Qui ose vaincra

La victoire repose sur l’audace dans l’action…précédée d’une longue réflexion, comme l’expérimentent les chefs militaires à différents niveaux.

La prise de risque calculée explique le succès de la plupart des vingt opérations présentées. Lors de la bataille de Leuctres (6 juillet 371 avant JC) l’armée de Sparte, réputée invincible, affronte celle de Thèbes en situation défavorable. Pourtant, le chef thébain Epaminondas remporte la victoire en adaptant, de manière imprévisible, le schéma de combat de l’époque. Il attaque directement l’élite des troupes spartiates avec ses meilleurs combattants, créant un effet de surprise qui disloque le dispositif adverse, conditionné par de longues heures d’entraînement et difficile à rétablir rapidement. Alexandre le Grand s’inspire de cette tactique lors de la bataille de Gaugamèles (1er octobre 331 avant JC) contre l’armée perse, hétéroclite mais très supérieure en nombre et qui a imposé et aménagé le terrain d’affrontement. Dès son plan initial, Alexandre prend l’initiative pour atteindre directement le roi perse Darius III, avant que la masse de manœuvre de son armée puisse se mettre en mouvement. La fuite de Darius provoque la défaite de son armée puis la chute de son empire. En Chine, entre le 15 octobre 1934 et le 19 octobre 1935, afin d’échapper à un encerclement par l’armée nationaliste de Tchang Kaï-chek, l’armée du jeune Parti communiste, commandée par Mao Tsé-toung, parcourt 12.000 km à travers 11 provinces et livre 500 combats contre les nationalistes, les « seigneurs de la guerre » et les pillards. Malgré la perte de 80 % de son effectif, l’Armée populaire de libération a réussi sa « longue marche », grâce à sa capacité de résilience qui a même entraîné le ralliement de certaines unités nationalistes et facilité les campagnes de recrutement. Le 10 mai 1940, le succès de l’attaque allemande du fort d’Eben-Emael, réputé imprenable, démoralise la Belgique, dont l’esprit de résistance s’effondre. La forteresse est tombée en quelques heures, surprise par l’audace et l’efficacité tactique d’un assaut aéroporté, mené par des soldats d’élite spécialement entraînés depuis six mois. Transportés par planeurs pour garantir la discrétion en vol et la concentration rapide des moyens à l’atterrissage, ils ont neutralisé la défense du fort par l’emploi de charges creuses à haut pouvoir de pénétration. Dans la nuit du 18 au 19 décembre 1941, un commando italien de six hommes-grenouilles réussit à pénétrer dans le port égyptien d’Alexandrie, l’un des principaux points d’appui de la Marine britannique en Méditerranée. Chaque équipe de deux nageurs enfourche une torpille modifiée, emportant une charge détachable de 230 kg d’explosifs avec un détonateur à minuterie et une ventouse. Malgré des difficultés inouïes, ils parviennent à couler un pétrolier et deux cuirassés britanniques. Le 27 juin 1976, deux membres du Front populaire de libération de la Palestine et deux Allemands de la Fraction armée rouge détournent, vers l’aéroport ougandais d’Entebbe, un avion d’Air France avec 250 passagers, dont une centaine d’Israéliens. Ils exigent la libération de 53 prisonniers pro-palestiniens détenus au Kenya et en Israël, Allemagne de l’Ouest, France et Suisse. Après la libération de 147 otages, l’ultimatum est fixé au 4 juillet. Dans la nuit du 3, après un raid de 3.600 km, un commando israélien évacue les 106 otages restants dont l’équipage, tue les terroristes…mais déplore la mort de son chef.

Loïc Salmon

 « Qui ose vaincra », Gilles Haberey et Hugues Perot. Editions Pierre de Taillac, 154 p, illustrations, 26,90 €.

Conduite de la bataille, planification et initiative

Les 200 meilleures ruses et tactiques de guerre

Lève-toi et tue le premier




Défense : anti-terrorisme et remontée en puissance

Le dispositif « Barkhane » au Sahel se transforme avec l’augmentation des effectifs de la force « Takuba ». La loi de programmation militaire et la remontée en puissance des armées vont de pair.

La ministre des Armées, Florence Parly, l’a expliqué lors d’une rencontre organisée, le 2 juillet 2021 à Paris, par l’Association des journalistes de défense.

« Barkhane » et « Takuba ». Le même jour, la France a annoncé la reprise des opérations militaires conjointes et les missions de conseil auprès des forces armées maliennes, suspendues le 3 juin. Cela fait suite aux engagements pris par les autorités maliennes de transition, endossés par la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest) au sommet du 19 juin à Accra (Ghana). Depuis un an, les opérations en cours ont très fortement affaibli l’Etat islamique au Grand Sahara (EIGS), qui s’en prend aux populations civiles, souligne Florence Parly. Ainsi l’opération « Solstice » s’est déroulée du 6 au 20 juin entre Ouallam (Niger) et Ménaka (Mali) pour traquer les groupes armés terroristes. Elle a été conduite par les forces Barkhane et Takuba (300 militaires français et européens) et les forces armées nigériennes (800) avec l’appui d’avions de chasse Mirage 2000, d’hélicoptères d’attaque Tigre et de drones armés Reaper. Ont été saisis : 13 motos ; près de 30 armes légères d’infanterie ; environ 50 appareils de communication ; du matériel servant à la fabrication d’engins explosifs. Six djihadistes, dont un recruteur actif dans la nébuleuse touareg, ont été neutralisés. Deux lieutenants de l’émir de l’EIGS, susceptibles de fournir des renseignements, ont été capturés : Katab el Mauritani et Abou Dardar, auteur suspecté de mutilations. D’une façon générale, les Etats-Unis coopèrent avec Barkhane pour la surveillance de zone, la logistique opérationnelle et le ravitaillement en vol. Même si des actes terroristes ne se produisent plus sur le territoire national, indique la ministre des Armées, les organisations affiliées à Al Qaïda ou Daech étendent leur influence vers le Sud et le golfe de Guinée. Il s’agit d’empêcher que le Sahel et l’Afrique ne deviennent leur zone refuge pour attaquer le flanc Sud de l’Europe. La force d’intervention Takuba associe des forces spéciales européennes pour des missions de conseil, d’assistance et d’accompagnement au combat des forces maliennes avec l’appui de moyens aériens et de l’artillerie. Après l’Estonie, la République tchèque, la Suède, le Portugal, les Pays-Bas et la Belgique, l’Italie, la Roumanie et le Danemark vont envoyer des militaires renforcer Takuba. D’autres discussions sur des contributions supplémentaires sont en cours au niveau politique. A terme, il s’agit de rétablir les services publics au Mali (police, justice et éducation).

