Médiateurs militaires : rétablir la confiance au-delà de la résolution d’un différend

Devant la demande croissante de justice et de dialogue, la communauté militaire a été dotée de « médiateurs » en 2015. Leur premier rapport a été présenté à la presse, le 12 mai 2016 à Paris, par le général d’armée (Gendarmerie) Jean-Régis Véchambre et le médecin général des armées Ronan Tymen.

La médiation. Annoncée le 12 décembre 2013 par le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, la médiation militaire a été définie par décret le 30 mars 2015. Son article D.4121-2 stipule : « Tout militaire peut saisir les officiers généraux inspecteurs d’une question relative à sa situation personnelle, aux conditions d’exécution du service ou à la vie de la communauté. Les motifs de la demande n’ont pas à être fournis d’avance ». Cette action, indique le général Véchambre, contribue à la prévention des risques psycho-sociaux. Hors hiérarchie et avec le grade militaire le plus élevé, les inspecteurs généraux effectuent notamment des enquêtes de commandement pour identifier un éventuel dysfonctionnement ou des risques au sein d’organismes ou de forces relevant du chef d’État-major des armées. Directement subordonnés au ministre de la Défense, ils sont six : armée de Terre ; Armement ; Marine nationale ; armée de l’Air, Gendarmerie ; Service de santé des armées. Le rapport 2015 précise les compétences du médiateur, qui a reçu une formation spécifique ainsi que son équipe. Il ne prend ni n’impose de décision et n’est ni juge, ni arbitre, ni expert. Il cherche à déterminer clairement l’objet du litige dans la réalité concrète des situations et à le faire partager en toute liberté, neutralité, confidentialité, impartialité et bienveillance. Il cherche une solution équitable et acceptable par les parties, en préservant leurs intérêts respectifs. Le recours au médiateur, qui ne se limite pas à un simple acte administratif, exclut le traitement de la solde, les pensions, les sanctions disciplinaires et le recrutement. Il est également accessible aux réservistes, personnels civils et retraités militaires.

Comment procéder. Un contact informel (courriel et rencontre) est pris avec l’équipe du médiateur, pour s’assurer que le cas en question entre bien dans le champ de compétence de la médiation. Le militaire rend compte à sa hiérarchie de sa demande de médiation, sans obligation d’en fournir le motif. La médiation se déroule en 4 phases avec demandes éventuelles d’avis d’experts : recevabilité et saisine (prise en compte officielle) ; écoute des parties et instruction du dossier ; audiences et analyses complémentaires ; avis du médiateur et clôture. En 2015, les médiateurs ont été saisis 147 fois : 92 cas traités en un mois ; 22 en deux mois ; 4 en trois mois ; 4 en quatre mois ; 9 en plus de 4 mois ; 16 en cours depuis le 31 décembre 2012. Les réponses apportées varient : 33 extinctions du conflit pendant la médiation ; 36 extinctions après ; 7 cas ont concerné d’autres services ; 17 classés sans suite ; 10 non extinctions de conflit ; 6 cas en cours depuis le 31 décembre 2012. Les motifs de médiation divergent : 42 conflits interpersonnels ; 36 relatifs à la mobilité ; 17 portent sur l’avancement ; 15 sur la notation ; 19 raisons médico-statutaires ; 37 autres que les cas précédents ; 11 hors du champ de compétences de la médiation. Le rapport 2015 a mis en lumière l’isolement géographique de certains personnels, les restructurations successives et le déficit de dialogue sur les affectations et mutations. Le commandement doit prendre en compte les difficultés des subalternes et collaborateurs, conclut le général Véchambre.

Loïc Salmon

Harcèlement dans les armées : « Thémis » libère la parole

Femmes dans les armées : promotion par la compétence et soutien contre le harcèlement




Armée de Terre : nouveau format plus « au contact »

L’armée de Terre doit repenser son organisation en rééquilibrant ses interventions sur le territoire national et en opérations extérieures. La modernisation de la manœuvre tactique implique de renouveler la formation et l’entraînement.

