Mémorial du Mont-Valérien. Situé à Suresnes (banlieue parisienne), ce Mémorial de la France combattante est dédié aux « Morts pour la France » de 1939 à 1945. Le Fort du Mont-Valérien fut le lieu où 1.108 hommes ont été fusillés entre 1941 et 1944. Extraits des prisons et des camps d’internement, les condamnés étaient conduits dans une clarière en contrebas où se dressaient les poteaux d’exécution. Trois photos, prises clandestinement le 21 février 1944 par un sous-officier allemand de la Feldgendarmerie, montrent des hommes du « groupe Manouchian » (Francs-tireurs et partisans de la main d’œuvre immigrée), attachés, les yeux bandés et fusillés par un peloton de soldats allemands en présence d’un médecin militaire. Sur l’une d’elles, figure, de dos, l’abbé Franz Stock, aumônier des prisons parisiennes qui a apporté un soutien moral à de nombreux condamnés. Il deviendra une figure de la réconciliation franco-allemande. Les corps étaient répartis dans différents cimetières de la région, afin d’éviter que les tombes deviennent un lieu de pèlerinage. Parmi les 1.008 fusillés, 40 % étaient des otages et 60 % des condamnés à mort par des tribunaux militaires allemands. En outre, 65 % étaient communistes, 17 % juifs et 20 % étrangers, certains issus de réseaux, organisations et mouvements clandestins. Leurs noms sont inscrits sur un monument de bronze en forme de cloche, face à une chapelle transformée en musée. Derrière une grande croix de Lorraine en pierre, une crypte abrite dix-sept cercueils.

Mémorial des martyrs de la Déportation. Entre 1933 à 1945, 15 à 20 millions de personnes ont été emprisonnées ou ont péri dans 40.000 sites en Europe et en Afrique du Nord. Situé à la pointe de l’île de la Cité, le Mémorial évoque le souvenir des déportés de la France vers l’Allemagne à partir de1943 et estimés aujourd’hui à 170.000, dont plus de 75.000 Juifs envoyés directement au camp de la mort d’Auschwitz-Birkenau (Pologne). Une galerie présente le système concentrationnaire nazi, conçu pour terroriser, réprimer, « rééduquer » ou servir l’économie du IIIème Reich. Mal nourris, plongés dans un univers violent et placés au travail forcé, les détenus meurent en grand nombre dans les camps.

Mémorial de la guerre d’Algérie et des combats du Maroc et de la Tunisie. Après de nombreux combats, les protectorats de Tunisie (depuis 1881) et du Maroc (depuis 1912) acquièrent leur indépendance en 1956. La guerre d’Algérie (1954-1962) a mobilisé deux millions de soldats français. Le Mémorial concerne la période 1952-1964, car des massacres ont eu lieu en violation des accords d’Évian (19 mars 1962). Situé près de la tour Eiffel, il consiste en une grille de couleurs bleue, blanche et rouge avec trois colonnes : la première fait défiler, en bleu, les 23.000 noms des soldats français et supplétifs (harkis) tués ; la deuxième ceux, en blanc, des victimes civiles ou disparues ; la troisième permet d’appeler, à partir d’un écran tactile, un nom en rouge.

Monument aux morts pour la France en opérations extérieures. Situé dans un jardin public près du ministère des Armées, ce monument rappelle les engagements de la France depuis1963. Outre six représentants en bronze de la Marine nationale et des armées de Terre et de l’Air portant un cercueil invisible (photo), il inclut un mur avec les noms des morts pour la France…loin de ses frontières.

Loïc Salmon

Exposition « Un exil combattant, les artistes et la France 1939-1945 » aux Invalides

L’intelligence artificielle au service de l’Histoire

Service historique de la Défense : vingt ans et…quatre siècles !

 

 




Exposition « Un exil combattant, les artistes et la France 1939-1945 » aux Invalides

Pendant la seconde guerre mondiale, des scientifiques, des intellectuels et des artistes français ou étrangers francophones fuient la France occupée et émigrent en Angleterre, Australie, Afrique et Amérique du Sud ou aux États-Unis pour y poursuivre, à leur manière, le combat pour la liberté et la dignité humaines.

La lutte culturelle. Ils veulent mobiliser l’opinion publique de pays neutres ou alliés à la cause de la résistance au nazisme et au régime collaborationniste de Vichy. La résistance culturelle s’exerce aussi dans les territoires français d’Asie, d’Afrique et d’Océanie ralliés à la France libre et où se maintient une permanence de la tradition française de liberté d’action et de création. Dès 1941 à Londres, le Comité national français, embryon d’un gouvernement en exil, crée le service de l’Instruction publique chargé de toutes les questions scolaires et universitaires au bénéfice des Français libres expatriés et au sein des territoires ralliés. Ce service, présent dans divers organismes culturels internationaux dont le Comité des ministres alliés de l’Éducation, organise aussi des expositions, concerts, représentations théâtrales, colloques et conférences. Face à la précarité de son statut et au manque de moyens, la France libre délègue et endosse ces initiatives. Son chef, le général Charles de Gaulle, encourage sa mission militaire à Washington à « faire beaucoup avec peu et en partant de presque rien ». Son rayonnement culturel repose sur des réseaux académiques et artistiques existants ou créés à cet effet. Entre tradition et innovation, les artistes et intellectuels français réussissent à tisser un lien puissant entre patrimoine national et aspirations contemporaines.

