Défense : innovation, des satellites aux minidrones

La Direction générale de l’armement, le Centre national d’études spatiales (CNES), les armées et divers industriels mettent au point des technologies et produits innovants et à des coûts très inférieurs à ceux des matériels existants.

Quelques projets ont été présentés lors du Forum Innovation Défense, tenu à Paris du 22 au 24 novembre 2018.

Communication par satellite. Certains bâtiments de la Marine nationale disposent de deux moyens de communications satellitaires avec son centre de commandement à terre, mais exploités de façon alternative avec des architectures complexes, hétérogènes et conçues séparément. L’innovation consiste à optimiser l’exploitation des ressources satellitaires en utilisant les deux moyens simultanément. La reconfiguration logicielle de l’équipement réseaux à bord permet une utilisation de mécanismes de routages agiles. Outre l’augmentation du débit global du bâtiment, la redondance automatique facilite la résilience des flux lors d’une avarie de l’un des réseaux satellitaires, (photo). Le développement d’une interface homme-machine en simplifiera la mise en œuvre à bord du porte-avions Charles-de-Gaulle, des bâtiments de projection et de commandement et des frégates multi-missions. L’antenne de communication satellitaire à haut débit « SAKaR » transmet à grande distance des informations sensibles et sécurisées entre un avion de chasse Rafale et son centre de commandement, qui reçoit en temps réel les données recueillies par les capteurs embarqués. Cela raccourcit la boucle décisionnelle de la réaffectation de mission ou du partage de la situation tactique. Cette antenne, compatible avec le futur système de communication satellitaire « Syracuse IV », peut s’orienter vers différents satellites. Adaptable sur d’autres avions et des hélicoptères, SAKaR présente un encombrement réduit et une haute résistance à un environnement sévère. En octobre 2019, le CNES va lancer le nanosatellite « Angels » de moins de 50 kg, dix fois moins volumineux et consommant trois fois moins d’énergie que les satellites actuels. Des essaims de centaines de nanosatellites, regroupés en constellations, survoleront la même zone terrestre plusieurs fois par jour.

Systèmes de drones. Le drone « Corvus », issu des technologies civiles, s’adapte au déploiement d’un groupe de combat des forces spéciales. Ses innovations incluent : modularité, évolution et mise à jour aisée ; réduction du délai de remplacement des pièces en limitant les opérations de soutien. Outre la surveillance aérienne, il s’applique notamment à la sécurité civile, en cas d’accident ou de catastrophe naturelle, et à la recherche et au sauvetage. Le drone « DPCV » consiste en une plateforme amovible multi-charges avec une imprimante 3 D, qui reproduit rapidement les pièces nécessaires. Il permet : un marquage de zone, par des commandos de l’Air du CPA 10, au profit de « l’action feu » ; des opérations d’influence (épandage de tracts) ; un appui aux opérations (dépose ou largage de moyens relais ou de balises). Avec son système de navigation autonome et sa transmission « double flux vidéo » en temps réel, le « DROSBA » simplifie la surveillance d’une base aérienne, en coordination avec le contrôle aérien, ou celle d’un site sensible, militaire ou civil. Consommable, le drone de reconnaissance « AR-22 » empêche la traçabilité de son porteur et transmet en direct sur 40 km. Le drone «V-COAX », équipé de capteurs électronique et optronique  avec fusion des données, dispose d’une heure d’autonomie pour un poids inférieur à 1 kg.

Loïc Salmon

Défense : l’AID, interlocutrice des porteurs d’innovation

Défense : l’ONERA, acteur majeur de l’innovation

Drones : préparer le combat aérien de demain

 




Défense : intelligence artificielle, vers une norme internationale de fiabilité

La maîtrise des risques liés à l’intelligence artificielle (IA) dans l’industrie de défense implique la détermination de normes ISO pour assurer la fiabilité des systèmes futurs.

Arnault Ioualalen, directeur général de la société Numalis, en a expliqué les enjeux au cours d’une conférence de presse organisée, le 24 septembre 2018 à Paris, par le Groupement des industries de défense et de sécurité terrestres et aéroterrestres (GICAT). Numalis fournit des outils logiciels de validation et d’aide à la conception de « systèmes critiques » appliqués à l’aéronautique, l’espace et la défense.

Evolution des systèmes. L’IA trouve des applications directes dans la maintenance, la sécurité, la détection de cible, les drones, les missiles, la robotique et les systèmes optroniques. En matière de frappe, il s’agit d’apporter une aide à la décision qui reste du ressort de l’homme. Ainsi dans le guidage terminal d’un drone autonome, il faut éviter l’automatisme du « fire and forget » (tu tires et oublies). Le « client » (utilisateur) fixe les exigences de la mission et en définit les paramètres pour atteindre l’objectif. Le pilote d’un avion ou l’opérateur d’un drone armé qui doit procéder au tir d’un missile, véritable robot qui suit la cible par sa signature thermique, peut décider de l’annuler au dernier moment pour une raison politique ou éthique (victimes collatérales). Quant aux tirs automatiques de systèmes d’armes américains, israéliens ou coréens (installés à la frontière entre les Corées du Nord et du Sud), la décision, prise en amont, ne peut empêcher les erreurs (ratés ou « bavures »). L’IA va permettre d’augmenter la capacité à comprendre et mieux évaluer la cible. Elle va améliorer les systèmes existants pour les rendre plus performants et moins coûteux pour l’utilisateur et l’industriel. Dans le flux des données, elle trie les informations nécessaires qui remontent la chaîne de décision pour la manœuvre ou le bombardement. Elle aide ainsi à la décision en amont, alors qu’une décision automatique manque de fiabilité.

