14 juillet 2014 : 80 nations invitées pour les 100 ans de la Grande Guerre

« Ce défilé marque la filiation entre les « poilus » de 1914 et nos soldats qui montrent tous les jours les mêmes qualités de courage et d’abnégation », a déclaré le général de corps d’armée Hervé Charpentier, gouverneur militaire de Paris, lors de sa présentation à la presse le 3 juillet 2014. Tel est le thème retenu pour le défilé des armées, le 14 juillet, avenue des Champs-Élysées à Paris : 3.752 militaires à pied, 82 motos, 285 véhicules, 54 avions, 36 hélicoptères, 281 chevaux de la Garde républicaine et…1 lâcher de colombes en souvenir des pigeons voyageurs qui transmettaient le courrier dans les tranchées. 2014 marque en effet le centenaire de la première guerre mondiale, à laquelle ont participé 80 nations. Leurs ressortissants ont, soit combattu d’un côté ou de l’autre, soit travaillé, surtout dans les champs, pour remplacer les soldats partis au front. Ceux-ci sont évoqués par 2 groupes en tenue « bleu horizon » de l’époque, alignés Place de la Concorde, face à la tribune présidentielle. Face à elle, la parade sur 180 m des emblèmes (drapeaux nationaux) des nations effectivement présentes, répartis en 3 chevrons, constitue l’animation initiale de 14 minutes avec 2 chants des « poilus » de 1914 et la « Marseillaise », entonnés par le Chœur de l’armée française. A cette occasion, une « sonnerie aux emblèmes » a été composée par un réserviste, conseiller culturel du gouverneur militaire de Paris et ancien chef de la musique de la Garde républicaine. Au centre et en tête devant le drapeau de l’Union européenne, se tient la garde au drapeau du Régiment d’infanterie de chars de marine (RICM, crée en juin 1915), le plus décoré de France avec 19 citations : Légion d’Honneur ; Médaille militaire ; croix de Guerre 1914-1918 (10 palmes), 1939-1945 (2 palmes) et théâtres d’opérations extérieurs (5 palmes) ; croix de la Valeur militaire (2 palmes). Le défilé proprement dit des troupes et des matériels sur les 1.910 m des Champs-Élysées célèbre des anniversaires des forces françaises. Outre ses 80 ans, l’armée de l’Air fête les 100 ans de la première mission de reconnaissance, du premier bombardement, de la première victoire aérienne et de la première mission d’extraction d’un pilote ainsi que les 50 ans de la dissuasion nucléaire. En octobre 1914, la Brigade des fusiliers marins a participé à la bataille de Dixmude, dont un bâtiment de projection et de commandement porte aujourd’hui le nom. Enfin, l’Aviation légère de l’armée de terre existe depuis 60 ans. Les opérations extérieures sont représentées par le Service de santé des armées, de retour d’Afghanistan, et le  8ème Régiment de parachutistes d’infanterie de marine, engagé en République Centrafricaine. Un tableau final met notamment en scène 4 jeunes gens majeurs (2 garçons et 2 filles) pour symboliser la paix, la jeunesse, l’espoir et le renouveau. En tout, quelque 200 militaires et 250 jeunes gens venus du monde entier, par leur présence, rendent hommage à la mémoire des disparus de la Grande Guerre et célèbrent la réconciliation du continent européen.

Loïc Salmon

14 juillet 2013 : une armée d’avant-garde fière de ses traditions




DGA, bilan 2013 : investir, innover, coopérer et exporter

Le Livre Blanc 2013 sur la défense et la sécurité nationale ainsi que la loi de programmation militaire (LPM) 2014-2019 ont pris en compte les impératifs industriel et d’innovation pour préserver la souveraineté et l’avantage opérationnel. Cela concerne au premier chef la Direction générale de l’armement (DGA), dont le délégué général, Laurent Collet-Billon, a présenté le bilan 2013 au cours d’une conférence de presse tenue le 18 février 2014 à Paris.

Équipements et innovation. Le développement des compétences clés de l’industrie de défense se traduira par un budget de recherche supérieur à 4,4 Md€ pendant la LPM, confortant la première place européenne de la France dans ce domaine. En 2013, la DGA a investi dans l’industrie 10,835 Md€ (10,984 Md€ en 2012) pour équiper les forces armées. Elle a notifié le nouveau standard F3-R du Rafale, la rénovation des avions de patrouille maritime Atlantique 2 et le remplacement du missile antichar Milan par le missile à moyenne portée. Les premiers véhicules blindés du combat d’infanterie équipés du système Félin ont été livrés ainsi que 2 avions de transport tactique A400M. L’un d’eux a déjà acheminé au Mali 22 t de fret et 40 personnes en moins de 7 heures, soit l’équivalent de 3 avions Hercules C130, précise le délégué général. De grands programmes seront lancés en 2014 : Scorpion pour le renouvellement des véhicules blindés ; avion ravitailleur MRTT ; commande du 4ème sous-marin d’attaque Barracuda ; phase de faisabilité du système de combat aérien du futur (SCAF) ; système de guerre des mines navales du futur (MMCM). En 2013, la DGA a consacré 776 M€ en études amont pour préparer l’avenir : lancement des travaux de rénovation du missile de croisière aérien SCALP EG ; essais à la mer de drones navals pour la localisation, l’identification et la neutralisation des mines ; qualification de la charge utile des satellites ELISA.

