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Océan Atlantique : le Nord, un espace de plus en plus contesté

La logique de puissance et le rapport de forces par le fait accompli, constatés en Ukraine et dans le détroit de Taïwan, s’appliquent aussi en Atlantique Nord.

Le vice-amiral d’escadre Olivier Lebas, préfet maritime (action de l’Etat en mer) de l’Atlantique et commandant de la zone (Etat-major des armées) et de l’arrondissement (défense du littoral) maritimes Atlantique, l’a expliqué au cours d’une conférence-débat organisée, le 19 janvier 2022 à Paris, par le Centre d’études stratégiques de la Marine.

Contexte stratégique. La nouvelle donne stratégique prend en compte la compétition entre Etats, la montée des tensions dans les espaces communs (extra-atmosphérique, cyber et maritime) et éventuellement l’affrontement. L’origine des cyberattaques en Ukraine reste encore difficile à attribuer. Un missile hypervéloce chinois a fait le tour de la Terre. La Russie a procédé à un tir contre un satellite et la Corée du Nord au lancement de son premier missile balistique. La Chine, qui renforce sa présence en Asie du Sud-Est pour en faire une sorte de mer intérieure, envoie des navires militaires jusqu’en Atlantique Nord. La Russie intensifie ses efforts pour décourager la présence des Marines occidentales en Méditerranée orientale. Pour accroître son influence, elle recourt à la diplomatie, l’intimidation, la guerre hybride ou la lutte d’influence comme au Mali et en Centrafrique. Elle remet en cause les traités de contrôle des armements. Elle a manifesté sa présence en Atlantique-Nord avec le déploiement de la frégate Admiral-Gorskhov (mise en service en 2018), le sous-marin nucléaire d’attaque Yasen, des bâtiments hydrographiques et des sous-marins classiques de la classe Kilo II équipés de missiles de croisière Kalibr. L’Atlantique Nord présente des exemples de compétition, entre Marines de combat, et de conflictualités sournoises. Il est fréquenté par les navires des Marines des pays membres de l’OTAN, notamment les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins américains, britanniques et français. La Marine nationale y effectue des manœuvres pour défendre sa profondeur stratégique. Celle-ci consiste à utiliser les satellites et déployer au loin navires de surface et sous-marins pour anticiper ce qui pourrait se passer. Ensuite, il s’agit de traiter les mégadonnées des systèmes automatiques d’identification, pour le suivi des trajectoires de navigation des navires marchands, ou des moyens électroniques civils pour détecter les pêches illégales. Les câbles sous-marins assurent 99 % des communications internet, entraînant une compétition pour la propriété des câbles et l’influence qu’ils permettent d’exercer. Le groupe américain Google et la Chine rachètent des entreprises de pose de câbles sous-marins. Les stations d’atterrage nécessitent une protection. En effet, des câbles ont été endommagés près de Brest et de la Norvège, accidents ou sabotages difficiles à prouver. Par ailleurs, le durcissement du contexte international entraîne une augmentation des budgets militaires et des exercices sur la capacité à se défendre dans « le haut du spectre ». Les porte-avions américains reviennent en Méditerranée et en Atlantique Nord.

Résurgence de la Russie. Un nouveau vent de guerre froide souffle sur l’Atlantique, estime l’amiral Lebas. Le projet de gazoduc pour acheminer le gaz russe vers l’Allemagne, via la Baltique, attise la tension entre les Etats-Unis et la Russie. En outre, des exercices OTAN se déroulent près du cercle polaire. De son côté, la Russie se considère comme une nation encerclée par l’OTAN et la mise en œuvre de la défense anti-missile américaine. Elle tente de maîtriser les approches des pays voisins et de dénier l’accès d’autres Marines à certaines zones. A Kaliningrad, des missiles antinavires S-400 peuvent perturber les activités en mer Baltique. Le retour des sous-marins russes en Atlantique, plus nombreux et plus silencieux qu’en 2005, a remis en route la modernisation des moyens de surveillance et de lutte anti-sous-marine. Leur déplacement se coordonne avec ceux des bâtiments de surface et des avions à long rayon d’action pour le renseignement stratégique. Ainsi, ont été aperçus un Tu-95 Bear H au large de la Norvège, un Tu-142 Bear F jusqu’en Baltique et un Tu-160 Blackjack vers la Méditerranée en 2015, le Venezuela en 2018 et l’Afrique du Sud en 2019. La France, rappelle l’amiral, a relâché sa coopération avec la Russie depuis 2014, sauf pour la sécurité en mer, et a renforcé celle avec les pays de l’ex-URSS devenus membres de l’OTAN. Ainsi, elle participe à la « présence avancée renforcée » de l’Alliance Atlantique en Estonie, dans les domaines terrestre et aérien. Dans la continuité de cette profondeur stratégique, la défense maritime du territoire consiste à surveiller, renseigner et s’opposer, souligne l’amiral. La protection du littoral commence dans les ports de Saint-Malo, Roscoff, Brest, Saint-Nazaire, Nantes, La Rochelle et Bordeaux. Elle se prolonge dans la zone économique exclusive avec des navires et des avions de surveillance (Falcon) ou de patrouille maritime (ATL2). A Brest, le départ d’un sous-marin nucléaire lanceur d’engins de la Force océanique stratégique mobilise un chasseur de mines, un ATL2, un hélicoptère et un sous-marin jusqu’à sa dilution dans les profondeurs de l’océan, pour le maintien de la permanence de la dissuasion. Une escorte similaire protège sa rentrée au port. A titre indicatif, il ne faut que six jours de navigation pour aller de Brest au Nord de l’Atlantique.

Jusqu’en Arctique. En mars 2021, trois sous-marins nucléaires russes ont émergé de la banquise du pôle Nord, manifestant l’affirmation de la souveraineté de Moscou sur cette zone. Avec le réchauffement climatique, deux routes maritimes semblent possibles vers le Pacifique : le passage du Nord-Ouest entre l’Ouest du Groenland (Danemark) et les côtes du Canada et de l’Alaska ; le passage du Nord-Est, plus facile, entre l’Est du Groenland et les côtes de Norvège et de Russie. L’exploitation des ressources en pétrole et gaz de l’Arctique, quoique difficile, devrait s’avérer rentable à l’exportation vers l’Union européenne et la Chine qui commence à construire des brise-glace. Il s’ensuit des tensions entre les pays riverains, sans aller jusqu’à l’affrontement, et un intérêt croissant de l’Inde et de l’Allemagne. De son côté, la Russie déploie déjà des méthaniers brise-glace pour le transport du gaz jusqu’à des méthaniers classiques. En outre, elle restaure d’anciennes bases militaires pour des raisons de sécurité, mais selon des règles peu conformes au droit de la mer. Dans cette zone, le GPS fonctionne mal et les communications par satellites sont souvent perturbées. Pour connaître le Nord du cercle polaire aux glaces diverses, anticiper les crises et entretenir ses compétences de navigation, la Marine nationale y a envoyé la frégate multi-missions Bretagne à l’automne 2018 et l’hiver 2021-2022 et le bâtiment de soutien et d’assistance métropolitain Rhône en été 2018, 2020 et 2021. Conséquence du développement des croisières dans les glaces et même jusqu’au pôle Nord, des bâtiments français vont s’entraîner au sauvetage avec des unités norvégiennes et danoises, qui pourraient éventuellement avoir besoin de soutien.

