Forces spéciales Air : allonge, rapidité et puissance de feu

Les forces spéciales Air assurent une projection discrète de petits effectifs sur des objectifs à forte valeur ajoutée, constituant un outil de liberté d’action pour le chef d’Etat-major des armées.

Leur commandant, le général de brigade aérienne Louis Fontant, les a présentées à la presse le 11 janvier 2018.

Un système de forces. Des équipes de 3 à 10 militaires doivent se déplacer sur de longues distances, rapidement et en évitant les voies terrestres propices aux embuscades et engins explosifs improvisés, explique le général. Leurs missiles portatifs et canons de 20 mm ne leur permettent pas de neutraliser un adversaire bien retranché ou protégé par une épaisse muraille. Elles recourent alors à l’aviation de combat pour un appui feu rapide dans la profondeur. Une opération spéciale sur un théâtre extérieur nécessite des radars embarqués sur des drones, hélicoptères, avions de transport et de chasse. Les forces spéciales air disposent d’une capacité d’action dans des contextes particuliers, mais dépendent des forces conventionnelles terrestres aériennes et navales pour leurs besoins logistiques. L’armée de l’Air fournit les modules d’appui feu aux opérations spéciales. Une formation commune est dispensée aux forces spéciales des trois armées : sabotage, destruction d’objectifs, renseignement et récupération de personnels isolés. Toutefois, les forces spéciales Air constituent un système qui se décline en trois cercles, indique leur commandant. Le premier inclut les combattants au sol, qui totalisent environ 750 personnels, et des hélicoptères. Le deuxième comprend les moyens d’appui : génie, transmissions, largage de commandos en haute altitude et équipes NRBC (nucléaire, radiologique, biologique et chimique). Celles-ci récoltent les preuves d’utilisation de produits chimiques ou bactériologiques et procèdent aux évacuations d‘urgence de victimes. Le troisième cercle inclut l’aviation de chasse dans son ensemble et les unités chargées d’établir les procédures avec les forces spéciales au sol. S’y ajoutent : les drones Reaper (moyenne altitude longue endurance), bientôt équipés de capteurs de communications et d’armement ; le centre de formation des personnels pour la mise en œuvre de drones de toutes dimensions.

Les unités. Le Commando parachutiste de l’air N°10 s’entraîne en permanence. Chaque personnel participe à au moins une opération par an. Son effectif de 250 personnes devrait s’accroître de 40 recrues, dont des civils. Il assure la liaison avec l’aviation de chasse pour détecter les cibles, renseigne sur les positions des troupes amies afin d’éviter les tirs fratricides, dirige les frappes sur l’ennemi et évalue les dégâts causés à la cible. Il assure également la liaison avec les avions de transport pour reconnaître les zones de largage ou de poser, examiner les terrains d’atterrissage sommaire ou s’emparer d’une plateforme aéroportuaire (opération « Serval » au Mali en 2013). L’escadron de transport 3/61 « Poitou », basé à Orléans, dépose les commandos dans la profondeur et peut servir de PC volant ou de relais radio. Il sera doté des avions A400M pour la logistique et des KC-160J capables de ravitailler deux hélicoptères en vol dont la livraison est prévue en 2019. L’escadron 1/67 « Pyrénées », basé à Cazaux, regroupe les hélicoptères Caracal pour la recherche et le sauvetage à terre et en mer. Les autres modules d’appui incluent les équipes cynophiles, les systèmes de communication et de commandement, le génie aéronautique, le déminage et l’infrastructure aéronautique de campagne.

Loïc Salmon

Forces spéciales : opérations selon le droit de la guerre

Forces spéciales : ET «Poitou»/CPA10, binôme avions/commandos

Défense : les opérations aéroportées, capacités spécifiques selon les missions




Gendarmerie : lutte contre le terrorisme et renseignement

La Gendarmerie doit, par contrat opérationnel, se trouver sur le lieu d’un attentat en moins de 20 minutes. Le maillage territorial lui permet de faire remonter le renseignement recueilli auprès de la population, dont elle assure la sécurité par sa proximité.

Le général d’armée Richard Linuzet, directeur général de la Gendarmerie, l’a expliqué, au cours d’une réunion organisée, le 4 juillet 2017 à Paris, par l’Association des journalistes de défense.

Agir vite. La lutte contre le terrorisme, menace majeure, nécessite une vigilance totale et une coordination avec les autres forces de sécurité et de défense. Le Peloton de surveillance et d’intervention regroupe 450 gendarmes sur le territoire national. En outre, depuis le 1er novembre 2016, tout gendarme, témoin d’un attentat ou en soupçonnant la préparation, peut appeler le centre opérationnel qui prévient le directeur général. Dans les 14 minutes, celui-ci rappelle le gendarme concerné, afin de faire remonter directement l’information opérationnelle auprès des autorités politiques. Le général Linuzet a déjà reçu une dizaine d’appels de ce genre. En cas de suspicion d’attentat, le nouveau schéma national d’intervention précise que la proximité opérationnelle l’emporte sur le territoire imparti aux différentes forces d’intervention de la Police (RAID et BRI) et de la Gendarmerie (GIGN). Lors des opérations extérieures, les armées participent à la lutte contre le terrorisme pour en déterminer le lieu de départ, depuis celle en Afghanistan (2001-2014). Actuellement, 90 gendarmes sont engagés dans la bande sahélo-saharienne au sein d’organisations internationales. Sur le territoire national, les personnels des armées déployés dans l’opération « Sentinelle » selon un dispositif dynamique et non plus statique, représentent 7-8 % des effectifs des zones de Gendarmerie. La Garde nationale, soit actuellement 2.500 réservistes/jour encadrés par des militaires d’active, ne dépend pas d’elle. Suite à la levée de l’état d’urgence en automne annoncée le 3 juillet par le président de la République, un projet de loi prévoit l’établissement d’une zone de sécurité renforcée autour des grands événements et le droit de « visite » d’un lieu de résidence, en cas de suspicion de préparation d’attentat et après approbation des autorités administratives et judiciaires. Enfin, une réflexion est en cours sur l’infiltration possible des filières d’immigration par des mouvements terroristes.

