L’intelligence artificielle au service de l’Histoire

Le musée de l’Armée fait revivre les débarquements de Normandie et de Provence et la libération de Paris en 1944 par une exposition immersive aux Invalides…80 ans plus tard !

L’intelligence artificielle (IA) permet en effet de classer, contextualiser et animer une sélection d’archives vidéo et photographiques en vue d’une immersion au plus près de l’action. En recréant des environnements en trois dimensions, en colorisant des photographies d’époque et en les détourant, l’IA redonne vie à des moments historiques lointains. Elle facilite la perception et la compréhension de trois événements majeurs de l’été 1944 en France dans leur contexte global. Conjuguée avec l’offensive de l’armée soviétique à l’Est de l’Europe, l’ouverture d’un premier front au Nord puis d’un second au Sud de la France marque un tournant majeur du cours de la deuxième guerre mondiale et accélère la chute de l’Allemagne nazie. Le 6 juin, dans le cadre de l’opération « Overlord », 156.000 soldats alliés (Américains, Britanniques, Canadiens et Français) débarquent sur les plages de Normandie pour créer un point d’appui en France occupée. Malgré des combats difficiles et de lourdes pertes, « Overlord » permet aux Alliés de progresser vers l’intérieur des terres et de libérer progressivement des territoires français. Puis, afin de prendre à revers les troupes allemandes, les Alliés lancent l’opération »Dragoon » pour débarquer 130.000 soldats, en majorité français et issus des colonies, afin d’ouvrir, en priorité, un second front en France et de sécuriser les ports de Toulon et de Marseille. Après le succès de ces deux débarquements, les plans alliés ne considèrent pas la libération de la capitale française comme un objectif militaire. Mais Paris représente un symbole fort et un objectif politique, dont le général de Gaulle, chef de la France libre, a saisi l’importance. Organisée et menée par la Résistance intérieure de 19 au 24 août, l’insurrection populaire facilite la progression de la 2ème Division blindée du général Leclerc (photo) dans Paris. La bataille de Paris se termine après de durs combats. Cette libération, qui connaît un retentissement mondial, sera perçue comme le début de la chute du IIIème Reich, qui surviendra officiellement le 8 mai 1945. Après l’immersion dans les combats et la liesse populaire, l’exposition présente 17 témoignages d’acteurs, hommes et femmes, de ces événements : combattants français et étrangers sur les plages de Normandie, de Provence ou dans les rues de Paris ; résistants, membres de Forces françaises de l’intérieur ou anonymes. Apparaissent, en creux, les portraits des ceux qui constituent aujourd’hui la mémoire de la Libération. Une tablette tactile permet d’écouter leur récit personnel.

Archives augmentées. L’IA permet d’explorer et de redécouvrir les lieux précis des images d’archives et de reconstituer les scènes dans leur environnement réel. Les nouvelles technologies de géolocalisation dynamiques, appliquées à ces photographies, permettent de renouveler le regard du public…et des historiens ! Elles ouvrent la voie à une meilleure compréhension des lieux et des événements. Pour l’exposition « Revivez la Libération de 1944 », l’IA a permis la recherche et le classement de documents par thèmes et l’enrichissement de données historiques, afin de mieux documenter les événements. L’exposition donne l’occasion d’expérimenter à grande échelle le potentiel de l’IA, technologie de rupture, dont les applications futures permettront d’ouvrir des horizons encore peu connus. Sa réalisation technique revient à Iconem, entreprise spécialisée dans la numérisation 3D de sites patrimoniaux dans le monde,.

Loïc Salmon

L’exposition immersive « Revivez la Libération de 1944 » (8 novembre – 18 décembre 2024), organisée par le musée de l’Armée en partenariat avec Microsoft, se tient aux Invalides à Paris. Elle présente des photos, films et témoignages d’archives. Renseignements : www.musee-armee.fr.