La communication. La reconnaissance du général de Gaulle comme « chef des Français libres » par le gouvernement britannique permet la création d’une administration civile et militaire. Jusqu’à la libération du territoire français en 1944, la liaison avec la Résistance intérieure et la France occupée s’organise depuis Londres. Même si l’appel radiophonique du général de Gaulle le 18 juin 1940 a été, de fait, très peu entendu, la « radio de Londres » devient très vite un espoir grâce aux émissions en français de deux services. L’émission « Les Français parlent aux Français », créée dès le 14 juillet, dépend directement des autorités britanniques. A partir du 18 juillet, la France libre reçoit un temps d’antenne pour l’émission « Honneur et Patrie », dont l’animateur doit faire valider ses textes. Il s’ensuit des heurts en fonction des relations, parfois houleuses, entre le général de Gaulle et les dirigeants britanniques. Pour alimenter cette émission et favoriser les relations avec la presse clandestine, la France libre se dote d’un important service de communications et de documentation en lien direct avec ses propres services de renseignement. Les nombreux. Journaux clandestins, dupliqués et parfois transposés sur d’autres supports (dont des foulards), sont présentés à l’étranger en tant que signe de l’existence d’une résistance intérieure et de la diversité des courants d’opinion représentés par la France libre. A la suite des débarquements des Alliés en Normandie (6 juin 1944) et en Provence (15 août), la station radiophonique britannique publie une brochure intitulée « Voici la BBC » pour faire découvrir les coulisses de ses émissions, de son organisation et de son fonctionnement à ses auditeurs. Elle incite ainsi les lecteurs-auditeurs à poursuivre leur écoute après la guerre, grâce à ses émissions quotidiennes à travers l’Europe. Les paroles du « Chant des partisans », véritable hymne de la Résistance composé en mai 1943, sont diffusées sur des tracts largués sur la France occupée par des avions militaires britanniques. En septembre, elles sont publiées dans le premier numéro des Cahiers de la Libération sous le titre « Les partisans (chant de la Libération) ». Après la guerre, le chant conserve une grande popularité et constitue encore un hommage aux résistants et un symbole de lutte et d’espoir. Son manuscrit, présenté à l’exposition, a été classé monument historique en 2006. De nombreuses institutions, associations ou syndicats des pays alliés apportent leur soutien à la France libre et à la Résistance française, dont les résolutions traduites en français sont imprimées sur des tracts destinées à être parachutés. Les brochures de propagande de la France libre visent à la légitimer comme un pays à part entière au même titre que les États-Unis, la Grande-Bretagne et, à partir de 1941, l’URSS. Des artistes et des dessinateurs coopèrent par la réalisation d’affiches (photo, œuvres de Natacha et Jean Carlu). A Londres, le joailler Cartier réalise des bijoux, supports de messages adaptés aux pays où ils sont proposés à la vente. Les produits dérivés, à savoir jeux de cartes, paquets de cigarettes, timbres et objets divers, contribuent à la communication auprès des militaires et des civils, hommes et femmes. Aux États-Unis, le comité « France Forever », constitué en 1940, les crée, les vend et en reverse les bénéfices à la France libre. Son service cinématographique organise un festival permanent du film français à New York. A partir du 3 juin 1942, tous les mouvements de la Résistance intérieure reconnaissent officiellement l’autorité du Comité national français et, le 13 juillet, la « France libre » devient la « France combattante » qui, elle aussi, produit des films de propagande où sont mobilisés des artistes français.

L’exil. Quitter la France nécessite financements, références, contacts, patience, courage, témérité et…chance ! Entre juillet 1940 et juin 1941, des réseaux organisent les transferts de 5.000 personnes vers les États-Unis, via la Martinique, au départ de Marseille et de Casablanca (Maroc). Plus souvent à bord de cargos que de paquebots, le voyage ne garantit guère la destination prévue. Entre 1940 et 1942, environ 9.000 Français émigrent aux États-Unis. Tous ces exilés volontaires ne comptent pas s’installer défectivement aux États-Unis et veulent rentrer en France dès la victoire espérée et attendue. Toutefois, la France libre manque de la reconnaissance officielle des autorités américaines, car certains exilés français restent favorables au gouvernement de Vichy. Grâce à l’appui des intellectuels et des artistes et le soutien des médias et du comité France Forever, la sympathie envers elle s’accroît. En continuant à créer, notamment en Amérique du Sud et du Nord, les artistes exilés maintiennent une culture cosmopolite, contribuant à transformer New York et Los Angeles en nouveaux centres artistiques mondiaux. La présence d’un important lectorat potentiel francophone dans les pays d’accueil favorise la naissance des maisons d’édition et la constitution d’un réseau éditorial. Entre 1940 et 1944, environ 240 livres en français sont publiés aux États-Unis, 182 au Brésil et 66 en Argentine. Entre 1940 et 1942, plus d’une centaine d’universitaires et de biochimistes, physiciens, anthropologues et philosophes parviennent à entrer aux États-Unis. Mais des scientifiques, exclus des programmes américains de défense, poursuivent leurs travaux sur la radioactivité en Grande-Bretagne et au Canada.

L’héritage. Malgré ses difficultés à s’imposer comme un acteur du concert diplomatique à la fin de la guerre, la France accueille à Paris l’UNESCO (Organisation des Nations unies pour l’éducation, les sciences et la culture), fondée le 16 novembre 1945. Les Français libres Henri Laugier (physiologiste) et René Cassin (juriste) participent à la commission américaine préparatoire à la création, en 1946, de la Commission permanente des droits de l’homme à l’origine de la Déclaration universelle des droits de l’homme, adoptée par l’ONU en 1948.

Loïc Salmon

L’exposition « Un exil combattant » (26 février–22 juin 2025), organisée par le musée de l’Armée, se tient aux Invalides à Paris. Elle présente des dessins, tableaux, affiches, photographies, bijoux, insignes et documents. Des conférences, visites guidées, et projections de films sont prévus. Renseignements : www.musee-armee.fr.

Un exil combattant, les artistes et la France 1939-1945

Exposition « Churchill-De Gaulle » aux Invalides

Expositions « Comme en 40 » et « 1940 ! Paroles de rebelles » aux Invalides




Un exil combattant, les artistes et la France 1939-1945

Pour soutenir la France libre, des Français et des étrangers ont créé environ 500 comités dans une cinquantaine de pays pour fournir des fonds, des volontaires et de la propagande écrite et audiovisuelle.