Déceler les « signaux faibles ». La Gendarmerie ne pratique pas « l’infiltration » des réseaux suspects. En liaison avec la Police nationale, ses 100.000 personnels d’active, secondés par 29.600 réservistes et déployés à 74 % en zones périurbaines et à 26 % dans les campagnes, collectent l’information d’ambiance auprès des élus locaux. Ces données sont analysées puis transformées en renseignements en cas de menace avérée, à savoir les signes d’auto-radicalisation. Il s’agit de reconstituer le parcours de gens fragiles, qui souvent se cherchent une vocation. Leur motivation reste difficile à identifier, car ils se revendiquent de Daech après être passés à l’acte. Aujourd’hui, les terroristes se fondent dans la population. La fiche « S » (surveillance) signifie « être l’objet d’une investigation » et…pas seulement pour islamisme radical ! La première consultation d’un site violent n‘est pas répréhensible, mais il est possible de « cibler » quelqu’un qui en visite souvent. La personne fichée « S » ne doit pas le savoir, précise le général Linuzet.

Loïc Salmon

Garde nationale : catalyser les réserves militaires et civiles

Les gendarmes du ciel

Sécurité : exposition « Les sciences du crime » au musée de la Gendarmerie




Forces spéciales : opérations selon le droit de la guerre

Les forces spéciales remplissent, en uniforme, des missions que l’Etat peut revendiquer. Effectuées en toute discrétion pour des raisons  opérationnelles et de sécurité, ces dernières ne sont pas « secrètes ».

Leur commandant, le vice-amiral Laurent Isnard, l’a souligné devant la presse, le 22 juin 2017 à Paris, à l’occasion de leur 25ème anniversaire.

Evolution des missions. Intégrateur de forces, le Commandement des opérations spéciales (COS) compte une centaine de personnes. Mais son vivier totalise près de 4.000 opérateurs et 400 réservistes, répartis dans 13 unités spéciales dépendant des armées (Terre, Air et Marine nationale), directions et services. Ces composantes se chargent du recrutement, de la formation et de la mise à disposition du matériel adapté. Le COS y prélève des effectifs en fonction de la mission et des objectifs à atteindre. Des actions commandos dans les Balkans au début, le COS est passé aux opérations plus longues, en interarmées et interalliées, en Afghanistan. Puis, dans les pays d’Afrique, il lui a fallu comprendre la situation sur place, en vue d’une appréciation nationale, lancer un engagement avec un partenaire local et l’accompagner jusqu’à ce qu’il puisse réaliser la mission seul. Pendant l’opération « Barkhane » (Sahel), le COS lutte contre le terrorisme et partage les moyens (hélicoptères notamment) avec les troupes conventionnelles, dans le cadre d’un dialogue permanent avec le Centre de planification et de conduite des opérations à Paris. Pour l’opération « Chammal » (Irak), les forces spéciales françaises ne pratiquent pas le « ciblage » de combattants, précise l’amiral Isnard. Elles trouvent des partenaires désireux de reconquérir leur territoire national, les forment à la lutte contre les engins explosifs improvisés et les accompagnent pour l’appréciation de la situation tactique, afin de mieux exploiter les renseignements qu’ils peuvent obtenir. Avec le retour des « Etats puissances » (Russie et Chine), il s’agit d’anticiper des engagements plus durs, de la guerre hybride au combat de haute intensité. Le COS, qui ne dispose pas de gros moyens de renseignement, surveillance et reconnaissance, fait appel à ceux des armées via les états-majors.

Partenariats structurels. En vue de proposer une solution au chef d’Etat-major des armées, le COS entretient des relations avec les services de renseignement français et étrangers et travaille avec les ministères de l’Intérieur (RAID et GIGN) et des Affaires étrangères. Ses réservistes lui fournissent de l’expertise technique et d’appréciation de situation. Souvent engagé avec les forces spéciales américaines avec qui il échange des renseignements, le COS s’entraîne aussi avec les unités britanniques et allemandes présentes sur les mêmes théâtres. Par ailleurs, il entretient un réseau de startups dans le cadre du salon « SOFINS » (Special  Operations Forces Innovation Network Seminar), organisé par le Cercle de l’arbalète, qui regroupe les entreprises industrielles coopérant avec les forces spéciales. Le COS s’intéresse aux matériels innovants susceptibles d’obtenir la suprématie sur le terrain : drones tactiques au niveau individuel ; tueurs de drones ; systèmes de cryptage ; intelligence artificielle par laquelle un capteur peut appréhender un événement. Ce dialogue avec les industriels lui permet de voir évoluer la menace et donc d’orienter les angles de recherche. Une fois acquis les matériels les plus performants, le COS poursuit sa logique de programme : formation et entraînement des personnels.

Loïc Salmon

Forces spéciales : outil complémentaire des forces conventionnelles

Forces spéciales : ET «Poitou»/CPA10, binôme avions/commandos

Forces spéciales : création du commando Ponchardier de la Marine nationale




Forces spéciales : ET «Poitou»/CPA10, binôme avions/commandos

L’Escadron ET3/61 « Poitou » met en œuvre des avions de transport tactique spécifiques au profit du Commando parachutiste de l’air N°10 (CPA10), dont les personnels accomplissent des missions « spéciales ».

L’Association des journalistes de défense les a rencontrés le 16 novembre 2016 à la base aérienne d’Orléans-Bricy.

