Faut-il recréer un service national ?

Le projet de « service national universel », qui nécessite une révision de la Constitution pour le rendre obligatoire, devrait être testé en 2019 et étendu progressivement pour toucher toute une classe d’âge en 2026.

Le service « militaire » des jeunes gens, personnel dès 1872 et universel en 1889, devient réellement égalitaire en 1905. Il vise aussi à renforcer le patriotisme et l’esprit démocratique à travers des conférences, visites et lectures. Les étudiants peuvent exercer des fonctions de sous-officiers et d’officiers de réserve. Le premier conflit mondial, guerre de la nation armée, mobilise 80 % des hommes de 18 à 48 ans. L’engagement volontaire, qui permet de choisir son arme, attire les élites sociales et intellectuelles vers la Marine, l’aéronautique naissante et l’artillerie, où les besoins de compétences techniques grandissent. L’universalité et l’égalité du service militaire, vecteur de cohésion nationale et de brassage social, se maintiennent pendant l’entre-deux guerres. Sa durée varie de 18 mois à un an, puis à deux ans. Le lieutenant-colonel de Gaulle, partisan de « l’armée de métier » en 1934, changera d’avis lorsqu’il commandera un régiment de chars de combat comme colonel. Il constate en effet que les « appelés » sont tout à fait capables de servir des armements modernes. La convention d’armistice du 22 juin 1940 interdit la conscription, qui sera rétablie en 1945. La durée d’un an du service militaire passe à 18 mois en 1950, pour permettre à la France de répondre à ses engagements au sein de l’OTAN. Le « contingent », exclu de la guerre d’Indochine (1946-1954), participe massivement à celle d’Algérie avec 1,2 million de jeunes gens mobilisés entre 1954 et 1962, pour des durées de 18 à 33 mois avec des particularités à l’encontre de l’égalité affichée. Ne se sentant guère concernés par un « conflit de décolonisation », les « appelés » ne suivent pas les chefs militaires et les unités professionnelles rebelles lors du « putsch » des généraux (avril 1961). Il s’ensuit une fragilisation du lien entre la nation et son armée. L’ordonnance de 1959 officialise le service « national », composé du service « militaire » et du service de « défense » pour les besoins en personnel non militaire. En 1965, il inclut des formes totalement civiles favorisant étudiants et catégories sociales aisées, à savoir « coopération » dans les anciennes colonies, aide technique dans les départements et territoires d’outre-mer, affectations en ambassade, dans des entreprises françaises à l’étranger (1984) ou la police (1985). Le « statut d’objecteur de conscience », reconnu dès 1963, implique de servir 20 mois dans une administration ou une association à but social ou humanitaire, au lieu de 18, 16, 12 et enfin 10 mois dans les armées. Les « appelés » constituent les deux tiers de l’effectif de l’armée de Terre, un peu moins du tiers de celui de l’armée de l’Air, un quart de celui de la Marine nationale et 10 % de celui de la Gendarmerie. Ils ne participent ni aux opérations extérieures (Opex) au Tchad, en Centrafrique et au Zaïre, ni à la guerre du Golfe (1991). La conscription, suspendue par la loi du 28 octobre 1997, peut être rétablie le cas échéant. Cette décision, effective en 2002, repose sur : l’inutilité de gros effectifs en raison de la dissuasion nucléaire ; un coût élevé ; l’obligation d’un vote de l’Assemblée nationale pour l’envoi du « contingent » en Opex. Le recensement et l’appel de préparation à la défense restent obligatoires pour tous, filles comprises.

Loïc Salmon

« Faut-il recréer un service national », ouvrage collectif. Éditions L’Harmattan, 268 pages. 25 €

Exposition « France Allemagne (s) 1870-1871 » aux Invalides

Exposition « Images interdites de la Grande Guerre » à Vincennes




J’étais Fusilier Marin à Bir Hakeim

Paul Leterrier (96 ans), combattant de la France libre, témoigne de la bataille de Bir Hakeim où la résistance des Français a permis aux Britanniques de se replier et triompher à El Alamein, empêchant les Allemands d’atteindre le canal de Suez.

