Diplomatie : l’incertitude des sanctions internationales

L’efficacité des sanctions internationales envers un pays repose sur leur levée une fois atteint l’objectif recherché. La lutte contre le terrorisme inclut des sanctions ciblées et sélectives contre des individus ou des secteurs d’activités.

Ce thème a fait l’objet d’une conférence-débat organisée, le 11 octobre 2017 à Paris, par l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) et le Conseil supérieur de la formation et de la recherche stratégique. Y sont intervenus : Sylvie Matelly, co-auteure de l’étude intitulée « Projet Persan » sur les sanctions internationales ; Jean de Gliniasty, ancien ambassadeur à Moscou ; Arnold Puech d’Alissac, chargé des questions internationales à la Fédération nationale des syndicats d’exploitation agricole (FNSEA).

Performance limitée dans le temps. Sorte d’arme économique, le blocus a été utilisé depuis l’Antiquité comme prévention d’un conflit pour affaiblir l’adversaire, rappelle Sylvie Matelly. Le Projet Persan définit la performance comme la combinaison de la pertinence, de l’efficacité et de l’efficience. L’efficacité, la plus étudiée, résulte de l’adaptation des moyens économiques, financiers, diplomatiques, culturels ou sportifs. Importante à court terme, elle s’amenuise avec le temps. La pertinence, à examiner en amont d’une sanction, repose sur la mondialisation. En conséquence, le pays visé par une sanction parvient à la contourner et celui qui en est à l’origine obtient le ralliement de partenaires. Importante pour le pays qui sanctionne, l’efficience dépend du décalage initial entre l’objectif de politique étrangère, fixé par l’Etat, et les moyens mis en œuvre, surtout par le secteur privé. La confrontation entre efficacité et efficience détermine la performance des sanctions, la pertinence n’intervenant que de façon indirecte. La performance devient nulle avec le temps, par suite de l’adaptation réciproque des deux parties antagonistes, conclut le Projet Persan. En outre, des sanctions en multilatéral se révèlent plus performantes que celles en bilatéral, moins globales. Selon Sylvie Matelly, la politique américaine en matière des sanctions, de plus en plus ciblées, résulte d’une réflexion poussée de l’Administration Obama : durcissement lors du premier mandat (2008-2012) puis négociations pour lever les sanctions au cours du second (2012-2016). Ainsi, elle a montré une certaine flexibilité à l’encontre de la Russie, préférant une « directive », plus facile à modifier, qu’une loi votée par le Congrès. Le rôle du dollar dans les échanges internationaux et l’extraterritorialité de leur législation permettent aux Etats-Unis de peser sur l’économie mondiale. Par ailleurs, ces sanctions entraînent des conséquences politiques, humanitaires et sociales non négligeables : prédation et corruption accrues, propagande renforcée ou radicalisation de la politique intérieure dans le pays concerné. S’y ajoute la mobilisation des opinions publiques, comme l’appel à boycotter ses produits, lancé par des organisations non gouvernementales ou même des Etats et relayé par les réseaux sociaux.

Effets de la crise ukrainienne. Seules les sanctions décidées par l’ONU acquièrent une légitimité internationale et leur renouvellement exige l’unanimité du Conseil de sécurité, rappelle Jean de Gliniasty. Selon lui, la crise ukrainienne, consécutive à la sécession de la Crimée et à son rattachement à la Russie (mars 2014) en violation du droit international, suscite un premier jeu de sanctions, où les propositions de l’Union européenne (UE) restent en deçà de celles des Etats-Unis. Puis elles concordent après l’intervention russe dans le Donbass (Est de l’Ukraine) et la destruction d’un avion de la Malaysia Airlines par un missile sol/air (juillet 2014). La guerre civile dans le Donbass (début 2015) aboutit à un cessez-le-feu et aux divers accords de Minsk. Les sanctions de l’UE portent sur le pétrole, le gaz de schiste, l’industrie militaire, tout matériel à usage dual (hélicoptères notamment) et les crédits bancaires au-delà de 30 jours. Dès août 2014, la Russie décrète à son tour des sanctions contre l’UE. Par la suite, les importations russes sont passées de 140 Mds$ en 2013 à 84 Mds$ l’année suivante, au détriment de l’Allemagne, de la Croatie, de la Grèce et de la France. Deuxième importatrice mondiale de porcs en 2012, la Russie en développe l’élevage et deviendra exportatrice en 2018. Autre conséquence des sanctions, la part des investissements de l’UE dans le domaine des technologies en Russie est passée de 70 Md$ en 2013 à 4,8 Md$ en 2015. Sur le plan politique, les sanctions ont provoqué un sursaut nationaliste en Russie, qui a totalement intégré la Crimée à son territoire. Le président Poutine a plus que doublé sa cote de popularité à 87-88 % et son parti, « Russie unie », a remporté les élections législatives avec une écrasante majorité. Enfin, la crise ukrainienne a permis aux Etats-Unis de se rendre encore plus indispensables en Europe.

Agriculture européenne perturbée. Les sanctions russes coûtent déjà 5 Md$ à l’agriculture de l’UE, souligne Arnold Puech d’Alissac. Elles sont devenues effectives quand sa production de produits laitiers était excédentaire. Or un surplus de production de 1 % suscite une chute des prix de 20 %. En outre, l’impossibilité de stocker les produits périssables et le recours à la congélation de la viande entraînent des pertes financières. La France représente 13 % de la population de l’UE, mais 20 % de sa production agricole. En France, ce secteur représente 13.000 industries agro-alimentaires, 460.000 exploitations et 15 % des emplois. Une baisse de sa production agricole entraîne une baisse de sa compétitivité, dont profitent les Pays-Bas et le Danemark. Après la perte du marché russe, les pays baltes, la Pologne, la Belgique et l’Italie se sont tournés vers ceux de l’UE, entraînant une chute des prix. La FNSEA a demandé, en vain, à la Commission européenne une étude d’impact des sanctions russes sur l’agriculture. De son côté, la Russie développe sa production de viande blanche.

Loïc Salmon

Trafics d’armes : fin de crise, embargos, désarmement et consolidation de la paix

ONU : maintenir la paix face aux menaces et attentes nouvelles

Diplomatie parallèle : l’action discrète de particuliers influents et engagés

Le Conseil de sécurité de l’ONU peut prendre des mesures pour maintenir ou rétablir la paix et la sécurité internationales en vertu du Chapitre VII (article 41) de la Charte des Nations Unies. Les sanctions qu’il décide englobent un large éventail de mesures coercitives n’impliquant pas l’emploi de la force armée. Depuis 1966, le Conseil a mis en place 25 régimes de sanctions, qui varient selon les objectifs. Cela va des sanctions économiques et commerciales de grande ampleur à des mesures ciblées, comme les embargos sur les armes, les interdictions de voyager et les restrictions financières ou frappant les produits de base. Ces sanctions visent à appuyer les transitions pacifiques, décourager les changements non constitutionnels, lutter contre le terrorisme, protéger les droits de l’homme et promouvoir la non-prolifération des armes de destruction massive. Entre 1966 et 2017, les sanctions de l’ONU ont concerné : la Rhodésie du Sud ; l’Afrique du Sud ; l’ex-Yougoslavie ; Haïti ; l’Irak ; l’Angola ; la Sierra Leone ; la Somalie ; l’Érythrée ; le Libéria ; la République démocratique du Congo ; la Côte d’Ivoire ; le Soudan (2) ; le Liban ; la Corée du Nord ; l’Iran ; la Libye (2) ; la Guinée-Bissau ; la République centrafricaine ; le Yémen ; Al-Qaida ; les talibans (2).




La Biélorussie à la recherche d’une « troisième voie »

Soumise à un régime très autoritaire mais non totalitaire, la Biélorussie (Belarus) reste membre du Mouvement des non-alignés (120 Etats), malgré la proximité ouest-européenne et le poids de l’influence russe.

Un groupe de l’Association des auditeurs de l’Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale s’est rendu en Biélorussie du 21 au 28 juin 2017 et y a rencontré des représentants du Ministère des Affaires étrangères, de la société civile et de l’opposition.