Les Français du jour J

Provence 1944

La France libérée




Cheval de bataille

Fruit du croisement de races et de cultures de pays différents, le cheval de guerre a symbolisé la force, le commandement et le prestige social pendant 25 siècles. Son emploi a nécessité un long apprentissage, pour lui et son cavalier, afin de résister au fracas et à la confusion des combats.

Les Grecs de l’Antiquité ne connaissient pas la selle et montent à cheval sur une simple matelassure. Ils lui donnent des indications précises par le poids de leur corps, en variant imperceptiblement la position des hanches et des épaules et en déplaçant leurs jambes. La cavalerie sert à harceler l’ennemi, sauf à la bataille d’Issos (333 avant J.-C.) où la charge conduite par Alexandre le Grand disloque le dispositif perse. Les Romains inventent une selle constituée d’un gros coussin rembourré sur un arçon de bois avec quatre cornes pour le maintien du cavalier. L’étrier et le fer à cheval n’apparaissent que vers la fin de l’Empire (IIIème siècle). Les Celtes utilisent le fer à cheval et la cotte de maille dès le IIIème siècle avant J.-C. et chargent avec la lance ou l’épée. Au cours du VIIIème siècle, l’infanterie, jusque-là prédominante, est supplantée par la cavalerie, instrument de choc, de manœuvre et de vitesse. Le cavalier combat avec une lance, une épée ou un arc. La conquête de l’Angleterre (1066) inclut les charges au galop des cavaliers normands, en rangs serrés et lances horizontales. Dès le XIème siècle, les tournois de chevaliers combinent le sport, la formation et l’entraînement au combat. Rendus méconnaissables par le port de l’armure et du heaume, les chevaliers appliquent un blason sur leur tunique et leur bouclier pour se différencier. Lors de la bataille d’Azincourt (1415), les archers anglais massacrent les chevaux de la cavalerie française. Cette défaite marque le déclin de la chevalerie comme ordre militaire d’élite. Pendant les guerres d’Italie (1494-1559), la cavalerie lourde, dont les chevaux sont protégés par une armure, affronte les troupes à pied armées de piques et d’armes à feu. En outre, une nouvelle cavalerie, équipée plus légèrement et constituée d’archers, se développe pour évoluer loin en avant et sur les flancs d’une armée en marche. Par la suite, le pistolet remplace l’arc et impose la charge au trot, assurant la stabilité du cavalier tireur. Au XVIIème siècle, l’infanterie est réorganisée en compagnies et la cavalerie en escadrons « lourds », avec les cuirassiers et les dragons, et « légers » avec les hussards et les lanciers des chevau-légers. Après les défaites contre les cavaleries anglaises et prussiennes, Louis XV crée une école d’équitation militaire à Angers, qui sera déplacée à Saumur. Les cavaliers chargent à nouveau au galop, mais sabre au clair, botte à botte et sur trois ou deux rangs. Napoléon conquiert l’Europe, grâce notamment à sa cavalerie, indispensable pour les patrouilles, les reconnaissances, les charges et l’acheminement des vivres et du matériel. Il lui faut donc toujours plus de chevaux. L’artillerie, de plus en plus nombreuse sur les champs de bataille, nécessite huit chevaux pour tirer un seul canon. Pendant une longue campagne militaire, le fourrage s’épuise vite et son volume le rend difficile à faire venir et à emmagasiner. Loin de ses quartiers, la cavalerie impériale rencontre des difficultés pour le ferrage des chevaux. En outre, 30 % à 40% des chevaux meurent au combat. Pour améliorer les races des chevaux de selle et de trait, six haras sont créés en 1806 avec intégration des écoles vétérinaires de Lyon et d’Alfort. En raison des moteurs, camions et chars, la guerre de 1914-1918 marque la fin de la cavalerie traditionnelle, qui ne peut se déployer à cause des barbelés. Outre les maladies et le surmenage, la mitrailleuse et le canon à tir rapide tuent beaucoup de chevaux. Entre les deux guerres mondiales, seules les troupes coloniales d’Afrique et d’Asie conservent des unités montées. Enfin deux chevaux sont entrés dans l’Histoire, à savoir Bucéphale avec Alexandre le Grand et La Belle avec Napoléon.

