Exposition « De Louis XIV à De Gaulle » au Grand Trianon

Palais privé, le Grand Trianon aura assuré la permanence du pouvoir en France à travers les monarchies : absolue avec Louis XIV et Louis XV, impériale avec Napoléon 1er, constitutionnelle avec Louis-Philippe, et… républicaine depuis le général De Gaulle !

Fastes des amours royales. En 1668, Louis XIV rachète le village de Trianon, le rase et le transforme en jardin pour l’enclore dans le parc de Versailles. La résidence royale de Versailles, en cours d’agrandissement, ne méritera véritablement son nom qu’à partir de 1682. En attendant, l’architecte Louis Le Vau édifie à Trianon un petit château pour abriter les amours du Roi-Soleil avec la marquise de Montespan. Ce sera le « palais de Flore », ainsi surnommé car les travaux, commencés à l’hiver 1670, se terminent au printemps suivant. Quoiqu’appelé aussi, « Trianon de porcelaine », il est en fait recouvert de faïences bleues et blanches, commandées aux manufactures de Delft, Rouen, Lisieux et Nevers et inspirées des porcelaines chinoises… matière que les Européens ne savent pas encore fabriquer ! La faïence est partout : à l’intérieur et à l’extérieur du château et même comme simple « verny » (terme de l’époque) sur les pots et caisses des jardins. Ceux-ci, tracés par un neveu d’André Le Nôtre, le grand jardinier de Versailles, comprennent des plates-bandes plantées de fleurs rares, commandés en France et en Europe : anémones, lys, cyclamens, tulipes (très chères à l’époque), jacinthes et jonquilles. Ces jardins parfumés renforcèrent le nom de « Flore » du premier Trianon, dont le décor peint, inspiré des Métamorphoses du poète latin Ovide, montre des déesses transformées en fleurs. Par ailleurs, l’exposition présente un tableau intitulé « Apollon et Thétys », particulièrement révélateur. Apollon, dieu du soleil dans la mythologie grecque, rend visite à sa maîtresse, la nymphe marine Thétys, mère d’Achille, l’un des héros de l’Illiade, que vénérait Alexandre le Grand. Or, à cette époque, le Roi-Soleil voue une grande admiration au conquérant, dont l’épopée figure sur les plafonds de la galerie des glaces du château de Versailles et sur des tapisseries conservées à la manufacture des Gobelins à Paris. Trianon devient donc le château des amours du Roi, contrairement à Versailles qui célèbre sa gloire. Très fragile en raison des hivers rigoureux du XVIIème siècle, le Trianon de porcelaine nécessite un entretien constant. Il ne survit pas à la disgrâce de Madame de Montespan, compromise dans l’affaire dite des « Poisons ». Une enquête de police, entreprise de 1679 à 1682, révèle que deux femmes, dont une dénommée « La Voisin », auraient fourni de quoi empoisonner leur mari à des dames de la haute aristocratie, notamment Madame de Vivonne, belle-sœur de la marquise. Celle-ci est directement mise en cause pour avoir obtenu de La Voisin des poudres susceptibles de lui ramener l’amour du Roi. Celui-ci l’avait alors délaissée pour Madame de Maintenon, gouvernante des six enfants… qu’il avait eus avec Madame de Montespan ! La marquise de Maintenon, qui épouse le Roi en 1683 après la mort de la Reine Marie-Thérèse, refuse d’habiter le palais de Flore. Louis XIV le fait alors démolir en 1687 et remplacer par le château de Trianon actuel, édifié par Jules Hardouin-Mansart puis transformé par Robert de Cotte. Ce « Trianon de marbre », en raison du marbre recouvrant la partie principale (photo), comprend notamment un appartement pour le Roi, qui y dort pour la première fois en 1692. Après 1704, chaque membre de la famille royale y dispose de son propre logement : le duc d’Orléans, frère du Roi, et son épouse, la princesse Palatine ; le Grand Dauphin ; les filles du Roi et de Madame de Montespan ; le duc de Bourgogne, son petit-fils, et son épouse Marie-Adelaïde de Savoie, mère de Louis XV. Un tableau en pied met à l’honneur celle qui donne un « coup de jeune » à la Cour du vieux Roi, qui l’apprécie beaucoup. Pourtant, après sa mort en 1712, la découverte de lettres compromettante de la Maison de Savoie, parfois en guerre contre la France, fait dire à Louis XIV avec amertume : « La coquine nous trompait » ! Trianon reste un château très privé, où seules les dames de la Cour sont conviées aux fêtes et spectacles. L’appartement de Madame de Maintenon, qui donne sur le jardin du Roi, sera repris en 1750 par…la marquise de Pompadour, favorite de Louis XV ! Ce dernier y fait tracer le jardin à la française et construire le « Petit Trianon ». Le Trianon de marbre  prend alors le nom de « Grand Trianon », qui perdure.

Simplicité post-révolutionnaire. Trianon devient ensuite la résidence de deux souverains montés sur le trône de France à l’issue de révolutions : Napoléon 1er, après celle de 1789-1799, et Louis-Philippe après celle de 1830. Après son divorce avec Joséphine de Beauharnais, l’Empereur s’y installe en 1810 avec sa nouvelle épouse, Marie-Louise d’Autriche, nièce de la Reine Marie-Antoinette, qui avait fait du Petit Trianon son univers intime et éloigné de la Cour de Versailles. Napoléon ne change guère l’aspect du Grand Trianon, qui conserve l’esprit de l’Ancien Régime. Toutefois, il aménage les anciens appartements de Louis XV et de Madame de Pompadour et y crée son cabinet particulier, seule pièce à décor Empire du palais. C’est à Trianon qu’il organise une grande fête à l’occasion de la naissance de son fils, le Roi de Rome, en août 1811. L’Empereur n’y revient que deux ans plus tard, pour reconstituer la Grande Armée après la désastreuse campagne de Russie. Après 1815, la Restauration se contente d’ôter les tableaux napoléoniens du Grand Trianon et de détruire les symboles impériaux. Toutefois, un décor peint représentant Napoléon à la chasse a échappé à sa vindicte. Pour célébrer son couronnement, Charles X organise un grand bal à Trianon le 19 juin 1825. Le 30 juillet 1830, il y tient son dernier conseil des ministres avant de s’enfuir en Écosse. Son cousin et successeur, Louis-Philippe, fils du duc d’Orléans et révolutionnaire Philippe-Égalité, prend le titre de « Roi des Français ». Soucieux de la réconciliation nationale, il organise le retour des cendres de Napoléon de Sainte-Hélène aux Invalides à Paris en 1840 et transforme le château de Versailles en musée de l’Histoire de France. Surnommé le « roi-bourgeois », il s’installe à Trianon en 1835 avec sa nombreuse famille (6 garçons et 4 filles). Deux ans plus tard, il y marie sa fille Marie d’Orléans, au talent artistique reconnu, au duc de Wurtemberg. Comme Charles X, il repasse par Trianon avant de s’exiler en Angleterre, chassé par la Révolution de 1848. Transformé ensuite en musée hétéroclite, le Grand Trianon sera restauré en 1960 par le général De Gaulle, à l’instigation de son ministre de la Culture, André Malraux.