Du stratégique au tactique. Selon la directive interarmées 3.5, les opérations « spéciales » sont militaires, ciblées, discrètes, mais non clandestines, et visent à atteindre des objectifs stratégiques. Protégées par un degré élevé de confidentialité, commandées par le chef d’État-major des armées (CEMA), planifiées et conduites par le Commandement des opérations spéciales (COS, encadré), elles sont réalisées sous un contrôle politico-militaire étroit. Une boucle décisionnelle courte garantit une forte réactivité et offre une grande réversibilité : garder un coup d’avance et pouvoir annuler la mission au dernier moment. Les opérations spéciales se distinguent des opérations conventionnelles par un cadre espace-temps différent, l’acceptation d’un niveau de risques politiques plus élevé, des procédures interarmées spécifiques et une empreinte logistique moindre. Le COS a pour missions de renseigner, agir et « modeler » l’environnement. Il doit appliquer la juste force au bon endroit en vue des meilleurs effets, éviter les chocs frontaux et préférer le déséquilibre. La connaissance des réseaux et la mobilité impliquent surprise, précision et coordination. L’action dans la profondeur se fait sans appuis de proximité, en autonomie et sous forte imbrication entre amis et ennemis. Facteur de puissance militaire, le COS constitue, pour le CEMA, un outil de liberté stratégique pour réagir à toute surprise ou proposer, à l’autorité politique, des options militaires sur des menaces en gestation en tout lieu où les forces conventionnelles ne pourraient offrir qu’une réponse inappropriée. La troisième dimension constitue un atout majeur dans les opérations spéciales.

Un escadron aérien dédié. L’ET3/61 « Poitou », indique le colonel qui le commande, se caractérise par la fulgurance de son action, l’affranchissement des contraintes de terrain et des capacités particulières. Il dispose de 3 C160 R Transall, 2 C130 H30 Hercules et 2 DHC-6 Twin Otter. Ses matériels incluent des véhicules de servitude multifonctions, des capteurs électroniques, des moyens de transmissions, des tapis de désembourbage de pistes et des armements individuels (fusils d’assaut HK416 et pistolets Glock17), car tous les personnels contribuent à la protection des aéronefs engagés. Ses Transall et Hercules peuvent alimenter en carburant des hélicoptères de combat, rotor tournant, ou larguer à leur intention des réservoirs souples au « milieu de nulle part ». Sans reconnaissance préalable ni contact radio, ils effectuent des poser et redécollages d’assaut en 3 minutes, sur des pistes courtes ou sommaires, de jour comme de nuit, pour les infiltrations et exfiltrations de personnels. Le déchargement ou le parachutage de véhicules à 50 m d’altitude nécessite beaucoup d’entraînement avec les marqueurs au sol. Le largage de parachutistes se fait à 300 m, pour les ouvertures automatiques, et à très grande hauteur pour des chuteurs opérationnels, capables de dériver sur de longues distances vers leur objectif. Le C3 ISTAR (boule optronique pour les renseignement, ciblage et surveillance) permet à l’avion de détecter un véhicule phares allumés à 60 km et une moto (phare allumé) à 10 km. Les pilotes ont à leur actif au moins 6.000 heures de vol. Les autres personnels navigants (1.000 heures de vol) ont suivi une formation de quelques semaines à un an. Outil de combat reconnu, l’Escadron « Poitou » cumule une expérience opérationnelle interarmées, une expertise de savoir-faire (15 spécialistes), des personnels polyvalents (2 ou 3 qualifications) et une synergie avec le CPA10, installé sur la même base aérienne. Chaque opération spéciale demande plusieurs heures de préparation. De nombreux moyens techniques sont développés en interne. Les recherches portent sur : le largage sans marquage, tout temps et toute altitude ; l’appui aérien et le renseignement spécialisé ; la numérisation du champ de bataille ; tout ce qui peut éviter les échanges radio. A terme, l’Escadron « Poitou » disposera de « C130 rénovés forces spéciales » et d’avions de transport tactique A400M.

Actions commandos. Le CPA10, explique le colonel qui le commande, effectue la reconnaissance de cibles dynamiques, en vue de déclencher une mission aérienne sous court préavis. Il peut recevoir des images d’un théâtre d’opérations transmises par le Centre militaire d’observations par satellite. Lors d’une catastrophe aérienne, il participe à la collecte d’indices pour tenter de remonter une éventuelle  filière terroriste. Ses autres missions portent sur : le contre-terrorisme ; la libération d’otages ; l’évacuation de ressortissants ; la reconnaissance ou la destruction d’objectifs dans la profondeur ; la saisie d’une zone aéroportuaire et sa sécurisation tactique et technique ; la reconnaissance de terrain pour l’aérolargage de matériels ou le poser d’assaut. A cet effet, des mesures du sol sont effectuées tous les 100 m sur une piste sommaire de 900 m destinée à recevoir un C160. Pour  le renseignement tactique, le CPA10 dispose du drone spécifique « Skylark » (15 km d’élongation et 2h30 d’autonomie) et de « nanodrones » de 18 g (2,5 km et 25 minutes) équipés d’une caméra thermique et d’un capteur électro-optique. En 2016, son effectif se monte à 289 personnels, dont 120 pour les « groupes action » (10-12 chacun). Agés en moyenne de 35 ans, ils viennent de 20 spécialités différentes qui entraînent un brassage de cultures pour obtenir le même effet recherché : chuteur opérationnel, tireur d’élite, transmissions, contrôleur aérien avancé, renseignement d’origine technique ou humaine, maître chien, infirmier, mécanicien etc. Comme pour toutes les forces spéciales, le commandement du CPA10 doit préserver l’attractivité du métier, dont la formation dure un an, et fidéliser ses personnels, souvent en mission ou en opération.

