Chine : routes de la soie, un contexte stratégique global

Le vaste projet chinois des nouvelles routes de la soie se présente sous une forme davantage géopolitique que commerciale avec, à terme, plus de menaces que d’opportunités.

Ce thème a été abordé lors d’un colloque organisé, le 23 mai 2019 à Paris, par les Club HEC Géostratégies, l’Association des auditeurs IHEDN région Paris Ile-de-France et l’Association nationale des auditeurs jeunes de l’Institut des hautes études de défense nationale. Y sont notamment intervenus : Etienne de Durand, directeur adjoint de la Direction générale des relations internationales et de la stratégie au ministère des Armées ; Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères (1997-2002) ; Emmanuel Véron, enseignant chercheur à l’Ecole Navale ; Christoph Ebell, Emerging Technology Consultant.

Environnement à risques. Selon Etienne de Durand, la course aux armements a repris avec des programmes majeurs en développement en Russie, une rivalité technologique entre les Etats-Unis et la Chine et une accélération du progrès technologique. La compétition permanente entre grandes puissances, toutes nucléaires, se manifeste le long du « continuum paix, crises et conflit », mais souvent sous le seuil de ce dernier par des intrusions voire des agressions non revendiquées, notamment dans l’espace (approches des satellites nationaux) et le cyber (attaques quotidiennes). Elle s’étend même à l’économie et à la technologie. Les espaces communs sont de plus en plus contestés avec des velléités ou même tentatives d’appropriation par la revendication de territoires ou, en haute mer, par la poldérisation d’îles avec obligation de se déclarer pour tout navire qui s’en approche. Cette compétition présente des risques d’escalade, avec un arrière-plan nucléaire. Puissance devenue globale dans les domaines économique, militaire et stratégique, la Chine tente de remodeler l’ordre international, notamment en mer de Chine méridionale, met l’accent sur les technologies duales (usages militaires et civils) et déclare un budget militaire officiel de 170 Mds$/an, mais d’un montant réel supérieur le plaçant de fait juste après celui des Etats-Unis. Puissance spatiale, la Chine met au point des armes antisatellites et d’autres à énergie dirigée. En matière de capacités de projection de puissance, elle dispose de deux porte-avions, en construit un troisième, accélère le rythme de la production de sous-marins à propulsion nucléaire et développe ses facilités portuaires dans la zone indo-pacifique. Avec la mondialisation, une tension en océan Indien ou en mer de Chine du Sud aura des implications immédiates en Europe dans les domaines économique, de l’énergie et des approvisionnements.

Géostratégie. La Chine met en œuvre une géostratégie portuaire, diplomatique et commerciale d’abord en Asie du Sud-Est, puis en océan Indien vis-à-vis de l’Inde, du Pakistan et de l’Iran pour déboucher sur la Méditerranée et l’Europe du Nord, indique Emmanuel Véron. L’ouverture sur le Pacifique-Sud lui permettra d’accéder à l’Amérique latine. Elle construit tout type de navire, même un brise-glace à propulsion nucléaire. En raison de la concurrence locale en mer de Chine, sa flotte de grands bateaux de pêche s’aventure jusqu’à la côte péruvienne. Elle développe l’aquaculture, les biotechnologies, le dessalement de l’eau de mer et surtout la recherche océanographique pour la pose de câbles de communication numérique et pour servir son programme de sous-marins. Sur le plan militaire, outre l’installation d’armements, de relais et de moyens d’écoute sur les atolls aménagés en mer de Chine méridionale, elle a construit de nombreux navires, dont 1 porte-avions, 60 corvettes type 56 et 20 destroyers type 52 entre 2011 et 2018. Le programme de renouvellement des sous-marins nucléaires d’attaque et lanceurs d’engins va changer la donne dans le Pacifique vis-à-vis de la puissance navale américaine. La formation des 220.000-230.000 marins se poursuit ainsi que celle du corps expéditionnaire d’infanterie de Marine avec la composante commando. La diplomatie navale s’intensifie en Asie du Sud-Est, Afrique et Europe ainsi que la collecte d’informations, les réflexions sur la Marine à l’horizon 2030 et le soutien à l’export des équipements de sa base industrielle et technologique de défense. Enfin, la Marine chinoise effectue régulièrement des exercices communs avec son homologue russe.

Logique de puissance. L’Occident n’a pas encore intégré la perte du monopole de la puissance, estime Hubert Védrine. Le projet chinois des routes de la soie présente des similitudes avec les procédés du Portugal, de l’Espagne, de la France et de la Grande-Bretagne, pour établir des empires coloniaux et vis-à-vis de l’Empire ottoman au XIXème siècle : séduction ; promesses, sincères ou mensongères ; prêts avec l’engrenage de l’endettement ; opérations militaires, discrètes ou avouées. Pour les voisins de la Chine, les avantages à court, moyen et long termes, les opportunités commerciales, les inconvénients et les risques, plus ou moins graves, liés au projet varient selon les pays. En Afrique, la Chine a élaboré une politique très ambitieuse. La Russie, dont la population en Sibérie n’atteint pas 20 millions de personnes, s’en inquiète, mais se tourne vers la Chine en raison des tensions avec les pays occidentaux. L’Europe connaît un contraste entre l’idée de sa fondation sur des valeurs universelles et la réalité du monde, où les puissances anciennes et nouvelles, dont la Chine, se positionnent par rapport à elle. Dix-sept pays européens, dont la Grèce et ceux d’Europe de l’Est, demandent de l’argent chinois. De leur côté, les Etats-Unis considèrent la Chine comme leur adversaire principal, devant la Russie et l’Iran. L’affrontement, possible notamment sur la liberté de navigation dans les eaux internationales du détroit de Taïwan, dépendra, le moment venu, de l’intérêt de l’une ou l’autre partie de l’aggraver et de l’élargir. Quant à l’avenir du projet des routes de la soie, quelques pays deviendront des protectorats chinois, d’autres resteront à l’écart et certains résisteront, peut-être jusqu’à la contestation violente. Une option pour l’Europe, puissance, consisterait à obliger la Chine à le transformer en un vrai partenariat.