Telle est l’opinion du général Jean-Pierre Bosser, chef d’état-major de l’armée de Terre, exprimée lors d’une rencontre organisée, le 19 mai 2015 à Paris, par l’Association des journalistes de défense. Évolution de l’environnement. L’armée de Terre de 1972, avec corps d’armée, divisions et brigades, était conçue pour affronter les troupes du Pacte de Varsovie. Le numéro d’avril 2015 de Terre Information Magazine (TIM) rappelle que ce modèle d’armée a été professionnalisé en 1995, autour de forces modulables et projetables dans une logique d’intervention. En vingt ans, ce « corps expéditionnaire » a fait ses preuves et acquis une solide expérience sur tous les théâtres d’opération. En outre, la manœuvre tactique a été accélérée par la numérisation progressive du champ de bataille et « l’infovalorisation ». Cette dernière est un procédé rapide de remontée, d’exploitation et de dissémination de l’information du champ de bataille, qui facilite la détection et le traitement des menaces. Par ailleurs, TIM indique que, sur le plan humain, le moral de l’armée de Terre est fragilisé, son avenir peu lisible et que ses réformes s’accumulent. La transformation des forces armées, définie par le Livre Blanc 2013 sur la défense et la sécurité nationale et la Loi de programmation militaire 2014-2019, entraîne une contraction des ressources ainsi qu’une centralisation et une rationalisation des moyens. De son côté, le général Bosser estime que la dissolution d’une vingtaine de régiments, en dix ans, a provoqué un déséquilibre dans la vie courante des unités et leur préparation opérationnelle. En outre, de nouveaux équipements sont entrés en service : véhicule blindé du combat d’infanterie, équipement Félin et surtout lance-roquettes unitaire, dont la puissance de feu correspond à un demi-régiment d’artillerie. Selon TIM, les menaces se durcissent et se rapprochent : persistance d’adversaires potentiels conventionnels ; djihadisme international avec ramifications sur le territoire national. A ce sujet, dans l’éditorial, le chef d’état-major évoque la deuxième rotation « Sentinelle » (plan Vigipirate) : « Avec 6.400 soldats déployés et 3.000 en alerte, et en comptant ceux qui sont en projection extérieure, pour l’essentiel en Afrique et au Levant, l’armée de Terre vit une cadence qu’elle n’a pas connue depuis plusieurs décennies ». Le 19 mai, devant l’Association des journalistes de défense, il mentionne d’autres menaces comme les États faillis et celles qui n’ont pas  de frontières : catastrophes écologiques ou sanitaires, cyberattaques, terrorisme et migrations massives de populations.

Recrutement et transformation. Les effectifs projetables de l’armée de Terre passeront de 66.000 à 77.000 personnels par des recrutements de 5.000 hommes en 2015, 5.000 en 2016 et 1.000 en 2017. Actuellement il y a 3 candidats pour 1 poste. Afin d’éviter de former de futurs adversaires, chaque candidat retenu fera l’objet d’une enquête de la Direction de la protection et de la sécurité de la défense. Il s’agit de recruter plus et de faire partir moins, souligne le général. Ceux qui ont quitté l’armée de Terre un an auparavant pourront la réintégrer, sauf ceux jugés indésirables. Certains, partis après 8 ans de service et en situation difficile (chômage ou précarité), seront repris pour des durées variables (1 à 3 ans). Les chefs de corps seront autorisés à recruter localement 30 à 45 jeunes. Compte tenu du délai de 6 mois de formation initiale, l’armée de Terre devrait retrouver, à l’été 2017, le volume de forces projetables d’avant l’opération « Sentinelle », consécutive au plan « Vigipirate alerte attentats » lancé en janvier 2015. Ces forces bénéficieront du programme « Scorpion » de modernisation des capacités de combat des groupements tactiques interarmes (GTIA), engagés au contact direct de l’adversaire. Selon le général Bosser, elles seront regroupées en deux divisions, l’une en préparation opérationnelle et l’autre en opération extérieure (Opex) ou intérieure (territoire national). Chacune s’articulera en 3 brigades à 7.000 personnels correspondant à 7 régiments et 7 PC de GTIA. Maillon clé de l’armée de Terre, la brigade d’infanterie va monter en puissance. Elle bénéficie en effet d’une bonne image dans l’opinion publique, comme la 11ème Brigade parachutiste ou la 27ème Brigade d’infanterie de montagne. L’actuelle 3ème Brigade mécanisée, installée à Clermont-Ferrand, sera dissoute et transformée en brigade d’aérocombat avec un savoir-faire élargi. Celle-ci sera utilisée pour : les actions dans la 3ème dimension ; le flanc-garde de troupes en progression ;  les raids dans la profondeur ; le transport tactique ; les opérations combinées avec des troupes au sol. Déployée en Opex ou sur le territoire national, elle fournira aussi des PC volants. Tout ce qui concerne les hélicoptères sera placé sous le Commandement de l’aviation légère de l’armée de terre : brigade spéciale aéromobile, groupement d’appui à l’aérocombat, soutien et école. Avec plus de 350 appareils, l’armée de Terre est la première utilisatrice d’hélicoptères en Europe. Sa Direction des ressources humaines assure la sélection, la gestion des carrières et la reconversion des personnels avec autorité sur les écoles militaires de formation initiale des officiers et des sous-officiers. En revanche, les écoles de spécialisation seront du ressort des commandements spécifiques : renseignement, aviation légère de l’armée de Terre, logistique, forces spéciales, maintenance des forces et systèmes d’information et de commandement. Le renseignement reste assuré par le 2ème Régiment de hussards, le Bataillon de guerre électronique et le 61ème Régiment d’artillerie qui met en œuvre des drones. Dans immédiat, ces derniers ne sont utilisés que pour le renseignement, précise le général Bosser. Enfin, directement rattachée à son état-major, la Section technique de l’armée de terre assure la veille technico-opérationnelle et l’adoption des matériels futurs.