L’École libre des hautes études, fondée en 1942, emploie, grâce à la fondation philanthropique américaine Rockefeller, des professeurs français et belges qui n’ont pas trouvé de postes dans les universités américaines. Son modèle d’enseignement sous forme de séminaires, recherche organisée par instituts, dialogues et recoupements disciplinaires inspire en partie l’École pratique des hautes études, fondée en 1947 et spécifique en sciences sociales. A Hollywood, la compagnie cinématographique Warner s’engage contre le gouvernement de Vichy. Son film « Casablanca », qui remporte deux Oscars et des recettes confortables, est tourné en quelques mois en 1942, et projeté en novembre, peu après le débarquement des troupes anglo-américaines en Afrique du Nord. Acteur déjà connu, Jean Gabin, émigré aux États-Unis en1941, s’engage dans les Forces françaises libres (FFL) à New York en avril 1943, mais le cabinet du général de Gaulle à Londres lui demande de rester aux États-Unis jusqu’à la fin du tournage du film « L’imposteur » à la gloire des FFL. Les comités de soutien les plus nombreux se créent en Amérique latine, où la guerre révivifie l’influence de la Révolution de 1789, des philosophes des Lumières et des écrivains français. En Afrique, la vie des comités de soutien se mêle aux initiatives militaires vis-à-vis de l’Empire colonial français. Indépendante, l’Égypte se trouve pourtant sous le contrôle militaire britannique en raison du canal de Suez. La propagande profite de la présence française, multiforme et ancienne, grâce à la compagnie concessionnaire du canal, à l’Institut d’archéologie et aux enseignants à l’Université du Caire. En Afrique de l’Est britannique, les comités servent de couverture à la préparation d’une opération éventuelle à Madagascar. Sur la côte Ouest, ils accueillent les FFL en transit et assurent renseignement et propagande vers l’Afrique occidentale française. En Asie, après les victoires japonaises au début de 1942, la propagande politique et culturelle vers l’Indochine s’exerce de New Delhi. En 1943, les comités de soutien aux FFL obtiennent cinq délégués à l’Assemblée consultative provisoire, inaugurant l’entrée au Parlement des Français de l’étranger, nouveauté entérinée au Sénat après la guerre. Parmi les « exilés combattants » figurent Jean El Mouhoub Amrouche (écrivain), Jacques Baïf (officier de marine marchande, écrivain), Paul Bénichou (écrivain), André Breton (poète, écrivain), Roger Caillois (écrivain), Natacha Carlu (artiste peintre), Aimé Césaire (écrivain), Marc Chagall (artiste peintre), Edmond Charlot (éditeur), Paul Claudel (diplomate, dramaturge), Marie-Alain Couturier (prêtre), Ève Curie (journaliste), Pierre Dac (humoriste, chansonnier), Marcel Duchamp (artiste), Roger Erell (architecte), Max-Pol Fouchet (homme de médias), Varian Fry (journaliste), Romain Gary (écrivain), Jean Gaulmier (inspecteur de l’Instruction publique), Albert Guérin (industriel), Henri Hoppenot (diplomate), Eugène Jolas (écrivain), Marie Jolas (directrice de publication), Joseph Kessel (journaliste, romancier), Wifredo Lam (artiste peintre), Pierre Lazareff (journaliste), Albert Ledoux (diplomate), Anna Marly (chanteuse), Elisabeth de Miribel (diplomate, femme de lettres), Théodore Monod (naturaliste), Paul Nelson (architecte), Jean Oberlé (journaliste), Jean Perrin (physicien, chimiste), Lily Pons(cantatrice, actrice), Louis Rapkine (biochimiste), Jules Romains (écrivain), Germaine Sablon (actrice, chanteuse), Antoine de Saint-Exupéry (écrivain, aviateur), Henri Seyrig (archéologue) et Jean Starcky (prêtre).

Loïc Salmon

« Un exil combattant, les artistes et la France 1939-1945 », ouvrage collectif sous la direction de Vincent Giraudier et Sylvie Le Ray-Burimi. Éditions Gallimard/Musée de l’Armée, 320 pages, 380 illustrations. 39 €

Exposition « Un exil combattant, les artistes et la France 1939-1945 » aux Invalides

Les agents secrets du Général, 1940-1944

Exposition « De l’Asie à la France libre » aux Invalides




Exposition « Les agents secrets du Général » aux Invalides

Entre 1940 et 1944, les services secrets de la France libre ont fourni 80 % des renseignements utilisés dans la préparation du débarquement en Normandie, permis aux résistants français de participer à la libération du pays et évité une guerre civile.

Ces résultats exceptionnels ont été obtenus par quelques dizaines d’officiers et quelques centaines de personnes à Londres, moins de 1.000 agents envoyés en mission clandestine en France et près de 80.000 recrutés en France. En 1940, les cadres des services secrets de la IIIème République restent au service du gouvernement de Vichy. En juillet à Londres, des officiers inexpérimentés créent un 2ème Bureau, qui élargit ses fonctions et devient Service de renseignement en avril 1941, puis Bureau central de renseignement et d’action militaire en janvier 1942 et enfin Bureau central de renseignement et d’action (BCRA) en juin 1942. Ce dernier organise toutes les missions secrètes, militaires ou politiques, en France et en Afrique du Nord. Il pose les fondations des services secrets français jusqu’à la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), créée en avril 1982. Le 17septembre 2018, dans la cour d’honneur des Invalides, la ministre des Armées, Florence Parly, a remis la fourragère de l’Ordre de la Libération au 44ème Régiment d’infanterie, unité des personnels militaires de la DGSE. En 2020, l’institution d’un insigne spécifique souligne la filiation entre le BCRA et la DGSE. Portant les couleurs de l’Ordre de la Libération, le vert de l’espérance et le noir du deuil, cet écusson, orné de la croix de Lorraine, reprend une partie de la devise latine de l’ordre « Patriam Servando » (En servant la patrie).

