Les commandos parachutistes de l’air

Les commandos parachutistes de l’air, forces spéciales, prolongent l’action de l’arme aérienne à terre sur tous les théâtres d’opérations extérieurs.

Dans cet ouvrage riche en photographies et en témoignages, une partie est consacrée à leur histoire, particulièrement mouvementée depuis leur création en mars 1956 dans le contexte de la guerre d’Algérie. La France se trouve alors engagée dans une nouvelle forme de conflit : la guérilla ! L’armée de l’Air souhaite créer la surprise en appuyant la manœuvre aérienne par ses propres troupes au sol. La solution consiste à parachuter ou héliporter les troupes là où personne ne les attend. Agglomérations, déserts sahariens, djebels…la topographie variée demande des conditions physiques hors normes. Les trois premières sections de commandos parachutistes de l’air (CPA), numérotées 10, 20 et 30, sont formées en quelques semaines, puis aguerries au contact des unités d’élite de l’armée de Terre. Les CPA assurent précision de tir et protection des équipages des hélicoptères en cas de poser dans un endroit imprévu. En 1957, sont créés le groupement des commandos parachutistes de l’air (GCPA) et le CPA 40 puis, en 1959, le CPA 50. En opérations, ces cinq CPA utilisent les indicatifs « Martel » (CPA 10), « Manoir » (20), « Maquis » (30) et « Maxime » (40). En 1961, le CPA 40 s’étant rallié au putsch des généraux le 21 avril, disparaîtra. Pourtant, pour la majorité de la population et des militaires, les commandos parachutistes de l’air font partie des putschistes. Le GCPA, dissous le 31 mai 1961, est reconstitué le lendemain sous le nom de Compagnie des commandos parachutistes de l’air (CCPA). Elle comprend les hommes des CPA 30 et 50, dont la mission va consister à protéger, dans le Massif central, les armes nucléaires confiées par les Etats-Unis à la France dans le cadre de l’OTAN (1949). Le retrait de la France du commandement intégré de l’OTAN en 1966, signe la disparition de la CCPA. La guerre du Golfe (1991) représente un tournant pour les CPA. En effet, le retour d’expérience rend nécessaire la constitution d’une composante Air des forces spéciales, créées en 1992. Celles-ci incluent aussi des unités de l’armée de Terre et de la Marine nationale. Dès 1993, l’Escadron d’intervention des commandos de l’air, regroupant CPA 10 et CPA 40, agit au profit du Commandement des opérations spéciales. Sa première mission a lieu au Rwanda en 1994. Pour la première fois, les CPA sont mêlés à d’autres composantes, à savoir des hommes des commandos Marine et du 1er Régiment de parachutistes d’infanterie de marine. Entre 1994 et 1999, les CPA sont réduits à trois unités : les 10, 20 et 30. Depuis 2000, le CPA 10 (248 personnels) s’est notamment illustré au Kosovo (2000-2001), en Afghanistan (2002-2012), en République démocratique du Congo (2003), dans la bande sahélo-saharienne (depuis 2013), en République Centrafricaine (2005-2015) et en Irak (depuis 2014). Le CPA 20 (272 hommes et…femmes !) assure surtout le guidage d’aéronefs, la reconnaissance de terrain pour le poser d’assaut et le renseignement. Quant au CPA 30, (210 personnels dont 2 s  fusiliers-commandos (féminins), sa mission principale demeure la recherche et le sauvetage au combat, notamment la récupération des équipages des avions tombés en zone hostile.

Nathalie Deleau

Forces spéciales : ET «Poitou»/CPA10, binôme avions/commandos

Défense : les opérations aéroportées, capacités spécifiques selon les missions

Forces spéciales : création du commando Ponchardier de la Marine nationale

« Les commandos parachutistes de l’air », par Jean-Marc Tanguy, éditions Pierre de Taillac, 192 pages,  plus de 200 photographies, 29,90 €. 




Marines : outils de sécurité, du Moyen-Orient à l’océan Indien

Immense zone de liberté et d’échanges de biens et de valeurs (câbles sous-marins de télécommunications), la mer devient aussi un espace d’insécurité et d’expression de la puissance des Etats, qui affirment leur présence navale, notamment en océan Indien.

Ce thème a été traité par le vice-amiral Antoine Beaussant au cours d’une conférence-débat organisée, le 22 février 2017 à Paris, par le Centre d’études stratégiques de la marine. De 2013 à 2016, l’amiral a exercé les fonctions d’« Alindien », commandant la zone maritime et les forces maritimes de l’océan Indien ainsi que les forces françaises aux Emirats arabes unis. Son successeur, le contre-amiral Didier Platon (photo), a présenté la zone maritime de l’océan Indien (ZMOI) le 2 mars à l’occasion d’un point de presse du ministère de la Défense à Paris.

Menaces protéiformes. Les principales  Marines du monde se manifestent en océan Indien, en raison de ses enjeux commerciaux et de son insécurité chronique, souligne l’amiral Beaussant. La piraterie a été jugulée depuis 2013, grâce à l’action maritime internationale sur plusieurs années. Par ailleurs, la guerre ne peut résoudre tous les problèmes des pays du Moyen-Orient, qui dépendent de la seule ressource pétrolière et dont les gouvernements défaillants sont minés par la corruption. Il en résulte une situation politico-économique instable, sur laquelle se sont greffés le terrorisme et les migrations de masse. Des groupes extrémistes violents ont attaqué des bâtiments militaires d’Arabie saoudite et des Emirats arabes unis ainsi que des navires civils sous divers pavillons dans le Sud de la mer Rouge et le détroit de Bab el-Mandeb. Les trafics d’armes, d’êtres humains, de  stupéfiants, d’alcool et de cigarettes prospèrent. La drogue, dont l’Afghanistan reste la plaque tournante, transite par mer vers l’Afrique, l’Europe et les Etats-Unis. Les réfugiés du Pakistan et d’Irak se dirigent, par mer, vers l’Arabie Saoudite et l’Afrique de l’Est. Suivront ceux du Yémen, en pleine guerre civile depuis 2004. Le retour à la sécurité nécessite le contrôle maritime des flux illicites, renforcé par l’action des pays riverains.

Rivalités de puissances. Les acteurs présents sur zone agissent ensemble, mais  avec des objectifs opposés, explique l’amiral Beaussant. Les Etats-Unis déploient 35.000 hommes (50 % de marins) dans le golfe Arabo-Persique et 1 seul groupe aéronaval de façon non permanente. Devenus le 1er pays producteur mondial d’hydrocarbures en 2014, ils concentrent leurs intérêts économiques sur l’Asie. La Russie prolonge son accès aux mers chaudes, de la mer Noire, son pivot stratégique, jusqu’à la Méditerranée. Elle pratique une politique du fait accompli (Crimée et Syrie), en réaction aux humiliations occidentales des années 1990. La Turquie s’affaiblit à l’intérieur, avec les purges au sein de l’armée à la suite du putsch de 2016, et à l’extérieur après l’échec de sa politique d’apaisement avec ses voisins, notamment l’Union européenne au sujet de l’Etat islamique (Daech) et des flux de migrants. La velléité hégémonique de l’Iran se heurte à la capacité limitée de l’Arabie Saoudite de calmer les tensions. L’Iran coopère avec les Etats-Unis sur le plan économique, mais préfère un accord de défense avec la Russie. Son influence s’étend de la Syrie, au Hezbollah libanais, au Nord-Yémen, à Bahreïn et même à l’Arabie Saoudite, dont la population de la zone pétrolière est à majorité chiite. Quoique 3ème pays du monde pour les dépenses militaires, l’Arabie Saoudite dispose de forces armées dépourvues de sous-officiers, cause de son enlisement au Yémen depuis le désengagement des Etats-Unis. L’Inde développe sa Marine pour s’imposer en océan Indien. La Chine y déploie plusieurs navires de surface et même un sous-marin. Elle a déjà conclu un partenariat stratégique avec le Pakistan, inquiet des accords similaires de pays occidentaux avec l’Inde.