Coopération internationale. La DGA emploie 10.100 personnes, dont 5.000 ingénieurs, qui ont effectué 6,5 millions d’heures d’essais en 2013 pour tester, qualifier et certifier les équipements. « Cette expertise indépendante, unique en Europe, permet des visions de synthèse en matière de coopération », souligne Laurent Collet-Billon. La coopération avec la Grande-Bretagne porte sur le futur système MMCM, la finalisation du programme de développement du missile anti navire léger (ANL) et la mutualisation des efforts de recherche et technologie. Celle avec l’Allemagne concerne l’observation spatiale et les drones moyenne altitude longue endurance. Avec l’Italie, la coopération devrait porter sur la surveillance maritime, la numérisation du champ de bataille et les véhicules terrestres. Avec la Pologne, deux lettres d’intention ont été signées dans les domaines naval et aéroterrestre. Sur le plan multilatéral notamment, la France, l’Allemagne, la Belgique, l’Espagne, le Luxembourg, la Grande-Bretagne et la Turquie sont parvenus à un accord sur le soutien commun de l’A400M. En 2013, la France a présidé le groupe informel G 5 au sein de l’OTAN (France, Allemagne, États-Unis, Italie et Grande-Bretagne). La DGA a contribué aux travaux relatifs à la défense antimissile balistique de territoire, à la future architecture ISR (renseignement, surveillance et reconnaissance) et à l’interopérabilité des forces.

Exportations. Les ventes françaises d’armement à l’export sont estimées à 6,3 Md€ en 2013, soit une hausse annuelle de 31 %, avec 40 % des prises de commandes dans la zone Proche et Moyen Orient.

Loïc Salmon

DGA : l’expertise technologique, avenir de l’outil de défense




Armée de Terre : faire plus sur le plan opérationnel avec moins de moyens

L’armée de Terre peut remplir son contrat de déployer durablement 15.000 hommes, dont 7.000 en opérations extérieures, mais n’a pas la capacité d’agir en permanence.

Tel est l’avis de son chef d’état-major, le général Bertrand Ract-Madoux, invité par l’Association des journalistes de défense le 21 janvier 2014 à Paris.

Les opérations. Les engagements au Mali (janvier 2013) et en République Centrafricaine (RCA, décembre 2013) ont mobilisé 66 % du dispositif d’alerte « Guépard ».  Intervenir sur deux théâtres extérieurs reste possible et acceptable, estime le général. « Pour un engagement majeur, je suis prêt à envoyer plus, en bouleversant le mode de fonctionnement actuel, mais pas trop ». Vu que 72 % des personnels sont sous contrat et que 45 % reçoivent le salaire minimum de la fonction publique, « cela risque de faire exploser les familles ». En 2013, l’armée de Terre a perdu 12 hommes au combat, dont 7 au Mali et 2 en RCA. Ces dernières opérations ont confirmé la bonne image de l’institution militaire dans l’opinion, face à des menaces différentes et fluctuantes contre des populations civiles, souligne le général. En outre, elles ont démontré le courage et le discernement des soldats et la qualité du commandement. Les jeunes cadres se trouvent dans des cas d’initiative totale dans la première demi-heure et le commandement doit faire preuve de courage intellectuel et de continuité dans l’action. « On a la chance d’avoir des forces assez modulaires et la capacité de les basculer d’un pays à l’autre ». Un autre déploiement en Afrique dépendra de l’évolution de la menace et des besoins des pays liés à la France par des accords de défense pour des actions à long terme. La durée de l’engagement correspond au contexte local. « Pour rassurer, il faut rester suffisamment longtemps. Si les forces armées (du pays) n’ont pas pris la place de nos soldats, on accroît le risque ». L’intervention d’une force internationale au Mali, qui répondait à une menace contre la population civile, a abouti à un processus politique (élections présidentielles et législatives). En RCA, les autorités françaises ont envoyé 1.600 hommes à Bangui, en raison de la surprise causée par la brutalité et l’ampleur des émeutes des 5 et 6 décembre 2013. Saluant l’évolution politique favorable, le général Ract-Madoux a indiqué que le fond du problème n’est ni religieux ni militaire, mais de l’ordre de la délinquance et du sentiment de haine au fur et à mesure de l’escalade. Malgré la rapidité du déploiement des forces françaises et leurs efforts, il se produit de ci de là des incidents d’origine sociale ou tribale. L’intervention a pour but de faire cesser la violence et d’éviter le risque de guerre civile et de génocide de grande ampleur entre les communautés chrétienne et musulmane. Cependant, il subsiste encore des espaces entiers qui échappent au contrôle des forces de sécurité centrafricaines. En outre, il faudrait constituer un pont aérien et envoyer des forces supplémentaires pour relever le défi humanitaire, car beaucoup de gens se trouvent dans le dénuement. Les interventions dans l’urgence au Mali et en RCA ont été entreprises tout en maintenant les engagements durables au Liban et en Afrique de l’Ouest. Le redéploiement des forces françaises aux frontières de la RCA ne poserait guère de difficultés  dans un milieu connu : « On enchaîne les solutions qui sont les meilleurs compromis ». Interrogé sur l’intervention française au Rwanda (1994) accélérée par le risque génocidaire, le général a rappelé que la mission a été remplie et qu’aucun cadre français n’a été mis en cause avec des faits avérés. « Pour nos soldats, c’est une référence dans laquelle il ne faut pas se retrouver ». Quant à la sortie d’Afghanistan, situation très délicate à gérer, « nous sommes satisfaits du comportement des soldats afghans que nous avons formés et à qui nous avons laissé la mission (sécurisation de la province de Kapisa) ».