Élevé dans un quartier populaire du port du Havre, Paul Leterrier veut lui aussi prendre le large et s’engage à 15 ans sur le paquebot Normandie. Jeune matelot, il sert en 1ère classe dans des croisières, découvre New-York, Rio de Janeiro et mène une vie exigeante à « l’âge d’or de la navigation ». La guerre bouleversera son existence au service de la Compagnie Générale Transatlantique. Retourné au Havre après le début des hostilités, il subit l’occupation ennemie et décide, très vite, de rallier les Forces françaises libres. C’est le début d’un périple qui le fait passer par Marseille, où ses qualités de marin lui permettent d’embarquer sur un cargo chargé de civils fuyant la guerre pour l’Afrique du Nord. Patient, il profite d’une escale à Beyrouth en 1941 pour déserter au nez et à la barbe de ses gardiens vichystes. Il rejoint le 1er Peloton de fusiliers marins comme servant sur un canon anti-aérien. Il y apprend le métier des armes, campe dans le désert et connaît très vite le feu et le terrible Afrika Korps, « sarabande infernale » à laquelle son unité ne peut opposer que quelques canons et beaucoup de courage. Jour et nuit, la déferlante de chars, d’avions et de soldats ennemis tente de briser ses retranchements à Bir Hakeim. Soufflé par une bombe, Paul doit être évacué d’urgence à l’hôpital de Tobrouk. Ses blessures l’y laissent hors de combat pendant deux mois. Mais à peine sorti de convalescence, il ne tarde pas à réintégrer son unité, où sous le commandement du général Koenig, lui et ses camarades continuent de tenir tête à une force considérable dirigée par le général Rommel. Malgré le manque d’eau, de munitions et de renforts, l’unité garde le moral, refuse les offres de reddition et tente de rendre coup pour coup aux bombardements incessants des Stukas et des tirs d’artillerie. Paul est à nouveau blessé par un éclat d’obus dans la cuisse, qu’il conservera en souvenir. En outre, il contracte une dysenterie qui lui fait perdre 20 kg. Encerclés par un ennemi dix fois supérieur, les Français de Bir Hakeim n’ont plus d’autre choix que d’abandonner la position le 10 juin 1942. Evacués vers l’hôpital français du Caire, les blessés reçoivent la visite du général de Gaulle le 10 août. Malgré cette défaite, la France est restaurée dans son honneur et son statut de nation belligérante. Paul doit néanmoins rester loin des champs de bataille pour reprendre des forces. Début janvier 1943, il repart avec les Alliés dans la campagne de Tunisie. Alors qu’il visite les ruines de Carthage avec un camarade, il rencontre par hasard…Churchill, qui leur fait le « V » de la victoire en réponse à leur salut réglementaire ! En avril 1944, le 1er Bataillon de fusiliers marins s’embarque pour l’Italie. Paul conduit le véhicule de pointe de son peloton, cible privilégiée des mines, canons antichars et des éléments retardateurs de l’armée adverse, bref « le sacrifié ». Mais il a la « baraka » (chance en arabe) et s’en sort à chaque fois. Le 13 août, son unité quitte le Sud de l’Italie à destination de la France et débarque le 16 août à Cavalaire, près de Saint-Tropez. La remontée vers Paris est ponctuée d’escarmouches meurtrières. Ainsi, à la sortie d’un village, Paul est blessé au cou, à la main et au mollet. Son « pifomètre infaillible » lui évite toujours le pire au moment critique. Ses camarades n’ont pas tous eu la même chance. Il perd son meilleur ami, abattu par un Allemand. Il a aussi contracté la dysenterie, la jaunisse et le paludisme. A la Libération, seule sa mère parvient à le persuader de ne pas s’engager pour l’Indochine, considérant qu’il « en avait assez fait comme ça ». Titulaire de la croix de guerre 1939-1945, il reçoit celle de chevalier de la Légion d’honneur en 1983. Le 11 juin 2002, Paul, promu officier de la Légion d’honneur, est décoré dans la cour d’honneur des Invalides par le président de la République, Jacques Chirac. Il se souciait peu de « passer au grade supérieur ou de recevoir des décorations ». Revenu à la vie civile, il sert dans la police, notamment à la Direction de la surveillance du territoire en Algérie. En 2012, il revient en pèlerinage, solitaire, sur le site de la bataille de Bir Hakeim, « disparu sous le désert, redevenu ce qu’il était lors de notre arrivée en février 1942 ».

Pierre Wachel

« J’étais Fusilier Marin à Bir Hakeim », Paul Leterrier, Éditions Pierre de Taillac, 190 pages, 16,90€

Parachutée au clair de lune

Provence 1944

De l’Asie à la France libre

Demoiselles aux pompons rouges (Fusiliers-marins, Dixmude 1914)




Le livre qui va faire de vous un chef

L’exemple et l’expérience militaires trouvent des applications dans le monde civil. En effet, le commandement se caractérise par la capacité de donner confiance, la maîtrise de la complexité d’une situation et la crédibilité du chef.

Les grands chefs militaires ont élaboré un programme, avec le souci constant du résultat : « Il ne faut pas cesser de monter ses forces en système » (Maréchal Foch). Ils sont parvenus à faire partager leur vision par leurs subordonnés : « Je fais les plans de bataille avec les rêves de mes soldats » (Napoléon). L’analyse de leurs conseils permet de dégager quelques principes permanents. Il s’agit d’abord de planifier, tout en gardant la souplesse nécessaire pour faire face aux imprévus inévitables. Interprète du bien commun, le chef n’est pas celui de la volonté générale, mais tient compte de l’expérience et des avis de ses collaborateurs. Le commandement, qui implique le contrôle, ne se partage pas : « je crois qu’il faudrait plutôt un mauvais général que deux bons » (Bonaparte dans une lettre au Directoire). Il s’agit ensuite de trouver des collaborateurs efficaces, performants et convaincus de l’utilité de leur tâche : « Une réunion d’hommes ne fait point de soldats. L’exercice, l’instruction et l’adresse leur en donnent le caractère » (Napoléon). Il faut former, animer, encourager et motiver : « La puissance militaire remporte des batailles, la force morale remporte les guerres » (Général George Marshall). Avant de promouvoir un colonel, Napoléon demandait s’il avait de la « chance ». Le général MacArthur la définissait comme la « faculté de saisir les bonnes occasions ». Pour tout chef, avoir du « caractère » consiste à garder un esprit libre et indépendant, diriger sans chercher de satisfaction immédiate comme celle d’être aimé, être impartial et reconnaître ses erreurs. L’autorité va de pair avec la compétence, acquise par la volonté d’apprendre tout au long de la vie : « La réalité du champ de bataille est qu’on n’y étudie pas ; simplement on fait ce que l’on peut pour appliquer ce que l’on sait. Dès lors pour pouvoir peu, il faut savoir beaucoup et bien » (Maréchal Foch). Un chef qui donne l’exemple obtient la confiance de ses hommes : « Dans les moments de panique, de fatigue, de désorganisation, l’exemple personnel du chef agit et fait merveille » (Maréchal Rommel). L’esprit de décision accompagne le succès : « Je suis venu, j’ai vu et j’ai vaincu » (Jules César). Quoique difficile à mesurer avant que la crise survienne, le courage s’acquiert par les qualités morales, l’exercice, la mise en situation et la réflexion : « Dans les temps héroïques, le général, c’était l’homme le plus fort ; dans les temps civilisés, le général, c’est le plus intelligent des braves » (Napoléon). L’idéal doit s’incarner avec constance dans la réalité : « L’énergie déployée par un chef a souvent plus d’importance que ses dons intellectuels » (Maréchal Rommel). Outre le maintien du moral, il convient de consacrer une part importante de son temps à s’informer : « La véritable école du commandement est la culture générale » (Général de Gaulle). Tout le monde ne se commandant pas de la même façon, l’adaptation s’impose : « Certains se contenteront d’une directive générale, tandis que d’autres auront besoin de plus de détails. Le commandement doit être direct et personnel » (Maréchal Montgomery). Le mot de la fin revient à Foch : « Ne rien faire (qui ne soit pas de son niveau), tout faire faire (par des collaborateurs convaincus), ne rien laisser faire (contrôle de la bonne  exécution des ordres donnés).

