Armée de l’Air : l’appui aérien aux opérations terrestres

Le processus « Air Land Integration » (ALI), à savoir une coordination élevée entre aéronefs et forces terrestres, implique une adaptation permanente de la mission au théâtre d’opération.

Le lieutenant-colonel Fabrice Laurens de l’état-major de l’armée de l’Air l’a présenté à la presse le 7 septembre 2017 à Paris, à l’occasion de l’exercice interarmées et interalliés « Serpentex ».

Synergie et technologie. Dans un contexte multi-théâtres, évolutif et avec emploi de technologies avancées, l’armée de l’Air met ses moyens en synergie au sein de la campagne globale. Elle respecte la liberté de décision et le choix des modes d’action de la composante terrestre bénéficiaire. L’ALI, qui nécessite un important investissement humain et technique, met en œuvre l’ensemble des processus tactiques (planification et conduite) pour optimiser la manœuvre interarmées. Il s’applique principalement à l’appui aérien : le feu au profit de troupes au sol et le renseignement pour les forces spéciales. La composante air de l’ALI met en place des chaînes de commandement adaptées au théâtre. Ainsi pour l’opération « Chammal » au Levant, les forces françaises sont engagées dans une coalition internationale au commandement très centralisé en raison des nécessités politiques du théâtre. L’appui aérien nécessite alors une coordination classée « haute » au niveau de l’état-major. En revanche dans la bande sahélo-saharienne, l’opération « Barkhane », menée par la France, permet une organisation décentralisée de l’ALI. La chaîne C2 Air (système de commandement et de conduite) descend au plus bas niveau tactique. Des officiers de l’armée de l’Air sont mis en place dans la structure du commandement Terre, constituant une prolongation, sur le terrain, du JFAC (commandement de la composante air interarmées) installé à la base aérienne de Lyon Mont-Verdun.

« Serpentex » 2017. La complexité des opérations nécessite un entraînement ALI très poussé en interarmées et interalliés, du plus bas niveau tactique à celui des chaînes C2. L’expertise de l’ALI, acquise pendant une dizaine d’années, est mise à profit dans l’exercice « Serpentex » (11-29 septembre 2017) à la base aérienne de Solenzara (Corse). Il vise à : entraîner les contrôleurs aériens avancés (JTAC) à leur mission d’appui aérien dans des conditions réalistes ; tester des matériels et éprouver des procédures nouvelles en interarmées et interalliés ; prendre en compte les opérations récentes. Plus de 10 pays, principalement de l’OTAN, soit 1.000 militaires dont 800 Français, participent à « Serpentex ». Ce dernier met en œuvre : une trentaine d’avions de chasse dont 17 étrangers ; 4 hélicoptères (1 Puma et 3 Fennec) ; 2 avions de transport tactique (Transall et Casa) ; 1 drone Reaper ou Harfang ; 1 avion radar AWACS E3-F ; 1 avion ravitailleur KC-135 français ; 74 JTAC, dont 13 instructeurs ; 1 système de défense sol-air Mistral de l’armée de Terre ; 1 simulateur de menace sol-air américain TRTG. Les commandos parachutistes de l’Air N°10, 20 et 30 utilisent le système « Alliance » pour effectuer le guidage terminal d’une bombe, en évitant les communications vocales. En outre, « Alliance » aide à la décision tactique en affichant : des points d’intérêt mise à jour en temps réel sur une carte ou une image satellite ; des éléments issus des bibliothèques ; les ordres de commandement. Il accélère la boucle décisionnelle pour l’appui aérien rapproché. Enfin, il réduit les risques de tirs fratricides et de dommages collatéraux par la visualisation de la zone létale de l’armement.

Loïc Salmon

Forces spéciales : ET «Poitou»/CPA10, binôme avions/commandos

Armées de l’Air et de Terre : interopérabilité en transport tactique et aérolargage

Défense : les opérations aéroportées, capacités spécifiques selon les missions




Cyber : prise de conscience du risque et perspectives (2030)

Enjeu de souveraineté nationale, la sécurité numérique parvient à s’imposer parmi les administrations, entreprises et particuliers. Toutefois, l’évolution des cyber attaques et le renforcement induit du contrôle de l’Etat risquent d’atteindre systématiquement les libertés individuelles à l’horizon 2030.

Le 7 juin 2017 à Paris, l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) a présenté son rapport d’activités 2016. De son côté, le Secrétariat pour la défense et la sécurité nationale (SGDSN), auquel elle est rattachée, a publié une étude sur les menaces intitulée « Chocs futurs », dont celles du domaine numérique en 2030.

Autonomie européenne. L’engagement de la France en faveur de l’autonomie stratégique européenne, en matière de sécurité numérique, repose sur trois piliers. Le premier porte sur le développement des capacités au sein de l’Union européenne (UE) elle-même et de chacun des Etats membres. Le deuxième consiste à maîtriser les « briques technologiques » et les outils industriels essentiels. Le troisième vise à préserver la capacité de régulation de l’UE et des Etats membres pour la protection adéquate des données et celle d’évaluation des produits. Après trois ans de négociations, la directive française « NIS » (Network and Information Security) sur la sécurité des systèmes d’information, élaborée par l’ANSSI et approuvée par le Parlement européen et le Conseil de l’Union européenne, va devenir la norme en 2018. La NIS s’articule autour de quatre axes. D’abord, les capacités nationales seront renforcées par le positionnement de la cyber sécurité comme enjeu stratégique majeur pour le marché européen du numérique. Ensuite, la cyber résilience sera améliorée par l’établissement d’un cadre de coopération volontaire entre Etats membres, via un groupe de coopération et le réseau européen des équipes d’intervention rapide CIRT (Computer Incident Response Team). De plus, chaque Etat devra renforcer la cyber sécurité de ses opérateurs de services essentiels. Enfin, la sécurité sera encadrée et régulée par l’instauration de règles communes à l’intention des prestataires de services numériques.

Stratégie 2020. La stratégie « ANSSI 2020 », présentée en mai 2016, établit un référentiel d’orientations et de projets destiné à tous les agents et administrations partenaires. Elle sera actualisée chaque année, en raison du mouvement permanent de l’espace numérique. L’anticipation des évolutions des technologies et usages doit favoriser l’action en amont et concentrer les ressources sur les meilleurs leviers. Le renforcement de l’autorité nationale de l’ANSSI accroîtra son domaine d’action. La connaissance fine et actualisée des publics lui permettra d’adapter son action et d’améliorer la résilience de la société française. La réactivité de l’ANSSI sera accrue face à une crise informatique majeure. Le rayonnement international de la vision française de la cyber sécurité et de la défense soutiendra la politique étrangère de la France et le développement des entreprises françaises spécialisées dans le cyber. En mai 2017, 43 actions ont déjà été définies et sont menées.