Le fonctionnement. L’armée de Terre 2014 est une armée d’emploi avec 7.000 hommes déployables en opérations extérieures qu’il faut relever tous les 4 mois, souligne son chef d’état-major. Elle compte 6 brigades, auxquelles s’ajoute la brigade franco-allemande qui sera envoyée au Mali en mars. Le vote (décembre 2013) de la loi de programmation 2014-2019, indispensable pour les armées et les industriels de l’armement, permet d’engager un « référentiel pour l’équipement des forces ». Toutefois, ajoute son chef d’état-major, l’armée de Terre se trouve sur le fil du rasoir, « sentiment partagé par nos élus qui ont compris le risque de l’érosion programmée de l’effort budgétaire, qui peut rendre à la fin un projet caduc ».  Sont lancés les grands programmes suivants : « Scorpion » avec l’entrée en service du véhicule blindé multi-rôles en 2018 et de l’engin blindé de reconnaissance et de combat en 2020 ; missile antichar moyenne portée pour l’infanterie et la cavalerie pour remplacer les Milan et Eryx en 2018 ; hélicoptères Tigre 2 et NH90 ; nouveaux camions pour la logistique, qui seront envoyés au Mali dans le mois suivant leur livraison ; lance-roquettes unitaire (13 exemplaires livrés en 2014) qui tire à 70 km de distance avec une précision de 5 m par tous les temps ; budget « préparation opérationnelle » pour la conduite de l’entraînement des troupes en outre-mer, en vue d’un engagement extérieur significatif. L’armée de Terre a peu de grands choix stratégiques et connaît ses coûts avec précision. « Son projet est soutenable à condition que les conditions budgétaires soient remplies année après année ». Par ailleurs, la défense subit une déflation d’effectifs importante : 30.000 postes supprimés entre 2009 et 2012 et environ 7.000 en 2013. Cela devrait continuer en 2014 et 2015, alors que l’accompagnement financier a été arrêté en 2013. Entre 2009 et 2018, indique son chef d’état-major, le volume de l’armée de Terre aura été réduit de 66.000 personnels, soit l’équivalent de sa capacité projetable (voir encadré). Pourtant, il reste optimiste : « Il y a une prise de conscience du fait qu’en matière de déflations d’effectifs il ne faut pas aller trop loin dans les économies. C’est un grand réconfort pour les soldats ». Selon un sondage d’opinion, 66 % des personnes interrogées estiment qu’il faut maintenir les effectifs de la défense. En outre, 80 % des jeunes engagés choisissent l’armée de Terre, qui bénéficie d’une image d’utilité. « Depuis 20 ans, le cœur des engagements se passe au sol, là où sont les populations ».

Loïc Salmon

Armée de Terre : professionnalisme et inquiétude

Armée de Terre : un nouveau chef d’état-major

Armée de Terre, capacité opérationnelle et technicité

Selon le Livre blanc 2013 sur la défense et la sécurité nationale, les forces terrestres disposeront, à l’horizon 2025, d’unités adaptées à la diversité, à la durée, à la dispersion et au durcissement des opérations. Leur capacité opérationnelle, de l’ordre de 66.000 hommes projetables, comprendra : les forces spéciales terrestres ; 7 brigades interarmes ; des unités d’appui et de soutien ; les unités prépositionnées et celles implantées dans les départements et territoires d’outre-mer. Ces forces disposeront d’environ 200 chars lourds, 250 chars médians, 2.700 véhicules blindés multi-rôles et de combat, 140 hélicoptères de reconnaissance et d’attaque, 115 hélicoptères de manœuvre et d’une trentaine de drones tactiques.




Armée de Terre : l’ALAT, indispensable à l’engagement terrestre

Créée en 1954 et engagée dans les guerres d’Indochine et d’Algérie puis en opérations extérieures, l’Aviation légère de l’armée de terre (ALAT) a acquis un savoir-faire opérationnel unique dans le combat au sol de basse intensité, en appui de l’infanterie et de l’arme blindée cavalerie.

Elle a fait l’objet d’une présentation à l’Association de journalistes de défense, le 26 novembre 2013 au Cannet-des-Maures (Sud de la France), par le général de brigade Marc Demier, commandant l’École de l’ALAT, et le lieutenant-colonel Stéphane Le Floch, commandant la Base école général Lejay.

« L’aérocombat ». Il s’agit d’envoyer loin une puissance de feu en vue d’un effet tactique, déterminé par le commandement, et de rester sur le terrain au plus près des combattants et dans des conditions très rustiques, explique le général Demier. Seule l’ALAT peut employer des hélicoptères de manœuvre et de combat, véritables « chars volants », à partir de terrains sommairement aménagés, de la mer, en zones montagneuse, urbaine et désertique, par grand froid et de jour comme de nuit. Le ravitaillement en vol d’hélicoptères, très onéreux, est utile pour les forces spéciales mais guère pour les troupes conventionnelles. Un groupement aéromobile peut être projeté de façon autonome à 1.000 km en 18 heures, par voie maritime à 1.500 km en 24 h et par avion à 15.000 km en 24 h. Peu utilisés isolément, les hélicoptères manœuvrent en patrouille (3), escadrille (8 à 12), bataillon et régiment (13 à 36), selon les formats des unités terrestres qu’ils appuient. L’aérocombat consiste à se déplacer en vol de combat, se poster, observer, utiliser ses armes et rendre compte. Quelles que soient les conditions, l’hélicoptère va chercher une cible à 120 km/h et à 150 m du sol. Il doit garder la maîtrise et l’initiative du feu, ascendant moral sur l’adversaire qui croit que le tir a eu lieu au bon endroit. L’efficacité de la procédure d’appui feu donne confiance aux troupes au sol, surtout aux fantassins qui doivent « coller » au barrage de feu aérien. L’ALAT dispose d’un espace de manœuvre qui lui donne une indépendance opérationnelle mais elle doit aussi prendre des risques, notamment pour la reconnaissance : les drones ne peuvent aller partout ! Son commandement s’adapte au contexte politico-militaire : OTAN en Libye, Union européenne en Somalie et français au Mali. Le contrôle national s’exerce directement sur l’action de l’hélicoptère « au contact » sur un objectif de très haute valeur ajoutée. Par contre, dans une grande coalition, chaque composante nationale connaît des restrictions juridiques d’action. Ces « caveat », selon la terminologie OTAN, imposent aux pilotes de prendre la bonne décision sans remettre en cause la légitimité politique de l’intervention.