Réseaux de Neurones. L’IA dite « connexioniste » consiste à mimer les mécanismes biologiques du raisonnement humain par les techniques du « Deep Learning » (réseaux de neurones). Ne pouvant retrouver que ce qu’elle connaît, l’IA se spécialise dans un seul usage comme la reconnaissance d’images, l’identification ou la prédiction de comportement en temps réel. Cela nécessite des normes pour établir une relation de confiance entre le concepteur de l’IA et son utilisateur. Il s’agit d’abord de montrer la robustesse et la sécurité de l’IA par une approche technique transverse. Ensuite, il convient de rassurer les citoyens sur son équité, sa transparence et sa confidentialité. Enfin, il faut constituer une barrière juridique contre la « colonisation numérique » (reconnaissance des données et leur traitement) par la responsabilisation des fabricants et vendeurs de systèmes.

Course internationale. L’IA suscite une compétition globale entre les Etats-Unis (entreprises privées) et la Chine (moyens étatiques). France, Allemagne, Grande-Bretagne, Irlande et Canada s’y intéressent de façon active. Russie, Italie, Israël, Japon, Inde et Corée du Sud se spécialisent sur certains sujets. Australie, Finlande, Suède et Luxembourg en observent les évolutions. En France, la Direction générale de l’armement suit l’ingénierie d’IA pour les armées. Au sein du comité ISO, le GICAT et Numalis présentent le projet français « Generate », norme de fiabilité du « Deep Learning ».

Loïc Salmon

Sécurité : l’intelligence artificielle, enjeu de souveraineté nationale

Drones : préparer le combat aérien de demain




Défense : l’ONERA, acteur majeur de l’innovation

La France dispose des moyens de développer les technologies nécessaires à sa souveraineté, assurée notamment par la dissuasion nucléaire, grâce aussi à l’Office national d’études et de recherches aérospatiales (ONERA).

Ce dernier a été présenté à la presse, le 22 mars 2018 à Paris, par l’ingénieure générale Caroline Laurent, directrice de la stratégie de la Direction générale de l’armement (tutelle de l’ONERA), et Thierry Michal, directeur technique général de l’ONERA.

Préparation de l’avenir. L’innovation, en coordination avec l’intelligence artificielle, est vitale pour la supériorité opérationnelle. Outre une meilleure appréhension des menaces futures, elle permet de préparer les armes pour les contrer, souligne l’ingénieure générale. Le budget innovation de la défense a été porté à 1 Md€ pour en renforcer le socle technologique et construire davantage de démonstrateurs. L’ONERA, qui remplit une mission de service public pour la recherche appliquée, travaille avec les ministères des Armées et de la Recherche, la Direction générale de l’aviation civile, les industriels et les start-ups des secteurs aéronautique et spatial. Son fonctionnement est assuré à 49 % par des subventions de l’Etat et à 51 % par des contrats commerciaux. Ses travaux dans les domaines hypersonique et de la furtivité (signature radar très faible), qui relèvent exclusivement de la défense, préparent les ruptures technologiques, en lien avec la dissuasion nucléaire, les systèmes de défense aérienne et ceux du combat aérien. En matière de ruptures technologiques, indique l’ingénieure générale, il s’agit de maîtriser les concepts avant de les partager, notamment avec Singapour pour éviter de trop dépendre des Etats-Unis. Outre des installations « stratégiques », l’ONERA dispose de savoir-faire complexes dans l’aérodynamique, l’énergie, les matériaux composites pour la furtivité, les capteurs, l’optronique et le traitement de l’information.

Expertise de référence. Dans le domaine aérospatial, l’ONERA apporte son expertise à l’Etat, répond aux enjeux du futur, contribue à la compétitivité de l’industrie et prépare la défense de demain, explique son directeur technique général. Pour cela, il dispose de 70 ans d’expertise, d’un niveau scientifique de premier rang mondial, de 2.000 collaborateurs (300 doctorants et post-doctorants) répartis sur 8 sites, d’un budget annuel de 235 M€ et de 12 souffleries utilisables par des clients étrangers (premier pôle de compétences en Europe). Il coopère avec la NASA américaine, le Centre national d’études spatiales et MBDA (missiles balistiques, porteurs et interfaces entre eux pour la dissuasion nucléaire). Il participe à tous les grands programmes : radars ; Rafale ; avion de transport tactique A400M ; hélicoptères civil H-160/HIL à pales silencieuses ; drone européen nEUron (furtivité) ; BLADE pour les études de pénétration des futurs missiles face à des défenses aériennes et pour la définition d’architecture du système de combat aérien futur. En matière de défense, la télécommunication optique permet furtivité et discrétion avec un débit important de bandes passantes. Les études sur le radar à longue portée pour l’observation des satellites, lancées en partenariat avec Thales, ont débouché sur des essais en 2017 en vue d’une qualification en 2019. Le radar Graves détecte, entre 400 km et 1.000 km d’altitude et avec une description précise de leurs orbites, les satellites espions représentant une menace pour les forces. Vers 2030, il devrait pouvoir déceler des objets d’une taille inférieure à 10 cm et encore plus éloignés.

Loïc Salmon

Espace : sécurisation en question et dissuasion nucléaire

Drones : préparer le combat aérien de demain

Drones et armes hypersoniques : futurs enjeux de puissance




Défense : vers 2 % du Produit intérieur brut à l’horizon 2025

L

Le projet de loi de programmation militaire (LPM) 2019-2025, qui prévoit un important effort financier, devrait être voté par les deux chambres du Parlement fin juin, début juillet 2018.

Jean-Jacques Bridey, président de la commission de la défense et des forces armées de l’Assemblée nationale, s’en est entretenu avec l’Association des journalistes de défense le 19 février à Paris, avant l’examen en commission.

