14 juillet 2021 : engagements de haute intensité, technologies de pointe et anniversaires

L’édition 2021 du défilé du 14 juillet à Paris porte sur les combats possibles de haute intensité, une technologie élevée, la résilience et le rappel du passé.

Présentée le 4 juin 2021 par le général de corps d’armée Christophe Abad, gouverneur militaire de Paris, elle reprend son format traditionnel d’avant la pandémie du Covid 19. Le défilé du 14 juillet 2021 met ainsi en œuvre : 5.000 participants, dont 4.300 à pied ; 71 avions et 25 hélicoptères ; 221 véhicules ; 200 chevaux de la Garde républicaine. Dans le cadre de l’opération « Takuba » au Mali, les forces spéciales sont mises à l’honneur avec un détachement de 81 soldats d’Italie, des Pays-Bas, de Belgique, d’Estonie, de République tchèque, de France, du Portugal et de Suède.

L’action dans les airs. Le défilé des avions, ouvert par la Patrouille de France, met en scène les missions de l’armée de l’Air et de l’Espace (AAE) et de la Marine nationale. La dissuasion nucléaire est représentée notamment par les Forces aériennes stratégiques avec 1 avion ravitailleur multi-rôles A330 MRTT et 6 chasseurs Rafale B. La maîtrise de l’espace aérien est matérialisée par 1 AWACS E3F (détection et commandement aéroporté), 4 chasseurs Mirage 2000-5 et 2 Mirage 2000 B. L’action dans la profondeur se manifeste avec 1 A330 MRTT, 6 Mirage 2000 D, 4 Rafale C et 2 Rafale B. La Marine nationale déploie le Groupe aérien embarqué avec 1 avion de guet aérien Hawkeye et 8 Rafale Marine. S’y ajoutent 2 ATL2 de la patrouille maritime, pour les opérations extérieures, et 1 Falcon 50 Marine, pour la lutte contre les trafics illicites. Les trois armées montrent aussi leurs hélicoptères. L’armée de Terre présente ses missions : protection du territoire national avec 3 appareils (Puma, Caïman et Cougar) ; opération « Barkhane » dans la bande sahélo-saharienne avec 3 appareils (1 Tigre et 2 Caïman). Celles de l’AAE consistent en interventions extérieures et sur le territoire national, présentées par 2 Caracal, 1 Fennec canon et 1 Fennec TE. La Marine nationale montre 2 Caïman, 2 Panther et 1 Dauphin pour la maîtrise des espaces aéromaritimes et le combat naval.

La sécurité par les airs. L’AAE montre ses moyens d’engagement, de projection et de soutien par trois types d’avions de transport, représentés par 1 A400 M, 1 Transall C160 et 2 Casa CN235. S’y ajoute, pour le renseignement, 1 avion léger de surveillance et de reconnaissance. L’AAE présente 2 Pilatus PC 21 et 2 Xingu destinés à la formation, l’entraînement et la préparation. La Direction générale de l’armement déploie le nouvel avion de soutien d’essais en vol TBM 940. La Sécurité civile montre 1 Beech B200, 1 Canadair et 1 Dash Q400 dédiés à la lutte contre les incendies et 1 hélicoptère d’intervention. La Gendarmerie déploie 3 hélicoptères (1 EC145 et 2 EC135), destinés à l’assistance, le sauvetage, la surveillance, le renseignement et l’intervention.

Les anniversaires. L’année 2021 rappelle les 80 ans du « serment de Koufra » (division Leclerc), les 80 ans des Forces aériennes françaises libres, les 75 ans de la base aéronavale de Lann Bihoué, les 60 ans de la Direction générale de l’armement, les 30 ans de la division « Daguet » et les 10 ans du Service interarmées des munitions.

Les cérémonies. En ouverture, la musique de la Garde républicaine souligne la concorde nationale. La clôture met en exergue une jeunesse engagée, représentée par une chorale de 120 jeunes. Le Chœur de l’armée française entonne la « Marseillaise ».

Loïc Salmon

14 juillet 2019 : coopération européenne et innovation

14 juillet 2018 : l’engagement citoyen et patriote

14 juillet 2017 : « opérationnels ensemble » en interarmées, interministériel et international




Défense : mémoire et culture, véhicules des valeurs militaires

Maintenir le lien entre un lieu culturel et le sens de l’honneur. Créer un sentiment d’appartenance à un ensemble qui dépasse sa propre vie, à savoir la défense du pays. Faire rayonner le génie français à étranger.

Tels sont les objectifs de la politique culturelle du ministère des Armées, présentée à la presse le 9 juin 2021 à Paris par : le contrôleur général des armées Sylvain Mattiucci, directeur de la Direction des patrimoines de la mémoire et des archives (DPMA) ; le général de brigade Henry de Medlege, directeur du musée de l’Armée.