Les retours d’expériences. « On a joué en 3 ans dans les opérations « Pamir » (Afghanistan), « Licorne » (Côte d’Ivoire) et « Harmattan » (Libye) ce qu’on a appris en 30 ans », souligne le lieutenant-colonel Le Floch. Pour « Harmattan » (2011), la planification a duré 4 mois avant l’embarquement des hélicoptères sur le bâtiment de projection et de commandement Tonnerre. La composante aéromobile tactique, employée dans des actions d’aérocombat au sein d’une campagne aérienne, est placée sous commandement français interarmées à bord du porte-avions Charles-de-Gaulle. Elle dépend également du commandement interalliés (OTAN) à Naples, dont le chef est un Canadien francophone et pilote d’hélicoptère : cela facilite le dialogue ! Elle agit dans le cadre d’opérations littorales en liaison avec une force terrestre tierce, à savoir des unités libyennes rebelles. L’adversaire se cache quand il entend un drone parti identifier des objectifs, obligeant le groupe aéromobile à s’adapter en permanence et à intervenir toujours de nuit. Au cours de 308 sorties entre mai et septembre 2011, ce dernier est intervenu sur 37 opérations contre 550 objectifs, dont 129 sites militaires. « L’ennemi était courageux mais pas valeureux car, sur 40 hélicoptères engagés dans « Harmattan », pas un seul n’a été touché », souligne le lieutenant-colonel Le Floch. Les hélicoptères britanniques, placés uniquement sous le contrôle de l’OTAN et selon une procédure d’engagement plus lourde, n’ont effectué que 22 opérations contre 106 objectifs, dont 49 sites militaires. Avant même le déclenchement de l’opération « Serval » (2013) au Mali, les forces spéciales étaient déjà prépositionnées au Burkina Faso. Puis, en une semaine, 17 transports stratégiques ont acheminé 22 hélicoptères et 250-300 personnels. Ce groupement aéromobile dénommé « Hombori » avait pour missions : l’appui à la manœuvre interarmes (feu, renseignement, logistique et évacuations sanitaires) ; les actions autonomes dans la profondeur ; l’aide à la recherche et au sauvetage de combat. « Il a fallu chercher l’adversaire et le débusquer de son repaire très protégé ». Seul un hélicoptère des forces spéciales a été touché, mais pas abattu.

Les formations. L’Ecole de l’aviation légère de l’armée de terre dispense une formation longue, en vue de fournir, aux forces, des équipages aptes à être engagés d’emblée en opérations. Chaque année en 35.000 heures de vol, plus de 1.000 stagiaires pilotes, chefs de bord, chefs de patrouille, moniteurs et contrôleurs aériens vont se former dans 4 centres situés à Dax (initiation) et au Cannet-des-Maures (combat et formations sur les nouveaux hélicoptères Tigre et Caïman). Environ 150 actions de formation concernent les personnels des Armées de Terre et de l’Air et de la Marine. Le Tigre, hélicoptère développé par la France et l’Allemagne à partir de 1984, a eu pour conséquence la création d’une école binationale au Cannet-des-Maures en 2003. La simulation (16.000 heures par an) permet de vérifier la formation individuelle de base et le niveau opérationnel d’un équipage ou d’une unité d’hélicoptères. Elle représente 63 % de la formation sur Tigre et 84 % de celle sur Caïman, commencée en 2013. Elle rentabilise également la formation en vol : 1 heure de vol coûte 20.000 € sur Gazelle, 4.000 € sur Puma et de 8.000 à 10.000 € sur Tigre et Caïman. En outre, 1 heure de vol sur hélicoptère nécessite ensuite… 7 à 10 heures de maintenance !

Loïc Salmon

Libye : bilan du Groupe aéromobile dans l’opération Harmattan

Marine nationale : Harmattan, les BPC en action

ALAT : essais de « navalisation » de l’hélicoptère d’assaut Caïman

Avec 485 hélicoptères de combat toutes armées confondues, la France se place au 6ème rang mondial derrière les Etats-Unis (5.690), la Russie (854), la Chine (708), le Japon (700) et la Corée du Sud (682). L’Aviation légère de l’armée de terre compte à elle seule 200 hélicoptères de reconnaissance/attaque et manœuvre/assaut, servis par 3.800 personnels : Commandement des forces terrestres, 165 appareils répartis entre 3 régiments d’hélicoptères de combat, 1 détachement à Djibouti et 1 au Gabon ; Commandement des opérations spéciales, 35 appareils regroupés dans 1 régiment d’hélicoptères de combat. Le Caïman (au premier plan sur la photo), qui commence à équiper les forces, peut transporter au choix : 14 à 20 fantassins avec leur équipement « Félin » ; 12 blessés couchés ; 2,8 t de charge intérieure ; 1 véhicule léger ; 1 charge externe de 400 kg.




DGA : tir de qualification LRU, programme MMP et commande « Écume »

Fin 2013, la Délégation générale de l’armement (DGA) a procédé au tir de qualification du « lance-roquettes unitaire » (LRU), notifié le programme du « missile moyenne portée » (MMP) et commandé 9 « embarcations commandos à usage multiple embarquables » (Ecume). Le 28 novembre, un tir de 5 roquettes de LRU (photo) a eu lieu à l’Ile du Levant (Sud de la France) sur des cibles en mer, dans une zone dégagée de toute présence humaine, pour : valider la conduite de tir et le comportement de la roquette en vol ; déterminer les effets au sol autour du lanceur. Co-développée par les États-Unis, la Grande-Bretagne, l’Italie, l’Allemagne et la France, la roquette M31 dispose d’un guidage inertiel GPS pour réduire les dégâts collatéraux sur des objectifs situés entre 15 et 95 km. Réalisé en partenariat entre la France, l’Allemagne et l’Italie pour la conduite de tir et le système de pointage, le lanceur M270 a été modernisé : ergonomie ; pointage électrique ; communication radio ; échange avec le système de coordination des feux Atlas ; amélioration de la sécurité et des conditions de mise en œuvre. Le programme LRU porte sur la modernisation de 13 lanceurs et l’acquisition de 252 roquettes M31. Le 3 décembre, la DGA a notifié à la société MBDA France un contrat de développement et de production du missile MMP totalisant 400 postes de tir et 2.850 missiles, dont 175 postes et 450 missiles livrables entre 2014 et 2019. Destiné à remplacer le missile antichar Milan, le MMP équipera les unités d’infanterie de l’armée de Terre et les forces spéciales à partir de 2017. Polyvalent et basé sur le concept « tire et oublie » avec la capacité de « l’homme dans la boucle », le MMP permet de neutraliser les différents types de cibles rencontrées sur l’ensemble des théâtres d’opérations avec une grande précision. Le 9 décembre, la DGA a commandé à Zodiac Milpro International 9 embarcations « Écume », livrables au premier semestre 2015. Capable d’embarquer 12 commandos Marine armés, l’Écume présente les caractéristiques suivantes : déplacement, 7 t à pleine charge ; longueur, 9,3 m ; largeur, 3 m ; vitesse, plus de 40 nœuds (75km/h) ; autonomie, 200 milles nautiques environ (370 km). Polyvalente, modulable et très manœuvrable même par mauvais temps, l’Écume permet d’effectuer des raids nautiques sur longues distances à partir d’un bâtiment porteur et de rattraper un navire pour le prendre d’assaut. Grâce à son système de largage aérien, elle est déployable au loin, en urgence et directement en mer par avion militaire de type C-130 Hercules ou A400M Atlas.