Loïc Salmon

OTAN : actualisation du concept stratégique et complémentarité navale franco-américaine

Union européenne : présidence française, acquis de la défense

Union européenne : penser les opérations maritimes futures




OTAN : actualisation du concept stratégique et complémentarité navale franco-américaine

Le resserrement du partenariat stratégique entre la Russie et la Chine est perçu par l’OTAN comme déstabilisateur de l’ordre international. Pour les Etats-Unis, l’importance de la présence navale française dans la zone indopacifique contribue de façon significative à la sécurité régionale.

Un document de l’OTAN, rendu public lors du sommet des 29-30 juin 2022 à Madrid, réactualise le concept stratégique de 2010. Le 11 juillet, une source de l’Etat-major de la Marine française a indiqué les perspectives navales avec les Etats-Unis. Le même jour, l’Etat-major des armées (EMA) a exposé la situation du conflit en Ukraine.

Situation en Ukraine. Les gains territoriaux au Nord de la Crimée et à l’Ouest du Donbass augmentent (stries rouges sur la carte). Selon l’EMA, les frappes russes (astérisques jaunes) demeurent intenses sur toute la ligne de front et dans la profondeur, surtout sur le Donbass, et ciblent à nouveau les régions de Sumy et Chernihiv. L’artillerie ukrainienne vise les dépôts logistiques russes. Sur le front Nord, les frappes ont repris au Nord-Ouest et les combats se poursuivent autour de Kharkiv (1). Sur le front Est, les forces russes poursuivent leur offensive, lente et méthodique, vers les localités de Sloviansk et Kramatorsk. Les forces ukrainiennes tiennent leurs lignes de défense (2). Sur le front Sud, la situation s’est stabilisée. Les forces ukrainiennes font face aux dernières lignes de défenses russes dans les régions de Kherson et Zaporizhia, ciblant leurs approvisionnements sur leurs arrières (3). Selon la source navale française, cette guerre permet d’exploiter les erreurs de la Russie et d’évaluer ses capacités tactiques terrestre et navale (Île aux Serpents). Elle souligne le risque de chantage alimentaire en Afrique, en raison du contrôle russe de la mer Noire. Au 11 juillet, la Russie avait tiré plus de 1.000 missiles de croisière, dont une centaine depuis la mer. En conséquence, la Marine française portera ses efforts sur la lutte contre les drones et le brouillage des communications.

Russie et Chine. Pour l’OTAN, la Russie constitue la principale menace pour la paix et la stabilité dans la zone euro-atlantique. Avec des moyens conventionnels, cyber ou hybrides, elle tente d’exercer un contrôle direct et d’établir des sphères d’influence par la coercition, la subversion, l’agression et l’annexion. Brandissant la menace nucléaire, elle modernise ses forces nucléaires et développe de nouveaux vecteurs à capacités conventionnelle et nucléaire aux effets perturbateurs. Outre la déstabilisation des pays situés à l’Est ou au Sud du territoire de l’Alliance atlantique, elle entrave la liberté de navigation dans l’Atlantique Nord, zone d’acheminement de renforts militaires vers l’Europe. Son intégration militaire avec la Biélorussie et le renforcement de son dispositif militaire en mer Baltique, mer Noire et Méditerranée sont considérés comme portant atteinte à la sécurité et aux intérêts des pays de l’Alliance atlantique. Toutefois, estimant ne pas présenter une menace pour la Russie, l’OTAN ne cherche pas la confrontation et souhaite maintenir des canaux de communications pour gérer et réduire les risques, éviter toute escalade et accroître la transparence. Par ailleurs, selon l’OTAN, la Chine renforce sa présence dans le monde et projette sa puissance par des moyens politiques, économiques et militaires. Elle cible notamment les pays de l’Alliance atlantique par des opérations hybrides ou cyber malveillantes, une rhétorique hostile et des activités de désinformation. Elle tente d’exercer une mainmise sur des secteurs économiques et industriels clés, des infrastructures d’importance critique, des matériaux (terres rares) et des chaînes d’approvisionnements stratégiques. En outre, elle sape l’ordre international fondé sur des règles, notamment dans les domaines spatial, cyber et maritime (entraves à la liberté de navigation).

NRBC, cyber, technologies, climat. Selon l’OTAN, des Etats et des acteurs non-étatiques hostiles recourent à des substances ou des armes chimiques, biologiques radiologiques ou nucléaires, qui menacent la sécurité des pays de l’Alliance atlantique. Ainsi, l’Iran et la Corée du Nord poursuivent leurs programmes d’armement nucléaire et de missiles. La Syrie, la Corée du Nord, la Russie et des acteurs non-étatiques ont déjà employé des armes chimiques. La Chine développe son arsenal nucléaire à un rythme soutenu et met au point des vecteurs de plus en plus sophistiqués. Dans le cyberespace, théâtre d’une contestation permanente, des acteurs malveillants essaient d’affaiblir la défense de l’OTAN en cherchant à endommager des infrastructures d’importance critique, perturber le fonctionnement des services publics, dérober des renseignements, voler des contenus soumis à la propriété intellectuelle ou entraver des activités militaires. En outre, des pays compétiteurs stratégiques et des adversaires potentiels de l’OTAN investissent dans des technologies émergentes ou de rupture, capables d’endommager ses capacités spatiales, et de cibler ses infrastructures civiles ou militaires. Enfin, multiplicateur de crises et de menaces, le changement climatique provoque une montée du niveau des mers et des feux de végétations, désorganisant des sociétés. Souvent appelées à intervenir en cas de catastrophe naturelle, les forces armées doivent désormais agir dans des conditions climatiques extrêmes.