Un vaste réseau. La DMPA souhaite rendre la richesse du patrimoine du ministère des Armées accessible à plusieurs publics, explique son directeur. Il s’agit de donner des repères historiques et culturels aux jeunes et de montrer aux personnels militaires et civils qu’ils participent à une histoire contemporaine, à laquelle ils dédient leur vie. Cette politique culturelle, mise en œuvre par la DPMA, repose d’abord sur quatre établissements publics : le musée de l’Armée aux Invalides à Paris ; le musée national de la Marine avec ses sites de Paris (en réfection jusqu’en 2022), Brest, Toulon, Rochefort et Port-Louis ; le musée de l’Air et de l’Espace à Paris-le Bourget ; le musée de l’Ordre de la Libération aux Invalides. Outre le ministère de la Culture, partenaire majeur, s’y ajoutent : les délégués aux patrimoines ; le musée du Service de santé des armées à Paris ; les 10 musées d’armes de l’armée de Terre ; le réseau des musées et mémoriaux des conflits contemporains ; les partenaires institutionnels et privés, (producteurs de films, éditeurs et mécènes) qui apportent un financement complémentaire. L’Etablissement de communication et de production audiovisuelle de la défense (Fort d’Ivry) collecte, conserve et valorise plus de 12 millions de photos et 31.000 films depuis 1915. Le Service historique de la défense (10 centres en France) dispose de 18 millions de photos, 50.000 cartes et plans, 900.000 ouvrages et 20.000 lecteurs inscrits par an. Les ambitions de la politique culturelle du ministère des Armées portent notamment sur la numérisation des archives qui permettent le calcul des droits, l’entretien de la mémoire des conflits contemporains et la promotion du tourisme dans les hauts lieux de mémoire, sans oublier la préparation des musées de demain. Grâce à sa collection de plus de 500.000 pièces de l’Antiquité à aujourd’hui, le musée de l’Armée est devenu l’un des premiers du monde en matière d’histoire militaire, souligne le général de Medlege. Sa visite inclut celle du tombeau de Napoléon, dont deux expositions se tiennent à l’occasion du bicentenaire de sa mort (1821). Le musée de l’Armée entretient des partenariats avec le Louvre Abu Dhabi et des musées en Asie et en Europe (Vienne). Son extension en cours porte sur l’histoire des Invalides, l’actualité des engagements militaires, la période de 1945 à nos jours, la colonisation et la décolonisation.

Un riche patrimoine. Outre les collections indiquées plus haut, le patrimoine du ministère des Armées comprend des unités documentaires et bibliothèques, les 10 hauts lieux de la mémoire nationale, 275 nécropoles, 2.170 carrés militaires et 1.000 lieux de sépulture dans 80 pays. En 2019, les musées ont accueilli plus de 2 millions de visiteurs et 120.000 autres lors des journées du patrimoine. Chaque année, 30 coéditions et films sont soutenus, 750.000 photos collectées et 5 km d’archives restaurées. Le budget de la politique culturelle du ministère des Armées se monte à 38,9 M€ en 2021.

Loïc Salmon

Exposition « Napoléon n’est plus » aux Invalides

Invalides : 350 ans de mémoire de la France combattante

Exposition « Le voyage de l’obélisque » au musée de la Marine




Exposition « Napoléon n’est plus » aux Invalides

Par sa très lente agonie à Sainte-Hélène en 1821, Napoléon 1er devient plus humain. Le retour de ses cendres en 1840 constitue une nouvelle apothéose, qui le transforme en image de référence pour l’Histoire de la France.

La fin. Dans le climat insalubre de l’île de Sainte-Hélène, au milieu de l’Atlantique Sud, Napoléon trompe l’ennui en dictant ses mémoires. A l’inaction et la contrariété, s’ajoute une intensification de ses douleurs abdominales dues à son ulcère à l’estomac. Il s’affaiblit depuis cinq ans, au point de rester constamment alité dès la fin de l’année 1820. Fièvres et vomissements aggravent son état. Dès avril 1821, son entourage comprend qu’il va mourir, malgré les soins intensifs. Le matin du samedi 5 mai, Napoléon, inconscient depuis deux jours, est étendu sur son lit de camp à baldaquin dans sa résidence de Longwood. Assistent à ses derniers instants : l’abbé Vignali ; les médecins Antommarchi, Burton et Arnott ; le général comte Bertrand, son épouse et leurs deux fils ; le général comte de Montholon ; le capitaine Crockat ; les valets Marchand et Noverraz ; l’huissier Santini ; le mamelouk Ali Saint-Denis. Selon les témoignages, l’Empereur prononce des mots indistincts. Le comte Bertrand entend « le nom de son fils » puis « à la tête de l’armée ». Le comte de Montholon croit entendre les mots « France, armée, tête d’armée, Joséphine ». Selon le valet Marchand, Napoléon dit des mots inarticulés, traduits par « France », « tête » et « armée ». L’Empereur expire à 5 h 49 de l’après-midi. Antommarchi lui ferme les yeux et les Britanniques Arnott et Crockat enregistrent l’heure du décès.

La veillée funèbre. L’abbé Vignali dit la messe. Après la toilette mortuaire, Napoléon est présenté sur un lit de campagne, tête nue et couvert d’un drap, pour la veillée entre Français. Le 6 mai au matin, le général britannique Lowe, gouverneur de Sainte-Hélène, entre, pour la première fois, dans l’appartement privé de l’Empereur pour constater le décès et reconnaître le corps. Dans l’après-midi puis dans la matinée du 7 mai, Longwood ouvre ses portes au public. Sous l’autorité du capitaine britannique Crokat, deux valets gardent la dépouille vêtue de l’uniforme de colonel des chasseurs à cheval de la Garde impériale et coiffée du « petit chapeau ». Parmi les civils, seuls les notables de Sainte-Hélène peuvent pénétrer dans l’enceinte de Longwood. Ils entrent par groupes de quatre à dix pour un hommage de quelques minutes. Beaucoup prennent sa main et l’embrassent, laissant couler leurs larmes. Certains amènent leurs enfants et d’autres viennent plusieurs fois. Le 7 mai dans l’après-midi, le moulage en plâtre du masque mortuaire est pris et les funérailles se préparent. Divers tableaux allégoriques immortaliseront Napoléon sur son lit de mort. Après la mise en bière le 9 mai, une dernière messe est dite à Longwood avant le départ du corps à 11 h. Refusant de rendre les honneurs à un empereur déchu, Lowe, dont le caractère intransigeant, tatillon et parfois obtus le fait passer à la postérité, organise des obsèques « d’officier général du plus haut rang ». Au son d’une marche funèbre entendue dans toute l’île, le cercueil, porté par huit grenadiers anglais, précède un long cortège composé de la suite française de l’Empereur, en tenue de deuil, de l’état-major de Lowe et de nombreux civils. Les drapeaux sont en berne. Les canons anglais tonnent sur terre et sur mer.