Maintenir la LPM. La ministre des Armées entend veiller à ce que la Loi de programmation militaire (LPM) 2019-2025 soit respectée malgré la crise sanitaire. La construction d’un bateau hydro-océanographique sera décalée d’un an, mais une 3ème frégate de défense et d’intervention a été commandée, en vue d’une livraison anticipée à la Marine et d’assurer une continuité dans le plan de charge de Naval Group. Le nouveau chef d’Etat-major des armées, le général Thierry Burkhard, en fonctions courant juillet, a été nommé pour quatre ans, soit jusqu’à la fin de la LPM, pour en maintenir la continuité de pilotage après les élections, présidentielle et législatives, de 2022. Il doit aussi réaliser la remontée en puissance des armées sur une durée suffisante et les préparer à des combats de plus haute intensité.

Loïc Salmon

Afrique : l’opération « Barkhane », créer de l’incertitude chez l’adversaire

Afrique : les risques de déstabilisation et de terrorisme

Défense : vers 2 % du Produit intérieur brut à l’horizon 2025




14 juillet 2021 : engagements de haute intensité, technologies de pointe et anniversaires

L’édition 2021 du défilé du 14 juillet à Paris porte sur les combats possibles de haute intensité, une technologie élevée, la résilience et le rappel du passé.

Présentée le 4 juin 2021 par le général de corps d’armée Christophe Abad, gouverneur militaire de Paris, elle reprend son format traditionnel d’avant la pandémie du Covid 19. Le défilé du 14 juillet 2021 met ainsi en œuvre : 5.000 participants, dont 4.300 à pied ; 71 avions et 25 hélicoptères ; 221 véhicules ; 200 chevaux de la Garde républicaine. Dans le cadre de l’opération « Takuba » au Mali, les forces spéciales sont mises à l’honneur avec un détachement de 81 soldats d’Italie, des Pays-Bas, de Belgique, d’Estonie, de République tchèque, de France, du Portugal et de Suède.

L’action dans les airs. Le défilé des avions, ouvert par la Patrouille de France, met en scène les missions de l’armée de l’Air et de l’Espace (AAE) et de la Marine nationale. La dissuasion nucléaire est représentée notamment par les Forces aériennes stratégiques avec 1 avion ravitailleur multi-rôles A330 MRTT et 6 chasseurs Rafale B. La maîtrise de l’espace aérien est matérialisée par 1 AWACS E3F (détection et commandement aéroporté), 4 chasseurs Mirage 2000-5 et 2 Mirage 2000 B. L’action dans la profondeur se manifeste avec 1 A330 MRTT, 6 Mirage 2000 D, 4 Rafale C et 2 Rafale B. La Marine nationale déploie le Groupe aérien embarqué avec 1 avion de guet aérien Hawkeye et 8 Rafale Marine. S’y ajoutent 2 ATL2 de la patrouille maritime, pour les opérations extérieures, et 1 Falcon 50 Marine, pour la lutte contre les trafics illicites. Les trois armées montrent aussi leurs hélicoptères. L’armée de Terre présente ses missions : protection du territoire national avec 3 appareils (Puma, Caïman et Cougar) ; opération « Barkhane » dans la bande sahélo-saharienne avec 3 appareils (1 Tigre et 2 Caïman). Celles de l’AAE consistent en interventions extérieures et sur le territoire national, présentées par 2 Caracal, 1 Fennec canon et 1 Fennec TE. La Marine nationale montre 2 Caïman, 2 Panther et 1 Dauphin pour la maîtrise des espaces aéromaritimes et le combat naval.

La sécurité par les airs. L’AAE montre ses moyens d’engagement, de projection et de soutien par trois types d’avions de transport, représentés par 1 A400 M, 1 Transall C160 et 2 Casa CN235. S’y ajoute, pour le renseignement, 1 avion léger de surveillance et de reconnaissance. L’AAE présente 2 Pilatus PC 21 et 2 Xingu destinés à la formation, l’entraînement et la préparation. La Direction générale de l’armement déploie le nouvel avion de soutien d’essais en vol TBM 940. La Sécurité civile montre 1 Beech B200, 1 Canadair et 1 Dash Q400 dédiés à la lutte contre les incendies et 1 hélicoptère d’intervention. La Gendarmerie déploie 3 hélicoptères (1 EC145 et 2 EC135), destinés à l’assistance, le sauvetage, la surveillance, le renseignement et l’intervention.