Zone indopacifique. Face à la Chine, les Etats-Unis ont besoin d’Alliés, indique la source navale française. Ils ont pris en compte l’implantation de la France dans la zone indopacifique, car ils partagent avec elle la même prudence vis-à-vis de la Chine, la nécessité de la prévention des combats dans la région et le souhait d’y limiter le développement des activités militaires. Depuis la seconde guerre mondiale, la Marine américaine domine les océans. Mais la Marine chinoise développe ses capacités de mener des opérations de coercition et de se déployer dans le monde, comme l’a démontré l’escale d’une frégate chinoise à Bata (Guinée). Elle a mis au point un porte-avions à catapulte et son avion spécifique et a loué des sous-marins nucléaires d’attaque (SNA) russes de la classe Akula. Autre alliée des Etats-Unis dans la région, l’Australie a annulé le contrat de sous-marins avec la France pour se tourner vers eux. Or le taux de remplacement dans la Marine américaine est passé de 2 unités par an à 1 par an, repoussant à 2040 la perspective pour l’Australie de prendre livraison de SNA opérationnels, à prélever sur la flotte américaine. Pour se renforcer dans le Pacifique, les Etats-Unis ont réduit de 70 % leur présence dans l’océan Indien, compensée par celle de la France, dont la posture stratégique dans la zone indopacifique complique l’analyse géopolitique de la Chine.

Interopérabilité navale. Selon la source navale française, des arrangements techniques entre les Marines américaine et française portent sur la validation, à différents niveaux, des systèmes d’informations concernant le commandement, les sous-marins et l’avion de chasse F-35 C. La 4ème génération de ce dernier en augmentera la furtivité, mais la 5ème entraînera un comportement différent, enjeu de la coordination avec le Rafale Marine

Loïc Salmon

Union européenne : présidence française, acquis de la défense

Ukraine : hégémonie navale russe en mer Noire

Stratégie : l’action de la France dans la zone indopacifique




Marine nationale : le CEPPOL, outil contre la pollution en mer

Le Centre d’expertises pratiques de lutte antipollution (CEPPOL) propose, expérimente et détermine les spécificités de contrats d’assistance impliquant armateurs, sociétés de classification et assureurs.

Son commandant, un capitaine de frégate, a présenté cette lutte au cours d’une conférence organisée, le 30 mars 2022 à Paris, par le Centre d’études stratégiques de la marine.

Veille et actions. Les quantités de produits polluants, en majorité des hydrocarbures, déversés dans la mer augmentent. La pollution dure de quelques jours, par évaporation ou dispersion par émulsion/eau huile, à plusieurs mois par la biodégradation des goudrons et jusqu’à des années en cas de sédimentation au fond de la mer. Les nappes de pétrole de 20 à 30 m de diamètre contiennent 90 % d’eau, qu’il faudra rejeter à la mer. Le reliquat (photo) sert de combustible aux centrales électriques thermiques. Quand un pétrolier ou un chimiquier se signale en détresse, des drones permettent de détecter les fuites éventuelles d’hydrocarbures ou de produits dangereux. La lutte contre la pollution maritime présente des parallèles avec une opération militaire, indique le capitaine de frégate. Un comité d’experts anticipe, pendant deux à cinq jours, les actions à mener grâce à la surveillance de ces navires, par des moyens navals, aériens et satellitaires, leur dérive prévisible, l’analyse de leur comportement et leur vieillissement. En cas d’alerte, un aéronef arrive sur zone dans les deux heures et un navire antipollution dans les 24 heures. La logistique opérationnelle évalue ce qu’il est possible de faire dans les quatre jours : recherche des moyens ; mouvements des matériels ; soutien technique en cas d’avarie. Les techniques de lutte varient selon le degré de pollution. S’il est très faible, l’évaporation, la dispersion et la dissolution naturelle suffiront. L’observation constante permet d’agir dans de bonnes conditions techniques et météorologiques pour préserver la population et les usagers de la mer. L’action à la source de la pollution consiste à alléger le navire en difficulté, par un transbordement de sa cargaison sur un autre, le ceinturer par un barrage flottant et pomper les produits polluants à partir de la brèche détectée, qui sera colmatée. L’action sur le produit polluant consiste en : une dispersion, variable selon ses caractéristiques et les zones ; un confinement, pour le récupérer ou le « chaluter » (photo) ; un brassage, s’il s’agit de gazole ou d’un produit chimique volatile non dangereux. Enfin, la protection des cibles de la pollution nécessite le déclenchement du plan ORSEC, au niveau départemental et de la zone de défense (plan Polmar terre).

Organisation nationale. Les sociétés de classification certifient la tenue des navires à la mer. En cas d’accident, l’armateur doit réagir en premier auprès de son assureur. La Marine intervient gratuitement pour sauver des vies humaines, mais facture son assistance au navire pollueur. L’action de l’Etat en mer relève du Premier ministre, qui dispose du Comité interministériel de la mer (12 ministres) et du Secrétariat général de la mer. L’amiral préfet maritime de zone dirige les opérations de secours et les interrompt lorsqu’il n’y a plus d’espoir. Le plan ORSEC maritime place la lutte contre la pollution après les recherche et sauvetage et l’assistance aux navires en difficulté. La Marine forme 150-200 personnels à cette lutte et organise un entraînement majeur chaque année en métropole et tous les deux ans en outre-mer.

Loïc Salmon

Marine nationale : le « MICA Center », compétence mondiale

Manche et mer du Nord : l’urgence et la gouvernance

Afrique : exercice majeur sur la sécurité maritime régionale




Marine : « Jeanne d’Arc 2022 », océan Indien et golfe de Guinée

Le groupe « Jeanne d’Arc » effectue une mission de cinq mois dans les océans Indien et Atlantique, au profit des officiers-élèves de l’Ecole navale.

Parti de Toulon le 18 février 2022 pour un retour prévu en juillet, il se compose du porte-hélicoptères amphibie Mistral et de la frégate Courbet, qui embarquent 637 marins, dont 159 officiers-élèves, un groupement tactique de l’armée de Terre de 120 militaires et un hélicoptère Dauphin de la flottille 35 F.

Les missions. En fonction du contexte opérationnel national ou international, le chef d’Etat-major des armées peut redéployer le groupe « Jeanne d’Arc » et ses moyens amphibies, terrestres et aériens à tout moment, notamment pour porter assistance aux populations en cas de catastrophes naturelles. Le voyage doit normalement durer 145 jours, dont 108 à la mer, avec neuf escales : Aqaba (Jordanie) ; Djibouti ; Goa (Inde) ; Ile de La Réunion ; Le Cap (Afrique du Sud) ; Douala (Cameroun) ; Libreville (Gabon) ; Fortaleza (Brésil) ; Fort-de-France (Martinique) ; Lisbonne (Portugal). Vecteur de coopération interarmées et interalliés, la mission « Jeanne d’Arc » participe à des manœuvres et exercices navals avec les Marines égyptienne (« Passex »), indienne (« Varuna 22 »), brésilienne et des pays riverains du golfe de Guinée et des Caraïbes. Sont prévus les exercices amphibies « Wakri » à Djibouti et « Papangue 22 » à l’Ile de La Réunion. L’exercice « Imex 2022 », portant sur l’assistance humanitaire, constitue le premier du genre au profit de membres de l’IONS (Symposium des Marines riveraines de l’océan Indien), dont la France a pris la présidence en juin 2021 pour deux ans. En outre, le groupe « Jeanne d’Arc » doit participer à la sécurité maritime en soutien direct à l’opération européenne « Atalante » de lutte contre la piraterie en océan Indien et à la française « Corymbe » dans le golfe de Guinée. Dans le passé, il a participé aux opérations humanitaires après l’ouragan « Irma » (Atlantique Nord, 2017) et le cyclone « Idaï » (Sud-Ouest de l’océan Indien, 2019). En 2020, il a porté assistance aux populations de Mayotte et de La Réunion (Covid-19). En 2021, il a contribué à la lutte contre le narcotrafic dans le Nord de l’océan Indien avec la CTF 150 (8,2 t de stupéfiants saisis).