Loïc Salmon

« Cheval de bataille », Jean-Michel Derex. Éditions Pierre de Taillac, 104 pages, illustrations, 19,90 €.

Les cavaleries de l’Histoire

L’âge d’or de la cavalerie

Exposition « D’Azincourt à Marignan » aux Invalides




Commission Mémoire et Histoire

La commission Mémoire et Histoire de l’ANCGVM, dont la formalisation date de l’assemblée générale de Lorient en 2023, présente ses travaux passés et à venir. 

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Du sens et de l’action, propos de saint-cyriens

Cet ouvrage collectif est écrit par des saint-cyriens tous issus de la promotion «Chef de bataillon Segrétain, 2006-2009».

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14 juillet 2024, un défilé avenue Foch et sans véhicules modernes

Le défilé militaire du 14 juillet 2024 quitte l’avenue des Champs-Élysées à Paris et se déroule avenue Foch. Outre l’absence de véhicules militaires en service, l’effectif des troupes à pied diminue.

Le général de corps d’armée Christophe Abad, gouverneur militaire de Paris, l’a présenté à la presse le 10 juin 2024. Le défilé compte 4.500 participants, dont 4.000 à pied, 45 avions, 22 hélicoptères et 200 chevaux de la Garde républicaine.

Commémorations. L’animation initiale du défilé porte sur le 80ème anniversaire de la libération de la France. Des véhicules de la seconde guerre mondiale participent au défilé avec les emblèmes des 31 pays y ayant contribué : États-Unis, Canada, Grande-Bretagne, Slovaquie, République tchèque, Grèce, Pays-Bas, Norvège, Danemark, Belgique, Pologne, Luxembourg, Australie, Nouvelle-Zélande, Algérie, Maroc, Tunisie, Bénin, Cameroun, Comores, Congo, Guinée, Gabon, Côte d’Ivoire, Madagascar, Djibouti, Mauritanie, Sénégal, République centrafricaine, Tchad et Togo. Parmi les troupes à pied, figurent les unités « Compagnons de la Libération », à savoir : le Régiment de marche du Tchad pour l’armée de Terre ; le Commando Kieffer et le Bataillon de fusiliers marins Amyot d’Inville pour la Marine nationale ; l’Escadron de chasse 3/30 « Lorraine » et l’Escadrille française de chasse N°1 pour l’armée de l’Air et de l’Espace (AAE). Le débarquement de Provence (15 août) est rappelé par 1 avion ravitailleur MRTT Phénix et 4 Mirage 2000D et celui de Normandie (6 juin) par 1 avion E-3F AWACS, 1 Rafale C, 1 Mirage 2000-5F, 3 chasseurs américains, 1 bombardier Avro Lancaster de la seconde guerre mondiale et 1 chasseur Typhoon britanniques.

Défilé aérien. La projection de forces est représentée par 1 avion long-courrier A330, 1 A400M Atlas et 2 Rafale et le Groupe aérien embarqué par 5 Rafale M et 1 E2C Hawkeye. Les Forces aériennes stratégiques déploient 1 ravitailleur KC-135 et 4 Rafale B puis 1 MRTT Phénix et 2 Rafale B. La fonction stratégique « Reconnaissance/Anticipation » est représentée par 1 avion biréacteurs court courrier Fokker 100 de la Direction générale de l’armement (DGA), 2 ATL2 de la Patrouille maritime et 1 avion léger de surveillance et de reconnaissance de l’AAE. A l’occasion de ses 70 ans, l’Aviation légère de l’armée de terre présente 13 aéronefs : 3 hélicoptères d’attaque Tigre, 3 hélicoptères de manœuvre et d’assaut Caïman, 1 hélicoptère de manœuvre et d’assaut Cougar, 2 hélicoptères légers EC120 ; 1 hélicoptère léger polyvalent Fennec ; 2 avions Pilatus PC-6 pour le transport de passagers, le convoyage, le largage de parachutistes et la livraison de fret léger. Suivent : pour l’AAE, 2 hélicoptères Caracal utilisés par les Forces spéciales ; pour la Marine nationale, 1 hélicoptère Caïman, 1 hélicoptère d’alerte secours maritime H160 et 1 hélicoptère moyen polyvalent Dauphin ; pour la Gendarmerie nationale, 2 hélicoptères polyvalents EC145, 1 hélicoptère léger polyvalent EC135 et 1 hélicoptère léger polyvalent AS350 Écureuil ; pour la Sécurité civile, 1 hélicoptère polyvalent H145 ; pour les Douanes, 1 hélicoptère EC135.