Les anniversaires. L’année 2021 rappelle les 80 ans du « serment de Koufra » (division Leclerc), les 80 ans des Forces aériennes françaises libres, les 75 ans de la base aéronavale de Lann Bihoué, les 60 ans de la Direction générale de l’armement, les 30 ans de la division « Daguet » et les 10 ans du Service interarmées des munitions.

Les cérémonies. En ouverture, la musique de la Garde républicaine souligne la concorde nationale. La clôture met en exergue une jeunesse engagée, représentée par une chorale de 120 jeunes. Le Chœur de l’armée française entonne la « Marseillaise ».

Loïc Salmon

14 juillet 2019 : coopération européenne et innovation

14 juillet 2018 : l’engagement citoyen et patriote

14 juillet 2017 : « opérationnels ensemble » en interarmées, interministériel et international




Chef de guerre

Les forces spéciales interviennent à l’étranger pour capturer des adversaires, neutraliser des terroristes ou libérer des otages, souvent en milieu désertique ou semi-désertique en Afrique ou au Moyen-Orient.

Elles réalisent entre 50 et 100 missions par an. En raison de l’importance des besoins, les unités commandos des armées de Terre et de l’Air et de la Marine possèdent un corpus commun, pour agir en dehors de leur domaine d’origine en vue de mener à bien la plupart des opérations, même si les plus pointues nécessitent des spécialistes. Elles restent de trois à six mois dans une zone opérationnelle ou un pays en guerre, car une opération complexe nécessite plusieurs semaines de recherche de renseignement avant l’action proprement dite. En accord avec les plus hautes autorités de l’Etat qui tranchent entre deux options possibles, l’officier général commandant les opérations spéciales décide du déroulement d’une mission et du choix de l’unité qui interviendra. Une mission simple sur le papier s’avère en effet compliquée à exécuter sur le terrain. Chaque membre du même groupe possède une ou plusieurs spécialités. Cette polyvalence garantit le remplacement immédiat de ceux qui, pour une raison ou une autre, ne pourraient plus être opérationnels en mission. Un groupe d’une dizaine d’hommes peut ainsi cumuler le savoir-faire de vingt ou trente. Les équipements, à la pointe de la technologie et de l’innovation, permettent plus de rapidité, de légèreté et de mobilité, tout en offrant une meilleure protection et de plus larges possibilités d’action. Ainsi, le tireur d’élite peut être équipé d’un fusil de tir longue distance à canon court et muni d’un « silencieux ». Calibré pour des cartouches de 7,62 mm comme une mitrailleuse, ce fusil permet, en toute discrétion, d’arrêter un véhicule ou de tirer à travers un petit mur sans que la balle soit déviée. Partenaire indispensable dans une intervention, l’hélicoptère d’attaque Tigre dispose d’une grande puissance de feu par son canon, qui tire 37 obus de 30 mm en 3 secondes avec précision. Si la situation devient critique en cours de mission, le chef de groupe doit effacer rapidement tous les éléments d’information de ses équipements électroniques, garder de l’argent liquide et conserver son arme… ultime recours et protection ! Lucidité pendant le combat, confiance mutuelle et cohésion du groupe s’acquièrent par un long et rigoureux entraînement. Chacun doit apprendre un nombre considérable d’informations pour ne pas commettre d’erreurs sur le terrain. Pour ne pas risquer sa vie et celle de ses camarades, il doit maîtriser les techniques d’utilisation de différents types d’armement, d’explosifs, de radios, de matériels d’escalade et d’effraction à coups de bélier, de pied de biche ou à l’explosif. Ainsi, en dehors des missions, l’entraînement des commandos Marine se poursuit sur leur base de Lorient : tirs trois à cinq fois par semaine ; manœuvres en hélicoptère ou en bateau ; séances d’investigation de locaux ; simulations, de jour comme de nuit, d’assaut sur un navire ou de prises d’otages. S’y ajoutent les formations en secourisme, armement et menaces radiologique et chimique. Une mission pouvant en déclencher une autre, le « capital sommeil » doit être renouvelé dès que l’opportunité se présente pour être toujours prêt. Dans la préparation d’une mission, l’adversaire semble une entité théorique mais, sur le terrain, il devient des individus…qui peuvent implorer de les épargner.

Loïc Salmon

 « Chef de guerre », Louis Saillans. Mareuil Éditions, 190 pages. 19,90 €

Forces spéciales : outil complémentaire des forces conventionnelles

Forces spéciales : outil complémentaire des forces conventionnelles

Forces spéciales : opérations selon le droit de la guerre




Marine nationale : SNA Suffren, campagne d’essais à la mer

Le sous-marin nucléaire d’attaque (SNA) Suffren a appareillé de Cherbourg le 28 avril 2020 pour une campagne d’essais en mer de plusieurs mois, en vue d’une mise en service dans l’année.

Premier d’une série de six unités du programme Barracuda, le Suffren a terminé ses essais à terre visant à vérifier le bon fonctionnement de ses systèmes et équipements, dont le démarrage du réacteur nucléaire de propulsion fin 2019 et la mise à flot en janvier 2020 pour une première évaluation de son étanchéité. Des équipes de Naval Group (construction), de TechnicAtome (réacteur nucléaire) et de la Direction générale de l’armement ont conduit ces opérations en nef d’intégration et au bassin à sec puis en eau. Dès le 16 mars, début de la crise du Covid-19, les mesures de sécurité, notamment nucléaire, ont été validées en lien avec la médecine du travail : port du masque obligatoire et respect des règles d’hygiène et de désinfection.

