Espace : système GEOTracker®, surveillance optique renforcée

Le ministère des Armées et ArianeGroup ont signé, le 16 décembre 2021 à Paris, un contrat de surveillance renforcée de l’espace sur des orbites de 2.000 km à 36.000 km par GEOTracker®, pour réagir vite et efficacement aux menaces émergentes.

André-Hubert Roussel, président exécutif d’ArianeGroup, le responsable Défense et son adjointe ont présenté ce système à l’Association des journalistes de défense le 15 décembre à Paris.

Système GEOTracker®. Ce contrat constitue une extension, financée par le Commandement de l’espace (CdE), de celui sur le service de données de positionnement, d’orbitographie et d’analyse de 2017. ArianeGroup dispose d’un réseau mondial de capteurs optiques et d’un centre de commande et de contrôle centralisé, qui automatise et traite rapidement les données orbitales. GEOTracker® fournit une couverture permanente à 360 °, qui permet au CdE de détecter, suivre et contribuer à la caractérisation d’objets spatiaux, actifs ou inactifs, afin d’établir la situation spatiale et de protéger les satellites français. En 2021, se déplacent dans l’espace : 1.500 satellites actifs et 2.900 inactifs ; 23.000 objets supérieurs à 10 cm ; 500.000 entre 1 cm et 10 cm ; plusieurs millions de débris inférieurs à 1 cm. Parmi les satellites, 41 % sont américains, 13 % chinois, 12 % européens, 9 % russes, 4 % japonais et 21 % divers. GEOTracker® utilise le laser et l’intelligence artificielle pour détecter le comportement d’un satellite qui, s’il se déplace, effectue une mission particulière. Du 8 au 12 mars 2021, GEOTracker® a participé à l’exercice tactique et opératif d’entraînement aux opérations spatiales militaires « Aster’X », piloté par le CdE sur le site de Toulouse du Centre national d’études spatiales. Un exercice similaire est prévu en 2022. Cela permet de voir les équipements, défensifs et offensifs, des satellites en orbite, d’établir la situation sur une zone géographique et d’envisager des scénarios d’attaque. Vu qu’un satellite parcourt plusieurs dizaines de km en quelques secondes, la surveillance permanente de 100.000 objets nécessite une réflexion, au niveau européen, sur la mise en œuvre et le partage de moyens à améliorer, afin de tenir une situation en temps réel. Déjà, en juin 2021, la Commission européenne a sélectionné ArianeGroup pour les projets de surveillance spatiale « Sauron » et « Integral ». D’ici à 2025, GEOTracker® disposera d’un grand réseau de télescopes répartis sur une vingtaine de stations sol pour réaliser un catalogue de plusieurs milliers d’objets.

Lanceurs et missiles. ArianeGroup, co-entreprise à parité du constructeur aéronautique européen Airbus et du motoriste aéronautique et spatial français Safran, emploie 8.800 personnes (filiales comprises) en France et en Allemagne et a réalisé un chiffre d’affaires de 2,7 Mds€ en 2020. Il assure la maîtrise d’œuvre des lanceurs européens civils Ariane 5 et Ariane 6, des recherche et développement à l’exploitation. Pour la dissuasion nucléaire de la France, il contrôle le cycle de vie, des études amont au démantèlement, des missiles balistiques M51 de la Force océanique stratégique et en effectue l’adaptation permanente au contexte stratégique et aux systèmes de défense des grandes puissances nucléaires. Par ailleurs, ArianeGroup conçoit les futurs « planeurs hypersoniques », destinés aux frappes dans la profondeur et que développent les Etats-Unis, la Chine et la Russie. Lancés d’un avion, d’un sous-marin ou d’une plateforme mobile, ils parcourront environ 4.000 km à 60-80 km d’altitude dans une atmosphère raréfiée.

Loïc Salmon

Espace : « Keraunos », le laser pour la communication optique

Espace : un commandement dédié pour comprendre et agir

Espace : sécurisation en question et dissuasion nucléaire




Histoire secrète du XXème siècle, mémoires d’espions

Pendant la guerre froide, tous les grands pays ont renforcé leurs services de renseignement (SR). Pourtant, les dirigeants politiques ont souvent sous-utilisé leur production, pour des raisons diplomatiques ou ne débouchant pas sur une décision politique concrète.

Les « mémoires » de responsables de SR apportent un éclairage nouveau sur certains événements de 1945 à 1989. Ainsi, le célèbre agent double Kim Philby (1912-1988), travaillant pour le MI6 britannique et le KGB soviétique, était soupçonné par ce dernier d’appartenir à la CIA américaine. Le général du KGB Oleg Kalouguine (1934, réfugié aux Etats-Unis), chef du contre-espionnage, précise que tout « traître » soviétique était arrêté, jugé et fusillé. Il révèle qu’un nombre important d’agents communistes français ne furent jamais démasqués et prirent leur retraite lors de l’effondrement de l’URSS en 1991. Selon son ancien sous-directeur Peter Wright, le service de contre-espionnage britannique MI5 a organisé des cambriolages ou installé des micros un peu partout à Londres, y compris dans l’ambassade de France. Pourtant, cela n’a guère empêché le blocage, par le général de Gaulle, de l’entrée de la Grande-Bretagne dans le Marché commun. Le « maître-espion » est-allemand Markus Wolf, qui avait réussi à infiltrer une « taupe » dans l’entourage immédiat du chancelier ouest-allemand Willy Brandt (1913-1992), a été surpris de sa démission soudaine. Selon lui, Brandt, partisan d’une politique d’ouverture à l’Est, aurait été victime de dissensions à l’intérieur du SPD (Parti social-démocrate) et d’une crise de confiance dans son gouvernement. L’excentrique Miles Copeland, l’un des fondateurs de la CIA et qui y a effectué plusieurs allers-retours, lui attribue le coup d’Etat qui a renversé le roi Farouk d’Egypte et porté le colonel Nasser (1918-1970) au pouvoir. Il explique les ratés de la stratégie américaine au Proche-Orient à cette époque par le fait que les agents de la CIA sur le terrain ignoraient que personne à Washington ne lisait leurs rapports. L’ingénieur Hussein Sumaida, qui a évolué au sein de l’appareil sécuritaire du SR irakien Mukhabarat, en explique la corruption, les exactions et les opérations secrètes, notamment contre des pays arabes. L’Irak et la Syrie se détestaient mutuellement et méprisaient l’Egypte, signataire des accords de Camp David avec Israël (1978). Tous enviaient et méprisaient les riches Arabie Saoudite et Koweït. Toute alliance avec la Libye du colonel Kadhafi (1942-2011) s’avérait hasardeuse. Pendant la guerre Iran-Irak (1980-1988), les Etat-Unis apportaient un soutien limité à l’Irak, mais autorisaient des livraisons illégales d’armes à l’Iran dans l’espoir que les deux pays s’anéantiraient mutuellement. La France, l’Union soviétique, la Chine et Israël en vendaient également aux deux belligérants. Après leur défaite au Viêt Nam (1975), les Etats-Unis ont voulu prendre leur revanche en Afghanistan en armant la guérilla locale contre l’armée soviétique, qui avait soutenu les Nord-vietnamiens. La CIA achetait armes, munitions et équipements, que le SR pakistanais ISI redistribuait aux Moudjahidin. L’un de ses dirigeants, le général d’infanterie Mohammed Youssaf, a géré cette opération de 1983 à 1987. A chaque dollar dépensé par les Etats-Unis s’ajoutait un dollar de l’Arabie Saoudite. La plus grande quantité d’armes provenait de Chine, d’Egypte et même d’Israël, qui en avait récupéré lors de l’invasion du Liban.