Loïc Salmon

Exposition « Napoléon et l’Europe » aux Invalides

Des Aigles et des Hommes : sur les traces de la Grande Armée

Expositions « D’or et d’argent » et…d’autres raretés au château de Chantilly

L’exposition « De Louis XIV à De Gaulle » (18 juin-8 novembre 2015), organisée par le musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, se tient au Grand Trianon à Versailles. Elle présente tableaux, gravures, dessins, meubles et objets sur quatre siècles. Un second volet, prévu en 2016, retracera l’histoire du Grand Trianon depuis 1960, époque où il deviendra la résidence des hôtes de marque de la France. Pour tous renseignements : www.chateauversailles.fr




Churchill De Gaulle

De leur rencontre en 1940 à leurs héritages, de leur « mésentente cordiale » à leur admiration réciproque, le catalogue de l’exposition « Churchill-De Gaulle » retrace le parcours de ces personnages historiques.

Leur heure de gloire sonne le 9 juin 1940, quand Winston Churchill (65 ans), qualifié dans ses mémoires de « romantique » par Charles De Gaulle (49 ans), rencontre celui qu’il appellera plus tard « l’Homme du Destin ». Dans son enfance, Winston souffre du manque d’affection de ses parents. Son père, grand aristocrate, ne pense qu’à sa carrière politique, et sa mère, riche héritière américaine, est accaparée par ses amants. Charles naît dans une famille bourgeoise de Lille. Son père, professeur, lui fait découvrir l’Histoire  et sa mère voue à la patrie une passion égale à sa piété religieuse. Élève exemplaire, Charles se transforme en  intellectuel doté d’une solide formation classique, alors que Winston, « cancre » aux lectures éclectiques et hétéroclites, devient un autodidacte brillant. Nantis d’une mémoire phénoménale, tous deux partagent la même passion pour le métier des armes et l’histoire militaire de leurs pays respectifs et entament une carrière militaire. Pour Churchill, ce ne sera qu’un tremplin pour réussir très jeune en politique, où De Gaulle, soldat par vocation, n’entrera que par défaut et sur le tard. Ce dernier portera des jugements mitigés sur Napoléon, que le premier admirera profondément toute sa vie. Leur formation initiale d’officier les prépare à servir l’État avec passion. La première guerre mondiale est leur première expérience commune. Premier Lord de l’Amirauté dès 1911, Churchill  a modernisé la flotte, amélioré les conditions de vie des marins et créé une aviation navale, mais porte, en 1915, la responsabilité de l’échec de l’expédition des Dardanelles. Il rejoint alors le front en Flandre, de novembre 1915 à mai 1916. Le lieutenant De Gaulle, trois fois blessé et fait prisonnier en 1916, ne sera libéré que le 11 novembre 1918. Une vingtaine d’années plus tard, l’accès aux responsabilités suprêmes les transforme en chefs de guerre, où le pouvoir civil décide en dernier ressort en matière militaire. Tout en reconnaissant en De Gaulle « la France en lutte »,  le gouvernement britannique maintient des contacts avec celui de Vichy en 1940 et 1941. La méfiance entre le général et le Premier ministre s’installe après l’échec du débarquement à Dakar en 1940 et les conquêtes, réalisées uniquement sous commandement britannique, de la Syrie (sous tutelle française) en 1941 et de Madagascar (colonie française) en 1942. Elle sera exacerbée après l’entrée en guerre des États-Unis en 1941, dont le président, Franklin Roosevelt, ignore De Gaulle. Comme pour le débarquement en Afrique du Nord en 1942, Roosevelt refuse de l’associer aux préparatifs de celui du 6 juin 1944 en Normandie. Toutefois, l’accueil enthousiaste des Français réservé au général le 14 juin incite Roosevelt à reconnaître le chef du gouvernement provisoire de la République française en octobre. Le 11 novembre suivant, Churchill et De Gaulle descendent ensemble les Champs-Élysées (photo) et s’inclinent devant la statue de Clemenceau, la tombe du maréchal Foch et le tombeau de Napoléon. A son retour au pouvoir en 1958, De Gaulle exprimera sa reconnaissance à Churchill en lui décernant la croix de la Libération. Ce dernier aurait déclaré un jour que la croix de Lorraine…aurait été « la plus lourde » des croix qu’il ait eu à porter !

Loïc Salmon

Exposition « Churchill-De Gaulle » aux Invalides

Les généraux français de 1940

Maréchaux du Reich

« CHURCHILL DE GAULLE », ouvrage collectif de 35 auteurs. Fondation Charles De Gaulle, Musée de l’Armée et Éditions de La Martinière, 288 pages, 28 €




Exposition « Churchill-De Gaulle » aux Invalides

Cette exposition retrace les destins, hors du commun, de ceux qui ont incarné la résistance pendant le second conflit mondial et dirigé leur pays au début de la guerre froide : Winston Churchill (1874-1965) en Grande-Bretagne et Charles De Gaulle (1890-1970) en France.

A cette occasion, le musée des blindés de Saumur a prêté deux chars de 1940, placés de chaque côté de l’entrée du porche de la façade des Invalides. Le char lourd français BI bis a équipé les bataillons commandés au feu par le colonel De Gaulle. Le nouveau char lourd britannique Matilda II affrontera plus tard l’Afrikakorps du maréchal Rommel. Deux halls retracent le contexte historique. Extraits d’actualités cinématographiques et documents sonores font revivre le général français « à titre temporaire » et le « bouledogue » britannique. L’exposition commence avec l’enfance de ces chefs et se termine par leurs obsèques présentées simultanément, solennelles pour Churchill (30 janvier 1965) et très simples pour De Gaulle (12 novembre 1970). Leur existence aura été partagée entre le métier des armes, la politique et l’écriture.