Loïc Salmon 




ALAT : essais de « navalisation » de l’hélicoptère d’assaut Caïman

La campagne d’essais de « navalisation » de l’hélicoptère de manœuvre et d’assaut NH 90 Caïman, destiné à l’Aviation légère de l’armée de Terre (ALAT), s’est déroulée avec succès en Méditerranée du 12 au 15 novembre 2013, à bord du bâtiment de projection et de commandement (BPC) Tonnerre. En coordination avec le constructeur NH Industries, la Direction générale de l’armement (DGA) et l’équipage du BPC, elle a consisté à vérifier la tenue du train d’atterrissage, les efforts sur la structure, la marge de puissance du moteur, la marge sur les commandes de vol et les qualités de vol d’un Caïman à la masse maximale de 10,6 t. Cet hélicoptère a effectué 4 vols d’essais de 2 heures dans les conditions maximales fixées par la DGA : vent de 55 nœuds (plus de 100 km/h), roulis de 7 ° et tangage de 2 °.  Quand le vent de travers atteint 50 nœuds (92 km/h), aucun hélicoptère ne vole, sauf le Caïman (photo). L’équipe de marque de la Section technique de l’armée de Terre procédera à une expérimentation technico-opérationnelle en mars 2014, puis à une première capacité de projection de 4 Caïman en juillet 2014. Elle s’assurera que les pilotes de l’ALAT sont capables de remplir ces objectifs ainsi que ceux par temps chaud et en montagne. Sur les 68 Caïman commandés pour l’ALAT, 9 ont déjà été livrés. Le 12 décembre, les 3 premiers équipages opérationnels décolleront du Centre de formation interarmées NH90 du Cannet des Maures pour rejoindre le 1er Régiment d’hélicoptères de combat de Phalsbourg. D’une façon générale, tous les équipages de l’ALAT (pilote, commandant de bord et mécanicien) doivent être qualifiés à l’appontage de jour et de nuit sur grande plate-forme (BPC). Les plus performants peuvent acquérir les qualifications de jour et de nuit sur petite plate-forme (frégates). Chaque qualification requiert 6 appontages. Par la suite, tous les équipages opérationnels doivent s’entraîner une fois par an avec des bâtiments de la Marine, dans la mesure des disponibilités des uns et des autres.

Loïc Salmon

Marine nationale : mise en service opérationnel des hélicoptères Caïman




Sénat : vers une défense européenne

L’Union européenne dispose d’« outils » de défense, mais pas d’instance d’arbitrage capable de prendre des décisions dans l’intérêt commun, estime un rapport sénatorial rédigé dans la perspective du sommet des chefs d’Etat et de gouvernement (Conseil européen) de décembre 2013 consacré à la défense.

Ce rapport d’information, intitulé « Pour en finir avec l’Europe de la défense, vers une défense européenne », a été présenté à la presse, le 3 juillet 2013 à Paris, par les sénateurs Daniel Reiner, Jacques Gautier, André Vallini et Xavier Pintat, co-présidents d’un groupe de travail de la Commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées. Le président de celle-ci, Jean-Louis Carrère, a indiqué qu’elle se veut « une force de proposition et d’action » avec pour objectif de « faire prévaloir le souci de l’intérêt supérieur de la République en matière de diplomatie et de défense ».

Nouvelle donne stratégique. Par suite de la crise économique et financière, indique le rapport, tous les membres de l’Union européenne (UE), sauf la Pologne, ont réduit leur budget de défense. La Grande-Bretagne y consacre 2 % (hors pensions) de son produit intérieur brut, la France 1,54 %, l’Allemagne 1,1 % et 14 autres moins de 1 %. Les capacités militaires et le format des armées ont diminué. Ainsi, les dépenses d’équipement représentent plus de 30 % du budget de défense en France, mais 21 % en Allemagne, 11 % en Italie et 8 % en Espagne. La Grande-Bretagne a renoncé à maintenir ses moyens aériens de patrouille maritime. Les Pays-Bas ont abandonné l’arme blindée. La Suède reconnaît ne pouvoir résister à une attaque simultanée sur deux fronts. Aucun pays européen n’est capable de financer seul un grand programme aéronautique. L’avion de combat Eurofighter coûtera 175 Md$ pour 472 appareils, contre 27,3 Md$ pour l’avion de transport tactique A-400M (173 appareils). Faute de travailler ensemble, les pays européens ont raté le tournant des drones MALE (moyenne altitude longue endurance) de surveillance, en partie celui des drones tactiques et s’intéressent avec beaucoup de retard au drone de combat (démonstrateur européen Neuron). L’Europe militaire spatiale ne dispose d’aucune capacité autonome d’alerte avancée depuis la désorbitation du démonstrateur français « Spirale ». Par ailleurs, les industries européennes de défense devront bientôt affronter une concurrence accrue des entreprises américaines d’armement. En effet, les Etats-Unis comptent diminuer leur budget militaire de 1.000 Md$ sur les 10 prochaines années. Echaudés par leurs interventions en Irak et en Afghanistan, ils sont moins enclins aux expéditions lointaines. Enfin, leur centre d’intérêt stratégique est passé du continent européen à l’Asie-Pacifique. Parallèlement, le monde réarme. Entre 2001 et 2011, les dépenses de défense des BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) sont passées de 8 % des dépenses militaires mondiales à 13,5 %. Avec 5,5 % à elle seule, la Chine a dépassé tous les pays européens. Le Japon dépense autant que la France (3,6 %). L’Arabie saoudite (2,9 %) a dépassé l’Allemagne (2,7 %). En 2015, le budget de défense de la Chine devrait dépasser le total cumulé des 8 principaux pays européens.