Loïc Salmon

Selon Christoph Ebell, le projet des routes de la soie prend aussi une dimension numérique avec les équipements informatiques, la valorisation des données et une cyberstratégie. Les fournisseurs chinois de services numériques proposent des applications pour les transactions financières. Ainsi en décembre 2018, Alibaba Cloud a signé un protocole d’accord avec le Koweït portant sur un centre d’échanges de données et d’informations entre tous les pays du monde. Les routes de la soie nécessitant des normes techniques communes, la Chine a construit des câbles de fibres optiques reliant Pékin aux Viêt Nam, Népal et Pakistan et a commencé à installer des réseaux 5 G. Parmi les cinq grands centres de calculs à haute performance entrant dans les applications de l’intelligence artificielle à grande échelle, les deux premiers se trouvent aux Etats-Unis et les trois suivants en Chine…qui dépend des Etats-Unis pour la fourniture des indispensables puces électroniques.

Chine : les « nouvelles routes de la soie », enjeux idéologiques et réalités stratégiques

Asie du Sud-Est : zone sous tension et appropriation territoriale de la mer

Asie-Pacifique : rivalités et négociations sur les enjeux stratégiques

 

 




L’océan Indien : enjeux stratégiques et militaires

Zone de transit des hydrocarbures du Moyen-Orient vers l’Europe et l’Extrême-Orient et du commerce entre ces deux entités, l’océan Indien est aussi traversé par les câbles sous-marins d’internet, indispensable à l’économie mondiale et aux opérations militaires.

Il a fait l’objet d’un colloque organisé, le 7 février 2019 à Paris, par le Centre d’études stratégiques de la marine et la Fondation pour la recherche stratégique (FRS). Y sont notamment intervenus : le contre-amiral Didier Piaton, commandant des forces françaises en océan Indien (Alindien) en 2016-2018 ; Vivien Fortat, économiste au « think tank » Asie 21 ; Gilles Boquerat, chercheur à la FRS ; Cédric Marteau, directeur de l’environnement des Terres australes et antarctiques françaises.

Une zone d’intérêts français. L’océan Indien couvre 22 Mkm2, soit sept fois la superficie de la Méditerranée, souligne l’amiral Piaton. La guerre au Yémen rappelle l’importance stratégique du détroit de Bab el-Mandeb pour les échanges maritimes mondiaux, mais aussi de ceux d’Ormuz, de Malacca, de la Sonde et de Lombok, des canaux de Suez et du Mozambique et du cap de Bonne-Espérance. La France déploie en permanence au moins un bâtiment de combat en océan Indien. Sa Marine est présente à : l’île de La Réunion avec 2 frégates de surveillance, 1 navire de ravitaillement polaire et 1 bâtiment multi-missions ; Djibouti, 2 chalands de transport de matériel et des forces spéciales ; Abou Dabi, siège de l’état-major d’Alindien, avec autorité sur 1 escadron de chasse aérienne, 1 régiment et 1 base navale pour les sous-marins. Une quinzaine de pays assurent une coopération opérationnelle pour sécuriser les voies maritimes stratégiques, dissuader toute attaque d’un Etat, en l’occurrence l’Iran, et pouvoir évacuer des ressortissants vers Djibouti. De son côté, l’Iran déploie en permanence un bâtiment en mer Rouge. La lutte contre la piraterie depuis 2008, consécutive à la faillite des Etats somalien et yéménite, a entraîné une présence navale de la Chine, de la Russie, des Etats-Unis, de l’Allemagne, du Japon, de l’Espagne, de l’Italie et de l’Union européenne. Le quartier général de l’opération européenne « Atalante », mise en œuvre à partir de Djibouti pour lutter contre la piraterie en océan Indien, sera transféré de Grande-Bretagne en Espagne. La lutte contre le trafic de drogue, notamment le cannabis et l’héroïne venant d’Afghanistan et destinés à l’Amérique du Nord, implique une coopération avec les Etats-Unis. Ceux-ci dirigent la force maritime multinationale combinée à partir de Bahreïn. Ils participent à la surveillance de l’océan Indien via deux commandements : l’un de l’Europe au Pakistan, l’autre de l’Inde à l’océan Pacifique. Mines, explosifs télécommandés et missiles antinavires artisanaux font l’objet de trafics entre Oman, Somalie, Inde, Pakistan, Iran et Afghanistan. L’Australie déploie un navire de combat en océan Indien, en raison de ses intérêts en Afghanistan et en Irak. L’Inde coopère avec la France pour le renseignement naval. Selon l’amiral Piaton, la Chine lance une frégate/mois et un sous-marin/an et a construit un tonnage équivalent à celui de la Marine française en…4 ans ! Sa base navale à Djibouti va accueillir 4.000 militaires et des sous-marins.

Les routes maritimes de la soie. En 2013, la Chine annonce son projet de « Nouvelles Routes de la Soie » vers l’Europe, pour diversifier ses liquidités financières en dépendant moins des bons du Trésor américain et utiliser ses surplus industriels, explique Vivien Fortat. Ce projet répond aussi à des objectifs stratégiques : sécuriser ses voies d’approvisionnement en énergie et matières premières ; réagir à la politique des Etats-Unis d’endiguement de son influence à l’étranger ; volonté de retrouver son rang de grande puissance sur les plans économique, diplomatique et militaire. La stratégie chinoise du « collier de perles » passe par la construction d’infrastructures portuaires en Birmanie, au Pakistan, aux Maldives, au Sri Lanka, au Bangladesh, à Djibouti, au Mozambique et au Kenya. Elle inclut des accords de financement, de construction et d’exploitation dans les télécommunications, l’énergie et les transports. Dans les zones économiques spéciales chinoises, les entreprises désireuses de s’implanter dans certains pays du Golfe et en Afrique bénéficient d’exemptions fiscales. Le projet des « Nouvelles Routes de la Soie » présente des spécificités chinoises : le commerce plutôt que la force ; aucune concertation avec les pays concernés avant l’annonce ; aucun objectif ni itinéraire précis pour pouvoir s’adapter en cours de route ; financements souples, à défaut d’être performants ; porosité public/privé ; infrastructures maritimes duales, civiles et militaires. Cette influence permet à la Chine de bloquer certaines dispositions des organisations internationales à son encontre. Mais les dépendances financières et techniques ainsi créées induisent des risques en matière de sécurité, d’islamisme radical et de rejets par les opinions publiques.