Evolution de la menace mondiale. En 2017, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la Russie développent des capacités offensives, car leurs services de renseignement coordonnent ou assurent la sécurité et les opérations de défense et d’attaques informatiques. De leur côté, l’Allemagne, la France, la Chine et Israël séparent les capacités offensives et défensives. La protection, privilégiée, passe par l’augmentation du niveau de sécurité des systèmes d’information étatiques et des infrastructures critiques du pays, sans pour autant exclure le recours à des actions offensives de prévention ou de rétorsion. De son côté, l’UE a créé l’Agence européenne de sécurité des réseaux et a adopté la directive NIS. En juin 2016, l’OTAN a déclaré le cyberespace  « espace de combat », au même titre que la terre, l’air et la mer. Fin 2016, l’Université américaine de Berkeley a rendu public un travail d’experts sur les perspectives de la menace cyber à l’horizon 2020, lesquelles semblent plausibles jusqu’en 2030, selon le SGDSN. Un premier scénario, dénommé « Omega », se base sur les technologies prédictives, qui ciblent très précisément les goûts, habitudes et désirs des gens. Ceux qui refusent de transmettre leurs données peuvent passer pour criminels. Les données obtenues permettent déjà de comprendre leurs envies et craintes et de sécuriser une ville par la surveillance des individus à risques. Les Etats autoritaires connaissent peu d’insécurité, alors que ceux qui cherchent à encadrer ces technologies, comme les démocraties européennes, présentent des taux d’insécurité élevés. L’instabilité plus ou moins exacerbée et les mouvements de citoyens opposés au « tout numérique » conduiraient les démocraties à mettre en place une forme de régulation et de contrôle. Le deuxième scénario, dit « Bubble 2.0 », envisage une crise économique résultant d’une faible création de valeur réelle et de l’augmentation du coût du travail, due à la présence du numérique dans tous les aspects économiques, financiers et commerciaux de la société. Le centre du monde numérique se déplacerait alors des Etats-Unis vers Singapour, la Chine et la Corée du Sud. Dans le troisième scénario, « l’Internet des objets » s’implanterait dans les grandes villes du monde pour répondre aux  besoins en termes de trafic routier, santé, dépenses publiques et écologie. La violence urbaine diminuerait par suite de l’adaptation des objets connectés aux missions de défense et de sécurité. Les écarts se creuseraient alors entre les villes et les campagnes et entre les villes elles-mêmes, selon leurs capacités d’investissement. Ces écarts se manifesteraient aussi dans l’éducation, la valeur du travail, la santé des populations et le coût des assurances pour les gens qui ne fournissent pas un flux constant de données. Tout cela renforcerait les inégalités sociales et les pouvoirs des régimes autoritaires.

Loïc Salmon

Prospective 2030 : tendances lourdes consolidées et ruptures technologiques prévisibles

Défense et sécurité : anticiper puis gérer les crises

Selon l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information, fin 2015-début 2016, des attaques ont ciblé les entités clientes de la messagerie interbancaires de SWIFT. En juin 2016 : découverte d’une plateforme de vente cyber criminelle ; « Opération Ghoul » d’espionnage informatique dans les secteurs de l’industrie et de l’ingénierie au Moyen-Orient ; attaques informatiques perturbant la diffusion en ligne d’une conférence américaine sur les massacres de la place Tien An Men (Pékin, avril-juin 1989). Septembre et décembre 2016 : exfiltration d’un milliard de données clients de l’opérateur américain Yahoo ; Novembre 2016 : sabotage informatique d’entreprises et organisations étatiques saoudiennes. Au cours de 2016 : apparition du « rançongiciel »  Locky capable de chiffrer des fichiers accessibles via des partages réseau ; attaques de cibles gouvernementales et institutionnelles françaises et belges par le groupe Downsec Belgium, issu de la mouvance « hacktiviste » Anonymous ; propagande de l’Etat islamique (Daech) sur les réseaux sociaux, par défiguration de sites internet et divulgation de documents prétendument exfiltrés de systèmes d’information de gouvernements occidentaux.




OTAN : la France a repris toute sa place sur le plan opérationnel

La France participe à la posture dissuasive de défense de l’Alliance Atlantique sur les flancs Est et Sud. Devenue son 3ème contributeur financier avec 194,3 M€ en 2015, elle a mobilisé environ 9.000 militaires à son profit en 2014-2015, en plus de ceux déployés en opérations extérieures.

Le dispositif français. En septembre 2014, lors du sommet de l’OTAN à Newport, les 28 États membres ont notamment adopté un « Plan d’action réactivité » à deux volets : l’un de réassurance des pays alliés d’Europe orientale ; l’autre d’adaptation de la Force de réaction rapide. Dans le cadre du volet « réassurance », la France aura déployé 4.300 militaires en 2016, pour des opérations et exercices de qualification ou présentant une signification importante pour le ou les pays hôtes. D’abord, elle aura participé à 21 exercices, dont 10 sur le flanc Est : 12 maritimes, 4 terrestres, 3 aériens et 2 interarmées. Ensuite, 4 Mirage 2000-5 assurent la police de l’air de l’Estonie, de la Lettonie et de la Lituanie (60 militaires détachés en 2 périodes de 2 mois) de septembre à décembre. Dénommée « Baltic Air Policing », cette mission de permanence opérationnelle remonte à l’intégration dans l’OTAN, en mars 2004, des trois pays baltes qui ne disposent pas des moyens pour l’exercer. Depuis, 16 pays membres ont participé à cette mission de surveillance et de défense aérienne, dont la France en 2007, 2010, 2011 et 2013. En 2014, les pilotes français de Mirage 2000 ont profité de l’occasion pour s’entraîner avec leurs homologues polonais sur Mig 29 dans le cadre de l’exercice « Malbork ». Par ailleurs, un avion radar français AWACS assure, chaque mois, un vol de contrôle et de commandement aéroporté, du Nord de la Pologne au Nord de la Roumanie. Toujours dans le volet « réassurance », les forces françaises sont présentes au centre de communication stratégique à Riga (Lettonie) et à celui de la cyberdéfense à Tallin (Estonie). La Force de réaction rapide de l’OTAN (NRF en anglais) est elle-même complétée par une force de niveau brigade à très haut degré de réactivité (VJTF en anglais), capable de se déployer n’importe où sur le territoire de l’Alliance Atlantique en 5 jours avec des éléments mis en place en 48 h. La VJTF dispose aussi de composantes navale et aérienne. En 2016, la France y contribue  par : 1 frégate et 1 chasseur de mines en alerte permanente ; 6 avions de chasse déployables. Enfin, elle peut mettre à disposition de la NRF trois états-majors de réaction rapide certifiés OTAN : le CRR-FR de l’armée de Terre stationné à Lille ; le COM-FR-MARFOR de la Marine à Toulon ; le FR-JFACC de l’armée de l’Air à Lyon.

La défense éloignée du flanc Sud. Suite à la réflexion en cours au sein de l’OTAN sur la menace, la France garantit la protection du flanc Sud par son engagement sur deux théâtres extérieurs. Fin juin 2016, pour l’opération« Chammal » au Levant (Syrie et Irak). elle y déploie 1.000 militaires ainsi répartis : 1 frégate de défense aérienne ; 5 Mirage 2000 D, 3 Mirage 2000 N et 6 Rafale, renforcés de 2 avions pour la participation à des exercices régionaux ; des instructeurs pour la formation des forces irakiennes à Bagdad et Erbil. S’y ajoutent les renforts non-permanents : 1 AWACS ; 1 avion C135FR pour le ravitaillement en vol ; 1 Atlantique 2 pour  le renseignement. Du 1er janvier au 23 juin, les opérations aériennes françaises au Levant ont totalisé 1.411 sorties (renseignement, surveillance, reconnaissance, ravitaillement en vol et ciblage d’objectifs) avec 352 frappes et 570 objectifs neutralisés. Dans la bande sahélo-saharienne (Mauritanie, Mali, Burkina-Faso, Niger et Tchad), l’opération « Barkhane » mobilise 3.500 militaires, 17 hélicoptères, 200 véhicules blindés, 200 véhicules logistiques, 6 à 10 avions de transports tactique et stratégique, 4 avions de chasse et 5 drones.