Troupes à pied. Les16 écoles militaires défilent devant 2 Régiments de la Garde républicaine, 4 Régiments de l’armée de Terre, les Formations militaires de la sécurité civile, la Brigade des sapeurs-pompiers de Paris, le Bâtiment ravitailleur de forces Jacques Chevalier, la frégate Alsace, le sous-marin nucléaire lanceur d’engins Le-Triomphant, les flottilles 4F, 11Fet 28F, 5 unités de l’AAE, 1 unité de la DGA, 1 unité de Direction interarmées des réseaux d’infrastructures et des systèmes d’information, 1 unité du Service de santé des armées, 5 unités du ministère de l’Intérieur et des Outre-Mer, 1 unité du ministère de la Justice, 1 unité du ministère de l’Économie et 3 unités de la Légion étrangère. L’animation finale inclut notamment le Cadre noir de Saumur, le relais de la Flamme olympique et le survol de la Patrouille de France.

Loïc Salmon

14 juillet 2023, un défilé sur l’engagement international

14 juillet 2022, un défilé sur fond de guerre en Ukraine

14 juillet 2021 : engagements de haute intensité, technologies de pointe et anniversaires




L‘armée romaine, première armée moderne

Après la désastreuse défaite de la bataille de Cannes (216 avant J.-C.) face à l’armée carthaginoise, l’armée romaine a su modifier régulièrement ses méthodes et maintenir l’Empire d’Occident jusqu’à son effondrement interne (476). Les principes qui s’en dégagent ont perduré et seront finalement théorisés au XXème siècle.