La tombe. Devant l’impossibilité pour les Français et les Anglais de s’entendre sur le titre à décerner à Napoléon, « empereur » ou « général », en vue de l’inscrire sur la pierre tombale, celle-ci reste vierge, sans même son nom. L’Empereur est alors inhumé sur l’île, dans le val entouré de géraniums, qu’il a lui-même désigné. Cette tombe est aujourd’hui reconstituée aux Invalides, avec la pierre tombale d’origine, dans le jardin jouxtant la cathédrale Saint-Louis, église des Soldats.

Le testament. Dans son testament, Napoléon règle ses comptes avec ceux qui l’ont trahi ou ont démérité à ses yeux. Il cite nommément ceux qui ont provoqué ses défaites finales en 1814 et 1815 et se sont ralliés à Louis XVIII : le maréchal Marmont, qui a livré son corps d’armée à l’ennemi en 1814, privant l’Empereur de capacité de riposte et donc contraint à abdiquer ; le maréchal Augereau, qui évacue Lyon sans combattre en 1814 ; Talleyrand, ministre des Relations extérieures de 1799 à 1807 ; La Fayette, rayé de la liste des émigrés en 1800 par le Premier Consul Bonaparte mais qui organise avec Fouché (ministre de la Police de 1804 à 1810 puis 3 mois en 1815) la seconde abdication de l’Empereur en 1815. Napoléon invoque la raison d’Etat pour justifier l’exécution du duc d’Enghien, considéré comme traître à la solde de l’Angleterre. Enfin, l’Empereur lègue 10.000 francs à Cantillon, arrêté et jugé pour avoir tiré, en 1818, sur le duc de Wellington, son adversaire britannique à Waterloo (1815), sauvé de la défaite par l’arrivée du général prussien Blücher. Ce testament rédigé de sa main le 15 avril 1821, sera envoyé à Londres puis restitué en mars 1853 à la France, dirigée à l’époque par un autre empereur, son neveu Napoléon III.

Le « retour des cendres ». Les pétitions sur le retour du corps de Napoléon, adressées au gouvernement dès 1821, finissent par aboutir en 1840. Les autorités britanniques acceptent et le Parlement français dote le projet d’un million de francs. Sous l’autorité du diplomate Rohan-Chabot, la « Mission de Sainte-Hélène » se compose de la frégate Belle-Poule, commandée par le prince de Joinville, fils du roi Louis-Philippe, et de la corvette Favorite. Font partie du voyage : le grand maréchal du palais Bertrand et son fils ; le général Gourgaud ; le fils du comte de Las Cases (auteur du « Mémorial de Sainte-Hélène ») ; cinq anciens domestiques, dont Marchand et Saint-Denis. Partie de Toulon le 7 juillet, la mission arrive à Sainte-Hélène le 8 octobre. Lors de la remise officielle le 15 octobre, après l’ouverture des enveloppes d’acajou, de plomb, de bois et de fer blanc du cercueil, le corps de l’Empereur apparaît parfaitement préservé. Le cercueil, embarqué sur la Belle-Poule, arrive à Cherbourg le 30 novembre. Il remonte la Seine jusqu’à Courbevoie à bord des bateaux à vapeur Normandie puis Dorade-III. Le 15 décembre 1840, malgré le froid, une foule immense observe le passage du convoi funèbre jusqu’aux Invalides à Paris. Louis-Philippe reçoit le corps de l’Empereur « au nom de la France », avec l’épée portée à la bataille d’Austerlitz (1805) et son chapeau, entré dans la légende.

Loïc Salmon

L’exposition « Napoléon n’est plus » (31 mars-19 septembre 2021), organisée par le musée de l’Armée et la Fondation Napoléon, se tient aux Invalides à Paris. Elle présente uniformes, armes, objets, décorations, gravures, tableaux et documents. Cette exposition se double du parcours d’art contemporain intitulé « Napoléon ? Encore ! » (7 mai 2021-30 janvier 2022). Par ailleurs, les espaces permanents du musée de l’Armée dédiés au Premier Empire présentent une maquette de la bataille de Lodi (10 mai 1796) et le bivouac de l‘Empereur. Le Dôme des Invalides, qui abrite son tombeau, a été restauré, grâce à une souscription publique. Renseignements : www.musee-armee.fr

Napoléon n’est plus

Exposition « Napoléon stratège » aux Invalides

Exposition « Napoléon à Sainte-Hélène » aux Invalides




Napoléon n’est plus

Par sa mort lente, Napoléon devient ce qu’il est aujourd’hui dans la mémoire collective et continue d’exister.