Loïc Salmon

Forces spéciales : outil complémentaire des forces conventionnelles

Forces spéciales : création du commando Ponchardier de la Marine nationale

Défense et sécurité : « réagir ensemble » aux attentats terroristes et aux crises

Le Commandement des opérations spéciales a autorité sur les unités dédiées des trois armées. La Brigade des forces spéciales terre compte le 1er Régiment de parachutistes d’infanterie de marine, le 13ème Régiment de dragons parachutistes et le 4ème Régiment d’hélicoptères des forces spéciales. La Force maritime des fusiliers marins et commandos inclut les commandos « Jaubet » , « Trépel », « De-Penfentenyo », « De-Monfort », « Kieffer », « Ponchardier » et « Hubert » (nageurs de combat). La Brigade des forces spéciales air regroupe le CPA10 et les escadrons aériens ET3/61 « Poitou » et EH1 « Pyrénées ». Le couple ET3/61 « Poitou » et le CPA10 a été déployé en opérations extérieures : Afghanistan en 2001, 2005, 2006 et 2010 ; Côte d’Ivoire (2002, 2004 et 2011) ; République démocratique du Congo (2003 et 2006) ; Centrafrique (2006, 2007, 2013 et 2014) ; Liban (2006) ; Tchad (2006 et 2008) ; Guinée (2007) ; océan Indien (2008 et 2009) ; Sahel (2009 et 2016) ; Libye (2011).




L’ultime champ de bataille

Dans un conflit, le cœur de l’action, la victoire ou la défaite se joue souvent en ville, surtout dans la capitale, centre stratégique.

Le combat en zone urbaine se rapproche de celui en espace confiné organisé, à savoir des réseaux de grottes, souterrains ou tunnels, un labyrinthe végétal, une succession d’ouvrages fortifiés, des ruines industrielles ou tout cela à la fois. Les auteurs de ce livre, un chef de bataillon et un colonel experts en la matière, expliquent notamment l’importance prise par la puissance de feu du char d’assaut, à condition qu’il bénéficie de la protection rapprochée de l’infanterie. Les exemples traités parlent d’eux-mêmes : Madrid (1936), Stalingrad (1942), Aix-la-Chapelle (1944), Budapest (1944-1945), Hué (1968), Beyrouth (1975-1990), Sarajevo (1992-1995), Grozny (1995-2000), Mitrovica (1999-2009) ou Fallouja (2004). Technologie (drones et robots), nombre et qualité des combattants et de leurs chefs deviennent déterminants dans ce type de combat, où la solution tactique dépend de l’échelon le plus bas. Les techniques de tir et de combat, enseignées aujourd’hui dans la plupart des armées modernes, ont été mises au point par les SAS (forces spéciales) britanniques lors des combats de jungle en Malaisie (1948-1960), puis améliorées avec le retour d’expérience en zone urbaine et confinée. Pendant la guerre civile en Irlande du Nord (1969-2006), l’armée professionnelle britannique a appris à gérer le recrutement, difficile, des soldats et leur polyvalence. Elle a mis en place un tour de participation aux opérations par les diverses spécialités (génie, artillerie et transmissions) et ne l’a plus réservée à certaines unités de réaction rapide. Les SAS ont monté quelques opérations clandestines d’élimination des groupuscules extrémistes les plus dangereux. Par ailleurs, l’impact médiatique amplifie une guerre civile. La violente répression de l’insurrection de Budapest par l’armée soviétique a ruiné son image de libératrice des peuples opprimés, héritée de la seconde guerre mondiale. A Mitrovica où la haine interethnique accumulée menaçait en permanence d’embraser la ville, l’erreur d’un seul soldat de la KFOR (OTAN) sous les caméras du monde entier aurait eu une influence directe sur l’action diplomatique et les bonnes volontés à l’œuvre pour désamorcer la crise. Désormais, il ne s’agit plus de gagner, mais de stabiliser une situation avec un minimum de pertes en y intégrant la population comme actrice et enjeu, principal objectif de l’action militaire et politique. Les conflits contemporains se caractérisent par le mélange de clanisme traditionnel, religieux ou ethnique avec des technologies de pointe (IPhone, IPad et internet). En Syrie, les miliciens des deux bords utilisent caméras de surveillance, minidrones et systèmes d’alerte électronique, achetés au marché noir ou fabriqués sur place. Dans les combats en zone urbaine, dont les centres de formation sont ouverts aux forces conventionnelles, l’utilité des blindés et la capacité de réversibilité se sont imposées. Les unités conventionnelles déployées doivent donc maîtriser tous les savoir-faire, de l’action non létale antiémeute au combat à l’arme automatique contre les éléments extrémistes. Le renseignement humain sur la population et non plus seulement sur l’organisation et les intentions de l’adversaire devient primordial. Il s’agit d’acquérir une image globale des faits et de tous les acteurs.

Loïc Salmon

Combat en zone urbaine : au cœur des engagements actuels

École de guerre : « Coalition 2016 », exercice d’état-major pour conflit hybride ou asymétrique

Forces spéciales : outil complémentaire des forces conventionnelles

« L’ultime champ de bataille » par Frédéric Chamaud et Pierre Santoni. Éditions Pierre de Taillac, 228 pages, 22,90 €.




Unité FÉLIN, assaut final

Après la littérature et le cinéma, la bande dessinée s’invite aux opérations spéciales et à la recherche du renseignement par des moyens clandestins, haute technologie à l’appui !