L’Inde et son océan. Outre 7.517 km de côtes et une zone économique exclusive de plus de 2 Mkm2, l’Inde dispose d’une diaspora de 6-7 millions de ressortissants en Asie du Sud-Est, Australie et Nouvelle-Zélande, indique Gilles Boquerat. Entre 1964 et 1985, elle a construit 2 bases navales et 3 bases aéronavales sur les îles Andaman et Nicobar dans le golfe du Bengale. Selon la doctrine maritime de 2015, sa Marine doit : assurer la défense côtière face au risque terroriste ; affirmer une présence du canal de Mozambique au détroit de Malacca par le déploiement de bâtiments et l’installation de stations d’écoute dans les Etats insulaires, pour lutter contre la piraterie et les trafics d’armes et de drogue ; sécuriser les voies maritimes stratégiques ; développer des partenariats régionaux. Son plan d’armement naval de 2017-2027 prévoit de passer de 138 bâtiments de surface et sous-marins à 212 et de 235 aéronefs à 458. Les chantiers navals, en cours de modernisation, construisent : 2 porte-avions pour compléter celui en service ; un 3ème sous-marin nucléaire lanceur d’engins ; 6 sous-marins d’attaque à propulsion diesel-électrique Scorpène, sous licence française ; des corvettes, frégates furtives et destroyers.

Loïc Salmon

Selon Cédric Marteau, les terres australes et antarctiques françaises (TAAF) s’étendent sur 670.000 km2 au sein d’une zone économique exclusive de 2,3 Mkm2. Administrées par un préfet à Saint-Pierre de La Réunion, elles se répartissent entre les Iles Eparses (5 îlots coralliens), les Iles Australes (Crozet, Kerguelen, Saint-Paul et Amsterdam) et le district de la Terre Adélie. La pêche (légine australe autour de Crozet et Kerguelen et langouste au large de Saint-Paul et Amsterdam) est autorisée pour seulement 8 navires qui embarquent des contrôleurs du Muséum national d’histoire naturelle de Paris. Cette activité génère 400 emplois directs et environ 1.000 indirects. La surveillance des TAAF est assurée par les Douanes et la Marine. Celle-ci met en œuvre des « albatros patrouilleurs », capables de parcourir 8.000 km/jour. Equipés d’une antenne de réception GPS et d’un radar sans système automatique d’identification, 140 albatros couvrent une zone de 25 Mkm2 autour des Iles Australes, de manière aléatoire, et y détectent tous les navires militaires.

Marine : GAN et « Mission Jeanne d’Arc » en océan Indien

Océan Indien : CTF 150, synergie franco-britannique

303 – Dossier : « La piraterie… contenue, mais pas éradiquée »




Marine : GAN et « Mission Jeanne d’Arc » en océan Indien

Le groupe aéronaval (GAN) et l’Ecole d’application des officiers de marine (« Mission Jeanne d’Arc ») se déploient en océan Indien entre avril et juin 2019.

Leurs périples respectifs ont été présentés le 21 février 2019 à Paris.

« Mission Clemenceau ». Avant son départ, le GAN a validé sa capacité à conduire des opérations lors de l’exercice « Fanal » en Méditerranée occidentale, pendant deux semaines de février. Le porte-avions Charles-de-Gaulle, escorté de frégates française, espagnole et italienne et d’un destroyer américain, a couvert l’ensemble du combat naval : projection de puissance ; maîtrise des espaces aéromaritimes ; luttes anti-sous-marine, anti-aérienne et antinavires. Son groupe aérien se compose de 20 Rafale et 2 avions de guet aérien Hawkeye, de 2 hélicoptères Dauphin et d’un hélicoptère Caïman Marine. Il a procédé à 250 catapultages et appontages et divers entraînements, du pistage d’un sous-marin au sauvetage d’un pilote éjecté dans une zone de combat. Parti de Toulon début mars, le GAN entame sa « Mission Clemenceau » au Levant et en océan Indien jusqu’en juillet : pré-positionnement stratégique en Méditerranée orientale (mars-avril) ; franchissement du canal de Suez et du détroit de Bab-el-Mandeb pour un pré-positionnement similaire dans les zones Ouest et Est de l’océan Indien (avril, mai et juin). Ce déploiement s’adapte en fonction de situation des missions et des opérations. La « Mission Clemenceau » vise à : renforcer l’appréciation de situation ; développer l’interopérabilité et la coopération militaire ; renforcer des partenariats stratégiques ; réaffirmer la présence de la France dans ses zones d’intérêt ; intervenir en cas de menace sur la sécurité régionale. Le GAN doit se rendre à Singapour, mais pas en mer de Chine. Il pourrait participer à l’opération « Chammal » au Levant, dès l’arrivée de son groupe aérien sur zone. Des exercices bilatéraux sont prévus : dans le golfe du Bengale avec la Marine indienne (mai) puis avec les Marines japonaise, américaine et australienne (juin) ; en mer Rouge avec la Marine égyptienne (juillet). Outre le Charles-de-Gaulle, le GAN compte : 4 frégates, multi-missions Provence et Languedoc, anti-sous-marine Latouche-Tréville et de défense aérienne Forbin avec leurs 5 hélicoptères embarqués ; le bâtiment de commandement et de ravitaillement Marne ; un sous-marin nucléaire d’attaque. Un avion de patrouille maritime ATL2, des frégates danoise, britannique et portugaise et des bâtiments américain et australien apportent leur concours.

« Mission Jeanne d’Arc ». L’Ecole d’application des officiers de marine se compose du porte-hélicoptères amphibie Tonnerre et de la frégate furtive La-Fayette. Elle embarque 130 officiers en formation (15 étrangers) et reçoit les concours de : l’armée de Terre jusqu’à Djibouti, avec 2 hélicoptères Gazelle, 150 passagers et leurs véhicules ; 2 hélicoptères Cougar espagnols ; 1 appareil de transport hybride V22 Osprey du Corps américain des marines (USMC). Entre février et juillet, la « Mission Jeanne d’Arc » effectue d’abord une préparation opérationnelle interarmées et interalliés en Méditerranée orientale, pour la protection des approches maritimes. Des exercices amphibies sont prévus : avec les forces égyptiennes en mars, puis djiboutiennes (mars) en mer Rouge ; au Brésil (mai), puis aux Etats-Unis (juin) dans l’océan Atlantique. La gestion de crise humanitaire sera traitée en avril à Mayotte (océan Indien), puis en juin aux Antilles (océan Atlantique) avec la Marine néerlandaise. L’exercice final se déroule près de Toulon (juillet).