Loïc Salmon

Défense : actualisation de la LPM 2014-2019

Les GTIA en Opex : besoin urgent d’armements adaptés

ALAT : forte qualification et uniquement de l’opérationnel

Le général d’armée Jean-Pierre Bosser choisit l’infanterie de marine à sa sortie de l’École spéciale militaire de Saint-Cyr en 1981. Breveté de l’École de guerre (1996), il a notamment commandé le 8ème Régiment de parachutistes d’infanterie de marine (2001-2003) et la 11ème Brigade parachutiste (2008-2010). Il a participé à diverses opérations : Liban (1982) ; Tchad (1983 et 1989) ; République Centrafricaine (1984, 1988 et 2003) ; évacuation de ressortissants au Gabon (1990) ; Kosovo (2002). Il a aussi effectué une mission d’assistance technique en Mauritanie (1985). Il a été affecté à la Direction des ressources humaines (2007) et nommé  sous-chef « performance-synthèse » de l’état-major de l’armée de Terre (2010). Il prend la tête de la Direction de la protection et de la sécurité de la défense en 2012, avant d’être nommé chef d’état-major de l’armée de Terre le 1er septembre 2014. Titulaire de la croix de la Valeur militaire, le général Bosser est commandeur de la Légion d’Honneur  et de l’Ordre national du Mérite.




État-major des armées : un chef, une mission et… au-delà

L’outil militaire doit conserver les moyens des ambitions de la France dans la durée. Ses succès sur le terrain doivent se compléter par des avancées en matière de développement, de gouvernance, d’éducation ou de justice.

Telle est l’opinion du général Pierre de Villiers, chef d’État-major des armées (CEMA), exprimée le 30 janvier 2015 à Paris, lors d’une rencontre avec l’Association des journalistes de défense.

Opérations rapidement évolutives. « L’accélération du temps, conjuguée à l’extension de l’espace, est un facteur essentiel pour gagner au combat », déclare le CEMA. Guerre, combat et victoire sont des notions à réactualiser en permanence aujourd’hui et probablement plus vite qu’auparavant. Les crises se sont mondialisées dans les domaines du recrutement des combattants et de leur formation, du financement des actions et de la propagande. «  L’internationalisation du djihadisme est la plus récente illustration de cette contagion des crises avec ses répercussions sur les théâtres nationaux ».  Par ailleurs, la violence ne s’exprime plus uniquement dans les institutions étatiques et ne se confine plus à l’intérieur des frontières. « Aujourd’hui, certains États se comportent parfois comme des bandes armées et des bandes armées comme des États ». C’est notamment les cas de l’organisation djihadiste Daech, autoproclamée « État islamique de l’Irak et du Levant » ou simplement « État islamique » et qui a conquis une partie des territoires syrien et irakien. Le lien entre les sécurités intérieure et extérieure se renforce : «  La violence s’exporte, le terrorisme se franchise ». Le retour en France de ressortissants français et européens, partis faire la guerre en Syrie et en Irak, est une composante des menaces terroristes au Sahel et au Proche-Orient. Les opérations extérieures constituent la « défense de l’avant ». Les moyens militaires sont affectés en priorité au Sahel, où l’autorité des forces françaises est reconnue par les unités des pays africains et occidentaux sur zone. L’opération « Barkhane » y déploie : 3.000 militaires ; 20 hélicoptères ; 6 avions de chasse ; 4 drones ; 200 véhicules blindés ; 200 véhicules logistiques ; 7 avions de transport tactique et stratégique. Le CEMA entretient des liens étroits avec ses homologues du G5 du Sahel pour le développement et la sécurité, créé en février 2014 : Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad. En revanche, la France est équipière dans la coalition menée par les États-Unis contre Daech. Lancée le 19 septembre 2014, l’opération « Chammal », conduite en coordination avec les Alliés, fournit un appui aérien aux forces armées irakiennes au sol par des missions de renseignement, reconnaissance armée et contrôle aérien. Placées sous contrôle opérationnel de l’amiral commandant la zone océan Indien et son état-major interarmées, les forces françaises de « Chammal » regroupent : 600 militaires ; 15 avions de chasse ; 1 avion de ravitaillement en vol C135-FR ; 1 avion de patrouille maritime Atlantique 2. L’objectif de « Barkhane » et de « Chammal » est d’empêcher toute connexion entre les organisations terroristes de Daech, d’Al Qaïda, d’Aqmi (Maghreb), de Boko Haram (Nigeria) et de leurs affiliés. La base avancée de Manama (Nord Niger) a été installée pour gêner leur liberté d’action par des actions transfrontalières et de cloisonnement. Sur le territoire national, l’opération « Sentinelle » déploie 10.500 militaires contre le terrorisme dans le cadre du plan « Vigipirate renforcé attentat ». Au niveau mondial, le général de Villiers observe une banalisation de l’usage de la force avec ses limites et les difficultés à la maîtriser. Il constate que le recours à la force militaire redevient un moyen politique en soi et non plus le simple prolongement d’une politique par d’autres moyens. En outre, l’avance technologique, facteur d’ascendant, ne dissuade plus les groupes terroristes. Fanatisés par leur idéal de mort, ceux-ci emploient des moyens bon marché et facilement accessibles : tireurs embusqués ; engins explosifs improvisés ; attaques suicides ; cyber-attaques. Le CEMA indique que les interventions françaises dans les Balkans, en Afghanistan, en Afrique ou ailleurs durent en moyenne 15 ans. Outre une approche globale, la guerre nécessite une adaptation continuelle des moyens à mettre en œuvre et une compréhension rapide de ses nouveautés.