La ZMOI française. Le quart du carburant consommé en France transite par le détroit d’Ormuz et 40 % du commerce mondial par celui de Bab el-Mandeb, que les pays riverains n’ont aucun intérêt à fermer en cas de crise, souligne l’amiral Platon. Au-delà du détroit de Malacca, la Chine poursuit sa politique de points d’appui dans la région : construction d’une base navale à Djibouti ; développement du port pakistanais de Gwadar ; investissements au Sri Lanka. De son côté, Alindien doit maintenir le contrôle opérationnel des voies d’approvisionnements stratégiques de la France, qui a conclu des accords de défense avec le Koweït, le Qatar et les Emirats arabes unis (EAU). La ZMOI permet de conduire des opérations au Moyen-Orient et dans les zones maritimes adjacentes, notamment « Chammal » pour l’appui des forces irakiennes dans la lutte de la coalition internationale contre Daech. Une frégate patrouille en permanence dans le Sud de la mer Rouge et un avion radar ATL2 y remplit régulièrement des missions aéromaritimes. Les forces françaises aux Emirats arabes unis, de la Côte d’Ivoire et de Djibouti constituent les bases opérationnelles avancées de la France dans le monde. Celle d’Abou Dhabi accueille, depuis 2016, le 5ème Régiment de cuirassiers. Elle assure aussi le soutien des unités navales françaises et alliées dans la région et permet l’engagement de Rafale et l’accueil d’avions gros porteurs. Outre les quelque 700 personnels des trois armées, directions et services, la base abrite : 1 escadron de chasse de 6 Rafale ; 1 escadron blindé de 13 chars Leclerc, 14 véhicules blindés légers et 4 véhicules blindés de combat et d’infanterie ; 1 détachement d’artillerie de 4 canons Caesar. Outre les coopérations bilatérales opérationnelles, la base d’Abou Dhabi a aussi pour mission d’aguerrir et d’entraîner les forces françaises et alliées aux actions de combat en zones désertique et urbaine de type moyen-oriental. A titre indicatif, chaque année, 140 avions lourds et 40 navires de soutien logistique, pour la coalition internationale engagée au Levant, y font escale. Tous les 2 ans, 2 chasseurs de mines contribuent à la surveillance des fonds de 50-60 m du golfe Arabo-Persique pour suivre la situation sous-marine. L’amiral précise que tous les navires français prennent des mesures contre les attaques aysmétriques, notamment le bâtiment de projection et de commandement Mistral qui doit venir dans l’océan Indien pour la mission « Jeanne d’Arc » (école d’application des élèves officiers de Marine). Enfin, par ses rencontres avec les autorités militaires locales, Alindien entretient la connaissance des cultures et des rapports de forces dans la région.

Loïc Salmon

L’océan Indien : espace sous tension

Proche-Orient : retour en force de la Russie dans la région

Marine nationale : le porte-avions et la mer dans les relations internationales

Les armées françaises déploient en permanence, hors théâtres d’opérations extérieurs, 11.000 militaires hors de la métropole. Les forces de souveraineté se répartissent en : Polynésie française, 900 personnels ; Nouvelle-Calédonie, 1.450 ; Antilles, 1.000 ; Guyane, 2.100 ; La Réunion, 1.600. Dans le cadre des accords de défense, des forces de présence sont stationnées au Sénégal (350 personnels), en Côte d’Ivoire (950), au Gabon (350), à Djibouti (1.450) et aux Emirats arabes unis (650). L’océan Indien (22 Mkm2)      est accessible par le canal de Suez et les détroits de Bab el-Mandeb, d’Ormuz et de Malacca. La France y dispose d’une zone économique exclusive de 2,8 Mkm2.




Femmes dans les armées : discrétion, mais besoin d’équité

Les jeunes femmes qui s’engagent dans les armées y recherchent des valeurs. Les contraintes du métier militaire, quoique plus lourdes pour elles, ne les empêchent guère d’y faire leurs preuves comme leurs collègues masculins.

Ce thème a fait l’objet d’un colloque organisé, le 8 mars 2017 à Paris, par l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire (IRSEM). Y sont notamment intervenus : le général de brigade Christophe Abad, Direction des ressources humaines de l’armée de terre ; le médecin-chef Nathalie Koulmann, chef du département environnements opérationnels de l’Institut de recherche biomédicale des armées (IRBA) ; le médecin-chef Marion Trousselard, chef de l’unité de neurophysiologie du stress (IRBA).

Vivier indispensable. La féminisation ne fait plus partie des priorités du haut commandement. En 15 ans, les femmes ont accédé à tous les domaines des armées de Terre occidentales, selon leurs envies, talents et potentiel, rappelle le général Abad. Sans elles, les forces terrestres françaises n’auraient pu réaliser leur montée en puissance depuis 2015. Elles recrutent 15.000 personnels en moyenne par an parmi un vivier d’un million de Français intéressés, âgés de 17,5 à 30 ans avec les niveaux physique et de formation suffisants pour passer les tests d’aptitude. Pour les jeunes en manque de repères, l’armée de Terre présente une valeur refuge avec la possibilité d’y progresser selon leurs qualités propres. L’égalité de traitement reste fondamentale parmi les officiers, sous-officiers et militaires du rang. Toutefois, souligne le général, la discrimination positive n’existe pas : le parcours professionnel se construit par les examens, concours et formations. Etre militaire implique les mêmes compensations et sujétions pour les hommes et les femmes. Référencée dans chaque unité, la mixité fait l’objet d’une sensibilisation, dès la formation initiale des officiers à Saint-Cyr, et d’une définition précisée dans la doctrine du commandement dans l’armée de Terre. Il s’agit ensuite de « fidéliser » les femmes, afin de conserver le maximum de compétences acquises au cours de leurs années de service. Ainsi, une élève de la première génération mixte de saint-cyriens sera prochainement promue colonelle. L’efficacité opérationnelle va de pair avec un projet d’épanouissement individuel. Or, peu de femmes se sentent attirées par les systèmes de combat de l’armée de Terre, où l’exigence physique, la rusticité et la grande promiscuité de la vie en opérations sont plus fortes que dans les autres spécialités (encadré). Par ailleurs, la disponibilité permanente demeure difficilement compatible avec la vie de famille. Chaque promotion de Saint-Cyr voit ses effectifs diminuer après 15 ans de service : 30 % chez les hommes et … 66 % parmi les femmes !