L’école d’application. Pendant la mission « Jeanne d’Arc 2022 », les officiers-élèves sont formés aux spécialités auxquelles ils pourront prétendre : détecteur ; lutte sous la mer ; aéronautique navale ; commando Marine ; plongeur démineur ; canonnier ; système d’information et de communication ; énergie ; énergie nucléaire. Pour la mission 2022, ils se répartissent ainsi : 80 enseignes de vaisseau de l’Ecole navale ; 52 officiers sous contrat long ; 1 élève issu de l’Ecole polytechnique ; 1 élève française en formation à l’Ecole navale allemande ; 7 officiers-élèves issus d’un cursus Master ; 10 commissaires-élèves des armées d’ancrage Marine ; 37 stagaires du Service de santé des armées, des Affaires maritimes et de l’EDHEC Business School ; 8 officiers-élèves étrangers, venus d’Egypte, du Maroc, des Philippines, de Belgique et des Pays-Bas. Par ailleurs, 30 instructeurs de l’Ecole navale assurent une partie des enseignements dispensés à bord ainsi que le suivi et l’évaluation des élèves. En outre, 16 intervenants civils dispensent, éventuellement en visioconférences, des enseignements complémentaires. Enfin, les équipages du Mistral (230 marins) et de la frégate Courbet (200 marins) partagent leurs savoir-faire et expériences. Le détachement terrestre entretient sa capacité amphibie.

Loïc Salmon

Marine : missions « Clemenceau 2021 » pour le GAN et « Jeanne d’Arc 2021 » pour le GEAOM

Océan Indien : espace de coopération internationale

Afrique : golfe de Guinée, zone de coopération stratégique




Afrique : golfe de Guinée, zone de coopération stratégique

Présence de Marines non africaines et montée en puissance des capacités navales des pays riverains assurent la liberté de la navigation dans le golfe de Guinée, espace riche, à risques et sujet à une instabilité politique endémique.

La situation dans cette zone a été présentée au cours de deux interventions à Paris : le 4 novembre 2021 devant la presse, par le vice-amiral d’escadre Olivier Lebas, préfet maritime et commandant de la zone et de l’arrondissement maritime Atlantique (CECLANT) ; le 24 novembre, par le contre-amiral Xavier Petit, en charge des opérations de la Marine, lors d’une conférence organisée par le Centre d’études stratégiques de la Marine.

Intérêt international croissant. Outre la présence navale de la France par l’opération « Corymbe » depuis les années 1990, indique l’amiral Lebas, le golfe de Guinée est régulièrement fréquenté par des bâtiments militaires de l’Espagne, du Portugal, de l’Italie, de la Grande-Bretagne, du Danemark, du Brésil, des Etats-Unis et, récemment, de la Turquie et de la Russie. D’une superficie de 2,35 Mkm2, le golfe de Guinée se trouve en effet à la croisée des grandes routes maritimes et abrite d’importantes ressources pétrolières, halieutiques et minérales (voir encadré). Enjeu majeur pour l’Afrique de l’Ouest, la pêche illicite constitue la première menace de la zone. De plus, les actes de brigandage, dans les ports, et de piraterie, en haute mer, peuvent perturber la navigation commerciale et mettre en danger la vie des équipages et des passagers. Par ailleurs, le terrorisme, qui sévit dans le Nord, n’a aucun lien avec le brigandage et la piraterie des côtes. Les pirates s’équipent grâce aux recettes des trafics d’armes et de drogue et aux rançons versées par les armateurs. Surtout originaires du Nigeria, ils se replient jusqu’à 200 milles marins (370 km) vers le Sud, car l’adaptation de l’arsenal juridique à la piraterie réduit l’impunité et rend cette activité plus difficile. La coopération internationale doit permettre d’éradiquer cette menace.

Drogue, flux migratoires et piraterie. Selon l’amiral Petit, l’Afrique est devenue une zone de transit des narcotrafics de l’Amérique du Sud vers l’Europe et subit une forte consommation locale. Parti de Colombie, de Bolivie, du Pérou et du Brésil, le trafic de cocaïne circule par le Nigeria, le Bénin, le Togo, le Ghana, la Guinée, la Guinée-Bissau, le Sénégal, le Mali, le Niger, la Mauritanie, l’Algérie et la Libye. Les saisies de cocaïne en mer sont passées de 3,3 t (157 kg pour l’Afrique de l’Ouest) en 2017 à 5,6 t (278 kg) en 2018 et 20 t (16 t) en 2019. Les flux migratoires de l’Afrique, qui déstabilisent les Etats locaux, ont été multipliés par huit en six ans. Même si 90 %, soit 7,6 millions de personnes en 2020, restent internes, ceux vers l’Europe augmentent globalement. Les flux par terre sont tombés de 11.624 personnes en 2015 à 1.535 en 2020, mais ceux par mer sont passés de 5.312 personnes en 2015 à 40.326 en 2020. Quoiqu’en décroissance, les actes de piraterie et de brigandage se poursuivent. Selon le MICA Center, 200 actes de piraterie et de brigandage ont été signalés dans le monde en 2020. Le nombre de navires piratés dans le golfe de Guinée se monte à 71 (35 % du total), à savoir 42 au Nigeria, 16 au Ghana et 13 au Bénin. En 2020, ont été signalés : 45 vols dans les ports ; 114 actes de piraterie (approches, attaques et navires piratés) ; 142 enlèvements en mer (90 % du total mondial). Les pirates, armés de fusils d’assaut AK47, modifient leur mode d’action selon les saisons et disposent de moyens de ravitaillement pour agir au large. Quoique violents, ils prennent vite la fuite. La sécurité maritime repose sur la stratégie commune de l’architecture interrégionale de Yaoundé de 2013.