Moderniser et renouveler. La LPM maintient, en ressources humaines et capacités technologiques, le modèle d’armée défini dans la « Revue stratégique de défense et sécurité nationale 2017 », indique Jean-Jacques Bridey. Son effort porte d’abord sur l’équipement du soldat et son entraînement, les infrastructures et le maintien en condition opérationnelle des matériels. En matière de grands programmes, elle accélère les livraisons et lance les études amont, en vue de disposer de forces armées bien équipées et entraînées à l’horizon 2030. Le Parlement se réserve un droit de contrôle en 2021, sur pièces et sur place, et le fera savoir à la presse. Si les industriels ne peuvent pas réaliser les programmes prévus, ils devront le dire dès 2019, souligne Jean-Jacques Bridey. Le remplacement du porte-avions Charles-De-Gaulle, théoriquement effectif en 2040, implique de lancer, durant la LPM, des études sur la propulsion, les catapultes et le nombre d’unités (1 ou 2), en vue d’une décision entre 2025 et 2027. Outre la grande souplesse d’utilisation qu’elle confère au Charles-De-Gaulle, la propulsion nucléaire est déjà installée sur tous les sous-marins français, d’attaque ou lanceurs d’engins. Aux Etats-Unis, des expérimentations sont déjà en cours sur des catapultes électromagnétiques, destinées à succéder aux catapultes à vapeur. Vers 2021-2022, le président de la République sera en mesure de décider le choix du ou des prochains porte-avions, avant d’en lancer l’étude de faisabilité. Un seul porte-avions à propulsion nucléaire nécessitant un arrêt technique de 18 mois tous les 10 ans, une permanence à la mer pourrait être assurée au niveau européen, estime Jean-Jacques Bridey. La Grande-Bretagne, qui va se doter de porte-aéronefs, et l’Allemagne ont déjà envoyé des frégates pour escorter le Charles-De-Gaulle en opérations. De son côté, la Belgique envisage d’acquérir des Rafale Marine, susceptibles de s’intégrer au groupe aérien de son successeur.

Cohérence interarmées. La LPM prévoit : la modernisation du Système de commandement et de conduite des opérations aérospatiales, destiné à la détection à haute et très basse altitudes ; une capacité de surveillance spatiale. Les moyens de renseignement d’origine électromagnétique (ROIM), aux niveaux stratégique et tactique, seront améliorés et complétés par 1 système CUGE (charge universelle de guerre électronique) à 3 avions, 3 satellites MUSIS (système multinational d’imagerie spatiale) et 1 système CERES (écoute et ROIM spatial). Le parc de drones MALE (moyenne altitude longue endurance) comprendra 1 système européen et 4 systèmes américains Reaper (+ 2), complétés par 4 avions légers de surveillance et de reconnaissance. Le Système d’information des armées inclura celui de l’optimisation du renseignement interarmées. Le système GEODE 4 D permettra de mieux connaître l’environnement géophysique des théâtres. Les communications seront assurées par 2 satellites Syracuse IV. Les moyens de commandement et de conduite des opérations, au niveau division de la nation-cadre (norme OTAN), incluront l’architecture de communication résiliente et les capacités de ciblage, d’opérations spéciales, de soutien interarmées et de protection NRBC (nucléaire, radiologique, biologique et chimique).

Forces navales. La LPM conserve la Force océanique stratégique à 4 sous-marins nucléaires lanceurs d’engins. La flotte sous-marine comptera 6 submersibles nucléaires d’attaque, nombre inchangé mais 4 de type Barracuda. La Force d’action navale comprendra : 1 porte-avions nucléaire (inchangé) avec son groupe aérien embarqué de 42 Rafale (+1) et 2 E2C Hawkeye de guet aérien (inchangé) ; 3 bâtiments de projection et de commandement (inchangé) ; 17 frégates (inchangé), dont 2 de défense aérienne, 5 légères furtives, 8 multi-missions et 2 de taille intermédiaire ; 3 pétroliers-ravitailleurs, dont 2 de nouvelle génération ; 27 hélicoptères moyens/lourds NH90 embarqués (- 9), pour la lutte antinavire. L’action de l’Etat en mer sera assurée par : 6 frégates de surveillance (inchangé) ; 18 patrouilleurs (inchangé) ; 4 bâtiments multi-missions (+ 1) ; 4 bâtiments de soutien et d’assistance hauturiers (+ 2). La guerre de mines inclura : 5 chasseurs de mines tripartites (- 6) ; 2 bâtiments porteurs ; 3 bâtiments-bases de plongeurs démineurs ; 4 systèmes de drones. L’aviation maritime, hors groupe aérien embarqué, inclura : 18 avions de patrouille ATL2 (- 4), tous rénovés ; 11 avions de surveillance (- 2) ; 45 hélicoptères légers (inchangé).

Forces aériennes. La LPM prévoit : 253 avions de combat en parc (- 1), dont 171 Rafale ; 79 pods de désignation laser (34 d’ancienne génération et 45 de nouvelle génération) ; 4 avions radar E3F Awacs (inchangé) rénovés avec liaisons de données tactiques ; 15 avions ravitailleurs, dont 12 multi-rôles et 2 de transport stratégiques A340 ; 43 avions de transport tactique (- 5), dont 25 A400M (+ 11), 14 C-130 Hercules rénovés et 4 C-130J Super Hercules (+ 2) ; 36 hélicoptères moyens (inchangé), dont 11 Caracal ; 40 hélicoptères légers (inchangé) ; 8 sections de défense sol-air SAMP TT (inchangé).