Les objectifs sur deux ans. A l‘issue du sommet de l’OTAN, tenu à Varsovie les 8 et 9 juillet 2016, les 28 pays membres ont  décidé de réaffirmer la posture de dissuasion et de défense, renforcer la présence avancée et coopérer avec l’Union européenne. La déclaration commune  des chefs d’État et de gouvernement souligne le maintien du soutien à l’Ukraine. L’OTAN lui fournira conseil et appui en matière de défense et de sécurité, en vue de parvenir à l’interopérabilité pour assurer  la stabilité dans la zone euro-atlantique et au-delà. Le communiqué final note que la Russie continue de renforcer sa posture militaire, d’accroître ses activités militaires et de compromettre la sécurité dans les régions de la mer Baltique et de la mer Noire, dans l’Atlantique Nord et en Méditerranée. L’OTAN renforce son partenariat avec la Finlande et la Suède en mer Baltique et sa coopération avec les États riverains de la mer Noire, dont la Géorgie et l’Ukraine. Dans le cadre de sa posture globale, elle établit, à partir de 2017, une présence avancée renforcée en Estonie, Lituanie, Lettonie et Pologne en mettant à leur disposition, sur la base du volontariat, par rotation et de façon durable, des forces multinationales, à savoir quatre groupements tactiques du niveau bataillon capables d’opérer conjointement avec les forces nationales. Déjà, le Canada, l’Allemagne, la Grande-Bretagne et les États-Unis se sont proposés comme pays-cadres contributeurs. De son côté, la Pologne a offert une installation existante pour l’établissement d’un quartier général de division multinational. Avec l’Union africaine, l’OTAN renforce son partenariat, qui inclut des soutiens opérationnel, logistique et capacitaire, en vue de rendre opérationnelle la « Force africaine en attente », déployable en temps de crise pour maintenir la paix.

Loïc Salmon

OTAN : améliorer la disponibilité et la réactivité

OTAN : réaffirmation des défense collective, gestion des crises et sécurité coopérative

École de guerre : « Coalition 2016 », exercice d’état-major pour conflit hybride ou asymétrique

La France a déployé 4.000 militaires dans 6 exercices OTAN en 2015. « Puma » (11-29 mai, Pologne) a mobilisé un sous-groupement tactique interarmes avec 15 chars Leclerc, 4 véhicules blindés de combat d’infanterie et 300 soldats. « Northern Coast » (septembre, Baltique) a consisté à sécuriser une zone maritime, avec la participation d’un patrouilleur de haute mer et d’une frégate de lutte anti-sous-marine. « Joint Warrior » (5-15 octobre, mer d’Écosse) a mis en œuvre un entraînement opérationnel sur un scénario d’eaux territoriales menacées par des mouvements terroristes et sécessionnistes, une frégate multi-missions (FREMM), une frégate de lutte anti-sous-marine avec leur hélicoptère respectif ainsi qu’un avion de patrouille maritime Atlantique 2. Encore au large de l’Écosse, la même FREMM a participé à « At Sea Demonstration » (18-25 octobre) pour protéger une force navale, face à des menaces anti-navires et balistiques. A « Trident Juncture » (21 octobre-6 novembre, Espagne, Italie et Portugal), plus important exercice interarmées depuis 2002 et premier entraînement dans la perspective de la rénovation de la capacité d’action rapide de l’OTAN, la France a envoyé : 1 frégate légère furtive ; 1 pétrolier-ravitailleur ; 1 chasseur de mines tripartite ; 2 Atlantique 2 et 3 avions de chasse Mirage 2000-5. A « Citadel Bonus » (16-27 novembre, Pologne), 350 militaires du Corps de réaction rapide France ont été mobilisés pour sa certification, en vue d’une prise d’alerte d’état-major d’un groupe interarmées en 2017.




Armée de Terre : le CFT, fournir des soldats opérationnels au bon moment et au bon endroit

Le Commandement des forces terrestres (CFT) doit recruter, former, entraîner et fidéliser des combattants, projetables sur le territoire national ou sur un théâtre d’opérations extérieur.

Son état-major, implanté à Lille, l’a présenté à l’Association des journalistes de défense le 23 mai 2016. Sont notamment intervenus : le général de corps d’armée Sainte-Claire Deville, commandant le CFT ; le colonel Dirou ; le lieutenant-colonel Hunot ; le colonel Givre ; le commandant Sackreuter.

Remontée en puissance. Il s’agit de recruter 11.000 personnels entre avril 2015 et début 2017 et d’augmenter les effectifs au niveau section, rappelle le général Sainte-Claire Deville. Pendant ce temps, il faut former 40 unités de combat supplémentaires, dont 20 d’arme blindée cavalerie : 10 fin juillet, 10 fin octobre, 10 fin décembre et 10 début 2017. Le recrutement s’établit à 2 candidats par poste proposé. La formation initiale se répartit sur tout le territoire national, à raison de 6 à 12 mois pour les soldats, 1 an pour les sous-officiers et 4 ans pour les officiers. Pour l’entraînement, la priorité est donnée à la préparation avant projection, sous la responsabilité du chef d’unité : tir ; secourisme ; instruction collective au niveau de la section d’infanterie ou du peloton de cavalerie. Le commandement doit entretenir les savoir-faire du niveau élémentaire à celui du régiment. La préparation opérationnelle se fait dans les centres d’entraînement spécialisés de Champagne et de Provence, dans le cadre de sous-groupements tactiques interarmes incluant des éléments de cavalerie, d’infanterie, du génie, d’artillerie et de logistique. Les effectifs subissent une certaine attrition  au cours des six premiers mois d’engagement, dont 3 % pour des pathologies … détectées lors de la première marche ! Par ailleurs, les absences prolongées du domicile, de l’ordre de 180 à 230 jours par an, donnent droit à des primes équivalant à un 13ème ou un 14ème mois de solde, mais créent des difficultés au sein des familles. L’opération « Sentinelle » de lutte contre le terrorisme sur le territoire national permet aux militaires du rang de percevoir au quotidien la reconnaissance de la population. Mais pour les sous-officiers ou officiers subalternes, elle ne correspond pas à ce qu’ils souhaitent, à savoir des responsabilités plus guerrières. Au bout de 5 ans de service, se pose la question de la fidélisation des meilleurs soldats. L’objectif du CFT est de la rendre supérieure à 40 %, alors qu’elle dépasse à peine 15 % aujourd’hui, souligne le général Sainte-Claire Deville.

Rééquilibrage. Pour contribuer à l’équilibre stratégique de  la défense (dissuasion nucléaire, connaissance/anticipation, prévention, protection et intervention), l’armée de Terre doit réévaluer ses engagements sur les théâtres extérieurs et en métropole explique le colonel Dirou. Le programme « Scorpion » de renouvellement de ses équipements va connecter entre elles toutes les composantes d’un groupement tactique interarmes (infanterie, cavalerie, appui et soutien). Sa mise en œuvre va décloisonner et favoriser la combinaison et la formation interarmes. Cela se traduira, à terme, par des changements sur les structures et dans les relations humaines et le maintien des matériels en condition opérationnelle. Parallèlement, les acquis des opérations extérieures sont pris en compte dans la formation et l’entraînement d’un combattant qui doit devenir polyvalent, notamment l’autonomie, la créativité, l’initiative et l’imagination. Entre 1996 et 2016, les forces terrestres françaises ont été déployées au Liban, en Bosnie, au Kosovo, en Côte d’Ivoire, en Afghanistan, en Libye, au Mali et … en France ! Actuellement, quelque 31.500 militaires français des trois armées sont déployés en missions et en opérations à travers le monde, indique le lieutenant-colonel Hunot. Sur le territoire national, 13.000 d’entre eux participent à l’opération « Sentinelle », à la posture permanente de sûreté aérienne et à la posture permanente de sauvegarde maritime. Les forces prépositionnées, soit 11.000 personnels, se répartissent entre : celles de souveraineté nationale aux Antilles, et en Guyane, zone Sud de l’océan Indien, Nouvelle-Calédonie et Polynésie française ; celles de présence à l’étranger, à savoir au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Gabon, aux Émirats arabes unis et à Djibouti. Enfin, 7.500 sont engagés dans des opérations extérieures : « Barkhane » dans la bande sahélo-saharienne ; « Sangaris » en Centrafrique ; « Corymbe », surveillance maritime du golfe de Guinée ; « Atalante » pour lutter contre la piraterie en océan Indien ; « Chammal » contre Daech en Irak.