Aptitude au combat. La compétence à exercer le métier, pour lequel un(e) candidat(e) a été recruté(e) s’appuie sur des données objectives liées au sexe, souligne le médecin-chef Nathalie Koulmann. Plus petite de 8 % en moyenne que l’homme, la femme présente une composition corporelle, une longueur relative des membres et un développement de la cage thoracique différents, qui ont des impacts sur les tâches à accomplir. Ainsi, par rapport à un homme de référence de 1,74 m et de 73 kg, une femme de référence de 1,64 m et de 57 kg présente une masse du cœur de 256 g contre 349 g et un volume des poumons de 4,25 l contre 5,70 l. Cette moindre capacité de transport d’oxygène s’accompagne d’un taux d’hémoglobine moyen inférieur de 10 % et de réserves en fer souvent limitées. Mais sa capacité à brûler plus de graisse, supérieure de 10 %, lui donne un avantage pour les exercices de très longue durée. Les tâches militaires, complexes, intègrent plus ou moins des aptitudes physiques  élémentaires : force musculaire et agilité, endurance musculaire et équilibre dynamique, aptitude aérobie avec coordination et puissance, flexibilité avec temps de réaction et vitesse. Quoique la force soit déterminante dans certaines activités, la femme la plus forte l’emportera toujours sur l’homme le plus faible. Mais désavantagées pour le port de charges lourdes, les femmes réussissent très rarement la totalité des tests physiques. Malgré une masse grasse plus élevée et un débit sudoral plus faible, elles présentent une tolérance à la chaleur presque similaire. Elles résistent aussi bien aux contraintes aéronautiques avec un « pantalon anti-G » adapté à leur morphologie. Pour les exercices de faible intensité, elles se fatiguent moins vite et récupèrent plus vite. En plongée, leur autonomie est supérieure, car elles consomment moins d’air, comme en témoignent deux femmes plongeurs-démineurs et une nageuse de combat ! Le risque de fracture de fatigue (sur-utilisation des os) lors des marches avec une charge lourde, quoique 2 à 6 fois plus élevé chez la femme, se réduit de 95 % en modifiant la fréquence des pas. Une doctrine d’aptitude physique minimale à certains postes, sans barème différentiel par sexe, reste à définir.

Environnement opérationnel. Les neurosciences permettent de comprendre les processus mentaux de perception, d’action, d’apprentissage et de mémorisation, explique le médecin-chef Marion Trousselard. Elles trouvent des applications militaires : prise en charge des blessés et des soins de l’avant ; amélioration de la sélection, de la formation et de l’entraînement ; organisation optimale de la préparation des opérations et de leur gestion. Tous les militaires connaissent le stress, réponse comportementale, émotionnelle, cognitive et physiologique face à un événement grave. Des études (2007) démontrent : la supériorité des hommes en capacité et vitesse de traitement de l’information ; la supériorité des femmes pour la capacité d’attention, la mémoire des mots et des visages ainsi qu’aux tests d’intelligence sociale. Le risque de dépression s’accroît lors des missions orbitales, des patrouilles sous-marines et de l’hivernage polaire, auxquels des femmes ont participé. Celles-ci embarquent déjà sur les sous-marins, notamment en Suède depuis 1989, en Australie (1998), au Canada (2001) et aux Etats-Unis (2010). En France, la féminisation a été décidée en 2006 sur les futurs sous-marins nucléaires d’attaque Barracuda dont le 1er entrera en service fin 2018. La formation de 3 femmes officiers, dont 1 médecin, a commencé en 2015, en vue d’un embarquement sur un sous-marin nucléaire lanceur d’engins en 2017.

Loïc Salmon

Femmes dans les armées : promotion par la compétence et soutien contre le harcèlement

Lieutenants en Afghanistan, retour d’expérience

Selon le ministère de la Défense, l’encadrement dans l’armée de Terre se répartissait ainsi en 2015 : officiers de carrière (Saint-Cyr), 49,9 % de femmes pour 80,1 % d’hommes ; officiers sous contrat, 51,1 % de femmes pour 19,9 % d’hommes ; sous-officiers de carrière (Ecole de Saint-Maixent), 54,7 % de femmes pour 52,1 % d’hommes ; sous-officiers sous contrat, 45,3 % de femmes pour 47,9 % d’hommes. La part des femmes par spécialité se montait à : 0,5 % dans l’arme blindée ; 0,5 % dans l’infanterie ; 2,3 % dans le génie ; 3,8 % dans l’artillerie ; 5,1 % dans la maintenance ; 26,7 % dans les budget, finances et comptabilité ; 29,7 % dans la santé ; 30,6 % dans la communication ; 42,4 % dans l’administration ; 43,5 % dans la gestion des ressources humaines.




Proche-Orient : retour en force de la Russie dans la région

La Russie pratique, au Proche-Orient, une politique étrangère fondée sur le calcul des forces en présence et ses propres intérêts, selon une approche économique, militaire et culturelle.

Forte de ses relations avec la Syrie, l’Egypte, la Turquie, l’Iran, Israël, le mouvement Hezbollah au Liban et celui du Hamas dans la bande de Gaza, elle engage un bras de fer avec l’Occident. Tel a été le thème d’une conférence-débat organisée, le 21 février 2017 à Paris, par l’Institut des relations internationales et stratégiques. Y sont intervenus : Igor Delanoë, Observatoire franco-russe ; Jean de Gliniasty, ancien ambassadeur de France en Russie ; Jean-Paul Chagnollaud, Institut de recherche et d’études Méditerranée Moyen-Orient.

Une nouvelle donne. En 1991, la Russie a restructuré sa politique au Proche-Orient avec pragmatisme et sans l’idéologie du temps de l’URSS, explique Igor Delanoë. Elle y trouve d’abord un intérêt économique, fait nouveau, par la vente d’armement et d’énergie, à savoir nucléaire, gazière ou pétrolière.  Sur le plan sécuritaire, elle s’inquiète de la prolifération d’armes de destruction massive, de leur capacité et du risque de les voir utilisées contre elle. En conséquence, elle coopère avec les Etats-Unis pour maîtriser la dissémination d’armements dans la région, interdire les armes chimiques en 2013 et parvenir à un accord sur le programme nucléaire iranien en 2015. Enfin, elle veut disposer de cartes dans le jeu géopolitique du Moyen-Orient, face à l’Occident. Pour tenter de résoudre la crise israélo-palestinienne, elle a tenté, sans succès, de tenir une conférence à Moscou avec les deux parties. Elle essaie alors de réussir un dialogue entre les factions palestiniennes, en vue de favoriser l’émergence d’un seul interlocuteur pour faire avancer le dossier. Elle parvient à maintenir en Egypte des contacts avec les Frères musulmans (mouvement salafiste) et le président Abdel Fattah al-Sissi, depuis les printemps arabes de 2011. Ceux-ci, selon elle, découlent des « révolutions de couleur » précédentes : « rose » ou « des roses » en Géorgie (2003), « orange » en Ukraine (2004), « rose » ou « des tulipes » au Kirghizistan (2005), « bleue » ou « en blue jean » en Biélorussie (2005) et « du cèdre » au Liban (2005), qui ont porté au pouvoir des gouvernements pro-occidentaux. La crise actuelle en Libye résulte de l’opération occidentale menée par la France et la Grande-Bretagne contre le régime du colonel Mouammar Kadhafi, qui n’aurait pu avoir lieu si la Russie avait opposé son veto au Conseil de sécurité de l’ONU. S’estimant dupée, elle l’a opposé 6 fois depuis et la Chine 2 fois. En Syrie, ses intérêts nationaux la poussent à une solution politique, à savoir une médiation avec l’Iran et la Turquie pour compléter la conférence de Genève sous l’égide de l’ONU. Selon Igor Delanoë, ce « triangle » devrait disparaître à la fin du conflit. En effet, la Turquie ne souhaite pas que la Russie se rapproche trop des Kurdes, qui revendiquent une entité transfrontalière laïque, valeur mal perçue au Moyen-Orient. Par ailleurs, Turquie, Iran et Irak s’opposent à la création d’un Etat kurde au détriment d’une partie de leur territoire. Partisane d’une décentralisation du pouvoir en Syrie, la Russie semble plus attachée à sa structure étatique qu’à la personne du président Bachar el-Assad qui, pour l’Iran, caractérise un Etat central fort. Le rapprochement de la Russie vers l’Iran et la Turquie vise à résoudre la situation au Nord de la Syrie et celui vers Israël à éviter des incidents de frontière. De son côté, la Chine craint le retour des Ouïghours partis combattre avec Daech et susceptibles de déstabiliser la province du Xinjiang à leur retour. Elle propose de participer à la reconstruction de la Syrie par le biais de la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures.