Les services secrets. Depuis la fin du XIXème siècle, la France dispose de services de renseignement permanents, essentiellement militaires. Après la première guerre mondiale, ils se composent de la Section de recherche (SR) pour l’espionnage et de la Section de centralisation du renseignement (SCR) pour le contre-espionnage. Ceux de la France libre, basés en Grande-Bretagne, assurent d’abord le lien avec les résistants en France en organisant des liaisons radio et des opérations aériennes clandestines. Ils créent en France des réseaux de renseignement et d’évasion. Sur le plan militaire, ils participent à l’organisation de l’Armée secrète et des maquis et assurent la liaison avec l’Etat-major allié. Sur le plan politique, ils travaillent à unifier les divers mouvements de résistance derrière le général de Gaulle. Créé en mai 1943, le Conseil national de la Résistance permet d’affirmer l’autorité de l’Etat, reconstitué à Londres et à Alger. Or la Grande-Bretagne ne reconnaît pas la France libre comme un gouvernement en exil. Les services de renseignement britanniques coopèrent directement avec des résistants français qui n’ont aucun lien avec elle. Le SIS (Secret Intelligence Service) collecte le renseignement, le SOE (Special Operations Executive) s’occupe de l’action et le MI9 (Direction du renseignement militaire) des évasions. Ils recrutent des Français et agissent en France sans en référer au général de Gaulle. A partir de 1942, les Etats-Unis disposent de l’OSS (Office of Strategic Services) pour toutes ces missions. Les services secrets gaullistes ne peuvent agir en France qu’avec le soutien de leurs homologues britanniques, lequel comprend : la formation et l’équipement (postes de radio et armes) des agents ; l’acheminement en France et le retour en Grande-Bretagne par bateau ou avion ; le maintien du contact au moyen d’une centrale radio. Enfin, les services britanniques et américains fournissent armes et matériel à la Résistance.

Les agents clandestins. Contrairement aux membres des mouvements de résistance, les agents secrets de la France libre, volontaires civils ou militaires, sont soumis à l’autorité de son chef. Plusieurs centaines sont recrutés en Grande-Bretagne et en Afrique du Nord, formés puis envoyés en France comme « chargés de mission ». D’autres sont recrutés en France et formés en Grande-Bretagne. Les plus nombreux, recrutés eux aussi en France, restent sur place mais sont reconnus comme agents des autorités françaises. Comme tous les résistants, les agents clandestins se trouvent plongés dans une société, dont ils dépendent pour survivre et mener à bien leur mission sous une fausse identité. Ils savent qu’ils risquent la capture et la mort, mais aussi la torture et l’enfer des camps de concentration. En Angleterre, le BCRA recrute ses agents parmi les volontaires de la France libre après les avoir repérés lors de leur interrogatoire de sécurité. A partir de 1943, il en sélectionne aussi en Afrique du Nord. A l’issue des tests pratiques et psychologiques et selon leur profil, les candidats sont orientés vers le renseignement, l’action, l’encadrement (délégué militaire) ou la technique (opérateur radio, saboteur ou officier d’opérations aériennes). Infiltrés en France, ils recrutent d’autres agents parmi leurs relations ou dans les organisations clandestines. Comme tous les militaires de la France libre à Londres, les agents clandestins vivent sous le nom adopté lors de leur engagement, revêtent leur uniforme d’officier et fréquent les lieux de convivialité prisés des Français, mais cachent leur véritable affectation et leur future mission. En théorie, ils ne doivent pas se rencontrer, mais la consigne n’est pas toujours respectée. De nombreux agents, résidant en Angleterre ou y séjournant, suivent une formation dans les écoles britanniques. Ainsi, le SOE installe des dizaines de centres dans des châteaux isolés, dédiés au parachutisme (presque tous les agents sont brevetés), au sabotage, aux transmissions, aux opérations aériennes ou à la vie clandestine. Avant son départ en mission, l’agent abandonne le nom adopté lors de son engagement dans la France libre, confie au BCRA son testament et ses effets personnels. Il prend une fausse identité, apprend sa « légende » (biographie fictive mêlant le vrai et le faux), reçoit de l’argent et se familiarise avec ses faux papiers (carte d’identité, feuille de démobilisation, tickets de rationnement etc.). En France, les agents se procurent parfois de « vrais faux papiers », provenant réellement de l’administration. Désigné désormais par un pseudonyme lors de ses échanges avec Londres, l’agent clandestin revêt des habits en usage en France après vérification qu’il ne transporte rien qui puisse trahir son passage en Angleterre. Des matériels sont conçus pour cacher des messages et les postes de radio progressivement miniaturisés. Outre des renseignements militaires, le BCRA recueille des documents officiels pour ses agents et des renseignements politiques et économiques pour la propagande de la France libre et ses projets futurs. Traqués par la police française et les services allemands, les agents clandestins ne sont pas protégés par le droit de la guerre. Ceux qui le souhaitent reçoivent une pilule de cyanure (poison violent et efficace).

Loïc Salmon

Organisée par l’Ordre de la Libération et la Direction générale de la sécurité extérieure, l’exposition « Les agents secrets du général » (23 juin-16 octobre 2022) se tient aux Invalides à Paris. Elle présente objets, armes, archives photographiques et documents. Renseignements : ordredelaliberation.fr.

Les agents secrets du Général, 1940-1944

Exposition « Guerres secrètes » aux Invalides

Résistance et dissuasion




Les agents secrets du Général, 1940-1944

Sur les 1.038 compagnons de la Libération, 174 se sont engagés dans les services secrets de la France libre, dont trois des six femmes compagnons. Parmi eux, 60 sont morts pendant la guerre.