Forces terrestres. La LPM prévoit : 200 chars Leclerc (- 41), dont 122 rénovés ; 150 chars médians AMX 10RC (-100) et 150 Jaguar ; 629 véhicules blindés du combat d’infanterie(inchangé) ; 1.545 véhicules de l’avant blindé (- 1.116), 936 Griffon et 489 véhicules blindés multi-rôles (VBMR) ; 930 véhicules tactiques porteurs de systèmes d’armes, dont 200 VBMR légers d’appui Scorpion ; 1.387 véhicules blindés légers (- 7), dont 733 régénérés ; 4.983 véhicules légers tactiques polyvalents non protégés. Les forces spéciales recevront 241 véhicules dédiés et 202 poids lourds dédiés, tous de nouvelle génération. L’artillerie disposera de 109 canons Caesar (+ 32) et 13 lance-roquettes unitaires (inchangé). Le parc aérien comprendra 147 hélicoptères de reconnaissance et d’attaque (- 17), dont 67 Tigre (+ 3) et 80 Gazelle (- 14) ; 115 hélicoptères de manœuvre (- 7), dont 70 NH90 (+ 34), 11 Puma (- 41), 26 Cougar rénovés et 8 caracal (inchangé) ; 3 systèmes de drones tactiques Patroller.

Loïc Salmon

Défense : face aux menaces, un modèle d’armée complet

Marine nationale : mission « Arromanches 3 » du GAN en Méditerranée orientale

Défense : le futur combattant dans un monde numérisé

Le projet de loi de programmation militaire (LPM) 2019-2025 indique des crédits budgétaires de 35,9 Md€ courants en 2019, 37, 6 Md€ en 2020, 39,3 Md€ en 2021, 41 Md€ en 2022 et 44 Md€ en 2023. La croissance annuelle de 1,7 Md€, de 2019 à 2022, atteindra 3 Md€ en 2023. Une actualisation de la LPM en 2021 devrait préciser le niveau de ressources pour 2024 et 2025, afin de tenir compte de la situation macroéconomique en vue de consacrer 2 % du produit intérieur brut à la défense, objectif fixé par l’OTAN. Seuls les Etats-Unis, la Grèce, la Grande-Bretagne, l’Estonie et la Pologne y sont déjà parvenus en 2016.




Forces spéciales Air : allonge, rapidité et puissance de feu

Les forces spéciales Air assurent une projection discrète de petits effectifs sur des objectifs à forte valeur ajoutée, constituant un outil de liberté d’action pour le chef d’Etat-major des armées.

Leur commandant, le général de brigade aérienne Louis Fontant, les a présentées à la presse le 11 janvier 2018.

Un système de forces. Des équipes de 3 à 10 militaires doivent se déplacer sur de longues distances, rapidement et en évitant les voies terrestres propices aux embuscades et engins explosifs improvisés, explique le général. Leurs missiles portatifs et canons de 20 mm ne leur permettent pas de neutraliser un adversaire bien retranché ou protégé par une épaisse muraille. Elles recourent alors à l’aviation de combat pour un appui feu rapide dans la profondeur. Une opération spéciale sur un théâtre extérieur nécessite des radars embarqués sur des drones, hélicoptères, avions de transport et de chasse. Les forces spéciales air disposent d’une capacité d’action dans des contextes particuliers, mais dépendent des forces conventionnelles terrestres aériennes et navales pour leurs besoins logistiques. L’armée de l’Air fournit les modules d’appui feu aux opérations spéciales. Une formation commune est dispensée aux forces spéciales des trois armées : sabotage, destruction d’objectifs, renseignement et récupération de personnels isolés. Toutefois, les forces spéciales Air constituent un système qui se décline en trois cercles, indique leur commandant. Le premier inclut les combattants au sol, qui totalisent environ 750 personnels, et des hélicoptères. Le deuxième comprend les moyens d’appui : génie, transmissions, largage de commandos en haute altitude et équipes NRBC (nucléaire, radiologique, biologique et chimique). Celles-ci récoltent les preuves d’utilisation de produits chimiques ou bactériologiques et procèdent aux évacuations d‘urgence de victimes. Le troisième cercle inclut l’aviation de chasse dans son ensemble et les unités chargées d’établir les procédures avec les forces spéciales au sol. S’y ajoutent : les drones Reaper (moyenne altitude longue endurance), bientôt équipés de capteurs de communications et d’armement ; le centre de formation des personnels pour la mise en œuvre de drones de toutes dimensions.

Les unités. Le Commando parachutiste de l’air N°10 s’entraîne en permanence. Chaque personnel participe à au moins une opération par an. Son effectif de 250 personnes devrait s’accroître de 40 recrues, dont des civils. Il assure la liaison avec l’aviation de chasse pour détecter les cibles, renseigne sur les positions des troupes amies afin d’éviter les tirs fratricides, dirige les frappes sur l’ennemi et évalue les dégâts causés à la cible. Il assure également la liaison avec les avions de transport pour reconnaître les zones de largage ou de poser, examiner les terrains d’atterrissage sommaire ou s’emparer d’une plateforme aéroportuaire (opération « Serval » au Mali en 2013). L’escadron de transport 3/61 « Poitou », basé à Orléans, dépose les commandos dans la profondeur et peut servir de PC volant ou de relais radio. Il sera doté des avions A400M pour la logistique et des KC-160J capables de ravitailler deux hélicoptères en vol dont la livraison est prévue en 2019. L’escadron 1/67 « Pyrénées », basé à Cazaux, regroupe les hélicoptères Caracal pour la recherche et le sauvetage à terre et en mer. Les autres modules d’appui incluent les équipes cynophiles, les systèmes de communication et de commandement, le génie aéronautique, le déminage et l’infrastructure aéronautique de campagne.