Validation des installations du bord. Les essais à la mer, auxquels participent également des ingénieurs et techniciens du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives, se déroulent en Atlantique et en Méditerranée avec un équipage de la Marine nationale. Tous les personnels embarqués, mis en quatorzaine préventive et testés négatifs au Covid-19, appliquent les mêmes règles de sécurité qu’à quai. Le nombre de personnes embarquées pendant les essais a été réduit de 20 %. Ceux-ci portent sur : l’étanchéité en immersion et la manœuvrabilité du SNA ; les performances du système de combat, des armes tactiques et de tous les équipements embarqués ; les capacités opérationnelles. Naval Group assure la totalité du programme Barracuda : de la conception à la réalisation complète du SNA et de ses systèmes d’information ; fabrication des principaux composants des chaufferies nucléaires ; entretien des sous-marins à la base navale de Toulon.

Saut technologique et capacitaire. Instruments de puissance endurants, les SNA remplissent diverses missions : soutien de la Force océanique stratégique (FOST) pour la dissuasion nucléaire ; protection du groupe aéronaval ; recueil de renseignement ; lutte anti-sous-marine ; lutte antinavire. Sa très grande discrétion et ses capacités accrues de détection garantissent au Suffren sa supériorité acoustique. L’emport de missiles de croisière navals (MdcN), fabriqués par la société européenne MBDA, donne, pour la première fois, une capacité de frappe dans la profondeur à partir d’un sous-marin. Le Suffren dispose d’un « sas nageurs » et peut emporter un hangar de pont pour le déploiement des véhicules sous-marins des commandos, en vue de la mise en œuvre discrète de forces spéciales. Voici ses principales caractéristiques techniques : déplacement en surface, 4.700 t ; déplacement en plongée, 5.200 t ; longueur, 99 m ; diamètre, 8,8 m. Son armement compte : des MdcN d’une portée de 1.400 km ; des torpilles filoguidées F21 (portée supérieure à 50 km) ; 1 missile antinavire Exocet SM39 modernisé (portée de 50 km). Sa propulsion hybride est assurée par : 1 réacteur à eau pressurisée, dérivé des chaufferies équipant le porte-avions Charles-de-Gaulle et les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins du type Le-Triomphant de la FOST ; 2 turbines ; 2 turbo-alternateurs ; 2 moteurs électriques. Disponible à la mer plus de 270 jours par an, le Suffren embarque un équipage de 65 personnes et des commandos. Le programme Barracuda prévoit une entrée en service des autres SNA, Duguay-Trouin, Tourville, De-Grasse, Rubis et Casabianca, avant 2030.

Loïc Salmon

Le sous-marin nucléaire d’attaque : aller loin et durer

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Défense : soldat augmenté et éthique médicale

Les techniques biomédicales « invasives », qui affectent le corps humain, suscitent des opportunités militaires, mais aussi des questions éthiques pour soi et l’adversaire.

Ce thème a été abordé au cours d’un colloque organisé, le16 octobre 2019 à Paris, par le Centre de recherche des écoles de Saint-Cyr Coëtquidan (CREC) et la Société internationale d’éthique militaire en Europe (Euro-ISME). Y sont notamment intervenus : Renaud Bouvet, chef du service de médecine légale du Centre hospitalier universitaire de Rennes ; le médecin en chef Marion Trousselard, Institut de recherche biomédicale des armées ; Christine Boshuijzen-van Burken, professeure à l’université d’Eindhoven (Pays-Bas).

Bioéthique. La recherche biomédicale, qui allie médecine et science de l’ingénieur, porte notamment sur la neurophysiologie du stress, indique Marion Trousselard. L’éthique, code de conduite en référence à des valeurs identifiées au préalable, trace une ligne de séparation entre le bien et le mal. Le code de l’éthique médicale et de la déontologie vise à protéger les droits humains et les libertés civiles des médecins et des patients. Le principe universel d’humanité, avec l’obligation de travailler pour un monde meilleur, valorise la personne humaine, sa vie, son intégrité et sa dignité. Les conventions de Genève concernent la protection des droits des militaires. La « cognition », processus mental d’acquisition des connaissances et de la compréhension par la pensée, l’expérience et les sens, permet d’évoluer dans l’environnement extérieur. La cognition augmentée doit être évaluée selon des normes à définir pour le personnel militaire. Il s’agit de comprendre comment l’écorce cérébrale (une partie du cerveau) réagit à cette dernière : interaction mentale et physique, rapport avec les autres et interaction avec le monde extérieur. Idéalement, les essais des moyens pour augmenter la cognition devraient se faire en laboratoire et par des études sur le terrain, pour déterminer le fonctionnement d’une intervention dans tout ce qui stresse dans la vie quotidienne. Les critères ultimes de l’efficacité seraient les diverses formes de réussite vitale, plutôt que la performance dans le champ étroit des tests psychologiques en laboratoire. Le dopage, considéré comme une « tricherie » contraire à l’éthique du sport de compétition, est interdit par la plupart des organisations sportives internationales. Le dopage du cerveau fait travailler ses connexions au-delà de leurs capacités, au moyen d’actions physiques ou chimiques. Les moyens conventionnels d’augmentation de la cognition sont majoritairement acceptés : éducation et santé en général ; augmentations prénatales et périnatales ; méthodes de développement mental. Par contre, certains moyens non conventionnels suscitent des réticences morales et sociales : systèmes et équipements externes ; interfaces entre cerveau et ordinateur ; nanotechnologies et nano-médecine ; intelligence collective et intelligence connective ; modifications génétiques. Toutefois, précise Marion Trousselard, la démarcation entre ces deux catégories reste floue. Dans le domaine de la guerre, plusieurs questions éthiques ont trouvé des réponses. Ainsi, sa qualification de « juste », la « proportionnalité » des moyens déployés (norme ONU) et l’adéquation des moyens à sa finalité placent la guerre au-dessus du bien et du mal. Sa finalité se justifie au niveau collectif, par le développement des équipements militaires, et au niveau individuel, par l’autonomie de la personne dans le contexte de la guerre. La médecine et les recherches biomédicales des armées travaillent dans un cadre éthique. Le « dopage de précaution » inclut l’immunisation par les vaccins, la protection NRBC (nucléaire, radiologique, biologique et chimique), l’entraînement physique, la souplesse mentale, l’apprentissage de l’éthique et la résistance psychologique. Celui de « combat » porte sur les performances physique, cognitive et psychologique, la gestion du stress ainsi que la résistance à la fatigue et au manque de sommeil. Celui de « survie » y ajoute l’amoindrissement de la douleur. « L’intéroception », capacité à évaluer avec exactitude sa propre activité physiologique, permet une récupération plus rapide et un comportement éthique en situation stressante de combat.