Consolidation de l’autoritarisme. La Biélorussie est dirigée depuis 1994 par Alexandre Loukachenko, ancien directeur de Sovkhoze, élu avec 80% des voix sur un programme de bonne gouvernance, de sécurité politique et de lutte contre la corruption des apparatchiks soviétiques. A l’origine plutôt réformateur, il privilégie la stabilité économique et sociale et redoute une évolution à l’ukrainienne, jugée dangereuse. Depuis 1994, il a réussi, notamment via les référendums de 1996 et 2004, à transformer le régime parlementaire en régime présidentiel, concentrer tous les pouvoirs et se représenter indéfiniment pour des mandats de cinq ans. Malgré l’absence d’accès à la presse écrite et à la télévision pour les opposants politiques, les voyages et les contacts avec les étrangers sont libres ainsi que la consultation des sites internet hostiles au régime. L’Etat domine largement la vie économique du pays, à 70% environ. Durant la période soviétique, la Biélorussie était le siège d’industries mécaniques développées. Elle a donc continué à profiter, lors de la dislocation de l’Empire, d’un niveau de vie bien supérieur à celui des autres républiques nouvellement indépendantes. En outre, se sont implantées récemment quelques entreprises mondiales, leaders dans les jeux électroniques et la vidéo, ainsi que « Regula », premier fournisseur mondial de détecteurs de faux billets dans une « petite Silicon Valley ».  L’agriculture, sous le contrôle de l’Etat qui dirige de vastes exploitations, constitue la majorité des exportations. En conséquence, la plupart des Biélorusses apportent leur soutien au régime et se montrent peu sensibles aux appels de l’opposition en faveur de la démocratie, des droits de l’Homme ou de la liberté de la presse. Les attaques russes contre la souveraineté et l’indépendance de la Géorgie et de l’Ukraine ont été mal ressenties en Biélorussie.

Le « grand frère » russe. Riche d’une longue histoire sous domination polono-lituanienne, puis russe et soviétique, la Biélorussie a fêté en 2017 les 25 ans de son indépendance, acquise contre sa volonté. Des relations très particulières, héritées de 70 ans de férule soviétique et basées sur une dépendance militaire et économique, la lient aujourd’hui à la Russie, dont elle doit rester proche. La menace de l’OTAN, agitée par Moscou, l’inquiète et la maintient dans des relations militaires étroites avec son voisin. Les manœuvres conjointes, lancées en septembre et dénommées Zatrad 2017, mobilisent officiellement de 12.700 soldats, mais la Lituanie estime les effectifs à 100.000. Le scenario, selon Minsk, porte sur une « tentative occidentale de déstabilisation par une invasion imaginaire » mais, selon Moscou, sur « une infiltration de groupes terroristes en Biélorussie et à Kaliningrad » (enclave russe entre la Pologne et la Lituanie). Il s’agit, bien sûr, de l’OTAN. Au centre des préoccupations régionales se trouve le corridor de Suwalki, seul trait d’union d’une centaine de km entre les pays baltes et l’Union européenne, et interruption dans la continuité territoriale entre la Russie et son enclave de Kaliningrad. Malgré l’absence de véritable base militaire russe en Biélorussie, il existe une coopération étroite entre un système commun de défense aérienne, une station de radars pour la défense de Moscou et un centre de télécommunications pour la flotte russe, les forces de la Russie continentale et Kaliningrad. Les relations entre la Biélorussie et Kaliningrad sont soutenues par un important commerce bilatéral via ce débouché direct pour les produits agricoles biélorusses. Une union militaire existe depuis 1996 avec la Russie qui, en contrepartie, protège la Biélorussie, et accorde des prix réduits sur ses importations d’hydrocarbures. Mais depuis 2011, la Biélorussie subit une grave crise économique à laquelle se sont ajoutées l’embargo sur les produits alimentaires imposé par Moscou et les mauvaises conditions économiques en Russie et en Ukraine. La Biélorussie fait partie du bloc de l’Est, elle est « alliée », mais non « alignée » sur la Russie, car soucieuse de préserver ses intérêts nationaux et sa souveraineté, notamment en politique extérieure. Ainsi, elle n’a reconnu ni « l’indépendance » de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud, ni l’annexion de la Crimée. En jouant un rôle de facilitateur des Accords de Minsk destinés à résoudre le conflit ukrainien en 2015, la Biélorussie est réapparue sur la scène européenne comme un partenaire à prendre en compte. Fière de ses racines européennes et désireuse de recréer une nouvelle mémoire historique antérieure aux annexions russes du XVIIIème siècle, elle tente de sortir d’une relation quasi mortifère avec la Russie et s’efforce de développer ses relations avec l’Europe occidentale.

Perspectives politico-stratégiques. La Biélorussie tâtonne pour trouver sa place en Europe. Ses expériences douloureuses des guerres européennes la conduisent à louvoyer sans cesse entre l’Union européenne et la Russie. La première lui apporte un soutien intermittent et très mesuré, mais qui attire un nombre grandissant de Biélorusses, notamment parmi la jeunesse. La seconde emploie tous les moyens, y compris les menaces sur les livraisons de gaz, pour renforcer sa mainmise, déjà forte, sur un voisin récalcitrant ! Son existence et sa survie en tant qu’Etat indépendant dépendront de sa capacité à maintenir un équilibre pacifique entre l’Europe de l’Ouest, dont elle se sent culturellement proche, et la Russie qui maintient sur elle un étau militaire et économique. La Biélorussie d’aujourd’hui est devenue un pays développé, avec un bon niveau de formation et un taux de corruption bas. Elle se situe en effet au 79ème rang dans le classement de l’organisation non gouvernementale Transparency International !

Hélène Mazeran

OTAN : la France a repris toute sa place sur le plan opérationnel

Proche-Orient : retour en force de la Russie dans la région

Chine, Iran, Russie : un nouvel empire mongol ?

D’une superficie de 107.000 km2, la Biélorussie est peuplée de 9,49 millions de personnes avec un produit intérieur brut par habitant de 6.471 $ en 2015. Elle dispose principalement de ressources agricoles. Elle a connu un passé prestigieux polono-lituanien jusqu’à son annexion à l’Empire russe au XVIIIème siècle. Sous domination soviétique de 1918 à 1991, elle a accédé, contre sa volonté, à l’indépendance sous le nom de République du Belarus. Ce passé perdure dans ses lieux de mémoire : Mir et Niesvij, châteaux de la famille Radziwill restaurés par l’Etat biélorusse ; bataille de la Bérézina contre l’armée napoléonienne (1812) ; massacre de Khatyn par l’armée allemande (1943) ; Brest ex-Litovsk avec la signature du traité de paix entre la République russe bolchevique et l’Empire allemand (1918), puis attaque de la Wehrmacht (1941) ; forêt de Bielovieje avec la signature de la dissolution de l’URSS (1991).




Armement : légère baisse des exportations françaises en 2016

Les prises de commandes d’armements français à l’export ont atteint 14 Mds€ en 2016, selon le rapport du ministère des Armées remis au Parlement le 7 juillet 2017. Elles se montaient à 16 Mds€ en 2015, année exceptionnelle.

Les partenariats « stratégiques ». L’industrie française de défense, qui regroupe une dizaine de grands groupes et 4.000 petites et moyennes entreprises, emploie 165.000 personnes. Elle réinvestit de 10 % à 20 % du chiffre d’affaires des exportations dans la recherche et le développement, afin d’assurer son avance technologique et de maintenir des emplois de haute technicité non délocalisables. Selon la Direction générale de l’armement (DGA), les prises de commandes françaises entre 2012 et 2016 se répartissent ainsi : 47,4 % aux Proche et Moyen-Orient ; 34,1 % en Asie ; 6,9 % en Europe ; 5,1 % dans les Amériques ; 3,6 % en Afrique ; 1,1 % en Océanie ; 1,7 % divers. L’Etat-major des armées (EMA), la Direction générale des relations internationales et de la stratégie (DGRIS) et la DGA participent à la « diplomatie de défense » par le biais de dialogues, réguliers ou ponctuels, avec les représentants de nombreux pays. L’EMA traite les dossiers opérationnels et de coopération militaire et la DGA ceux relatifs à l’armement. La DGRIS entretient des dialogues sur l’environnement stratégique, la sécurité et les crises régionales en cours avec les grands partenaires, comme l’Australie, la Malaisie, l’Inde, Singapour, la Jordanie, le Nigeria, la Finlande ou la Roumanie. Coopération militaire et dialogue stratégique ont acquis une dimension politique. Des réunions annuelles des hauts comités de défense, présidées par le ministre, permettent de dresser un état complet de ces relations bilatérales.