Loïc Salmon

« Histoire secrète du XXème siècle, mémoires d’espions », Yvonnick Denoël. nouveau monde éditions, 430 pages, 10,90 €.

Les espions du Vatican

KGB-DGSE

Profession Espion

 




Union européenne : la sécurité et la défense après le « Brexit »

L’Union européenne (UE), réduite à 27 Etats membres, élabore une stratégie portant sur la réponse aux conflits et crises externes, le renforcement de ses capacités militaires et la protection de son territoire et de sa population.

L’équipe « B2 » (cinq auteurs) l’explique dans l’ouvrage intitulé « La boîte à outils de la défense européenne Nouveautés 2020-2021 », publié à Bruxelles aux éditions du Villard en mai 2021.

Les risques et menaces. La Russie multiplie les actes d’intimidation contre l’UE. Ont été attribués à ses services de renseignement : la cyberattaque contre le Bundestag (Parlement fédéral) allemand en 2015 ; l’agression chimique en mars 2018 contre l’ancien agent russe Sergueï Skripal, réfugié en Grande-Bretagne ; des explosions dans des entrepôts en République tchèque en 2014 ; l’accueil hostile, le 3 février 2021 à Moscou, réservé au Haut représentant de l’UE venu plaider la libération de l’opposant Alexeï Navalny. Depuis 2019, la Turquie se confronte aux pays européens. En Méditerranée orientale, elle effectue des forages d’hydrocarbures dans les zones maritimes considérées comme chypriotes ou grecques. Elle a conclu un accord avec la Libye sur une zone économique exclusive empiétant sur celles de l’Italie, de Chypre et de la Grèce. Elle en conclu un second de nature militaire avec l’envoi de soldats et de matériels. Lors de la guerre dans le Haut-Karabagh (27 septembre-10 novembre 2020), elle a soutenu l’Azerbaïdjan par l’envoi d’hommes et de matériels. Elle maintient une présence en Somalie et dans les Balkans. La Chine est perçue par l’UE comme rivale, partenaire et concurrente, qui affiche sa souveraineté très au-delà de son environnement proche. Elle intervient jusqu’en Europe par le développement des « Nouvelles routes de la Soie », l’acquisition de biens économiques souverains ou sa « diplomatie des vaccins ». Outre le terrorisme interne ou externe, les Etats membres de l’UE font l’objet de tentatives de déstabilisation par des groupuscules militarisés ou des mouvements séparatistes, notamment en Espagne (Catalogne et Pays basque). D’anciennes menaces réapparaissent : armes chimiques ou bactériologiques ; espionnage politique ou industriel ; pressions sur les approvisionnements en énergie. Conséquences des technologies émergentes, de nouvelles menaces surgissent, à savoir la désinformation, l’ingérence électorale et les cyberattaques.

L’analyse géopolitique et spatiale. Depuis novembre 2020, la menace est évaluée par le Centre unique d’analyse du renseignement (SIAC, sigle anglais), qui regroupe le centre de renseignement militaire de l’Etat-major de l’UE et le centre de situation et de renseignement du Service européen pour l’action extérieure (SEAE), placé sous l’autorité du Haut représentant de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité. Le SIAC reçoit des informations des services de renseignement civils ou militaires des Etats membres. L’UE dispose du Centre satellitaire de Torrejon (Espagne) pour le renseignement géo-spatial destiné aussi aux Etats membres et à des organisations internationales. Ainsi, lors du conflit dans l’ex-Yougoslavie (1991-2002), ce centre a adressé des cartes au Comité international de la Croix-Rouge. Il a fourni certaines analyses sur le Darfour à la Cour pénale internationale et d’autres à la mission de l’ONU en Libye. Il a confirmé l’existence de dépôts de munitions en Syrie, les déplacements de matériels le long de la frontière ukrainienne et les camps de prisonniers ouïgours dans le Xinjiang chinois. Par ailleurs, le centre de Torrejon évalue les risques de collision entre engins spatiaux et lance des alertes d’évitement. Il calcule les trajectoires d’objets artificiels lors de leur rentrée incontrôlée dans l’atmosphère. Il détecte et caractérise les fragmentations d’orbite. Enfin, l’UE dispose, à Bruxelles, du Collège européen de sécurité et de défense, dont le budget est passé de 500.000 € en 2013 à 2,06 M€ en 2021. Ce collège forme les personnels permanents du SEAE et ceux envoyés dans les missions de la Politique de sécurité et de défense commune (PSDC) ou du SEAE, avec renforcement des formations pour les missions civiles et le domaine du cyber.

Une BITD européenne. L’UE dispose de moyens militaires nombreux, mais disparates et à différents niveaux de modernisation et d’interopérabilité. Ainsi, elle compte : 1.700 avions de combat de 16 types différents ; 380 hélicoptères d’attaque de 5 types ; 4.200 chars de 12 types, contre un seul aux Etats-Unis ; 120 navires de surface de 33 types (4 aux Etats-Unis). Le développement d’une base industrielle et technologique de défense (BITD) commune a nécessité l’instauration d’un fonds européen de défense (FED) pour la mise au point de nouvelles capacités de défense, mais pas leur acquisition…qui reste à la charge des budgets des Etats membres ! Adopté par le Parlement européen le 29 avril 2021, le FED se monte à 8 Mds pour la période 2021-2027, contre 0 € pour l’industrie de défense en 2014. L’enveloppe se répartit entre 2,7 Mds€ pour la recherche et la technologie et 5,3 Mds€ pour la recherche et le développement. La coopération en matière d’armement porte sur six domaines prioritaires : char de combat ; patrouilleurs de haute mer ; équipement individuel des fantassins ; lutte contre les drones et dénis d’accès ; défense spatiale ; mobilités aérienne et maritime ; installations logistiques ; résilience des systèmes informatiques.