Rôle du médecin militaire. Il s’agit de combiner soins aux militaires et médecine du travail au profit du ministère des Armées, souligne Marion Trousselard. Un militaire qui refuse un vaccin ne partira pas en opération extérieure (Opex), mais il reste décisionnaire pour l’augmentation de sa capacité en situation opérationnelle. De son côté, Renaud Bouvet estime qu’il faut éliminer l’augmentation en cas de réparation physique, par exemple à la suite d’une amputation, pour reprendre une activité normale. Des personnes disposant de capacités techniques et professionnelles peuvent être augmentées physiquement et mentalement. La pharmacologie est déjà admise dans le monde militaire, notamment les amphétamines dans les forces armées américaines et les armées de Terre et de l’Air françaises. La prévention de la fatigue est déjà une pratique médicale habituelle. Les techniques médicales invasives nécessitent un cadre juridique spécial.

Limites face à l’ennemi. En Opex, les soldats peuvent connaître des traumatismes psychiques, face à des adversaires drogués ou des enfants soldats. Un militaire augmenté pourrait être tenté de mettre en œuvre une technique particulière sans en informer le commandement, tendance à identifier lors du recrutement, estime Renaud Bouvet. Selon Marion Trousselard, le médecin militaire peut refuser une action à risques, car il vit avec les conséquences de la décision qu’il a prise. Il n’existe aucune certitude sur l’influence de l’augmentation dans le champ psychique. Les amphétamines produisent des effets à court terme, mais leur coût biologique sur le long terme, encore inconnu, peut s’avérer délétère, comme la transmission éventuelle de leurs effets sur les générations futures.

Loïc Salmon

Les amphétamines ont été utilisées par des soldats américains, pendant la guerre mondiale et celle du Viêt Nam (1955-1975), pour augmenter leur endurance et leur résistance à la fatigue, rappelle Christine Boshuijzen-van Burken. Le Modafinil améliore l’état de veille et accroît la performance de la mémoire visuelle, la représentation spatiale, la vigilance et l’énergie. Pendant la guerre du Golfe (1990-1991), l’armée de Terre française en a acheté 18.000 tablettes. Le ministère britannique de la Défense en a commandé 5.000 tablettes en 2001 et 4.000 en 2002. Le programme de « neuroplasticité » ciblée vise à faciliter l’apprentissage par une activation précise des nerfs périphériques et le renforcement des connexions neuronales dans le cerveau. La « neurotechnologie », qui analyse l’intelligence, porte sur l’accès à l’information élaborée avant que le cerveau en prenne conscience, par exemple le nombre de tireurs de précision embusqués et d’autres armements à peine aperçus. La « poussière neurale » consiste en micro-puces électroniques activables par des ultra-sons, par exemple pour stimuler les nerfs périphériques.

Défense : soldat augmenté et efficacité opérationnelle

Service de santé : renforcement des capacités biomédicales




Irak : l’opération « Chammal », action, soutien et formation

Seule nation à avoir déployé une unité d’artillerie en Irak dans le cadre de l’opération « Chammal », la France y a acquis crédibilité et légitimité, lui permettant de peser sur les décisions de la coalition anti-Daech.

Ce constat a été expliqué à la presse, le 19 septembre 2019 à Paris, par un colonel du Centre de conduite et de planification des opérations. Lancée exactement cinq ans auparavant, l’opération « Chammal » représente le volet français de l’opération « Inherent Resolve » au sein d’une coalition de 79 pays et organisations. A la demande du gouvernement irakien et en coordination avec les alliés, « Chammal » mobilise environ 1.000 militaires, qui apportent un soutien par : l’appui des troupes locales au sol et la frappe des capacités militaires de Daech ; la formation des forces de sécurité, dont l’Iraqi Counter Terrorism Service (ICTS).

Situation précaire. Après sa défaite militaire, Daech est passé en mode insurrectionnel consistant en harcèlements, pose d’engins explosifs improvisés (IED en anglais), incendies de champs agricoles, attaques de postes isolés, caches d’armes et trafics. Ce terrorisme de bas niveau, actuellement contenu par les forces de sécurité irakiennes, peut resurgir, avertit le colonel. Il s’agit, pour « Chammal » d’obtenir de ces dernières une « autonomisation » réelle et de mettre les éléments de Daech à la portée des forces armées irakiennes sur le long terme. En outre, « Chammal » fournit un appui aérien aux forces armées partenaires pour le renseignement, le ciblage d’objectifs et les frappes éventuelles. A titre indicatif, les avions français ont effectué 18 sorties opérationnelles du 11 au 17 septembre 2019, à partir de bases en Jordanie et aux Emirats arabes unis. La France participe à tous les niveaux de commandement de la coalition, où les décisions se prennent par consensus. Tout en gardant sa liberté d’action, elle apporte son expertise en matière de lutte contre les IED, de sauvetage de combat et de coordination des frappes aériennes et des tirs de lance-roquettes et d’artillerie, pour l’éclairage du champ de bataille, la récupération des blessés, la « déception » (tromperie) et le « compartimentage » du terrorisme.