La concurrence internationale. Face à la contraction de leur marché intérieur sous l’administration Obama, les Etats-Unis recourent aussi aux partenariats commerciaux et politiques pour conclure des contrats intergouvernementaux dénommés « Foreign Military Sales ». Ceux-ci consistent à vendre, à des Etats, notamment du Moyen Orient et d’Asie, des matériels militaires achetés par le gouvernement fédéral à des industriels américains, en vue de profiter de la réduction des coûts unitaires induite par l’effet de série. De même, la Russie propose une coopération de défense et de sécurité à des clients aux ressources budgétaires limitées, afin de s’implanter dans des pays hors de sa sphère traditionnelle, notamment en Asie, au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. L’Union européenne tente de se constituer une industrie commune de défense, selon le principe « d’interdépendance librement consentie » et grâce aux progrès de la coopération dans le cadre de la « Letter of Intent » (lettre d’intention). Pourtant, ses signataires (Allemagne, Espagne, France, Italie, Grande-Bretagne et Suède) se font concurrence pour trouver des débouchés pour leurs entreprises sur les marchés les plus porteurs. Israël se concentre sur des segments de haute technologie : drones, systèmes spatiaux et missiles. Des pays émergents, comme la Corée du Sud, la Chine et la Turquie, consolident leur propre base industrielle et technologique de défense, à partir des transferts de technologie et de savoir-faire consentis dans le passé par des entreprises occidentales en compensation des grands contrats d’armement. Quoique leur niveau technologique, encore limité, les exclut de fait des secteurs les plus en pointe, ils parviennent quand même à remporter des appels d’offres internationaux. Ainsi, au cours des 15 dernières années, la part des 10 premières entreprises mondiales d’armements, toutes américaines et européennes, est passé de 60 % à 50 %, tandis que celle des pays émergents a progressé de 15 %.

Les embargos en cours. Les institutions internationales ont imposé des embargos sur les armes à destination de plusieurs pays, encore en vigueur au 1er mai 2017. Le Conseil de sécurité de l’ONU et l’Union européenne (UE) en ont décrété vis-à-vis de la Corée du Nord, de l’Iran, du Liban, de la Somalie, de la Libye, du Darfour, de la Centrafrique et des forces non gouvernementales de l’Irak, du Yémen et de la République démocratique du Congo. L’UE a aussi imposé des embargos sur les armes à destination de la Chine, de la Russie, de la Biélorussie, de la Syrie, du Soudan Erythrée, du Soudan du Sud et du Zimbabwe. Enfin, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) a imposé un embargo sur les armes et munitions aux forces engagées dans des combats dans la région du Nagorno-Karabakh en Arménie.

Le contrôle des trafics d’APLC. Les armes légères et de petit calibre (ALPC) et leurs munitions, faciles à dissimuler et transporter, constituent l’essentiel des trafics illicites d’armes dans le monde. La France et la Suisse ont réussi à faire adopter « l’Instrument international de traçage » des ALPC. Dans le cadre de l’OSCE, la France est aussi à l’origine de « l’Arrangement de Wassenar » sur la prévention des transferts déstabilisants d’ALPC par voie aérienne. Pendant l’opération « Serval » au Mali (janvier 2013-juillet 2014), les forces françaises ont découvert 200 t d’armements et de munitions. L’opération « Barkhane » (lancée en août 2014), menée avec les pays du G5 Sahel (Tchad, Niger, Burkina Faso, Mali et Mauritanie) vise à réduire la liberté d’action des groupes armés terroristes, en les privant de leurs moyens de combat par la recherche et le démantèlement de leurs caches d’armes, d’explosifs et de munitions (20 t de munitions détruites fin 2016). En outre, la Direction de la coopération de sécurité et de défense du ministère des Affaires étrangères apporte un soutien technique, matériel et financier au déminage de Ouidah au Bénin et aux formations de gestion et de sécurisation des stocks d’armes. Enfin, en 2018, la France présidera la 3ème conférence d’examen du Programme d’action des nations unies sur les armes légères.

Loïc Salmon

Golfe de Guinée : zone de crises pour longtemps

Marine nationale : permanence, Opex et police en mer

Le partenariat intergouvernemental de la France avec l’Australie, signé le 20 décembre 2016, fait suite à la vente de 12 sous-marins océaniques à propulsion diesel-électrique pour un montant de 34 Mds€. Conclu avec Naval Group (ex-DCNS) et d’une durée de 50 ans, il porte sur les conception et construction de la plate-forme, en vue de la mise en service actif du premier submersible au début des années 2030. Celui avec l’Inde, qui remonte à 1953 avec les premiers Mirage de Dassault Aviation, s’est renforcé par le contrat de vente de 36 Rafale, signé le 23 septembre 2016. En comptant les achats de l’Egypte et du Qatar en 2015, 84 Rafale ont été vendus en deux ans. Le partenariat stratégique avec le Koweït, en cours depuis plusieurs décennies, a débouché sur la signature, le 9 août 2016 avec Airbus Hélicoptères, d’un contrat de 1 Md€ pour 30 hélicoptères Caracal de sauvetage et de transport de troupes, dont les livraisons s’échelonneront entre 2018 et 2020. Enfin, suite au traité de coopération en matière de défense et de sécurité de Lancaster House (2010), l’accord intergouvernemental entre la France et la Grande-Bretagne a été ratifié par les Parlements à l’automne 2016. Il porte notamment sur les systèmes de missiles du groupe franco-britannique MBDA, 2ème constructeur mondial de missiles tactiques.




Golfe de Guinée : sécurité et sûreté en mer et à terre

La France accompagne les pays riverains du golfe de Guinée dans la prise en compte de leur sauvegarde maritime. Le contre-amiral Bernard-Antoine Morio-de-Lisle, sous-chef d’état-major des opérations aéronavales, a présenté la situation à la presse, le 14 septembre 2017 à Paris, en complément du dossier de la publication Cols Bleus.

Les nouvelles menaces. En matière de pêche illicite, 40 % des captures sont effectuées par des bateaux étrangers, soit une perte annuelle de 1,5 Md$ pour les pays d’Afrique de l’Ouest, dont 300 M$ pour le Sénégal et 100 M$ pour la Guinée. Depuis 2013, les actes malveillants en mer ont entraîné une perte estimée à 40.000 barils de pétrole par jour. En outre, 151 actes de piraterie ont été recensés en 2016, dont 74 % au large du Nigeria. Il s’agit surtout d’enlèvements contre rançon avec un niveau de violence dépassant celui de la Somalie. S’y ajoutent les brigandages dans les approches portuaires. La corruption, issue des trafics de cocaïne, déstabilise le Sénégal, le Mali et le Nigeria. Enfin, le terrorisme de la bande sahélo-saharienne se propage vers le Sud, où la radicalisation djihadiste a été constatée dans les ports.

L’approche globale. Pour assurer la protection de ses intérêts, la France a conclu des accords bilatéraux avec trois pays pour y prépositionner des forces : Eléments français au Sénégal avec un effectif de 350 militaires ; Forces françaises en Côte d’Ivoire (950) ; Eléments français au Gabon (350). Un accord avec le Cap-Vert et le Sénégal autorise la présence constante à Dakar d’un avion de surveillance maritime Falcon 50 pour la recherche et le sauvetage en mer. De plus, dans le cadre de l’opération « Corymbe » lancée en 1990, la Marine française assure une présence permanente dans le golfe de Guinée avec un ou plusieurs navires, dont un bâtiment de projection et de commandement (BPC) avec son hélicoptère Alouette III et/ou un patrouilleur de haute mer ou un bâtiment hydrographique. Ces moyens contribuent à l’action locale de l’Etat en mer : protection du trafic maritime et des ressources halieutiques ; lutte contre la pollution par hydrocarbures, la piraterie et les trafics illicites. Par ailleurs, ils actualisent la connaissance opérationnelle de la zone et sont renforcés pour le soutien d’opérations, notamment « Licorne » en Côte d’Ivoire (2002 à 2015), « Serval » au Mali (2013) et « Sangaris » en République centrafricaine (2013-2016). Sur le plan humanitaire, le BPC Tonnerre a acheminé l’installation d’un centre de traitement des soignants lors de la lutte contre le virus Ebola en Guinée (2014). De plus, les navires de « Corymbe » participent périodiquement à l’entraînement des forces terrestres françaises prépositionnées, dans le domaine amphibie et pour les qualifications à l’appontage des équipages d’hélicoptères. La coordination entre les forces terrestres et navales permet de conduire une coopération opérationnelle continue et adaptée aux spécificités régionales. Les 19 et 20 septembre 2017, le Sénégal avec le soutien de la France a organisé la 2ème édition du Symposium des chefs d’état-major des Marines, qui a accueilli les représentants de 28 pays, dont l’Espagne, le Portugal, le Danemark et les Etats-Unis, et auquel 18 chefs d’état-major africains ont participé. Il a porté sur le partage de réflexions sur les enjeux du golfe de Guinée, sur la stabilité et la sécurité au profit de la prospérité et sur l’identification des besoins pour une meilleure coordination. Ce symposium a préparé le 4ème Forum international de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique (13-14 novembre 2017).