Les conséquences du « Brexit ». Depuis l’entrée en vigueur du « Brexit » le 1er février 2020, l’UE a perdu 66 millions d’habitants et un important partenaire économique et financier, doté d’un vaste réseau diplomatique et membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU. Toutefois, pendant des années, la Grande-Bretagne a limité sa contribution aux missions et opérations de la PSDC au strict minimum. Son départ élimine une possibilité de blocage de la PSDC. La politique étrangère, la sécurité extérieure et la coopération en matière de défense ne sont pas couvertes par l’accord avec l’UE. Depuis le 1er janvier 2021, il n’y a plus de cadre formel pour coordonner les « listes noires » individuelles (gel des avoirs0) ou les mesures d’embargo économique contre des pays tiers. La Grande-Bretagne ne peut plus participer aux missions et opérations de la PSDC ni aux structures de commandement de l’UE. Elle ne bénéficie plus des accords internationaux négociés par l’UE, dont ceux sur le transfert de pirates. Elle peut participer aux programmes européens de surveillance de la terre (Copernicus) et de surveillance par satellite (EU satellite surveillance & tracking). Mais elle n’a plus accès au signal crypté réservé à la sphère gouvernementale du système Galileo de positionnement par satellites. Considérée comme un pays tiers, elle ne peut plus participer aux efforts d’intégration de la défense et de développement des capacités. Elle ne participe plus aux réunions des ministres de la Défense ni à l’élaboration de la politique de défense européenne. Elle peut être associée à certains projets, sur décision au cas par cas. Enfin, elle reste étroitement associée à l’Agence européenne de cybersécurité.

Loïc Salmon

Stratégie : éviter le déclassement de l’Europe

Europe : défense future, la dimension militaire

Europe : l’autonomie stratégique, réflexion et construction d’une capacité




Grèce : partenariat stratégique et achat de trois frégates FDI

Le 28 septembre 2021, la Grèce a conclu avec la France un partenariat en matière de défense et de sécurité, incluant l’acquisition de trois frégates de défense et d’intervention (FDI) et une en option.

Hervé Grandjean, porte-parole du ministère des Armées, l’a expliqué à la presse le même jour à Paris.

Le partenariat. Les ministres des Armées et des Affaires étrangères des deux pays ont signé un accord pour l’établissement d’un partenariat stratégique. L’article 2 spécifie : « Les parties se portent mutuellement aide et assistance par tous les moyens appropriés et, si besoin, l’emploi de la force armée, si elles constatent conjointement qu’une agression armée survient contre le territoire de l’une d’entre elles. » Il est conforme à l’article 51 de la charte de l’ONU (1945), au traité de l’OTAN (1949) et à celui de l’Union européenne (1993). Cette clause souligne la profondeur et la densité des relations de la France et de la Grèce en matière de sécurité et de défense. Les deux pays avaient déjà publié une déclaration commune sur la sécurité et la défense en 2008, puis signé un texte en 2015. Dans le cadre de ce partenariat stratégique, le 28 septembre et en présence de la ministre française des Armées, le ministre grec de la Défense et les présidents-directeurs généraux des entreprises françaises Naval Group et MBDA (missiles) ont signé un « Memorandum of Understanding » (protocole d’entente). Celui-ci porte sur l’acquisition, par la Marine grecque, de trois FDI construites en France avec une quatrième en option ainsi que leur maintenance et les armements associés. Cette commande fait suite à celles de 24 avions de chasse polyvalents Rafale pour l’armée de l’Air grecque. Une première commande, d’un montant de 2,5 Mds€ et conclue le 29 janvier 2021, porte sur 18 avions, dont 6 neufs et 12 d’occasion prélevés sur le parc de l’armée française de l’Air et de l’Espace. Celle-ci a alors bénéficié d’une commande de 12 appareils neufs à Dassault Aviation pour une livraison en 2025. Une deuxième commande grecque, annoncée le 12 septembre, porte sur 6 Rafale supplémentaires, dont le contrat est en cours de discussions.

Les frégates. Exportée pour la première fois, la FDI est très résiliente aux cyberattaques. Elle déplace 4.650 t et emporte : 32 missiles Aster 30 d’une portée de 3 à 120 km contre avion et de 30 km contre missile de croisière ou antinavire ; des missiles antinavires Exocet, d’une altitude de croisière de 2 m et d’une portée de 42 à 180 km selon les versions ; des torpilles Mu 90, portée de 12 à 23 km selon la vitesse ; des leurres anti-torpilles ; un radar multifonctions Sea Fire à antenne active. La commande grecque, d’un montant d’environ 3 Mds€, n’inclut pas la fourniture d’hélicoptères ni de drones. Naval Group et MBDA assurent les parties navire et armement ainsi que le maintien en condition opérationnelle sur trois ans. Les FDI seront construites à Lorient, avec six « ensembles » sous-traités en Grèce. Le contrat devrait être signé à la fin de l’année, après une étude détaillée de trois mois entre Naval Group et une centaine d’entreprises grecques. Deux FDI seront livrées en 2025 et la 3ème suivra en 2026. Cette commande s’intercale entre celles de 5 FDI, prévues par la loi de programmation militaire pour la Marine française d’ici à 2029. Le calendrier des livraisons, avec quelques mois de retard pour certaines, s’établit ainsi : FDI N°1 en 2024 ; FDI N°2, 2026 ; FDI N°3, 2027 ; FDI N°4, 2028 ; FDI N°5, 2029. Le format des frégates de premier rang reste fixé à 15 unités en 2030 avec les frégates de type La-Fayette rénovées.

Loïc Salmon

Marine : technologie de pointe pour combattre partout

Aviation militaire : les Rafale F3-R en service opérationnel

MBDA : coopération industrielle européenne pour les missiles




Qui ose vaincra

La victoire repose sur l’audace dans l’action…précédée d’une longue réflexion, comme l’expérimentent les chefs militaires à différents niveaux.

