Afrique : Ghana et Togo, face à leurs vulnérabilités

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Complémentarité et action concertée entre acteurs de la sécurité et ceux du développement permettront au Ghana de tirer profit de ses ressources minérales et au Togo d’exploiter son gisement pétrolier offshore.

Une délégation de l’Association des auditeurs de l’Institut des hautes études de défense nationale l’a constaté lors d’un séjour du 8 au 17 février 2019, où elle a rencontré des responsables politiques et militaires et des représentants du monde économique.

Menaces anciennes et nouvelles. En 2014, le Golfe de Guinée figure au premier rang des zones à risques de piraterie dans le monde, selon le Bureau Maritime International (IMB) qui note une augmentation sensible des agressions en 2018. S’y ajoutent les trafics de personnes, de drogue, d’armes, de pêche illicite et de pollutions diverses. En outre, au Nord, le Togo et le Ghana ont une frontière commune avec le Burkina Faso, Etat de plus en plus défaillant. Leurs autorités militaires disposent de centres de formation aux opérations de maintien de la paix, d’un centre d’entraînement des forces de police et d’un centre de coordination des actions maritimes, organisés et gérés selon des normes internationales. Toutefois, elles rencontrent des difficultés d’encadrement, d’équipement et de financement. La question de l’islam, phénomène récent, résulte d’événements extérieurs. Le découpage ethnique ne coïncide pas avec celui des religions. Au Ghana, les musulmans sont estimés à 17,6 % de la population et les chrétiens à 71,2 %. Au Togo, les premiers représentent 10-15 % de la population et forment une élite intellectuelle. Mais aujourd’hui, la progression de l’islam se traduit par des conversions quotidiennes et la construction de nombreuses mosquées financées par les pays du Golfe arabo-persique, qui assurent aussi la formation des imams. La question des migrations semble y être moins importante que dans d’autres Etats africains. Cependant, des bandes organisées exploitent les désirs d’émigration en faisant payer les candidats au départ, les amènent dans les conditions effroyables d’un véritable raid à travers la jungle et le désert jusqu’à la côte méditerranéenne et les embarquent sur des navires de fortune, pour ensuite les abandonner en haute mer à la bonne volonté des pays européens… qui leur viendront en aide.

Recherche de solidarités adaptées. L’influence du passé colonial des deux grands ensembles francophone et anglophone tend à s’estomper par le biais de la recherche de solidarités « régionales » : l’Union européenne (UE) par les accords de Yaoundé, de Lomé, enfin de Cotonou en 2000 ; l’Union Africaine (UA) ; la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), qui a instauré la libre circulation des personnes et inclut le Togo et le Ghana. La lutte contre le terrorisme, dont la mouvance Boko Haram sévit au Nigeria, fait aussi l’objet de coopérations entre les pays concernés. Le Ghana est membre associé de l’Organisation internationale de la francophonie depuis 2006, tandis que le Togo a demandé à adhérer au Commonwealth britannique. Les Etats riverains du Golfe de Guinée ont pris conscience de sa vulnérabilité. Le sommet de Yaoundé (2013) a débouché sur la nécessité de mutualiser le renseignement et les moyens de riposte, d’harmoniser les règles de poursuites et de mettre en place une « bonne gouvernance maritime et portuaire », impliquant une composante terrestre. La zone est couverte par la CEDEAO, la Communauté économique des Etats d’Afrique centrale et la Commission du Golfe de Guinée, en cohérence avec la « Stratégie africaine intégrée pour les mers et océans 2050 », adoptée par l’UA en 2012. Toutefois, l’objectif d’une meilleure coordination n’est pas encore totalement atteint. Pourtant, dans cette zone à risques, les eaux territoriales du Togo constituent un refuge pour la plupart des navires en transit, grâce au dispositif mis en place par sa Marine. En octobre 2016, ce pays a accueilli le forum de l’UA sur la sécurité maritime et joue un rôle important avec l’aide de partenaires, dont la France. Ainsi, les escales du porte-hélicoptères amphibie Mistral ou de frégates donnent lieu à des actions de formation et d’entraînement avec, parfois, la participation de forces béninoises. La Charte africaine sur la sûreté et la sécurité maritimes, dite « Charte de Lomé », est en cours de ratification par les Etats africains. En 2019, la France copréside, avec le Ghana, le sommet du « G7++ », à savoir le Groupe des amis du Golfe de Guinée dont la tâche consiste à appuyer la mise en œuvre du processus de Yaoundé. Le G7++ regroupe l’Allemagne, le Canada, les Etats-Unis, l’Italie, le Japon, la Grande-Bretagne, la France, la Belgique, le Brésil (observateur), la Corée du Sud, le Danemark, l’Espagne, la Norvège, les Pays-Bas, le Portugal, la Suisse, l’UE, l’Office des nations unies contre la drogue et le crime et enfin Interpol.

Coopérations bilatérales. La France reste le premier partenaire militaire du Togo, notamment pour la formation. L’accord de défense et de coopération, renouvelé en 2009, implique la présence d’experts français comme conseillers techniques dans les forces armées. En outre depuis 1990, la mission « Corymbe » de patrouilles régulières de navires français dans le Golfe de Guinée inclut des exercices conjoints en mer et des formations spécifiques. Des militaires des Eléments français du Sénégal, basés à Dakar, participent aussi régulièrement à la préparation des contingents togolais aux opérations de maintien de la paix de l’ONU. Au Ghana, des experts français interviennent également au Centre international Kofi Annan d’Accra, pour l’enseignement du français et l’envoi d‘officiers ghanéens en stage en France. Des missions d’expertise et de formation sont aussi assurées par la police française, en particulier dans le cadre des luttes contre le terrorisme, la criminalité organisée et le trafic des stupéfiants. La Grande-Bretagne apporte une aide logistique dans le cadre de programmes de formation et d’échanges entre forces togolaises et ghanéennes et avec les forces françaises. Les Etats-Unis contribuent à la formation des garde-côtes et la Chine fournit des équipements militaires. Toutefois, les groupes terroristes pressentent que les troupes étrangères partiront un jour, ce qui augmente le risque d’un embrasement général dans la région.

Hélène Mazeran

Le Ghana, peuplé de 28,8 millions d’habitants, s’étend sur 238 537 km2 et a connu une croissance économique de 4,4 % en 2017). Il dispose d’importantes ressources en or, bauxite, manganèse, pétrole (4ème producteur africain), et gaz, et aussi agricoles dont le cacao. Les extractions illégales d’or entraînent des trafics divers et des menaces sur les nappes phréatiques. Le développement de cultures d’exportation, comme le cacao, risque d’accroître les tensions habituelles entre éleveurs nomades et cultivateurs sédentaires, notamment dans le centre du pays. D’une superficie de 56 785 km2, le Togo compte 7,6 millions d’habitants et a réalisé une croissance de 4,4 % en 2017. Son économie de transit se fonde sur le port autonome (seul port naturel en eau profonde de la région) et la nouvelle aérogare de Lomé, qui ont permis la création d’une plateforme logistique et de services, stimulée par le Plan national de développement adopté récemment.

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