Loïc Salmon

Marine nationale : mission « Arromanches 3 » du GAN en Méditerranée orientale

L’océan Indien : espace sous tension

Marine nationale : « Jeanne d’Arc 2018 », missions opérationnelles et de formation




Marine nationale : « Jeanne d’Arc 2018 », missions opérationnelles et de formation

Outre son volet « entraînement », le voyage annuel du Groupe école d’application des officiers de marine (GEAOM), dit « Mission Jeanne d’Arc », constitue un outil de connaissance et d’anticipation et un ensemble de moyens visibles pour intervenir loin.

Le GEAOM est déployé du 26 février au 20 juillet 2018 dans le Sud de la Méditerranée, la mer Rouge et les océans Indien et Pacifique. Il compte le bâtiment de projection et de commandement (BPC) Dixmude, la frégate Surcouf et 5 hélicoptères (1 Alouette III Marine, 2 Gazelle de l’armée de Terre et 2 Wildcat de la Marine britannique). Son commandant, le capitaine de vaisseau Jean Porcher, s’est entretenu avec la presse, le 7 juin à Paris, en visioconférence à bord du BPC.

Les opérations. Le déploiement dans des zones d’intérêt stratégique pour la France permet un soutien naval à sa diplomatie, une interopérabilité militaire et une coopération internationale pour conduire une action militaire de haute intensité ou une opération de gestion de crise humanitaire. La préparation opérationnelle a inclus un exercice amphibie en Corse en février, puis des entraînements avec les forces maritimes libanaise, israélienne et égyptienne. En mars, l’exercice amphibie majeur « Wakri 18 » a mobilisé 300 militaires du 3ème Régiment d’infanterie de marine et du 5ème Régiment interarmes d’outre-mer, les moyens interarmées des forces françaises stationnées à Djibouti et 45 « marines » américains. En mai, le GEAOM a participé à l’exercice de soutien humanitaire « Komodo 2018 », qui a nécessité 35 navires et 27 aéronefs de 42 autres pays au large de l’île indonésienne de Lombok. En outre, il s’est entraîné avec les Marines de l’Inde, de Malaisie, de l’Indonésie, de Singapour, du Viêt Nam et de l’Australie, partenaires stratégiques de la France. En effet, environ 1,5 million de ressortissants des départements et territoires d’outre-mer et 200.000 expatriés résident dans la zone Indo-Pacifique. Les escales, équilibrées avec les différents pays de la zone, sont préparées en amont par la Direction des relations internationales et de la stratégie. En tant que membre permanent du conseil de sécurité de l’ONU, la France contribue au respect de la liberté de navigation en mer de Chine méridionale. La « Mission Jeanne d’Arc » s’y est rendue en mai, avec des observateurs européens (militaires, réservistes et universitaires) pour montrer ce qui s’y passe et comment elle agit. Elle a patrouillé autour des atolls et îlots artificiels, où la Chine construit des ports et des aéroports, et y a recueilli des renseignements par radar, photos, caméras, drones et hélicoptères. Les échanges, courtois, avec les navires chinois, se sont faits selon le code de communication « Q », commun à 11 pays asiatiques, pour éviter toute incompréhension fâcheuse.

La formation « in situ ». Le GEAOM embarque 131 officiers-élèves, 35 cadres, 60 stagiaires (administrateurs des Affaires maritimes, médecins, sous-lieutenants de Saint-Cyr Coëtquidan, ingénieurs de l’armement et élèves de l’EDHEC), 25 marins de la flottille amphibie, 21 fusiliers marins, 7 membres du détachement drone, 9 commissaires « Marine », 10 officiers étrangers et 36 marins britanniques (pilotes d’hélicoptères, techniciens et soutien). Les missions de ces derniers portent sur le renforcement de la capacité « porte-hélicoptères d’assaut » du BPC et le partage de savoir-faire amphibie, pour intensifier l’intégration des forces armées franco-britanniques.

Loïc Salmon

L’océan Indien : espace sous tension

Asie-Pacifique : rivalités et négociations sur les enjeux stratégiques

Asie du Sud-Est : zone sous tension et appropriation territoriale de la mer




Marine et armée de Terre : « Bois Belleau 100 », exercices majeurs en interalliés

Pour la première fois, des exercices franco-américains ont eu lieu dans la zone de crise Méditerranée orientale, mer Rouge et golfe Arabo-Persique, dans le cadre du déploiement opérationnel interarmées « Bois Belleau 100 » du 21 novembre 2017 au 4 mars 2018.

Leurs déroulement et bilan ont été présentés à la presse, le 15 mars 2018 à Paris, par le capitaine de vaisseau Nicolas Vaujour, commandant du groupe amphibie « Bois Belleau 100 », et le « brigadier general » (général de brigade) américain Francis Donovan, commandant la Task force amphibie 51/5 du corps des « Marines ».

Procédures coordonnées. Pour la première fois, « Bois Belleau 100 » a été dirigé par un état-major binational, chargé de planifier des opérations interarmées, cyber et de renseignement. Il a mis en œuvre les moyens nécessaires : près de 700 militaires français et américains ; le bâtiment de projection et de commandement (BPC) Tonnerre ; la frégate de défense aérienne Chevalier-Paul ; 1 hélicoptère Caïman Marine de la flottille 31 F, 1 Dauphin de la 35 F et 1 Panther de la 36 F ; 2 Caïman Terre et 2 Gazelle du 1er Régiment d’hélicoptères de combat ; 1 équipe médicale américaine ; 1 groupe tactique de « Marines » ; 1 détachement de la flottille amphibie ; 1 frégate américaine (périodiquement) ; 1 avion de patrouille maritime Atlantique 2 ; 1 section de la 9ème Brigade d’infanterie de marine ; le 5ème Régiment de cuirassiers, stationné à Abu Dhabi. La montée en puissance de « Bois Belleau 100 » a porté sur les manœuvres amphibies : évacuation de ressortissants ; projection, commandement et soutien d’une force à terre ; récupération tactique de personnes en zone de crise ; commandement d’opérations combinées ; raids aéroporté et maritime ; soutien médical d’une opération à terre. L’hôpital du Tonnerre a été placé sous commandement américain pendant toute la mission. Un premier grand exercice s’est déroulé dans le golfe d’Aqaba avec une frégate et un BPC égyptien. Un 2ème dénommé « Alligator Dagger » a mobilisé deux bâtiments américains au large de Djibouti. Le commandement du groupe amphibie franco-américain, assuré par la Marine française, est passé sous contrôle opérationnel américain en océan Indien. Le 3ème exercice, « Alligator Thunder », s’est déroulé à proximité du Koweït. Le croiseur américain Monterey a escorté le BPC Tonnerre. La frégate Chevalier-Paul a participé à la protection du porte-avions américain Théodore-Roosevelt.