Le processus de Yaoundé. La coopération en matière de sécurité et de sûreté maritimes a été définie lors du sommet de Yaoundé (Cameroun) en juin 2013. Les participants ont adopté un code de conduite relatif à la prévention et à la répression des actes de piraterie, des vols à main armée à l’encontre des navires et des activités maritimes illicites. La conception de la stratégie relève des organisations régionales, à savoir la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest et la Communauté économique de l’Afrique centrale qui ont délimité leur zone respective de coopération maritime. Dès septembre 2014, le Centre interrégional de coordination a été ouvert à Yaoundé. De leur côté, les Etats conduisent les opérations. A cet effet, un centre régional de sécurisation maritime a été installé à Pointe-Noire (Congo) pour l’Afrique centrale (CRESMAC) et un autre à Abidjan (Côte d’Ivoire) pour l’Afrique de l’Ouest (CRESMAO). Le CRESMAC coordonne les actions des commandements maritimes et terrestres : d’Angola, de la République démocratique du Congo et du Burundi (Zone A) ; du Congo, de la République centrafricaine et du Tchad (Zone B) ; du Gabon, du Cameroun, de la Guinée équatoriale et de Sao Tomé (Zone D). Il n’existe pas de Zone C. Le CRESMAO fait de même pour : le Nigeria, le Bénin, le Togo et le Niger (Zone E) ; le Ghana, la Côte d’Ivoire, le Liberia, la Sierra Leone et le Burkina Faso (Zone F) ; le Cap-Vert, le Sénégal, la Guinée, la Gambie et la Guinée-Bissau (Zone G). En décembre 2013, le sommet de l’Elysée sur la paix et la sécurité en Afrique a débouché sur la création de l’Institut de sécurité maritime interrégional, ouvert à Abidjan en septembre 2015. Ce dernier, qui accueille des stagiaires de 12 pays du golfe de Guinée chaque année, forme des instructeurs dans les domaines de la lutte contre le narcotrafic, l’assurance maritime, le droit de la mer, la sécurité et la sûreté maritimes ou la cybercriminalité dans l’industrie maritime. En outre, la Direction de la coopération de sécurité et de défense (ministère français des Affaires étrangères) détache, sur place, des personnels spécialisés pour mettre en synergie les administrations relatives à la mer : Marine, Gendarmerie, Affaires maritimes, douanes, justice, environnement ou protection civile. Depuis 2010, elle apporte son concours à l’Ecole navale à vocation régionale de Bata (Guinée équatoriale), qui forme des officiers et des officiers-mariniers de 13 pays africains. A l’occasion d’escales ou d’exercices en mer de bâtiments français ou de pays partenaires, des périodes d’instruction sont organisées sur la mécanique, les transmissions, la plongée ou la visite d’un navire suspect. Une centaine de périodes ont été réalisées au profit de 1.000 marins africains en 2016. Enfin, les exercices « African Nemo », spécifiques aux Marines du golfe de Guinée, se déroulent depuis 2013 avec intervention des structures en mer et à terre.

Loïc Salmon

DGA : 2015, un excellent millésime pour l’armement

MBDA : coopération industrielle européenne pour les missiles

Trafics d’armes : fin de crise, embargos, désarmement et consolidation de la paix

 

Etendu sur 5.707 km de côtes, le golfe de Guinée recèle des réserves de 100 milliards de barils de pétrole et de 4.000 milliards de m3 de gaz naturel. Il représente : 50 % de la production pétrolière africaine (10 % du total mondial), dont 700.000 barils/jour au Gabon ; 90 % du volume des échanges des Etats de la zone ; 90 % du produit intérieur brut du Togo grâce au port de Lomé ; plus de 1Mt de poissons pêchés par an. Enfin, 80.000 ressortissants français résident dans les pays riverains et enclavés. La sécurité maritime concerne toutes les mesures étatiques relatives aux catastrophes naturelles ou accidentelles. La sûreté maritime porte sur la prévention et la lutte contre les actes de malveillance en mer et dans les ports.




Chine : les « nouvelles routes de la soie », enjeux idéologiques et réalités stratégiques

Priorité diplomatique de la Chine, l’Asie centrale présente en effet pour elle des atouts en matière de débouchés commerciaux, mais aussi de sécurité, face au terrorisme international, et de stratégie pour réduire l’influence de l’Occident dans le monde.

Ce thème a été traité par Emmanuel Lincot, professeur à l’Institut catholique de Paris, lors d’une conférence-débat organisée, le 22 juin 2017 à Paris, par l’Association nationale des auditeurs jeunes de l’Institut des hautes études de défense nationale.

Le réveil de l’Asie centrale. Dès la fin du XIXème siècle, les régions de la route de la soie, très fréquentées par les archéologues et agents de renseignement français et allemands, font l’objet d’une rivalité entre les Empires russe et britannique, explique le professeur Lincot. Puis, l’Union soviétique et la Chine se les partagent de façon aléatoire, sans tenir compte des particularismes locaux et culturels des peuples ouzbek, kirghiz et tadjik. Après la chute de l’URSS (1991), les ex-républiques soviétiques, devenues Etats nations, redécouvrent leur histoire, arrêtée au début du XXème siècle, et relancent les « routes de la soie » d’autrefois pour se faire connaître (voir encadré). Or, leurs populations, pauvres, augmentent au sein de sociétés claniques et soumises au clientélisme de dirigeants issus de la « nomenklatura » soviétique (élite du Parti communiste). Aujourd’hui,  la question de leur succession va bientôt se poser. Le Turkménistan, misérable, subit les incursions des talibans venus d’Afghanistan. Enfin, le djihadisme international est apparu au Kazakhstan.

Un gigantesque projet politique. Pendant un millénaire, la Chine a considéré l’Inde et l’Asie centrale comme son environnement proche à l’Ouest et donc son premier « Occident ». Par suite de sa croissance économique dans les années 1980, elle constate l’insuffisance de ses productions de pétrole et de gaz. Après la disparition du monde bipolaire Est-Ouest (1991), elle se tourne vers l’Ouest et commence par reconnaître les nouveaux pays d’Asie centrale, dont certains produisent des hydrocarbures. En 2001, profitant du succès de son intégration à la mondialisation économique, elle fonde, avec eux et la Russie, l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), deuxième entité internationale après l’ONU (voir encadré). Outre son volet sécuritaire de lutte contre le terrorisme international, l’OCS promeut une coprospérité inter-asiatique par un programme de développement de l’Asie d’un montant de 1.700 Md$, financé par la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures. Cette dernière a été créée à l’initiative de la Chine, dans le cadre du projet des « nouvelles routes de la soie » pour concurrencer le Fonds monétaire international, la Banque mondiale et la Banque asiatique de développement (principaux actionnaires : Japon avec 15,67 % et Etats-Unis avec 15,56 %). En 2016, la Chine parvient à faire entrer l’Inde et le Pakistan dans l’OCS, deux pays pourtant rivaux. Le Pakistan reste en effet son fidèle allié, depuis qu’elle a gagné une guerre contre l’Inde en 1962 puis a annexé une partie du Cachemire. Un plan de 45 Mds$ est consacré à l’édification d’un corridor de sécurisation des approvisionnements pétroliers entre la Chine et le port pakistanais de Gwadar, proche du détroit d’Ormuz. En outre, la Chine souhaite l’adhésion de la Turquie et surtout de l’Iran, producteur d’hydrocarbures et partenaire stratégique de l’Inde pour contourner le Pakistan. Pour l’Iran, une entrée à l’OCS lui permettrait de revenir sur la scène internationale en Asie centrale. Mais, le projet pharaonique des « nouvelles routes de la soie », voulu et annoncé par le président de la République Xi Jinping lors de son arrivée au pouvoir en 2013, commence à être critiqué au sein du gouvernement chinois. Il coûte très cher et, à la mi-2017, les premiers prêts consentis ne sont pas encore remboursés.