Armées en pleine transformation. Composantes de la résilience de la nation, les forces armées protègent la population, les valeurs et les intérêts vitaux de la France et lui permettent d’assumer ses responsabilités sur la scène internationale, rappelle le général de Villiers. En outre, la menace du terrorisme sur le territoire national est redevenue une réalité, mais elle n’est pas la seule. Les crises récentes renforcent la pertinence du choix d’un modèle complet d’armée, conformément au Livre blanc 2013 sur la défense et la sécurité nationale, et excluent de baisser la garde. Or, les capacités militaires (armement, formation et entraînement des personnels) demandent du temps sur les plans technologique et opérationnel, pour passer de la conception à l’emploi sur le terrain. Chef des opérations et conseiller du gouvernement, le CEMA assume aussi les responsabilités de la programmation militaire, de la transformation des armées et des relations militaires internationales. L’opération « Sentinelle » rappelle la nécessité de disposer de suffisamment de personnels militaires. En conséquence, le président de la République, chef des armées, a décidé de réduire de 7.500 postes les déflations d’effectifs prévus par la Loi de programmation militaire 2014-2019 (LPM) et ce à partir de 2015. Cette loi prévoit des ressources financières, y compris celles dites « exceptionnelles » par la vente de fréquences notamment. Le CEMA entend garder une cohérence entre missions et moyens et entre ressources et besoins, en accord avec les autorités politiques (président de la République et ministre de la Défense). La LPM sera donc actualisée, mais non pas révisée, précise-t-il. Le modèle d’armée sera mis à jour à partir du cadre stratégique actuel et des principaux enseignements des engagements récents.

Loïc Salmon

« Serval » : manœuvre aéroterrestre en profondeur et durcissement de l’engagement

Libye : retour d’expérience de l’opération Harmattan

Résilience : la survie de la collectivité nationale

Le chef d’État-major des armées (CEMA) est secondé par le major général des armées, dont dépendent notamment les sous-chefs d’état-major. Parmi ces derniers, celui chargé des opérations dirige l’action des forces françaises à l’extérieur et à l’intérieur des frontières sous l’autorité du CEMA, définit les objectifs de préparation opérationnelle et rédige les textes réglementaires d’organisation opérationnelle et du retour d’expérience. Le sous-chef « plans » est chargé de la définition du format des armées et leur cohérence capacitaire ainsi que la planification et la programmation. Le sous-chef « performance » est responsable du pilotage, de la transformation et de l’appui « métiers ». Par ailleurs, le CEMA dispose du Centre de planification et de conduite des opérations (CPCO) pour la gestion des crises en amont (veille stratégique et planification) et en aval (conduite). Lorsqu’une opération est déclenchée, une cellule de crise est créée pour en assurer la conduite.




Armée de l’Air : engagement opérationnel intense et réforme en profondeur

L’armée de l’Air est engagée en opérations extérieures au maximum de ses capacités. Son format aura été divisé par 2 en 10 ans à l’issue de la Loi de programmation militaire 2014-2019.