Les soldats. Le lieutenant Winston Churchill choisit la cavalerie à sa sortie de l’École royale militaire de Sandhurst. Il reçoit le baptême du feu en 1895  à Cuba…au service des forces loyalistes espagnoles pour mater une révolte ! Deux ans plus tard, il sert dans le Nord de l’Inde et obtient son premier commandement au feu contre des tribus afghanes. Pendant la guerre des Madhistes au Soudan, il prend part à la bataille d’Omdurman (2 septembre 1898), l’une des dernières charges de cavalerie de l’histoire militaire britannique. Il participe ensuite à la très meurtrière guerre des Boers (1899-1900) contre l’État libre d’Orange et la République du Transvaal. Capturé, il parvient à s’évader et à rejoindre l’unité de cavalerie « South African Light Horse ». Sa tête est même mise à prix par les Boers pour 25 £, somme importante pour l’époque. Premier lord de l’Amirauté en 1914, Churchill doit démissionner l’année suivante après la bataille désastreuse des Dardanelles. Il revêt alors l’uniforme de lieutenant-colonel pour se battre dans les tranchées des Flandres. Il y rencontre son cousin, le 9ème duc de Malborough. Tous deux échappent à la mort au cours d’un bombardement et gravent leurs initiales sur un éclat d’obus. A l’été 1940, Churchill, Premier ministre, met sur pied un service secret d’action subversive, le « Special Operations Executive » (SOE), composé de deux sections : la « F » avec une organisation et un commandement uniquement britanniques ; la « RF » pour coopérer avec son homologue gaulliste, le « Bureau central de renseignements et d’actions » (BCRA). Entré à Saint-Cyr en 1908, le lieutenant Charles De Gaulle est affecté en 1912 au 33ème Régiment d’infanterie, commandé par le colonel Philippe Pétain. Il reçoit le baptême du feu à la bataille de Dinant, en 1914. Blessé pour la  troisième fois à Verdun en 1916, il est capturé par les Allemands. Malgré cinq tentatives d’évasion, il reste prisonnier jusqu’à la fin de la guerre. Dans les années 1920 et 1930, il sert en Pologne, dans l’armée française du Rhin et au Levant. Devenu colonel, il ne parvient pas à faire adopter son projet de corps blindé mécanisé par sa hiérarchie. Après l’appel du 18 juin 1940, le tribunal de Clermont-Ferrand le condamne par contumace « à la peine de mort, à la dégradation militaire et à la confiscation de ses biens » (2 août).

Les hommes politiques. Élu député du parti Conservateur en 1900, Churchill occupe divers postes ministériels importants, avant et après la Grande Guerre, jusqu’en 1929. A nouveau Premier lord de l’Amirauté en 1939, il devient Premier ministre en 1940. En juin, il rencontre De Gaulle, alors sous-secrétaire d’État à la Guerre et à la Défense nationale dans le gouvernement Raynaud et envoyé à Londres pour négocier l’aide britannique, afin de pouvoir continuer la guerre. A l’annonce radiodiffusée de l’armistice français, Churchill l’autorise à utiliser le micro de la BBC pour lancer un appel à la résistance. Les deux hommes concluent un accord sur la constitution de la « France Libre », mouvement militaire et entité politique représentant la France, avec son siège à Londres. La plupart des volontaires français combattent aux côtés des armées britanniques. A Brazzaville, De Gaulle institue un « Conseil de défense de l’Empire », afin d’établir des relations d’État à État avec le gouvernement britannique. L’image de chacun se dessine. Churchill se caractérisera par le chapeau, le gros cigare, le nœud papillon et le pistolet mitrailleur. Quant à De Gaulle, sa voix entendue régulièrement à la BBC sera vite associée à un général en uniforme. Malgré le bombardement de la flotte française de Mers-El-Kébir par la Marine britannique (3 juillet 1940) et l’échec de la tentative de ralliement de Dakar par une flotte anglo-française libre (23-25 septembre), Churchill et De Gaulle conservent leur confiance réciproque. Par la suite, leurs relations seront tendues et même au bord de la rupture. Finalement, grâce à l’unification de la Résistance et au soutien populaire, De Gaulle s’impose et écarte le risque d’une guerre civile en France. En 1944, celle-ci se voit attribuer une zone d’occupation en Allemagne. Le 26 juillet 1945, Churchill perd les élections. Six mois plus tard, De Gaulle démissionne du gouvernement provisoire de la République française. Le premier revient au pouvoir de 1951 à 1955 et le second de 1958 à 1969.

Les écrivains. Contre tous les usages, Churchill mène une double carrière d’officier et de correspondant de guerre pendant cinq ans (1895-1900). Ses articles assurent sa renommée en Grande-Bretagne et lui inspirent la rédaction de plusieurs livres, dont il tire l’essentiel de ses revenus. Après 1945, il écrit le premier tome de « La seconde guerre mondiale », qui en comptera six. Il reçoit le prix Nobel de littérature en 1953. De Gaulle publie son premier livre en 1938 : « La France et son armée », rédigé dix ans plus tôt à la demande du maréchal Pétain. Il se remet à l’ouvrage après la guerre et publie ses « Mémoires de guerre » entre 1954 et 1959. Churchill travaille avec une équipe de chercheurs et dicte, la nuit, à sa secrétaire qui tape à la machine. De son côté, De Gaulle écrit à la main et rature beaucoup. Deux ou trois personnes effectuent des recherches et vérifient l’exactitude des événements. Sa fille Élisabeth tape l’épreuve finale, qu’il aura réécrite… plus lisiblement !

Loïc Salmon

Churchill De Gaulle

Parachutée au clair de lune

L’exposition « Churchill-De Gaulle » (10 avril-26 juillet 2015), organisée par le musée de l’Armée avec le concours de la Fondation Charles De Gaulle, se tient aux Invalides à Paris. Elle rassemble photos, tableaux, documents, affiches, lettres, uniformes, appareils et objets provenant notamment du Churchill Archives Centre de Cambridge et du musée de l’Ordre de la Libération. Parallèlement, ont été programmés : des conférences en avril et mai ; un cycle cinématographique « Churchill-De Gaulle » du 4 au 8 juin ; des concerts d’avril à juin dans la cathédrale Saint-Louis des Invalides, pour rappeler la fin de  la seconde guerre mondiale et découvrir les grands compositeurs du XXème siècle, de Benjamin Britten au « Beatle » Paul Mc Cartney. Renseignements : www.musee-armee.fr




La puissance au XXIème siècle : le poids de l’Histoire

La force militaire suffit-elle à garantir la puissance d’un État ? Russie, OTAN, Grande-Bretagne et Allemagne conservent-elles leur puissance ?

Ces questions ont fait l’objet d’un colloque organisé, le 13 avril 2015 à Paris, par l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire (IRSEM), EuroDéfense-France, l’Institut Jean Lecanuet et la revue France Forum. Y ont notamment participé : le général de brigade Benoît Durieux, directeur du Centre des hautes études militaires ; Gabriel Bernier du secrétariat international de l’OTAN ; Arnaud Dubien, directeur de l’Observatoire franco-russe ; le général (2S) Maurice de Langlois de l’IRSEM.