Loïc Salmon

« Le livre qui va faire de vous un chef » par Max Schiavon. Éditions Pierre de Taillac, 96 pages. 9,90 €

Exposition « Napoléon stratège » aux Invalides

Armée de Terre : pas de victoire sans le soutien de la nation




Journée d’étude « Honneur de la cité, cités à l’honneur », le 16 novembre 2018 à Bar-le-Duc (Meuse)

Le colonel (H) Michel Bachette-Peyrade, président de l’Association nationale des croix de guerre et de la valeur militaire (à droite), remet une croix de Guerre 1914-1918 au colonel (ER) Philippe Mignolet, conservateur du musée du génie belge (à gauche). Au centre : Jean-François Dubos, conservateur en chef de la bibliothèque du SHD (cravate rose) et le colonel (ER) Eric Tripnaux-Monin (micro à la main).

Placée sous le haut patronage du général d’armée Benoît Puga, Grand chancelier de la Légion d’honneur, une journée d’étude, consacrée aux villes décorées, s’est déroulée le 16 novembre 2018 à Bar-le-Duc. Elle a été organisée par le Service historique de la défense, le Département de la Meuse, qui a mis à disposition l’hémicycle de son hôtel, et l’Association nationale des croix de guerre et de la valeur militaire, dont le délégué pour la Meuse, le colonel (ER) Alain Artisson, directeur de la mission « Histoire » du département.

Plus de cent élus de communes, décorées des deux guerres mondiales, ont écouté avec attention les interventions mettant ces cités à l’honneur. La journée a été ouverte par de brèves allocutions de Claude Léonard, président du Conseil départemental de la Meuse, du colonel (H) Michel Bachette-Peyrade, président de l’Association nationale des croix de guerre et de la valeur militaire (ANCGVM), et de Jean-François Dubos, conservateur en chef de la bibliothèque du Service historique de la Défense (SHD) et vice-président de la Société d’histoire des ordres et décorations. Ont suivi des exposés, passionnants et documentés, sur les villes décorées de la Légion d’honneur, celles décorées de la croix de Guerre et celles médaillées de la Résistance et Compagnons de la Libération. Par ailleurs, le colonel (ER) de l’armée belge, Eric Tripnaux-Monin, a expliqué pourquoi la ville de Liège a reçu la Légion d’honneur en 1916 et d’autres villes la croix de Guerre française. En effet, une croix de Guerre belge a été créée le 25 octobre 1915, pour acte de bravoure à titre individuel ou collectif. Toutefois, la Belgique n’a décoré aucune ville commune belge pendant la Grande Guerre, alors que toutes ont subi des dommages. Il faudra attendre 2006 pour que sept d’entre elles reçoivent l’appellation de « ville martyre » ! En revanche, onze villes recevront la croix de Guerre belge 1940-1945. Les actes complets du colloque feront l’objet d’une publication en juin 2019 par le SHD et l’ANCGVM. En outre, le dossier du numéro de juin 2019 de la revue « Croix de Guerre & Valeur militaire » de l’ANCGVM reprendra l’essentiel des exposés.

 

 

Loïc Salmon

Bar-le-Duc | Juin 2017

 




A l’Est, la guerre sans fin 1918-1923

Les cartes et analyses de spécialistes de quinze pays différents expliquent pourquoi, cent ans après l’armistice de 1918, la paix n’est pas encore vraiment instaurée à l’Est de l’Union européenne et aux Proche et Moyen-Orient.

Les traités. Pourtant, la page de la Grande Guerre aurait dû être tournée avec les divers traités, rédigés en français, anglais et parfois italien, mais dont seule la version française fait foi : Versailles, 28 juin 1919, avec l’Allemagne ; Saint-Germain-en Laye, 10 septembre 1919 avec l’Autriche ; Neuilly-sur-Seine, 27 novembre 1919 avec la Bulgarie ; Trianon, 4 juin 1920 avec la Hongrie ; Sèvres, 10 août 1920 avec la Turquie, non appliqué et remplacé par celui de Lausanne, 24 juillet 1923. Outre le rétablissement de la paix en Europe et dans le monde, ces traités devaient redessiner la carte des Etats formés après la disparition des Empires allemand, austro-hongrois et ottoman, considérés comme responsables du conflit. Ces traités multilatéraux résultent d’un processus juridique complexe mis au point entre l’Acte final du congrès de Vienne (9 juin 1815), élaboré à l’issue des guerres napoléoniennes, et le premier traité multilatéral mettant fin à la guerre de Crimée (30 mars 1856). Hôte de la Conférence de la paix en 1919, la France devient la dépositaire des traités multilatéraux rédigés à l’issue des négociations. Un seul exemplaire étant signé par tous les Etats membres, le gouvernement français établit les procès-verbaux des dépôts de ratification des traités, remet des copies certifiées conformes aux pays signataires et indique leur date d’entrée en vigueur. Il doit rassembler les pièces constitutives de chaque traité, en vérifier la validité et en suivre l’exécution. Ainsi, le ministère français des Affaires étrangères conserve tous les documents signés par les chefs d’Etat et souverains des pays concernés par la première guerre mondiale. Il s’agit de la Belgique, de la Bolivie, du Brésil, de la Chine, de Cuba, de l’Equateur, de la Grèce, du Guatemala, de Haïti, du Hedjaz intégré aujourd’hui à l’Arabie saoudite, du Honduras, du Liberia, du Nicaragua, de Panama, du Pérou, de la Pologne, du Portugal, de la Roumanie, de l’Etat serbe-croate-slovène dont les composantes sont aujourd’hui indépendantes, du Siam (Thaïlande), de la Tchécoslovaquie (aujourd’hui scindée en deux) et de l’Uruguay. Tous ces documents sont désormais consultables sous forme numérique.