Constance et intermittences. La Russie n’a jamais quitté le Moyen-Orient depuis la chute de Constantinople en 1453, quand elle s’est autoproclamée « troisième Rome », rappelle Jean de Gliniasty. La guerre de Crimée (1853-1856) l’a opposée à l’Empire ottoman, allié à la France et la Grande-Bretagne. Après 1945, l’URSS, disposant de ses propres ressources pétrolières, soutient les nationalismes arabes au détriment des partis communistes locaux pour des raisons politiques. Malgré l’expulsion d’Egypte de ses 20.000 conseillers en 1972, elle parvient à conserver son influence en Syrie. La guerre du golfe (1991), menée par une coalition internationale pour libérer le Koweït envahi par l’Irak, marque son éviction politique de la région, confirmée par les accords d’Oslo entre Israël et l’Organisation de libération de la Palestine (1993). Mais elle préserve sa présence économique par la vente d’armement par les entreprises russes, affectées par la baisse du budget militaire national. Entre 2000 et 2015, ses échanges commerciaux ont décuplé. Vu de Moscou, la rupture des relations diplomatiques des pays occidentaux (hors Etats-Unis) avec la Syrie dès le début de la crise leur a fait perdre leur crédit et toute possibilité de dialogue. Pour sauver le régime de Bachar el-Assad, dont elle estime qu’il fait partie de la solution politique, la Russie est intervenue militairement (frappes aériennes) pour l’aider à reconquérir Alep. Par la suite, un bombardement américain a fait échouer un accord de cessez-le feu. Pour la Russie, sa réconciliation avec la Turquie lui donne un atout « sunnite » face au monde « chiite » dominé par l’Iran. Selon Jean de Gliniasty, Daech constitue un facteur d’unification de la coalition internationale et de la Russie. Mais, toute action militaire contre le régime syrien, passant outre à un veto russe à l’ONU, affaiblirait le Conseil de sécurité.

Incertitudes occidentales. Selon Jean-Paul Chagnollaud, le conflit syrien a conduit à la consolidation d’un régime totalitaire avec des implications : judiciaires par le nombre de victimes (voir encadré) ; politiques par celui des personnes réfugiées et déplacées (idem) et une société fracturée entre les anti et pro-régime ; existentielles, car le régime lutte pour sa survie. Avec l’envoi de 10.000 combattants sur le terrain, l’Iran se proclame première puissance régionale. Outre sa maîtrise de l’espace aérien, la Russie a remporté des succès diplomatiques. Les pays occidentaux se sont trouvés marginalisés, comptant sur la diplomatie sans l’action militaire.

Loïc Salmon

Iran : acteur incontournable au Moyen-Orient et au-delà

Turquie : partenaire de fait au Proche et Moyen-Orient

Arabie Saoudite : retour du sacré dans les relations internationales

Le conflit armé en Syrie a causé plus de 400.000 morts entre mars 2011 et septembre 2016, selon plusieurs organisations non gouvernementales. La moitié de la population a été déplacée et plus de 5 millions de Syriens ont fui le pays. Les mouvements rebelles sont soutenus notamment par l’Arabie Saoudite, la Turquie, le Qatar et les Etats-Unis ainsi que le Front Al-Nosra, branche syrienne de l’organisation djihadiste Al-Qaïda. Le régime syrien a reçu les renforts du Hezbollah, mouvement politique et militaire chiite libanais, et des brigades islamistes chiites irakiennes et étrangères ainsi que l’appui militaire de l’Iran et de la Russie. L’Etat islamique (Daech), en guerre contre tous les belligérants depuis 2014, est devenu la cible des frappes aériennes de la coalition internationale dirigée par les Etats-Unis. Enfin, les Kurdes du parti PYD et de sa branche armée YPG combattent pour l’autodétermination du Rojava, territoire autonome de fait dans le Nord et le Nord-Ouest de la Syrie.




Armée de Terre : innovation et volonté au service de la victoire

Emporter la décision sur le champ de bataille nécessite la supériorité technologique sur l’adversaire, mais aussi une définition claire des objectifs et la volonté farouche de vaincre.

Ce thème a fait l’objet d’une conférence-débat organisée, le 24 janvier 2017 à Paris, par le Centre de doctrine et d’enseignement du commandement de l’armée de Terre. Y ont participé : le général de division Patrick Berthous commandant les forces spéciales Terre ; l’ingénieur en chef Christian Ramaen, études amont à la Direction générale de l’armement (DGA) ; Emmanuel Chiva, groupement des industriels de l’armement terrestre et aéroterrestre (GICAT).

L’innovation sur le terrain. Composées de soldats « rustiques », les forces spéciales connaissent un rythme opérationnel très variable, mais celui de renouvellement de leurs tactiques est plus élevé que pour les forces conventionnelles, explique le général Berthous. Véritable laboratoire pour les armées et en liaison avec la DGA, elles adaptent en permanence leurs modes d’action et leurs équipements à partir de retours d’expériences et d’études prospectives. Ainsi pour l’opération « Barkhane », le drone tactique Patroller a été utilisé contre les djihadistes au Mali dès l’hiver 2016, en coordination avec l’infiltration de parachutistes. L’hélicoptère Tigre apporte un appui direct aux opérations, qui ne sont jamais déclenchées sans lui. Aujourd’hui, les véhicules blindés du combat d’infanterie sont climatisés. D’une façon générale, il s’agit de maintenir une supériorité technique et tactique sur l’adversaire pour le détecter et le détruire de loin. Les forces spéciales partent avec le strict minimum, à savoir l’eau, les rations, le carburant, les pièces détachées, le système de navigation GPS et la liaison avec les satellites qui couvrent la zone. Quoiqu’affaibli au Levant, Daech profite du nivellement technologique par son accès au GPS et aux réseaux sociaux. Il pratique les cyberattaques et utilise des drones de reconnaissance et des engins explosifs improvisés. Quels que soient les progrès technologiques, estime le général Berthous, les combattants resteront indispensables sur le terrain pour conserver un temps d’avance sur l’adversaire sur les plans technique, tactique et de compréhension de la situation. La victoire reposera toujours sur l’intelligence du chef.