Directeur de l’École de guerre en 1908 et vainqueur décisif en 1918, le maréchal Foch les a énoncés en une formule simple, toujours d’actualité : concentration des efforts, économie des moyens et liberté d’action. Instrument d’Alexandre le Grand pour la conquête de l’Empire perse (333-331 avant J.C.), la phalange macédonienne, jamais vaincue, devient le modèle de la légion romaine, composée de fantassins lourdement armés. A Cannes, l’armée d’Hannibal, quoique fatiguée par son périple depuis l’Espagne et la traversée des Alpes, parvient à encercler les troupes romaines, pourtant supérieures en nombre. Rome analyse son échec, réorganise son armée, modifie sa doctrine et conquiert la Grèce et l’Asie Mineure (Turquie actuelle) par les trois victoires de Cynocéphales (- 197), Magnésie (-189) et Pydna (- 168), face aux phalanges, efficaces sur un vaste champ de bataille plat mais incapables de manœuvrer sur un terrain étroit et accidenté. Disposant de ressources considérables, les grands empires hellénistiques recourent à des mercenaires, entraînés et très rapidement mobilisables. Jusqu’au IIème siècle avant J.-C., l’armée romaine se compose de citoyens en armes, où chacun participe selon ses moyens. Le consul Marius la professionnalise par le recrutement, sur une longue durée, de soldats formés et entraînés uniquement pour la guerre. L’équipement se standardise ainsi : cuirasse lamellée, compromis entre protection, légèreté relative et liberté de mouvement ; bouclier rectangulaire semi-cylindrique ; casque ; glaive ; poignard ; javelot lourd ; lance. Le fantassin romain devient aussi sapeur pour construire des routes, ponts et canaux ainsi qu’un camp retranché pour se reposer à l’abri la nuit. Cette forteresse, qui se déplace à la vitesse du soldat, entretient le savoir-faire au bon niveau, même en temps de paix en territoire ami. Bien sûr, l’armée romaine a connu des désertions, séditions et fuites devant l’ennemi. Toutefois, une discipline de fer et un entraînement rigoureux, par répétition de gestes jusqu’à l’obtention des réflexes pour exécuter rapidement les ordres à la voix durant le combat, lui ont permis d’acquérir une solide capacité de résilience. La légion, forte de 6.000 hommes, comme une brigade actuelle, est complétée par des unités de cavalerie auxiliaires, recrutées surtout parmi les peuples conquis (Gaulois, Germains, Numides et Syriens). Elle fonctionne comme un « système d’armes » actuel et pratique ce qui se nommera le « combat interarmes » au XXème siècle. Son artillerie se compose d’archers, de frondeurs et surtout de lourdes machines pour la guerre de siège. La capitale ennemie constitue une cible prioritaire, car centre du pouvoir politique, de l’administration, de la justice, des échanges commerciaux et surtout résidence des dieux avec ses temples et ses richesses. La longue guerre contre la Judée, commencée en 66 sous Vespasien, bascule en 70 lors de la prise de Jérusalem par Titus après un siège de 139 jours, mobilisant 60.000 hommes, et la destruction du Temple ; Elle se termine en 73 après la prise de la forteresse de Massada. L’assaut, par surprise, d’une ville récalcitrante présente l’avantage d’éviter la mobilisation d’une armée en territoire hostile, avec le risque d’épidémie, et la nécessité de besoins logistiques considérables. Au cours des Ier et IIème siècles, les légions romaines ont conquis 34 capitales, sous les ordres des empereurs Trajan, Marc Aurèle et Septime Sévère. En outre, 20 % des villes menacées ont ouvert leurs portes sans combat.

Loïc Salmon

« L’armée romaine, première armée moderne », général Nicolas Richoux. Éditions Pierre de Taillac, 160 pages, illustrations, 16,90 €.

L’Antiquité en six batailles

L’âge d’or de la cavalerie

Triangle tactique, décrypter la bataille terrestre

 




Exposition « Duels, l’art du combat » aux Invalides

Forme de violence ritualisée, parfois chorégraphiée et légitimée, le duel a été plus ou moins autorisé partout dans le monde depuis l’Antiquité. Ses caractéristiques ont inspiré tableaux, estampes, romans et pièces de théâtre, avant de triompher au cinéma.

Combat singulier. Le duel se pratique pour régler un litige, laver son honneur ou marquer le passage à l’âge adulte. Les armes utilisées, qui varient selon les époques et cultures, incluent glaives, épées, sabres, couteaux, poignards, massues, faucilles, longs bâtons et pistolets. Lors des rencontres, les deux adversaires, qualifiés de « champions », représentent parfois leur cité et, à eux seuls, les deux armées qui s’affrontent. Les codes des combats singuliers antiques influencent les pratiques guerrières médiévales, notamment la « joute » qui oppose deux chevaliers dans un champ clos. En effet, les modalités du combat à pied dans les joutes, consistent, pour l’un des adversaires à défendre un passage symbolique à l’intérieur d’un espace fermé. Arrêter un ennemi en un endroit précis constitue un modèle en vigueur dès l’Antiquité. Ainsi, l’Illiade d’Homère, qui évoque le combat entre le Grec Achille et le Troyen Hector devant les remparts de Troie, et d’autres récits mythologiques alimentent la production littéraire du Moyen-Âge, qui inspire à son tour la création artistique des XVIème et XVIIème siècles en Europe. Ces emprunts et références dessinent peu à peu le modèle des héros chevaleresques. En outre, les combats célèbres finissent par incarner l’idéal de tout un peuple.