Constat d’échec. Le groupe de travail constate l’absence de grand programme industriel européen depuis celui de l’A-400 M en 2003. Le projet de fusion des groupes franco-allemand EADS et britannique BAE s’est brisé sur l’intérêt des Etats. Sur le plan opérationnel, l’UE a manqué les rendez-vous des Balkans (1999), de la Libye (2011) et du Mali (2013), faute de capacité militaire autonome et de volonté politique en direction de la défense européenne. Le rapport explique ce blocage d’abord par l’absence de menaces manifestes incitant les Etats membres à s’unir. Ensuite, l’articulation entre l’OTAN et l’UE fonctionne mal. Les Etats-Unis assurent 75 % du financement de l’OTAN, alors que 10 pays de l’UE n’en fournissent même pas 1% des capacités. Autre faiblesse de l’UE, son Agence européenne de défense (AED) ne fonctionne que par consensus, permettant éventuellement à certains pays de bloquer un projet industriel. Enfin, souligne le rapport, la méthode progressive de l’UE en matière de défense et de sécurité n’avance pas, faute de « continuum » entre « l’Europe de la défense » intergouvernementale et la « défense européenne » d’essence fédérale (voir schéma). Première puissance économique mondiale avec 500 millions d’habitants, l’UE consacre 175 Md€ par an à la défense et mobilise 1,5 million de personnels. Mais, souligne le rapport, l’efficacité de ces dépenses est annihilée par les duplications des équipements et la dispersion des projets entre les 28 Etats membres.

Propositions concrètes. Selon l’AED, la mutualisation des efforts permettrait des économies de 1,8 Md€ dans le domaine spatial, 2,3 Md€ sur les bâtiments de surface et 5,5 Md€ sur les véhicules blindés sur les 10 prochaines années. En conséquence, le rapport préconise la fusion de l’AED et de l’OCCAR (Organisation conjointe de coopération en matière d’armement) en une Agence européenne de l’armement avec décision à la majorité qualifiée pour déterminer les besoins et combler les lacunes : ravitaillement en vol ; formation commune des pilotes et mécaniciens de l’A-400M ; programme de drones MALE pour 2025 ; base industrielle de cyberdéfense ; filière optronique (instruments d’observation à distance). Actuellement, toutes les plates-formes de renseignement, surveillance et reconnaissance dépendent d’équipements américains ou israéliens. Par ailleurs, une stratégie maritime d’ensemble faciliterait la lutte contre les trafics illicites et la surveillance commune des routes maritimes vitales. Cela passe par la mutualisation des moyens de surveillance des approches maritimes et l’harmonisation de la fonction garde-côtes. Enfin, le groupe de travail souhaite la création d’un quartier général à Bruxelles pour la planification et la conduite des opérations militaires (seule la Grande-Bretagne s’y oppose) et un rapprochement des règles d’engagement du feu en opérations extérieures sous l’égide de l’UE ou de l’OTAN.

Loïc Salmon

Union européenne : les défis stratégiques d’aujourd’hui

L’Europe de la défense pour faire face aux crises

Cyberdéfense : perspectives européennes

Le rapport d’information sur l’Europe de la défense a été réalisé en 6 mois par 10 sénateurs de la majorité et de l’opposition. En France, ils ont entendu 18 personnalités civiles et militaires. Parmi les civils figurent : Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères ; Pierre Vimont, secrétaire général du Service européen pour l’action extérieure ; Claude-France Arnould, directrice de l’Agence européenne de défense ; Louis Gautier, membre de la commission du Livre blanc 2013 sur la défense et la sécurité nationale. Parmi les militaires figurent : l’amiral Edouard Guillaud, chef d’Etat-major des armées  (CEMA); Laurent Collet-Billon, délégué général pour l’armement ; le général d’armée (2S) Henri Bentégeat, ex-CEMA et ancien président du comité militaire de l’UE ; le général d’armée aérienne (2S) Stéphane Abrial, ancien commandant suprême chargé de la transformation à l’OTAN. Enfin, le groupe de travail s’est rendu à Berlin, Bruxelles et Londres.