Le futur technologique. Premier investisseur de l’Etat dans l’industrie, la DGA a pour mission de conserver la supériorité opérationnelle, qui inclut entraînement des soldats, fiabilité des systèmes et avantage technologique, rappelle l’ingénieur en chef Ramaen. Dans un programme d’armement long, les études amont se trouvent au cœur de la recherche. Ainsi pour le char Leclerc qui doit durer jusqu’en 2040, les études amont ont commencé en 1965 et le démonstrateur a été lancé en 1970 pour des livraisons à partir de 1985. Pour le programme « Scorpion » de l’armée de Terre, la DGA a injecté 200 M€ dans les études amont depuis 1990 pour assurer des innovations dans la durée, alors que les livraisons des matériels débuteront en 2018. La loi de programmation militaire (LPM) 2008-2013 a fixé, comme choix technologique de la DGA, le maintien des compétences critiques en alimentant les bureaux d’étude. La nouvelle gouvernance des études amont est précisée dans un document d’orientation de la science et de la technologie, qui donne des axes de recherche sur 10 ans en parallèle avec la LPM réactualisée. Ainsi, la période 2016-2021 concerne notamment les aéronefs de combat (Rafale et drones) et la cyberdéfense des forces terrestres. La coopération franco-allemande portera sur le char du futur à l’horizon 2040, car les Leopard allemands et les Leclerc français arriveront en fin de vie, de même que les lance-roquettes unitaire des deux pays. L’accent sera aussi mis sur le laser de forte puissance, que la Grande-Bretagne étudie, que l’Allemagne possède déjà (2 exemplaires) et que certains navires américains emportent en opérations. Le programme « Scorpion » entrera dans sa phase 2. Le fantassin sera « augmenté » par l’exosquelette pour le transport et la manipulation des charges lourdes. La capacité de vision nocturne des véhicules circulant tous feux éteints leur permettra de voir la nuit en couleurs et non plus en noir et blanc. Les études porteront aussi sur la robotique et l’énergie (batteries et motorisation hybride). Toutes les technologies non duales seront maintenues, tandis que les duales (à usage civil et militaire) seront « allégées » financièrement. Les véhicules blindés, qui doivent durer 40 ans, sont conçus comme des plates-formes modulaires, susceptibles de recevoir de nouveaux systèmes de brouillage et de protection. Enfin en cas d’urgence opérationnelle, indique l’ingénieur en chef Ramaen, la DGA peut réaliser un matériel mature dans les 6 mois suivant la définition des besoins.

La vision industrielle. L’industrie de défense s’inscrit dans un écosystème, où l’Etat définit les besoins opérationnels et technologiques à partir des retours d’expérience, explique Emmanuel Chiva. Ainsi, les forces terrestres américaines ont déployé 10.000 robots en Irak en 2003. Une vision d’ensemble permet d’anticiper les convergences entre nanotechnologies, biotechnologies et microélectronique. Certaines ont débouché sur le treillis protégeant des attaques biologiques ou les lentilles de contact pour vision thermique. En 2025, quelque 6.000 Mds$ seront investis au niveau mondial dans l’intelligence artificielle, du fait de son caractère dual. Pour la défense, il s’agira d’identifier les ruptures technologiques et leurs conséquences capacitaires (puissance de calcul, simulation embarquée). Le financement public de l’innovation de défense réalisée par des « start up » comporte un risque, avertit Emmanuel Chiva. En effet, si elles sont rachetées par un grand groupe privé, celui-ci sera probablement tenté de diffuser dans le grand public leurs innovations qui échapperaient alors à la défense. Le représentant du GICAT recommande d’intégrer l’homme dès le début des recherches, car la technologie est souvent surestimée sur le court terme et sous-estimée sur le long terme. Par ailleurs, alors que les ingénieurs de la DGA peuvent se reconvertir dans l’industrie de défense, cette passerelle ne fonctionne pas dans l’autre sens. En revanche, la DARPA (agence américaine de recherche avancée sur des projets de défense) facilite les passages croisés entre elle et les sociétés d’armement, en vue d’encourager la synergie entre industriels et opérationnels.

Loïc Salmon

Armée de Terre : programme « Scorpion », le GTIA de demain

Forces spéciales : outil complémentaire des forces conventionnelles

Nom de code Geronimo

La loi de programmation militaire 2014-2019, actualisée en 2015, définit les priorités des études amont en matière d’armement : préparation du renouvellement des deux composantes de la dissuasion ; conception des futurs aéronefs de combat au travers d’une dépendance mutuelle organisée autour du couple franco-britannique, préparation des évolutions du Rafale, autoprotection et travaux spécifiquement militaires sur les hélicoptères, insertion des drones dans la circulation aérienne en coopération européenne ; montée en puissance de la rationalisation de l’industrie franco-britannique pour le renouvellement et la rénovation des systèmes de missiles ; lutte sous-marine, systèmes de combat naval modulaires opérant en réseaux, architectures innovantes pour les bâtiments de surface ; montée en puissance de la cyberdéfense ; poursuite des efforts sur la protection des véhicules, des équipages et des combattants, la surveillance des itinéraires ; nouvelles technologies pour munitions ; préparation de futurs programmes spatiaux d’écoute, d’observation et de communication ; poursuite de l’effort sur le traitement des images, la guerre électronique, l’exploitation et le traitement des données de renseignement, la numérisation de l’environnement géophysique, les évolutions des systèmes de radionavigation ; lutte anti-drones.




Marine nationale : emploi de l’ensemble des moyens

La France dispose des capacités de déni d’accès jusqu’à 500 km au large de ses côtes, estime l’amiral Christophe Prazuck, chef d’état-major de la Marine.

Il a en présenté la situation et les perspectives, au cours d’une rencontre avec l’Association des journalistes de défense le 5 décembre 2016 à Paris.

Une présence mondiale. Les bâtiments français sont déployés sur cinq théâtres d’opérations : en océan Indien jusqu’au golfe Arabo-Persique ; en Méditerranée orientale au large de la Syrie, où s’est rendu le groupe aéronaval juste après les attentats de novembre 2015 à Paris ; en Méditerranée centrale pour l’opération européenne « Sophia »  de lutte contre le trafic de migrants ; en Atlantique Nord, où l’activité sous-marine s’intensifie ; dans le golfe de Guinée, où l’opération de surveillance « Corymbe », effective depuis 1990, est renforcée par l’opération « Nemo » de formation des Marines des pays riverains à la lutte contre la piraterie et les trafics illicites. Une intervention en mer de Chine méridionale ou dans le détroit de Bab el-Mandeb n’est pas pour autant exclue. La surveillance des zones maritimes exclusives est soutenue, notamment  au large de la Tanzanie et du Mozambique où la présence de navires de recherches pétrolières et de gaz a été détectée. S’y ajoutent la dissuasion nucléaire et, pour la lutte contre le terrorisme, la posture permanente de sauvegarde maritime et la coordination du recueil de l’information maritime. Par ailleurs, le missile de croisière naval prend une dimension stratégique qui va changer l’emploi des bâtiments qui en seront doté, indique l’amiral. La commande de 150 exemplaires se répartit entre 100 pour les futurs sous-marins nucléaires d’attaque Barracuda et 50 pour les frégates multi-missions (FREMM). La Russie réaffirme sa puissance navale : tirs de missiles de croisière à partir de sous-marins en mer Caspienne et présence accrue en Atlantique Nord de sous-marins estimés très performants.

La dimension aéronavale. De Mourmansk, la Russie a envoyé un groupe aéronaval au large de la Syrie avec une escorte conséquente, souligne l’amiral Prazuck. La Grande-Bretagne a décidé de se doter de 2 porte-aéronefs à tremplin, l’Inde 3 et la Chine 4 et qui construit actuellement 1 frégate par trimestre et 1 sous-marin tous les 4 mois. Le porte-avions français Charles-De-Gaulle, équipé de catapultes, est notamment protégé par une FREMM, qui détecte tout intrus (navire de surface ou sous-marin) dans un rayon de 100 km. Outil politique et militaire de premier rang, il a effectué 450 sorties d’avions au cours de 232 jours de mer, dont 200 en opérations, jusqu’à son retour à Toulon mi-décembre 2016. Il devrait reprendre la mer dans les derniers mois de 2018, à l’issue d’un arrêt technique majeur pour l’extraction de son réacteur nucléaire, pour en changer le cœur, puis d’une mise en indisponibilité permanente pour  entretien et réparations, incluant l’installation d’un nouveau système de combat et la mise en condition « tout Rafale ». En 2016, le Charles-De-Gaulle a démontré son interopérabilité avec un groupe aéronaval américain dans le golfe Arabo-Persique, dont il a même assuré le commandement temporaire.