Après avoir côtoyé la mort sur les champs de bataille, il avait envisagé le suicide à Fontainebleau lors de sa première abdication en 1814. Il y repense à bord du navire anglais Northumberland en route vers Sainte-Hélène en 1815. A la fin de sa vie, il demande que soit pratiquée l’autopsie de son corps pour établir la cause de sa mort, probablement due à son ulcère à l’estomac. Après avoir dicté ses mémoires à Las Cases pendant les premières années de sa captivité, sentant la mort proche en avril 1821, il écrit son testament en tant que particulier et… monarque pour la postérité ! La plupart de ses objets personnels, légués à son fils (1811-1832), le duc de Reichstadt (Napoléon II), ne lui parviendront jamais, conformément à( la volonté de l’empereur d’Autriche (son grand-père) et de son chancelier Metternich. A la mort du duc, les reliquats seront répartis entre les membres survivants de la famille Bonaparte. Toutefois, les armes de Napoléon, dont l’épée d’Austerlitz et un sabre de l’expédition d’Egypte, seront transférées à la France par leur dépositaire, le général Bertrand présent à Sainte-Hélène. Napoléon prévoit des dons financiers à ses « vieux soldats », « fidèles serviteurs », aux anciennes zones de combat (26 départements) et villes de Brienne et Méry, qui ne le sauront qu’en 1853, le testament ayant été mis au secret à Londres. A cette date, les relations avec l’Angleterre se sont améliorées. A la demande de l’empereur Napoléon III et par l’entremise de l’ambassadeur de France à Londres, le comte Walewski (fils naturel de Napoléon 1er), les pièces testamentaires sont restituées. L’Etat français verse des dons de 100 à 500 francs de l’époque à 7.500 soldats et officiers ou leurs veuves et héritiers. Napoléon III décerne la « médaille de Sainte-Hélène » à tous les anciens combattants survivants des guerres de 1792 à 1815. Pour ajouter un dernier chapitre au roman extraordinaire de sa vie, Napoléon inscrit dans son testament la clause, qui sera gravée à l’entrée de la crypte de son tombeau aux Invalides : « Je désire que mes cendres reposent au bord de la Seine, au milieu de ce peuple français que j’ai tant aimé. » Il décède le 5 mai 1821 dans sa résidence de Longwood. Le 7 mai, le navire Heron quitte Sainte-Hélène pour l’Angleterre avec les dépêches le certifiant. La nouvelle, parvenue à Londres le 4 juillet, est publiée dans les journaux anglais et français, puis transmise dans toute l’Europe jusqu’en Russie. Lors de l’autopsie, le cœur et l’estomac de l’Empereur sont déposés dans un vase d’argent, rempli d’alcool fermenté et placé dans le cercueil. Napoléon avait choisi la « vallée du Géranium » comme son lieu d’inhumation à Sainte-Hélène, vœu accepté par le gouverneur Howe qui y fait installer des barrières gardées par des sentinelles jour et nuit. Lors du « retour des cendres » en 1840, le cercueil n’est ouvert que deux minutes pour permettre la reconnaissance du corps, parfaitement conservé, et éviter sa décomposition à l’air libre. Le 15 décembre, la cérémonie aux Invalides rassemble environ 800.000 personnes. Le gouvernement britannique reconnaît à Napoléon le titre d’empereur et fait retirer la dénomination de « général Bonaparte » de tous les rapports officiels. En 1858, la France rachète la résidence de Longwood et la vallée du Géranium pour 2.200 £ de l’époque (296.500 €), domaine affecté au ministère des Affaires étrangères.

Loïc Salmon

 « Napoléon n’est plus », ouvrage collectif. Éditions Gallimard/Musée de l’Armée, 296 pages, nombreuses illustrations, 35 €

Exposition « Napoléon n’est plus » aux Invalides

Campagne d’Italie, 1796-1797

Napoléon à Sainte-Hélène, la conquête de la mémoire




Campagne d’Italie, 1796-1797

Montenotte, Lodi, Castiglione, Arcole et Rivoli restent les plus connues des batailles d’une « campagne éclair », menée en Italie par un général de 27 ans, sans expérience de la guerre à ce niveau mais qui subjugue ses troupes par ses qualités humaines et techniques.

Entre le 1er avril 1796 et le 18 avril 1797, face à des généraux ennemis aguerris, Napoléon Bonaparte parvient à chasser les Autrichiens de l’Italie du Nord et à imposer la présence française dans toute la péninsule, son indépendance vis-à-vis de son propre gouvernement et la paix à l’empereur d’Autriche ! L’armée d’Italie du début, endurcie par la misère, les privations et les combats, est devenue inactive et peu disciplinée, avec un moral en baisse. Quand il la rejoint à Nice, Napoléon Bonaparte assoit rapidement son autorité de général en chef par l’abandon des familiarités en usage, le rétablissement de la distance avec ses subordonnés, plus chevronnés que lui, et la réorganisation des unités. Il en résulte plus d’exactitude dans l’obéissance, de régularité dans le service et de liaison dans les mouvements. Dans une note adressée au Directoire avant son départ, Bonaparte écrit qu’il appartient au pouvoir politique de définir le but de la guerre, les modalités d’exécution pour l’atteindre étant de la responsabilité du chef militaire. Il indique à l’appui qu’il faut un mois pour avoir une réponse de Paris à une dépêche venant de la ville italienne de Savone et que, pendant ce temps, tout peut changer. Le jeune général a saisi l’importance du secret et de la vitesse dans la manœuvre, pour surprendre les armées ennemies. Il doit compenser son infériorité globale par une économie rigoureuse des forces pour obtenir, à l’instant « T », la supériorité du nombre en vue de livrer bataille à l’endroit choisi par lui, si possible. Dans les faits, les petits combats se multiplient. Mais Bonaparte manifeste toujours une capacité de réaction immédiate, fruit d’une longue méditation antérieure. Sa présence en première ligne et même à l’avant-garde lui donne un ascendant durable sur ses soldats. Ce lien se renforce par ses proclamations et la rédaction de bulletins qui, publiés dans les journaux français, lui acquièrent une popularité en France même…qui inquiète le Directoire. Outre les réclamations incessantes de renforts, il traite les détails d’ordre logistique. Pour ne pas s’aliéner les populations des villages qui accueillent avec enthousiasme les troupes républicaines, il doit interdire, à plusieurs reprises, pillage et vexations, qui reprennent en cas de légères défaites ou même de révoltes sévèrement réprimées. Après les « suspensions d’armes », il impose, aux villes, provinces et princes vaincus, des contributions en vivres, habillements et chevaux, mais aussi en argent et biens culturels…qui prennent le chemin de la France. Mécontent du service d’espionnage, il le réorganise pour obtenir des informations sûres sur les armées ennemies et du renseignement politique à Naples, Rome, Florence, Turin, Venise, Vienne et même Paris ! Cette police secrète surveille personnels militaires et civils, généraux et hommes politiques. En Italie centrale et du Sud, il neutralise certains Etats hostiles par la diplomatie et impose des traités de paix à d’autres. Après la victoire de Lodi, une députation de l’armée lui confère le grade, hautement honorifique, de « caporal », auquel est ajouté « petit » en raison de sa jeunesse. En outre, il se sent capable de devenir un acteur décisif sur la scène politique de la France.