« Atlas raisonné ». L’ouvrage « A l’Est, la guerre sans fin 1919-1923 », catalogue de l’exposition éponyme au musée de l’Armée, présente un aperçu du destin de vingt-cinq pays concernés. Ces entités politiques, étendues ou minuscules, anciennes ou récentes, durables ou éphémères, restituent la grande variété des situations. Une carte de synthèse, établie par les ingénieurs géographes du Centre des archives diplomatiques rappelle les frontières de 1923, avec des éléments antérieurs pour une meilleure mise en perspective. L’histoire de chaque pays, entre 1918 et 1923, présente sa participation aux divers conflits avec les conséquences en termes de territoires, de nationalités et d’instabilité politique (révolutions et contre-révolutions). Les interventions militaires françaises, significatives, sont parfois mentionnées. En effet, forte de sa prépondérance militaire en 1918, la France a tenté, avec ses soldats, ses diplomates et ses alliés, de mettre en place un nouvel ordre stratégique.

Loïc Salmon

« A l’Est, la guerre sans fin 1919-1923 », ouvrage collectif. Éditions Gallimard/Musée de l’Armée, 336 pages, 300 illustrations, 29 €

Exposition « A l’Est, la guerre sans fin 1918-1923 » aux Invalides

Exposition « 1918, armistice(s) » aux Invalides




Exposition « A l’Est, la guerre sans fin 1918-1923 » aux Invalides

La Grande Guerre se termine le 11 novembre 1918 à l’Ouest, mais se poursuit jusqu’en 1923 dans les Empires russe, allemand, austro-hongrois et ottoman. Leurs populations se trouvent prises dans des révolutions et des guerres civiles, entraînant des modifications de frontières et même la naissance de nouveaux Etats.

Les nationalités. Malgré leur puissance apparente, ces empires subissent, à partir de 1916-1917, d’importants revers militaires à l’origine de tensions internes grandissantes. En Russie, la révolution bolchévique de 1917 renverse le régime impérial. En 1918, les grandes défaites des armées allemandes, austro-hongroises et ottomanes provoquent l’éclatement des empires. Ces derniers gouvernaient des peuples aux langues diverses, essentiellement romanes, germaniques, finno-ougriennes, slaves, baltes, caucasiennes, altaïques et perses. Dès mai 1916, la Grande-Bretagne et la France envisagent la création d’Etats arabes dans la région syrienne sous domination ottomane. Les « Accords Sykes-Picot » prévoient trois types de statut : administration directe ou indirecte par l’une ou l’autre ; Etats indépendants sous l’influence de l’une ou de l’autre ; zone sous administration internationale. Ces ambitions et la déclaration Balfour sur l’installation d’un foyer national juif en Palestine (2 novembre 1917) empêchent la naissance d’un vaste Etat arabe indépendant. Par ailleurs, le 8 janvier 1918 et après l’armistice entre la Russie soviétique et les Empires allemand et austro-hongrois (15 décembre 1917), le président Woodrow Wilson présente au Congrès américain un plan de paix en 14 points, recommandant un nouveau tracé des frontières selon le sentiment des populations et non par le sort des armes. Ainsi, après la guerre, la sécurité des Etats pourrait reposer, non plus sur des alliances, mais sur un multilatéralisme garanti par une « Société des Nations ». Mais ce plan ne rencontre guère l’adhésion du Congrès, qui refuse les traités de paix et l’intégration de la Société des Nations. Celle-ci inaugurera quand même son siège à Genève en1924. Les armistices, conclus en septembre et octobre 1918, entre les puissances alliées et l’Autriche-Hongrie, la Bulgarie et la Turquie contraignent l’Allemagne à faire de même le 11 novembre. Les forces du IIème Reich se trouvent en effet seules face aux offensives de celles de « l’Entente » (France, Grande-Bretagne, Italie depuis 1915 et Etats-Unis depuis 1917), en Italie, dans les Balkans et en Thrace (aujourd’hui partagée entre la Grèce, la Bulgarie et la Turquie). Ensuite, les négociations de paix s’avèrent difficiles en raison des tensions nationales. La politique idéaliste des nationalités de l’Américain Wilson se heurte à la tradition de l’équilibre européen du Britannique Lloyd George et à la hantise d’une menace allemande persistante du Français Clemenceau. De son côté, l’Italie s’estime mal récompensée de son engagement. Les diplomates doivent imaginer et négocier la suite d’empires multiethniques disloqués alors que les réalités territoriales et nationales enchevêtrées s’accordent mal avec le modèle de l’Etat-nation homogène. Des peuples, longtemps dominés, tentent de retrouver leur indépendance. Vaincus, l’Empire ottoman, l’Allemagne, l’Autriche, la Hongrie et la Bulgarie, tenus à l’écart des négociations, en éprouvent du ressentiment. La Russie, en pleine révolution, en est exclue. Les résultats des consultations occasionnelles, mais non systématiques, des populations, sont parfois faussés pour des motifs stratégiques. La Conférence de la paix, tenue à Paris de janvier 1919 à l’été 1920, réunit une trentaine d’Etats et des groupes de pression plus ou moins officieux. L’occupation de larges territoires de l’Empire ottoman par les Alliés leur permet de projeter la création de nouveaux Etats et des cessions territoriales. Le sentiment national turc se focalise sur le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et démontre statistiquement la part majoritaire de la population turque au sein des zones disputées. La Hongrie, issue de l’Empire austro-hongrois, a perdu les deux tiers de son territoire et son accès à la mer.