C’est ce qu’a constaté son chef d’état-major, le général Denis Mercier, au cours d’une rencontre organisée, le 10 décembre 2014 à Paris, par l’Association des journalistes de défense.

Opérations extérieures (Opex). « On ne peut absorber une troisième crise » après celles d’Irak et d’Afrique, a déclaré le général. Actuellement, l’armée de l’Air déploie 25 avions en Opex et 4 à Djibouti, alors que la limite opérationnelle est fixée à 33 pour l’armée de l’Air et 12 pour la Marine nationale. Dans l’opération « Chammale » en Irak, la France met en œuvre 9 Rafale, 6 Mirage 2000D, 1 avion ravitailleur et 1 avion de patrouille maritime Atlantique 2 à partir des Émirats arabes unis, et de la Jordanie. Les avions de la coalition ont pour but d’interdire toute liberté d’action à l’organisation djihadiste Daech et d’assurer une permanence d’appui aérien aux troupes irakiennes au sol, jusqu’à ce qu’elles soient en mesure de la repousser. Ils effectuent surtout des missions de renseignement, surveillance et reconnaissance. Les frappes sont peu nombreuses pour éviter des dommages collatéraux, car une mission se joue en quelques secondes, précise le général Mercier. Un officier de chaque État membre de la coalition se trouve dans la salle d’opérations aérienne du Qatar, sous commandement américain, et peut refuser, pour ses avions, une mission qui ne correspond pas aux engagements de son pays. Ainsi, une cible peut être traitée, non pas avec une bombe guidée de 250 kg, mais au canon, ce qui implique de voler à basse altitude. En raison de la menace de missiles sol/air à très courte portée, les avions évoluent en général à moyenne altitude. En Afrique, dans la bande sahélo-saharienne, les opérations de défense aérienne sont regroupées au centre de Lyon-Verdun et dirigées localement à partir de 3 centres interarmées aux Niger, Tchad et Burkina Faso. Une composante drone/Rafale peut aller partout sous ces différents commandements. Par exemple, un Rafale peut décoller directement de la base de Saint-Dizier, effectuer sa mission, se poser à N’Djamena (Tchad) et rentrer en France le lendemain. Son armement air/sol modulaire, dit A2SM et composé de kits de guidage et d’augmentation de portée (jusqu’à 55 km) de bombe (250 kg), détecte et détruit une cible en quelques secondes. Un Rafale peut ainsi traiter 6 objectifs différents. Dans le cadre de l’OTAN, l’armée de l’Air a participé à la police du ciel des pays baltes (Estonie, Lettonie et Lituanie) et de la Pologne pour les rassurer. Les « tests » avec les avions russes sont constants et consistent en « escortes » mutuelles dans le corridor de Kaliningrad. Toutefois, aucune coopération n’est prévue avec l’Ukraine, « sujet éminemment politique », souligne le général Mercier.

Maintien en condition opérationnelle (MCO). Le taux de disponibilité des aéronefs est calculé selon des critères techniques, opérationnels et d’activités quotidiennes. Par suite de la diminution du budget du MCO au cours de la Loi de programmation militaire 2008-2013, ce taux a dégradé le niveau d’activité de 20 %. Celle de 2014-2019 tente de l’améliorer. Depuis l’instauration d’un secrétariat permanent du MCO aéronautique en coopération avec les industriels Dassault et Thalès, le coût de l’heure de vol du Rafale a diminué de 14 % en 2013. En outre, la SIMMAD (Structure intégrée du MCO des matériels aéronautiques du ministère de la Défense) gère le soutien des 1.265 avions et hélicoptères de 46 types différents des armées de Terre et de l’Air, de la Marine nationale, de la Direction générale de l’armement, de la Gendarmerie et de la Sécurité civile. Enfin, le 8 décembre 2014, les ministères français et britannique de la Défense ont signé le premier contrat commun de MCO des avions de transport tactique A400 M, qui inclut la mise en place d’un stock partagé de pièces de rechange et des services d’ingénierie de maintenance au profit des deux armées de l’Air. Ce contrat porte notamment sur la traçabilité exhaustive des pièces détachées, indique le général Mercier. Le constructeur européen Airbus Defence and Space a déjà livré 7 A400 M sur les 170 commandés par 7 pays : Allemagne, Belgique, Espagne, France (5), Luxembourg, Grande-Bretagne (1) et Turquie (1).

