Armée de Terre, capacité opérationnelle et technicité

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« Compétence technique et conviction personnelle à s’engager dans une opération », tels sont les impératifs de l’armée de Terre aujourd’hui, a déclaré son chef d’état-major, le général Elrick Irastorza, devant l’Association des journalistes de défense le 15 juin 2011 à Paris.

Il joue un rôle de conseiller auprès du chef d’Etat-major des armées, l’amiral Edouard Guillaud, qui conduit les opérations. En Afghanistan, les affrontements directs avec les insurgés ont diminué de moitié en un an (un par jour en 2010), mais les attaques par engins explosifs improvisés sont en recrudescence (deux à trois par mois en 2010).  Leur détection n’est guère facile. Malgré les caméras et les détecteurs, rien ne remplace l’homme sur le terrain. « La menace se fait plus insidieuse », indique le général, qui précise que 476 blessés avec une indisponibilité de 15 jours ont été recensés depuis le début de l’engagement français. En 2010, l’armée de Terre a déploré en tout 147 tués, dont 98 hors service et 49 en service (14 au combat). En Afrique, le dispositif est en cours de restructuration. La force « Licorne » de Côte d’Ivoire, actuellement de 900 hommes, sera réduite à 300 pour reconstruire l’armée ivoirienne et protéger les ressortissants étrangers. Les forces françaises stationnées au Sénégal doivent être transférées au Gabon cet été. Par aillleurs, le déploiement au large de la Libye du bâtiment de projection et de commandement Tonnerre, avec ses hélicoptères, constitue la première opération de grande ampleur pour la Marine et l’aviation légère de l’armée de Terre, estime le général Irastorza. L’hélicoptère est un système d’arme « d’opportunité » plus ciblé que l’avion, dont l’emploi est « planifié ». Il s’agit de monter des opérations de nuit avec le stress du combat. La durée d’un engagement repose sur son potentiel, qui se régénère en heures de travail et pièces de rechange, poursuit le général. Par ailleurs, en cas de combat majeur dans le cadre de la politique commune de défense et de sécurité européenne, l’armée de Terre française doit également pouvoir déployer 5.000 hommes en dehors du territoire national. Des unités sont donc maintenues en alerte entre 12 heures (combat) et 9 jours (soutien logistique).

« Le soldat de métier est d’abord un volontaire », souligne le général Irastorza, qui ajoute : « Sur le théâtre, le temps épargne le sang ». En conséquence, les durées des missions sont passées de quatre mois à six. Pour l’Afghanistan, l’engagement dure quasiment 18 mois : 6 mois de préparation opérationnelle, 6 mois sur place et 6 mois de retour d’expérience, récupération en famille et remise à niveau individuelle. L’armée de Terre recrute 72 % de contractuels, nécessairement des jeunes. « On recrute bien et on recrute de bons soldats », souligne le général. Environ 50 % d’entre eux deviennent sous-officiers, le reste venant de l’Ecole nationale des sous-officiers d’active de Saint-Maixent. De ce vivier, sortent 70 % des officiers d’aujourd’hui. Enfin, que pense la société française de ses soldats ? « C’est une logique contradictoire, constate le général, la perception des armées est bonne, mais les militaires ont le sentiment d’une certaine indifférence ». Les gens réagissent différemment selon les liens qu’ils entretiennent avec leurs régiments. Enfin, un conflit en Afghanistan ne donne pas le même sentiment d’immédiateté du danger qu’une guerre sur la frontière du Rhin, estime le général Irastorza.

Loïc Salmon

Le général d’armée Elrick Irastorza choisit l’infanterie de marine à sa sortie de l’Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr en 1972. Titulaire d’un diplôme d’études approfondies de défense et de relations internationales, il est breveté de l’Ecole supérieure de guerre. Il a été notamment chef de corps du 8e Régiment de parachutistes d’infanterie de marine, commandant du 1er Bataillon français de l’Autorité provisoire des Nations unies au Cambodge (1992) et commandant des forces françaises engagées dans l’opération « Licorne » en Côte d’Ivoire (2005-2006). Sous-directeur chargé du recrutement à la Direction du personnel militaire de l’armée de terre (2000), il est nommé  major général de l’armée de Terre en 2006, puis promu chef d’état-major le 2 juillet 2008. Le général Irastorza est grand officier de la Légion d’Honneur, commandeur de l’Ordre national du Mérite et titulaire de la croix de la Valeur militaire avec quatre citations.

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