Les révolutions et guerres civiles. En janvier 1918, la République soviétique russe remplace l’Armée impériale par l’Armée rouge, qui affronte les troupes allemandes à Pskov (Russie) et Narva (Estonie) le 23 février. En mars, elle dissout l’éphémère République populaire du Kouban (Nord de la Géorgie) peuplée de Cosaques, dont une partie soutient l’Armée blanche russe et l’autre l’Ukraine qui intégrera l’URSS en 1922. L’Armée rouge a pour mission de combattre les ennemis de la révolution et de la Russie, à l’extérieur mais aussi à l’intérieur. Dès le 8 novembre 1917, le gouvernement bolchévique avait proclamé le droit à l’autodétermination de toutes les nationalités de l’Empire des tzars. Le 20 novembre, la partie ukrainienne se proclame République populaire d’Ukraine et se sépare de la Russie. Il en est de même pour la République démocratique de Moldavie qui sera réunie à la Roumanie, de la Lituanie, de la Finlande, de l’Estonie, de la Biélorussie qui intégrera l’URSS et de la Lettonie. La Révolution bolchévique a débouché sur une guerre civile en Russie (1917-1922) avec des répercutions en Finlande, Estonie, Lettonie, Lituanie, Pologne, Ukraine, Biélorussie et…Allemagne. Hormis en Russie, toutes les forces contre-révolutionnaires l’emportent sur les insurrections communistes. Guerres interétatiques et intra-étatiques ses recoupent, au cours desquelles les minorités sont prises à partie, surtout les juifs régulièrement victimes de pogroms. En raison de l’hostilité, ouverte ou masquée, de la Russie et de l’Allemagne, Pologne, pays baltes et Ukraine s’affrontent parfois entre eux pour conforter leurs frontières.

Les interventions alliées. Pour garantir les traités et la stabilité politique, Les puissances alliées interviennent de multiples façons, y compris militaires. Le 1er juillet 1918, des détachements britanniques, français et américains débarquent à Mourmansk et Arkhangelsk (Russie), suivis, le 17 décembre, d’un détachement français à Odessa et Sébastopol (Ukraine). Une mission militaire française est envoyée en Pologne (février-avril 1919), une division navale française mise en place en Baltique (avril) et un bataillon de chasseurs alpins français envoyé au territoire de Memel/Klapeida (8 avril 1920). Des troupes françaises, britanniques et italiennes occupent Constantinople de novembre 1918 à septembre 1923. Cette année-là, le traité de Lausanne met fin au long conflit gréco-turc au prix d’un échange forcé de populations. La Grande Bretagne exerce son influence sur la Palestine, l’Irak et l’Arabie saoudite. Les mandats français syrien et libanais se stabilisent. A l’Est de l’Europe, la Pologne s’affirme comme puissance régionale.

Loïc Salmon

L’exposition « A l’Est, la guerre sans fin 1918-1923 » (3 octobre 2018-20 janvier 2019), organisée par le musée de l’Armée, se tient aux Invalides à Paris. Outre des gravures, tableaux, documents, armes et objets, elle présente des images d’archives cinématographiques. Sont aussi prévus concerts, conférences et colloques. Renseignements : www.musee-armee.fr

A l’Est, la guerre sans fin 1918-1923

Armistice

Renseignement : opérations alliées et ennemies pendant la première guerre mondiale




Armistice

Cent ans après, 31 écrivains, hommes et femmes, français et étrangers, s’expriment sur ce que représente, pour eux, l’armistice de 1918, à l’origine une simple trêve dans des combats qui durent depuis quatre ans.

Inspirations religieuses et engagements pacifistes en soulignent la complexité. Pour accorder écrits et visuels, les illustrations d’artistes allemands sont placées en vis-à-vis de textes d’auteurs français, celles de femmes face à ceux d’hommes, ou inversement.

Les travailleurs chinois. L’académicien François Cheng rappelle le recrutement de travailleurs chinois pour remplacer les ouvriers et paysans français et britanniques, partis au front. En effet, depuis l’entrée en guerre de la Chine aux côtés des Alliés en 1917, la Grande-Bretagne en fait venir 100.000 et la France 40.000. Quoiqu’exclus de toute opération militaire par contrat, les travailleurs chinois ont payé un lourd tribut au conflit. Environ 10.000, morts de maladies ou d’accidents dans des travaux à haut risque près du front, sont enterrés sur place en Belgique et en France, dont 900 au cimetière de Noyelles-sur-Mer. Après l’armistice, 3.000 décident de rester en France, ouvrant la voie à la venue des générations suivantes. Pour eux, la France représente le « pays du Milieu » (les deux caractères pour Chine dans leur langue) de l’Europe occidentale. Les deux pays partagent le même goût pour les traditions littéraire, artistique et…culinaire. A la fin du XXème siècle, quelque 150.000 travailleurs, commerçants, artistes et intellectuels d’origine chinoise et leur famille vivent en France. La mémoire des défunts du cimetière de Noyelles-sur-Mer est célébrée lors de la fête des Morts chinoise, depuis 1998.