A partir de 1941, ces services secrets, en exil en Grande-Bretagne, assurent la liaison avec les autres mouvements de résistance, dont « Libération », « Combat », « Franc-tireur » et « l’Organisation civile et militaire ». Dans le domaine militaire, ils participent à l’organisation de « l’Armée secrète » et des maquis, tout en maintenant la liaison avec l’Etat-major allié basé à Londres. Malgré le cloisonnement de rigueur, des agents clandestins ont souvent effectué des missions ne relevant pas de leur spécialité. Les plus jeunes deviennent opérateurs radio, saboteurs ou officiers des opérations aériennes et maritimes. Les plus diplômés reçoivent des missions d’organisation ou de représentation (politique et/ou militaire) auprès des résistants de l’intérieur. Issus des rangs des pionniers de la France libre et de la Résistance, 58 % de ces compagnons sont recrutés en Grande-Bretagne et formés dans les centres d’instruction britanniques avant d’être envoyés en France. Les 42 % restants, enrôlés en métropole, se formeront sur le tas sans aller en Angleterre. Infiltrés depuis Londres, surtout par parachutage, 102 compagnons accomplissent 151 missions. En raison du développement progressif de l’action clandestine, les deux tiers d’entre elles se déroulent pendant les 18 derniers mois de l’Occupation, entre janvier 1943 et l’été 1944. Le taux de tués dans l’action clandestine, 34,5 %, excède de loin celui des autres forces militaires de la France libre. La guerre en a emporté 60 : 17 ont été fusillés, dont les deux premiers morts du Bureau de renseignement et d’action (BCRA) Honoré d’Estienne d’Orves et Jan Doornik ; 12 se sont suicidés ; 12 ont été abattus, souvent lors de leur arrestation ; 10 ne sont pas rentrés des camps de déportés ; 8 ont disparu accidentellement ; 1, Jean Moulin, est décédé des suites des tortures subies. Le premier compagnon de la Libération, Gilbert Renault alias le colonel Rémy, est nommé par le général de Gaulle en mars 1942 au retour de sa deuxième mission. Henri Labit, le deuxième mais aussi le premier à titre posthume, l’est au mois de juillet suivant. Proposés par le colonel Passy, chef du BCRA, Pierre Brossolette et Jean Moulin le deviennent le 17 octobre. Les autres nominations de membres du BCRA interviendront en 1944 et 1945 à la sortie de la clandestinité. Par ailleurs, outre la libération du territoire, il s’agit de permettre à la France de conserver son rang et donc de ramener la nation dans une guerre abandonnée par le gouvernement de Vichy. Les interventions à la BBC (radio britannique) contribuent à faire valoir ces buts auprès de la population française. Pour traiter avec les responsables de la Résistance ou des personnalités syndicales ou politiques, une « section non-militaire » est créée au sein du BCRA, seul service français capable d’infiltrer ou d’exfiltrer des agents et de recueillir des rapports venant du terrain. Ainsi Jean Moulin remplit deux missions en zone Sud : l’une militaire par la création de l’Armée secrète ; l’autre politique par l’instauration et le financement du Conseil national de la Résistance. Avant-dernier compagnon et le dernier issu du BCRA, Daniel Cordier, est décédé en 1920, un an avant Hubert Germain.

Loïc Salmon

« Les agents secrets du Général, 1940-1944 », ouvrage collectif. Editions Hermann et Musée de l’Ordre de la Libération, 184 p., illustrations, 22 €

Exposition « Les agents secrets du Général » aux Invalides

Parachutée au clair de lune

Exposition « De l’Asie à la France libre » aux Invalides




Hubert Germain, dernier compagnon de la Libération

Conformément au souhait du général de Gaulle, fondateur de l’Ordre de la Libération, Hubert Germain, dernier des 1.038 compagnons et décédé le 12 octobre 2021, a été inhumé dans la crypte du mémorial de la France combattante au mont Valérien le 11 novembre.

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Expositions « Comme en 40 » et « 1940 ! Paroles de rebelles » aux Invalides

L’année 1940 rappelle « l’incroyable défaite » de la France face à l’Allemagne vaincue en 1918, mais aussi le sursaut de ceux qui ne l’acceptent pas et veulent continuer le combat jusqu’à la victoire.

Les signes annonciateurs. Les prémices de la revanche militaire de l’Allemagne apparaissent dans les années 1930 dans l’indifférence des démocraties occidentales, notamment des grandes puissances européennes de la Grande Guerre. La France et la Grande-Bretagne se trouvent alors à la tête de vastes empires coloniaux, le traité de Versailles (1919) ayant dépouillé l’Allemagne du sien. Dès 1933, celle-ci se retire de la Conférence du désarmement de Genève et de la Société des nations, qui vise à la sécurité collective par la prévention des guerres et la résolution des conflits par la négociation. En 1935, le gouvernement allemand rétablit le service militaire. L’année suivante, en violation du Traité de Versailles, il envoie des troupes réoccuper la Rhénanie, alors démilitarisée, sans la moindre réaction militaire de la part de la France ni de la Grande-Bretagne. Il lance alors un grand programme de réarmement et prépare l’économie nationale à la guerre. En mars 1938, l’Allemagne annexe l’Autriche pour unifier les populations au sein d’une même nation. Grâce aux accords de Munich signés avec la France, la Grande-Bretagne et l’Italie, elle annexe aussi la région des Sudètes (population à majorité germanophone) de la Tchécoslovaquie en septembre. En mars 1939, elle crée le protectorat de Bohême-Moravie sur ce qui reste de ce pays. En août, elle signe un pacte de non-agression avec l’Union soviétique.