Montée en puissance de la sécurité. Afin d’élever le niveau d’expertise et de savoir-faire des forces armées irakiennes, des instructeurs français fournissent conseil et accompagnement du commandement tactique sur le terrain, sans participation aux combats, et forme des « formateurs » irakiens. La « Task Force » (TF, force d’intervention) « Air » forme des spécialistes de l’appui aérien avec des hélicoptères irakiens. La TF « Narvik » perfectionne les forces spéciales de l’ICTS dans la lutte contre le terrorisme. En mai 2019, elle a formé une vingtaine de stagiaires des forces spéciales irakiennes à la collecte du renseignement d’origine humaine : procédures d’infiltration et d’exfiltration, prises d’images de jour et de nuit et analyse des données récoltées sur le terrain pour fournir du renseignement tactique au commandement. De son côté, la TF « Monsabert» (100 personnels) développe l’autonomie de la 6ème Division d’infanterie irakienne, chargée de la sécurisation de la capitale Bagdad. Selon un colonel qui l’a commandée, une centaine d’actions différentes de conseil et d’assistance se sont déroulées suivant le cycle « programmation de l’activité, mise en pratique sur le terrain, retour d’expérience et ajustement ». Enfin, la TF « Monsabert », aide l’Ecole d’artillerie irakienne en matière de formation et d’élaboration d’une doctrine.

Loïc Salmon

Terrorisme : Daech, propagande habile et maîtrise technique

Irak : le volet « assistance » de l’opération « Chammal »




Forces spéciales : l’innovation pour une plus grande efficacité

L’innovation technologique doit pouvoir donner l’agilité tactique qui surprendra l’adversaire. Elle doit donc « coller » aux besoins des opérations spéciales et se décliner au niveau du combattant.

Le vice-amiral Laurent Isnard, commandant des opérations spéciales, l’a expliqué à la presse, le 21 mars 2019, à l’occasion du salon international des forces spéciales au camp de Souge (Gironde) du 2 au 4 avril 2019.

Aide à la réactivité. L’innovation en matière de renseignement ou de communication donne un temps d’avance dans les déplacements et laisse le choix de la neutralisation de l’adversaire selon la mission. La commission de recherche du Commandement des opérations spéciales profite du retour d’expérience pour planifier à moyen terme, effectuer des achats « sur étagères » et mener des études sur les nouveaux équipements et armements. Elle finance 60 projets par an et s’intéresse aussi aux technologies « duales » venant du monde civil, dont le cryptage. Elle échange des informations avec l’Agence innovation défense sur les technologies dites de « rupture » présentant une utilité opérationnelle. Un dialogue approfondi se poursuit entre les opérateurs des FS, les « start-ups » innovantes et les bureaux recherche et développement des grands groupes industriels. Selon l’amiral, les terroristes font de moins en moins d’erreurs et ne sont pas astreints au respect de normes, contrairement aux forces spéciales (FS) qui doivent pouvoir détecter leurs failles. Cela nécessite une collecte considérable de données et un logiciel performant qui les exploite pour trouver la « bonne » information. Les FS s’intéressent aux logiciels de communication, de navigation et d’aide à la vision. Ainsi, le tireur d’élite dispose de jumelles connectées à un logiciel adapté, qui utilise des informations d’origine spatiale pour suivre sa cible avant de « l’engager ». Un autre logiciel intégré facilitera le tir de nuit. Il existe déjà des munitions « sur mesure » correspondant à une mission particulière. La caméra thermique permet de voir des gens par tous les temps, surtout mauvais, pour agir plus discrètement. Toutefois une trop grande diffusion de chaleur en réduit l’efficacité. A l’occasion d’un séminaire annuel, les forces conventionnelles bénéficient du retour d’expérience des équipements développés pour les FS. Ainsi, les drones du commando Kieffer (marine) ont surveillé l’évolution de la pollution causée par le naufrage du navire de commerce italien Grande-America dans le golfe de Gascogne le 12 mars 2019. Outre l’observation, les drones peuvent servir de relais de communications pour constituer une « bulle » sur zone. Les priorités des FS portent sur la lutte contre le froid, les moyens de voir plus loin et plus rapidement, la guerre électronique et le cyber pour comprendre l’environnement.

« Sofins ». L’édition 2019 du « Special operation forces innovation network seminar » (Sofins) accueille 250 exposants, 50 délégations étrangères et 4.000 visiteurs, dont les membres des commissions parlementaires de la défense qui suivent l’exécution de la loi de programmation militaire 2019-2025. Sofins inclut une journée sur les technologies et innovations au profit des FS et une autre sur la place de l’humain dans un environnement innovant. Il donne l’occasion aux FS françaises et étrangères d’examiner ce qui a bien fonctionné lors des opérations, en vue d’une mise en commun des méthodes. Quant aux nouveaux matériels, l’intérêt porte sur les appareils de vision nocturne, la protection, la balistique et les équipements d’hélicoptère.