Loïc Salmon

« Campagne d’Italie, 1796-1797 », Michel Molières. Editions Pierre de Taillac, 780 pages, nombreuses illustrations, 29,90 €.

Exposition « Napoléon stratège » aux Invalides

Soldats de Napoléon

Exposition « Napoléon et l’Europe » aux Invalides




Le Moyen-Age en sept batailles

L’évolution de la tactique, par la manœuvre combinée de l’infanterie, de la cavalerie et des armes de jet, et la révolution technique de l’artillerie modifient profondément l’art de la guerre au Moyen-Age (476-1453).

L’Empire romain d’Orient survit mille ans à celui d’Occident sur le plan militaire, grâce à une cavalerie puissante, une infanterie solide, une Marine efficace, l’art du siège et une réflexion stratégique. Dans le reste de l’Europe où la société militaire se structure sur le lien vassalique, émerge la figure du chevalier, suffisamment aisé pour acheter son cheval et son armure. Au début, la tactique consiste à combiner les effets de l’infanterie, des archers et des arbalétriers, pour fixer l’adversaire, à celui de la cavalerie pour le prendre à revers afin de disloquer son dispositif par le choc. Puis l’usage des arcs à longue portée et à grande précision permet de renforcer l’effet tactique à distance. Enfin, l’artillerie mobile de campagne avec des boulets métalliques modifie le rapport de force sur le champ de bataille. Les fantassins, disciplinés et armés de piques, manœuvrent par unités, et le combat corps à corps laisse la place à l’action à distance. La cavalerie n’emporte plus la décision par le choc mais devient l’arme de la mobilité. Des formations « mixtes » apparaissent, composées de soldats armés de piques, d’épées et d’armes de poing, pour affronter un ennemi à cheval ou à pied. Les chevaliers, qui avaient l’habitude de charger la « piétaille » moins bien armée et formée qu’eux, perdent leur prééminence initiale. Parallèlement à la bataille rangée, la ville, cœur du pouvoir politique et social, prend une dimension opérationnelle majeure avec le perfectionnement des fortifications, pour mieux briser les assauts des fantassins et résister aux jets de traits et de pierres des systèmes d’armes de siège. A Hastings (Angleterre, 1066), l’armée normande de 8.000 hommes remporte la victoire contre l’armée anglo-saxonne (7.500 hommes), grâce sa volonté de vaincre et ses capacités tactiques. La guerre de Cent Ans trouve alors son origine dans les liens vassaliques et dynastiques avec la Couronne de France qui en résultent. A Hattin (Palestine, 1187), l’armée musulmane l’emporte sur celle des Croisés, qui ont négligé le renseignement, la reconnaissance sur les hauteurs et la logistique. Ce désastre précipite la disparition des Etats latins d’Orient. A Las Navas de Tolosa (Espagne, 1212), l’union des princes ibériques et la fougue de leurs unités mettent en fuite les armées musulmanes, très supérieures en ombre et aguerries. Cette victoire relance la reconquête de toute l’Espagne. Au bord de la rivière Kalka (Ukraine, 1223), l’armée mongole vainc les troupes russes et polovtses (peuple nomade turcophone), plus nombreuses mais aux flux logistiques trop longs et amenées sur un terrain défavorable à leur cavalerie lourde. L’Empire mongol peut poursuivre son expansion vers l’Ouest. A Bannockburn (Ecosse, 1314), la petite armée de fantassins écossais, organisée en carrés défensifs, affronte sur un terrain favorable et aménagé, l’impétueuse cavalerie anglaise, dont la défaite assure l’indépendance de l’Ecosse pour plusieurs siècles. La prise de Constantinople (Empire romain d’Orient, 1453) par l’armée ottomane, très nombreuse, résulte d’un blocus total et de l’emploi de l’artillerie. A Castillon (France, 1453), celle-ci accélère la défaite anglaise, qui sonne la fin militaire de la guerre de Cent Ans.

Loïc Salmon

« Le Moyen-Age en sept batailles », Gilles Haberey & Hughes Pérot. Editions Pierre de Taillac, 94 pages, nombreuses illustrations, 24,90 €. 

Exposition « D’Azincourt à Marignan » aux Invalides

Histoires d’armes

L’âge d’or de la cavalerie




La police des Lumières

Instrument de la puissance publique, la police du XVIIIème siècle intervient aussi dans l’économie, le travail, les échanges, la santé et l’hygiène des populations. La formation de ses métiers spécifiques s’amorce en Europe.