Ce sixième tome de la série « Unité FÉLIN » raconte une histoire romancée, qui tente de coller au plus près d’une réalité possible. Elle est suivie d’explications techniques avec photos du 2ème Régiment d’infanterie de marine à l’entraînement. Ces soldats, qui se déplacent en VBCI (véhicule blindé du combat d’infanterie), disposent de l’équipement « FÉLIN » (Fantassin à Équipement et Liaisons INtégrés). Le système FÉLIN combine lunettes de tir jour-nuit à longue portée, jumelles infrarouges multifonctions, radio individuelle cryptée et terminal tactique affichant les positions GPS de chaque équipier. Il a fait ses preuves au cours des opérations en Afghanistan (2012), au Mali (2013) et en Centrafrique (2013). Conçu et fabriqué en France, il démultiplie les savoir-faire du combattant en termes de précision du tir, de combat diurne et nocturne, de renseignement et de coordination. Grâce à l’optronique (optique + électronique) et l’informatique, l’observation et le tir ont été optimisés pour le combat en zone urbaine. Ainsi, la visée déportée permet au fantassin d’observer un objectif et de le neutraliser sans s’exposer à la zone de danger et aux tirs adverses. Mais comme « FÉLIN » fait aussi penser aux tigres, léopards, panthères ou guépards, les auteurs de la série ont imaginé la saga d’un groupe expérimental de combat hors normes, « l’Unité FÉLIN ». Au début, celle-ci compte 9 membres (7 hommes et 2 femmes), issus des unités d’élite de l’armée de Terre française et travaillant pour le service « action » de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE). Ils disposent de moyens dignes de la force spéciale américaine « Navy Seal 6 » qui, en 2011, a  neutralisé Oussama Ben Laden, chef de l’organisation terroriste Al Qaïda. Leurs profils et leurs indicatifs radio, présentés au début de chaque album, donnent une idée de ce qui va suivre. Le chef, le commandant Max Navarone, a pour indicatif radio « Zeus », le roi des dieux grecs… qui lance la foudre ! Après une dizaine d’années au sein du 13ème Régiment de dragons parachutistes et quelques missions derrière le rideau de fer avant la chute de l’URSS, il a intégré la DGSE et a servi au service action. Son adjoint, le capitaine Chango Konan (« Scipion »), est un ancien nageur de combat de la DGSE. Le sergent-chef Attila Khan (« Hun »), d’origine turque, vient du 2ème Régiment étranger de parachutistes. Le sergent Yann Jason (« Hack »), spécialisé dans la guerre électronique, a commencé sa carrière à la Direction du renseignement militaire. Le lieutenant féminin Jana Moon (« Spectre »), championne de voltige aérienne, a fait ses premières armes comme pilote dans l’Aviation légère de l’armée de Terre. Son « officier systèmes d’armes », l’adjudant Boris Rosoff (« Vodka » !) a déserté l’armée russe après les guerres en Tchétchénie. Le sergent Frank Néro (« Cerbère ») est un ancien tireur d’élite longue distance du 1er Régiment de parachutistes d’infanterie de marine. L’adjudant Lino Tonacci (« Vulcain »), expert en explosifs et démolition, a été formé au 2ème Régiment étranger d’infanterie. Nadja El-Jalila (« Viper » !), issue du Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale, a intégré le Commandement des opérations spéciales. Toutefois, les trois derniers sont morts au combat au cours des albums précédents.

Loïc Salmon

Espionnage : de la réalité à la fiction par l’écriture

Renseignement et cinéma : des logiques difficilement compatibles

Nom de code Geronimo

« Unité FÉLIN, assaut final », bande dessinée Éditions Dupuis/ Zéphyr BD, 64 pages.




13 ème Régiment de dragons parachutistes, de la cavalerie aux forces spéciales

Ouvrir le feu signifie l’échec de la mission au 13ème Régiment de dragons parachutistes (RDP), où la discrétion est un impératif absolu ! Décoré de la croix de la Valeur militaire avec trois palmes,  il est en effet chargé du renseignement pour les grands chefs militaires et les décideurs politiques.

Ce livre, abondamment illustré et rempli de témoignages d’anciens qui y ont servi, présente les particularités de ce régiment blindé, breveté parachutiste en 1952. Héritier des « dragons de l’Impératrice » (Eugénie), il a, depuis 1959, pour marraine Alix, princesse Napoléon, qui en sera faite « 1ère classe d’honneur »…40 ans plus tard. Compte tenu des expériences des patrouilles américaines de reconnaissance dans la profondeur, du Groupement de commandos mixtes aéroportés pendant la guerre d’Indochine et du 11ème Régiment de parachutistes de choc pendant celle d’Algérie en matière de renseignement sur les arrières de l’adversaire, le 13ème RDP est transformé en « régiment de recherches à participation interarmes » en 1963. A l’époque, l’affrontement total avec l’URSS paraissant inéluctable, il a pour mission d’acquérir le renseignement sur l’avancée des chars soviétiques et tchèques. Malgré la construction du mur de Berlin en 1961, les accords internationaux stipulent que les forces d’occupation françaises, britanniques, américaines et soviétiques ont accès à toute la ville, à l’Ouest comme à l’Est. Les hommes du 13ème RDP profitent alors de l’implantation de la Mission militaire de liaison à Postdam au milieu du Groupe des forces soviétiques en Allemagne. Les escadrons de recherche reçoivent très tôt des postes de radio utilisant des ondes ionosphériques à 500 km de distance. Rattaché à la 1ère Armée, le 13ème RDP relie les fonctions « recueil », « traitement » et « diffusion » du renseignement par les techniques de transmission les plus nouvelles, afin de répondre aux évolutions du contexte d’emploi. Les procédures et dispositifs opérationnels sont mis au point lors d’exercices OTAN. Ainsi, de nombreuses équipes autonomes, composées d’une cellule d’observation (1 officier et 1 observateur) et d’une cellule radio (1 sous-officier-radio et 2 soldats), sont mises en place par héliportage ou parachutage jusqu’à plusieurs centaines de km en territoire adverse. Elles s’enterrent profondément dans des caches et y vivent plusieurs semaines. Leurs messages chiffrés permettent de déduire le volume, la direction et l’identification des unités adverses. La récupération des équipes, dans un laps de temps variable selon les conditions tactiques, se fait par hélicoptère ou même par une « exfiltration » qui peut durer deux à trois semaines. Cela implique un entraînement à la survie dans les conditions les plus extrêmes. Cette expérience sera mise à profit en Afrique et au Moyen-Orient. Dans les années 1980, sont mis en œuvre un système d’aide au traitement des informations, à la gestion et au commandement des équipes de recherche ainsi que l’automatisation de la diffusion du renseignement, du capteur à l’employeur. Après les attentats terroristes du 11 septembre 2001 aux États-Unis, le 13ème RDP est rattaché au Commandement des opérations spéciales et s’entraîne avec le 1er Régiment de parachutistes d’infanterie de marine et le 4ème Régiment d’hélicoptères des forces spéciales. Tous sont déployés en Opex.