Loïc Salmon

Forces spéciales : opérations selon le droit de la guerre

Forces spéciales : ET «Poitou»/CPA10, binôme avions/commandos

Défense : les opérations aéroportées, capacités spécifiques selon les missions




Drones : préparer le combat aérien de demain

Pour la France, la supériorité aérienne future reposera sur l’avion, dont le pilote conserve une vision globale de la situation, et sur le drone de combat, dont l’ouverture du feu nécessitera toujours une intervention humaine.

Ce thème a fait l’objet d’une conférence-débat organisée, le 16 février 2017 à Paris, par l’Association nationale des auditeurs jeunes de l’Institut des hautes études de défense nationale. Y sont intervenus : un ingénieur en chef de la Direction générale de l’armement ; un représentant de Dassault Aviation.

Du MALE au nEURon. Les drones assurent des tâches : « ennuyeuses », à savoir une présence  sur zone de 12 h à 24 h qui dépasse la résistance humaine ; « sales » dans un environnement NBC (nucléaire, bactériologique ou chimique) ; « dangereuses » sur les théâtres d’opérations de haute intensité et très étendus, à la merci des systèmes anti-aériens (artillerie ou missiles sol/air) qui mettent en péril la vie des pilotes lors de l’entrée en premier sur une zone de conflit. Selon le représentant de Dassault Aviation, les drones « HALE » (haute altitude longue endurance) et de combat (armés) volent au-dessus de 25.000 pieds (7.600 m), ceux dits « MALE » (moyenne altitude longue endurance) au-dessus de 10.000 pieds (3.000 m) et ceux dits « tactiques » en dessous. Pour partager l’information, tous s’intègreront à un réseau connecté aux satellites, avion radar AWACS, chasseurs, hélicoptères, navires militaires, structures de commandement et de contrôle (C2) et troupes au sol. Outre les missions de renseignement (image, électromagnétique et humain), surveillance, ciblage et reconnaissance, le futur drone MALE RPAS (Remotely Piloted Aircraft Systems) pourra traiter des cibles d’opportunités dans le monde entier, grâce à des armements de haute précision. Ce programme européen (Allemagne, France, Italie et Espagne) a été lancé en 2016, en vue d’une production en 2023 et des livraisons à partir de 2025. Le MALE RPAS doit apporter une valeur ajoutée dans les domaines suivants : souveraineté, par la maîtrise complète du système ; navigabilité pour assurer sa compatibilité avec les réglementations européennes et mondiales pour son insertion dans la trafic civil en cas de mission de sécurité ; modularité pour une souplesse d’emploi ; interopérabilité avec les réseaux de communications vers les C2 ; liaisons de données redondantes, sécurisées et robustes avec les C2 et les flux en provenance des capteurs et emports externes ; cyber pour se protéger des attaques informatiques. Par ailleurs, l’Espagne, la Suède, la France, l’Italie, la Grèce et la Suisse ont déjà investi 400 M€, depuis 2007, dans le démonstrateur de drone de combat nEURon, qui a déjà effectué des vols en France (2012), Italie (2015) et Suède (2015). De la taille d’un Mirage 2000 et avec une masse maximale de 7 t au décollage, il peut effectuer une mission de 2 heures à la vitesse de Mach 0,80 (980 km/h). Sa grande furtivité, à savoir une très faible empreinte électromagnétique détectable par radar, permet un vaste balayage de zone pour détecter des points chauds, reconnaître des cibles et engager une trajectoire d’attaque adaptée. Après transmission des images à la station sol, l’opérateur confirme la cible et déclenche la séquence d’attaque. Les démonstrations ont atteint les objectifs : furtivité (radar et infrarouge) ; vol autonome conforme aux exigences réglementaires ; tir d’un armement depuis une soute interne ; détection et reconnaissance automatique de cible par un capteur électro-optique. Enfin, la structure C2 d’une station sol peut être installée à bord d’un AWACS.

Le drone de combat FCAS. En 2030, des décisions seront prises sur le remplacement des avions de chasse Rafale, pour la France, et Eurofighter, pour la Grande-Bretagne, leur accompagnement par un drone de combat franco-britannique et leurs missions respectives, indique l’ingénieur en chef. Lors du sommet d’Amiens en mars 2016, les deux pays ont en effet convenu d’investir plus de 2 Md€ dans le développement du programme FCAS (système de combat aérien futur), qui prévoit le vol d’un prototype dénommé UCAS (Unmanned Combat Air System) en 2025. Ce dernier doit succéder aux démonstrateurs nEURon (France) et Taranis (Grande-Bretagne). Le drone de combat futur devra évoluer sur un théâtre d’opérations de haute intensité et dont la maîtrise de l’espace aérien n’est pas assurée. Cela nécessitera d’abord d’obtenir du renseignement stratégique en temps réel et de réduire les capacités ennemies de défense aérienne (installations sol/air et aviation). Le drone devra pouvoir frapper, dans la profondeur, des objectifs planifiés et de haute valeur, mais aussi d’acquérir et de détruire des objectifs d’opportunité. Les cibles seront probablement protégées contre les agressions, sécurisées sur le plan informatique, mobiles et déplaçables. La « navalisation » du drone de combat est envisagée, en vue d’un emploi sur porte-avions. Il devra aussi pouvoir coopérer avec les avions de chasse pour l’ouverture de corridors ainsi que la localisation et la désignation d’objectifs. Cet ensemble, qui volera à 30.000 pieds (9.000 m), favorisera la supériorité stratégique et la capacité à entrer en premier sur un théâtre (illustration). Les définitions techniques de l’UCAS portent sur la cellule, le moteur et le système de mission. Capable d’un long rayon d’action et d’une vitesse subsonique haute, la cellule devra : disposer d’un niveau élevé de « survivabilité » (guerre électronique et évitement de menaces) ; emporter en soute des armements air-sol modulaires, bombes de petit diamètre ou missiles Meteor air-sol longue portée ; se ravitailler en vol automatique. Fiable et robuste, le moteur devra rester discret. Le système de missions inclura : une avionique innovante ; une architecture multi-capteurs avec fusion de données ; un panneau multifonctions avec des capacités radar à ouverture synthétique et à très haute résolution ; des capteurs électro-optiques/infrarouges pour le ciblage, la surveillance et la situation tactique ; des liaisons avec les satellites de communications et les autres chasseurs en vol ; des fonctions d’intelligence artificielle. Selon le ministère américain de la Défense, l’intelligence artificielle constitue la 3ème rupture capacitaire majeure après l’armement nucléaire en 1945 et les armes de précision en 1990.