La prise de risque calculée explique le succès de la plupart des vingt opérations présentées. Lors de la bataille de Leuctres (6 juillet 371 avant JC) l’armée de Sparte, réputée invincible, affronte celle de Thèbes en situation défavorable. Pourtant, le chef thébain Epaminondas remporte la victoire en adaptant, de manière imprévisible, le schéma de combat de l’époque. Il attaque directement l’élite des troupes spartiates avec ses meilleurs combattants, créant un effet de surprise qui disloque le dispositif adverse, conditionné par de longues heures d’entraînement et difficile à rétablir rapidement. Alexandre le Grand s’inspire de cette tactique lors de la bataille de Gaugamèles (1er octobre 331 avant JC) contre l’armée perse, hétéroclite mais très supérieure en nombre et qui a imposé et aménagé le terrain d’affrontement. Dès son plan initial, Alexandre prend l’initiative pour atteindre directement le roi perse Darius III, avant que la masse de manœuvre de son armée puisse se mettre en mouvement. La fuite de Darius provoque la défaite de son armée puis la chute de son empire. En Chine, entre le 15 octobre 1934 et le 19 octobre 1935, afin d’échapper à un encerclement par l’armée nationaliste de Tchang Kaï-chek, l’armée du jeune Parti communiste, commandée par Mao Tsé-toung, parcourt 12.000 km à travers 11 provinces et livre 500 combats contre les nationalistes, les « seigneurs de la guerre » et les pillards. Malgré la perte de 80 % de son effectif, l’Armée populaire de libération a réussi sa « longue marche », grâce à sa capacité de résilience qui a même entraîné le ralliement de certaines unités nationalistes et facilité les campagnes de recrutement. Le 10 mai 1940, le succès de l’attaque allemande du fort d’Eben-Emael, réputé imprenable, démoralise la Belgique, dont l’esprit de résistance s’effondre. La forteresse est tombée en quelques heures, surprise par l’audace et l’efficacité tactique d’un assaut aéroporté, mené par des soldats d’élite spécialement entraînés depuis six mois. Transportés par planeurs pour garantir la discrétion en vol et la concentration rapide des moyens à l’atterrissage, ils ont neutralisé la défense du fort par l’emploi de charges creuses à haut pouvoir de pénétration. Dans la nuit du 18 au 19 décembre 1941, un commando italien de six hommes-grenouilles réussit à pénétrer dans le port égyptien d’Alexandrie, l’un des principaux points d’appui de la Marine britannique en Méditerranée. Chaque équipe de deux nageurs enfourche une torpille modifiée, emportant une charge détachable de 230 kg d’explosifs avec un détonateur à minuterie et une ventouse. Malgré des difficultés inouïes, ils parviennent à couler un pétrolier et deux cuirassés britanniques. Le 27 juin 1976, deux membres du Front populaire de libération de la Palestine et deux Allemands de la Fraction armée rouge détournent, vers l’aéroport ougandais d’Entebbe, un avion d’Air France avec 250 passagers, dont une centaine d’Israéliens. Ils exigent la libération de 53 prisonniers pro-palestiniens détenus au Kenya et en Israël, Allemagne de l’Ouest, France et Suisse. Après la libération de 147 otages, l’ultimatum est fixé au 4 juillet. Dans la nuit du 3, après un raid de 3.600 km, un commando israélien évacue les 106 otages restants dont l’équipage, tue les terroristes…mais déplore la mort de son chef.

Loïc Salmon

 « Qui ose vaincra », Gilles Haberey et Hugues Perot. Editions Pierre de Taillac, 154 p, illustrations, 26,90 €.

Conduite de la bataille, planification et initiative

Les 200 meilleures ruses et tactiques de guerre

Lève-toi et tue le premier




Guerre future : menaces balistiques et spatiales accrues

La manœuvrabilité et la vitesse accrues des missiles balistiques rendront leur interception de plus en plus complexe par les dispositifs de défense, qui utiliseront l’intelligence artificielle pour modéliser leurs trajectoires.

Ronan Moulinet, expert radar au groupe Thales (électronique de défense), l’a expliqué au cours d’une visioconférence organisée, le 9 avril 2021 à Paris, par l’association Les jeunes IHEDN.

Missiles balistiques. Porteurs de plusieurs têtes (armes nucléaires ou charges conventionnelles), les missiles intercontinentaux (ICBM) peuvent parcourir jusqu’à 10.000 km à raison de 7 km/seconde, soit la vitesse d’un satellite en orbite à 400 km d’altitude. D’une grande manœuvrabilité, ils positionnent une ou plusieurs têtes sur une ou plusieurs trajectoires et sont lancés en nombre pour saturer les défenses adverses. La phase « propulsée » dure de 3 à 6 minutes, la phase balistique proprement dite 25 minutes et la phase de rentrée atmosphérique environ 5 minutes à partir de 3 km d’altitude. Une trajectoire tendue à faible altitude réduit les délais de détection et de déclenchement d’alerte. La propulsion « liquide » facilite le contrôle de la poussée initiale, mais présente des contraintes de manipulation des ergols (comburant et carburant) toxiques et inflammables, de leur stockage sur une longue durée et de leur chargement dans le missile (plusieurs heures). Une propulsion « solide » rend son entreposage plus aisé, facilite la manipulation du missile et permet un lancement rapide (moins de 15 minutes), mais nécessite un contrôle plus contraignant de la poussée. Les missiles à courte portée (moins de 1.000 km), les plus nombreux, volent 5-6 minutes, les missiles intercontinentaux (plus de 5.500 km) environ 30 minutes et ceux lancés de sous-marins (de moins de 1.000 km à 11.000 km) 5-6 minutes pendant la phase propulsée. Les types de porteurs ou de lanceurs varient : silos terrestres ou sur lanceurs mobiles à roues pour les ICBM ; trains avec wagons aménagés ; avions de chasse ou bombardiers ; navires porte-conteneurs ou plates-formes navales reconverties ; sous-marins nucléaires lanceurs d’engins dits SLBM. Les Etats-Unis (450 ICBM et 200 SLBM) et la Russie (375 ICBM et 200 SLBM) disposent de 90 % du potentiel stratégique nucléaire mondial, mais la Chine monte en puissance. Les nations émergentes renforcent leurs arsenaux de missiles à portées moyennes (1.000-3.000 km) et intermédiaires (3.000-5.500 km). Quoique de nombreux missiles soient à propulsion liquide, la propulsion solide se développe et les lanceurs mobiles s’améliorent. Environ 150 missiles ont été lancés en 2018, dont 90 à courtes portées et 60 à moyennes et longues portées.

Défense antimissile. Depuis les années 1980, Etats-Unis, Russie et Chine développent des boucliers antimissiles. Israël a mis au point le sien après la guerre du Golfe (1991), où il avait subi les attaques de missiles Scud irakiens. Le principe repose sur une interception à une altitude variant de quelques milliers de mètres à des centaines de kilomètres. Dans l’espace, elle se fait par impact direct du vecteur « tueur ». Dans l’atmosphère, ce vecteur atteint directement le missile ou déclenche une explosion à quelques mètres de lui. En rentrant dans l’atmosphère, les missiles manœuvrent à 30 km d’altitude pour changer de zone, afin de contourner la « bulle » d’un diamètre de 10-20 km de la défense terrestre. Les systèmes d’interception intègrent des senseurs électro-optiques et des radars pour les détecter le plus rapidement possible. Dimensionnés pour une menace simple, ils doivent perpétuellement s’améliorer pour contrer l’évolution des missiles balistiques intercontinentaux.