Le « grand jeu » d’influence. Après 1991, la Russie s’est rapprochée de la Chine et effectue régulièrement des manœuvres militaires depuis 2003. Les deux pays ont adopté une position commune sur la Syrie et le projet nucléaire iranien, avec la volonté d’éviter toute ingérence en matière de souveraineté. En revanche, ils divergent sur les crises de Géorgie (2008) et d’Ukraine (depuis 2013). La présence chinoise en Sibérie orientale, surtout à Vladivostok, s’accroît au point qu’a été créé à Moscou un ministère de l’Extrême-Orient russe. Or pour la Russie, tout ce qui vient de l’Est ou est asiatique au sens large devient synonyme de danger depuis l’invasion mongole (XIIIème siècle). Mais, souligne le professeur Lincot, le produit intérieur brut de la Russie n’équivaut qu’à celui de l’Italie, alors que la Chine occupe la deuxième place économique au monde. En outre, celle-ci doit ménager l’Union européenne, son premier partenaire commercial. Elle poursuit sa stratégie du « collier de perles », chapelet de ports aménagés du Sri Lanka à Djibouti. Par ailleurs, les expatriés chinois sont passés de 25.000 en 1992 à 125 millions en 2015. Pour défendre ses ressortissants, la Chine a annoncé l’augmentation de son budget militaire, le lancement d’un deuxième porte-avions et le développement d’une flotte de haute mer pour protéger les voies de communications. A terme, une présence navale chinoise trop importante pourrait déboucher sur un conflit avec l’Inde en océan Indien et avec les Etats-Unis dans le Pacifique. Cela renforce l’intérêt pour les « nouvelles routes de la soie », qui passent  aussi par l’Arctique, l’Amérique latine et l’Afrique. Ce projet, qualifié d’incertain, d’utopique et d’échec stratégique par Washington, s’appuie aussi sur un nationalisme chinois fort. Le grand retour de la Chine fait suite au « déclin de l’Occident », selon Pékin, et constitue une revanche, depuis les humiliations des guerres de l’opium (1839-1842 et 1856-1860) et des « traités inégaux » (1842-1933).

Loïc Salmon

Chine, Iran, Russie : un nouvel empire mongol ?

Chine : une stratégie de plus en plus mondiale

Chine : montée en puissance plus diplomatique que militaire

A partir du IIIème siècle avant l’ère chrétienne, les « routes de la soie » ont constitué un réseau commercial de caravanes (un an de voyage) entre la Chine et l’Europe pour divers produits : musc, pierres précieuses, porcelaine, laine, lin, jade, ambre, ivoire, laque, épices, verre, corail, métaux précieux, armes et…soie. Toutes les pistes progressent le long d’un chapelet d’oasis-forteresses (lieux d’échanges) à la périphérie du désert et au pied de hautes montagnes par des itinéraires Nord et Sud. Parallèlement, une route maritime va de la Chine au golfe Persique, via les îles de la Sonde. La dislocation de l’empire mongol, l’ouverture de la « route maritime des épices » et la fabrication de la soie en Europe mèneront à l’abandon de la voie terrestre au XVème siècle. En 2001, Chine, Russie, Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan et Ouzbékistan fondent l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS). L’Inde et le Pakistan  les rejoignent en 2016. L’OCS regroupe 20 % des ressources mondiales de pétrole, 38 % du gaz naturel, 40 % du charbon et 30 % de l’uranium. Les deux principaux pays membres sont des puissances militaires : Russie, 1,1 million de personnels, 7.290 ogives nucléaires et 70 sous-marins ; Chine, 2,25 millions de personnels, 260 ogives nucléaires et 70 sous-marins.




Asie-Pacifique : zone d’intérêt stratégique pour la France

Pays riverain de la zone Asie-Pacifique et membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, la France entretient une coopération de défense avec de nombreux pays pour garantir la sécurité.

Son action, articulée autour de trois cercles, a été présentée à la presse, le 8 juin 2017 à Paris, par le contre-amiral Denis Bertrand, commandant supérieur des forces armées en Polynésie française et commandant de la zone maritime du Pacifique. Les forces permanentes sont renforcées régulièrement par des bâtiments militaires de passage.

Souveraineté et protection. Le 1er cercle correspond à la surveillance des 118 îles et atolls où la France exerce sa souveraineté, précise l’amiral. Les forces armées de Nouvelle-Calédonie, qui assurent l’action de l’Etat en mer et peuvent, le cas échéant, être projetées, se composent de 1.800 personnels, 4 navires et 4 aéronefs (avions et hélicoptères). Les forces armées de Polynésie française (1.000 personnels, 4 navires et 5 aéronefs) assurent la protection de la zone économique exclusive (ZEE) et interviennent lors des menaces climatiques (cyclones) et criminelles (trafics et pêche illicite). L’imagerie satellitaire permet de discriminer les zones d’action efficace des moyens maritimes et aériens engagés. En matière de narcotrafic, celui de la cocaïne part d’Amérique latine, suit la côte ouest-américaine, traverse le Nord du Pacifique, longe les côtes du Japon, des deux Corées, de la Chine et des Philippines, puis bifurque vers l’Europe, par le détroit de Malacca et l’océan Indien, ou vers l’Australie qu’il peut aussi atteindre directement. Une cargaison record de 1.429 kg de cocaïne a été saisie en janvier 2017 grâce à la coopération avec les polices régionales. A titre indicatif, la dose fabriquée en Colombie revient à 10 $, est revendue 50 $ aux Etats-Unis et jusqu’à 250 $ en Australie. La surveillance des zones de pêche, notamment du thon, dans la ZEE consiste à cibler les bateaux étrangers pour les dissuader. Repérés par les signaux électroniques qu’ils émettent, ils sont localisés par un satellite ou un avion Falcon 200 Gardian. Une frégate de surveillance se dirige vers eux et envoie une équipe de visite vérifier, à bord, la légalité des prises. Enfin, la souveraineté implique de bien connaître la zone et de maintenir le lien avec les populations de territoires isolés : Iles de la Société, Tuamotu, Marquises, Gambier et Australes. Les bâtiments français s’y rendent selon des fréquences variant de moins d’un an à plus de trois ans.

Le voisinage proche. Le 2ème cercle concerne les partenariats avec les pays voisins, indique l’amiral Bertrand. Dans le cadre de l’accord FRANZ entre la France, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, les forces de Nouvelle-Calédonie et de Polynésie française apportent leur concours en cas de catastrophe naturelle. L’accord QUAD entre la France, les Etats-Unis, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, permet de gérer de façon durable les ressources du Pacifique Sud, en appui d’opérations locales de contrôle des pêches. Il a donné lieu à plusieurs opérations de police : « Tui Moana » (mai 2015) au large des îles Samoa, Cook, Tonga, Fidji, Tuvalu et Tokelau ; Kuru Kuru (octobre 2015) au large de la Polynésie française et des îles Cook et Kiribati pour contrôler des palangriers chinois et taïwanais ; « Tautai » (mars 2017) au large des Marquises, des Iles de la Société et de la Polynésie française. Ces deux accords permettent aussi d’apporter un appui direct aux pays insulaires du Pacifique (Cook, Kiribati et Pitcairn), sous forme de survol de leur ZEE et d’entraînement de leurs patrouilleurs à l’arraisonnement.

Le Pacifique. Le 3ème cercle s’étend sur l’ensemble du Pacifique jusqu’à la mer de Chine et inclut le soutien aux initiatives locales de sécurité maritime, explique l’amiral Bertrand. « L’International Maritime Bureau » de Londres a répertorié 191 actes de piraterie dans le monde en 2016 (246 en 2015). La moitié s’est produite dans le Sud-Est asiatique, où transitent près de 800 navires de commerce français. Un capitaine de vaisseau français est affecté à « l’Information Fusion Center » de Singapour, où se construit une image commune de la situation régionale au profit des compagnies maritimes. Le contrôle naval volontaire, protocole entre la Marine nationale et les armateurs français, permet de suivre les navires marchands, de les orienter et de leur porter rapidement assistance, lorsqu’ils transitent dans des zones à risques (piraterie ou terrorisme). En contrepartie, les navires marchands sont invités à reporter toute activité suspecte ou événement à caractère criminel ou illicite, observé en mer ou en escale. Ce dispositif, évolutif, permet d’affiner la connaissance des zones à risques et de ce qui s’y passe. Il s’applique notamment aux points de passage stratégiques : canal de Suez et détroits de Bab-el-Mandeb, d’Ormuz, de Malacca, de la Sonde et de Lombok. En application de conventions de l’ONU sur le droit de la mer (liberté de navigation), la France déploie régulièrement des bâtiments militaires dans l’Ouest du Pacifique : la frégate de surveillance Vendémiaire en 2014 et 2015 ; le Groupe Ecole d’application des officiers de marine (GEAOM) en « Mission Jeanne d’Arc » (2015 et 2017) ; la frégate multi-missions Provence (2016) ; la frégate furtive Guépratte (2016) ; le bâtiment de projection et de commandement Tonnerre (2016) ; la frégate de surveillance Prairial (2017). Certains ont participé à l’exercice « RIMPAC » organisé tous les deux ans par la Marine américaine dans le Pacifique.