Les marins. La Marine compte 40.000 personnels (13 % de femmes), dont 6.000 dans les états-majors interarmées et 2.500 marins-pompiers. S’y ajoutent 4.600 réservistes et 6.000 volontaires. Elle ne connaît pas de difficulté de recrutement, grâce à un maillage de 30 bureaux dans toute la France et 60 partenariats avec des lycées professionnels. La préparation militaire Marine accueille 2.500 jeunes/an.

Loïc Salmon

Marine nationale : mission « Arromanches 3 » du GAN en Méditerranée orientale

Territoire national : protection permanente contre intrusions aériennes et maritimes

Marines : l’approche globale, indispensable à la sécurisation future du milieu maritime




Défense et sécurité : s’organiser face au terrorisme protéiforme

La lutte contre le terrorisme et l’islamisme radical nécessite détermination politique, planification et action militaires, renseignement et sanctions judiciaires.

Ce thème a été traité au cours d’un colloque tenu les 22 et 23 novembre 2016 à Paris, à l’occasion du 110ème anniversaire du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale. Y sont notamment intervenus : le Premier ministre Manuel Valls ; le général Pierre de Villiers, chef d’État-major des armées ; Thierry Matta, adjoint au directeur général de la sécurité intérieure ; Véronique Degermann, procureur de la République adjoint près le Tribunal de grande instance de Paris ; Jean Mairesse, directeur adjoint de l’Institut des sciences de l’information et de leurs interactions.

Adaptation permanente. « L’ennemi n’est plus seulement à nos frontières, il se trouve au cœur de notre société et peut faire irruption à tout moment », déclare Manuel Valls qui rappelle les moyens d’y faire face. En 2013, ont été créés la Direction générale de la sécurité intérieure et le Service central du renseignement territorial, qui échangent et partagent leurs informations. S’y ajouteront, d’ici à 2017, 9.000 postes de policiers et gendarmes et une allocation de plus de 1,1 Md€, dont 290 M€ d’investissements. Les lois des 24 juillet et 30 novembre 2015 accordent aux services de renseignement des moyens légaux avec la mise en place de mécanismes de contrôle pour préserver les libertés individuelles. L’administration pénitentiaire sera dotée de son propre service de renseignement, car le milieu carcéral constitue l’un des incubateurs de la radicalisation islamiste. La section antiterroriste du Tribunal de grande instance de Paris a été renforcée de 13 magistrats et bientôt de 11 juges d’instruction spécialisés, en vue d’une judiciarisation systématique et la plus rapide possible envers les associations de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste. Au 23 novembre 2016, 365 dossiers judiciaires sur 1.400 personnes sont ouverts et 313 individus mis en examen. L’état d’urgence, déclenché en novembre 2015, est prolongé jusqu’aux élections présidentielle et législatives du printemps 2017. La même année, la Garde nationale, composée de volontaires, viendra en soutien des 10.000 militaires de l’opération « Sentinelle » pour la protection du territoire. Enfin, la France mettra 170 personnels des Douanes et des ministères de l’Intérieur et de la Défense à la disposition de l’agence Frontex pour le contrôle de l’espace Schengen.

Outil de défense. Terrorisme djihadiste et certains États-puissances, traditionnels ou émergents, présentent des liens et des ressorts communs, estime le général de Villiers. Le premier porte la violence dans les champs matériel et immatériel, politique, social, culturel, économique et militaire, dans les zones grises ou au cœur du territoire national. Les seconds étendent leur influence par le rapport de force et le fait accompli, avec un risque majeur de déstabilisation. Forces armées et de sécurité sont confrontées à l’usage très fréquent de la violence, par un adversaire qui cherche à entraver la liberté d’action et de circulation. La dispersion des zones d’intervention et les élongations inter et intra-théâtres d’opérations extérieurs rendent primordiales les capacités de projection, de commandement et de renseignement. De même, certains groupes terroristes réalisent des attaques coordonnées et simultanées sur le territoire national. La technologie numérique permet à Daech d’être ici et là-bas, instantanément et au même moment. Mais aujourd’hui, la France se situe dans le peloton de tête dans le domaine du cyber. Par ailleurs, la multiplication des engagements de longue durée (jusqu’à 10 ans) use rapidement les ressources humaines et matérielles et exige la résilience des forces armées et de la nation toute entière. La planification, à savoir comprendre et concevoir, s’impose sur le plan militaire. Il s’agit de transformer l’intention du chef en une succession d’actions conduites par des forces complémentaires, pour atteindre des objectifs en acceptant une prise de risque mesurée. Une situation complexe nécessite l’intervention d’acteurs différents. Enfin, prévoir l’impensable exige notamment d’étudier l’adversaire, d’examiner les cas « non conformes », de confronter les divers modes d’action, d’identifier les contraintes et les risques et d’analyser les opportunités.

Renseignement et intervention. Surveillance, renseignement technique et coopérations nationales et internationales se complètent, explique Thierry Matta. Toutes les informations sont recoupées, analysées et enrichies par l’action. Le spectre couvert va de la prévention à la riposte via des mécanismes bilatéraux. Ainsi, la Direction générale de sécurité intérieure (DGSI) participe à la lutte anti-terroriste en cohérence avec celle de la sécurité extérieure, dont certaines équipes viennent chez elle, et les autres services de renseignement, pour une analyse commune avant la prise de décision. L’intervention inclut l’interdiction d’accès ou de sortie du territoire et l’assignation à résidence de suspects. Aujourd’hui, la rapidité d’action entre l’ouverture d’une enquête et la neutralisation de terroristes augmente.

Action judiciaire. Le terrorisme a pour finalité le trouble à l’ordre public par l’intimidation et la terreur, souligne Véronique Degermann. Le parquet de Paris compte 140 magistrats spécialisés, dont  une cellule de crise (60 magistrats) qui intervient en cas d’événement majeur (attentat de Paris en 2015 et de Nice en 2016). Partenaire du ministère de la Défense, il travaille en totale confiance avec la DGSI : action en amont dans les réseaux pour les démanteler ; possibilité de perquisition de nuit avec garantie d’autorisation du juge des libertés ; prolongation de la détention préventive ; accès aux données cryptées et téléphones de dernière génération. Depuis janvier 2015, les individus vivant sur le territoire national et qui se sont rendus en Syrie ou en reviennent sont passibles d’une cour d’assises, composée de magistrats professionnels, et risquent 20 ans de prison. Les mineurs de moins de 15 ans sont envoyés en détention avec un suivi éducatif. Enfin, la coopération internationale (Union européenne et États-Unis) passe par des techniques communes d’enquête.