Interopérabilité renforcée. Le groupe amphibie possède des capacités d’action en mer, pour la sécurisation des espaces et des voies maritimes, et des capacités de réponse aux crises de la mer vers la terre et à terre. Il renforce les moyens militaires français permanents dans la région, dont les forces prépositionnées à Djibouti et aux Emirats arabes unis. « Bois Belleau 100 » a permis d’élargir la capacité d’action amphibie commune à un niveau encore jamais atteint, face aux menaces transrégionales nécessitant des solutions multinationales et multi-domaines, a déclaré le brigadier general Donovan. Selon le capitaine de vaisseau Vaujour, « Bois Belleau 100 » a participé à l’évaluation de la situation dans le golfe d’Aden lors de son intégration aux forces opérationnelles combinées TF 151 et « Atalante » de lutte contre la piraterie et TF 150 contre le terrorisme. Enfin, la collecte et le partage d’informations entre le Tonnerre, le Chevalier-Paul et les armées de l’Air des pays riverains, contribuent à la liberté d’appréciation stratégique de la France.

Loïc Salmon

Marine nationale : mission « Arromanches 3 » du GAN en Méditerranée orientale

Océan Indien : CTF 150, synergie franco-britannique

Marines : outils de sécurité, du Moyen-Orient à l’océan Indien




Forces spéciales : réactivité maximale partout dans le monde avec les ERC

Les « embarcations rapides commandos » (ERC), prépositionnées ou déployées, permettent aux commandos marine d’effectuer opérations spéciales, interventions aéromaritimes de la mer vers la terre et actions de l’Etat en mer.

Elles ont fait l’objet d’une présentation à la presse, le 15 février 2018 à Paris, par un capitaine de frégate de la Force maritime des fusiliers marins et commandos (Forfusco).

Systèmes d’armes modulables. La Forfusco dispose de deux types d’ERC : l’Etraco (Embarcation de transport rapide pour commandos) et l’Ecume (Embarcation commando à usages multiples et embarquable). Toutes deux, capables d’embarquer jusqu’à 12 commandos équipés, sont employables depuis la terre par transport routier sur remorque. Pour les missions lointaines, elles sont déployables par mer sur les frégates multimissions (6.000 t), bâtiments de projection et de commandement ou bâtiments de soutien. En cas d’urgence, elles sont largables d’avions de transport tactique C-130 Hercules ou A400M Atlas. Longue de 8 m, l’Etraco déplace 2,4 t, emporte une mitrailleuse de 7,62 mm et navigue à plus de 50 nœuds (93 km/h). L’Ecume, qui a profité du retour d’expérience de l’Etraco, est modulable selon les missions, endurante et particulièrement manœuvrable même par gros temps. Elle présente une longueur de 9,3 m, un déplacement de 7 t, une vitesse supérieure à 40 nœuds (75 km/h), une capacité d’emport de 3 t et une autonomie en charge de 200 nautiques (370 km). La future frégate de taille intermédiaire (4.250 t) pourra en embarquer un ou deux.

Large spectre de missions. L’action de l’Etat en mer s’exerce sur l’ensemble des zones économiques exclusives de la France. Cela va de la lutte contre les narcotrafics jusqu’à 60 nautiques (111 km) au large des Antilles à celle contre la pêche illicite dans les zones maritimes de Nouvelle-Calédonie et de Polynésie française. S’y ajoutent la lutte contre la piraterie dans le golfe de Guinée, le détroit de Malacca et au large de la Somalie et celle contre le crime organisé sur la côte libyenne. Celle contre le terrorisme s’étend de la Méditerranée orientale à la mer Rouge. Les ERC rendent possibles des opérations spéciales contre la terre, comme pénétrer de façon discrète dans un espace hostile, notamment pour recueillir du renseignement. Pour s’y préparer physiquement et mentalement et se maintenir à niveau, les commandos effectuent des raids nautiques de 1.200 km en 4 jours entre Lorient et Saint-Malo. Cet entraînement leur permettra de faire des raids de 100 nautiques (1.852 km), à partir d’un bâtiment porteur ou par aérolargage pour, par exemple, rattraper un navire détourné par des pirates. La capacité à conduire des assauts de vive force contre des adversaires en mer, explique le capitaine de frégate, nécessite de parcourir de longues distances, longtemps, et avec une importante réserve de puissance au moment de les intercepter et d’agir contre eux, sans leur laisser la possibilité de fuir. Une autre action contre la terre consiste à forcer le déni d’accès à une côte, lequel peut s’étendre jusqu’à 50 nautiques (90 km) en mer et sur des longueurs de plus en plus longues. Cela implique la participation des partenaires aériens et navals de la Forfusco, pour le transport jusqu’à la limite de la zone, et la mise à l’eau de senseurs, pour que les commandos puissent passer inaperçus. L’équipe ERC/hélicoptère Caïman permet de les récupérer. L’action à partir de sous-marins relève des nageurs de combat.

Loïc Salmon

Forces spéciales : création du commando Ponchardier de la Marine nationale

Forces spéciales Air : allonge, rapidité et puissance de feu




Marine Nationale : 40 bâtiments en permanence à la mer

Les missions opérationnelles et de présence de la Marine nécessitent de combler le manque de patrouilleurs de haute mer, de pétroliers-ravitailleurs et d’hélicoptères légers, d’accroître la flotte et de fidéliser un personnel d’experts.

Son chef d’état-major, l’amiral Christophe Prazuck, l’a expliqué, le 4 décembre 2017 à Paris, au cours d’une rencontre avec l’Association des journalistes de défense.