Mission Jeanne d’Arc. Le GEAOM, en « mission Jeanne d’Arc » pour cinq mois (mars-juillet 2017), est composé du bâtiment de projection et de commandement Mistral, la frégate furtive Courbet et d’un groupe tactique embarqué de l’armée de Terre. Il effectue, notamment, des missions de connaissance-anticipation, de coopération régionale ou bilatérale et de soutien à la diplomatie. Il a effectué des exercices de préparation opérationnelle interarmées (protection des approches maritimes) en Grèce. Il a apporté un soutien aux opérations de lutte contre le terrorisme et la piraterie en mer Rouge et en océan Indien (Egypte et Djibouti). Enfin, il a participé à des manœuvres communes en Malaisie, au Viêt Nam, au Japon, à Guam et en Australie.

Loïc Salmon

Asie-Pacifique : rivalités et négociations sur les enjeux stratégiques

Asie du Sud-Est : zone sous tension et appropriation territoriale de la mer

Marines : outils de sécurité, du Moyen-Orient à l’océan Indien

 

L’Institut international des études stratégiques de Londres a publié les budgets de défense 2015 des principaux pays d’Asie-Océanie : Etats-Unis, 597 Mds$ ; Chine, 145 Mds$ ; Inde, 48 Mds$ ; France, 47 Mds$ ; Japon, 41 Mds$ ; Corée du Sud, 33 Mds$ ; Australie, 23 Mds$ ; Singapour, 9,7 Mds$ ; Indonésie, 7,6 Mds$. Les enjeux sécuritaires en Asie portent d’abord sur les pays détenteurs de l’armement nucléaire : Russie ; Chine ; Inde et Pakistan, non parties au traité de non-prolifération (TNP) ; Corée du Nord, qui s’est retirée du TNP. Les Etats-Unis stationnent des forces militaires à Diego Garcia, aux Philippines, en Corée du Sud, au Japon et à Guam. En outre, leur VIIème Flotte est déployée dans l’Ouest du Pacifique et en océan Indien. Membre d’une vingtaine de forums régionaux, la France est très présente en Asie-Pacifique, où se trouvent 63 % de sa zone économique exclusive, 500.000 de ses ressortissants et 130.000 expatriés. Elle dispose de 14 attachés de défense dans 33 pays, de l’Inde à l’Australie.




Afrique : fraude et corruption des agents publics, des fléaux difficiles à éradiquer

Fraude et corruption nuisent au développement de la plupart des pays africains, favorisent le crime organisé et participent au financement du terrorisme. Une lutte efficace implique l’action de l’Etat, accompagnée de dispositifs de prévention et de contrôle des bailleurs de fonds internationaux.

Ce thème a fait l’objet d’une conférence-débat, organisée le 11 mai 2017 à Paris, par l’Association des auditeurs jeunes de l’Institut des hautes études de défense nationale. Y sont intervenus : Marianne Sivignon-Lecourt, directrice du département de contrôle permanent et de la conformité à l’Agence française de développement (AFD) ; Laurent Guillaume, ancien officier de police expert en lutte contre le crime organisé.

Situation endémique. La corruption consiste à s’enrichir personnellement par l’abus d’une charge publique, rappelle Laurent Guillaume. Très dissimulée en Europe, elle est devenue quasi légale en Afrique, notamment parmi les pays de la bande sahélo-saharienne qui connaissent la guerre, l’instabilité politique et la pauvreté. L’Etat ne représente rien pour la plupart des ethnies, qui ne comprennent pas la finalité de l’impôt, sans compter la dîme que s’octroient les percepteurs. L’Etat ne parvenant pas à investir suffisamment dans les services de sécurité, les réseaux mafieux se multiplient. En Afrique de l’Ouest, la corruption sévit surtout parmi les policiers, gendarmes, douaniers et…magistrats. Tout le monde s’en plaint, mais veut sa part du gâteau. Le douanier ou le policier doit entretenir toute sa parentèle pour ne pas déchoir au sein de la société. Des officiers de police judiciaire versent un bakchich à leur hiérarchie pour effectuer des missions dans la circulation routière, afin de pouvoir prélever une manne sur les chauffeurs de taxis ou de camions. Certains endroits restent interdits de contrôle pour que l’argent, récupéré dans la rue, remonte au sommet d’un système pyramidal. Formés à la lutte contre le trafic de stupéfiants dans le cadre de la coopération internationale technique, des policiers profitent de ce qui leur a été enseigné sur les méthodes des « dealers » pour s’y livrer à leur tour. Certains procèdent à des substitutions de passagers à bord d’un avion de ligne, avec le risque d’y introduire un djihadiste. Un avion, qui transportait 11 t de cocaïne et des narcotrafiquants colombiens, a été saisi au Mali. Mais des magistrats ont bloqué l’enquête, qui remontait jusqu’à des membres du cabinet du président de la République de l’époque, des députés et même un colonel de la Garde nationale … responsable de la sécurité de l’avion ! Dans les années 2000, le directeur général de la Douane au Mali, condamné pour trafic de drogue, avait retrouvé son poste à sa sortie de prison. Les entreprises étrangères paient les pots-de-vin pour s’assurer le passage en douane portuaire des marchandises (ciment et conteneurs), avec un tarif plus élevé pour les pays enclavés. Pratiquée directement à très haut niveau, la corruption (10-18 % de la valeur de la  marchandise) revient moins cher aux grandes entreprises, qui provisionnent en conséquence. Par ailleurs, les opérations militaires « Serval » et « Barkhane » dans la bande sahélo-saharienne ont entraîné un afflux d’instructeurs étrangers auprès des forces armées africaines. Payés 100-150 $/jour, ces derniers doivent en rétrocéder une partie au pays d’accueil !

Prise de conscience. Faire connaître la corruption nuit profondément à l’image des pays concernés et s’avère dissuasif. Selon Laurent Guillaume, les autorités politiques de plusieurs pays africains, dont le Mali, tentent d’y mettre un frein. A court terme, l’expert recommande : l’enseignement de la morale publique ; l’amélioration des traitements des fonctionnaires ; la stabilité politique ; le développement de médias indépendants ; la protection des lanceurs d’alerte. Cela implique un travail sur plusieurs décennies…qui commence à l’école !

Vérification et suivi. Tout euro qui ne correspond pas à une prestation réelle s’assimile à de la corruption, souligne Marianne Sivignon-Lecourt. L’AFD dispose de moyens  juridiques et matériels pour vérifier la bonne affectation des fonds et réduire la fraude le plus possible. Avec ses équipes à Paris, Marseille et dans 72 agences et représentations dans les pays en développement et les Outre-mer français, elle offre à ses partenaires des financements, des instruments d’analyse et de couverture du risque et une ingénierie de formation et de renforcement des capacités. Elle donne un avis de conformité sur tous les projets et procède à des enquêtes d’honorabilité, pour éviter tout blanchiment de l’argent du terrorisme. Les enquêtes portent sur toute la chaîne, du financement en amont jusqu’au bénéficiaire physique effectif, en passant par les entreprises, dirigeants et administrations. Au besoin, des cabinets d’intelligence économique iront poser les bonnes questions aux bons interlocuteurs. Les informations sur la fraude sont vérifiées par la communauté des bailleurs de fond. Les projets sont suivis, du niveau des Etats à celui des entreprises soumissionnaires de marchés publics, qui ont l’obligation de faire une déclaration d’intégrité. Lors de la passation des marchés, l’avis de non objection de la part de l’AFD lui permet de capter des informations. S’y ajoutent : les audits sur le bon usage des fonds ; les études des ONG ; les rapports de suivi technique ; les retours en interne, sous couvert d’anonymat, par des employés des entreprises qui ne respectent pas la qualité des matériaux prescrite (épaisseur du goudron ou armature métallique du béton par exemple). Les enquêteurs analysent ces informations pour confirmer ou infirmer la réalité des faits et déterminer des éléments de preuves, en vue de poursuites judiciaires. Ainsi en 2016, Proparco, filiale de l’AFD chargée des investissements privés, a détecté 12 cas de fraude ou de corruption avérée sur 53 cas remontés au département de contrôle permanent et de la conformité. Celui-ci émet alors des propositions de traitement de l’irrégularité et d’encadrement du risque, transmet une note à la direction générale de l’AFD ou même une déclaration de soupçon à Tracfin, organisme du ministère de l’Economie et des Finances chargé de la lutte contre le blanchiment d’argent. Enfin, l’AFD, agent public, doit informer le procureur de la République de tout crime ou délit dont elle a connaissance.