Duels mémorables. En France à l’époque médiévale, les tribunaux recourent parfois au duel judiciaire, héritier de l’ordalie franque par l’eau ou le feu, pour établir l’innocence ou la culpabilité d’un accusé. En 1386, Marguerite de Thibouville déclare à son mari, Jean IV de Carrouges, qu’elle a été violée par Jacques Le Gris dans la nuit du 13 février. En l’absence de preuves, son seul témoignage et les alibis de l’accusé aboutissent à une ordonnance royale, qui s’en remet au jugement de Dieu pour régler l’affaire par un combat à mort Place Sainte-Catherine à Paris le 29 décembre. L’affrontement débute à cheval, puis les deux adversaires, qui ont tué leur monture, continuent le combat à pied. Quoique blessé à la cuisse, Carrouges parvient à renverser Le Gris et le tue au sol d’un coup de dague dans la mâchoire. Or, plus tard, des chroniqueurs affirment qu’un criminel aurait avoué le viol par la suite. Un innocent a donc été condamné en raison d’un témoignage erroné. Le doute sur ce mode d’expression de la justice divine conduit à l’abandon, en France, du duel judiciaire. En 1547 en France, un duel oppose Guy Chabot, baron de Jarnac, à François de Vivonne, seigneur de La Châtaigneraie, à Saint-Germain-en-Laye le 10 juillet, en présence du roi Henri II. Deux ans plus tôt, La Châtaigneraie, favori de Henri alors dauphin, lui révèle que Jarnac entretient des relations incestueuses avec sa belle-mère. Le démenti public de Jarnac fait alors passer La Châtaigneraie pour un menteur. Pour sauver sa réputation, ce dernier demande un duel judicaire au roi François Ier, qui le refuse mais que son fils Henri, devenu roi, lui accorde. Peu expérimenté, Jarnac va, au préalable, s’entraîner auprès du maître d’armes italien Caize, qui lui enseigne la « botte au jarret », coup rare et surprenant mais parfaitement régulier. Cette botte, entrée dans l’Histoire sous le nom de « coup de Jarnac », permet à ce dernier de remporter la victoire. En 1612 au Japon, un duel oppose deux grandes figures du « kendô » (art martial du sabre) le 12 avril sur une petite île du détroit de Kanmon. Pour prouver sa valeur et mettre sa technique à l’épreuve, le jeune Musashi Miyamoto parvient à convaincre Tadaoki Hosokawa, seigneur de Kokura, de l’autoriser à croiser le fer avec Kojirô Sasaki, son maître d’armes. Miyamoto arrive volontairement en retard et nargue Sasaki impatient. Ce dernier, furieux, manque sa première attaque. De son côté, Miyamoto frappe au front Sasaki, qui s’effondre. Celui-ci tente un nouvel assaut mais Miyamoto lui fracasse les côtes. A la fin du XVIIème siècle en France, deux duellistes s’affrontent dans un champ après une querelle dans une auberge. Il s’agit de Joseph d’Albert de Luynes, capitaine au Régiment Royal-Étranger, et de Julie d’Aubigny, dite « la Maupin » mais habillée en homme et qui gagne sa vie en organisant des spectacles d’escrime itinérants. Après avoir blessé Luynes, surpris d’avoir été vaincu par une femme, la Maupin le soigne jusqu’à son rétablissement. Tous deux tombent amoureux l’un de l’autre et entretiennent une liaison épisodique pendant des années. Luynes poursuit sa carrière militaire, jusqu’à ce qu’un nouveau duel le contraigne à l’exil. La Maupin devient chanteuse à l’Académie royale de musique de Paris et continue à remporter des combats singuliers. En 1834, le poète et critique d’art, Théophile Gautier, s’en inspire pour son premier roman intitulé « Mademoiselle de Maupin », qui sera porté à l’écran en 1966. En 1787, en Angleterre, deux chevaliers s’affrontent, le 9 avril à Londres, pour un « duel blanc » en présence du prince de Galles, futur George IV. Il s’agit de Joseph Bologne de Saint-George, fils d’un colon français noble et d’une esclave guadeloupéenne, et Charles d’Éon de Beaumont, souvent travesti en femme. Ce type de spectacle, très prisé à l’époque, surtout entre deux personnages connus, apparaît plutôt comme une démonstration d’escrime qu’un combat. Quoique de 17 ans plus âgé(e), D’Éon, espion français puis bretteuse professionnelle, l’emport sur Saint-Georges, célèbre compositeur et escrimeur.