L’attente et les combats. Le 1er septembre 1939, la Wehrmacht envahit la Pologne. L’armée soviétique la rejoint 16 jours plus tard. Comprenant que l’ère des compromis a pris fin, la France et la Grande-Bretagne décident de déclarer la guerre au IIIème Reich le 3 septembre. Après la mobilisation générale, commence la « drôle de guerre ». Le Haut commandement français envoie des troupes en Sarre, en deçà de la ligne « Siegfried », pour soutenir brièvement l’armée polonaise, sans résultats significatifs. Ce dispositif de défense a été construit dans les années 1930 face à la ligne française « Maginot », où sont cantonnés 200.000 soldats qui attendent l’invasion allemande. Celle-ci tarde car la campagne de Pologne a révélé des déficiences à corriger avant d’affronter l’armée française, considérée à l’époque comme la meilleure du monde. Or l’inaction sape le moral des troupes françaises. La population civile se résigne à la guerre dans la persistance des tensions politiques, contrairement à « l’union sacrée » de 1914. L’invasion de la Norvège et du Danemark par la Wehrmacht en avril 1940 donne l’occasion à un corps expéditionnaire, composé des troupes françaises, britanniques et polonaises, de remporter la bataille de Narvik, coupant, temporairement, la « route du fer » (suédois). Le 10 mai 1940, la Wehrmacht pénètre aux Pays-Bas, en Belgique et au Luxembourg. Le corps expéditionnaire britannique (400.000 hommes), débarqué en France en septembre 1939, s’est porté à sa rencontre en Belgique. Le 14 mai, les blindés allemands percent le dispositif français dans les Ardennes et atteignent les côtes de la Manche le 21 mai. Les troupes néerlandaises ont été défaites en cinq jours. Encerclées, les troupes alliées se replient sur Dunkerque, où 240.000 soldats britanniques et 120.000 soldats français et belges sont évacués par mer vers la Grande-Bretagne…grâce à l’appui de l’armée française ! Puis, le 4 juin, celle-ci se rétablit sur la ligne « Weygand » (entre la Somme et l’Aisne), percée par les troupes allemandes…qui défilent à Paris le 14 juin. Entretemps, l’Italie a déclaré la guerre à la France le 10 juin, mais ses troupes restent contenues dans les Alpes. Le 22 juin, les représentants des gouvernements français et allemands signent l’armistice à Rethondes (forêt de Compiègne), dans le même wagon où avait été signé celui du 11 novembre 1918 signifiant la défaite de l’Empire allemand (IIème Reich, 1871-1918). Cet armistice entre en vigueur le 25 juin, en même temps que celui signé la veille entre la France et l’Italie. En 45 jours de combat, l’armée française déplore 92.000 tués, 230.000 blessés, 1,84 million de prisonniers, 2.500 chars et 900 avions détruits. Malgré des capacités opérationnelles et tactiques supérieures, l’armée allemande compte 49.000 morts, 110.000 blessés, 1.800 chars et 1.400 avions détruits. En juillet, le massacre de 1.300 marins français de la flotte française, réfugiée à Mers el-Kébir (Algérie), par la Marine britannique sera utilisé par les propagandes du Reich et du gouvernement de Vichy. Ensuite, la bataille, aérienne, d’Angleterre dure du 13 août au 31 octobre 1940.

L’amertume de l’Occupation. Paniqués par les souvenirs des exactions allemandes de 1914 et les bombardements aériens, huit millions de Français fuient l’avance ennemie. Le tiers du territoire français s’est ainsi vidé entre le 10 mai et le 25 juin. La ligne de démarcation, qui coupe 13 départements sur 1.000 km, constitue une frontière politique, sociale et économique. Dans la zone Nord « occupée » (55 % du territoire), l’heure allemande est imposée à partir du 7 juin. Des tracts allemands, destinés aux forces militaires françaises pour les inciter à se rendre, reprennent le discours du maréchal Pétain, chef de « l’Etat français », radiodiffusé le 17 juin, leur demandant de « cesser de combattre ». Les départements d’Alsace (Bas-Rhin et Haut-Rhin) et de Moselle sont rattachés au Reich dès le 24 juin, puis annexés en novembre. Leurs populations subissent un régime de « défrancisation » et d’embrigadement. La bande littorale atlantique devient « zone interdite » en 1941. La délégation du ministère de la Propagande du Reich censure presse, radio, actualités cinématographiques et films pour lutter contre les influences juives, franc-maçonnes et antiallemandes.

Les rebelles. Les armistices empêchant les Français de lutter aux côtés des Alliés, le général de Gaulle, réfugié à Londres, doit combattre l’ennemi et le gouvernement légal de son pays. Parmi ses 1.038 Compagnons de la Libération (6 femmes), 790 sont entrés en résistance en 1940. Si l’armistice constitue le facteur déclencheur de leur engagement, leurs motivations varient : passion de la France ; humiliation de la défaite ; idéalisme ; goût de l’aventure ; l’irrationnel ; poids mental de la guerre de 1914-1918 ; combat ; loyauté ; anti-germanisme ; attaches familiales ; réflexion politique ; antinazisme.

Loïc Salmon

L’exposition « Comme en 40 » (17 septembre 2020-10 janvier 2021), organisée par le musée de l’Armée, se tient aux Invalides à Paris. Elle présente uniformes, armes, objets, archives cinématographiques et documents. Concerts, conférences et projections de films sont aussi prévus. Renseignements : www.musee-armee.fr.