Loïc Salmon

Drones et armes hypersoniques : futurs enjeux de puissance

Opex : enjeux et perspectives des drones militaires

Le groupe Dassault Aviation est le seul au monde à concevoir, produire, réaliser et assurer le soutien d’avions de combat (Mirage et Rafale) et d’avions d’affaires (bi et triréacteurs Falcon). Fournisseur de l’armée de l’Air française, il a conclu des contrats de vente de Rafale à l’étranger : 24 à l’Egypte en 2015, 24 au Qatar en 2015 et 36 à l’Inde en 2016. Le biréacteur Falcon existe en deux versions : MRA, qui répond aux spécifications « AVSIMAR » de la Marine nationale pour les missions de surveillance, de reconnaissance, de lutte antisurface, de guerre électronique et d’entraînement des flottes ; MSA, sélectionné par le Japon en 2015 pour la surveillance maritime. En outre, Dassault Aviation produit le système de drone MALE (Moyenne Altitude Longue Endurance) et participe au projet européen de drone de combat nEURon et au programme franco-britannique FCAS (Futur Combat Air System).




DGA : commandes et contrats

Au cours des quatre premiers mois de 2017, la Direction générale de l’armement (DGA) a lancé des programmes et notifié des contrats pour la Marine nationale et l’armée de l’Air.

Navires. Le 21 avril, le programme des 5 frégates de taille intermédiaire (FTI) de la classe Belharra a été lancé (photo). Réalisées par le groupe DCNS, elles seront dotées de capacités d’autodéfense élargies et de projection de forces spéciales, du nouveau radar à 4 antennes planes Sea Fire et de missiles Aster 30. Chacune représente 2 millions d’heures de travail dont 300.000 pour les bureaux d’études. La première sera livrée en 2023 pour une entrée en service actif en 2025, avec une capacité d’évolution pour une durée de vie de 40 ans. A l’horizon 2030, la Marine Nationale disposera de 15 frégates de premier rang : 8 frégates multi-missions (6.000 t de déplacement) ; 2 frégates de défense aérienne de la classe Horizon (7.000 t) ; 5 FTI de lutte anti-sous-marine (4.000 t). Le 19 janvier, la DGA a notifié au industriels Piriou et DCNS la réalisation du 4ème bâtiment multi-missions (B2M, 2.300 t) Dumont-d’Urville. Les B2M assurent présence, protection des intérêts français dans les zones économiques exclusives, soutien logistique, sauvegarde et assistance au profit des populations en cas de catastrophe naturelle. Destinés à la souveraineté outre-mer, ils sont ainsi répartis : D’Entrecasteaux en Nouvelle-Calédonie depuis le 29 juillet 2016 ; Bougainville en Polynésie française depuis le 16 décembre 2016 ; Champlain à La Réunion à l’été 2017 ; Dumont-d’Urville aux Antilles en 2018.

Missiles. Le 28 mars, le délégué général pour l’armement Laurent Collet-Billon et son homologue britannique Harriett Baldwin, ministre pour les Acquisitions de Défense, ont signé un accord sur le programme FMAN/FMC (futur missile antinavire/futur missile de croisière) pour remplacer et améliorer les systèmes de missiles employés par la Marine Nationale et l’armée de l’Air à l’horizon 2030. Chaque pays contribuera à hauteur de 50 M€ à cette étude, menée par MBDA, et profitera d’un accès réciproque aux expertises technologiques et moyens d’essais et de tests. La coopération franco-britannique porte aussi sur la rénovation des missiles de croisière aéroportés SCALP-EG/Storm Shadow, dont les premiers seront livrés fin 2018 en Grande-Bretagne et en 2020 en France. Le 5 janvier, la DGA a annoncé la commande de nouveaux AASM (armement air-sol modulaire) « Block 4 », kits montés sur des bombes standards OTAN et livrables à partir de 2019. L’AASM se décline en plusieurs versions selon le type de guidage : inertie/GPS ; inertie/GPS + imagerie infrarouge ; inertie/GPS + laser. Equipé d’un kit de propulsion, il peut être tiré à distance de sécurité sur tous les types de cibles terrestres, même mobiles. L’armée de l’Air et la Marine Nationale ont déjà reçu 1.700 AASM.

Drones. La loi de programmation militaire 2014-2019 prévoit 4 systèmes de drones Reaper MALE (moyenne altitude longue endurance) de 3 drones chacun pour l’armée de l’Air en 2019. Le 10 janvier, la DGA a annoncé la réception du 2ème système, dont 2 drones ont été livrés le 31 décembre 2016 à Nyamey pour l’opération Barkhane. Le 3ème drone est destiné à l’entraînement des personnels de l’escadron 1/33 « Belfort » à Cognac. Une campagne d’essais doit valider : l’aérotransport du système Reaper, notamment à bord de l’A400M ; les conditions techniques de son utilisation dans l’environnement électromagnétique de la base de Cognac et du territoire métropolitain. Le 4ème système a été commandé fin 2016.