Retours d’expériences. Le colonel Givre se trouvait à Bagdad, entre octobre 2015 et mars 2016, à la tête de 150 militaires français dans le cadre du programme d’assistance aux forces irakiennes. Cette mission, destinée à créer un climat de confiance pour lutter contre Daech, consiste à dupliquer l’opération « Sentinelle » dans la capitale irakienne, centre du pouvoir chiite, militaire, policier et des services de renseignement. Ces derniers entretiennent des relations avec leurs homologues syriens. La mission française recueille aussi du renseignement sur les gens de Daech susceptibles de revenir en Europe. En outre, l’armée de l’Air française participe aux frappes en appui aux troupes irakiennes au sol, après avoir obtenu le feu vert de Paris et du commandement de la coalition internationale (70 pays), installé au Qatar. Les États-Unis effectuent 80 % des frappes et la France 20 %. Il n’y a pas d’accompagnement terrestre direct des troupes irakiennes en première ligne par la coalition, sauf par les forces spéciales américaines, australiennes et britanniques. De son côté, le commandant Sackreuter a séjourné six mois à Kidal, au sein de la Mission des nations unies au Mali (MINUSMA). La recherche, difficile, du renseignement sur les djihadistes se fait surtout par des sources d’origine humaine. Compte tenu de leurs liens avec la population, il est possible de localiser les djihadistes et de savoir ce qui se passe dans un rayon de 20 km du camp de la MINUSMA. En revanche, ceux-ci bénéficient de la complicité de civils qui y travaillent. Enfin, la relation avec les Maliens n’est pas toujours facile, car la France est encore perçue comme l’ancien colonisateur.

Loïc Salmon

Armée de Terre : création d’un commandement pour le territoire national

Armée de Terre : un état-major de forces immédiatement projetable

Irak : le volet « assistance » de l’opération « Chammal »

Le Commandement des forces terrestres (CFT) a autorité sur : l’état-major du Corps de réaction rapide-France de l’OTAN ; deux états-majors de force ; 7 brigades interarmes (2 brigades de décision, 3 brigades multirôles et 2 brigades d’engagement d’urgence) ; 3 brigades spécialisées (renseignement, transmissions et logistique) ; la division aéromobilité (3 régiments d’hélicoptères de combat). L’état-major du CFT compte 738 personnels militaires et civils et peut faire appel à 150 réservistes. Les forces terrestres incluent également : la Brigade des forces spéciales terre ; la Brigade franco-allemande ; le commandement des centres de préparation des forces. Le 5ème Régiment de cuirassiers, recréé et installé aux Émirats arabes unis à partir de juin 2016, assure l’entraînement en zone désertique. Les effectifs totalisent 70.000 militaires.




OTAN : synergie pour traiter les symptômes et causes des crises

Aucun pays n’est à même de gérer les crises actuelles, caractérisées par leur simultanéité et l’accélération de leur tempo. La solution repose sur la coordination et la capacité des États membres de l’OTAN à travailler ensemble.

Telle est l’opinion du général Jean-Paul Paloméros, chef du « Commandement suprême allié de la transformation » de l’OTAN. Il l’a exprimée, le 8 septembre 2015 à Paris, devant l’Association des journalistes de défense et avant la fin de son mandat de trois ans à la fin du mois.

Dangerosité accrue. Le général Paloméros estime que la paix et la sécurité du monde sont plus menacées qu’au début de son mandat. En 25 ans, la guerre du Golfe, la fin de la guerre froide et les opérations dans les Balkans, en Afghanistan et en Irak se sont succédé. En 2012, sous l’effet des coupes budgétaires et des engagements militaires, les armées de plusieurs pays membres de l’OTAN avaient réduit les nombres d’heures de vol et de jours à la mer ainsi que les grands exercices. Depuis, ces derniers ont été multipliés par trois, avec les mêmes objectifs que l’entraînement des armées de chaque pays membre. Aujourd’hui, les causes et les solutions des crises sont interdépendantes. Les acteurs non étatiques des guerres « hybrides » profitent des nouvelles technologies. L’OTAN définit la guerre hybride comme un conflit sans but clairement défini, mais qui combine actes politiques, diplomatiques, économiques, militaires, médiatiques et cyberattaques, en s’affranchissant des règles établies. Plusieurs États pratiquent cette stratégie hybride qui devient la norme, en vue de contourner les accords et l’ordre établi après la seconde guerre mondiale. Cette stratégie menace le continuum « sécurité/défense ». Or, les citoyens des pays occidentaux sont devenus plus sensibles à la sécurité. Les interventions au Mali (2013) et en Irak (2014) visent à anticiper les crises avant qu’elles affectent les populations occidentales. Dès 2013, l’OTAN avait identifié des crises majeures à ses frontières Est et Sud avec l’impact lourd des flux de réfugiés. Le conflit hybride en Ukraine met en évidence le besoin de défense collective, où chaque pays membre doit comprendre les préoccupations des autres. Au Sud, la menace, plus diffuse, se manifeste par les grands flux migratoires vers l’Europe. Des gens fuient leurs pays pour des raisons sécuritaires, sociales et sanitaires. De son côté, la Russie soutient le régime de Bachar el Assad, car la Syrie constitue sa dernière frontière pour lutter contre l’organisation État islamique (Daech). Selon le général Paloméros, une crise pouvait être circonscrite à un pays il y a encore quelques années. Aujourd’hui, elle se démultiplie dans une région à la puissance 10 ou 100. Enfin, certains pays s’investissent militairement pour dénier l’accès à différents théâtres, menaçant les déploiements de l’OTAN.

Réflexions et actions. Il faut mettre en synergie les forces de l’OTAN pour tirer parti de sa puissance globale, souligne le général. Il a donc fixé des priorités au début de son mandat : travaux de réflexions stratégiques sur les tendances lourdes pour les vingt ans à venir ; jeter les bases des capacités futures ; améliorer l’anticipation et la connaissance stratégique par le partage du renseignement. Il s’agit, entre autres, de déterminer les causes de la création de Daech et l’évolution climatique à l’origine d’exodes massifs de populations. L’OTAN doit aussi améliorer la souplesse d’emploi de ses forces pour les projeter plus rapidement, grâce à une interopérabilité accrue. Les pays membres doivent réinvestir dans la résilience en identifiant les failles dans leur sécurité : protection des infrastructures étatiques contre les cyberattaques ; élaboration d’une communication stratégique pour contrer la propagande adverse en cas de menace hybride. Cela nécessite des moyens budgétaires, un engagement politique constant dans la durée et une plus grande solidarité avec l’Union européenne. Depuis la fin de la guerre froide (1991), l’OTAN a été appelée en renfort comme outil de dernier recours dans les Balkans (1999), en Afghanistan (2001) et en Libye (2011). Elle doit rester prête à mener l’ensemble de ses missions sans délai, en donnant la priorité à la préparation opérationnelle par des exercices à grande échelle, car les crises peuvent dégénérer rapidement (voir encadré). Dans une guerre hybride, l’emploi de forces complexes nécessite des moyens techniques de plus en plus efficaces. Ainsi, les drones armés sont très utiles pour la reconnaissance et la frappe…si nécessaire. Dans l’Est de la Syrie, les forces de Daech, très mobiles, utilisent toutes les possibilités de cette vaste région. En revanche, la situation dans le Nord de l’Irak devrait se stabiliser, car la Turquie participe à la coalition internationale et déploie des missiles tactiques à sa frontière. États-Unis, Grande-Bretagne et France apportent un soutien aérien aux forces locales au sol pour faire peser une pression permanente sur Daech, en limitant les dommages collatéraux. Il s’agit de reconquérir du terrain et de déterminer ce qui peut unir les peuples de cette région, dévastée par la guerre. Enfin, l’OTAN assure la police du ciel des États baltes, pour faire comprendre à la Russie l’importance accordée à leur sécurité, rappelle le général Paloméros.