Missiles « hypervéloces ». Etats-Unis, Russie, Chine, Inde, Grande-Bretagne et France développent des missiles balistiques dit « hypervéloces », dont la vitesse dépasse Mach 5 (1.715 m par seconde), indique Ronan Moulinet. Certains seront opérationnels en 2025. Ces sortes de navettes spatiales rebondissent comme des planeurs sur la couche dense de l’atmosphère pour atteindre leurs cibles initiales. Afin d’éviter de consommer trop d’énergie, des rétrofusées équilibrent la trajectoire de ces planeurs. Leur grande manœuvrabilité, programmée à l’avance, rend moins prédictible la détermination des zones attaquées. Elle réduit ainsi le préavis de détection par l’adversaire et évite certaines « couches » de défense antimissile dans différents endroits du globe. Le lancement, réussi, du missile russe air-sol hypervéloce KH47M2 Kinjal à haute précision, d’un poids de 4 t et porté par un avion de chasse MiG31K, a été annoncé par Moscou en 2018. Les missiles hypervéloces russes et chinois atteindront leur maturité vers 2028, Taïwan dispose déjà de moyens américains de défense antimissile.

Menaces extra-atmosphériques. L’altitude de 100 km marque la frontière entre l’espace dit « endo-atmosphérique », en dessous, et celui dit « extra-atmosphérique », au-dessus, rappelle Ronan Moulinet. Ce dernier espace est encombré de 20.000 objets (satellites et débris divers) avec les risques de collisions, intentionnelles ou non. S’y ajoutent les menaces cyber, de brouillage intentionnel ou non et les armes antisatellites à vocation de nuisance permanente ou temporaire. En orbite basse, les satellites militaires peuvent capter les communications ou paralyser les liaisons de systèmes GPS et mener des actions hostiles avec une grande réactivité. La Chine développe des satellites, dont les bras attrapent un satellite adverse pour modifier son orbite ou le rapporter sur terre. La Russie met au point  des « satellites mères », qui en placent d’autres en orbite. Des radars d’alerte avancée, évolutifs, surveillent l’espace pour détecter des manœuvres hostiles.

Loïc Salmon

Selon Ronan Moulinet, 16 Etats et entités disposent d’au moins une dizaine de satellites opérationnels : Etats-Unis, 549 ; Chine, 142 ; Russie, 131 ; entreprises multinationales, 108 ; Japon, 55 ; Grande-Bretagne, 39 ; Inde, 31 ; Canada, 27 ; Agence spatiale européenne, 24 ; Allemagne, 23 ; Luxembourg, 19 ; Espagne, 15 ; Israël, 12 ; Arabie saoudite, 11 ; France, 10 ; Pays-Bas, 10. Par ailleurs, 45 pays disposent de missiles balistiques, mais en majorité des Scud C à charge conventionnelle et de portée maximale de 600 km. Voici la répartition de la prolifération par zones géographiques : Amériques, Etats-Unis, Cuba, Equateur, Pérou et Argentine ; Extrême-Orient, Corée du Nord, Corée du Sud, Chine, Taïwan et Viêt Nam ; Afrique, Algérie, République démocratique du Congo, Angola, Libye, Egypte, Soudan et Ethiopie ; Proche-Orient, Syrie et Israël ; Moyen-Orient, Iran, Arabie saoudite, Emirats arabes unis, Yémen et Bahreïn ; Asie du Sud, Afghanistan, Pakistan et Inde ; Asie centrale, Kazakhstan, Arménie, Azerbaïdjan, Turkménistan et Géorgie ; Europe, Grande-Bretagne, France, Italie, Serbie, Turquie, Pologne, Ukraine, Bosnie-Herzégovine, Grèce, Roumanie, Bulgarie, Belarus et Russie. Selon l’Arms Control Association, 9 pays possèdent environ 13.500 têtes nucléaires, dont 9.500 en service opérationnel en 2020 et 4.000 en instance de démantèlement : Russie, 6.375 ; Etats-Unis, 5.000 ; France, 290 ; Grande-Bretagne, 215 ; Pakistan, 160 ; Inde, 150 ; Chine, 120 ; Israël, 50 ; Corée du Nord, entre 30 et 40.

La guerre future : hybride, majeure ou mondiale ?

Espace : nouveau théâtre des opérations militaires

Missiles balistiques : limitation, mais prolifération quand même




14 juillet 2021 : engagements de haute intensité, technologies de pointe et anniversaires

L’édition 2021 du défilé du 14 juillet à Paris porte sur les combats possibles de haute intensité, une technologie élevée, la résilience et le rappel du passé.

Présentée le 4 juin 2021 par le général de corps d’armée Christophe Abad, gouverneur militaire de Paris, elle reprend son format traditionnel d’avant la pandémie du Covid 19. Le défilé du 14 juillet 2021 met ainsi en œuvre : 5.000 participants, dont 4.300 à pied ; 71 avions et 25 hélicoptères ; 221 véhicules ; 200 chevaux de la Garde républicaine. Dans le cadre de l’opération « Takuba » au Mali, les forces spéciales sont mises à l’honneur avec un détachement de 81 soldats d’Italie, des Pays-Bas, de Belgique, d’Estonie, de République tchèque, de France, du Portugal et de Suède.

L’action dans les airs. Le défilé des avions, ouvert par la Patrouille de France, met en scène les missions de l’armée de l’Air et de l’Espace (AAE) et de la Marine nationale. La dissuasion nucléaire est représentée notamment par les Forces aériennes stratégiques avec 1 avion ravitailleur multi-rôles A330 MRTT et 6 chasseurs Rafale B. La maîtrise de l’espace aérien est matérialisée par 1 AWACS E3F (détection et commandement aéroporté), 4 chasseurs Mirage 2000-5 et 2 Mirage 2000 B. L’action dans la profondeur se manifeste avec 1 A330 MRTT, 6 Mirage 2000 D, 4 Rafale C et 2 Rafale B. La Marine nationale déploie le Groupe aérien embarqué avec 1 avion de guet aérien Hawkeye et 8 Rafale Marine. S’y ajoutent 2 ATL2 de la patrouille maritime, pour les opérations extérieures, et 1 Falcon 50 Marine, pour la lutte contre les trafics illicites. Les trois armées montrent aussi leurs hélicoptères. L’armée de Terre présente ses missions : protection du territoire national avec 3 appareils (Puma, Caïman et Cougar) ; opération « Barkhane » dans la bande sahélo-saharienne avec 3 appareils (1 Tigre et 2 Caïman). Celles de l’AAE consistent en interventions extérieures et sur le territoire national, présentées par 2 Caracal, 1 Fennec canon et 1 Fennec TE. La Marine nationale montre 2 Caïman, 2 Panther et 1 Dauphin pour la maîtrise des espaces aéromaritimes et le combat naval.