Loïc Salmon

Moyen-Orient : chaos interne et répercussions périphériques

Terrorisme islamiste

Marine nationale : mission « Arromanches 3 » du GAN en Méditerranée orientale

Selon Jean Mairesse, le « numérique » ou science de l’information inclut informatique, robotique, traitement de données, physique, chimie et sciences humaines. Elle nécessite donc une formation pluridisciplinaire. L’intelligence artificielle consiste en une machine capable d’apprendre et de prendre la meilleure décision possible, grâce à une puissance de calcul exponentielle avec des capteurs de moins en moins chers et des algorithmes plus performants. Sa progression exponentielle la rend plus efficace qu’un être humain. Les cyberattaques progressent en sophistication. Les plus efficaces perturbent le tissu social en recueillant notamment des informations sur le style de hauts responsables, en vue de comprendre leurs éléments de langage pour duper leurs subordonnés par de « faux » ordres aux conséquences graves ou même criminelles.




Armée de l’Air : la BA 123, base opérationnelle, de soutien et d’instruction

La base aérienne (BA) 123 d’Orléans-Bricy, qui accueille la 61ème Escadre de transport, doit assurer la montée en puissance de toutes ses capacités. Le colonel qui la commande l’a présentée à l’Association des journalistes de défense, le 16 novembre 2016.

Plate-forme cohérente. La BA 123 s’étend sur 736 ha avec 2 pistes (1.000 m et 2.400 m) et 33 parkings pour les avions. Son effectif, en progression annuelle de 100 personnels, devrait en compter 3.000 en 2020. La 61ème Escadre de transport est constituée d’avions A400M (10), C130 (14), Twin (2) et TBM (1), dont 50 % en cours de rénovation. Sa capacité de projection et d’intervention mobilise 550 personnes pour 15.000 heures de vol par an dans le monde entier. S’y ajouteront, à terme, des C130H et C130J. En matière de connaissance et d’anticipation, la BA 123 assure la récolte et l’analyse des informations électroniques et remplit des missions de photographie aérienne dans le cadre d’un traité international. Le Commandement des opérations spéciales y a installé l’unité de commandos parachutistes de l’air CPA10. Chaque année, la BA 123 assure des prestations de maintenance : 140.000 heures de travaux sur une trentaine d’avions ; le pliage de 11.000 parachutes ; la rénovation et la réparation des équipements  et des réseaux électroniques. Par ailleurs, des pilotes allemands viennent s’y entraîner au vol tactique, à savoir la capacité à partir en opération avec 2 avions. En contrepartie, des mécaniciens français effectuent des stages en Allemagne.

Centre de formation. Depuis 2008, la BA 123 abrite le Centre d’instruction des équipages de transport, créé en 1946 à Toulouse. Celui-ci standardise toutes les plates-formes de transport aérien et dispense chaque année des cours de connaissances techniques et de procédures, en anglais, à 1.200 stagiaires de toutes les catégories, en vue de leur aptitude au combat de 1 à 4 avions. Il dispose d’un simulateur de vol sur A400M, qui permet d’employer davantage ces avions dans des missions opérationnelles et de réduire la charge financière de la formation des équipages. Les stagiaires, qui ont déjà 300 heures de vol sur C160 et C130, sont formés sur ce simulateur par 9 instructeurs « qualifiés A400M ». Le cockpit est identique à celui de de l’A380 d’Air France. Pilotes civils et militaires viennent y échanger leurs expériences. Les 2 pilotes de l’équipage d’un A400M passent 80 heures sur simulateur avant leur premier vol. Ensuite, ils doivent, chaque année, effectuer 50 heures de vol tactique, notamment en vision nocturne, sur simulateur. Le « load master », 3ème membre de l’équipage, apprend sur simulateur la répartition des charges de la soute, avec exercices de pannes et d’incendie. A terme, le simulateur A400M sera connecté à ceux du Rafale et de l’avion radar AWACS.

A400M, bond opérationnel. L’A400M peut emporter au choix : 1 hélicoptère Tigre ou Caïman ; 2 véhicules de l’avant blindé ; 1 camion logistique ; 54 soldats équipés et 9 palettes de fret militaire. Les sauts en parachute à ouverture retardée se font à 4.000 m par la porte arrière, mais ceux en automatique, par les portes latérales, sont encore en expérimentation. Nécessitant moins d’escales, l’A400M permet de réduire les aléatoires négociations diplomatiques. En 2016, après 500 heures de vol sur A400M, le pilote devient commandant de bord. Il transmet alors son expérience tactique antérieure sur C130 ou C160 aux jeunes pilotes de transport, qui seront bientôt formés directement sur A400M.

Loïc Salmon

Armée de l’Air : une « smart base » pour créer des partenariats avec le monde civil

Armée de l’Air : engagement opérationnel intense et réforme en profondeur




Marines : l’approche globale, indispensable à la sécurisation future du milieu maritime

Militarisation des eaux internationales, piraterie, migrations de masse, trafics illicites, terrorisme, pollution marine, catastrophes naturelles et pêche illégale peuvent déboucher sur des crises maritimes, dont l’origine se trouve dans des rivalités géopolitiques terrestres.

Cette globalisation sans précédent a été  abordée lors d’un colloque international organisé, le 18 octobre 2016 au salon Euronaval du Bourget (banlieue parisienne), par  le Groupement des industries de construction et activités navales, l’Agence européenne de défense, l’Institut pour les études de sécurité de l’Union européenne et l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire. Y sont notamment intervenus : l’ingénieur général François Maistre, Direction générale de l’armement (DGA) ; le préfet Vincent Bouvier, secrétaire général de la Mer ; le vice-amiral britannique Clive Johnstone, chef du Commandement maritime de l’OTAN ; l’amiral Christophe Prazuck, chef d’état-major de la Marine nationale.

Menace complexe et moyens futurs. Selon l’ingénieur général Maistre, un constat s’impose : contestation de la souveraineté maritime de certains pays par d’autres ; emploi de forces régulières ou irrégulières ; activité de l’État remise en cause par des organisations, qui mêlent actions civiles et militaires et maîtrisent l’utilisation de médias. La défense du territoire passe par la sécurité de ses approches maritimes, de ses ports et des flux de marchandises avec des moyens adaptés. Le combat aéromaritime va de l’opération de basse intensité à la confrontation directe. Pour le mener, il faut disposer d’un accès autonome à l’information et de capacités de ravitaillement à la mer, de lutte anti-sous-marine et anti-aérienne ainsi que d’actions autonomes ou interalliées. Outre les drones, il faut pouvoir compter sur des systèmes résilients et sommaires à terre. L’interopérabilité entre la terre et la mer, quoique difficile à établir, devient incontournable. Elle nécessitera : de disposer de davantage d’espace à bord des navires pour l’équipage ; d’identifier les moyens d’analyse des menaces dans un contexte d’emploi de nouvelles technologies ; de passer de la connectivité croissante sur le même navire à la logique de réseaux. La DGA conçoit les référentiels de modélisation structurelle, avec des scénarios opérationnels, pour des effets recherchés dans un cadre optimal établi. Elle mobilise l’état-major de la Marine et les industriels pour imaginer les équipements futurs. Avec la mise en commun des informations des capteurs, le combat « collaboratif » intègre bâtiments de surface, sous-marins, aéronefs et drones dans un ensemble global. Leurs systèmes de détection et de combat devront être en cohérence avec ceux de la guerre des mines, des drones sous-marins et de l’ISR (renseignement, surveillance et reconnaissance) en interarmées.