Engagement intense. La Force océanique stratégique déploie au moins un sous-marin nucléaire lanceur d’engins (SNLE) depuis 1972. En Méditerranée, une frégate participe à l’opération européenne « Sophia » de lutte contre les trafics de migrants. Au large de la Syrie, l’opération « Chammal » mobilise une frégate pour la surveillance et un sous-marin nucléaire d’attaque (SNA) pour le recueil de renseignements. En raison de l’augmentation du nombre de sous-marins dans le monde, notamment en Atlantique depuis trois ans, les SNA (5 en patrouille sur 6) ont effectué en tout environ 1.000 jours de mer en 2017, soit le taux d’activité le plus élevé depuis le début de l’action sous-marine. La Marine russe est de retour. La Chine développe sa puissance océanique avec la construction de 80 navires de combat en quatre ans et d’une base navale à Djibouti. Elle affirme sa présence en Méditerranée et surtout en océan Indien dans la lutte contre la piraterie. Dans le cadre de la « Task Force 150 » de la lutte contre le terrorisme en océan Indien et d’autres missions, la frégate française Jean-Bart est restée 187 jours en mer en 2017. Une frégate assure la sécurité navale dans le golfe de Guinée (opération « Corymbe ») et d’autres navires de passage participent à l’entraînement « Nemo » des Marines riveraines pour l’intervention en mer. La pêche industrielle fait en effet courir un risque alimentaire à cette région. Au large de la Guyane, la pêche illégale, pratiquée par des bateaux brésiliens et du Surinam, atteint un niveau élevé de violence. La présence de bateaux de pêche vietnamiens près de la Nouvelle -Calédonie nécessite une coopération internationale. Fin novembre, le bâtiment de projection et de commandement Tonnerre et la frégate Chevalier-Paul sont partis soutenir les forces françaises engagées en Méditerranée et en océan Indien et s’entraîner avec la Marine américaine (exercice « Bois Belleau 100 ») au large du golfe Arabo-Persique.

Compétences à fidéliser. L’âge moyen d’un équipage, tous navires confondus, est de 30 ans, contre 35 ans pour les autres armées. Cette jeunesse s’explique par le service en 3×8 à bord, l’éloignement de longue durée et la préparation permanente au combat. La réduction des équipages sur les nouveaux navires implique polyvalence et responsabilités personnelles accrues. Recrutés à 20 ans, les personnels non officiers acquièrent une expertise technique pendant 15 ans et quittent la Marine à 40 ans. Pour éviter qu’ils ne partent trop tôt (vers 30-35 ans) dans le monde civil qui les convoite, le commandement doit prendre en compte leur rémunération mais aussi la conciliation de leur métier avec leur vie privée : logement, emploi du conjoint et garde d’enfants. La féminisation atteint 14,7 % (9 % à la mer) avec 64 bâtiments adaptés et 36 femmes ayant déjà commandé à la mer. Mais les femmes partent vers 32 ans pour fonder une famille. Un SNLE doit bientôt partir en patrouille avec 4 officiers féminins disposant d’une chambre individuelle : 1 médecin, 1 chef de quart, 1 expert nucléaire et 1 spécialiste en mécanique, électricité et sécurité plongée.

Loïc Salmon

Afrique : coopération française en matière de sécurité maritime

Marine nationale : motiver, fidéliser et accompagner

Défense : le « plan famille » de fidélisation des militaires




Océan Indien : CTF 150, synergie franco-britannique

La Force opérationnelle internationale 150 (CTF 150), déployée en océan Indien pour des missions de sécurité maritime et de coopération régionale, a été placée sous commandement français pour un 10ème mandat (13 avril-17 août 2017). Son chef, le contre-amiral Olivier Lebas, a présenté le bilan de son action à la presse, le 31 août à Paris.

Coordination. Créée à la suite des attentats terroristes du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, la CTF 150 (11 pavillons) est déployée entre la mer Rouge, le golfe Arabo-Persique et au-delà des Seychelles. Cette zone, encadrée par le canal de Suez et les détroits de Bab-el-Mandeb et d’Ormuz, couvre 36 % de l’économie mondiale, 64 % des flux commerciaux, 55 % des réserves de pétrole et 30 % de celles de gaz. Elle est menacée par la guerre civile au Yémen, l’instabilité en Somalie et les mouvements terroristes (Al-Qaïda dans la péninsule arabique, groupe islamiste somalien Al-Shabbab et Daech). La CTF 150 est complétée par la CTF 151 pour la lutte contre la piraterie et la CTF 152 pour les patrouilles dans le golfe Arabo-Persique. Naviguant à 400 milles (741 km) au large du Kenya et du Mozambique, elle ne participe pas à la lutte contre l’immigration clandestine. Pour la première fois, elle est dirigée depuis Bahreïn, siège du commandement américain de la coalition anti-terroriste qui regroupe une trentaine de pays. L’état-major de la CTF 150, composé de 24 officiers et officiers-mariniers, a inclus des officiers belge, italien et australien et un tiers de Britanniques. Cette proportion sera inversée lorsque la Grande-Bretagne commandera la CTF 150. Le 18 août, le Pakistan a pris la relève de la France.

Missions. La CTF 150 a mené une première opération dénommée « Southern Surge » de lutte contre le narcotrafic de mi-avril à mi-juin dans le Sud de l’océan Indien. Elle y a déployé 4 frégates (les Surcouf et Nivôse françaises, 1 britannique et 1 australienne) et 3 avions de patrouille maritime (1 Falcon 50 M de la flottille 24 F détaché à Mayotte, 1 danois et 1 néo-zélandais). L’opération « Southern Surge » s’est soldée par : 25 enquêtes de pavillon ; 8 saisies de drogues estimées à 457 M€ (1.271 kg d’héroïne, 455 kg de haschich et 11,3 kg de cocaïne) ; 35 sorties aériennes (210 heures de vol). Selon l’ONU, les stupéfiants contribuent à hauteur de 50 % du financement des talibans. Originaires à 90 % d’Afghanistan, les narcotrafics suivent une route terrestre par le Pakistan, puis maritime par le canal du Mozambique vers l’Afrique de l’Est et du Sud. La lutte commence par la détection d’un navire suspect par un aéronef, suivie du décollage sur alerte de l’hélicoptère d’une frégate, de la projection d’une équipe de visite du navire, fouillé méticuleusement, et de la destruction de la drogue, saisie et identifiée. L’action de la CTF 150 oblige les trafiquants à prendre davantage de risques par des trajets plus longs, qui diminuent leurs marges bénéficiaires. A partir de mi-juin, la mousson a réduit les narcotrafics. La CTF 150 a alors concentré ses efforts sur l’opération « Khamsin » de renforcement de la présence militaire dans le détroit de Bab-el-Mandeb avec une forte contribution américaine. Pendant 78 jours, 12 bâtiments de combat y ont effectué 37 transits pour établir des cartographies des habitudes de la zone (renseignement) et lutter contre le trafic d’armes dans le golfe d’Aden. Enfin, pour améliorer la coopération régionale, l’amiral Lebas a rencontré des autorités militaires du Sri Lanka, des Emirats arabes unis, d’Arabie saoudite, du Kenya, de Tanzanie, des Seychelles de Madagascar et d’Afrique du Sud.