Loïc Salmon

Trafics d’armes : fin de crise, embargos, désarmement et consolidation de la paix

Afrique : les armées et leur implication dans la politique

Afrique : huit accords de défense avec la France

Les engagements financiers étrangers de l’Agence française du développement (AFD) sont ainsi répartis : 50 % au continent africain, (4 Mds€ en 2016 et + 25 % en un an) ; 20 % en Asie et dans le Pacifique ; 20 % en Amérique Latine et aux Caraïbes ; 10 % aux Proche et Moyen-Orient. L’AFD finance des projets de croissance durable contribuant aux transitions majeures : démographique et sociale ; territoriale et écologique ; énergétique ; numérique et technologique ; politique et citoyenne. Pour 2011-2016, elle a lancé des projets aux impacts mesurables chaque année : soutien à 730.000 exploitations agricoles familiales ; installation de 665 MW d’énergies renouvelables ; accès à l’eau et à l’assainissement amélioré pour 1,2 million de personnes ; appui à 54.000 petites et moyennes entreprises ; scolarisation de 832.000 enfants.




Inde : du non-alignement à la volonté de grande puissance

L’Inde souhaite être reconnue comme une grande puissance, en raison de ses moyens militaires et de son dynamisme démographique et économique. En conséquence, elle revendique un siège de membre permanent au Conseil de sécurité de l’ONU.

Ce thème a fait l’objet d’une conférence-débat organisée, le 20 avril 2017 à Paris, par l’Institut de relations internationales et stratégiques. Y sont notamment intervenus : Olivier Dalage, journaliste à Radio France Internationale et auteur de l’ouvrage « L’Inde : désir de puissance » ; le professeur Gérard-François Dumont, revue Population & Avenir.

« Mandala » et politique étrangère. Un penseur du IVème siècle avant J.-C. a théorisé la philosophie de l’Inde par le « mandala » (cercle, sphère et communauté), explique Olivier Dalage : tout voisin est un ennemi potentiel, dont il vaut mieux se faire un ami. En fait, depuis l’indépendance en 1947, la politique extérieure de l’Inde présente une certaine continuité, maintenue par les deux principales tendances : sociale-démocrate du Congrès national indien  (Premiers ministres Jawaharlal Nehru, Indira et Rajiv Gandhi) ; droite nationaliste du Baratiya Jamata Party  (Atal Bihari Vajpayee et Narendra Modi). Le non-alignement pendant la guerre froide (1947-1991) est perçu comme la « diplomatie du pauvre » dans l’Inde d’aujourd’hui, qui ne compte qu’un millier de diplomates, soit autant que les Pays-Bas ou la Belgique… alors qu’elle compte 1,5 milliard d’habitants ! Il s’agit désormais de mener une action diplomatique envers tous les pays, y compris le Pakistan, et un dialogue avec Israël. Puissance asiatique, l’Inde s’intéresse à ce qu’elle nomme « l’Asie de l’Ouest », à savoir le Moyen-Orient. La population indienne compte en effet autant de musulmans que celle du Pakistan et du Bangladesh. Au pouvoir depuis 2014, Narendra Modi s’est déjà rendu aux Emirats arabes unis, en Arabie saoudite, au Qatar et en Iran. Mais comme elle privilégie les relations bilatérales, l’Inde s’abstient délibérément de toute médiation et n’exerce guère d’influence dans cette région. Quoiqu’à la tête du Mouvement des pays non alignés pendant la guerre froide, Jawaharlal Nehru n’a jamais caché son admiration pour l’URSS, qui l’a soutenu politiquement pendant la guerre sino-indienne de 1962 pour le contrôle de territoires himalayens. Sa fille, Indira Gandhi, a conclu un traité de coopération avec l’URSS en 1971, peu avant la troisième guerre entre l’Inde et le Pakistan qui aboutit à l’indépendance de sa partie orientale sous le nom de Bangladesh. La Russie d’aujourd’hui considère toujours l’Inde comme une alliée, qui continue à lui acheter des équipements militaires. En 2015, elle a parrainé son entrée, mais aussi celle du Pakistan, dans l’Organisation de coopération de Shanghai (Russie, Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan, Ouzbékistan et Chine). Malgré un différend frontalier non encore résolu, la Chine est devenue le principal partenaire commercial de l’Inde. Mais celle-ci n’a pas encore pris de décision quant à sa participation à la nouvelle « route de la soie », initiée par la Chine, à travers l’Asie centrale en direction de l’Europe. Pendant la guerre américano-vietnamienne (1955-1975), l’Inde avait soutenu le Viêt Nam puis, en 1992, a conclu un partenariat stratégique avec lui. Elle a récemment envoyé des navires de guerre en mer de Chine du Sud, pour soutenir le Viêt Nam dans le conflit larvé qui l’oppose à la Chine au sujet des archipels des Spratleys et des Paracels. Dans le domaine de l’énergie, l’Inde a pris en compte sa vulnérabilité face à la Chine, qui l’encercle par sa stratégie du « collier de perles ». Celle-ci consiste à acheter ou louer des installations portuaires jusqu’au Moyen-Orient : Kyauk Phyu (Birmanie) ; Chittagong (Bangladesh) ; Hambantoa (Sri Lanka) ; Gwadar (Pakistan). Par ailleurs, depuis les années 1960, l’Afrique constitue un espace de rivalité avec la Chine pour l’importation de matières premières et l’exportation de produits de haute technologie en matière d’agriculture et de santé. Toutefois, les deux pays limitent au maximum les tensions, susceptibles de mettre en péril leur développement. L’Inde, qui souffrait de pénurie alimentaire dans les années 1960, est devenue l’un des principaux pays exportateurs de riz. Enfin, elle a réussi à mettre une sonde en orbite autour de Mars en 2014 et développe une dissuasion nucléaire complète.

L’atout de la démographie. L’Inde va devenir le pays le plus peuplé du monde vers 2030, avec des conséquences durables sur la consommation et la géopolitique, souligne le professeur Dumont. Sa population stagne au XIXème et au début du XXème siècle en raison de la forte mortalité. Vers 1920, une transition démographique apparaît, due au recul de la mortalité infantile et maternelle. Lors de l’indépendance, l’espérance de vie des hommes dépassait celle des femmes. En 2017, l’inverse s’est produit par suite de la baisse de la fécondité. Toutefois, la mosaïque « géodémograhique », difficile à gérer, varie selon les Etats de l’Union indienne. La fécondité, régulée dans certains Etats, reste très élevée au Kerala (Sud) et en Uttar Pradesh (Nord) dont la population atteint celle du Brésil. En outre, après avoir longtemps ignoré les diasporas indiennes dans le monde, les autorités politiques ont pris conscience de leur importance à partir de la révolution économique des années 1990. Ainsi, le « ministère des Indiens à l’étranger » les incite, par des avantages fiscaux, à investir en Inde et les mobilise pour faire mieux connaître l’Inde. Le « lobby indien » des Etats-Unis est parvenu à un rapprochement entre Washington et New Delhi. Mais en matière de naissances, l’inégalité des sexes persiste en Inde même, par suite de l’élimination de fœtus féminins détectés par échographie. Certaines familles préfèrent un fils pour prendre soin des parents âgés et pour ne pas devoir épargner considérablement pour la dot d’une fille. Il s’ensuit un déficit de femmes dans quelques Etats, que les Conseils locaux pallient en autorisant l’exogamie entre castes. Par ailleurs, quoique le niveau de vie des musulmans soit inférieur à celui des hindouistes, le pays n’enregistre pas de migrations vers l’étranger. Les diasporas des Etats-Unis et de Grande-Bretagne, qui vivent mieux que celle du Pakistan, restent homogènes et fidèles à l’Inde d’origine.