L’exposition « 1940 ! Paroles de rebelles » (17 septembre 2020-3 janvier 2021), organisée par le musée de l’Ordre de la Libération (Invalides), présente des objets, photos, insignes, extraits audiovisuels et documents. Renseignements : www.ordredelaliberation.fr

335 | Dossier : “La BLITZKRIEG 1939-1942”

Exposition « De Gaulle, une carrière militaire » à Vincennes

Exposition « De l’Asie à la France libre » aux Invalides




Les grandes affaires de la Libération 1944-1945

La représentation mémorielle de la seconde guerre mondiale a tendance à surévaluer l’apport des Etats-Unis et l’ampleur de la « collaboration » en France et à oublier l’impunité d’anciens nazis et le passé « douteux » de certaines personnalités d’après-guerre.

Cet ouvrage met en lumière une vingtaine d’épisodes à partir d’archives militaires et civiles des pays belligérants. Entre 1941 et 1945, les Etats-Unis ont perdu 416.837 soldats mais l’URSS 9.168.400. Du côté allemand, 3.543.000 soldats sont morts contre l’armée soviétique et environ 374.470 contre les troupes américaines. Entre 1939 et 1945, 740.000 soldats allemands sont tués sur le front de l’Ouest (France, Belgique, Pays-Bas et Allemagne de l’Ouest), dont 644.941 en 1944-1945 contre les armées américaines, britanniques, canadiennes et françaises. Lors de la bataille de Dunkerque (26 mai-4 juin 1940), la défense par les troupes françaises des poches de Dunkerque, Lille, Calais et autres secteurs fixe la majorité des divisions allemandes, facilitant le rembarquement de 224.686 soldats professionnels du corps expéditionnaire britannique, qui permettront la poursuite de la guerre. En outre, 300 navires de la Marine française embarquent 102.570 soldats alliés. En métropole et pendant toute la guerre, 266 réseaux de résistance sont créés par les services spéciaux de la France libre avec 150.000 membres permanents et 300.000 « occasionnels » et 125 autres par le SOE britannique avec des résistants français. Ces réseaux ont fourni 80 % des renseignements sur le dispositif militaire allemand. S’y ajoutent 300.000 maquisards homologués des Forces françaises de l’intérieur. En 1944, les Etats-Unis tentent de placer la France sous leur protectorat par la mise sur pied d’une administration militaire dénommée « AMGOT ». Mais le Gouvernement provisoire de la République française, qui ne sera reconnu par les Alliés que le 29 octobre, avait élaboré, deux jours avant le débarquement en Normandie, 400 décrets et ordonnances pour restaurer la légalité dans le pays. Fin février 1944, la division allemande « Das Reich », de retour du front soviétique où elle a subi de lourdes pertes, est envoyée dans le Sud-Ouest de la France pour reconstituer ses effectifs en hommes et matériel. Dès le mois de mai, elle mène des opérations féroces contre les maquis et les populations civiles et, le 8 juin, reçoit l’ordre de se porter le plus vite possible vers la Normandie. Au mois d’août, elle a massacré ou déporté 3.000 personnes en tout dans le Sud-Ouest. Par ailleurs, la Gestapo a recruté 6.000 agents français actifs et 24.000 informateurs occasionnels, aux motivations diverses. Mais de nombreux Français anonymes sauvent de la déportation 75 % des juifs présents en France (95 % de Français et 50 % d’étrangers). De son côté, l’Italie, quoique fasciste et alliée de l’Allemagne nazie, sauve 83,6 % de juifs sur son territoire et ses zones d’occupation. Pourtant plusieurs chefs gestapistes allemands, coupables de séries de crimes en France, seront épargnés ou faiblement condamnés après la guerre. Des responsables nazis seront exfiltrés vers l’Amérique latine. D’autres seront récupérés par les services de renseignements soviétiques ou américains. Des écrivains et journalistes français connus, compromis sous l’Occupation, dissimuleront leur passé, après avoir rendu de menus services à la Résistance lors de la débâcle allemande.

Loïc Salmon

« Les grandes affaires de la Libération 1944-1945 » par Dominique Lormier. Editions Alisio, 350 pages, 19,90€. 

Nouvelles histoires extraordinaires de la Résistance

Parachutée au clair de lune

Provence 1944




Résistance et dissuasion

Le refus de subir une défaite similaire à celle de 1940 se trouve à l’origine de la dissuasion nucléaire, dont les capacités scientifiques et techniques résultent de décisions politiques et militaires pour assurer l’indépendance de la France et son autonomie stratégique.

Cette question avait fait l’objet d’un colloque organisé, le 5 octobre 2017 à Paris, par la Fondation pour la recherche stratégique et le Commissariat à l’énergie atomique (CEA). A la veille de la seconde guerre mondiale, les applications militaires de l’énergie nucléaire font l’objet d’études en Grande-Bretagne, en France et…en Allemagne ! Ces deux dernières commencent par engager la bataille secrète de « l’eau lourde » (atome d’hydrogène remplacé par celui du deutérium, deux fois plus lourd), produit qui ralentit la réaction en chaîne au sein d’un réacteur nucléaire. En 1940, une mission française réussit à exfiltrer le stock mondial d’eau lourde existant, soit 185 litres, de Norvège à l’Angleterre via le port de Bordeaux. Le même bateau transporte aussi les 8 t d’oxyde d’uranium dont dispose la France. En outre et sous les pressions françaises, l’Union minière du Haut-Katanga (Congo, colonie belge), où se trouve la plus grande réserve connue d’uranium, en livre un stock important aux Etats-Unis, lequel sera utilisé lors de la mise au point du programme « Manhattan » pour bombarder le Japon en 1945. Les principaux physiciens français de l’atome entrent tous dans la Résistance : le prix Nobel Frédéric Joliot, en France pendant toute la guerre ; Hans Halban, Lew Kowarski, Jules Guéron, Pierre Auger et Bertrand Goldschmidt, au sein de la France libre. Halban et Kowarski, qui avaient acheminé les 26 bidons d’eau lourde, poursuivent leurs travaux aux Laboratoires de Cambridge puis de Montréal, dans le cadre du programme « Tube Alloys ». Dès décembre1940, ils démontrent la possibilité d’une réaction en chaîne par neutrons lents, au moyen d’un mélange d’oxyde d’uranium et d’eau lourde, expérience que les savants allemands ne réaliseront qu’en 1944. Seul Français admis à travailler quelques mois aux Etats-Unis mais sans contact direct avec le programme « Manhattan », Goldschmidt y acquiert l’expérience de la chimie du plutonium, déterminante dans les débuts du futur CEA. En juillet 1944 et dans le plus grand secret, les scientifiques français, présents à Ottawa, informent le général de Gaulle, alors en voyage au Canada, de l’état d’avancement sur l’arme nucléaire. Vu que celle-ci donnerait aux Etats-Unis un avantage considérable dans le monde après la guerre, ils recommandent de reprendre les recherches correspondantes en France au plus vite et de lancer une prospection sur les ressources d’uranium à Madagascar, colonie française. Le 20 août 1944, le chef de la France libre nomme Joliot à la tête du Conseil national de la recherche scientifique et, en octobre 1945, crée le CEA destiné à assurer l’indépendance énergétique de la France. Les recherches sur le nucléaire militaire se développent secrètement à partir de 1954, surtout après les menaces soviétiques et américaines consécutives à l’opération militaire franco-britannique à Suez en 1956 pour reprendre le contrôle du canal, nationalisé par le gouvernement égyptien. De retour au pouvoir, le général de Gaulle souligne, en 1959, l’autonomie de la « force de frappe », reposant sur une capacité immédiate et permanente et garantissant sécurité du territoire et initiative en matière de politique étrangère. La dissuasion nucléaire perdure depuis 1964.