Le wagon de Rethondes. La romancière Sylvie Germain, lauréate de trois prix littéraires, narre l’histoire du wagon où fut signé l’armistice. Cette voiture-restaurant de la Compagnie internationale des wagons-lits n’aura roulé que quelques mois, par intermittence, entre juin 1914 et avril 1945. Après son dernier voyage civil de Paris à Thionville en août 1918, elle est réquisitionnée, transformée en wagon-bureau et incorporée au train de l’état-major du maréchal Foch, en vue de la signature de l’armistice. A l’automne, le convoi prend la direction de la forêt de Compiègne, lieu isolé, discret et célèbre par la capture de Jeanne d’Arc et les chasses royales de François 1er à Louis XVI. L’armistice est signé le 11 novembre à 5 h du matin. « L’aube devait être très noire, écrit Sylvie Germain. Pour les vainqueurs, un noir intense et beau malgré l’immensité du deuil régnant ; pour les vaincus, un noir amer comme une bile pleine de hargne et de rancœur. » L’Etat rachète le wagon à son propriétaire, en réaménage l’intérieur en « bureau de signature de l’armistice » et l’expose dans la cour d’honneur des Invalides pendant six ans, sans entretien. Le mécène américain Henry Fleming s’en émeut, prend en charge sa restauration et l’installe à Compiègne, à l’intérieur d’un édifice-musée. Un peu plus tard, une statue de Foch est érigée à proximité. Lors de la signature de l’armistice du 22 juin 1940, Hitler exige que le wagon serve à nouveau et au même endroit, pour que Foch (mort 11 ans plus tôt), assiste au renversement de la victoire. Tous les monuments du lieu rappelant la première guerre mondiale sont démontés, sauf la statue de Foch. Le wagon, exposé à Berlin puis emporté près du camp de concentration de Buchenwald, sera incendié en 1945. Un jumeau sera reconstruit, décoré à l’identique et installé à Rethondes.

Loïc Salmon

« Armistice », ouvrage collectif. Éditions Gallimard, 304 p, 54 illustrations, 35 €

Exposition « L’Armistice, 11 novembre 1918 : un document, une histoire » à Vincennes

Exposition « 1918, armistice(s) » aux Invalides




Exposition « L’ Armistice, 11 novembre 1918 : un document, une histoire » à Vincennes

La Convention d’armistice de 1918 a été hâtivement rédigée, en français, pour finir la guerre le plus tôt possible. Les généraux en chef allemands Ludendorff et Hindenburg refusent de la signer pour éviter la responsabilité de la défaite.

Le document initial de 13 pages dactylographiées (il en comptera 254 ultérieurement) aura une validité de 36 jours et sera prolongé trois fois. Une ultime séance des négociations de détail se déroule pendant près de trois heures dans un wagon stationné à Rethondes, dans la forêt de Compiègne. L’armistice est finalement signé le 11 novembre à 05 h, pour entrer en application à 11 h par une sonnerie de clairon, répercutée sur la ligne de front.

Document unique. La page 13 du document original, présenté à l’exposition, porte les signatures du maréchal Foch, commandant en chef les armées alliées, de l’amiral britannique Wemyss, « First Sea Lord » (chef d’état-major de la Marine), et des quatre délégués allemands : le secrétaire d’Etat Erzberger, président de la délégation ; l’envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire, le comte von Oberndorff ; le général major (général de brigade à l’époque) von Winterfeldt ; le capitaine de vaisseau Vanselow. Le maréchal Foch emporte lui-même l’exemplaire français à Paris, conservé au Service historique de la défense depuis 1921. La délégation allemande est ramenée, à bord d’un avion français, à Spa (Belgique) où se trouve le Grand Quartier général allemand. L’exemplaire original allemand de la convention, qu’elle emporte, a été perdu. Afin d’empêcher toute reprise du combat par l’Allemagne, les Alliés, dont les intérêts divergent, lui imposent des conditions dépassant le strict cadre militaire. Pour sécuriser ses frontières et se relever de ses ruines, la France exige le retrait des troupes allemandes et l’occupation par les siennes de la rive gauche du Rhin, la livraison de matériel et le paiement des dommages de guerre. La Grande-Bretagne obtient des clauses destinées à renforcer sa maîtrise, militaire et commerciale, des mers. Depuis le 9 novembre, le mouvement révolutionnaire allemand s’est étendu à Berlin. Le lendemain, pendant les ultimes négociations de Rethondes, les plénipotentiaires allemands avouent l’épuisement de leur armée, privée de vivres et de munitions. Plus tard, Foch a déclaré que, avec 15 jours de plus, il aurait eu le temps de remporter une victoire incontestable en raison de l’offensive américaine, programmée pour le 14 novembre en vue d’empêcher le repli de l’armée impériale vers l’Allemagne. Selon les notes de l’officier interprète de son état-major, Foch redoutait que, plus tard, l’Allemagne impute sa capitulation à une révolution intérieure et non pas à une défaite militaire, puisque les Alliés n’ont pas franchi sa frontière.

Joie et recueillement collectifs. A l’annonce de l’armistice, les combattants se sentent coupables d’être encore en vie, après la mort de leurs compagnons d’armes, et reprochent aux civils leurs débordements de joie, jugés déplacés. Dès le 8 décembre, les plus hautes autorités de l’Etat se rendent en Alsace et en Lorraine, perdues pendant la guerre franco-prussienne de 1870-1871.

Loïc Salmon

L’exposition « L’Armistice, 11 novembre 1918 : un document, une histoire » (22 octobre 2018-22 janvier 2019), organisée par le Service historique de la défense, se tient au château de Vincennes (banlieue parisienne). Elle présente photos, objets, drapeaux et documents écrits et cinématographiques. Renseignements : www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr

Exposition « 1918, armistice(s) » aux Invalides

Armistice

Exposition « France Allemagne (s) 1870-1871 » aux Invalides




Nouvelles histoires extraordinaires de la Résistance

Les parcours de quelques héros méconnus, combattants sous l’uniforme ou dans l’ombre, font revivre de l’intérieur la seconde guerre mondiale.