Permanence américaine. Les États-Unis continuent d’assumer leur rôle de superpuissance sur toute la planète. Mais cela implique des choix pour mener des actions durables, en concentrant leurs forces sur les théâtres de crise. Ils apportent leur soutien à l’OTAN du côté de l’Ukraine. Ils font de même sur le front Sud, au sein d’une coalition montée en quelques jours grâce aux normes d’intégration de l’OTAN. Leur coopération avec les forces françaises n’a jamais atteint un tel niveau, souligne le général. L’action de la France en Afrique, avec un vrai partage de responsabilités, une volonté et des capacités, correspond à ce qu’ils attendent des autres États membres. Ce que fait la France sur le front Sud est considéré comme très important pour tous les pays de l’OTAN. Cette dernière reste un organe politico-militaire, où tous discutent de ce qui dépasse ses frontières et implique certains pays membres. Ses structures permanentes de commandement à Naples et Izmir restent disponibles si nécessaire.

Loïc Salmon

OTAN : améliorer la disponibilité et la réactivité

OTAN : réaffirmation des défense collective, gestion des crises et sécurité coopérative

Le CSAT de l’OTAN : un poste clé

L’exercice « Trident Juncture 2015 » mobilise, du 3 octobre au 6 novembre 2015,  36.000 militaires des armées de Terre et de l’Air, de la Marine et des forces spéciales de plus de 30 pays membres ou partenaires de l’OTAN. Cet exercice, auxquels sont connectés divers exercices nationaux, se déroule en Italie, en Espagne, au Portugal, dans l’océan Atlantique et en Méditerranée, au Canada, en Norvège, en Allemagne, en Belgique et aux Pays-Bas. Il porte sur la cyberguerre, la défense anti-missiles, la guerre hybride et la réaction rapide. Y participent également une douzaine d’organisations internationales, dont l’Union européenne et l’Union africaine. A l’issue de l’exercice, le personnel du quartier général du Commandement commun des forces à Brunssum (Pays-Bas) obtient la certification officielle d’aptitude à diriger, pour l’année 2016, la Force de réaction rapide de l’OTAN, si elle devait être mise en œuvre.




La puissance au XXIème siècle : le poids de l’Histoire

La force militaire suffit-elle à garantir la puissance d’un État ? Russie, OTAN, Grande-Bretagne et Allemagne conservent-elles leur puissance ?

Ces questions ont fait l’objet d’un colloque organisé, le 13 avril 2015 à Paris, par l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire (IRSEM), EuroDéfense-France, l’Institut Jean Lecanuet et la revue France Forum. Y ont notamment participé : le général de brigade Benoît Durieux, directeur du Centre des hautes études militaires ; Gabriel Bernier du secrétariat international de l’OTAN ; Arnaud Dubien, directeur de l’Observatoire franco-russe ; le général (2S) Maurice de Langlois de l’IRSEM.

Capacité militaire durable. Le discrédit moral et juridique de la guerre perdure depuis 1945 dans une Europe qui se démilitarise, alors que les violences armées s’en rapprochent, note le général Durieux. Mais, la réflexion sur la puissance militaire se poursuit depuis une quinzaine d’années. Après leurs interventions en Afghanistan et en Irak, les États-Unis ont compris l’inadaptation de leur force militaire, dans un environnement mal perçu et un mode de combat déconnecté de la réalité du terrain et de la situation politique. Un débat s’est ouvert sur l’offensive et la défensive. Celle-ci l’emporte avec la dissuasion nucléaire et des armées conventionnelles qui coûtent de plus en plus cher. L’offensive repose sur la faiblesse conceptuelle de la puissance militaire. La destruction de l’adversaire rassure, mais c’est un résultat à court terme. Il faut donc repenser le concept de puissance militaire, estime le général. En raison de la nature politique de la guerre, les militaires ne peuvent pas régler des problèmes non militaires. La singularité de la guerre nécessite une approche globale : contrôle des milieux marin et aérien et destruction de l’adversaire. S’y ajoute le temps long du développement de la puissance militaire. Le premier effort porte sur « l’intelligence stratégique » : comprendre l’adversaire et ses motivations pour éviter la « facilité tactique », uniquement militaire, et la tentation de la « morale », conception étrangère à la politique. Le deuxième effort concerne la capacité d’un pays à s’engager de façon autonome sur un théâtre d’opérations, comme les États-Unis dans le passé, la France au Mali ou le Tchad contre l’organisation terroriste Boko Haram. Enfin, la pérennité de l’action militaire dépend de la capacité industrielle du pays et de la formation des personnels.

L’OTAN, outil de puissance. Pour l’opinion publique, l’OTAN se présente comme un multiplicateur de forces militaires entraînées et constitue un saut qualitatif en terme de puissance  avec la dissuasion nucléaire, indique Gabriel Bernier. Cela implique : un partage du fardeau transatlantique et intereuropéen, avec une plus grande autonomie pour l’Union européenne ; l’élaboration d’une politique de défense et d’une doctrine pour le contrôle de l’espace stratégique ; une approche internationale en matière d’équipements par la mutualisation et le partage des moyens. Le retour de la menace russe et l’apparition de Daech ont conduit à l’adaptation de la capacité de réaction rapide de l’OTAN, qui doit d’abord éviter tout conflit en Europe.

Résurgence de la Russie. Puissance régionale moyenne, la Russie s’étend de la Baltique au Pacifique. Inquiète pour sa sécurité, elle s’attend à une confrontation avec l’Occident, notamment au Moyen-Orient, estime Arnaud Dubien. En outre, elle ne s’estime pas vaincue à l’issue de la guerre froide (1947-1991). La dissuasion nucléaire a été modernisée, mais les forces conventionnelles devront être mises à niveau d’ici à 2020. Depuis les années 2000, la Russie souhaite la prise en considération de ses intérêts stratégiques, ignorés depuis 1990, surtout l’élargissement de l’OTAN aux pays de l’Europe de l’Est. Pour la Russie, l’Ukraine, dont elle est frontalière, ne doit appartenir ni à l’OTAN, ni à l’Union européenne. Considérant que son intérêt stratégique vital y est engagé, elle entend maintenir son rang dans les décennies à venir et est prête à en payer le prix, malgré les sanctions  économiques. La crise semble durable avec les États-Unis, malgré l’absence de véritable confrontation idéologique. L’attitude des autres pays est variable. Grande-Bretagne, Suède, Pologne et Pays Baltes prônent une ligne dure en matière de sanctions économiques. L’Espagne, l’Italie, la Grèce, Chypre, la République Tchèque et la Hongrie préfèrent un assouplissement. L’Allemagne adopte une position médiane. La Russie, pour qui l’Occident a cessé d’être la référence, se tourne d’abord vers la Chine, qui représente 17 % de ses échanges extérieurs. Elle recherche des partenariats dans les domaines nucléaire et militaire avec l’Afrique du Sud et le Brésil. Enfin, elle développe ses relations diplomatiques et économiques avec l’Inde, le Viêt Nam, l’Égypte, la Turquie et l’Iran.