Capacité militaire durable. Le discrédit moral et juridique de la guerre perdure depuis 1945 dans une Europe qui se démilitarise, alors que les violences armées s’en rapprochent, note le général Durieux. Mais, la réflexion sur la puissance militaire se poursuit depuis une quinzaine d’années. Après leurs interventions en Afghanistan et en Irak, les États-Unis ont compris l’inadaptation de leur force militaire, dans un environnement mal perçu et un mode de combat déconnecté de la réalité du terrain et de la situation politique. Un débat s’est ouvert sur l’offensive et la défensive. Celle-ci l’emporte avec la dissuasion nucléaire et des armées conventionnelles qui coûtent de plus en plus cher. L’offensive repose sur la faiblesse conceptuelle de la puissance militaire. La destruction de l’adversaire rassure, mais c’est un résultat à court terme. Il faut donc repenser le concept de puissance militaire, estime le général. En raison de la nature politique de la guerre, les militaires ne peuvent pas régler des problèmes non militaires. La singularité de la guerre nécessite une approche globale : contrôle des milieux marin et aérien et destruction de l’adversaire. S’y ajoute le temps long du développement de la puissance militaire. Le premier effort porte sur « l’intelligence stratégique » : comprendre l’adversaire et ses motivations pour éviter la « facilité tactique », uniquement militaire, et la tentation de la « morale », conception étrangère à la politique. Le deuxième effort concerne la capacité d’un pays à s’engager de façon autonome sur un théâtre d’opérations, comme les États-Unis dans le passé, la France au Mali ou le Tchad contre l’organisation terroriste Boko Haram. Enfin, la pérennité de l’action militaire dépend de la capacité industrielle du pays et de la formation des personnels.

L’OTAN, outil de puissance. Pour l’opinion publique, l’OTAN se présente comme un multiplicateur de forces militaires entraînées et constitue un saut qualitatif en terme de puissance  avec la dissuasion nucléaire, indique Gabriel Bernier. Cela implique : un partage du fardeau transatlantique et intereuropéen, avec une plus grande autonomie pour l’Union européenne ; l’élaboration d’une politique de défense et d’une doctrine pour le contrôle de l’espace stratégique ; une approche internationale en matière d’équipements par la mutualisation et le partage des moyens. Le retour de la menace russe et l’apparition de Daech ont conduit à l’adaptation de la capacité de réaction rapide de l’OTAN, qui doit d’abord éviter tout conflit en Europe.

Résurgence de la Russie. Puissance régionale moyenne, la Russie s’étend de la Baltique au Pacifique. Inquiète pour sa sécurité, elle s’attend à une confrontation avec l’Occident, notamment au Moyen-Orient, estime Arnaud Dubien. En outre, elle ne s’estime pas vaincue à l’issue de la guerre froide (1947-1991). La dissuasion nucléaire a été modernisée, mais les forces conventionnelles devront être mises à niveau d’ici à 2020. Depuis les années 2000, la Russie souhaite la prise en considération de ses intérêts stratégiques, ignorés depuis 1990, surtout l’élargissement de l’OTAN aux pays de l’Europe de l’Est. Pour la Russie, l’Ukraine, dont elle est frontalière, ne doit appartenir ni à l’OTAN, ni à l’Union européenne. Considérant que son intérêt stratégique vital y est engagé, elle entend maintenir son rang dans les décennies à venir et est prête à en payer le prix, malgré les sanctions  économiques. La crise semble durable avec les États-Unis, malgré l’absence de véritable confrontation idéologique. L’attitude des autres pays est variable. Grande-Bretagne, Suède, Pologne et Pays Baltes prônent une ligne dure en matière de sanctions économiques. L’Espagne, l’Italie, la Grèce, Chypre, la République Tchèque et la Hongrie préfèrent un assouplissement. L’Allemagne adopte une position médiane. La Russie, pour qui l’Occident a cessé d’être la référence, se tourne d’abord vers la Chine, qui représente 17 % de ses échanges extérieurs. Elle recherche des partenariats dans les domaines nucléaire et militaire avec l’Afrique du Sud et le Brésil. Enfin, elle développe ses relations diplomatiques et économiques avec l’Inde, le Viêt Nam, l’Égypte, la Turquie et l’Iran.

Prise de conscience de l’Allemagne. L’Allemagne se considère comme une puissance « civile », sceptique sur l’emploi de la force, explique le général Maurice de Langlois. Privilégiant une approche multilatérale pour éviter les risques, son Livre Blanc 2006 sur la sécurité n’évoque pas la notion d’intérêt national et manque de réflexion stratégique, selon le général. Intégrée à l’OTAN dès 1955, la Bundeswher est pourtant intervenue en ex-Yougoslavie, Afrique et Afghanistan, quoique souvent soumise au « caveat » national (limitation des missions opérationnelles par le gouvernement). Mais en 2011, l’opinion publique a pris conscience de la nécessité de maintenir la violence en cas de remise en cause de la co-existence pacifique. Le délai d’alerte opérationnelle de la Bundeswehr est passé à 48 h. Le budget de la Défense doit croître de 8 Md€ d’ici à 2019, notamment pour augmenter ses investissements et améliorer la disponibilité de ses équipements.

Réticences de la Grande-Bretagne. Malgré l’hésitation de son opinion publique à l’envoi de troupes en opérations extérieures, la Grande-Bretagne se croit encore une grande puissance et veut étendre son influence dans le monde, souligne le général de Langlois. Elle préfère envoyer des experts militaires et civils, à titre préventif. La force armée, quoique considérée comme la clé de voûte de la sécurité, ne doit être employée qu’après tous les autres moyens. De leur côté, les États-Unis estiment que la Grande-Bretagne ne remplit plus son rôle dans les grandes opérations qu’ils mènent.

Loïc Salmon

Selon Falashadé Soulé-Kohndou, le Brésil, l’Inde et l’Afrique du Sud constituent un groupe « d’États émergents », qui recherchent une influence politique internationale, basée sur leur statut de puissance régionale. Ils développent leur capacité militaire et préfèrent l’action collective à l’initiative individuelle. Ils utilisent la diplomatie selon les enjeux : système financier international, droits de l’Homme, gouvernance internationale ou réforme du Conseil de sécurité de l’ONU. Ils s’impliquent dans les médiations entre pays en litige et dans les opérations de maintien de la paix. Toutefois, leur influence politique reste limitée. Ainsi, l’Inde et l’Afrique du Sud s’abstiennent régulièrement lors du vote sur des résolutions des Nations unies mettant en cause la Russie ou la Chine.




Parachutée au clair de lune

La Résistance dans le Sud-Ouest en 1944, vécue de l’intérieur par une Anglaise de 20 ans qui se fait passer pour une Parisienne, voilà un beau sujet de roman d’espionnage, sauf que c’est… véridique !