Ainsi, Edmond Cardoze participe, le 27 juillet 1944 dans le Sud-Ouest, à un sabotage ferroviaire qui va lourdement pénaliser le réapprovisionnement des unités allemandes sur le front de Normandie. Chargé de réorganiser un réseau de Forces françaises de l’intérieur (FFI), André Jolit constitue, à 22 ans, la plus importante unité de la Gironde avec 756 hommes armés. Michel Slitingski participe, au sein d’unités FFI, à la bataille du Mont Mouchet, (massif Central, 11 juin 1944) contre la brigade allemande Jesser qui ne parvient pas à les anéantir. Les frères Alain, Olivier et Francis Massart s’engagent dans divers combats de la France libre. Pilote, Alain intègre le groupe de chasse « Ardennes, qui sert d’appui-feu à la 1ère Armée française lors du débarquement de Provence (15 août 1944). Pilote également dans le groupe « Ile-de-France » dont il prendra le commandement, Olivier est abattu par la DCA dans la région de Wesel (Allemagne 13 mars 1945) et fait prisonnier. Francis, qui a rejoint le 1er Régiment de chasseurs parachutistes au Maroc, est grièvement blessé le 6 octobre 1944 mais termine la campagne d’Alsace par la prise de Colmar (3 février 1945). Engagé volontaire en 1914 puis sous-lieutenant en 1917, François de Carrère rejoint, en 1942, le corps franc Pommiès, (Sud-Ouest) puis la 1ère Armée française. Commandant, il sera très grièvement blessé dans les Vosges le 28 novembre 1944. Marie-Benoît, prêtre capucin, cache aviateurs alliés, résistants et juifs dans son couvent de Marseille, après l’armistice de 1940, et facilite leur fuite vers l’Espagne et la Suisse. Il obtient du Vatican 4 M$ pour ses opérations de sauvetage. Dénoncé, il parvient à se réfugier à Rome. Son nom figure parmi les premiers des « Justes » sur le Mémorial de Yad Vashem, dédié aux héros et victimes de la Shoah, à Jérusalem. L’instituteur Georges Guingouin, membre du Parti communiste dont il sera exclu en 1952, crée les premiers groupes de francs-tireurs et partisans (FTP) dans les maquis du Limousin en 1941. Grâce au SOE britannique, il arme 6.800 FTP pour des embuscades et des sabotages. Il sera fait Compagnon de la Libération. Sergent-chef cité en 1940, Maurice Bénézech crée le maquis Bernard à Bagnères-de-Bigorre en 1942 et participe à la destruction de colonnes allemandes en retraite (1944). Installée à Paris en 1923, la sœur Marie Skobtsov, russe et orthodoxe, entre dans la Résistance dès l’occupation allemande. Ayant caché de nombreux juifs, elle est arrêtée et déportée au camp de Ravensbrück, où elle prend la place d’une juive dans la chambre à gaz (31 mars 1945). Son nom est inscrit à Yad Vashem. La pharmacienne Laure Gatet intègre le réseau de Bordeaux de la Confrérie Notre-Dame en 1941 et fournira des renseignements importants sur les installations militaires allemandes. Arrêtée, elle mourra à Auschwitz (25 février 1943). Membre du réseau Amitiés chrétiennes, Germaine Ribière cache des enfants juifs dans des familles et institutions religieuses et fait passer des juifs en Suisse. Elle sera honorée du titre de « Juste » à Yad Vashem. L’ingénieur Jacques Nancy, membre du service action de la France libre, fonde la section spéciale de sabotage en Charente qui multiplie les exploits jusqu’à la reddition de la poche de Royan (avril 1945).

Loïc Salmon

« Nouvelles histoires extraordinaires de la Résistance » par Dominique Lormier. Éditions Alisio, 336 pages. 19,90 €

De l’Asie à la France libre

La Résistance en Europe, les combattants de l’ombre




Défense : le cinéma, de la communication à la réalité

Dans les films mettant en scène des combattants, y compris de l’ombre, la réalité prend de plus en plus le pas sur l’antimilitarisme et la caricature d’hier. De leur côté, les institutions de défense les considèrent comme des canaux de communication et de recrutement.

Ce thème a été abordé lors d’une conférence-débat organisée, le 28 juin 2018 à Paris, par l’Association nationale des auditeurs jeunes de l’Institut des hautes études de défense nationale. Y sont intervenus : Bénédicte Chéron, enseignante à l’Institut catholique de Paris ; Pauline Blistène, chercheuse à l’Institut des sciences juridiques et philosophiques de la Sorbonne Paris I ; Cécile Ducrocq, scénariste et réalisatrice.