Interdiction et tolérance. La perception du duel par les autorités politiques a varié au cours des siècles. Ainsi Manlius Torquatus, consul de Rome entre 347 et 340 avant J.-C., fait condamner à mort son fils qui, à l’encontre des lois militaires, va affronter un ennemi en combat singulier. Dès le Moyen-Âge en France, le pouvoir royal tente de circonscrire ces combats aux seuls duels judiciaires (voir plus haut). A la Renaissance, devant la récurrence des duels, les édits se durcissent mais sans qu’ils soient réellement appliqués. Au début du XVIIème siècle en France, malgré une législation renforcée, les duels sont rarement punis. La justice ne sévit que lorsqu’un duelliste récidive trop souvent. Ainsi François de Montmorency-Bouteville, bretteur invétéré, engage, en juillet 1627 à Paris, un duel qui entraîne sa condamnation à mort. Pourtant, le succès du duel au sein de la noblesse ne faiblit pas, car la défense de l’honneur prime sur le respect de la loi. Les épées, plus fines et plus légères que celles utilisées pour la guerre, se portent à la ceinture et nécessitent de bien viser plutôt que de frapper fort. L’abolition de tous les textes d’interdiction par la Révolution entraîne une multiplication des duels. Dans le monde militaire, le duel reste intrinsèquement lié à la guerre et aux deux grandes figures de héros, à savoir le chevalier et le mousquetaire. Tous deux incarnent le devoir moral qui incite les hommes à affirmer leur point de vue « à la pointe de l’épée ». L’honneur a toujours été le moteur de la vaillance, sentiment capable d’aider les soldats à affronter la mort. Toutefois, cet honneur les pousse à chercher querelle à leurs camarades avec, souvent, l’assentiment de leur hiérarchie. Alors que les duels sont considérés comme éradiqués du royaume de France, l’armée les tolère en son sein. Ils témoignent de l’idéal chevaleresque qui anime encore les officiers à la fin du XVIIème siècle et deviennent même une coutume d’intégration des recrues. Au XIXème siècle, malgré son importance dérisoire sur le champ de bataille, l’épée conserve son aura et l’enseignement de son maniement perdure entre les deux guerres mondiales.

Loïc Salmon

L’exposition « Duels, l’art du combat » (24 avril–18 août 2024), organisée par le musée de l’Armée, se tient aux Invalides à Paris. Elle présente des gravures, tableaux, affiches livres, armes, armures et objets. Des visites guidées, projections de films et concerts sont prévus. Renseignements : www.musee-armee.fr.

Duels, l’art du combat

D’Artagnan et les mousquetaires du roi à Vincennes

Exposition « Mousquetaires » au musée de l’Armée

 




Duels, l’art du combat

La femme a occupé une place importante dans le combat d’homme à homme, qui se transformera en un sport spectaculaire au cours de l’Histoire jusqu’à aujourd’hui.