La sécurité par les airs. L’AAE montre ses moyens d’engagement, de projection et de soutien par trois types d’avions de transport, représentés par 1 A400 M, 1 Transall C160 et 2 Casa CN235. S’y ajoute, pour le renseignement, 1 avion léger de surveillance et de reconnaissance. L’AAE présente 2 Pilatus PC 21 et 2 Xingu destinés à la formation, l’entraînement et la préparation. La Direction générale de l’armement déploie le nouvel avion de soutien d’essais en vol TBM 940. La Sécurité civile montre 1 Beech B200, 1 Canadair et 1 Dash Q400 dédiés à la lutte contre les incendies et 1 hélicoptère d’intervention. La Gendarmerie déploie 3 hélicoptères (1 EC145 et 2 EC135), destinés à l’assistance, le sauvetage, la surveillance, le renseignement et l’intervention.

Les anniversaires. L’année 2021 rappelle les 80 ans du « serment de Koufra » (division Leclerc), les 80 ans des Forces aériennes françaises libres, les 75 ans de la base aéronavale de Lann Bihoué, les 60 ans de la Direction générale de l’armement, les 30 ans de la division « Daguet » et les 10 ans du Service interarmées des munitions.

Les cérémonies. En ouverture, la musique de la Garde républicaine souligne la concorde nationale. La clôture met en exergue une jeunesse engagée, représentée par une chorale de 120 jeunes. Le Chœur de l’armée française entonne la « Marseillaise ».

Loïc Salmon

14 juillet 2019 : coopération européenne et innovation

14 juillet 2018 : l’engagement citoyen et patriote

14 juillet 2017 : « opérationnels ensemble » en interarmées, interministériel et international




Armement : baisse des exportations françaises en 2020

Les prises de commandes (contrats signés et entrés en vigueur) d’armements français à l’export ont atteint 4,9 Mds€ en 2020, selon le rapport du ministère des Armées transmis au Parlement le 1er juin 2021 et présenté à la presse le lendemain. Elles se montaient à 8,3 Mds€ en 2019.

Selon le ministère des Armées, cette baisse résulte de plusieurs facteurs. D’abord la pandémie du Covid19 a provoqué un décalage de plusieurs mois des projets d’acquisition. Certains Etats acheteurs ont réorienté des budgets vers les aides économiques et sociales. Ensuite, la crise sanitaire a perturbé les livraisons d’équipements liés aux contrats en vigueur. Enfin, certains industriels ont demandé l’activation de la clause de force majeure. La Direction générale de l’armement a apporté une aide financière aux petites et moyennes entreprises fournisseurs et bureaux d’études de matériels sensibles, afin de maintenir la base industrielle et technologique de défense.

Bilan et perspectives. La majorité des prises de commandes de 2020 porte sur des contrats inférieurs à 200 M€ et totalisant 4,4 Mds€, contre 3,7 Mds€ en 2019. Ils correspondent à du maintien en condition opérationnelle, de la formation ou de la modernisation de grands équipements vendus au cours des dix années précédentes. La part de l’Europe représente 25 % des exportations totales (15 % en 2019), dont 15 % pour les Etats membres de l’Union européenne et 10 % pour les autres pays européens. La part des pays des Proche et Moyen-Orient se monte à 24 %, celle de l’Asie-Océanie à environ 22 % et celle de l’Afrique à 16 %. Cette année encore, la France reste le troisième exportateur mondial derrière les Etats-Unis et la Russie, mais devant la Chine et l’Allemagne. L’année 2021 devrait permettre de rattraper les retards de 2020, en raison des ventes annoncées du Rafale totalisant 7,5 Mds€. Ainsi, le 25 janvier, la Grèce a signé un contrat d’acquisition de 18 avions, dont 12 d’occasion pour un montant de 2,5 Mds€. Le 4 mai, l’Egypte a signé trois contrats pour la livraison de 30 avions neufs supplémentaires et des équipements associés (4 Mds€). Le 28 mai, la Croatie a retenu l’offre française de 12 Rafale d’occasion (1 Md€) pour moderniser sa flotte de combat multi-rôles. Les Rafale d’occasion seront prélevés sur la flotte de l’armée de l’Air et de l’Espace (AAE). Ceux destinés à la Grèce seront remplacés par des unités neuves, afin de maintenir la cible de 129 Rafale en dotation en 2025. Les produits de cession des avions à livrer à la Croatie seront utilisés pour améliorer la disponibilité et renforcer la préparation opérationnelle de l’AAE.

Contrôle. Un dispositif examine, a posteriori, la conformité aux autorisations délivrées. Un premier contrôle « sur pièces » vérifie la cohérence entre les licences détenues et les comptes rendus et informations transmises. Ainsi 17 contrôles de ce type ont été établis sur l’activité de 120 exportateurs et 4.375 contrats en 2020. En outre, des enquêteurs peuvent procéder à un contrôle dans les locaux des exportateurs (19 en 2020). Parmi les procès-verbaux, 47 % ont donné lieu à une mise en garde, 6 % à une mise en demeure et 47 % à un classement sans suite. Si la France refuse l’exportation d’un équipement sensible à un pays donné, dans la pratique, tous les autres membres de l’Union européenne se rangent à son avis. Par exemple, est interdite l’exportation des capacités de production de systèmes complets de fusée ou de drone d’au moins 300 km de portée et de 500 kg de charge utile.

Loïc Salmon

Armement : baisse des exportations françaises en 2019

Industrie de défense : exportations, partenariats et concurrence en hausse

Armement : exportations françaises, + 42,7 % en 2013




Stratégie : les « think tanks » dans un monde en mutation

Pandémie du Covid-19 et conséquences économiques, changement climatique, rivalité Chine/Etats-Unis et désinformation provoquent doutes, insécurité et instabilité. Les « think tanks » contribuent à la réflexion, à la prospective et au débat public.

Ces instituts de recherche et de réflexion de droit privé ont fait l’objet d’une visioconférence-débat organisée, le 28 janvier 2021 à Paris, par l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) et animée par sa directrice adjointe, Sylvie Mattely. Y sont intervenus : l’ancien diplomate Jacques Audibert, secrétaire général du groupe Suez ; Vanessa Burggraf, directrice de la rédaction francophone de la chaîne France 24 ; le général de corps aérien Luc de Rancourt, directeur général adjoint des relations internationales et de la stratégie du ministère des Armées ; Marie-Pierre Vedrenne, vice-présidente de la commission du Commerce international au Parlement européen.