La police s’arroge aussi le droit d’exclure de la société tous ceux qu’elle considère comme nuisibles à la paix publique et tranche arbitrairement en faveur de ce qu’elle pense être l’intérêt commun. Face à elle, les gens ordinaires ne se limitent pas à l’obéissance muette ou à la résistance obstinée et recourent à la ruse, à la négociation et aux accommodements. Les policiers eux-mêmes savent modérer leur action pour éviter d’éventuelles réactions de grande ampleur. Certains, inspirés par les idéaux des Lumières, tentent d’adoucir des dispositifs jugés inefficaces ou trop rigoureux. La capacité de maintien de l’ordre de la lieutenance générale de police, instaurée en 1667 par Louis XIV, suscite l’intérêt des souverains de Prusse, d’Autriche, de Toscane et de Russie, qui en étudient la transposition chez eux. L’Espagne, le Portugal et le Danemark en adoptent des versions. A Paris, les commissaires du Châtelet assurent un rôle de police de proximité, qui désamorce la plupart des conflits locaux. L’ouvrage « Traité de police » (1709) recense onze domaines d’activité : religion, mœurs, santé publique, approvisionnement en nourriture, voie publique, sécurité, sciences physiques et humaines, commerce, production, personnel domestique et pauvreté. Il inspire toutes les grandes villes d’Europe, celles de la côte nord-américaine et même la capitale de l’Empire ottoman, confrontées aux mêmes difficultés socio-économiques. Le maintien de l’ordre à Paris y est présenté sous ses deux aspects : détecter, réprimer et punir la délinquance ; veiller à l’amélioration de l’environnement urbain. La conception d’une police « amélioratrice » en vient à prendre les attributs d’une science avec des textes et des méthodes spécifiques. Divers auteurs, disposant de réseaux internationaux, préconisent le recours prudent à des petites technologies, soulignent l’importance du détail dans le travail de la police et mettent l’accent sur la prévention. La culture politique de la fin du siècle des Lumières prône la transparence et les droits individuels face à l’opacité de la police parisienne avec sa pratique de l’espionnage, ses prisons d’Etat et ses « lettres de cachet », à savoir un ordre du roi permettant l’incarcération sans jugement, l’exil ou l’internement de personnes jugées indésirables. Par ailleurs, l’armée est mise souvent à contribution pour le maintien de l’ordre civil : sentinelles devant les bâtiments publics ; surveillance des marchés et des spectacles ; patrouilles nocturnes ; conduite des délinquants aux postes de garde ; haies de sécurité pendant les grandes fêtes et processions urbaines ; réglage de la circulation des véhicules. La « Ferme générale », qui collecte les droits de douane et les impôts indirects, dispose d’une force de police de 20.000 gardes armés aux frontières. La Révolution remplace la lieutenance générale de police par la Garde nationale, les justices de paix, l’institution d’un contrôle démocratique et la création d’un ministère de la Police, qui reprennent ultérieurement la plupart des techniques répressives de l’Ancien Régime. La « maréchaussée », chargée de la police et de la justice militaires et aussi de la police des routes, devient Gendarmerie nationale et perd ses compétences judiciaires.

Loïc Salmon

 « La police des Lumières », ouvrage collectif. Éditions Gallimard/Archives nationales, 256 pages, 200 illustrations, 35 €

Gendarmerie : lutte contre le terrorisme et renseignement

Garde républicaine

Garde nationale : objectif, fidéliser les réservistes

 

 




Expositions « Comme en 40 » et « 1940 ! Paroles de rebelles » aux Invalides

L’année 1940 rappelle « l’incroyable défaite » de la France face à l’Allemagne vaincue en 1918, mais aussi le sursaut de ceux qui ne l’acceptent pas et veulent continuer le combat jusqu’à la victoire.

Les signes annonciateurs. Les prémices de la revanche militaire de l’Allemagne apparaissent dans les années 1930 dans l’indifférence des démocraties occidentales, notamment des grandes puissances européennes de la Grande Guerre. La France et la Grande-Bretagne se trouvent alors à la tête de vastes empires coloniaux, le traité de Versailles (1919) ayant dépouillé l’Allemagne du sien. Dès 1933, celle-ci se retire de la Conférence du désarmement de Genève et de la Société des nations, qui vise à la sécurité collective par la prévention des guerres et la résolution des conflits par la négociation. En 1935, le gouvernement allemand rétablit le service militaire. L’année suivante, en violation du Traité de Versailles, il envoie des troupes réoccuper la Rhénanie, alors démilitarisée, sans la moindre réaction militaire de la part de la France ni de la Grande-Bretagne. Il lance alors un grand programme de réarmement et prépare l’économie nationale à la guerre. En mars 1938, l’Allemagne annexe l’Autriche pour unifier les populations au sein d’une même nation. Grâce aux accords de Munich signés avec la France, la Grande-Bretagne et l’Italie, elle annexe aussi la région des Sudètes (population à majorité germanophone) de la Tchécoslovaquie en septembre. En mars 1939, elle crée le protectorat de Bohême-Moravie sur ce qui reste de ce pays. En août, elle signe un pacte de non-agression avec l’Union soviétique.

L’attente et les combats. Le 1er septembre 1939, la Wehrmacht envahit la Pologne. L’armée soviétique la rejoint 16 jours plus tard. Comprenant que l’ère des compromis a pris fin, la France et la Grande-Bretagne décident de déclarer la guerre au IIIème Reich le 3 septembre. Après la mobilisation générale, commence la « drôle de guerre ». Le Haut commandement français envoie des troupes en Sarre, en deçà de la ligne « Siegfried », pour soutenir brièvement l’armée polonaise, sans résultats significatifs. Ce dispositif de défense a été construit dans les années 1930 face à la ligne française « Maginot », où sont cantonnés 200.000 soldats qui attendent l’invasion allemande. Celle-ci tarde car la campagne de Pologne a révélé des déficiences à corriger avant d’affronter l’armée française, considérée à l’époque comme la meilleure du monde. Or l’inaction sape le moral des troupes françaises. La population civile se résigne à la guerre dans la persistance des tensions politiques, contrairement à « l’union sacrée » de 1914. L’invasion de la Norvège et du Danemark par la Wehrmacht en avril 1940 donne l’occasion à un corps expéditionnaire, composé des troupes françaises, britanniques et polonaises, de remporter la bataille de Narvik, coupant, temporairement, la « route du fer » (suédois). Le 10 mai 1940, la Wehrmacht pénètre aux Pays-Bas, en Belgique et au Luxembourg. Le corps expéditionnaire britannique (400.000 hommes), débarqué en France en septembre 1939, s’est porté à sa rencontre en Belgique. Le 14 mai, les blindés allemands percent le dispositif français dans les Ardennes et atteignent les côtes de la Manche le 21 mai. Les troupes néerlandaises ont été défaites en cinq jours. Encerclées, les troupes alliées se replient sur Dunkerque, où 240.000 soldats britanniques et 120.000 soldats français et belges sont évacués par mer vers la Grande-Bretagne…grâce à l’appui de l’armée française ! Puis, le 4 juin, celle-ci se rétablit sur la ligne « Weygand » (entre la Somme et l’Aisne), percée par les troupes allemandes…qui défilent à Paris le 14 juin. Entretemps, l’Italie a déclaré la guerre à la France le 10 juin, mais ses troupes restent contenues dans les Alpes. Le 22 juin, les représentants des gouvernements français et allemands signent l’armistice à Rethondes (forêt de Compiègne), dans le même wagon où avait été signé celui du 11 novembre 1918 signifiant la défaite de l’Empire allemand (IIème Reich, 1871-1918). Cet armistice entre en vigueur le 25 juin, en même temps que celui signé la veille entre la France et l’Italie. En 45 jours de combat, l’armée française déplore 92.000 tués, 230.000 blessés, 1,84 million de prisonniers, 2.500 chars et 900 avions détruits. Malgré des capacités opérationnelles et tactiques supérieures, l’armée allemande compte 49.000 morts, 110.000 blessés, 1.800 chars et 1.400 avions détruits. En juillet, le massacre de 1.300 marins français de la flotte française, réfugiée à Mers el-Kébir (Algérie), par la Marine britannique sera utilisé par les propagandes du Reich et du gouvernement de Vichy. Ensuite, la bataille, aérienne, d’Angleterre dure du 13 août au 31 octobre 1940.