Loïc Salmon

Inde : industrie spatiale civile, mais de plus en plus militaire

L’océan Indien : espace sous tension

Marines : outils de sécurité, du Moyen-Orient à l’océan Indien

Le budget de la Défense de l’Inde atteint 37,2 Mds$ pour l’exercice 2016/2017. Les effectifs de ses forces armées sont estimés à 1.335.000 personnels ainsi répartis : 1.110.000 pour l’armée de Terre ; 170.000 pour l’armée de l’Air ; 55.000 pour la Marine. Elle déploie 3.000 chars, 1.900 véhicules blindés, 650 avions de combat, 16 sous-marins à propulsion diesel-électrique (6 seront remplacés par des submersibles français Scorpène), 8 frégates et 1 porte-aéronefs pour avions à décollage court. Elle prévoit la construction de 6 sous-marins nucléaires lanceurs d’engins. Non signataire du Traité de non prolifération des armes nucléaires, elle dispose de l’arme atomique depuis 1974 et a procédé à 5 essais en 1998. Elle aurait en stock 50 à 90 bombes au plutonium et un nombre inconnu de bombes à uranium. Depuis les années 2000, l’Inde a lancé un programme de défense antimissile balistique. Enfin, de 2012 à 2016, elle a réussi 4 essais du missile balistique Agni V d’une portée supérieure à 5.000 km.




La Corée du Nord (en 100 questions)

En 2016, la population nord-coréenne connaît le monde extérieur grâce aux déplacements de personnes sélectionnées, à l’augmentation du nombre de touristes, à la multiplication des téléphones portables, aux contacts avec des proches réfugiés à l’étranger et aux chaînes de télévision sud-coréennes.

L’économie de survie pendant la famine de 1995-1998 (1,5-2 millions de morts et 5 millions de sinistrés) en Corée du Nord et le commerce frontalier avec la Chine ont permis le développement économique du pays. Puis, les devises étrangères majeures sont apparues. Les réformes de 2002, 2009 et 2012 dans l’agriculture et l’industrie ont amélioré le niveau de vie général. Des hommes d’affaires nord-coréens négocient avec leurs homologues chinois, russes et sud-coréens. Le port d’Incheon se trouve au centre d’une importante plateforme économique, dotée d’infrastructures aériennes et maritimes, d’un centre  d’affaires international et de services financiers. La richesse du pays provient de ses ressources minières : or, argent, zinc, magnésite (2ème réserve mondiale), tungstène (6ème réserve mondiale), cuivre, charbon, minerai de fer et certaines terres rares. Toutefois, la Chine fournit 90 % de l’énergie, 80 % des produits de consommation et 45 % de l’alimentation de la Corée du Nord. Conséquence de l’essor économique, l’argent y détermine la hiérarchie sociale, autrefois basée sur des critères idéologiques et confucéens. La disparité s’accroît entre les riches, voire très riches, et les pauvres et même les très pauvres. La nouvelle génération, apolitique, préfère le petit commerce ou la contrebande à une carrière administrative en province. Pour les cadres, être entrepreneur n’est plus incompatible avec l’appartenance au Parti des Travailleurs. La fidélité au régime repose davantage sur le nationalisme que sur la conviction politique. Inspiré du système soviétique en 1945, l’arsenal répressif nord-coréen s’est coulé dans la culture locale ancestrale : rééducation, endoctrinement, réhabilitation puis grâce et amnistie à l’occasion d’un anniversaire ou d’une cérémonie nationale, pour démontrer la clémence du régime. Selon les « défecteurs » (transfuges) ayant réussi à atteindre la Corée du Sud (30.000 au total en 2016), entre 80.000 et 120.000 personnes seraient encore incarcérées dans les « camps de travail ». Cet emprisonnement dépend du délit (droit commun ou politique) et de la sévérité de la peine. Certains cadres ou diplomates y passent quelques mois au retour d’une mutation à l’étranger, en vue d’une « rectification », avant de rejoindre leur nouveau poste. Pour les défecteurs, la seule issue reste la frontière du Nord avec la Chine, car celle du Sud se trouve barrée par la zone démilitarisée du 38ème parallèle. Une fois parvenus en Corée du Sud, souvent après un voyage périlleux, les défecteurs suivent un stage d’intégration à leur nouvelle patrie d’adoption, précédé par un interrogatoire poussé, qui peut durer plusieurs mois, pour détecter les espions infiltrés et les faux réfugiés. Puis de nouvelles difficultés surgissent : tout réapprendre, y compris les comportements, et s’adapter à une langue qui a évolué différemment depuis la fin de la guerre de Corée (1953). Beaucoup se sentent mal à l’aise dans la société sud-coréenne très compétitive, où l’embauche passe par les réseaux scolaires, universitaires, régionaux ou claniques, et préfèrent quitter le pays pour les Etats-Unis ou l’Europe.

Loïc Salmon

Corée du Nord : « royaume ermite » et facteur de crise en Asie du Nord-Est

« La Corée du Nord » par Juliette Morillot et Dorian Malovic. Editions Tallandier, 384 pages, 15,90 €.




James Bond n’existe pas

Le renseignement permet d’établir une vision du monde. Sa recherche dépend de spécialistes, disposant de moyens techniques très sophistiqués ou rompus à la manipulation des « sources » humaines, rôle de « l’officier traitant ».

L’auteur du livre, aujourd’hui retraité, dévoile cette fonction qu’il a exercée dans les années 1980-1990 au Etats-Unis, en Ethiopie, au Sénégal, en Tunisie et au Pakistan. Saint-Cyrien à l’origine, il commence une carrière dans les transmissions puis décide, à 32 ans, d’entrer au Service de documentation extérieure et de contre-espionnage, qui deviendra la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) en 1982. Cet organisme, surnommé la « Centrale », compte surtout des analystes qui ne vont jamais sur le terrain. L’officier traitant (OT) agit avec discrétion et minutie pour recueillir, de façon illégale, des renseignements d’ordres économique, technique et politique, parfois dans des pays « sensibles » : secrets d’Etat, processus de fabrication, contrats de vente, caches d’armes etc. Il travaille avec des « agents », qu’il doit corrompre, et des « honorables correspondants », qui lui apportent des aides ponctuelles, notamment logistiques. Toutefois, l’OT ne participe pas aux opérations du « Service Action », seul habilité à éliminer des personnes physiques et à effectuer des actes de sabotage ou de soutien à des rebellions.  Sa « cible » varie selon l’intérêt correspondant aux attentes du gouvernement : fonctionnaire, cadre supérieur, universitaire scientifique ou même…simple employé. Le recrutement prend de plusieurs mois à deux ans, nécessitant parfois le recours à d’honorables correspondants, en vue d’établir des liens de « confiance » et non une relation d’intérêt. Pour crédibiliser sa démarche lors d’une mission courte à l’étranger, l’OT se forge une « légende » où tout est faux : profession, documents d’identité et situation de famille. En revanche, il conserve son vrai nom pour des séjours de plusieurs années sous couverture diplomatique. Invité à tous les cocktails et repas et officiels, il recueille des informations ou effectue des recoupements, sans dévoiler ses intentions. Toutefois, il doit mener en parallèle son activité officielle à l’ambassade. S’il est découvert, il ne risque que l’expulsion par les autorités locales en raison de son statut diplomatique. Tout ambassadeur, qui recueille aussi du renseignement dans ses activités quotidiennes, reçoit également une formation à la Centrale avant de rejoindre son poste. L’OT ne juge pas de la qualité du renseignement obtenu, du ressort de la Centrale qui en évalue la pertinence et en décide la rémunération, souvent principale motivation de la « source ». Dans la diplomatie comme dans le commerce international, la réussite dépend de la qualité du renseignement. Une information, une fois analysée, pesée et mesurée, devient un renseignement susceptible de faciliter une prise de décision importante par son destinataire. En 2017, la DGSE compte recruter des « crypto-mathématiciens », des « hackers » et des spécialistes du « traitement du signal » ou des langues orientales. Bien entendu, l’OT rencontre ses homologues du pays de résidence et se sait épié par son service de contre-espionnage. Lui, qui ressemble à n’importe qui, doit toujours se méfier des jolies femmes souriantes, qui ne se trouvent jamais sur son chemin…par hasard ! Par contre, James Bond, trop séduisant, charismatique, idéaliste et pressé, n’aurait jamais pu devenir OT.

Loïc Salmon

James Bond dans le spectre géopolitique

DGSE : le renseignement à l’étranger par des moyens clandestins

Les diplomates, acteurs de la politique étrangère et représentants de la France

 

« James Bond n’existe pas » par François Waroux. Mareuil Editions, 224 pages, 17,95 €.