Concentration des moyens de lutte. Dans le golfe de Guinée, la France dispose des deux entités militaires pour le soutien logistique des opérations « Barkhane » et « Takuba » (opération européenne) au Sahel, à savoir les Forces françaises en Côte d’Ivoire (950 militaires) et les Eléments français au Sénégal (400 militaires et civils). Sur le plan maritime, indique l’amiral Lebas, CECLANT déploie, selon les cas, un patrouilleur de haute mer, un porte-hélicoptères amphibie, une frégate de surveillance ou un avion de surveillance maritime Falcon 50 M basé à Dakar. Dans le cadre de « Corymbe », la Marine nationale aura effectué, en 2021, de 20 à 30 patrouilles opérationnelles dites « Sagne » avec des bâtiments de surface, et près de 50 avec le Falcon 50 M, en coopération avec les Marines riveraines et les centres nationaux des opérations maritimes. L’année 2021 aura donné lieu à 25 exercices : 1 GANO (Grand African Nemo) ; 2 African Nemo (plus restreints) ; 4 Euromarsec (exercices européens de sécurité maritime) ; 18 Passex (exercices navals bilatéraux). Pour l’analyse et l’évaluation de la situation sécuritaire maritime, les centres britannique UKMTO et français MICA Center mettent en œuvre, depuis 2016, le mécanisme de signalement et d’alerte « MDAT-GoG » au profit des navires marchands qui le souhaitent. Depuis 2015, la France organise un symposium annuel des chefs d’état-major des Marine du golfe de Guinée pour le partage des retours d’expérience et de bonnes pratiques. Elle soutient l’Institut de sécurité maritime interrégional d’Abidjan (Côte d’Ivoire) et l’Ecole nationale à vocation régionale de Tica (Guinée équatoriale). Le 10 juin 2021, avec la Côte d’Ivoire, elle a inauguré l’Académie internationale de lutte contre le terrorisme. Avec l’Union européenne (UE), la France participe au mécanisme « Présences maritimes coordonnées » concernant les moyens navals déployés et les actions de coopération. Dans le cadre de l’Initiative européenne d’intervention, le Danemark a lancé, en 2020, un groupe de travail sur la coopération opérationnelle entre les pays européens impliqués dans la région, en dehors du cadre de la Politique de défense et de sécurité commune. Enfin, le forum international « G7++ Friends of the Gulf of Guinea », composé de l’UE et des 19 Etats riverains, met en œuvre la coordination des actions internationales dans la région. La France et le Ghana l’ont présidé en 2019, suivis des Etats-Unis et du Gabon en 2020 et de la Grande-Bretagne et du Sénégal en 2021.

Loïc Salmon

Les routes maritimes du golfe de Guinée acheminent 10 % de la production mondiale de marchandises, 15 % du pétrole et 30 % de l’uranium. Elles permettent 90 % des échanges des 19 Etats riverains par des trafics mêlant haute mer et cabotage sur 5.700 km de côtes. Le golfe de Guinée dispose de 4.000 milliards de m3 de réserve de gaz naturel et abrite environ 50 % de la production pétrolière du continent africain (10 % du total mondial), dont 40.000 barils/jour sont perdus à cause des actes illicites. Chaque année, la pêche se monte à 1 million de tonnes, dont 40 % proviennent de la pêche illicite représentant une perte 1,5 Md$ pour les Etats de la zone. Le golfe de Guinée abrite 80.000 ressortissants français (en progression de 5 % à 10 % depuis 2010) et 400.000 Européens, surtout des personnels des grandes entreprises des secteurs pétrolier, bancaire, des télécommunications et de l’audiovisuel. Y transitent 12 % du pétrole importé en France et 10 % à 12 % de celui destiné à l’Union européenne.

Afrique : exercice majeur sur la sécurité maritime régionale

Golfe de Guinée : sécurité et sûreté en mer et à terre

Défense : montée en puissance de l’Initiative européenne d’intervention




Afrique : exercice majeur sur la sécurité maritime régionale

Dans le cadre de l’action de l’Etat en mer, 29 pays, dont la France, participent à l’exercice « Grand African NEMO », qui se déroule du 2 au 7 novembre 2021 dans le golfe de Guinée sur une zone maritime allant du Sénégal à l’Angola.

Cet exercice annuel, le 4ème depuis 2018, vise à partager les savoir-faire et améliorer le niveau opérationnel en matière de lutte contre la pêche illégale, la piraterie, la pollution maritime, les trafics illicites et le sauvetage en mer.

« Grand African NEMO ». Nation pilote, la France y déploie un avion de surveillance maritime Falcon 50 de la flottille 24 F et la frégate de surveillance Germinal, actuellement sur zone dans le cadre de l’opération « Corymbe ». « Grand African NEMO » mobilise une trentaine d’unités de surface (frégates, patrouilleurs et embarcations rapides) et cinq aéronefs (avions et hélicoptères) des Marines des 19 pays riverains, à savoir Angola, Bénin, Cameroun, Cap Vert, Congo, Côte d’Ivoire, Gabon, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée-Bissau, Guinée Equatoriale, Liberia, Nigeria, République démocratique du Congo, Sao-Tomé et Principe, Sénégal, Sierra-Léone et Togo. S’y ajoutent 5 bâtiments de surface, 1 avion de surveillance maritime et des observateurs à terre de France, d’Espagne, de Grande-Bretagne, d’Italie, du Brésil, des Etats-Unis, du Portugal, du Danemark, de Belgique et du Maroc. Cet exercice contribue au renforcement de l’architecture de coopération interrégionale, issue du sommet sur la sécurité maritime de Yaoundé (2013). Cette architecture repose sur trois piliers juridiques : le code de conduite ; la déclaration des chefs d’Etat et de gouvernement ; le mémorandum d’entente entre les organisations régionales. Au cours de « Grand African NEMO », le programme GoGIN de l’Union européenne doit valider l’emploi opérationnel du système d’informations Yaris, développé au profit des Etats Côtiers de la CDEAO (Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest) et de la CEEAC (Communauté économique des Etats d’Afrique centrale). Enfin, l’Office des nations unies contre la drogue et le crime s’associe à l’exercice.