Loic Salmon

Renseignement militaire : clé de l’autonomie stratégique et de l’efficacité opérationnelle

Forces spéciales : création du commando Ponchardier de la Marine nationale

« De la cavalerie aux forces spéciales » par Jean-Dominique Merchet. Éditions Pierre de Taillac, 208 pages, 35 €.




Forces spéciales : création du commando Ponchardier de la Marine nationale

La Force maritime des fusiliers marins et commandos (FORFUSCO) compte une nouvelle unité, le commando Ponchardier, qui a reçu, le 11 septembre 2015 à Lorient, son fanion décoré de la croix de Guerre 1939-1945, au cours d’une cérémonie présidée par le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian. Composé d’environ 150 personnels, le commando Ponchardier compte 4 escouades et 1 élément de commandement. L’escouade « mer » met en œuvre des moyens d’insertion maritime à longue distance et d’action au large des commandos marine : embarcations rapides de type ECUME (Embarcation Commando à Usage Multiple Embarquable), ETRACO (Embarcation de Transport Rapide pour COmmandos) et FUTURA (embarcation pneumatique à gonflage rapide). L’escouade « terre » est spécialisée dans la mobilité terrestre des opérations spéciales : véhicules de patrouille spéciale et véhicules légers de reconnaissance et d’appui. L’escouade « 3 D » assure l’insertion, par voie aérienne, des capacités des commandos marine, notamment en mer : parachutes spéciaux, personnels et matériels de largage. L’escouade « moyens spéciaux » regroupe les armes et munitions spéciales. Les « commandos marine », qui agissent en haute mer et de la mer vers la terre, effectuent aussi des opérations spéciales à terre. Ils participent aux actions de l’État en mer, à savoir la lutte contre les narcotrafics, l’immigration clandestine et la pêche illégale. Ils sont également engagés dans les opérations extérieures (Opex) à dominante maritime (lutte contre la piraterie au large de la Somalie) et à dominante terrestre (lutte contre le djihadisme dans la bande sahélo-saharienne). Totalisant 650 marins, ils sont répartis au sein de 7 unités, dénommées « commandos » et qui portent le nom d’un officier qui s’est illustré au combat : 5 de combat, Trépel, Jaubert, de Monfort, de Penfentenyo et Hubert ; 2 d’appui, Kieffer et Ponchardier. Les commandos de combat disposent de capacités communes : combat commando, renseignement, action d’environnement et maîtrise de tous les modes d’infiltrations terrestre, nautique et aéronautique. Toutefois, chacun s’est spécialisé : Trépel et Jaubert dans le contre-terrorisme, la libération d’otages et l’assaut en mer ; de Monfort et de Penfentenyo dans la neutralisation et l’observation ; Hubert dans le contre-terrorisme, la libération d’otages et l’action sous-marine ; Kieffer dans le commandement de groupes de forces spéciales, la guerre électronique, la cynotechnie (chiens), les drones et la lutte contre les risques NRBC (nucléaire, radiologique, biologique et chimique) ; Ponchardier dans les moyens nautiques, terrestres, la troisième dimension et les armements. La FORFUSCO compte environ 2.300 personnels militaires et civils, répartis dans 18 unités sur 10 sites en France. Les unités de  « fusiliers marins » assurent : la protection et la défense de tous les sites sensibles de la Marine nationale ; la protection, à terre et en mer, de ceux des armées de Terre et de l’Air déployées à l’étranger ou en Opex ; la protection des navires civils d’intérêt stratégique ou particulièrement exposés à des menaces maritimes (piraterie). Les unités de commandos marine constituent les forces spéciales de la Marine. La FORFUSCO, basée à Lorient sauf Hubert installé à Toulon, est l’une des composantes de la Marine, qui compte également la Force d’action navale, la Force océanique stratégique (sous-marins nucléaires lanceurs d’engins) et la Force de l’aéronautique navale.

Loïc Salmon

Forces spéciales : outil complémentaire des forces conventionnelles

Tigre 2 : exercice franco saoudien d’opérations spéciales

De la cavalerie aux forces spéciales, l’histoire du 13ème Régiment de dragons parachutistes




Armée de Terre : nécessité du renseignement au « bon endroit » et au « bon moment »

Facteur de réduction de l’incertitude de l’action, le renseignement assure l’autonomie du chef tactique, grâce à la « recherche multi-capteurs ». Le raccourcissement de sa boucle contribue à préserver l’intégrité du combattant au contact de l’adversaire.

Le renseignement dans les forces terrestres a fait l’objet d’une conférence-débat, organisée le 26 mai 2015 à Paris, par le Cercle Prospective Terre. Y sont notamment intervenus le général Éric Maury, commandant la Brigade de renseignement, et Alexandre Papaemmanuel, directeur « Grands Comptes Renseignement » chez Airbus Defence and Space.