En effet, la femme constitue souvent l’élément déclencheur des duels masculins, qui trouvent ainsi une légitimité. Dès l’Antiquité, le duel se justifie par une rivalité amoureuse. Ainsi, dans l’Illiade, l’enlèvement d’Hélène, épouse du roi de Sparte Ménélas, par la prince troyen Pâris provoque la guerre de Troie. Par la suite, l’amour contrarié se révèle un prétexte récurrent. Au Moyen-Âge en France, l’interdiction pour une femme offensée de se battre elle-même l’oblige à choisir un « champion », qui combattra à sa place. Entre 1560 et 1679, dans vingt cas répertoriés, le duel consiste, pour celui qui le demande, à défendre, venger ou exalter l’honneur de sa fille, pupille ou maîtresse. Les modalités du combat singulier règlementent progressivement les statuts d’offenseurs et d’offensés. Au XXème siècle, selon l’ouvrage « Le Point d’honneur du duel », le « frôleur », qui se serait livré à un attouchement sur une femme et qui aurait été giflé par l’homme qui l’accompagne, reste l’offenseur. Par ailleurs, le duel ne vise pas à conquérir l’amour d’une femme, mais à se venger de celui qui l’a obtenu. Parfois, il permet d’assurer la survie économique de la famille par un mariage avantageux, face à un prétendant sans fortune, et ainsi maintenir l’ordre social établi. Toutefois, en France au XVIIème siècle, le duel peut entraîner la perte de la fortune et du statut social des combattants, dont les femmes sont les premières victimes. Sur le plan judiciaire, il peut entraîner l’exil et la confiscation des biens du vainqueur, laissant son épouse sans ressources pour subvenir aux besoins des enfants. Devant la fréquence des duels, l’édit royal de 1651 ordonne de lui adjuger ce qu’il faut pour les entretenir toute leur vie. Au XIXème siècle, la pratique de l’escrime féminine se répand dans les pays germanophones et anglo-saxons, car elle est vue comme un sport noble permettant de développer les compétences physiques et morales des femmes au même titre que celles des hommes. L’intérêt du public pour le spectacle d’escrime féminine conduit à inclure cette discipline dans l’enseignement de l’art dramatique. Les aspects sportif et spectaculaire du duel apparaissent dès l’Antiquité. En Égypte, le pharaon Ramsès III (1180 avant J.-C.) fait graver dans la pierre des combats avec des bâtons ferrés sous le contrôle d’un arbitre. A Rome, les combats de gladiateurs durent de 264 avant J.-C. à 410 après J.-C. avec des variantes, à savoir duels mixtes, à deux ou par équipes, à armes différentes ou avec handicap, sur terre ou sur l’eau. Jusqu’au XVIème siècle, les tournois sont utilisés pour le spectacle, le loisir l’entraînement à la guerre ou la pratique honorifique et lucrative. En outre, ils permettent au jouteur de parader et de prouver sa vaillance au combat. Quoique les armes soient émoussées ou épointées, la violence des affrontements fait de nombreux blessés. Malgré le port de cuirasses, tous les coups ne sont pas permis et certains sont fortement sanctionnés. Dans les salles d’armes, l’escrime atteint son sommet au XVIème siècle avec l’invention du « fleuret », qui permet d’apprendre et de s’entraîner sans trop de risque. Le masque protecteur du visage n’apparaît qu’au XVIIIème siècle. Mais il n’est vraiment accepté que lorsque le chevalier de Saint-George, escrimeur réputé, en lance la mode. Dès lors, le fleuret connaît des progrès extraordinaires, car plus rien n’entrave la dextérité, la vitesse et la précision. Sport artistique, l’escrime devient discipline olympique dès la résurrection des Jeux olympiques en 1896. Le duel à poings nus, pratiqué dans le monde méditerranéen dès 2000 avant J.-C. jusqu’à la chute de l’Empire romain en 476, réapparaît en Europe à la fin du XVIème siècle sous le nom de…« boxe anglaise » !

Loïc Salmon

« Duels, l’art du combat », ouvrage collectif. Éditions In Fine et Musée de l’Armée, 336 pages, 275 illustrations, 35 €

Exposition « Duels, l’art du combat » aux Invalides

Mousquetaires !




La fonction de porte-drapeau

Le porte-drapeau tient un rôle essentiel lors des cérémonies d’hommage aux morts et disparus pour la France ainsi qu’aux blessés et décorés.

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Nouvelle histoire de l’armée de l’Air et de l’Espace

 

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