Production. Les entreprises considèrent les organisations non gouvernementales et les think tanks (TT) comme de précieuses sources d’information pour maîtriser les « risques pays », estime Jacques Audibert. Au-delà du devoir de vigilance, elles doivent assumer leurs responsabilités sociales et environnementales pour mieux connaître le marché, car les partenaires financiers ne suffisent plus. Un rapport de qualité d’un TT (qui ne fait pas du lobbying) peut influencer les médias et conduire un haut responsable à modifier sa décision. Les médias ont besoin d’experts pour décrypter l’information et alimenter les débats avec des sensibilités politiques différentes, souligne Vanessa Burggraf. Les TT disposent d’une visibilité médiatique qui complète les participations à des colloques de journalistes anglophones et spécialistes du terrain. Les rapports des TT répondent aux besoins de formation des armées et notamment de l’Ecole de guerre, indique le général de Rancourt. Ils se situent entre le monde universitaire, qui privilégie le temps long, et les médias qui jouent sur le temps court. Ils apportent une vision indépendante et ouvrent un champ de recherche pluridisciplinaire. Ils contribuent au renouvellement de la pensée stratégique de la France et la font connaître par les commandes et soutiens du ministère des Armées. Celles-ci travaillent avec l’Institut français des relations internationales et stratégiques, l’IRIS et la Fondation pour la recherche stratégique, en raison de leurs compétence et rigueur. Comme les entreprises et les institutions, les TT peuvent être victimes de cyberattaques ou de désinformations. Quelle que soit leur orientation politique, ils participent aux discussions du Parlement européen, rappelle Marie-Pierre Vedrenne. Ce dernier compte sur les contributions des TT, en raison de leur prise de recul par rapport au temps politique, en vue de bâtir des politiques publiques.

Evaluation. Les TT français, qui effectuent des travaux pour les entreprises, sont surtout financés par des fonds privés et rarement par des partis politiques comme en Allemagne, en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis, souligne Sylvie Mattely. La grande variété géographique des TT permet d’avoir une vue panoramique sur une situation et de valider ou non certains éléments d’une décision, indique Marie-Pierre Vedrenne. Cela valorise les positionnements de la France sur les questions internationales, d’autant plus que l’Allemagne accorde beaucoup de moyens à ses TT. Les soutiens financiers que reçoivent les TT de France sont dix fois inférieurs à ceux d’Allemagne, de Grande-Bretagne ou des Etats-Unis, qui ont la culture de l’influence, souligne le général de Raucourt. Le ministère des Armées consacre 10 M€/an à la recherche stratégique pour valoriser l’approche française sur le plan international. Il a lancé le « Club Phœnix » pour favoriser le croisement des programmes avec le secteur privé et aider les jeunes chercheurs. Face aux menaces hybrides, il s’agit d’allier l’expertise la plus pointue à l’élargissement du champ de recherche. Les divergences questionnent le raisonnement et aident à construire un argumentaire plus juste. En France, les experts ne partagent pas les mêmes opinions, par exemple sur le conflit israélo-palestinien, contrairement aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, où existe une porosité entre le monde politique et les TT, estime Vanessa Burggraf. La nature des TT américains correspond au « spoil system » (partage des dépouilles) des postes de la haute administration après chaque élection présidentielle, explique Jacques Audibert. Les partants se reclassent dans l’industrie privée, la CIA ou les TT, participant ainsi à une rotation des compétences qui donne des résultats efficaces dans les prises de décisions.

Avenir. Le monde connaît des bouleversements depuis 1945, avec une accélération depuis 2000, estime Jacques Audibert. Les décideurs des entreprises ou des administrations attendent des TT des éclairages contradictoires et surtout originaux, mais pas de répétitions de publications connues. Les « fake news » n’existaient pas il y a cinq ans, rappelle Vanessa Burggraf. Les experts des TT aident à les décortiquer. La richesse de leurs points de vue sur la transition écologique ou le terrorisme permettent d’en mieux saisir les enjeux stratégiques et diplomatiques. Il s’agit de comprendre, par exemple, comment la distribution de vaccins contre le Covid-19 permet à la Chine de s’implanter en Afrique, au Venezuela et au Brésil. Par ailleurs, les experts des TT parviennent à mieux synthétiser leur pensée que les universitaires…dont ils ont besoin pour se faire connaître car certains travaillent aussi pour les TT. Leur expérience des médias permet de mieux faire passer l’information, tandis que les universitaires donnent l’impression de se trouver en cours. Les subventions publiques portent sur des contrats pluriannuels pour obtenir une meilleure visibilité et entretenir un vivier de chercheurs, indique le général de Raucourt. Le volume de TT suffit pour répondre aux enjeux fondamentaux, car les secteurs cloisonnés ont disparu.

Loïc Salmon

Depuis 15 ans, l’Université américaine de Pennsylvanie classe les « think tanks » dans le monde. L’édition 2020, qui porte sur 11.175 think tanks dans 182 pays, a été élaborée par les contributions de 3.974 experts, universitaires, décideurs politiques, représentants d’organisations non gouvernementales et de journalistes de toutes les nationalités. Voici la répartition : Europe : 2.932 ; Amérique du Nord, 2.397 ; Asie, 3.389 ; Amérique centrale et du Sud : 1.179 ; Afrique sub-saharienne, 679 ; Afrique du Nord et Moyen-Orient, 599. La France en compte 275 toutes catégories confondues. Quatre se trouvent parmi les 110 mieux notés dans la catégorie « Défense et sécurité nationale » : l’Institut d’études de sécurité de l’Union européenne ; l’Institut de relations internationales et stratégiques ; l’Institut français des relations internationales (IRIS) ; la Fondation pour la recherche stratégique. L’IRIS obtient la 17ème place dans cette catégorie sur 11.175 think tanks, la 29ème dans celle de « Meilleur think tank sur les questions de politique étrangère et affaires internationales » (11.175), la 21ème dans celle de « Meilleur think tank en Europe de l’Ouest (2.075) et la 41ème dans celle de « Meilleure conférence » (11.175).

Recherche stratégique : connaître et comprendre chaque région du monde

Recherche stratégique : lancement du « Club Phœnix »

Défense : information falsifiée, internet et réseaux sociaux




Armée de Terre : de la gestion de crise à la guerre future

Les forces aéroterrestres se préparent à la guerre, asymétrique ou de haute intensité, par le maintien de leurs capacités et une technicité accrue.

Le général de division (2S) Charles Beaudoin, délégué général du Commissariat général des expositions et des salons d’armements aéroterrestres, l’a expliqué au cours d’une visioconférence-débat organisée, le 10 décembre 2020 à Paris, par l’Association de l’armement terrestre et l’Association 3ED-IHEDN (ex-AACHEAr).