Réformes et perspectives. La réorganisation de l’armée de l’Air vise à une cohérence militaire globale à l’horizon 2020, sous réserve du respect des règles financières de la loi de programmation, explique son chef d’état-major. Elle repose aussi sur la responsabilisation, en raison des choix interarmées, et l’innovation, car « il faut penser toujours différemment ». Enfin, il faut remettre les personnels au cœur des transformations pour obtenir leur adhésion. Cela implique de nouveaux partenariats aux niveaux interarmées, interministériel, international et avec le monde civil. L’armée de l’Air s’est dotée de 3 centres de contrôle (Lyon, Tours et Mont-de-Marsan) : 2 en activité et 1 en maintenance à tour de rôle. Par ailleurs, un groupe de travail sur les futurs systèmes de combat interarmées et de combat aérien a été mis sur pied. Selon des scénarios possibles vers 2030, l’armée de l’Air doit : conserver la capacité d’entrer en premier sur un théâtre mieux défendu qu’aujourd’hui ; protéger une force contre des drones et avions de chasse furtifs ; surveiller un théâtre sans aucune restriction du Conseil de sécurité de l’ONU ; faciliter l’intégration aéroterrestre ; contrer les futures menaces sol/air, fixes ou mobiles. Le système de combat, qui combine renseignement et tir, se compose de senseurs ou capteurs (satellite, avions, drones, sous-marins et navires de surface) et des moyens de frappe. Il doit pouvoir fusionner les renseignements et traiter les données en temps réel. En 2015, le centre d’expérience aérienne de Mont-de-Marsan numérisera toutes les actions entre pays de l’OTAN pour améliorer la boucle de réactivité.

Loïc Salmon

Opérations aériennes : la cohérence, clé du succès

Armée de l’Air : anticiper et avoir un coup d’avance

Un nouveau chef d’état-major pour l’armée de l’Air

 

Le 20 novembre 2014, le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian a annoncé la commande de 12 avions multirôles de ravitaillement en vol et de transport stratégique (A330 MRTT) pour assurer les capacités de transport à longue distance et d’évacuation sanitaire sur le long terme. L’A330 MRTT peut transporter au choix : 50 t de carburant pour une autonomie de 4 h 30 sur une zone distante de 2.000 km ; 40 t à 7.000 km ; 271 passagers à 10.000 km ; 10 modules de réanimation pour patients à haute élongation d’évacuation (« Morphée »). En outre, l’A330 MRTT peut assurer le relais du commandement (système de commandement et de contrôle et communication par satellite) et celui d’information ISR (renseignement, surveillance et reconnaissance), leur traitement et leur diffusion. La flotte de 12 A330 MRTT remplacera 4 flottes anciennes et spécialisées (12 C135 FR, 3 KC135 RG, 3 A310 et 2 A340). Le 1er appareil sera livré à l’armée de l’Air en 2018, le 2ème en 2019 et les autres suivront à raison d’un à deux par an.




Harcèlement dans les armées : « Thémis » libère la parole

« Thémis », cellule de lutte contre les harcèlements sexuel et moral, la violence et la discrimination au sein du ministère de la Défense, a déjà été saisie 192 fois depuis sa création le 21 juillet 2014. La cellule compte en tout 4 personnes civiles et militaires. Son directeur, le contrôleur général des armées Bernard Ducateau, a présenté la situation à la presse le 11 décembre 2014. Dans la mythologie grecque, Thémis, qui signifie « « la loi divine », est la déesse de la justice, de la loi et de l’équité (photo). En effet, la cellule du même nom recommande aux victimes de déposer une plainte auprès de la Gendarmerie, car seulement 1 viol sur 7 est porté à la connaissance des autorités judiciaires en France. Alors que les affaires de harcèlement sexuel faisaient auparavant l’objet d’une simple enquête de commandement, Thémis a déclenché « une prise de conscience » et reconnaît le statut de la victime, souligne son directeur. Elle s’appuie sur la loi du 4 août 2014 pour l’égalité réelle entre les hommes et les femmes et les articles L 4123-10 et 4123-10-1 du code de la défense. Ceux-ci stipulent que les militaires jouissent d’une protection juridique du ministère de la Défense et qu’aucun militaire ne doit subir de harcèlement sexuel. Avant la création de Thémis, les chefs de corps devaient prévenir un tel comportement, aujourd’hui ils doivent y mettre un terme. Alors que les données des autres ministères sont inexistantes, celui de la Défense publie les siennes. Il emploie 77 % de militaires et 23 % de civils. Sur les 192 saisines (militaires et civiles) indiquées, 66 concernent le harcèlement sexuel. Parmi elles, 53 cas sont antérieurs au 15 avril 2014, date de présentation au ministre d’un rapport sur la question, et concernent des affaires connues, mais mal prises en compte ou qui n’avaient pas été portées à la connaissance du commandement. Avec 50 % des saisines, le téléphone, qui garantit l’anonymat, reste le principal moyen de prendre contact avec Thémis, loin devant la messagerie interne du ministère (32 %) et internet (10 %). Le ministère de la Défense compte 80 % d’hommes et 20 % de femmes… qui constituent 88 % des victimes ayant saisi Thémis ! La cellule permet aux victimes de passer outre à la voie hiérarchique et de s’adresser directement au Contrôle général des armées, rattaché au ministre. Thémis propose à l’autorité hiérarchique des mesures conservatoires, conduit des enquêtes administratives, conseille le commandement et contribue à l’élaboration de statistiques sur les harcèlements, violences et discriminations en tous genres. Elle conseille, soutient et accompagne les victimes dans la durée, pour s’assurer du bon déroulement de leur carrière. Elle les réoriente vers le bon interlocuteur, lorsque leur demande ne relève pas de sa compétence. Parfois, les victimes, mutées à leur demande, n’acceptent pas que leur nouveau chef de corps soit informé de leur infortune, mais souhaitent connaître la sanction disciplinaire infligée à leur agresseur. Des chefs de corps ont été impliqués dans des cas de harcèlement sexuel ou moral, a reconnu le contrôleur général des armées Ducateau. Les victimes ou témoins de comportements suspects peuvent : contacter Thémis par courriel (themis@defense.gouv.fr ou themis@intradef.gouv.fr) par téléphone (01 42 19 88 88) ; parler à un psychologue, via Écoute Défense (08 08 800 321, appel gratuit) ; s’adresser à une association agréée, mais extérieure au ministère (www.stop-violences-femmes.gouv.fr ou appeler le 3919).