Loïc Salmon

Marines : outils de sécurité, du Moyen-Orient à l’océan Indien

L’océan Indien : espace sous tension

Marine nationale : opération « Arromanches » en Méditerranée et océan Indien

 




Marines : outils de sécurité, du Moyen-Orient à l’océan Indien

Immense zone de liberté et d’échanges de biens et de valeurs (câbles sous-marins de télécommunications), la mer devient aussi un espace d’insécurité et d’expression de la puissance des Etats, qui affirment leur présence navale, notamment en océan Indien.

Ce thème a été traité par le vice-amiral Antoine Beaussant au cours d’une conférence-débat organisée, le 22 février 2017 à Paris, par le Centre d’études stratégiques de la marine. De 2013 à 2016, l’amiral a exercé les fonctions d’« Alindien », commandant la zone maritime et les forces maritimes de l’océan Indien ainsi que les forces françaises aux Emirats arabes unis. Son successeur, le contre-amiral Didier Platon (photo), a présenté la zone maritime de l’océan Indien (ZMOI) le 2 mars à l’occasion d’un point de presse du ministère de la Défense à Paris.

Menaces protéiformes. Les principales  Marines du monde se manifestent en océan Indien, en raison de ses enjeux commerciaux et de son insécurité chronique, souligne l’amiral Beaussant. La piraterie a été jugulée depuis 2013, grâce à l’action maritime internationale sur plusieurs années. Par ailleurs, la guerre ne peut résoudre tous les problèmes des pays du Moyen-Orient, qui dépendent de la seule ressource pétrolière et dont les gouvernements défaillants sont minés par la corruption. Il en résulte une situation politico-économique instable, sur laquelle se sont greffés le terrorisme et les migrations de masse. Des groupes extrémistes violents ont attaqué des bâtiments militaires d’Arabie saoudite et des Emirats arabes unis ainsi que des navires civils sous divers pavillons dans le Sud de la mer Rouge et le détroit de Bab el-Mandeb. Les trafics d’armes, d’êtres humains, de  stupéfiants, d’alcool et de cigarettes prospèrent. La drogue, dont l’Afghanistan reste la plaque tournante, transite par mer vers l’Afrique, l’Europe et les Etats-Unis. Les réfugiés du Pakistan et d’Irak se dirigent, par mer, vers l’Arabie Saoudite et l’Afrique de l’Est. Suivront ceux du Yémen, en pleine guerre civile depuis 2004. Le retour à la sécurité nécessite le contrôle maritime des flux illicites, renforcé par l’action des pays riverains.

Rivalités de puissances. Les acteurs présents sur zone agissent ensemble, mais  avec des objectifs opposés, explique l’amiral Beaussant. Les Etats-Unis déploient 35.000 hommes (50 % de marins) dans le golfe Arabo-Persique et 1 seul groupe aéronaval de façon non permanente. Devenus le 1er pays producteur mondial d’hydrocarbures en 2014, ils concentrent leurs intérêts économiques sur l’Asie. La Russie prolonge son accès aux mers chaudes, de la mer Noire, son pivot stratégique, jusqu’à la Méditerranée. Elle pratique une politique du fait accompli (Crimée et Syrie), en réaction aux humiliations occidentales des années 1990. La Turquie s’affaiblit à l’intérieur, avec les purges au sein de l’armée à la suite du putsch de 2016, et à l’extérieur après l’échec de sa politique d’apaisement avec ses voisins, notamment l’Union européenne au sujet de l’Etat islamique (Daech) et des flux de migrants. La velléité hégémonique de l’Iran se heurte à la capacité limitée de l’Arabie Saoudite de calmer les tensions. L’Iran coopère avec les Etats-Unis sur le plan économique, mais préfère un accord de défense avec la Russie. Son influence s’étend de la Syrie, au Hezbollah libanais, au Nord-Yémen, à Bahreïn et même à l’Arabie Saoudite, dont la population de la zone pétrolière est à majorité chiite. Quoique 3ème pays du monde pour les dépenses militaires, l’Arabie Saoudite dispose de forces armées dépourvues de sous-officiers, cause de son enlisement au Yémen depuis le désengagement des Etats-Unis. L’Inde développe sa Marine pour s’imposer en océan Indien. La Chine y déploie plusieurs navires de surface et même un sous-marin. Elle a déjà conclu un partenariat stratégique avec le Pakistan, inquiet des accords similaires de pays occidentaux avec l’Inde.