Loïc Salmon

« Résistance et dissuasion », ouvrage collectif. Editions Odile Jacob, 396 pages, 22€. 

Dissuasion nucléaire : assurer à la France son indépendance

Stratégie : la dissuasion, nucléaire pour longtemps

Dissuasion nucléaire : pertinence pérenne et retombées pour les armées

 




Exposition « Le Chant des partisans » aux Invalides

Hymne de la Résistance française créé en 1943, le Chant des partisans suscite la marche et la mobilisation, conformément au souhait de sa compositrice Anna Marly.

Il sert d’abord d’indicatif à Honneur et Patrie, émission de radio de la France libre, diffusée par la BBC et à destination de la Résistance intérieure. Sifflée, sa mélodie échappe aux brouillages allemands. Quoiqu’inspiré par la lutte des partisans soviétiques à Smolensk contre la Wehrmacht en 1941, ce chant a été réalisé par…des « Russes blancs » réfugiés à Londres. Anne Marly (photo) compose et écrit, dans sa langue maternelle, une première version intitulée La marche des partisans. De son vrai nom Anna Betoulinskaïa (1917-2006), elle naît à Petrograd en état d’insurrection lors de la révolution bolchevique, émigre en France en 1921. Passée par le Conservatoire de Paris, elle devient chanteuse de cabaret en s’accompagnant de sa guitare et prend le nom de scène de Marly. Pendant la seconde guerre mondiale, elle gagne Londres et s’engage comme cantinière dans les Forces françaises libres puis au Théâtre aux armées. Elle fait la connaissance d’Emmanuel d’Astier de la Vigerie (1900-1969), officier de Marine puis journaliste. Ce dernier écrit la Complainte du partisan sur la musique d’Anna Marly et demande à Joseph Kessel de transcrire en français les paroles du Chant des partisans, en vue d’une diffusion clandestine en France. Joseph Kessel (1898-1979), dont les parents sont originaires de la Russie impériale, est né en Argentine. Engagé dans l’aviation lors de la première guerre mondiale, il rejoint les Forces aériennes françaises libres pendant la seconde. En avril 1943, Kessel se met au travail avec son neveu Maurice Druon (1918-2009), futur écrivain à succès et qui s’est évadé de France en 1942 avec lui pour rejoindre Londres, où il travaillera pour l’émission Honneur et Patrie. Pendant la rédaction du chant, son oncle lui déclare : « C’est peut-être tout ce qu’il restera de nous deux ». La chanteuse Germaine Sablon (1899-1985), compagne de Kessel, l’enregistre le 31 mai 1943. Pour sa diffusion, un document dactylographié précise les instructions sur le rythme et l’anonymat de ses auteurs…afin de laisser croire qu’il surgit du maquis de la France occupée. Ensuite, il sera repris, imité et arrangé à de multiples reprises par divers artistes ou groupes, dont il est possible d’écouter les interprétations dans le cadre de l’exposition. Ainsi, celle des Chœurs de l’Armée rouge donne l’impression d’une troupe qui s’avance puis disparaît dans la nuit. Germaine Sablon le chante avec des accents guerriers. Johnny Halliday alterne chant et paroles prononcées d’un ton martial. La Complainte du partisan connaît un grand succès après la guerre et devient célèbre dans le monde anglophone, grâce à la version de Leonard Cohen (1969) reprise par Joan Baez. En France, à partir de 1962, le Chant des partisans devient obligatoire dans les écoles comme les hymnes révolutionnaires, à savoir la Marseillaise (1792) et le Chant du départ (1794). Il est encore joué lors de cérémonies officielles.

Loïc Salmon

L’exposition « Le chant des partisans » (7 octobre 2019-5 janvier 2020) est organisée par et dans le musée de l’Ordre de la Libération aux Invalides à Paris. Elle présente des photographies, documents, objets et archives sonores. L’ensemble provient des collections du musée de l’Armée, de celui de la Légion d’honneur et des ordres de la chevalerie, de la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (SACEM) et du réalisateur audiovisuel Georges Mourier.

(www.ordredelaliberation.fr)

Exposition « De l’Asie à la France libre » aux Invalides

Nouvelles histoires extraordinaires de la Résistance

Femmes dans la Résistance