Loïc Salmon

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Tout savoir sur les drones

Engins autonomes ou télépilotés, les drones sont utilisés dans les milieux aérien, terrestre et maritime, au cours des conflits successifs depuis 1944, pour le renseignement et le combat.

Après les essais de la première guerre mondiale, une percée technologique se produit avec le V1 allemand à aile droite et réacteur dorsal, mis en œuvre lors de la seconde. Dès 1946, des bombardiers américains B17G sont télépilotés à partir d’autres B17, pour récupérer des échantillons dans l’atmosphère après les explosions nucléaires. La perte de deux avions de reconnaissance à haute altitude U2, abattus au-dessus de l’Union soviétique (1960) et Cuba (1962), incite les Etats-Unis à développer les avions sans pilote. Pour éviter les tirs de barrage meurtriers adverses pendant la guerre du Viêt Nam, les Ryan AQM-34 Firebee effectuent plus de 3.000 missions de reconnaissance de 1965 à 1975. Suite à celle du Kippour (1973), Israël met au point le drone tactique Mastiff, déployé lors de la 1ère crise du Liban (1982) pour identifier les radars syriens et monter des opérations de leurrage. Pendant la 2ème crise (2006), la planification de toute action au sol inclut des reconnaissances par des drones, en appui des forces spéciales. Dès le début des années 1960 et pendant deux décennies, les Etats-Unis utilisent des engins sous-marins CURV pour récupérer des matériels perdus en mer par 1.000 m de fond. Pendant la guerre du Golfe (1990-1991), l’armée de l’Air américaine teste les drones de reconnaissance à longue portée Sentinel, Pointer et Pioneer (800 km, 60 heures). En 2000, le Predator, équipé de missiles antichar, participe à des opérations de combat ciblées. Lors des conflits d’Irak (2003) et d’Afghanistan (2001-2014), apparaissent les drones HALE (haute altitude longue endurance) et MALE (moyenne altitude longue endurance) puis les drones terrestres pour la détection d’engins explosifs improvisés et l’exploration de caches d’armes. Les drones navals Protector (israélien) et Spartan (franco-américain) sont chargés du déminage, de la lutte anti-sous-marine et antinavire, de la protection de ports et du déni d’accès de zone. Le micro-drone américain MUV VideoRay, sous-marin et filoguidé, peut filmer jusqu’à 300 m de profondeur dans des eaux de moins de 50 cm de visibilité. Toutefois, la transmission des informations entre le drone et la station sol peut constituer un facteur de vulnérabilité. Ainsi, au Levant en 2009, les insurgés irakiens ont piraté les flux de données des Predator américains avec un logiciel grand public et ont eu ainsi le temps de se préparer à l’éventualité d’une attaque ou de localiser les régions visées. Après l’embuscade d’Usbeen en 2008 (10 morts, 21 blessés), la France envoie des drones en appui des troupes en Afghanistan. Lors de l’offensive contre le Hezbollah au Liban (2006), des drones israéliens ont tué des civils par erreur. Depuis, les drones sont équipés de senseurs combinés à des radars, lasers et caméras électro-optiques et thermiques pour fournir, en temps réel, des images nettes distinguant les enfants des adultes, les équipements et matériels avec une grande précision, de jour comme de nuit. Le drone terrestre américain de reconnaissance armée Talon peut riposter et attaquer selon son armement : fusil d’assaut, mitrailleuse, roquette antichar, lance-grenade et arme non létale. Enfin, deux démonstrateurs aériens de combat sont en cours de développement : le X-47B américain, utilisable sur un porte-avions, et le nEURon européen.

Loïc Salmon

Les drones Un peu d’histoire

Les drones : de l’OPEX au territoire national

Drones civils : réponses opérationnelles et juridiques aux usages malveillants

« Tout savoir sur les drones » par Jean-Christophe Damaisin d’Arès. Editions JPO, 132 pages, 9,90 €.




DGA : une industrie d’armement forte, pilier de la souveraineté

La souveraineté du système de défense français se construit sur une solide industrie d’armement, qui repose notamment sur l’investissement, l’innovation et l’exportation.

Tel est l’enjeu majeur de la Direction générale de l’armement (DGA), dont le bilan 2016 a été présenté à la presse, le  6 mars 2017 à Paris, par son délégué général, Laurent Collet-Billon.

L’investissement. Pour équiper les forces, la DGA a dépensé 10,8 Md€ en 2016 et s’est engagée sur 9,8 Md€ en 2017. Pour préparer l’avenir, elle a dépensé 804 M€ en études amont et s’est engagée sur 672 M€. En 2016, les livraisons incluent : 1 lot de missiles M51 pour les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) ; 8 Rafale ; 2 avions de transport tactique A400M ; 1 système de drones moyenne altitude longue endurance Reaper ; 6 hélicoptères d’attaque Tigre ; 6 hélicoptères de transport tactique NH90 ; 1 frégate multi-missions ; 2 bâtiments multi-missions (B2M) ; 10 modules projetables du système d’information des armées ; le système numérique Auxylium pour « smartphone » ou tablette, qui permet de se passer des réseaux de téléphonie mobile en cas de crise. En 2016, les commandes ont porté sur : les équipements sécurisés cyber ; le programme de télécommunications militaires sécurisées Descartes ; les drones tactiques Patroller ; 2 avions légers de surveillance et de reconnaissance ; les roquettes à guidage laser ; la rénovation des avions Mirage 2000 D ; un système de drones de guerre des mines ; les AASM block 4 (armements air-sol modulaires) ; la rénovation à mivie du missile de croisière Scalp EG ; un 4ème système de drones Reaper ; 4 avions de transport tactique C-130J, dont 2 capables de ravitailler des hélicoptères en vol ; le programme FOMEDEC (formation modernisée et entraînement différencié des équipages de chasse) ; le fusil d’assaut allemand HK-41F, qui remplacera le Famas ; le véhicule léger tactique polyvalent ; le programme CERBERE (centres d’entraînement représentatifs des espaces de bataille et de restitution des engagements) ; 2 bâtiments d’assistance et de soutien hauturier ; un 4ème B2M.