Anne-Marie Walters (1923-1998), née à Genève de père anglais et de mère française, a en effet été recrutée par le « Special Operations Executive » (SOE) britannique. Ce service d’opérations spéciales, actif surtout en France et en Yougoslavie, a été créé par Winston Churchill en 1940, en vue aider la Résistance dans les pays européens occupés et de participer aux combats de libération à la fin de la guerre. Sur le territoire français, sa section « F » comptera 450 agents qui mettront en place une centaine de réseaux et armeront 10.000 résistants. Les femmes du SOE, souvent très jeunes et jolies, savent user de leur charme pour se sortir d’une situation périlleuse. Après sélection, elles suivent une formation paramilitaire : tir, parachutisme, sécurité (déverrouillage de serrures, mentir l’air de rien et adoption de personnalités différentes), sabotage et transmission d’informations en morse (codage et décodage de messages). Anne-Marie est parachutée le 4 janvier 1944, de nuit dans un champ marécageux, avec un camarade et des conteneurs remplis d’armes, de matériels et d’argent pour les maquisards. Elle prend le nom de guerre de « Colette » et s’aperçoit très vite qu’elle n’a pas l’accent du terroir ! Elle sert d’agent de liaison entre le chef du SOE de la région et les différents réseaux. Cela signifiera beaucoup de km à bicyclette, dans des voitures bringuebalantes ou sur des motos conduites par des gens téméraires, avec plusieurs accidents à la clé. Elle participe à des récupérations de matériels et de personnels des forces spéciales parachutés et aux exfiltrations vers l’Espagne d’aviateurs de pays alliés, dont l’avion a été abattu. Elle apprendra la mort, parfois dans des conditions atroces, de certains compagnons de maquis. Elle raconte son expérience, ses angoisses et ses joies avec force dialogues et détails. Son témoignage est corroboré par des documents du SOE la concernant et rendus publics en 2002. Femme, elle détonne dans ce monde masculin, mais devra, avec difficulté écrit-elle, être « amicale avec tous et très amicale avec aucun ». Blonde et distinguée, elle est repérée et dénoncée, mais évite, de justesse, l’arrestation par la Gestapo. Un jour, dans un compartiment de train, elle se trouve seule avec « un type bizarre » qu’elle a déjà rencontré à Tarbes et qui lui demande de lui dire ce qu’elle fait : « Si vous ne le voulez pas, j’en conclurai que vous appartenez à la Résistance, soit que vous êtes de la Gestapo ». Mais « Colette » s’en sort avec adresse. Après le débarquement des Alliés en Normandie le 6 juin 1944, la population du Sud-Ouest subit les représailles de deux divisions SS. « Colette » doit rentrer à Londres, en passant par l’Espagne. Avec six aviateurs, elle franchit les Pyrénées à pied… en jupe de tweed, faute d’avoir reçu un pantalon à temps. Son rappel vient du SOE, à la suite d’un rapport de son chef, le « Patron ». Celui-ci reconnaît son courage et sa détermination à remplir ses missions, mais lui reproche son indiscipline et son indiscrétion excessive. Il précise : « Très obsédée par les hommes et désobéissante sur les affaires privées. Elle constitue un danger, non seulement pour sa propre sécurité, mais pour celle de tous ». Anne-Marie Walters sera quand même décorée de « l’Empire Britannique » en 1945 !

Loïc Salmon

La Résistance en Europe, les combattants de l’ombre

Derrière les lignes ennemies

Femmes en guerre 1940-1946

« Parachutée au clair de lune » par Anne-Marie Walters. Éditions Gaussen, 286 pages, 25,50 €




La France libérée

Cet album, réalisé par l’Établissement de communication et de production audiovisuelle de la défense, raconte en images la libération de la France, entre septembre 1943 et juin 1945.

A l’époque, les photographes du Service cinématographique de l’armée sont intégrés au sein des unités françaises aux côtés des troupes alliées, dès la campagne de Tunisie (17 novembre 1942-13 mai 1943). L’album commence à partir de septembre 1943 en Corse, premier territoire libéré de la métropole. Puis, les goumiers marocains du corps expéditionnaire français participent à la bataille de Monte Cassino, sous les ordres du général Juin, lors de la campagne d’Italie. Le 1er août 1944, à la tête de la 2ème Division blindée, le général Leclerc foule le sol de France à Utah Beach (Normandie) pour la première fois depuis juillet 1940. En août 1944, la Wehrmacht est encore présente à Nice, depuis son invasion de la zone Sud en novembre 1942. A partir du 15 août, les troupes françaises d’Afrique, commandées par le général de Lattre de Tassigny, débarquent en Provence et installent des canons de DCA sur le littoral de Sainte-Maxime. A Toulon, qui sera bombardé du 20 au 27 août, les hôpitaux seront épargnés grâce aux renseignements d’une infirmière de l’arsenal. Les tirailleurs du 3ème Régiment de tirailleurs algériens progressent dans les faubourgs de Marseille et des éléments de Forces françaises de l’intérieur se postent en embuscade sur la Canebière. Les convois de la 3ème Division d’infanterie algérienne se dirigent vers Aix-en-Provence. Tous sont accueillis en libérateurs dans les villages de Provence. Le 26 août, Rouen vit ses derniers jours d’occupation allemande. Le 14 septembre, le général De Gaulle s’adresse à une foule immense, rassemblée Place des Terreaux à Lyon. La veille, De Lattre de Tassigny, devenu chef de la 1ère Armée française, est entré triomphalement à Dijon. En décembre, les combats continuent près de la Pointe de Grave (Gironde). Les tirailleurs sénégalais de la 9ème Division d’infanterie coloniale se trouvent sur le front des Vosges (8-30 novembre), que viendront inspecter De Gaulle et Churchill (13 novembre). En décembre à Belfort, De Lattre de Tassigny reçoit le général Denvers, commandant de la 7ème Armée américaine, dont il dépend. Les premiers éléments du 1er Régiment de marche de spahis marocains arrivent en Alsace en novembre. A Strasbourg, libéré le 23 novembre, la Place Karl Ross redevient la Place Kléber. Trois jours plus tard, Leclerc peut enfin honorer le serment de Koufra (Libye, 2 mars 1941). Il a fait placarder une affiche dans toute la ville : « Habitants de Strasbourg, la France et ses alliés ne recommenceront pas la faute d’hier, l’envahisseur ne reviendra pas ». Après deux jours de combat, Metz est libéré le 22 novembre par le 20ème Corps d’armée américain. Le lendemain, des tankistes de la 1ère Armée française arrivent à Mulhouse, à proximité de la frontière allemande. Le 15 décembre, le Régiment d’infanterie coloniale du Maroc atteint le Rhin. Malgré la prise de Colmar le 5 février 1945, les combats se poursuivent encore en Alsace en mars. A Paris, le 18 juin, cinq ans après l’appel de Londres, la foule se presse sur les Champs-Élysées pour voir défiler notamment les spahis à cheval. Quatre jours plus tôt, le général américain Eisenhower a été décoré de la croix de la croix de la Libération par le chef de la France… libérée après cinq ans d’occupation !

Loïc Salmon

Provence 1944

Jour-J

« La France libérée »  ECPAD, agence d’images de la défense, 10 €.

Boutique : <http://www.boutique.ecpad.fr>




Renseignement : opérations alliées et ennemies pendant la première guerre mondiale

La première guerre mondiale donnera ses lettres de noblesse au renseignement, pris depuis longtemps au sérieux par la Grande-Bretagne et l’Allemagne, contrairement aux États-Unis qui le redécouvriront.

Un colloque sur l’espionnage et le renseignement pendant la 1ère guerre mondiale a été organisé, le 26 novembre 2014 à Paris, par l’Académie du renseignement, l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire et la Direction de la mémoire, du patrimoine et des archives. Y ont notamment participé : Taline Ter Minassian, professeur à l’Institut national des langues et civilisations orientales de Paris ; Christopher Andrew, universitaire britannique ; Wolfgang Krieger, universitaire allemand.