Opération « Corymbe ». Le golfe de Guinée, qui s’étend sur 5.707 km de côtes, constitue une zone riche en minerais et en ressources halieutiques, pétrolières et gazières. Il concentre le quart du trafic maritime autour de l’Afrique avec 400 navires de commerce en transit par jour. Depuis 1990, la France y déploie un ou deux bâtiments de façon quasi permanente dans le cadre de la mission « Corymbe ». Celle-ci vise d’abord à protéger les ressortissants français par la présence d’un bâtiment en mesure d’effectuer une évacuation d’urgence et d’appuyer les opérations françaises à terre. Ensuite, elle soutient les pays riverains du golfe de Guinée dans la sécurisation de leurs approches maritimes, conformément au processus de Yaoundé. Enfin, elle renforce la coopération internationale dans la zone. Les unités de la Marine nationale bénéficient de l’appui des forces pré-positionnées au Sénégal (350 militaires), en Côte d’Ivoire (600 militaires) et au Gabon (450 militaires) et du réseau des coopérants militaires français intégrés aux Marines riveraines. L’opération « Corymbe » inclut systématiquement des formations dans les domaines techniques et opérationnels, lors des escales et à la mer. Des embarquements sont proposés aux officiers africains pendant les transits entre deux escales. Des patrouilles opérationnelles communes permettent d’accompagner et de soutenir directement les pays africains partenaires dans le contrôle de leur zone économique exclusive.

Loïc Salmon

Golfe de Guinée : sécurité et sûreté en mer et à terre

Afrique : coopération française en matière de sécurité maritime

Afrique : Ghana et Togo, face à leurs vulnérabilités

 




Marine nationale : un BSAH autour du monde, via l’Arctique

Pour la première fois, une unité militaire française, le bâtiment de soutien et d’assistance hauturier (BSAH) Rhône, a relié Brest à San Francisco après avoir franchi le détroit de Béring, au cours d’un déploiement de 104 jours.

Ont été présentés à la presse, le 20 décembre 2018 à Paris : son périple par son commandant, le capitaine de frégate Philippe Guena, et un premier maître chef de quart ; le programme BSAH par un ingénieur en chef des études et techniques de l’armement.

Le périple. En 73 jours de navigation, le Rhône a parcouru 35.000 km à 25 km/h en moyenne, à travers les océans Arctique, Pacifique et Atlantique, onze mers et le canal de Panama, avec des variations de température de – 0,5°C à 3°C pour l’eau de mer et de – 10°C à 38°C pour l’air. Après avoir quitté Brest le 23 août et le port norvégien de Tromso le 1er septembre, il a franchi le détroit de Béring le 14 septembre et fait escale à Dutch Harbor (Alaska), Victoriaville (Canada), San Francisco (Californie), Huatulco (Mexique). Après Panama, il a relâché à la Martinique, Halifax (Canada), Saint-Pierre-et-Miquelon et La Corogne (Espagne), avant de rentrer à Brest le 4 décembre. Des conditions météorologiques clémentes et la fonte importante des glaces ont permis une bonne visibilité des icebergs (eau douce gelée) et de la banquise (eau de mer gelée et recouverte de glace), car seul l’œil peut appréhender la glace. Pendant la traversée de la mer de Sibérie orientale (4 jours), le Rhône s’est faufilé entre les énormes glaçons sans les toucher, en navigant de jour pour plus de sécurité. Celle-ci a été renforcée par la présence à la passerelle de deux chefs de quart au lieu d’un et de deux veilleurs supplémentaires, en raison de la concentration nécessaire pendant des « quarts » de 4 à 6 heures. La redondance des équipements et le recours, éventuel, aux centres de secours russes auraient permis de pallier tout incident sérieux. Ce déploiement s’est déroulé dans les eaux internationales avec des « passages inoffensifs » dans les eaux territoriales russes, dans le cadre de la Convention de Montego Bay. Il a inclus des entraînements communs avec les Marines riveraines et la formation d’un 2ème équipage sur la fin de la traversée. Outre le raccourcissement des distances et des délais, la voie maritime du Nord présente, pour le transport de vracs et de matières premières, les avantages de l’absence de taxes et de l’inexistence de la piraterie. Son trafic commercial pourrait atteindre 20 à 40 navires par an, par suite du réchauffement climatique. La Chine en tient compte pour ses « nouvelles routes de la soie ». La Russie redoute une dégradation de l’environnement, en raison de l’exploitation future des réserves de gaz de l’Arctique estimées à 50 Mt.

Le programme BSAH. D’un coût de 162 M€, le programme BSAH porte sur quatre navires de 2.960 t répartis entre Brest et Toulon et armés chacun de deux mitrailleuses de 12,7 mm. Le Rhône et la Loire ont été livrés en 2018. La Seine et la Garonne suivront en 2019. Chacun compte deux équipages de 17 marins et peut accueillir 12 passagers ou plongeurs équipés. Capable de remorquer le porte-avions Charles-de-Gaulle ou un bâtiment de projection et de commandement, un BSAH peut effectuer des recherches sous-marines ou réaliser des équipements pour l’accueil de sous-marins nucléaires d’attaque. Avec 30 jours de vivres, il peut parcourir 9.260 km à 20-22 km/h. Le maintien en condition opérationnelle inclut une formation sur la conduite et l’entretien des installations, qui assure une disponibilité de 330 jours/an.

Loïc Salmon

L’océan Arctique : nouveaux enjeux stratégiques

L’océan Arctique : atouts économiques, guerre froide larvée

Défense : le climat, facteur de dérèglement géopolitique




Guyane : zone stratégique sur le continent sud-américain

Les Forces armées en Guyane (FAG) assurent la protection de ce département, qui abrite le Centre spatial européen de Kourou. Elles contribuent aussi à la préservation des intérêts français en Amérique du Sud.

Leur commandant supérieur, le général de division aérienne Didier Looten, l’a expliqué le 29 novembre 2018 à la presse, lors d’une visioconférence.

Enjeux et moyens. Seul département d’outre-mer continental, la Guyane française s’étend sur 84.000 km2, dont 95 % de forêt tropicale. Elle possède 380 km de frontière maritime et des frontières terrestres de 530 km avec le Suriname et de 740 km avec le Brésil. Son chef-lieu, Cayenne, se trouve à 7.000 km de Paris et 1.400 km de Fort-de-France (Martinique). Forces de souveraineté, les FAG assurent la connaissance et la veille sur une zone de responsabilité permanente (ZRP) couvrant une vingtaine de pays, du Brésil au Mexique, pour anticiper les crises et collectent du renseignement d’intérêt militaire. En cas de crise, elles ont pour mission de planifier et de conduire une intervention et acheminer des secours d’urgence, dans leur ZRP ou sur le territoire national, notamment par un appui aérien aux Antilles. Par leur présence, elles contribuent à la stabilité de la ZRP et entretiennent une coopération militaire avec le Suriname et le Brésil. Les FAG comptent 2.100 militaires, dont la majorité en mission de longue durée (2 ans) et 200 civils. Environ 400 sont sur le terrain pour garantir les postures permanentes de sûreté aérienne (deux à trois sorties par jour) et de sauvegarde maritime. La Base aérienne 367 accueille 3 avions cargos tactiques Casa, 4 hélicoptères légers polyvalents Fennec et 5 hélicoptères de manœuvre Puma. La base navale de Dégrad-des-Cannes abrite : les patrouilleurs légers La-Confiance (en service en 2016) et La-Résolue (2017), adaptés aux besoins spécifiques de la Guyane ; l’embarcation remonte-filet La-Caouanne (2015). La Gendarmerie maritime dispose de deux vedettes, l’une à Dégrad-des-Cannes, et l’autre à Kourou. L’armée de Terre déploie le 9ème Régiment d’infanterie de marine, le 3ème Régiment étranger d’infanterie et un régiment de service militaire adapté. Le groupement de soutien de la base de défense inclut : dépôt de munitions ; Services de santé, du commissariat et des essences ; réseaux d’infrastructure et des systèmes d’information.