Prise de conscience de l’Allemagne. L’Allemagne se considère comme une puissance « civile », sceptique sur l’emploi de la force, explique le général Maurice de Langlois. Privilégiant une approche multilatérale pour éviter les risques, son Livre Blanc 2006 sur la sécurité n’évoque pas la notion d’intérêt national et manque de réflexion stratégique, selon le général. Intégrée à l’OTAN dès 1955, la Bundeswher est pourtant intervenue en ex-Yougoslavie, Afrique et Afghanistan, quoique souvent soumise au « caveat » national (limitation des missions opérationnelles par le gouvernement). Mais en 2011, l’opinion publique a pris conscience de la nécessité de maintenir la violence en cas de remise en cause de la co-existence pacifique. Le délai d’alerte opérationnelle de la Bundeswehr est passé à 48 h. Le budget de la Défense doit croître de 8 Md€ d’ici à 2019, notamment pour augmenter ses investissements et améliorer la disponibilité de ses équipements.

Réticences de la Grande-Bretagne. Malgré l’hésitation de son opinion publique à l’envoi de troupes en opérations extérieures, la Grande-Bretagne se croit encore une grande puissance et veut étendre son influence dans le monde, souligne le général de Langlois. Elle préfère envoyer des experts militaires et civils, à titre préventif. La force armée, quoique considérée comme la clé de voûte de la sécurité, ne doit être employée qu’après tous les autres moyens. De leur côté, les États-Unis estiment que la Grande-Bretagne ne remplit plus son rôle dans les grandes opérations qu’ils mènent.

Loïc Salmon

Selon Falashadé Soulé-Kohndou, le Brésil, l’Inde et l’Afrique du Sud constituent un groupe « d’États émergents », qui recherchent une influence politique internationale, basée sur leur statut de puissance régionale. Ils développent leur capacité militaire et préfèrent l’action collective à l’initiative individuelle. Ils utilisent la diplomatie selon les enjeux : système financier international, droits de l’Homme, gouvernance internationale ou réforme du Conseil de sécurité de l’ONU. Ils s’impliquent dans les médiations entre pays en litige et dans les opérations de maintien de la paix. Toutefois, leur influence politique reste limitée. Ainsi, l’Inde et l’Afrique du Sud s’abstiennent régulièrement lors du vote sur des résolutions des Nations unies mettant en cause la Russie ou la Chine.




OTAN : améliorer la disponibilité et la réactivité

L’OTAN retrouvera sa réactivité, perdue depuis la fin de la guerre froide (1991), par l’entraînement et les exercices majeurs. En outre, les lignes de forces de demain doivent être tracées aujourd’hui.

Son chef du « Commandement suprême allié de la transformation », le général d’armée aérienne Jean-Paul Paloméros, en a débattu, le 19 novembre 2014 à Paris, avec l’Association des journalistes de défense.

Incertitude permanente. Aux risques de tirs de missiles balistiques et d’emplois d’armes de destruction massive, s’ajoute aujourd’hui la menace dans le cyberespace. Il faut aussi, par l’anticipation, identifier les signaux faibles aux frontières terrestres, aériennes et maritimes des 28 pays membres de l’OTAN. La Russie et la Chine développent leurs moyens offensifs (missiles et avions de combat), mais leur capacité de déploiement reste encore difficile à évaluer dans le temps. Elles montent de très grands exercices, signes que leurs capacités techniques et humaines ne doivent pas être sous-estimées. Les États-Unis ont déjà déplacé leur pivot de défense vers l’Asie. L’OTAN adopte une position dynamique, pour disposer du volume de forces nécessaires là et quand le besoin s’en fait sentir. Si les forces aériennes russes enfreignent les règles internationales en matière de survol intempestif (Ukraine et États baltes), le niveau de risques de malentendus et de méprises augmente. Toutefois, le général Paloméros, ancien chef d’état-major de l’armée de l’Air, recommande la prudence et la modération. Il s’agit de détecter, d’identifier et d’intercepter les avions qui ne respectent pas les règles d’authentification et de dépôt de plan de vol. La souveraineté des pays membres de l’OTAN n’a pas encore été menacée : aucun incident ne s’est produit récemment en matière de sûreté aérienne. Néanmoins, le nombre de décollages d’avions de chasse de l’OTAN augmente pour assurer la sécurité au-dessus des États baltes et de la Pologne. La relation de confiance, établie depuis une vingtaine d’années, entre l’Union européenne (UE) et la Russie s’effrite dans les domaines militaire, énergétique et financier. Par ailleurs, le continuum défense et sécurité s’impose contre la menace « hybride » (criminalité et terrorisme) de déstabilisation, souligne le général. Les grandes puissances peuvent influer sur le cours des événements par des pressions économiques, la communication et l’intimidation militaire. Les mouvements extrémistes, qui sévissent dans certains pays du Sud de la Méditerranée, manifestent de grandes capacités d’agressivité, de réactivité et d’anticipation. Leurs campagnes de communication deviennent tellement outrancières, que plus personne ne les contestent. « Dès qu’un responsable de l’OTAN parle, il y a une réaction dans les secondes qui suivent et qui insinuent au moins le doute ».

Réduire les déficits capacitaires.

Depuis 65 ans, l’OTAN a permis aux pays d’Europe de l’Ouest de se développer et a assuré leur défense collective, rappelle le général. Aujourd’hui, 22 pays de l’UE ont fait le choix stratégique d’adhérer à l’OTAN, avec la volonté politique que « les valeurs de démocratie et de liberté l’emportent sur le centralisme démocratique et l’obscurantisme ». Pourtant, depuis quelques années, les pays de l’OTAN, surtout les membres de l’UE, réduisent leur effort de défense. Les États-Unis comblent ce déficit capacitaire au niveau de l’OTAN et la France fait de même à celui de l’UE. L’OTAN, rappelle le général, est une alliance de nations souveraines, où chacune décide selon ses intérêts politiques, économiques et commerciaux et se positionne par rapport à sa vision du monde futur. Les restrictions budgétaires affectent surtout les équipements et, par voie de conséquence, les capacités militaires. Or, l’OTAN ne peut plus se permettre de se disperser. L’interopérabilité multiplie par 3 ou 4 les capacités de chaque pays membre. Ainsi, les armées de l’Air se sont transformées et s’entraînent en commun. « La disponibilité se gagne au quotidien ». La France adapte ses capacités à la menace en visant l’efficacité et la polyvalence. Elle construit bâtiments de projection et de commandement, frégates multimissions, avions multirôles (transport et ravitaillement en vol) et systèmes sol/air, qu’elle peut fournir aux pays partenaires qui le souhaitent. Par ailleurs, l’OTAN entreprend des exercices inopinés pour améliorer ses procédures d’entraînement et de contrôle. Ses engagements en Afghanistan et en Libye avaient entraîné une suppression des exercices en 2012. Cependant, les 4 grands exercices de 2014 ont été planifiés avant la crise ukrainienne. En outre, depuis mai 2014, le nombre d’exercices tactiques a été multiplié par 3, surtout à l’Est de l’Europe où il s’en déroule 1 tous les 2 jours. Lors du sommet de l’OTAN au pays de Galles (septembre 2014),  il a été décidé de créer, au sein de la NRF (encadré) une force opérationnelle interarmées dénommée VJTF, encore plus entraînée que l’IRF. Selon le général Paloméros, il s’agirait d’une brigade (7.000 personnels) avec des moyens de renseignement et de transport et capable de se déployer en 5 jours entre la Baltique et la mer Noire. Pour que l’OTAN regagne sa crédibilité, l’Italie, le Portugal et l’Espagne organiseront, en septembre et octobre 2015, un exercice majeur dénommé « Trident Juncture 2015 » et qui mobilisera 25.000 personnels. A partir de 2016, la NRF participera à un programme d’exercices élargis et de plus grande ampleur.