Efficacité, technicité et naïveté. Jusqu’au début de la guerre, les gouvernements attachent moins d’importance à la cryptographie que le cardinal de Richelieu (1585-1642), qui avait attribué un château à son cryptographe pour le récompenser, chose inimaginable aujourd’hui, rappelle avec humour Christopher Andrew. George Scovell, cryptographe du général anglais Wellington casse le « grand chiffre » de Napoléon. Pendant la crise d’Agadir (1911) entre la France et l’Allemagne, l’ambassade allemande comprend que ses chiffres sont décryptés…par des indiscrétions du ministre français des Affaires étrangères ! Plus tard, les ambassadeurs français Paul Cambon (Londres) et Jules Cambon (Berlin) confient leurs correspondances personnelles aux valises diplomatiques, non pas françaises mais britanniques…qu’ils considèrent au-dessus de tout soupçon ! Alors que George Washington (1732-1799) estimait évidente la nécessité de bons renseignements, jusqu’à l’entrée en guerre des États-Unis, le président Woodrow Wilson (1856-1924) ignore que l’Allemagne n’est pas la seule à maintenir un service de renseignement. Dès 1914, le service de sécurité britannique MI5 instaure la censure postale et l’interception des communications. Il découvre ainsi le réseau allemand d’espionnage implanté en Grande-Bretagne et arrête ses agents. L’Allemagne ne reçoit donc aucun renseignement sur le départ du corps expéditionnaire britannique (70.000 hommes) pour la France en août 1914. Toutefois, le même mois, les officiers de renseignement allemands interceptent un message du commandement russe, en clair, qui entraîne la capitulation des troupes russes à Tannenberg. La coopération entre services de renseignement des pays alliés, à l’origine de la « relation spéciale » entre la Grande-Bretagne et les États-Unis, débute en 1914. Ainsi, le chef de station du futur MI6 (service de renseignement extérieur) aux États-Unis parvient à exercer une influence certaine en matière de politique étrangère, en raison de sa proximité avec le président Wilson. En outre, Reginald Hall, chef du renseignement naval britannique, convainc l’ambassadeur américain à Londres de la menace allemande d’espionnage et de sabotage aux États-Unis. Le « Bureau 40 » de l’Amirauté décrypte les chiffres et codes ennemis, notamment le télégramme du ministre allemand des Affaires étrangères Zimmermann du 16 janvier 1917 (encadré). Publié dans la presse américaine, il révèle une proposition d’alliance avec le Mexique pour reconquérir les territoires du Texas, du Nouveau Mexique et de l’Arizona, au cas où les États-Unis renonceraient à leur neutralité. Hall impressionne aussi le secrétaire adjoint à la Marine et responsable du renseignement naval, Franklin Roosevelt (président de 1932 à 1944), par des récits d’exploits imaginaires d’agents britanniques. Par ailleurs, des agents doubles américains, travaillant pour le compte du MI5 et dont l’identité n’a jamais été divulguée, se sont rendus en Allemagne jusqu’en 1917. Enfin, lors de la révolution russe de 1917, le meilleur cryptographe de l’Ochrana (service de renseignement, ancêtre du KGB et du FSB) fuit en Grande-Bretagne et mettra son expérience à son service contre l’URSS.

Subversion et sabotage. Le renseignement allemand aux États-Unis repose sur l’importante minorité germanophone (7 millions de personnes en 1914), qui pèse sur la politique étrangère américaine, explique Wolfgang Krieger. Concentrée dans le Nord-Est, elle joue un rôle éminent dans la finance, l’industrie et le commerce. Pendant la guerre, les agents allemands agissent en Russie, en Inde et en Turquie et veulent empêcher une participation américaine en Europe. Leurs opérations secrètes, qui finiront par pousser Washington à intervenir, sont peu prises en compte avant la déclaration de guerre, en raison de l’actualité de la menace sous-marine. Faute de service national de renseignement extérieur, les consulats allemands disposent de leur propre service. Les agents sont en contact avec l’attaché militaire Franz Von Papen (futur et éphémère compagnon d’Hitler). Début 1914, les réservistes allemands résidant aux États-Unis tentent sans succès de déclencher des émeutes avec les immigrés irlandais, hostiles à la Grande-Bretagne. Les agents britanniques mettent les lignes téléphoniques des diplomates allemands sur écoutes, en raison de la guerre secrète d’influence auprès des dirigeants d’entreprises et de mouvements politiques. Avec l’aide des Irlandais et des syndicats américains d’extrême-gauche, les agitateurs allemands organisent des grèves dans les usines de munitions. Les opérations de propagande échouent, car divulguées dans la presse à l’instigation des agents britanniques. En 1915, un sous-marin allemand torpille, au large de l’Irlande, le paquebot transatlantique Lusitania, parti de New York avec 1.158 passagers, dont 128 Américains, et un chargement secret de munitions. Des opérations clandestines seront entreprises aux États-Unis par un réseau allemand très actif, soutenu directement par le commandement militaire de Berlin, à l’insu de l’ambassadeur allemand à Washington. Ce sont surtout des sabotages de la production d’armements destinés à la Grande-Bretagne. Ainsi, l’origine de l’explosion d’un dépôt de munitions près de New York sera établie après la guerre. Reconnue coupable en 1939, l’Allemagne sera condamnée à verser une indemnité de 53 M$… qu’elle paiera entre 1953 et 1979.

Loïc Salmon

Renseignement : importance croissante en France depuis la première guerre mondiale

Renseignement : hommes et moyens techniques pendant la première guerre mondiale

Renseignement : pouvoir et ambiguïté des « SR » des pays arabes

En1912, le pétrole remplace le charbon pour la propulsion des navires et revêt une importance stratégique. D’importants gisements ont été découverts en Asie centrale (Azerbaïdjan actuel) et en Perse (Iran actuel). Celle-ci, sous protectorat de la Russie au Nord et de la Grande-Bretagne au Sud, a entrepris des pourparlers secrets avec l’Allemagne. Au début de la première guerre mondiale, l’Allemagne et la Turquie menacent l’Asie centrale et l’Inde. Le lieutenant britannique Reginald Teague-Jones (25 ans) va déclencher une guerre de subversion avec les tribus locales en Afghanistan, zone du « Grand Jeu » entre Moscou et Londres. Lancé à la poursuite du diplomate allemand Wilhelm Wassmuss qui fait la même chose, il récupérera un exemplaire du code allemand, qui permettra de déchiffrer le fameux télégramme Zimmermann à l’origine de l’entrée en guerre des États-Unis en 1917.




Renseignement : importance croissante en France depuis la première guerre mondiale

Le renseignement d’intérêt stratégique, avec ses dimensions militaire, économique et politique, s’est développé en France au cours du 1er conflit mondial. Ses ressources humaines, techniques et financières ont considérablement augmenté depuis.