Enjeux opérationnels. Depuis 2009, les différents chefs interarmes peuvent disposer immédiatement d’outils de recherche et d’exploitation du renseignement à leur niveau et par des capteurs d’origines humaine, électromagnétique, image et géographique, explique le général Maury. Les patrouilles profondes du 2ème Régiment de hussards s’infiltrent discrètement dans un environnement sensible avant le déclenchement d’une opération. Elles constituent des réseaux de sources humaines dans la durée et procèdent aux interrogatoires d’adversaires capturés. Elles peuvent guider n’importe quel système d’armes, des hélicoptères, des unités d’infanterie ou de blindés et des avions de chasse sur un objectif pour le neutraliser ou même le détruire. De son côté, le 54ème Régiment de transmissions intercepte, localise ou brouille les télécommunications adverses (VHF et téléphonie mobile). Ses patrouilles légères d’appui électronique accompagnent au plus près les groupements tactiques interarmes, en vue de leur fournir du renseignement d’alerte, comme la détection d’engins explosifs improvisés, sur les itinéraires empruntés. De nombreux soldats leur doivent la vie au cours des dernières opérations extérieures. Les drones du 61ème Régiment d’artillerie sont totalement dédiés aux chefs tactiques sur le terrain, contrairement aux drones MALE (moyenne altitude longue endurance) Harfang et Reaper de l’armée de l’Air. Leurs informations, communiquées en temps réel par le biais d’un élément de liaison, permettent un ciblage au profit de l’artillerie et des hélicoptères. Le 28ème Groupe géographique contribue à renforcer la compréhension de la situation des chefs opérationnels par des produits cartographiques précis, géo-référencés, réalisés et délivrés au plus près du terrain et en situation de combat. Il envoie également des détachements temporaires, à l’intérieur et à l’extérieur du territoire national, pour renforcer un théâtre d’opérations ou, par exemple à la demande des attachés de défense, sur une zone présumée sensible qui pourrait faire l’objet d’une intervention future. Par ailleurs, ajoute le général, l’armée de Terre alimente la Direction du renseignement militaire (DRM) en flux de données depuis la métropole et les théâtres d’opérations. Ainsi, le centre de guerre électronique du 44ème Régiment de transmissions intercepte, en permanence, des communications HF et satellitaires dans des zones estimées stratégiques. Les forces spéciales disposent du 13ème Régiment de dragons parachutistes pour le renseignement humain. Elles profitent aussi du renseignement de l’armée de Terre par le biais du Groupement d’appui aux opérations spéciales. Ainsi, pendant l‘opération « Ares » en Afghanistan (juillet 2003- décembre 2006), les forces spéciales ont fait appel aux patrouilles légères d’appui électronique. La DRM a récemment ouvert le « Centre de renseignement géospatial interarmées », auquel contribue le 28ème Groupe géographique par sa capacité « Geoint » (renseignement multi-sources intégré sur un support géographique). Les renseignements recueillis par les capteurs de l’armée de Terre sur un théâtre d’opérations sont centralisés, exploités et recoupés avec des informations d’autres sources, en vue d’enrichir des bases de données. Elles renseignent le niveau stratégique ou politico-militaire, à savoir le chef d’État-major des armées, et, en retour, les chefs interarmées de ce même théâtre.

« L’info-numérisation ». La numérisation du renseignement en raccourcit la boucle entre le capteur et l’utilisateur, souligne Alexandre Papaemmanuel. Chaque combattant et véhicule devient un capteur et un « effecteur » (qui échange des informations avec un ordinateur) capable, sur un théâtre d’opérations, de communiquer avec les autres et la métropole. Dans la guerre « asymétrique » d’aujourd’hui, l’adversaire est, lui aussi, équipé de « Smartphone », de messagerie instantanée et de cartographie numérique pour synchroniser son action, même en plein désert. Pour réagir au plus vite, la « numérisation du champ de bataille » contient une application dédiée au renseignement. Celle-ci détecte les « signaux faibles », grâce à des algorithmes de traitement de l’information. Ce sera, par exemple, au milieu de dizaines de millions de communications, la conversation qui annonce la pose d’une bombe ou la planification d’une attaque imminente. L’industrie française, indique Alexandre Papaemmanuel, permet : la traduction automatique des langues étrangères ; la détection automatique, dans un flux vidéo, d’une forme permettant de retrouver un véhicule, un regard ou une silhouette ; de reconnaître une voix dans des millions d’heures de conversations téléphoniques. La visualisation sur une même carte des données des multi-capteurs permet de croiser des informations géographiques et météorologiques, la traçabilité des routes ou pistes praticables, les dernières localisations de téléphone pour comprendre les axes de transit de l’adversaire, les bâtiments pouvant servir de caches ou les puits disponibles utilisables comme lieux d’approvisionnement. Désormais, une infrastructure réseau sécurisée diffuse le renseignement en quelques secondes sur un théâtre d’opérations entre ceux qui ont besoin de le connaître. Pour éviter de dépendre du concept américain « Geoint » et pour le dépasser, Alexandre Papaemmanuel préconise de définir un concept français, basé sur le retour d’expérience opérationnelle, le savoir-faire industriel et la recherche universitaire.

Loïc Salmon

Renseignement militaire : clé de l’autonomie stratégique et de l’efficacité opérationnelle

Renseignement aérospatial : complémentarité entre drones et aéronefs légers ISR

Le 61ème Régiment d’artillerie (drones et imagerie)

Anticipation, planification et conduite des opérations terrestres procèdent du renseignement. L’anticipation stratégique repose sur la veille (sources « ouvertes » comprises), la recherche documentaire et la mobilisation des capteurs de terrain, afin de connaître exactement la complexité de l’environnement du théâtre d’opérations. La planification valide des scénarios et prépare la manœuvre en mobilisant toutes les sources alliées et nationales (Direction générale de la sécurité extérieure et Direction du renseignement militaire). Pendant la conduite des opérations, la chaîne du renseignement s’adapte à la manœuvre et intensifie ses processus de recherche. Coordination et circulation du renseignement permettent au chef d’organiser, de commander et de contrôler, en permanence, la participation maximale des moyens déployés pour atteindre les objectifs.




Centrafrique : l’opération « Sangaris » au niveau « opératif »

L’intervention française « Sangaris », courroie d’entraînement de l’action internationale, a conservé l’initiative dans un environnement caractérisé par la surprise et la versatilité.

Le colonel Arnaud Goujon, ancien responsable de la conduite des opérations au niveau de l’état-major de théâtre implanté à Bangui, a présenté la situation au cours d’une conférence-débat organisée, le 19 mai 2015 à Paris, par le Centre d’études stratégiques de l’armée de Terre.