L’innovation. Les grands projets portent d’abord sur la modernisation de la dissuasion nucléaire : 2 nouveaux SNLE ; le système de missiles M51 au-delà de 2021 ; le successeur du missile ASMP-A (air sol moyenne portée amélioré). Ensuite, le système de combat aérien futur inclut la mise en réseau du Rafale. Enfin, le combat aéroterrestre prend en compte la robotisation et l’intelligence artificielle sur le champ de bataille. De nouvelles orientations stratégiques seront données aux organismes sous tutelle de la DGA (Ecole Polytechnique, Supaéro, ONERA et doctorants) avec des contrats d’objectifs et de performance 2017-2021. En 2017, le projet « DGA Lab » sera lancé auprès des « start up » et des petites et moyennes entreprises spécialisées dans la recherche duale, à usage civil et militaire. Par ailleurs, 80 experts en informatique ont été recrutés en 2016 sur un objectif de 2.600 « combattants numériques » d’ici à la fin 2019.

L’exportation. Les partenariats avec les pays étrangers apportent une visibilité sur le long terme aux chaînes de production et aux bureaux d’études pour le maintien d’une longueur d’avance technologique. Le 19 janvier 2017, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a annoncé plus de 20 Md€ de prises de commandes (+ 3 Md€ en un an), grâce à la vente de 12 sous-marins à propulsion classique à l’Australie.

Loïc Salmon

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Sécurité : détection, identification et neutralisation des drones malveillants

La présence de drones malveillants à proximité des centrales nucléaires et des aéroports a conduit à la promulgation d’une loi à leur sujet et à l’élaboration de moyens techniques de lutte.

Louis Gautier, secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale, et Yves Fort, directeur des opérations scientifiques de l’Agence nationale de la recherche, ont exposé la situation et organisé une présentation dynamique de trois démonstrateurs, le 18 novembre 2016 à la base aérienne de Villacoublay. L’appel à projets « Protection des zones sensibles vis-à-vis des drones aériens » en a reçu 24, dont 3 ont été retenus en avril 2015 et financés. Dénommés ANGELAS, BOREADES et SPID, ces projets, portés par des groupements d’industriels, de laboratoires publics et privés et d’opérateurs, ont abouti 12 à 18 mois plus tard à des systèmes intégrés de détection de petits drones, de leur identification (amis ou ennemis) et de leur neutralisation, testés en environnement opérationnel.

Démonstration de matériels. Des drones, mis au point par la SNCF pour l’observation des voies ferrées, ont servi de plastron à la démonstration, accompagnée d’une exposition statique des matériels (photo). Quatre scénarios ont été mis en œuvre : survol d’un site nucléaire par un drone isolé ; attaque lors d’un événement sportif dans un environnement semi-urbain ; attaque lors d’une cérémonie importante dans un environnement urbain ; survols de plusieurs drones à proximité des départs et des trajectoires d’approche d’avions d’un aéroport. Le projet ANGELAS utilise pour la détection : un radar actif d’une portée de 3 km et associé à un algorithme de pistage multicibles ; la goniométrie qui localise la direction des émissions du drone ou de la station sol jusqu’à plusieurs km ;  un radar passif (très longue portée) ; des moyens acoustiques (plusieurs centaines de mètres) ; un système laser qui scanne l’environnement et détecte les échos renvoyés. L’identification recourt à : des caméras haute résolution (portée supérieure à 3 km) ; des émissions infrarouges (jusqu’à 2 km) ; un radar passif qui sépare les objets à rotor de la scène ; l’imagerie qui identifie de jour et de nuit (jusqu’à 2 km). Enfin, la neutralisation du drone se fait par : brouillage par émission directive des liaisons de commande et vidéo ; éblouissement de la caméra vidéo par laser ; brouillage du système GPS. Le projet BOREADES consiste à brouiller et leurrer le système de navigation du drone pour en prendre le contrôle, choisir son point de récupération et estimer la position du télépilote. Le projet SPID présente des moyens similaires, sur véhicules spécialisés, pour la protection d’installations fixes, d’événements ou de théâtres d’opérations et de cibles mobiles (jusqu’à 500 m) avec interpellation du télépilote.

Encadrement juridique. Selon Louis Gautier, plus de 400.000 drones privés et 4.000 drones professionnels sont en service en 2016. La loi du 24 octobre 2016, relative au renforcement de la sécurité de l’usage des drones civils, concerne ceux d’une masse inférieure ou égale à 800 g. Ils sont soumis à un régime d’enregistrement par voie électronique et doivent être équipés de  dispositifs de signalements lumineux et électronique ou numérique. Un télépilote « professionnel » (hors usage de loisir) doit avoir suivi une formation visant à permettre le contrôle de l’évolution du drone, selon les règles de sécurité et les conditions d’emploi relatives à la navigation aérienne.

Loïc Salmon

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