Loïc Salmon

Défense : l’AID, interlocutrice des porteurs d’innovation

Forces spéciales : opérations selon le droit de la guerre

Tigre 2 : exercice franco-saoudien d’opérations spéciales




Guerre : maîtriser la violence humaine et technologique

L’armement létal de demain, potentiellement accessible aux organisations terroristes, ne saurait échapper au contrôle du soldat, formé et entraîné à la maîtrise de la violence par ses qualités humaines, à savoir la force, la justice, la prudence et la tempérance.

Ce thème a été abordé lors d’un colloque organisé, le 23 mai 2018 à Paris, par l’Ecole de guerre. Y sont intervenus : Mgr Antoine de Romanet, évêque aux Armées ; Jean-Baptiste Jeangène-Vilmer, directeur de l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire ; le général de division Benoît Durieux, chef du cabinet militaire du Premier ministre ; le lieutenant-colonel Jean-Gaël Le Flem et le capitaine de frégate Olivier Brossolet, stagiaires à l’Ecole de guerre.

La guerre des robots. Un système d’arme létal autonome (SALA) ou « robot tueur » est capable de choisir sa cible et de s’adapter à un environnement évolutif sans intervention humaine, explique Jean-Baptiste Jeangène-Vilmer. Le robot tueur se différencie du système d’arme automatique, qui réagit toujours de la même façon aux mêmes stimuli, que ce soit à bord d’un navire, sur un camion ou à partir d’un point fixe. Ainsi, les systèmes SGR-A1 surveillent la frontière entre les deux Corées. Si l’homme est dans la boucle décisionnelle, il peut arrêter le processus à tout moment (drones télépilotés). S’il ne l’est pas, l’arme continue sa mission, même en cas de rupture de communications (missiles tirés de sous-marins). Les SALA font l’objet d’un débat au sein de la représentation de l’ONU à Genève, où se prennent les décisions sur le droit humanitaire, dans le cadre de la Convention sur certaines armes conventionnelles. Les discussions annuelles réunissent 30 Etats et aussi des organisations non gouvernementales. Celles-ci, partisanes de l’interdiction préventive des SALA, ont rallié à leur cause 26 Etats d’Afrique, d’Amérique latine et du Moyen-Orient, l’Autriche et même la Chine, mais seulement pour les SALA « entièrement autonomes ». Selon Jean-Baptiste Jeangène-Vilmer, un débat moral sous-jacent entre sur la scène politique : la guerre souhaitable doit-elle être conforme à une norme (le droit) ou à des règles si elle entraîne de meilleures conséquences sur l’issue d’un conflit ? Ainsi, un bombardement sans discrimination, comme en Syrie par les forces russes et celles du régime syrien, apparaît plus problématique que le tir ciblé et sans dégât collatéral d’un SALA sur un pickup armé. Pourtant, les partisans de l’interdiction des SALA estiment que ceux-ci engendrent des risques : abaissement du seuil de l’emploi de la force, incitant des Etats à s’en doter ; course aux armements entre la Russie, la Chine et les Etats-Unis ; asymétrie des moyens, notamment par l’emploi d’essaims de SALA pour saturer les défenses anti-aériennes (argument de la Chine) ; réaction en chaîne incontrôlable ; acquisition de SALA par des organisations terroristes. Faute d’une entité supra-étatique de vérification avec des pouvoirs contraignants, les discussions semblent s’orienter vers un « code de bonne conduite » s’appuyant sur le droit applicable existant, en y incorporant certaines règles. Il ne s’agit plus d’empêcher la course aux armements dotés d’intelligence artificielle, mais de contrôler la situation pour ne pas inciter certains Etats à développer des SALA, conclut Jean-Baptiste Jeangène-Vilmer.

Guerre et politique. Depuis des siècles, le concept européen de la guerre consiste à dépasser la contradiction entre la violence (nier l’autre) et la politique (définir ensemble un avenir commun), explique le général Durieux. La guerre est d’abord un reflet de l’environnement politique et une approche déterminante du sens de l’Histoire. Ainsi, en 1815, une victoire de Napoléon à Waterloo n’aurait pas réglé la crise politique profonde. De même en 1962, le général de Gaulle avait compris que la guerre d’Algérie n’entrait plus dans le combat politique. Aujourd’hui, l’usage de la guerre (déclarée) s’avère difficile, en raison de la pression médiatique et de l’évolution de l’opinion publique. La violence politique, visible, se présente comme un moyen « juste » face au « mal ». Elle apparaît comme une solution simple à un problème complexe et apporte des résultats rapides à une situation qui dure. Une belle opération tactique attire toujours les militaires, car techniquement bonne, immédiate et visible. Mais une réflexion s’impose sur son sens stratégique, à savoir l’évolution de la situation politique et une appréciation correcte de la guerre. Une autre concerne le statut de la guerre en tant que violence régulée. En cent ans, rappelle le général Durieux, la guerre a été rendue justifiable (droit international), impossible (dissuasion nucléaire) et inutilisable (opérations ciblées). Mais la violence s’accroît par l’élimination de l’adversaire, pour ne pas avoir à négocier avec lui. L’autorité politique fixe les objectifs, les militaires remplissent leur mission puis l’autorité politique reprend la main, par la diplomatie. De fait, dans la doctrine occidentale de l’effet recherché, l’autorité politique joue un rôle militaire par les plans de frappe et règles d’engagement. En opération extérieure, les militaires exercent un rôle politique par leur interaction avec les chefs de milices locales et entités non-étatiques.