L’amertume de l’Occupation. Paniqués par les souvenirs des exactions allemandes de 1914 et les bombardements aériens, huit millions de Français fuient l’avance ennemie. Le tiers du territoire français s’est ainsi vidé entre le 10 mai et le 25 juin. La ligne de démarcation, qui coupe 13 départements sur 1.000 km, constitue une frontière politique, sociale et économique. Dans la zone Nord « occupée » (55 % du territoire), l’heure allemande est imposée à partir du 7 juin. Des tracts allemands, destinés aux forces militaires françaises pour les inciter à se rendre, reprennent le discours du maréchal Pétain, chef de « l’Etat français », radiodiffusé le 17 juin, leur demandant de « cesser de combattre ». Les départements d’Alsace (Bas-Rhin et Haut-Rhin) et de Moselle sont rattachés au Reich dès le 24 juin, puis annexés en novembre. Leurs populations subissent un régime de « défrancisation » et d’embrigadement. La bande littorale atlantique devient « zone interdite » en 1941. La délégation du ministère de la Propagande du Reich censure presse, radio, actualités cinématographiques et films pour lutter contre les influences juives, franc-maçonnes et antiallemandes.

Les rebelles. Les armistices empêchant les Français de lutter aux côtés des Alliés, le général de Gaulle, réfugié à Londres, doit combattre l’ennemi et le gouvernement légal de son pays. Parmi ses 1.038 Compagnons de la Libération (6 femmes), 790 sont entrés en résistance en 1940. Si l’armistice constitue le facteur déclencheur de leur engagement, leurs motivations varient : passion de la France ; humiliation de la défaite ; idéalisme ; goût de l’aventure ; l’irrationnel ; poids mental de la guerre de 1914-1918 ; combat ; loyauté ; anti-germanisme ; attaches familiales ; réflexion politique ; antinazisme.

Loïc Salmon

L’exposition « Comme en 40 » (17 septembre 2020-10 janvier 2021), organisée par le musée de l’Armée, se tient aux Invalides à Paris. Elle présente uniformes, armes, objets, archives cinématographiques et documents. Concerts, conférences et projections de films sont aussi prévus. Renseignements : www.musee-armee.fr.

L’exposition « 1940 ! Paroles de rebelles » (17 septembre 2020-3 janvier 2021), organisée par le musée de l’Ordre de la Libération (Invalides), présente des objets, photos, insignes, extraits audiovisuels et documents. Renseignements : www.ordredelaliberation.fr

335 | Dossier : “La BLITZKRIEG 1939-1942”

Exposition « De Gaulle, une carrière militaire » à Vincennes

Exposition « De l’Asie à la France libre » aux Invalides




Les plus grandes batailles en montagne

Connaissance du terrain, préparation opérationnelle de la troupe, raids et embuscades caractérisent la victoire dans la guerre en montagne.

Celle-ci vise surtout le contrôle d’une zone ou une action sur l’ennemi ou, accessoirement, à créer une diversion, une couverture ou un appui dans le cadre d’une manœuvre globale. La conception et la réalisation de la manœuvre, alliant audace, surprise et cohésion des troupes, restent toujours du ressort d’un chef déterminé. Toutefois, l’héroïsme ne suffit pas. Ainsi, quoique solidement retranché aux Thermopyles (- 480 avant JC) avec 300 Spartiates, Léonidas n’a pas imaginé que l’armée perse puisse le contourner, par surprise, à travers un sentier de montagne. Par contre, un coup d’audace et des techniques alpines ont permis à Alexandre le Grand de s’emparer du camp de la Roche sogdienne (Asie centrale, – 328 avant JC), place forte réputée imprenable. Malgré le terrain escarpé, la multiplicité des combats, la sévérité du climat, les accidents et les délais d’approvisionnements, Hannibal fait franchir les Alpes (- 218 avant JC) en 15 jours à une armée réduite à 26.000 fantassins et 6.000 cavaliers à son arrivée en Italie. L’année suivante, dans une embuscade montée sur les flancs des collines le long du lac Trasimène, il écrase l’armée romaine en l’empêchant de manœuvrer. De son côté, Vercingétorix réussit une manœuvre rapide d’infanterie en terrain montagneux à Gergovie (- 52 avant JC) et inflige à Jules César un important revers militaire. En 1675 et après un minutieux travail de réflexion et malgré un rapport de force défavorable, Turenne traverse les Vosges en plein hiver et remporte la bataille de Turkheim en disloquant par surprise le dispositif de l’armée austro-brandebourgeoise. En 1709, Berwick, Anglais au service de la France, protège 300 km de frontière alpine, grâce à une connaissance approfondie du terrain en toutes saisons et un raisonnement tactique fondé sur le renseignement et la mobilité. En 1808, face à une armée espagnole de 9.000 hommes et 16 canons installés sur le col de Somosierra, assez large pour quatre cavaliers de front, Napoléon ordonne une charge de chevau-légers, dans la brume, qui dure sept minutes et provoque la déroute de l’ennemi, ouvrant la route vers Madrid. Lors de la guerre d’indépendance du Chili en 1817, l’armée du général San Martin traverse la cordillère des Andes en 19 jours, soit 585 km à 4.800-5.000 m d’altitude avec des températures variant de 30° C le jour à – 10° C la nuit. L’allure de 28 km/jour ne laisse pas le temps aux renforts espagnols d’arriver et permet à San Martin de remporter par surprise la victoire de Chacabuco. En 1877 à la tête d’un détachement d’avant-garde russe composé majoritairement de cavalerie, le général Gourko traverse le Balkan d’Etropol du 25 au 31 décembre et défait l’armée turque à Baba-Konak. Le traité russo-turc de San Stephano (3 mars 1878) reconnaît la suprématie russe dans les Balkans à dominante slave et orthodoxe. En 1918, après un raid de plus de 500 km en 6 semaines dans la montagne, le général Jouinot-Gambetta et la cavalerie française remportent la victoire du Dobro Poljé, entraînant la capitulation de la Bulgarie. En 1944, le Corps expéditionnaire français du général Juin franchit les Monts Aurunci et gagnent la bataille du Garigliano au pied du Mont-Cassin, ouvrant aux Alliés la voie vers Rome.