Préparer l’avenir. Les capacités militaires de demain devront être élaborées selon des mesures soutenables politiquement et dans la durée, souligne le général chargé de la transformation de l’OTAN. Il faudra, dès 2015, identifier les déficits capacitaires, établir un équilibre des grandes menaces à l’Est et au Sud et adapter les processus de planification. D’autres critères entrent en jeu : éviter de répondre à une menace par la technologie pure ; prendre en compte le coût d’entretien et de soutien des équipements ; éviter la fuite en avant technologique, car la plupart des pays membres ne pourront suivre. Il conviendra de se fixer des objectifs au-delà d’une quinzaine d’années. Par exemple, les AWACS (avions de détection et de commandement aéroporté), que seuls les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France, l’Arabie Saoudite et l’OTAN possèdent, arriveront en fin de vie en 2030. Les armées auront à travailler avec les industriels pour déterminer les capacités de demain, tirer les leçons du passé, se concentrer sur le présent et évaluer les hypothèses, notamment démographiques et climatiques, dans une vingtaine d’années.

Loïc Salmon

OTAN : réaffirmation des défense collective, gestion des crises et sécurité coopérative

OTAN : garantie d’une vision globale en matière de défense

La « Force de réaction de l’OTAN » (NRF en anglais) est une force internationale (30.000 personnels) de haut niveau de préparation, faisant appel aux technologies de pointe et regroupant des composantes terre, air et mer et des forces spéciales, que l’Alliance atlantique peut déployer rapidement partout où cela est nécessaire. Elle compte : un élément de commandement et de contrôle de la structure de commandement de l’OTAN ; la « Force interarmées de réaction immédiate » (IRF, 13.000 personnels); un pool de forces complémentaires.




OTAN : convergence de volontés pour intervenir ensemble

Défense collective et gestion des crises selon un accord international constituent les principales missions de l’OTAN, qui doit assurer les meilleurs emplois de ses moyens pour stabiliser les théâtres d’opérations. Tel est l’avis du général d‘armée aérienne Jean-Paul Paloméros, qui s’est exprimé le 18 septembre 2013 à Paris, devant l’Association des journalistes de défense. A la tête du « Commandement suprême allié pour la transformation » de l’OTAN, il préfère parler plutôt d’Alliance Atlantique, dont l’OTAN n’est que l’organisation militaire, car les dimensions politique et militaire sont intiment liées. Il rencontre en effet les chefs d’Etat et de gouvernement, les ministres de la Défense et les chefs d’Etat-major des armées des 28 pays membres. A ces missions prioritaires, s’ajoute la « sécurité coopérative » avec des partenaires extérieurs pour apporter la paix et la sécurité dans un espace plus vaste. Toutefois, la règle d’automaticité de défense collective s’applique seulement aux membres de l’Alliance. Ainsi, l’OTAN protège la frontière commune de la Turquie, pays membre, avec la Syrie. Elle teste son niveau d’intégration et en tire les conséquences en termes de commandement, déploiement de moyens, préparation des hommes et capacités d’autres pays. « Il y a des progrès à faire », indique le général Paloméros. Quant au Mali, il souligne que la coalition a apporté des soutiens militaire, technique et politique pour l’aider à reconstruire ses capacités. Les moyens ISR (renseignement, surveillance et reconnaissance) ont fourni une bonne connaissance du théâtre pour l’engagement de forces sur le terrain. L’ISR constitue un développement majeur pour l’OTAN : de 80 à 100 projets en cours s’inspirent de retours d’expériences au Kosovo, en Afghanistan et des opérations maritimes. Ainsi, l’avion de patrouille maritime ATL2 dispose d’une capacité ISR à intégrer dans le système global. Il s’agit de déterminer les besoins dans dix ans, former les personnels et améliorer les connexions des systèmes. L’engagement capacitaire majeur de l’OTAN en matière d’ISR concerne la surveillance terrestre. Le système « Alliance Ground Surveillance » (AGS), qui sera disponible entre 2015 et 2017, comprendra cinq drones à haute altitude (18.000 m), longue endurance (36 heures) et capables d’embarquer des radars. La base de déploiement ISR et le centre de formation et d’exploitation des données seront implantés à Sigonella (Italie). Complémentaire des avions radar AWACS pour la surveillance aérienne, l’AGS donnera des renseignements tous temps sur un théâtre, avant, pendant et après une opération. Selon le général Paloméros, il faudra y ajouter une capacité satellitaire d’identification à distance et régler le problème d’intégration des drones dans le trafic aérien civil.

Loïc Salmon

Libye : bilan final de l’opération Harmattan dans le cadre OTAN

OTAN : garantie d’une vision globale en matière de défense

OTAN : sommet de Chicago




DGA : l’expertise technologique, avenir de l’outil de défense

La Direction générale de l’armement (DGA) mise sur l’expertise technologique de l’industrie de défense française pour en préserver la compétitivité et maintenir les capacités des forces armées au meilleur standard.

C’est ce qu’a déclaré son délégué général, Laurent Collet-Billon, le 13 février 2013 à Paris, lors de la présentation à la presse des résultats de l’activité 2012.

L’équipement des forces. La DGA a dépensé 10.984 M€ pour équiper les forces armées françaises, contre 9.496 M€ en 2011, environ 5.000 M€ pour promouvoir les exportations (6.516 M€) et 725 M€ dans les études amont pour préparer l’avenir (724 M€). Le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a décidé de porter à 750 M€, en 2013, ce dernier montant destiné aux entreprises de défense à haute valeur technologique et source d’emplois peu délocalisables. Les paiements relatifs à l’équipement des forces ont concerné notamment le Commissariat à l’énergie atomique (1.724 M€), EADS (1.550 M€), Thales (1.547 M€), DCNS (1.532 M€), Dassault (928 M€), Safran (916 M€), MBDA (600 M€), Nexter (500 M€), le Centre national d’études spatiales (244 M€), Renault Trucks Defense (134 M€), Panhard général Defense (61 M€), BAE Systems (50 M€) et diverses petites et moyennes entreprises (1.199 M€). En 2012, la DGA a pris livraison en octobre du Rafale C137, premier avion de combat européen à être équipé en série du radar RBE2 Aesa à antenne active, à portée de détection accrue et à maintenance simplifiée. Le Rafale C137 est aussi équipé d’un détecteur de départ missile amélioré et d’une optronique « secteur frontal » de nouvelle génération. La frégate multimissions Aquitaine, première de la série du programme FREMM, a été livrée à la Marine en novembre. Déployée au sein d’une coalition européenne, elle permettra à la France d’apporter des capacités de maîtrise du  milieu aéromaritime et, dès 2014, de frappes de précision dans la profondeur avec le missile de croisière naval, en cours de développement (voir revue téléchargeable 305 Septembre 2011, p.15-16). Fin novembre, la DGA a réceptionné 10.170 systèmes « Félin » (Fantassin à équipements et liaisons intégrés), de quoi en doter dix régiments d’infanterie de l’armée de Terre. Déployé avec succès en Afghanistan depuis fin 2011, Félin améliore les fonctions de protection, d’observation, de communication, d’emploi des armes, de mobilité et de soutien des combattants au contact direct de l’adversaire. Il inclut notamment gilet pare-balles, tenue de protections nucléaire, biologique et chimique, lunettes de tirs jour/nuit et arme individuelle ou collective. Son système d’information facilite l’intégration des groupes de combat dans la chaîne de commandement numérisée et confère au combattant une capacité de combat en réseau. Dix autres régiments seront dotés du Félin d’ici à 2015, à raison de quatre par an. Parallèlement, la DGA poursuit l’accompagnement des forces en opérations dans la maîtrise de leur environnement et des menaces possibles. La procédure, dite « d’urgence opérationnelle », a permis de réduire l’exposition de forces engagées : protection renforcée des véhicules blindés AMX10RC contre les attaques de roquettes ; robot terrestre « Minirogen » de recherche d’engins explosifs improvisés pour l’ouverture d’itinéraire piégé ; alerteur de départ de tir indirect GA10, installé dans les bases opérationnelles avancées. Enfin, indique Laurent Collet-Billon, les retours d’expérience en opérations extérieures (Afghanistan, Côte d’Ivoire, Libye et Mali) constituent un plan de réflexions sur les besoins des armées, qui remonte à l’Etat-major des armées, dont le chef en informe la DGA.