Loïc Salmon

Femmes dans les armées : promotion par la compétence et soutien contre le harcèlement

Exposition photographique itinérante « Femmes de la défense »




État-major des armées : bilan de l’amiral Édouard Guillaud

Chaque fois que le gouvernement les a sollicitées, les armées ont réagi avec un préavis très court, comme pour les opérations aéroterrestres au Mali et aéromaritime en Libye. En outre, le cyberespace est devenu un nouveau théâtre d’affrontement international et l’espace fournit des renseignements.

C’est ce qu’a déclaré l’amiral Édouard Guillaud, le 27 janvier 2014 à Paris, devant l’Association des journalistes de défense à l’issue de son mandat de chef d’État-major des armées (CEMA).

Les opérations. Les réformes ont accru la réactivité et la modularité des armées, qui ont dépassé les stades de l’interarmes et de l’interarmées. Ainsi en Libye, ont été mobilisés : 1 avion d’alerte avancée AWACS, des ravitailleurs en vol, l’aviation légère de l’armée de Terre, 1 sous-marin, les Forces spéciales ainsi que des Rafale, Mirage 2000 et Super-Étendards Modernisés, dont la trajectoire a été modifiée quand il le fallait. Dans l’ensemble, les relations avec les divers grands commandements américains sont « lucides », précise l’amiral. La coopération en matière de ravitaillement en vol et de renseignement est indispensable à la sécurité des opérations, car « la capacité intellectuelle d’analyse de nos adversaires est extrêmement puissante ». Le Sud de la Libye, où l’État doit se reconstruire, l’Algérie, le Tchad et le Niger sont conscients de la nécessité de sécuriser leurs frontières pour éviter qu’elles deviennent un centre de gravité du terrorisme. Au Sahel, à défaut d’éradiquer le terrorisme des mouvements djihadistes, précise le CEMA, il s’agit de le maintenir à un niveau contrôlable par les gouvernements locaux. Cela passe par l’entraînement de leurs armées, du ressort de la Mission de formation de l’Union européenne au Mali. Avant l’intervention française (2013), les troupes d’Al Qaïda, qui venaient auparavant se reposer au Mali, s’y étaient installées, vu le nombre de caches logistiques et d’armes découvertes. Désormais, « nous voulons empêcher le terrorisme international de reprendre le pays comme sanctuaire ». En République Centrafricaine, pays grand comme la France et la Belgique et peuplé de 4,7 millions d’habitants, il n’y a plus d’État et il est donc facile de vivre de rapines, souligne le CEMA. Chaque jour, quelque 40.000 personnes (le double la nuit) se réfugient à proximité de l’aéroport de Bangui, sécurisé par les troupes françaises. Seuls des moyens militaires peuvent rétablir l’ordre, en raison des niveaux de violence et de l’armement utilisé : « On se fait tirer dessus au RPG (lance-roquettes anti-char) et à la mitrailleuse de 14,7 mm » ! La reconstruction du service public se fera avec les forces de police et de gendarmerie. Les 1.600 soldats français s’y emploient avec l’aide de 6.000 Africains de la Mission internationale de soutien à la Centrafrique, dont 1.500 sont déployés en province, en attendant l’arrivée d’un contingent européen de 500 hommes (autorisé le 28 janvier 2014 par le Conseil de sécurité de l’ONU). Au Liban où sévit le mouvement chiite Hezbollah qui dispose d’une branche armée, la France dans le cadre de la Force intérimaire des Nations unies au Liban, les États-Unis et certains pays arabes aident l’armée libanaise à réagir dans l’urgence opérationnelle. L’Arabie saoudite va lui fournir 3 Mds$ pour répondre à ses besoins. A la frontière Sud du Liban, Israël se satisfait de la situation face à la Syrie en pleine guerre civile. Par ailleurs, le plan prospectif à 30 ans de la Direction générale de l’armement oriente les recherches pour dégager les besoins futurs des forces. Toutefois, l’amiral Guillaud regrette l’insuffisance du nombre de « think tanks » en France par rapport aux pays anglo-saxons. Ces structures indépendantes de l’État, produisent des rapports d’experts, notamment sur la stratégie. De son côté, le CEMA anticipe des menaces potentielles : détroit de Malacca, où transitent 40 % des exportations européennes ; Yémen, devant lequel circule 40 % du pétrole destiné à l’Europe ; delta du Niger, théâtre de brigandage maritime.