Loïc Salmon

« Les plus grandes batailles en montagne », Colonel Cyrille Becker. Editions Pierre de Taillac, 240 pages, illustrations, 26,90 €.

Conduite de la bataille, planification et initiative

Défaites militaires, ce qu’il faut éviter

L’ultime champ de bataille

 




Exposition « De Gaulle, une carrière militaire » à Vincennes

Même si le général de Gaulle (1890-1970) estimait sa carrière militaire terminée en 1940, celle-ci s’est poursuivie jusqu’à sa retraite en 1952.

Le chef de la France libre se dit « être sorti de l’échelle des grades et investi d’un pouvoir qui ne se hiérarchise pas ». Il commande des militaires des trois armées de métropole et des territoires ralliés de l’Empire colonial français, des femmes servant sous l’uniforme et la Résistance en zone occupée. Or le colonel Charles de Gaulle, nommé général de brigade à titre temporaire le 1er juin 1940, avait été mis à la retraite d’office le 23 juin suivant par un décret présidentiel. Après son départ du gouvernement provisoire en 1946, il refusera une nomination au grade de général d’armée avec effet rétroactif. De même, le fondateur de l’Ordre de la Libération refusera des promotions dans celui de la Légion d’honneur en 1952. Admis 119ème sur 221 à l’Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr en 1909, de Gaulle doit, conformément au règlement en vigueur, servir un an comme simple soldat puis sous-officier avant de commencer sa formation d’officier. Il sort 13ème de la promotion « Fez » (1910-1912) et choisit l’infanterie, « reine des batailles ». Lieutenant à 23 ans au 33ème Régiment d’infanterie d’Arras, il doit susciter l’obéissance chez les conscrits et les sous-officiers plus âgés. Ses conférences face à ses camarades et ses supérieurs attirent l’attention du chef de corps, le colonel Philippe Pétain. Le lieutenant de Gaulle connaît le baptême du feu lors de l’assaut d’un pont sur la Meuse le 15 août 1914. Blessé au genou parmi les cadavres de ses hommes, il commence à douter de la préparation de l’armée française à cette guerre et de la compétence de la hiérarchie militaire pour coordonner infanterie et artillerie.

Le capitaine de Gaulle participe à la bataille de Verdun, où il est à nouveau blessé, dans un bombardement le 2 mars 1916, et fait prisonnier par les Allemands. Il tente par deux fois de s’évader en 1917 et ne sera libéré qu’à l’armistice de 1918, avec le sentiment d’avoir été inutile pendant la Grande Guerre. L’année suivante, il rejoint la mission militaire française en Pologne comme instructeur parmi les troupes combattant l’Armée rouge en 1920. Pour lui, l’écriture, l’enseignement et l’exercice du commandement forment un tout. Les notations de ses supérieurs reflètent ses propres conceptions du chef, du prestige et du caractère, analysées dans son livre « Le Fil de l’Epée », paru en 1932. Dans le suivant, « La France et son armée » (1938), de Gaulle écrit : « Mais, s’il faut la force pour bâtir un Etat, réciproquement l’effort guerrier ne vaut qu’en vertu d’une politique. » Ce livre, qui aurait dû porter la signature du maréchal Pétain, son protecteur depuis 25 ans, marque la rupture entre les deux hommes. Commandant la 4ème Division cuirassée en mai 1940, le colonel de Gaulle teste ses théories dans les combats de Montcornet, de Crécy-sur-Serre et d’Abbeville contre la Wehrmacht. Nommé secrétaire d’Etat à la Guerre le 6 juin 1940, il négocie à Londres un soutien britannique le 16, pour continuer le combat depuis l’Empire colonial. Sa désobéissance, signifiée par l’appel du 18, lui vaut des condamnations par des juges militaires : quatre ans de prison le 4 juillet ; dégradation et peine de mort le 2 août.

Loïc Salmon

L’exposition « De Gaulle, une carrière militaire 1910-1952 » (7 septembre-23 décembre 2020), organisée par le Service historique de la Défense, se tient au château de Vincennes, Pavillon du Roi. www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr

Churchill De Gaulle

Exposition « Eisenhower-De Gaulle » aux Invalides

Une certaine idée de la France…et du monde