L’exportation d’armement. En 2012, les exportations françaises d’armement ont été réalisées à 40 % vers l’Asie-Pacifique et à 16 % vers les pays du golfe Arabo-Persique. Le plus gros contrat, supérieur à 1 Md€, porte sur la fourniture de missiles air/air Mica (voir encadré) pour les Mirage 2000 de l’armée de l’Air indienne. Des discussions sont en cours sur le système de défense aérienne de courte portée SRASM et surtout l’avion de chasse Rafale avec un transfert de technologie.  Ce dernier, précise Laurent Collet-Billon, est encadré et nécessite une décision interministérielle. Toutefois, « il faut être certain de conserver un temps d’avance technologique ». Toutes les entreprises d’armement étrangères y sont confrontées. Les armements français sont destinés d’abord aux forces armées nationales, puis éventuellement exportés selon les critères de performance définis par le client et le constructeur. Par exemple, la frégate FREMM dispose d’un équipage plus réduit que les normes en vigueur dans les autres Marines. Pourtant, DCNS a pris le risque de construire la corvette « Gowind » uniquement pour l’exportation et l’a vendue à la Malaisie. Enfin, le missile Aster 30 et le futur missile de croisière naval ne sont pas exportables.

La coopération. La DGA coopère avec les Etats-Unis dans les domaines suivants : amélioration des capacités de renseignement ; interopérabilité des armements ; rénovation de l’avionique des avions ravitailleurs KC 135 ; acquisition de munitions 5,56 mm ; formation des pilotes d’aéronavale. Dans le cadre de l’OTAN, elle a contribué à la spécification technique des besoins de commandement et de contrôle de la défense antimissile, mais en veillant à sa cohérence avec le système de commandement et de contrôle des opérations aériennes développé par Thales (France) et Raytheon (Etats-Unis). La coopération avec la Grande-Bretagne porte sur le drone tactique « Watchkeeper » pour l’armée de Terre, le  missile de croisière et la lutte contre les mines. Enfin, la DGA a signé 87 accords internationaux en 2012.

Loïc Salmon

Le missile français anti-aérien Mica (Missile d’interception, de combat et d’auto-défense), construit par MBDA, emporte 12 kg d’explosifs avec effet de souffle et de fragmentation. D’un poids de 112 kg et d’une portée de 500 m à 80 km, il est équipé d’un système de guidage à radar actif ou infrarouge passif selon les versions. Il existe en versions air/air (photo), terrestre et maritime. Les deux dernières sont à lancement vertical (VL-Mica). La version terrestre assure la défense aérienne d’installations civiles ou militaires ou la protection de forces en opérations. La version maritime couvre une zone d’engagement de 360 degrés en conservant la furtivité du navire. La version air/air du Mica équipe les Mirage 2000-5 de l’armée de l’Air et les Rafale de l’armée de l’Air et de la Marine nationale ainsi que les armées de l’Air grecque, taïwanaise, indienne et des Emirats arabes unis. Le VL-Mica a été acheté par Oman, le Maroc et les Emirats arabes unis.

 




Mali : deux Français tués dans l’Adrar, principale zone d’opération

Quelque 1.200 militaires français, 800 soldats tchadiens et un élément malien ont été déployés dans le massif montagneux de l’Adrar (Nord du Mali), refuge des islamistes. Plusieurs accrochages se sont produits à l’issue de l’opération de reconnaissance « Panthère IV » déclenchée le 18 février 2013. Au 3 mars, le dernier bilan connu s’établit à : 90 djihadistes tués par les Tchadiens et 40 par les Français ; 26 Tchadiens tués ; 2 Français tués et 2 légèrement blessés ; plus de 10 sites logistiques, 15 pick up et 1 véhicule blindé BRDM2 détruits ; un atelier de fabrication d’engins explosifs improvisés démantelé. Selon l’Etat-major des armées, les djihadistes sont très déterminés et conduisent leur action jusqu’au bout sans chercher à se désengager, ce qui rend la situation particulièrement dangereuse. Deux canons Caesar de 155 mm ont été envoyés dans la région pour compléter l’appui feu aérien (voir plus loin). Panthère IV, terminée dès la localisation de l’adversaire, avait mobilisé 150 hommes des forces franco-maliennes, pour désorganiser les groupes djihadistes et démanteler leurs sanctuaires. Le 2 mars, le caporal Cédric Charenton (1er Régiment de chasseurs parachutistes) a été tué au cours d’un violent combat. Auparavant, le 19 février, lors d’un accrochage à 50 km au sud de la ville de Tessalit, le sergent-chef Harold Vormezeel (2ème Régiment étranger de parachutistes) est décédé à la suite de ses blessures. Panthère IV avait utilisé des moyens de renseignement (1 avion radar Atl 2 et 1 drone), d’appui aérien (2 chasseurs) et de transport (1 avion C160, 4 hélicoptères dont 1 « médicalisé » et des véhicules blindés). Il s’agit de concentrer rapidement les moyens aériens et terrestres pour fixer l’adversaire, une fois localisé, et de le neutraliser. Une patrouille aérienne est maintenue sur zone par des ravitaillements en vol, afin d’intervenir rapidement. Le transport d’essence se fait par la route. Mais en cas d’urgence, un hélicoptère peut recevoir, bord à bord, une partie du carburant du C160, qui conserve de quoi rentrer à sa base. L’hélicoptère permet de surveiller le maximum de terrain et d’aller vite. Actuellement, 4.000 militaires français et 6.000 soldats africains sont déployés au Mali ainsi que des moyens aériens pour : les frappes, 6 Rafale, 6 Mirage 2000D et 2 Mirage F1 CR ; le renseignement, 1 Atl2 et des drones ; l’appui, 1 AWACS pour la détection et le contrôle, 1 C135 pour le ravitaillement en vol et des avions de transport tactique C160, C130 et CN 235. En outre, treize avions de transport sont fournis par les Etats-Unis (3 C17), la Grande-Bretagne (1 C17), le Canada (1 C17), la Belgique (2 C130), l’Allemagne (2 C160 et 1 A 3010), l’Espagne (1 C130), le Danemark (1 C130) et les Pays-Bas (1 DC 10). Enfin, la Mission d’entraînement de l’Union européenne au Mali, destinée à former les troupes maliennes, devrait être opérationnelle fin mars.  Composée de 500 soldats (200 formateurs) de 20 pays, elle sera protégée par les forces françaises.

Loïc Salmon