Jeep militaires

Ancêtre du 4×4 d’aujourd’hui, la « Jeep » reste le véhicule militaire le plus célèbre du monde. Destinée par l’armée américaine à remplacer le cheval, la moto et le side-car, elle fait l’objet, en juin 1940 avant même l’entrée en guerre des Etats-Unis, d’un appel d’offres auquel répondent les constructeurs automobiles American Bantam, Willys-Overland et Ford. Leurs prototypes doivent notamment parcourir 8.000 km de route et 8.000 km tout terrain, atteindre 88 km/h sur route, transporter trois hommes avec une mitrailleuse et aussi respecter diverses spécifications en vue de simplifier la gestion des stocks, faciliter les opérations d’entretien et de réparations et garantir des composants éprouvés et fiables. A l’origine, « Jeep » est un terme militaire utilisé par les mécaniciens pour désigner tout véhicule réceptionné pour essai dans les années 1930, mais, selon l’auteur du livre Pat Ware, ne correspond pas aux abréviations de « Governmental Purpose » et « General Purpose » (« Jipi » en anglais). Toutefois début 1941, ce terme s’impose pour désigner ces voitures qui seront utilisées pour la reconnaissance, la patrouille, le transport de personnel et de matériel, la station radio mobile, l’évacuation sanitaire, la pose de lignes téléphoniques et le dépannage léger. Elle sera déclinée en version amphibie avec un gouvernail et une hélice.  American Bantam ayant été éliminé, Ford construit 277.896 exemplaires entre 1941 et 1945 et Willys 361.349. Les Jeep, qui supportent mal la traversée de l’Atlantique, sont alors acheminées en pièces détachées en Grande-Bretagne pour être montées sur place dès août 1943. Les forces spéciales britanniques « SAS » bricolent des Jeep lance-flammes, très redoutées des soldats allemands, en modifient d’autres pour leur donner une autonomie de plus de 1.000 km en vue de raids de commandos derrière les lignes ennemies, notamment pour attaquer le ravitaillement en carburant de l’Afrika Korps lors de la bataille d’El Alamein. Dans le cadre de la loi prêt-bail, les Soviétiques reçoivent plus de 20.000 Jeep et s’en inspirent pour fabriquer leur propre modèle amphibie après la guerre. De leur côté, les Allemands militarisent la « Coccinelle » qui devient la « Volkswagen Kübelwagen ». A la fin de la guerre, la Jeep, utilisée par toutes les armées alliées sur tous les théâtres d’opérations, a démontré sa fiabilité, sa polyvalence et ses facultés de franchissement. Le général Dwight Eisenhower déclare que « la Jeep, le Dakota (avion bimoteur de transport) et la péniche de débarquement furent les trois outils qui ont gagné la guerre ». Pour le chef d’état major des armées américaines, le général George Marshall, « la Jeep représente la plus grande contribution de l’Amérique à la guerre moderne ». Après la guerre, les autorités militaires françaises, ne disposant pas d’assez de dollars pour acheter des pièces de rechange pour leurs Jeep vieillissantes, confient, à la société Hotchkiss, la fabrication d’un modèle français dénommé M201 et quasiment identique à la Jeep américaine. Le M201, retiré du service en 2005, sera successivement équipé de postes de radio, de la mitrailleuse AA52, de phares infrarouges et enfin des missiles Entac (Engin téléguidé antichar) puis Milan (Missile d’infanterie légère antichar), tous deux franco-allemands.

L’ouvrage « Jeep militaires », abondamment illustré, donne aussi tous les détails techniques et contacts utiles aux amoureux de la « principale ambassadrice de l’Amérique en guerre »

Loïc Salmon

 « Jeep militaires » (2013) par Pat Ware. Éditions E-T-A-I/160 pages/36,90 €.




Exosquelette « Hercule » : du prototype militaire à la série civile

Le robot exosquelette (squelette externe) français « Hercule », premier du genre en Europe, assiste le soldat (fantassin ou artilleur) pour le port et la manipulation de charges lourdes, décuplant ainsi son endurance. Ce prototype a été développé avec le soutien du ministère de la Défense, via le dispositif Rapid (Régime d’appui pour l’innovation duale) de la Direction générale de l’armement. En vue de son industrialisation et sa commercialisation pour des usages civils à partir de 2015,  son constructeur, la petite société Rb3d Cobotique (12 personnes), a signé une convention de levée de fonds, le 18 juin 2013 lors du Salon de l’aéronautique et de l’espace du Bourget, avec le fonds d’investissements Financière de Brienne spécialisé dans les hautes technologies intéressant la défense et la sécurité, la société de gestion de portefeuilles Inocap et Alto Invest (gestion de patrimoine). « Hercule » permet à un soldat de transporter jusqu’à 80 kg de charges lourdes sur 20 km à la vitesse de 4 km/h, sans risques de troubles musculo-squelettiques. Ce robot, présenté au salon d’armements terrestres Eurosatory 2012 (photo), fonctionne à l’énergie électrique. Il est constitué de jambes et de bras mécatroniques (combinaison de mécanique, d’électronique et d’informatique). Un système intégré détecte et accompagne les mouvements de l’utilisateur. L’ensemble a une autonomie de 4 heures et pèse 48 kg. L’utilisateur peut emporter des charges de 40 kg sur le dos et de 20 kg avec chaque bras. Il se désharnache en moins d’une minute. Outre son usage pour l’armée de Terre et les pompiers (port d’équipements de protection lourds), « Hercule » peut servir dans le domaine civil : transport et manutention dans les entreprises de bâtiments et travaux publics et de logistique ; manutention des patients et aide aux handicapés dans les hôpitaux. Son constructeur, Rb3d Cobotique, a bénéficié de l’aide de CEA-Investissements, filiale du Commissariat à l’énergie atomique. Projet démarré en 2010, « Hercule » a été doté de jambes en 2011 et de bras en 2012. D’autres robots exosquelettes sont en cours d’expérimentation aux Etats-Unis, en Israël, en Nouvelle-Zélande et au Japon.

Loïc Salmon

 




Euronaval 2012 : défis maritime et industriel

L’avenir et la sécurité des nations se jouent en mer, où se déploient leurs capacités militaires. Les océans, qui rapprochent des pays autrefois lointains, entraînent une distorsion et un rétrécissement de l’espace géopolitique en abolissant la majeure partie des frontières et en offrant un accès direct à la plupart des zones sensibles.

Telle est l’opinion du ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, exprimée le 23 octobre 2012 au Bourget (banlieue parisienne), lors de l’inauguration du salon d’armement naval Euronaval 2012.