L’évolution des forces. Au cours de son mandat, le CEMA a constaté un grande continuité dans la politique de défense de la France, quel que soit la majorité au pouvoir, le Premier ministre ou le ministre de la Défense. Il a cité deux présidents de la République : « Les armées sont le fer de lance de la politique étrangère » selon l’un ; « Sans armée forte, pas de diplomatie forte », selon l’autre. Interrogé sur l’utilité du porte-avions, il a rappelé que 80 % de la population mondiale se trouve à moins de 500 km de la mer, théâtre potentiel d’opérations. Les autorités politiques décident de l’emploi du Charles-de-Gaulle, à quai 165 jours/an pour entretien. Malgré les restrictions budgétaires, les Etats-Unis restent fidèles à leur stratégie « From the Sea » (à partir de la mer) en maintenant 10 groupes aéronavals en service. Le 18 janvier 2014, la Chine a annoncé la construction d’un 2ème porte-avions, moins de 2 ans après la mise en service du premier. Par ailleurs, la France est la seule nation occidentale, après les Etats-Unis, à disposer de satellites optiques. Toutefois, certains matériels (véhicules de l’avant blindés et Mirage 2000) vieillissent. Une quinzaine d’années s’écoulent entre le lancement d’un nouvel équipement et son entrée en service opérationnel. Trop d’achats à l’étranger conduisent à une dépendance envers les pays fabricants et « l’industrie de défense ne se délocalise pas », souligne le CEMA. La France coopère avec la Grande-Bretagne en matière de recherche et développement, pour le drone Watchkeeper de taille intermédiaire et pour la « force expéditionnaire commune ». Avec l’Allemagne, l’évolution de la classe politique permet de grandes avancées, notamment la participation d’instructeurs à la formation des troupes maliennes. Au terme de son mandat, l’amiral considère indispensable de préserver la sophistication capacitaire des armées (moyens, formation et entraînement). Il reconnaît la fragilité du moral des personnels, apparente après les ratées du logiciel de paie « Louvois », mis en œuvre en 2011 et qui sera remplacé en 2015. Enfin, malgré la limitation de leurs budgets, les armées renouvellent leurs ressources humaines par l’embauche de 18.000 jeunes par an, dont le CEMA a salué la qualité sur les théâtres d’opérations.

Loïc Salmon

Les armées, réforme, budgets et opérations

État-major des armées : changement des deux principaux titulaires

Chef d’état-major des armées (CEMA) depuis le 25 février 2010, l’amiral Édouard Guillaud quitte ses fonctions le 14 février 2014. Conseiller militaire du gouvernement, le CEMA est responsable de l’emploi des forces et assure le commandement des opérations militaires sous l’autorité du président de la République et du gouvernement, sous réserve des dispositions relatives à la dissuasion nucléaire. Il a autorité sur : les chefs d’état-major des armées de Terre de l’Air et de la Marine nationale ; les commandants supérieurs dans les départements d’outre-mer, en Polynésie française et en Nouvelle-Calédonie ; les commandants des forces françaises à l’étranger et leurs états-majors interarmées ; les officiers généraux de zone de défense. II est aussi chargé des relations avec les armées étrangères et les structures militaires de l’Union européenne et de l’OTAN.