Relation aléatoire en France. La guerre constitue un sujet cinématographique porteur pour les armées, explique Bénédicte Chéron. Dès 1897, les frères Lumière tournent le film « La dernière cartouche » sur la bataille de Bazeilles (1870), reconstituée en studio. Les armées, qui ont pris conscience de la nécessité de garder des images des opérations, créent un service photographique et cinématographique en 1915, qui deviendra plus tard l’ECPAD (Etablissement de communication et de production audiovisuelle de la défense). L’action militaire sert la propagande destinée à la population à l’arrière du front. En racontant la vie militaire, le cinéma va jouer un rôle dans la relation des Français avec leurs armées pendant une centaine d’années. Dès 1920, le soldat n’apparaît plus comme un héros du XIXème siècle, mais plutôt comme un martyr ou une victime. La Grande Guerre, souvent désignée sous le terme de « boucherie », n’incite guère à traiter des conflits ou de l’héroïsme. Après 1940, les civils remplacent les militaires vaincus, qui n’incarnent plus l’héroïsme de la littérature historique. Ils sont mis en scène dans « La bataille du rail » (1946) et « L’armée des ombres » (1969). Il faudra attendre « La 7ème Compagnie » (1973), qui connaît un gros succès en salle, pour renouer avec le second conflit mondial. Les guerres de décolonisation modifient encore la représentation des armées, avec quelques films sur celle d’Indochine puis sur celle d’Algérie, où surgit l’antagonisme entre les « appelés » du contingent, les « engagés » et surtout les officiers d’active. Les premiers sont présentés comme des victimes envoyées à la mort par une hiérarchie politique et militaire sans conscience morale, notamment dans « Avoir vingt ans dans les Aurès » (1972) et « R.A.S. » (1973). A la suite des conflits précédents, les militaires professionnels sont perçus comme des « bourreaux », qui trouvent un exutoire dans la pratique de la torture. Ces caricatures ne facilitent pas le dialogue entre les milieux militaire et cinématographique. Pierre Schoendoerffer, cameraman pendant la guerre d’Indochine, pense à la postérité. Il met en scène des héros universels, héritiers du XIXème siècle et moines-soldats, avec « La 317ème section » (1965) et « Le Crabe-tambour » (1976). La sortie du film « L’honneur d’un capitaine » (1982), pour lequel la hiérarchie militaire a découragé le réalisateur, a rouvert de vieilles blessures dans l’institution. Avec la suspension du service militaire obligatoire (2002), la présentation cinématographique de la vie militaire dans sa diversité devient plus réaliste.

Partenariat aux Etats-Unis. Les liens entre la défense et le cinéma américains remontent à des décennies, rappelle Pauline Blistène. Dès 1931, le FBI (police fédérale et service de renseignement intérieur) a noué des relations avec le cinéma pour obtenir le soutien de la population et du Congrès…qui vote son budget ! Le Pentagone (ministère de la Défense) a suivi très tôt son exemple, au point de créer un « complexe militaro-divertissement », similaire au complexe militaro-industriel dénoncé par le président Eisenhower en 1961. Pendant le second conflit mondial, le monde du cinéma a contribué à l’effort de guerre pour unir la population américaine, par le biais de films de propagande, comme « Destination Tokyo » (1943), ou ceux de John Ford. Ce partenariat s’officialise en 1948 par l’ouverture d’un bureau de liaison à Hollywood, en vue d’une représentation réaliste des armées américaines à l’écran. Après la critique hollywoodienne de la guerre au Viêt Nam dans les années 1970, le Pentagone a négocié le prêt de matériels contre un droit de regard sur le scénario, notamment pour le film « Top Gun » (1984). Pendant la guerre froide (1947-1991), la CIA (service de renseignement extérieur) a souffert de son image, systématiquement mauvaise, à l’écran. Les scénaristes se sont notamment inspirés des « mémoires » des anciens agents de renseignement. Jalouse de la relation privilégiée du Pentagone avec Hollywood, la CIA a dû lutter pour sa survie à l’issue. Elle s’est donc résolue à communiquer en ouvrant un bureau à Los Angeles en 1995, puis un site internet. Après les attentats terroristes de 2001, la fiction étant l’unique point de contact entre les services de renseignement (SR) et le cinéma, elle a organisé des réunions entre ces derniers et des scénaristes, considérés comme plus imaginatifs. Sa culture du secret lui interdisant toute contrepartie, elle laisse le champ libre aux réalisateurs auxquels elle reproche la méconnaissance de la réalité, même si elle participe à la production ! En France, le premier film sur la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), « Secret Défense », sort en 2008. Deux ans plus tard, celle-ci crée un poste de « chargé de communication ». Les attentats terroristes à Paris (2015) et Nice (2016) font prendre conscience de la nécessité d’entrer dans leur réalité par la fiction. La série télévisée sur la DGSE, « Le Bureau des Légendes », démarrée dès avril 2015, continue en 2018. Elle a contribué à un accroissement qualitatif du recrutement, selon Pauline Blistène.

« Le Bureau des Légendes ». Le film (français) sur les SR israéliens, « Les Patriotes » (1994), est montré au jeunes recrues de la DGSE pour rendre hommage à l’institution, indique Cécile Ducrocq, qui participe à la réalisation du « Bureau des Légendes ». La matière première vient des livres, souvent à charge, des anciens de la DGSE, de la presse, d’internet à condition de faire le tri, des personnels de la DGSE, à qui le scénario est raconté en gros, et de visites à son siège pour les décors. Ensuite, l’invention totale prime, car il ne s’agit pas d’être réaliste mais crédible. La partie romanesque, qui porte sur un agent mettant ses collègues en danger, inclut héros, martyrs, victimes, trahison et dilemme moral permanent. L’espionnage constitue un vrai « pain bénit » pour les scénaristes.

Loïc Salmon

Intégrée à la Direction à l’information et à la communication de la défense, la Mission cinéma s’adresse aux professionnels de l’audiovisuel désireux de conduire des projets relatifs au ministère des Armées. Encadrée sur les plans juridique et financier, elle les accompagne, des premiers conseils à l’écriture à la communication lors de la distribution du film, en passant par l’accueil des tournages, la mise à disposition de matériels, de fonds de soutien financier et d’archives ou une proposition de co-production. En vue d’une mise en contact des réalités de la défense, la Mission cinéma accueille les scénaristes en immersion, sur le terrain ou dans les entités militaires.

DGSE : le renseignement à l’étranger par des moyens clandestins

Renseignement et cinéma : des logiques difficilement compatibles