Un colloque sur l’espionnage et le renseignement pendant la 1ère guerre mondiale a été organisé, le 26 novembre 2014 à Paris, par l’Académie du renseignement, l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire et la Direction de la mémoire, du patrimoine et des archives. Y ont notamment participé : Olivier Forcade, professeur à la Sorbonne ; le commandant Michaël Bourlet, professeur à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr Coëtquidan ; le préfet Alain Zabulon, coordonnateur national du renseignement.

Carences et évolution structurelle. Après la défaite de 1870 devant l’armée prussienne, le renseignement militaire français a été réorganisé. Mais la notion de planification annuelle du renseignement n’existe pas. Le 2ème Bureau se concentre sur les intentions adverses d’invasion du territoire national. Après l’affaire Dreyfus (1899) l’espionnage a mauvaise presse, explique Olivier Forcade. La défiance est générale à l’égard du renseignement : l’information brute est préférée au renseignement élaboré, suspect de déformation et de politisation. En 1914, la communauté du renseignement regroupe quelques centaines de personnes sans organisation institutionnelle, qui s’échangent des informations de façon informelle. Elle se répartit entre les ministères de l’Intérieur, de la Guerre et des Affaires étrangères. Contrairement à la Grande-Bretagne, le renseignement n’est pas encore perçu comme une ressource de la décision politique. Pourtant, les armées assurent une formation au renseignement, notamment la reconnaissance de la cavalerie et les investigations des sapeurs. Mais ce savoir-faire tactique ne débouche pas sur une technique professionnelle. L’attentat terroriste de Sarajevo (28 juin) contre l’héritier de l’Empire austro-hongrois, prémisse de la guerre, constitue une surprise diplomatique et stratégique. Par ailleurs, depuis 1857, la police collecte des informations bancaires et installe une vingtaine de postes le long des frontières pour anticiper les intentions adverses et prévenir les crises, savoir-faire qui perdure jusqu‘en 1914. En outre, dès 1880, des agences privées collectent des informations commerciales et économiques. Les consulats à l’étranger font de même et disposent de moyens techniques d’écoute. Les attachés militaires s’intéressent aux industries d’armement. En 1914, ces recueils deviennent systématiques pour la poursuite de la guerre. Ensuite, un contrôle des informations téléphoniques et télégraphiques des entreprises et établissements bancaires est instauré, en raison du blocus du ravitaillement résultant de la « guerre totale ». Les interceptions et écoutes portent sur les flux de marchandises entre pays neutres (Espagne et pays scandinaves) et belligérants, qui pourraient en réexporter vers les Empires centraux. Après l’invasion de la Belgique et d’une dizaine de départements français par les troupes allemandes, des réseaux se constituent parmi les milliers de réfugiés et de personnes déplacées, afin de collecter des renseignements sur l’ennemi et influencer les populations. En outre, la diffusion de fausses « bonnes » nouvelles devient un enjeu en soi pour la désinformation des États neutres (Espagne, Grèce et Pays-Bas).

Les 2ème et 5ème Bureaux. Alors que le 2ème Bureau s’occupe du renseignement militaire, l’état-major général crée le 5ème Bureau fin 1915, pour l’information et la propagande en métropole et la coopération interalliée dans le renseignement, explique le commandant Michaël Bourlet. Tous deux recrutent des personnels très diplômés : 70 % viennent des Grandes Écoles et 30 % de l’Université. Le 2ème Bureau se présente ainsi : 60 personnes au début ; 77 % d’officiers, surtout supérieurs brevetés de l’École de guerre et issus principalement de l’École Polytechnique ; 45-46 ans d’âge moyen. Le 5ème Bureau compte : 220 personnes militaires et civiles ; 20 % d’officiers subalternes venus de Saint-Cyr et surtout de la réserve ; 40 % d’agrégés en langues ou histoire ; 40 ans. Les gens du 5ème Bureau ont participé au combat, sont cités ou décorés et ont été blessés au moins une fois (30 % sont inaptes au front). Ils doivent rédiger avec rigueur et avoir l’esprit de synthèse : les linguistes pour tout ce qui concerne l’étranger (interrogatoires de prisonniers et analyse de la presse) et les « historiens » pour les états-majors. Le 5ème Bureau compte peu d’espions (8 % en 1916), essentiellement envoyés sur le terrain pour organiser des réseaux. La fonction prime le grade : des professeurs militaires du rang commandent à des officiers moins compétents ! Ces élites ainsi formées pendant la 1ère guerre mondiale serviront l’État par la suite.

Le renseignement aujourd’hui. La 1ère guerre mondiale constitue une période charnière pour le renseignement avec les effets induits de l’avion, du char, du sous-marin et de la communication sans fil, rappelle le préfet Alain Zabulon. En outre, les menaces ont évolué. Alors que les grandes puissances s’affrontaient directement, elles se trouvent aujourd’hui impliquées dans des conflits régionaux (Irak, Syrie, Israël et Territoires palestiniens). S’y ajoutent : le terrorisme avec des acteurs non étatiques (Daech, Al Qaïda et groupes djihadistes) ; les atteintes au patrimoine scientifique et technologique national par des puissances étrangères (espionnage) ; les cyberattaques contre les établissements d’intérêt vital. Les services de renseignement assurent des missions essentielles pour l’autonomie stratégique, la conduite des opérations militaires et la sécurité intérieure. Le Comité interministériel du renseignement élabore les directives nationales sous l’autorité du Premier ministre et assure synergie et transversalité des services concernés. Le Conseil national du renseignement, présidé par le président de la République, s’est réuni trois fois depuis 2012 pour définir les orientations et priorités. Le contrôle parlementaire du monde du renseignement a été renforcé. En 2014, l’ancienne Direction centrale du renseignement intérieur, dépendant du ministère de l’Intérieur, s’est étoffée en Direction générale de la sécurité intérieure correspondant à la Direction générale de la sécurité extérieure, rattachée au ministère de la Défense.

Loïc Salmon

Renseignement : hommes et moyens techniques pendant la première guerre mondiale

DGSE : le renseignement à l’étranger par des moyens clandestins

DCRI : anticiper les menaces futures

Le « renseignement » est une information estimée pour sa valeur et sa pertinence, alors que la « donnée » se réfère à la précision de l’information et le « fait » à sa constatation objective. Collecté et traité par des services militaires et civils, il est destiné à un gouvernement ou une institution pour guider les prises de décision et les actions. En revanche, « l’espionnage », accompli au profit d’une puissance étrangère, est considéré comme un crime et une atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation. Commis par un Français ou un militaire au service de la France, il constitue une trahison.




Motos et Sides-cars de la seconde guerre mondiale

L’épopée de la moto militaire et de son « side-car », des exercices à leur emploi sur le front, revit dans un album de 40 photos de l’Établissement de communication et de production audiovisuelle de la défense (ECPAD).