Caractéristiques. Expérimentée, l’armée de Terre (AT) française s’est adaptée depuis 1990 aux différents conflits en urgence opérationnelle. Outil de puissance à forte valeur ajoutée avec un savoir-faire spécifique, ses forces spéciales sont déployées en petits effectifs pour une action rapide et complexe. Disposant de nouveaux équipements cinq ans avant les autres unités, elles ne coûtent pas cher par rapport aux effets obtenus par leurs missions. Les capacités de l’AT incluent les équipements, le soutien (approvisionnements, munitions et pièces de rechange), la doctrine (règles et modes d’emploi) et l’entraînement des forces. Destinés à fonctionner par des températures de – 30 °C à + 60 °C, les matériels doivent allier protection des personnels (blindage) et puissance de feu. Ainsi, dans tous les types de conflit, le véhicule blindé du combat d’infanterie (28-32 t) passe là où les autres blindés (10-15 t de plus), notamment allemands et américains, ne peuvent aller. Les opérations sont conduites en interarmées, voire en interalliés. Toutefois, l’artillerie permet d’exercer une riposte immédiate, par exemple sur un PC adverse protégé par des défenses sol-air ou quand un avion n’est pas disponible sur place au bon moment. L’AT dépend de l’espace pour : la navigation, grâce aux systèmes de positionnement par satellites (GPS américain et Galileo européen) et, en cas de brouillage, la centrale inertielle (divers instruments embarqués) permet de s’en affranchir ; les communications sur longue distance ou sur le théâtre d’opération ; la cartographie numérisée à bord des engins blindés. L’AT doit gérer ses équipements existants, faute de moyens financiers pour se moderniser d’un seul coup.

Conflictualité évolutive. Le budget de l’AT correspond à 22 % du budget total des trois armées et à 20 % de celui du soutien, rappelle le général Beaudoin. Ses matériels, d’une durée de vie de 40-50 ans, sont à 80 % âgés de 30 ans. Il faut 15 ans pour en concevoir un, qui devra être modernisé au bout de 10 ans pour éviter le déclassement. La guerre froide (1947-1991) a mobilisé effectifs et stocks importants, qui ont diminué lors des « dividendes de la paix ». L’AMX 30 a été remplacé par le char Leclerc, dont le coût de soutien a explosé en raison de l’électronique embarquée. Depuis, l’AT s’est adaptée au changement de la conflictualité…avec les mêmes matériels. Les opérations sont passées de l’interposition, sans perte, entre deux factions en Côte d’Ivoire (2007), à une longue présence, avec pertes, en Afghanistan sur un espace restreint (2001-2014) et dans la bande sahélo-saharienne aux grandes élongations (depuis 2013). Le drone armé est apparu lors des combats en Afghanistan, en Irak (2003) et dans le Haut-Karabagh (2020). L’AT a été formatée pour la gestion de crise et non pour la guerre, souligne le général Beaudoin. Entre 1990 et 2017, la diminution des budgets militaires a conduit à une réduction des capacités, mais sans abandons. La guerre symétrique apparaît peu probable jusqu’aux événements en Ukraine (2014) ou dans le Haut-Karabagh (2020) significatifs de la résurgence d’Etats puissances comme la Russie et la Turquie. La prochaine guerre se déroulera en zone urbaine, face à des adversaires disposant de drones armés ou kamikazes, avec le souci de limiter au maximum les pertes en vies humaines. Par ailleurs, les industriels de l’armement changent leurs procédés, élaborent des outils numériques et ne reconstruisent plus les systèmes obsolètes. Système de forces, Scorpion, conçu en 2005, atteindra sa pleine puissance en 2025 pour durer 40 ans. Des équipements à bas coût, rustiques mais peu performants, ne remplaceront jamais la haute technologie pour conserver la supériorité opérationnelle. La simulation au combat de haute intensité, du soldat en régiment au général dans un PC de division, effective en caserne, se fera bientôt sur le terrain. Elle prépare le personnel à partir en opération de quatre mois au moyen d’une zone numérisée (ville, montagne, fleuve, route etc.) pour imaginer un mode d’action face à l’adversaire.

Perspectives à moyen et long termes. D’ici à 2050, les deux tiers de la population mondiale résideront dans les grandes métropoles. Dans l’environnement complexe des Etats faillis, le combat terrestre se déroulera de plus en plus en zone urbaine, où l’adversaire se réfugiera en comptant sur l’attitude ambigüe des habitants, et de préférence la nuit quand sa présence est estimée et peu certaine. Il a fallu 90.000 hommes et des bombardements aériens pour prendre Mossoul (Irak, 2014), défendue par 1.000 combattants de Daech. Bientôt, il sera possible de détecter le départ d’un missile ou le tir d’un fusil. Le combat connecté, dès 2030, passera au traitement de données par l’intelligence artificielle pour déceler les signaux faibles de l’ennemi. Grâce à un « cloud », celle-ci gérera les flux de données à très haut débit, destinées au soldat qui les recevra sur son écran pour pouvoir réagir très vite. Toutefois, l’homme restera dans la boucle, comme pour le pilotage des drones armés. Des petits drones pourront lancer des grenades avec précision pour éviter les dommages collatéraux. Les prochains investissements porteront sur de nouveaux drones, la lutte anti-drones par brouillage, mitraillage de saturation ou laser actif qui suit une cible mouvante pour la neutraliser. L’adversaire pourrait cumuler les effets d’essaims de drones et…de drones anti-drones ! Les matériels de plus de 20 t du programme Scorpion seront renouvelés avec la prise en compte de la défense contre les engins explosifs improvisés, suite au retour d’expérience de l’opération « Pamir » en Afghanistan. La défense sol-air sera modernisée en 2035. L’adversaire pouvant détecter l’arrivée d’un avion, la portée de l’artillerie sera doublée à 80 Km avec une précision métrique, grâce à des munitions à propulsion additionnelle vers 2040. A cette date, l’hélicoptère d’attaque Tigre sera remplacé. Toutefois, avertit le général Beaudoin, des choix s’imposeront pour tenir les engagements et alléger les contrôles pour diminuer les coûts et raccourcir les délais de construction et de livraison.

Coopérations européennes. Prévu pour 2028, l’Eurodrone devrait être aussi performant que le Reaper américain pour le même prix. Le MGCS (système de combat terrestre principal) franco-allemand doit remplacer les chars Leopard 2 et Leclerc en 2035. Le partenariat franco-belge CaMo (2019) a permis la production en série des blindés légers Griffon et Jaguar, composants du système de combat Scorpion. Enfin, le traité de Lancaster House (2010) prévoit l’interopérabilité des AT française et britannique par des exercices conjoints réguliers.

Loïc Salmon

 

Armée de Terre : entraînement et juste équilibre technologique

Armée de Terre : « Scorpion », le combat collaboratif infovalorisé

Armement : l’influence des SALA sur la conflictualité future