Constats clés. Plus haut niveau du commandement militaire projeté sur un théâtre, le commandement « opératif » gère et évalue dans la durée les effets de l’intervention. Il recouvre des dimensions militaire, civilo-militaire et politico-militaire. Y sont impliqués le général commandant la force « Sangaris », l’ambassadeur de France en Centrafrique et l’attaché de Défense à Bangui. La situation, volatile, incertaine, complexe et ambiguë, nécessite une solution globale avec des volets militaire, économique, international et diplomatique. La crise, déclenchée localement, s’est étendue aux niveaux national et régional. Les groupes armés se disputent les ressources pétrolières et diamantaires du pays. En outre, la transhumance saisonnière des troupeaux vers le Nord atteint la frontière Sud du Tchad, qui se préoccupe de sa sécurité. Des autorités politiques de transition, au pouvoir limité et à la liberté d’action faible, dirigent l’État centrafricain. Elles parviennent difficilement à lever l’impôt, à identifier les fonctionnaires et à connaître leur disponibilité. Faute d’un gouvernement légitimé par des élections, les divers groupes armés tentent en permanence de tester les failles de l’administration en créant des polices parallèles. Parmi eux, figurent les « anti-balaka », parfois soutenus par d’anciens militaires des forces armées centrafricaines fidèles à l’ancien président François Bozizé, porté au pouvoir par un coup d’État en 2003 et renversé en mars 2013. Ils s’opposent notamment aux milices de la  « séléka » à majorité musulmane et fidèles à Michel Djotodia, qui s’est autoproclamé président en mars 2013 puis a démissionné en janvier 2014. Tout le monde se connaît. Les intérêts politiques diffèrent, mais les intérêts économiques convergent vers le commerce avec le Cameroun. Victime des nombreuses exactions, une grande partie de la population civile, musulmane ou chrétienne, fuit dans la brousse. Il s’ensuit une grave crise humanitaire, aggravée par l’insécurité dans le pays. En conséquence, l’état-major « opératif » de « Sangaris » s’est doté d’une cellule civilo-militaire composée de quelques personnes pour les liaisons avec les organisations non gouvernementales et la coordination avec les moyens humanitaires de l’ONU.

Opérer en Centrafrique. Le 23 juillet 2014, les belligérants ont signé un accord de cessation des hostilités à Brazzaville. Toutefois, l’environnement reste imprévisible. Il est en effet difficile d’identifier les risques en raison des interactions entre « Sangaris », la MINUSCA (Mission intégrée multidimensionnelle de stabilisation des Nations Unies en République centrafricaine) et les groupes armés, dont la zone d’action se réduit progressivement. De mars à octobre 2014, l’état-major « opératif » de la force « Sangaris » aura planifié le passage de relais à la MISCA (Mission internationale de soutien à la Centrafrique sous la conduite de l’Union africaine) puis à la MINUSCA, qui lui succède après la stabilisation de Bangui. « Sangaris » les appuie et les accompagne pendant leur montée en puissance. Elle doit adapter son tempo (mouvement d’exécution) à celui de la MISCA, dont le délai de déploiement du soutien est plus lent. En revanche, la MINUSCA dispose d’une organisation logistique plus opérationnelle. La saison des pluies, de juin à septembre, accroît les difficultés du terrain : il faut alors 48 h pour relier par la route Bangui à la frontière tchadienne, distante de 350 km. L’osmose entre la logistique et les opérations constitue un déterminant tactique, souligne le colonel Goujon, car un élément isolé ne peut rester sans appuis-feux. Opérer dans l’environnement centrafricain nécessite  la maîtrise du rapport de forces face à l’adversaire. Elle repose sur la connaissance de la situation, obtenue par les renseignements d’origines aérienne (avions Rafale), électromagnétique (radar) et humaine (population rencontrée sur la route). Leur mise en réseau permet de dialoguer avec le Centre de planification et de conduite des opérations à Paris et la base aérienne de N’Djamena au Tchad. Il s’agit de porter l’effort à bon escient avec un faible volume de forces. Mais, explique le colonel, la compréhension des événements prend du temps, parfois une journée, et influe sur le rapport de forces. La dangerosité varie avec l’adversaire. Les unités « séléka », composées d’une trentaine de combattants équipés de mitrailleuses de 14,5 mm, manœuvrent comme une armée régulière et à 2 heures de route de leur PC. Par contre, les « anti-balaka », au comportement irrationnel, prennent des risques inconsidérés et subissent les pertes les plus sévères.

Rétablir l’état de droit. La supériorité sur l’adversaire exige une coordination étroite entre « Sangaris », la MISCA et la MINUSCA, indique le colonel Goujon. Cette dernière dispose d’un mandat de dix ans pour reconstruire les forces armées et de sécurité intérieure de l’État centrafricain. Le processus électoral renforçant la légitimité du gouvernement, il s’agit de ramener les acteurs dans le jeu politique. A cet effet, le général Francisco Soriano, commandant de « Sangaris », s’est souvent déplacé à Bangui et en province pour délivrer le même message : expliquer aux anciens adversaires ce qui s’est produit et faire en sorte que cela ne se reproduise plus. Malgré les tentatives de coup d’État pour renverser le gouvernement de transition, le ralliement progressif au processus politique s’est manifesté par des consultations populaires dans toutes les préfectures et au Forum de Bangui (mai 2015). Finalement, le niveau « opératif » de « Sangaris » a permis de garantir l’action politique de la communauté internationale en toute transparence, conclut le colonel Goujon.

Loïc Salmon

D’une superficie de 600.000 km2, la République centrafricaine (RCA) produit surtout du bois, du café et des diamants. Elle compte 5 millions d’habitants, dont 50 % de chrétiens, 35 % d’animistes et 15 % de musulmans. Le taux d’alphabétisation est de 46 % et l’espérance de vie de 47 ans. Lors du déclenchement de l’opération « Sangaris » (décembre 2013), la RCA cumule difficultés intérieures et extérieures. Le niveau de décision « stratégique », concernant la nation, se trouve à Paris, le niveau « opératif » (théâtre) à Bangui, la capitale, et le niveau « tactique » (champ de bataille) à Bouar, ville de l’Ouest du pays. La force « Sangaris » (du nom de l’opération) déploie 2.000 hommes et 12 hélicoptères, sur un théâtre d’une élongation d’environ 1.000 km par la route ou la piste. Les journalistes intégrés au dispositif accompagnent le général commandant du théâtre « opératif », pour avoir accès à l’information.