Protection du territoire national. En soutien de l’action de l’Etat, les FAG participent à l’opération « Harpie » de lutte contre l’orpaillage illégal. Outre Cayenne, elles disposent de quatre bases opérationnelles avancées, situées dans des zones de gisement aurifères (voir photo). Depuis 2017, cette opération est coordonnée avec le Suriname et le Brésil, en vue de faire évoluer la réglementation internationale pour éradiquer les flux d’orpaillage et logistiques illégaux. La capacité des FAG à tenir le terrain, par des patrouilles de longue durée, est assurée par des relèves par hélicoptères (30 à 45 minutes de vol depuis Cayenne). Cette lutte se complète par le développement d’activités économiques. L’opération « Polpêche » implique l’emploi de patrouilleurs légers à propulsion diesel électrique pour des missions d’observation et de contrôle, y compris de nuit, des bateaux de pêche illégaux, conjointement avec les forces navales brésiliennes. Enfin, l’opération « Titan » de protection du Centre spatial guyanais peut mobiliser de 150 à 400 militaires selon les lancements, pendant environ 60 jours par an. Le Centre de Kourou a procédé à 11 tirs en 2017.

Loïc Salmon

Territoire national : protection permanente contre intrusions aériennes et maritimes

Espace exo-atmosphérique : compétition stratégique




Marine Nationale : 40 bâtiments en permanence à la mer

Les missions opérationnelles et de présence de la Marine nécessitent de combler le manque de patrouilleurs de haute mer, de pétroliers-ravitailleurs et d’hélicoptères légers, d’accroître la flotte et de fidéliser un personnel d’experts.

Son chef d’état-major, l’amiral Christophe Prazuck, l’a expliqué, le 4 décembre 2017 à Paris, au cours d’une rencontre avec l’Association des journalistes de défense.

Engagement intense. La Force océanique stratégique déploie au moins un sous-marin nucléaire lanceur d’engins (SNLE) depuis 1972. En Méditerranée, une frégate participe à l’opération européenne « Sophia » de lutte contre les trafics de migrants. Au large de la Syrie, l’opération « Chammal » mobilise une frégate pour la surveillance et un sous-marin nucléaire d’attaque (SNA) pour le recueil de renseignements. En raison de l’augmentation du nombre de sous-marins dans le monde, notamment en Atlantique depuis trois ans, les SNA (5 en patrouille sur 6) ont effectué en tout environ 1.000 jours de mer en 2017, soit le taux d’activité le plus élevé depuis le début de l’action sous-marine. La Marine russe est de retour. La Chine développe sa puissance océanique avec la construction de 80 navires de combat en quatre ans et d’une base navale à Djibouti. Elle affirme sa présence en Méditerranée et surtout en océan Indien dans la lutte contre la piraterie. Dans le cadre de la « Task Force 150 » de la lutte contre le terrorisme en océan Indien et d’autres missions, la frégate française Jean-Bart est restée 187 jours en mer en 2017. Une frégate assure la sécurité navale dans le golfe de Guinée (opération « Corymbe ») et d’autres navires de passage participent à l’entraînement « Nemo » des Marines riveraines pour l’intervention en mer. La pêche industrielle fait en effet courir un risque alimentaire à cette région. Au large de la Guyane, la pêche illégale, pratiquée par des bateaux brésiliens et du Surinam, atteint un niveau élevé de violence. La présence de bateaux de pêche vietnamiens près de la Nouvelle -Calédonie nécessite une coopération internationale. Fin novembre, le bâtiment de projection et de commandement Tonnerre et la frégate Chevalier-Paul sont partis soutenir les forces françaises engagées en Méditerranée et en océan Indien et s’entraîner avec la Marine américaine (exercice « Bois Belleau 100 ») au large du golfe Arabo-Persique.

Compétences à fidéliser. L’âge moyen d’un équipage, tous navires confondus, est de 30 ans, contre 35 ans pour les autres armées. Cette jeunesse s’explique par le service en 3×8 à bord, l’éloignement de longue durée et la préparation permanente au combat. La réduction des équipages sur les nouveaux navires implique polyvalence et responsabilités personnelles accrues. Recrutés à 20 ans, les personnels non officiers acquièrent une expertise technique pendant 15 ans et quittent la Marine à 40 ans. Pour éviter qu’ils ne partent trop tôt (vers 30-35 ans) dans le monde civil qui les convoite, le commandement doit prendre en compte leur rémunération mais aussi la conciliation de leur métier avec leur vie privée : logement, emploi du conjoint et garde d’enfants. La féminisation atteint 14,7 % (9 % à la mer) avec 64 bâtiments adaptés et 36 femmes ayant déjà commandé à la mer. Mais les femmes partent vers 32 ans pour fonder une famille. Un SNLE doit bientôt partir en patrouille avec 4 officiers féminins disposant d’une chambre individuelle : 1 médecin, 1 chef de quart, 1 expert nucléaire et 1 spécialiste en mécanique, électricité et sécurité plongée.

Loïc Salmon

Afrique : coopération française en matière de sécurité maritime

Marine nationale : motiver, fidéliser et accompagner

Défense : le « plan famille » de fidélisation des militaires




Golfe de Guinée : sécurité et sûreté en mer et à terre

La France accompagne les pays riverains du golfe de Guinée dans la prise en compte de leur sauvegarde maritime. Le contre-amiral Bernard-Antoine Morio-de-Lisle, sous-chef d’état-major des opérations aéronavales, a présenté la situation à la presse, le 14 septembre 2017 à Paris, en complément du dossier de la publication Cols Bleus.

Les nouvelles menaces. En matière de pêche illicite, 40 % des captures sont effectuées par des bateaux étrangers, soit une perte annuelle de 1,5 Md$ pour les pays d’Afrique de l’Ouest, dont 300 M$ pour le Sénégal et 100 M$ pour la Guinée. Depuis 2013, les actes malveillants en mer ont entraîné une perte estimée à 40.000 barils de pétrole par jour. En outre, 151 actes de piraterie ont été recensés en 2016, dont 74 % au large du Nigeria. Il s’agit surtout d’enlèvements contre rançon avec un niveau de violence dépassant celui de la Somalie. S’y ajoutent les brigandages dans les approches portuaires. La corruption, issue des trafics de cocaïne, déstabilise le Sénégal, le Mali et le Nigeria. Enfin, le terrorisme de la bande sahélo-saharienne se propage vers le Sud, où la radicalisation djihadiste a été constatée dans les ports.