Sécurité maritime d’aujourd’hui. L’action de l’État en mer se militarise en raison de l’incertitude à l’arrivée sur le lieu d’un sinistre, explique le préfet Bouvier. En raison de la porosité de la menace et pour plus d’efficacité, la coordination entre la Marine nationale, les Affaires maritimes, la Douane et le ministère de l’Intérieur se fait sous l’égide des préfets maritimes. La stratégie nationale de sûreté, adoptée en 2015, porte sur la lutte contre le terrorisme afin de rendre le trafic maritime plus sûr : embarquement de fusiliers marins sur les grands navires à passagers ; plan Vigipirate mer ; autorisation de gardes privées à bord de navires marchands ; radars plus performants ; mutualisation des moyens de secours maritimes et côtiers. Toutefois, les contraintes budgétaires incitent l’État à recourir au secteur privé, notamment pour le contrôle à l’embarquement des navires à passagers. La sécurité et la sûreté maritimes nécessitent un partage de l’information et la construction d’une fonction garde-côte à l’échelle européenne. Ainsi, l’opération militaire « Sophia » (EUNAVFOR Med) d’observation et de renseignement a été lancée le 22 juin 2015 par les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne pour lutter contre le trafic de migrants en Méditerranée, dans le cadre de la Politique de sécurité et de défense commune. Son champ d’action pourrait s’élargir après une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU.

Guerre navale de demain. L’OTAN se trouve confrontée à des scénarios de basse intensité, indique l’amiral Johnstone. Quoique adhérente aux valeurs démocratiques, la Russie agit de façon déstabilisante en Syrie, en Ukraine et en Atlantique Nord. Zone instable de la Syrie à la Libye, la Méditerranée est devenue un théâtre de terrorisme, de trafics d’armes et de migrations massives. L’OTAN, qui défend ses États membres en termes de capacités et de compétences, a pris conscience de ces défis et doit agir maintenant et quotidiennement. Elle intègre les innovations civiles dans l’intelligence artificielle, l’analyse en temps réel de l’action de l’adversaire et la classification des données. Mais elle doit être plus résiliente dans la logistique, la gestion des stocks et la formation des personnels, afin de mobiliser davantage de navires plus rapidement. Son commandement maritime se concentre sur la surveillance de la flotte russe du Nord au Sud et prévoit des exercices communs de lutte anti-sous-marine avec les Marines de l’Union européenne. De son côté, l’amiral Prazuck souligne le pouvoir de nivellement de la technologie face à une menace plus « aisée » : un système de géolocalisation (GPS) et un lance-grenades portatif (RPG7) permettent de devenir un redoutable pirate. La sécurité maritime, multiforme, induit une action internationale, un besoin de savoir (radars, satellites et échanges d’informations) et une présence sur zone. Par ailleurs, le combat naval futur pourrait se produire en haute mer avec des navires spécialisés à haute technologie. La Marine nationale doit convaincre les autorités politiques et l’opinion publique  de la nécessité de la mise au point des hautes technologies dans les 20 ans à venir. Au cours de l’Histoire, sécurité maritime et combat naval ont été privilégiés tour à tour. Pour répondre aux menaces, le meilleur équilibre entre les besoins implique développement de savoir-faire communs, coopération internationale, couverture des espaces maritimes, formation et entraînement.

Loïc Salmon

Marine nationale : la police en mer, agir au bon moment et au bon endroit

Défense : le climat, facteur de dérèglement géopolitique

Marines : coopérations accrues dans les dix prochaines années

Le 18 octobre 2016 à l’occasion du salon Euronaval du Bourget, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian (au centre), a dévoilé la maquette de la future frégate de taille intermédiaire (FTI) de 4.200 t. Armée par un équipage de 125 personnes, détachement aéronaval compris, la FTI disposera des capacités de projection de forces spéciales et de luttes anti-sous-marine, anti-aérienne et antinavire. Premier bâtiment « tout numérique », elle pourra embarquer un hélicoptère et/ou un drone aérien. Son radar de nouvelle génération à panneaux fixes sera intégré à une mâture unique. Les 5 FTI prévues, dont la première sera livrée en 2023, complèteront les 8 frégates multimissions et les 2 frégates anti-aériennes de type Horizon vers 2030. Une FTI pourra être déployée seule ou au sein d’une force interarmées ou interalliés, comme le groupe aéronaval centré sur le porte-avions Charles-De-Gaulle.




Armée de Terre : préparer les ruptures stratégiques et technologiques de demain

Par le contrôle d’un territoire et de sa population, la force terrestre s’impose pour marquer une solution politique à un conflit futur, sur le terrain et dans la durée, à condition de conserver l’ascendant sur l’adversaire. Ce nouvel engagement de l’armée de Terre figure dans un document, rédigé par son état-major et rendu public lors de la présentation annuelle des forces terrestres, le 20 octobre 2016 à Satory.

Démonstration dynamique. Une opération terrestre a été schématisée en 8 tableaux : renseignement humain en ouverture de théâtre par les forces spéciales et l’aérocombat (photo) ; ciblage et renseignement image par les drones et autres moyens ; coordination dans la 3ème dimension en gérant la bulle aéroterrestre ; agression, capacité à s’engager au contact de l’adversaire ;  commandement d’une opération, même en zone difficile ; saisie d’un point sensible, capacité à s’emparer d’une zone ; combat interarmes des véhicules blindés d’infanterie ou de cavalerie avec appui de l’artillerie (canon Caesar) et du génie ; logistique de l’avant en tous temps et lieux avec ravitaillement, maintenance et évacuation sanitaire.

Action terrestre future. Dans le document « Action terrestre future », le général Jean-Pierre Bosser, chef d’état-major de l’armée de Terre, rappelle que, depuis la guerre du Golfe (1991), 600.000 hommes se sont succédé dans des opérations militaires asymétriques, avec un avantage opérationnel certain… jusqu’au conflit en Afghanistan (2001-2014). Désormais, la domination de l’adversaire, terroriste ou autre, n’est plus acquise d’avance. En conséquence, l’armée de Terre a entamé une transformation en 3 phases sur 3 ans. La 1ère (2015), dite « Au Contact », concerne l’augmentation de la menace sur le territoire national avec pour effet la remontée en puissance opérationnelle. La 2ème (2016), centrée sur le programme intégrateur « Scorpion », porte sur la simulation, l’infovalorisation et des capacités accrues d’agression et de protection. La 3ème (2017), décrite dans « Action terrestre future », traite la mutation de l’environnement opérationnel et le développement des facteurs de supériorité. L’Afrique et le Proche-Orient resteront durablement une zone pivot des conflits futurs, sans écarter le risque d’un affrontement majeur à l’Est. La mondialisation des rapports entre les sociétés entraîne des flux humains, matériels et immatériels, facilités par la porosité des frontières intérieures. L’échec des modes de régulation supranationaux se cumule avec la remise en cause des droits de la guerre, impliquant brutalité et hyperviolence. Les États verront leur autorité contestée par l’intrusion des nano et biotechnologies, de l’intelligence artificielle et des sciences cognitives, la dissémination de moyens guerriers innovants et l’irruption des lanceurs d’alerte et pirates informatiques. De nouvelles puissances régionales développent hélicoptères, blindés, feux dans la profondeur, robotique et munitions hypervéloces. Les systèmes d’armes antichars, antiaériens antinavires ou de guerre électronique deviennent accessibles. Les prochaines opérations verront la contestation de la supériorité aérienne, la menace d’arsenaux chimiques, radiologiques et nucléaires et des actions répétées sur les centres de commandement et les flux logistiques. Face à des adversaires combinant qualité et quantité, conclut « Action terrestre future », la bataille sera remportée par : la technologie et l’humanité ; la foudroyance et la patience ; l’intelligence et la puissance.

Loïc Salmon

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