La ZMOI française. Le quart du carburant consommé en France transite par le détroit d’Ormuz et 40 % du commerce mondial par celui de Bab el-Mandeb, que les pays riverains n’ont aucun intérêt à fermer en cas de crise, souligne l’amiral Platon. Au-delà du détroit de Malacca, la Chine poursuit sa politique de points d’appui dans la région : construction d’une base navale à Djibouti ; développement du port pakistanais de Gwadar ; investissements au Sri Lanka. De son côté, Alindien doit maintenir le contrôle opérationnel des voies d’approvisionnements stratégiques de la France, qui a conclu des accords de défense avec le Koweït, le Qatar et les Emirats arabes unis (EAU). La ZMOI permet de conduire des opérations au Moyen-Orient et dans les zones maritimes adjacentes, notamment « Chammal » pour l’appui des forces irakiennes dans la lutte de la coalition internationale contre Daech. Une frégate patrouille en permanence dans le Sud de la mer Rouge et un avion radar ATL2 y remplit régulièrement des missions aéromaritimes. Les forces françaises aux Emirats arabes unis, de la Côte d’Ivoire et de Djibouti constituent les bases opérationnelles avancées de la France dans le monde. Celle d’Abou Dhabi accueille, depuis 2016, le 5ème Régiment de cuirassiers. Elle assure aussi le soutien des unités navales françaises et alliées dans la région et permet l’engagement de Rafale et l’accueil d’avions gros porteurs. Outre les quelque 700 personnels des trois armées, directions et services, la base abrite : 1 escadron de chasse de 6 Rafale ; 1 escadron blindé de 13 chars Leclerc, 14 véhicules blindés légers et 4 véhicules blindés de combat et d’infanterie ; 1 détachement d’artillerie de 4 canons Caesar. Outre les coopérations bilatérales opérationnelles, la base d’Abou Dhabi a aussi pour mission d’aguerrir et d’entraîner les forces françaises et alliées aux actions de combat en zones désertique et urbaine de type moyen-oriental. A titre indicatif, chaque année, 140 avions lourds et 40 navires de soutien logistique, pour la coalition internationale engagée au Levant, y font escale. Tous les 2 ans, 2 chasseurs de mines contribuent à la surveillance des fonds de 50-60 m du golfe Arabo-Persique pour suivre la situation sous-marine. L’amiral précise que tous les navires français prennent des mesures contre les attaques aysmétriques, notamment le bâtiment de projection et de commandement Mistral qui doit venir dans l’océan Indien pour la mission « Jeanne d’Arc » (école d’application des élèves officiers de Marine). Enfin, par ses rencontres avec les autorités militaires locales, Alindien entretient la connaissance des cultures et des rapports de forces dans la région.

Loïc Salmon

L’océan Indien : espace sous tension

Proche-Orient : retour en force de la Russie dans la région

Marine nationale : le porte-avions et la mer dans les relations internationales

Les armées françaises déploient en permanence, hors théâtres d’opérations extérieurs, 11.000 militaires hors de la métropole. Les forces de souveraineté se répartissent en : Polynésie française, 900 personnels ; Nouvelle-Calédonie, 1.450 ; Antilles, 1.000 ; Guyane, 2.100 ; La Réunion, 1.600. Dans le cadre des accords de défense, des forces de présence sont stationnées au Sénégal (350 personnels), en Côte d’Ivoire (950), au Gabon (350), à Djibouti (1.450) et aux Emirats arabes unis (650). L’océan Indien (22 Mkm2)      est accessible par le canal de Suez et les détroits de Bab el-Mandeb, d’Ormuz et de Malacca. La France y dispose d’une zone économique exclusive de 2,8 Mkm2.




Marine nationale : emploi de l’ensemble des moyens

La France dispose des capacités de déni d’accès jusqu’à 500 km au large de ses côtes, estime l’amiral Christophe Prazuck, chef d’état-major de la Marine.

Il a en présenté la situation et les perspectives, au cours d’une rencontre avec l’Association des journalistes de défense le 5 décembre 2016 à Paris.

Une présence mondiale. Les bâtiments français sont déployés sur cinq théâtres d’opérations : en océan Indien jusqu’au golfe Arabo-Persique ; en Méditerranée orientale au large de la Syrie, où s’est rendu le groupe aéronaval juste après les attentats de novembre 2015 à Paris ; en Méditerranée centrale pour l’opération européenne « Sophia »  de lutte contre le trafic de migrants ; en Atlantique Nord, où l’activité sous-marine s’intensifie ; dans le golfe de Guinée, où l’opération de surveillance « Corymbe », effective depuis 1990, est renforcée par l’opération « Nemo » de formation des Marines des pays riverains à la lutte contre la piraterie et les trafics illicites. Une intervention en mer de Chine méridionale ou dans le détroit de Bab el-Mandeb n’est pas pour autant exclue. La surveillance des zones maritimes exclusives est soutenue, notamment  au large de la Tanzanie et du Mozambique où la présence de navires de recherches pétrolières et de gaz a été détectée. S’y ajoutent la dissuasion nucléaire et, pour la lutte contre le terrorisme, la posture permanente de sauvegarde maritime et la coordination du recueil de l’information maritime. Par ailleurs, le missile de croisière naval prend une dimension stratégique qui va changer l’emploi des bâtiments qui en seront doté, indique l’amiral. La commande de 150 exemplaires se répartit entre 100 pour les futurs sous-marins nucléaires d’attaque Barracuda et 50 pour les frégates multi-missions (FREMM). La Russie réaffirme sa puissance navale : tirs de missiles de croisière à partir de sous-marins en mer Caspienne et présence accrue en Atlantique Nord de sous-marins estimés très performants.

La dimension aéronavale. De Mourmansk, la Russie a envoyé un groupe aéronaval au large de la Syrie avec une escorte conséquente, souligne l’amiral Prazuck. La Grande-Bretagne a décidé de se doter de 2 porte-aéronefs à tremplin, l’Inde 3 et la Chine 4 et qui construit actuellement 1 frégate par trimestre et 1 sous-marin tous les 4 mois. Le porte-avions français Charles-De-Gaulle, équipé de catapultes, est notamment protégé par une FREMM, qui détecte tout intrus (navire de surface ou sous-marin) dans un rayon de 100 km. Outil politique et militaire de premier rang, il a effectué 450 sorties d’avions au cours de 232 jours de mer, dont 200 en opérations, jusqu’à son retour à Toulon mi-décembre 2016. Il devrait reprendre la mer dans les derniers mois de 2018, à l’issue d’un arrêt technique majeur pour l’extraction de son réacteur nucléaire, pour en changer le cœur, puis d’une mise en indisponibilité permanente pour  entretien et réparations, incluant l’installation d’un nouveau système de combat et la mise en condition « tout Rafale ». En 2016, le Charles-De-Gaulle a démontré son interopérabilité avec un groupe aéronaval américain dans le golfe Arabo-Persique, dont il a même assuré le commandement temporaire.

Les marins. La Marine compte 40.000 personnels (13 % de femmes), dont 6.000 dans les états-majors interarmées et 2.500 marins-pompiers. S’y ajoutent 4.600 réservistes et 6.000 volontaires. Elle ne connaît pas de difficulté de recrutement, grâce à un maillage de 30 bureaux dans toute la France et 60 partenariats avec des lycées professionnels. La préparation militaire Marine accueille 2.500 jeunes/an.

Loïc Salmon

Marine nationale : mission « Arromanches 3 » du GAN en Méditerranée orientale

Territoire national : protection permanente contre intrusions aériennes et maritimes

Marines : l’approche globale, indispensable à la sécurisation future du milieu maritime