L’approche globale. Pour assurer la protection de ses intérêts, la France a conclu des accords bilatéraux avec trois pays pour y prépositionner des forces : Eléments français au Sénégal avec un effectif de 350 militaires ; Forces françaises en Côte d’Ivoire (950) ; Eléments français au Gabon (350). Un accord avec le Cap-Vert et le Sénégal autorise la présence constante à Dakar d’un avion de surveillance maritime Falcon 50 pour la recherche et le sauvetage en mer. De plus, dans le cadre de l’opération « Corymbe » lancée en 1990, la Marine française assure une présence permanente dans le golfe de Guinée avec un ou plusieurs navires, dont un bâtiment de projection et de commandement (BPC) avec son hélicoptère Alouette III et/ou un patrouilleur de haute mer ou un bâtiment hydrographique. Ces moyens contribuent à l’action locale de l’Etat en mer : protection du trafic maritime et des ressources halieutiques ; lutte contre la pollution par hydrocarbures, la piraterie et les trafics illicites. Par ailleurs, ils actualisent la connaissance opérationnelle de la zone et sont renforcés pour le soutien d’opérations, notamment « Licorne » en Côte d’Ivoire (2002 à 2015), « Serval » au Mali (2013) et « Sangaris » en République centrafricaine (2013-2016). Sur le plan humanitaire, le BPC Tonnerre a acheminé l’installation d’un centre de traitement des soignants lors de la lutte contre le virus Ebola en Guinée (2014). De plus, les navires de « Corymbe » participent périodiquement à l’entraînement des forces terrestres françaises prépositionnées, dans le domaine amphibie et pour les qualifications à l’appontage des équipages d’hélicoptères. La coordination entre les forces terrestres et navales permet de conduire une coopération opérationnelle continue et adaptée aux spécificités régionales. Les 19 et 20 septembre 2017, le Sénégal avec le soutien de la France a organisé la 2ème édition du Symposium des chefs d’état-major des Marines, qui a accueilli les représentants de 28 pays, dont l’Espagne, le Portugal, le Danemark et les Etats-Unis, et auquel 18 chefs d’état-major africains ont participé. Il a porté sur le partage de réflexions sur les enjeux du golfe de Guinée, sur la stabilité et la sécurité au profit de la prospérité et sur l’identification des besoins pour une meilleure coordination. Ce symposium a préparé le 4ème Forum international de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique (13-14 novembre 2017).

Le processus de Yaoundé. La coopération en matière de sécurité et de sûreté maritimes a été définie lors du sommet de Yaoundé (Cameroun) en juin 2013. Les participants ont adopté un code de conduite relatif à la prévention et à la répression des actes de piraterie, des vols à main armée à l’encontre des navires et des activités maritimes illicites. La conception de la stratégie relève des organisations régionales, à savoir la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest et la Communauté économique de l’Afrique centrale qui ont délimité leur zone respective de coopération maritime. Dès septembre 2014, le Centre interrégional de coordination a été ouvert à Yaoundé. De leur côté, les Etats conduisent les opérations. A cet effet, un centre régional de sécurisation maritime a été installé à Pointe-Noire (Congo) pour l’Afrique centrale (CRESMAC) et un autre à Abidjan (Côte d’Ivoire) pour l’Afrique de l’Ouest (CRESMAO). Le CRESMAC coordonne les actions des commandements maritimes et terrestres : d’Angola, de la République démocratique du Congo et du Burundi (Zone A) ; du Congo, de la République centrafricaine et du Tchad (Zone B) ; du Gabon, du Cameroun, de la Guinée équatoriale et de Sao Tomé (Zone D). Il n’existe pas de Zone C. Le CRESMAO fait de même pour : le Nigeria, le Bénin, le Togo et le Niger (Zone E) ; le Ghana, la Côte d’Ivoire, le Liberia, la Sierra Leone et le Burkina Faso (Zone F) ; le Cap-Vert, le Sénégal, la Guinée, la Gambie et la Guinée-Bissau (Zone G). En décembre 2013, le sommet de l’Elysée sur la paix et la sécurité en Afrique a débouché sur la création de l’Institut de sécurité maritime interrégional, ouvert à Abidjan en septembre 2015. Ce dernier, qui accueille des stagiaires de 12 pays du golfe de Guinée chaque année, forme des instructeurs dans les domaines de la lutte contre le narcotrafic, l’assurance maritime, le droit de la mer, la sécurité et la sûreté maritimes ou la cybercriminalité dans l’industrie maritime. En outre, la Direction de la coopération de sécurité et de défense (ministère français des Affaires étrangères) détache, sur place, des personnels spécialisés pour mettre en synergie les administrations relatives à la mer : Marine, Gendarmerie, Affaires maritimes, douanes, justice, environnement ou protection civile. Depuis 2010, elle apporte son concours à l’Ecole navale à vocation régionale de Bata (Guinée équatoriale), qui forme des officiers et des officiers-mariniers de 13 pays africains. A l’occasion d’escales ou d’exercices en mer de bâtiments français ou de pays partenaires, des périodes d’instruction sont organisées sur la mécanique, les transmissions, la plongée ou la visite d’un navire suspect. Une centaine de périodes ont été réalisées au profit de 1.000 marins africains en 2016. Enfin, les exercices « African Nemo », spécifiques aux Marines du golfe de Guinée, se déroulent depuis 2013 avec intervention des structures en mer et à terre.

Loïc Salmon

DGA : 2015, un excellent millésime pour l’armement

MBDA : coopération industrielle européenne pour les missiles

Trafics d’armes : fin de crise, embargos, désarmement et consolidation de la paix

 

Etendu sur 5.707 km de côtes, le golfe de Guinée recèle des réserves de 100 milliards de barils de pétrole et de 4.000 milliards de m3 de gaz naturel. Il représente : 50 % de la production pétrolière africaine (10 % du total mondial), dont 700.000 barils/jour au Gabon ; 90 % du volume des échanges des Etats de la zone ; 90 % du produit intérieur brut du Togo grâce au port de Lomé ; plus de 1Mt de poissons pêchés par an. Enfin, 80.000 ressortissants français résident dans les pays riverains et enclavés. La sécurité maritime concerne toutes les mesures étatiques relatives aux catastrophes naturelles ou accidentelles. La sûreté maritime porte sur la prévention et la lutte contre les actes de malveillance en mer et dans les ports.