Ce dernier a puisé parmi les 110.000 clichés des opérateurs de son ancêtre de l’époque, le Service cinématographique de l’armée, et la part française de la production allemande saisie en 1945. La « motocyclette », vélocipède équipé d’un moteur à vapeur, a été inventée par l’ingénieur français Louis-Guillaume Perreaux, qui a déposé son brevet en 1868. L’inventeur allemand Gottlieb Daimler teste la mise en place d’un moteur à pétrole en 1885. Les fabricants français Eugène et Michel Werner commercialisent, en1895, un de leurs modèles de motocyclette sous l’abréviation de « moto », appellation qui restera. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le « side-car » a été inventé en 1892 par… le Français Jean Bertoux, chef armurier du 46ème Régiment d’infanterie ! A la veille de la seconde guerre mondiale, les futurs belligérants développent la moto, dont l’utilité est reconnue pour la liaison, le combat, la police de la route, l’escorte et la reconnaissance. En France, les études se concentrent sur un engin tout terrain, robuste et de conception simple. En Allemagne, les constructeurs de motos reçoivent des subventions et un allègement de taxes. De plus, les efforts portent sur la formation des motocyclistes à la mécanique et à la conduite de nouveaux modèles. L’URSS dote ses troupes d’une moto avec side-car, copiée sur la BMW de la Wehrmacht. Aux États-Unis, le modèle 1929 de la célèbre Harley-Davidson sert de base aux WLA et WLC de la guerre, dont 100.000 exemplaires équiperont les armées américaine, canadienne et britannique. Pendant la guerre, la Grande-Bretagne construit 425.000 motos utilisées par toutes les armées alliées. L’album de l’ECPAD se déroule comme un film. Au début, les photos des Français insistent sur les exercices des motocyclistes et la pédagogie, alors que celles des Allemands montrent la décontraction des soldats en pays conquis ou leur professionnalisme sur le terrain. En 1941, la Luftwaffe dispose en Ukraine de ses propres motos équipées de side-cars. Les opérateurs du service de propagande allemand se déplacent ainsi au plus près du front. En 1942, la Gendarmerie française utilise des estafettes motocyclistes et … à cheval ! La cavalerie a déjà adopté la moto et le side-car, comme le montre un cliché du stand du 12ème Régiment de cuirassiers à la foire de Marseille de 1942. Puis, commence la campagne de Tunisie (17 novembre 1942-13 mai 1943), où 80.000 Allemands de l’Afrika Korps et 110.000 Italiens affrontent 130.000 Britanniques, 95.000 Américains et 75.000 Français et coloniaux de l’Armée d’Afrique et des Forces françaises libres. Ces derniers récupèrent ensuite des motos italiennes Guzzi puis sont rééquipés avec des modèles américains Indian. En 1943, des motocyclistes en guêtres assurent la circulation routière à bord de Harley Davidson, dont sont ensuite dotés la 2ème Division blindée (Leclerc) et la 1ère Armée française (De Lattre de Tassigny). Enfin, les motos et side-cars d’une unité de reconnaissance ouvrent le cortège du retour des cendres du général Kléber (1753-1800) à Strasbourg en septembre 1945.

Loïc Salmon

Jeep militaires

Char Sherman

« Motos et Sides-cars de la seconde guerre mondiale » ECPAD, agence d’images de la défense, 10 €.

Boutique : www.ecpad.fr/boutique.ecpad.fr/prestations.ecpad.fr




Les cavaleries de l’Histoire

Les expéditions coloniales en Afrique du Nord au XIXème siècle ont conduit l’armée française à constituer des haras militaires, fournisseurs de chevaux de guerre très résistants et destinés à une cavalerie adaptée : les « spahis ».

Deux documentaires de l’Établissement de communication et de production audiovisuelle de la défense (ECPAD) retracent l’histoire et les traditions de ces « hommes libres à cheval ». Le premier, intitulé « Spahis, une vie à part », raconte, avec de nombreuses, illustrations, images et films d’archives, la saga de ces cavaliers, d’abord au service de l’Empire Ottoman jusqu’à la prise d’Alger (1830), puis de la France jusqu’à la fin de la guerre d’Algérie (1962). La première unité de cavalerie légère prend corps en 1834 sous l’impulsion du futur général Yusuf (1808-1864), né Joseph Valentini, enlevé  tout enfant par des corsaires et vendu au Bey de Tunis. Les spahis sont reconnaissables à leur « burnous », rouge pour les tribus nomades d’Algérie, puis bleu (signe de notabilité) pour celles du Maroc avec l’intérieur blanc. Le burnous tient chaud la nuit et conserve, pendant la journée, la fraîcheur emmagasinée la nuit. Le fanion de l’unité, symbole de commandement, est orné d’une queue de cheval pour permettre de voir partout le chef. Rapidement intégrés à l’armée régulière, les régiments de spahis sont formés à la guerre de surprise et aux coups de mains. Le futur maréchal Lyautey (1854-1934) les emploie pour pacifier la frontière algéro-marocaine, théâtre de razzias de tribus pillardes. La pacification du Maroc (1903-1912) se réalise selon ses  trois principes : montrer sa force militaire, mais ne l’utiliser qu’en cas de nécessité ; inspirer confiance aux grands chefs arabes ; restaurer la puissance temporaire et spirituelle du sultan… qui abandonnera ses pouvoirs exécutifs au résident français. Dans les territoires français d’Afrique du Nord (colonie d’Algérie et protectorats de Tunisie et du Maroc), les spahis jouent un rôle militaire et politique par l’enracinement local et le maintien du contact avec les populations. En 1914, les conscrits algériens sont mobilisés, mais les Tunisiens et Marocains ne s’engagent que sur la base du volontariat. Tous s’illustrent, notamment à Verdun et sur le front d’Orient (Bulgarie, Serbie et Roumanie). En 1943, les combattants musulmans intègrent l’Armée d’Afrique. L’année suivante, un spahi de la 2ème Division blindée réalise le serment de Koufrah (Libye) et accroche le drapeau français à la flèche de la cathédrale de Strasbourg. Aujourd’hui, il ne reste plus que le 1er Régiment de spahis, installé à Valence et fier de son passé africain dont il conserve le burnous et la large ceinture rouge, par dessus la tenue camouflée. Le second documentaire présente les chevaux « barbes », mot dérivé de « berbère », nom des ethnies d’Afrique du Nord. Leur rusticité, docilité et endurance ont permis à la cavalerie du général carthaginois Hannibal (247-181 avant JC) d’arriver jusqu’aux portes de Rome… après avoir franchi les Pyrénées et les Alpes ! Après la conquête de l’Algérie, l’armée française les déploie en Crimée (1853-1856) et au Mexique (1861-1867). Pendant la guerre d’Algérie, elle les réutilise dans le Sud pour la surveillance et la protection de caravanes de chameaux qui traversent le Sahara.

Loïc Salmon

« Les cavaleries de l’Histoire », deux documentaires de l’ ECPAD, agence d’images de la défense : « Spahis, une vie à part », 52 mn ; « Le cheval barbe, une indéfectible alliance », 26 mn.

Boutique : www.ecpad.fr/boutique.ecpad.fr/prestations.ecpad.fr