Retours d’expériences.  Selon le lieutenant-colonel Le Flem, lors de l’engagement en Afghanistan (2001-2014), la maîtrise de la violence, pour la coalition occidentale, concernait la limite à ne pas dépasser mais, pour les Afghans, la capacité à vivre sereinement. Il s’agissait donc de comprendre cet écosystème et le risque de dégâts collatéraux par une surutilisation de la violence. Le chef militaire devait rendre ses hommes capables de violence en opération, tout en restant à des niveaux acceptables sur les plans technique et humain. De son côté, le capitaine de frégate Brossolet a souligné l’importance de la sélection des personnels des forces spéciales, aptes à maîtriser tout le spectre de la violence pour ne l’utiliser qu’au niveau requis, implacable ou très mesuré. Il s’agit de permettre à l’autorité politique un contrôle maximal de l’opération pendant un maximum de temps. Cela nécessite une planification extrême et élaborée en commun à tous les échelons, pour imaginer des solutions tactiques favorisant le contrôle de la violence et limitant les dommages collatéraux. Il s’agit d’éviter les dérives dues au surmenage, lors de la lutte contre le terrorisme ou la libération d’otages.

Loïc Salmon

Mgr Antoine de Romanet a mis en garde contre le risque de déshumanisation dû au sentiment d’invulnérabilité. La période de 1985 à 1995 a vu la transformation du vivant, celle de 1995 à 2005 l’essor des nanotechnologies et la suivante leur combinaison avec les communications. Il s’agit donc de savoir jusqu’où laisser la machine décider seule dans un contexte stable ou évolutif. La robotisation déresponsabilise, car chaque partie a été programmée par des individus isolés du « tout ». Malgré la tentation de toute-puissance (technologique), le soldat doit conserver une part de responsabilité pour pouvoir vaincre l’adversaire. L’enjeu consiste à éviter de transformer en machine l’homme par nature vulnérable, car en relation entre la biologie et le psychisme (émotion).

Lieutenants en Afghanistan, retour d’expérience

Forces spéciales : opérations selon le droit de la guerre




Forces spéciales : réactivité maximale partout dans le monde avec les ERC

Les « embarcations rapides commandos » (ERC), prépositionnées ou déployées, permettent aux commandos marine d’effectuer opérations spéciales, interventions aéromaritimes de la mer vers la terre et actions de l’Etat en mer.

Elles ont fait l’objet d’une présentation à la presse, le 15 février 2018 à Paris, par un capitaine de frégate de la Force maritime des fusiliers marins et commandos (Forfusco).

Systèmes d’armes modulables. La Forfusco dispose de deux types d’ERC : l’Etraco (Embarcation de transport rapide pour commandos) et l’Ecume (Embarcation commando à usages multiples et embarquable). Toutes deux, capables d’embarquer jusqu’à 12 commandos équipés, sont employables depuis la terre par transport routier sur remorque. Pour les missions lointaines, elles sont déployables par mer sur les frégates multimissions (6.000 t), bâtiments de projection et de commandement ou bâtiments de soutien. En cas d’urgence, elles sont largables d’avions de transport tactique C-130 Hercules ou A400M Atlas. Longue de 8 m, l’Etraco déplace 2,4 t, emporte une mitrailleuse de 7,62 mm et navigue à plus de 50 nœuds (93 km/h). L’Ecume, qui a profité du retour d’expérience de l’Etraco, est modulable selon les missions, endurante et particulièrement manœuvrable même par gros temps. Elle présente une longueur de 9,3 m, un déplacement de 7 t, une vitesse supérieure à 40 nœuds (75 km/h), une capacité d’emport de 3 t et une autonomie en charge de 200 nautiques (370 km). La future frégate de taille intermédiaire (4.250 t) pourra en embarquer un ou deux.

Large spectre de missions. L’action de l’Etat en mer s’exerce sur l’ensemble des zones économiques exclusives de la France. Cela va de la lutte contre les narcotrafics jusqu’à 60 nautiques (111 km) au large des Antilles à celle contre la pêche illicite dans les zones maritimes de Nouvelle-Calédonie et de Polynésie française. S’y ajoutent la lutte contre la piraterie dans le golfe de Guinée, le détroit de Malacca et au large de la Somalie et celle contre le crime organisé sur la côte libyenne. Celle contre le terrorisme s’étend de la Méditerranée orientale à la mer Rouge. Les ERC rendent possibles des opérations spéciales contre la terre, comme pénétrer de façon discrète dans un espace hostile, notamment pour recueillir du renseignement. Pour s’y préparer physiquement et mentalement et se maintenir à niveau, les commandos effectuent des raids nautiques de 1.200 km en 4 jours entre Lorient et Saint-Malo. Cet entraînement leur permettra de faire des raids de 100 nautiques (1.852 km), à partir d’un bâtiment porteur ou par aérolargage pour, par exemple, rattraper un navire détourné par des pirates. La capacité à conduire des assauts de vive force contre des adversaires en mer, explique le capitaine de frégate, nécessite de parcourir de longues distances, longtemps, et avec une importante réserve de puissance au moment de les intercepter et d’agir contre eux, sans leur laisser la possibilité de fuir. Une autre action contre la terre consiste à forcer le déni d’accès à une côte, lequel peut s’étendre jusqu’à 50 nautiques (90 km) en mer et sur des longueurs de plus en plus longues. Cela implique la participation des partenaires aériens et navals de la Forfusco, pour le transport jusqu’à la limite de la zone, et la mise à l’eau de senseurs, pour que les commandos puissent passer inaperçus. L’équipe ERC/hélicoptère Caïman permet de les récupérer. L’action à partir de sous-marins relève des nageurs de combat.

Loïc Salmon

Forces spéciales : création du commando Ponchardier de la Marine nationale

Forces spéciales Air : allonge, rapidité et puissance de feu