L’industrie navale militaire. Les choix politiques et stratégique concernant la Marine nationale seront poursuivis, a précisé le ministre. Ils portent sur : onze frégates européennes multimissions (FREMM), déjà commandées ; le programme « Barracuda », destiné à remplacer les sous-marins nucléaires d’attaque de type Rubis ; le missile de croisière naval qui permettra de renforcer la frappe de précision dans la profondeur ; les torpilles ; la version navale de l’hélicoptère NH90 (Caïman). Seront également construits des bâtiments de projection et de commandement, des patrouilleurs et aussi des bâtiments côtiers chargés de la surveillance et de la lutte contre toutes sortes d’intrusions et  de trafics. Le ministre entend encourager l’innovation pour détecter les ruptures, qui pourraient changer la donne, et rester en capacité de fournir le bâtiment le plus polyvalent et le mieux intégré, en tenant compte des meilleures conditions économiques. Dans ce contexte, il a rendu hommage à deux types d’acteurs de la filière navale : les systémiers, seuls capables de maîtriser la complexité croissante de la mise en œuvre de nouveaux équipements ; les petites et moyennes entreprises, porteuses d’innovations technologiques, qui devront  être mieux intégrées dans l’ensemble du « process » (ensemble des étapes ou transformations nécessaires à la fabrication d’un produit) lancé par le ministère de la Défense ou les grands groupes. La filière navale française, longtemps morcelée, associe désormais les secteurs civil et militaire dans une nouvelle ambition maritime. Cette logique, qui mérite d’être davantage accompagnée, a souligné le ministre, consiste à encourager le rapprochement des acteurs scientifiques, académiques et étatiques, des régions, des industriels et des petites et grandes entreprises « dans une stratégie globale d’affirmation de souveraineté maritime et d’affirmation de compétences ».

Exportation et coopération. L’industrie navale militaire est le premier secteur de défense à l’exportation pour plusieurs raisons, selon Jean-Yves Le Drian. Sa réussite, tient notamment aux partenariats stratégiques à long terme établis avec le Brésil et l’Inde, qui bénéficient d’une coopération dans le domaine des sous-marins. L’Etat s’engage au plus haut niveau pour dynamiser le processus de soutien à l’exportation, en vue de garantir le maintien de la base industrielle et technologique de défense. Il doit être le partenaire d’autres Etats, a indiqué le ministre, en fixant les normes du partenariat et en créant les conditions de la confiance. « L’industriel doit être celui qui propose ses compétences et ses capacités dans le cadre de ce partenariat, il faut que les rôles des uns et des autres soient complémentaires, qu’ils se fertilisent pour que la France joue vraiment son rôle de partenaire et que, du même coup, l’exportation s’en tire mieux ». Au cours d’une conférence de presse à l’issue de sa visite d’Euronaval 2012, Jean-Yves Le Drian a précisé : « Nous devons établir, nous, moi, le gouvernement, des relations étatiques qui permettent l’échange, qui s’inscrivent dans les demandes du gouvernement partenaire. Et, l’industriel joue sa propre partition dans ce cadre-là. Evidemment, le gouvernement n’est pas ignorant de ce que fait l’industriel et réciproquement ».

Partenariats industriels. Après l’échec du rapprochement entre les groupes franco-allemand EADS et britannique BAE, le ministre a fait le point sur les drones. Une décision a été prise pour un « prépositionnement » sur le drone tactique Watchkeeper, que construit Thales UK pour l’armée britannique. Une autre concerne le partenariat entre BAE et Dassault Aviation sur le drone de combat futur. Toutefois, rien n’a encore été décidé sur le drone MALE (moyenne altitude longue endurance), qui fait l’objet de discussions entre la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne. Par ailleurs, le ministre a rappelé qu’avec les Emirats arabes unis, où il s’est rendu les 21-22 octobre, les relations industrielles ont débouché sur un partenariat de longue durée concrétisé par une base permanente (aérienne et navale) française à Abou Dhabi (700 militaires sur place). Son agenda inclut une visite au Brésil (4-6 novembre) pour voir la base navale que construit DCNS avec le groupe brésilien de construction de bâtiments et travaux publics Odebrecht à Itaguai, près de Rio de Janeiro. Le programme « Prosub », conclu entre DCNS et la Marine brésilienne en 2008, prévoit également la conception et la construction  de quatre sous-marins à propulsion diesel-électrique de type Scorpène en transfert de technologie ainsi que l’assistance technique pour la réalisation des parties non nucléaires du premier sous-marin à propulsion nucléaire brésilien. La coopération militaire porte sur la surveillance des frontières communes et la lutte contre l’orpaillage clandestin et la pêche illicite. En 2010, le Brésil a commandé pour 100 M€ d’armements à la France et réceptionné des équipements d’un montant de 50 M€.

Enfin, une visite de Jean-Yves Le Drian en Inde est prévue ultérieurement. « J’active le partenariat », ajoute-t-il.

Loïc Salmon

Le salon de l’armement naval Euronaval 2012 (22-26 octobre) a accueilli 350 exposants (152 entreprises françaises) et environ 80 délégations officielles, dont celles de l’ONU, l’OTAN et l’Union Européenne. La Marine nationale et l’armée de Terre ont présenté les opérations amphibies, de la planification à la projection de forces. La Délégation générale de l’armement a exposé le premier système d’alerte de vagues scélérates et le projet « Espadon » de lutte contre les mines au moyen de drones marins. Euronaval 2012 été inauguré par le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, qui a notamment visité les stands d’entreprises du Brésil, du Chili, d’Espagne, d’Italie, d’Allemagne et de France, dont Thales (électronique de défense), EADS (aéronautique et espace), MBDA (missiles) et Dassault Aviation. Sur celui de DCNS (armement naval), Jean-Yves Le Drian (3ème à gauche) et le ministre délégué aux Anciens Combattants Kader Arif (2ème à gauche) ont été accueillis par le président directeur général Patrick Boissier (4ème à gauche) et Bernard Planchais (6ème à gauche), directeur général délégué.