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16 décembre 2021 : Journée d’étude sur les institutions civiles décorées de la croix de Guerre

Journée d’étude

« LA MARQUE DU COURAGE :  Les Institutions civiles décorées de la Croix de Guerre »

 

Jeudi 16 décembre 2021

 

Ecole Nationale d’Administration

2, avenue de l’Observatoire 75006 PARIS

 

9H30 Introduction

Monsieur Patrick GERARD

Directeur de l’Ecole Nationale d’Administration

Colonel (R) Michel BACHETTE-PEYRADE

Président national de l’ANCGVM

10H00 Première table ronde

« Les quatorze grandes écoles civiles décorées de la Croix de Guerre »

Présidée par le Colonel (R) Pierre CASTILLON, Président fondateur de l’Académie des technologies

12H00 Intervention de Madame Florence PARLY, Ministre des Armées

12H30 Cocktail déjeunatoire

14H00 Seconde table ronde

« Les administrations et organisations civiles décorées de la Croix de Guerre »

Présidée par Madame Frédérique NEAU-DUFOUR, Professeur agrégé d’histoire, Ecrivain

16H00 Troisième table ronde

« Les entreprises et organisations professionnelles décorées de la Croix de Guerre »

Présidée par le Lieutenant-colonel (R) Franck GALLAND, Directeur général d’Environmental Emergency & Security Services, (ES)²

 

17H30 Intervention du Général d’armée Benoît PUGA, Grand chancelier de la Légion d’honneur

 

Débats des trois tables rondes modérés par Monsieur Jean-François DUBOS, Conseiller scientifique de la journée d’étude, Chef du département de la bibliothèque du Service Historique de la Défense  

18H00 Dépôt de gerbe au monument aux morts de l’Ecole des Mines de Paris

 




Journée d’étude « Honneur de la cité, cités à l’honneur », le 16 novembre 2018 à Bar-le-Duc (Meuse)

Le colonel (H) Michel Bachette-Peyrade, président de l’Association nationale des croix de guerre et de la valeur militaire (à droite), remet une croix de Guerre 1914-1918 au colonel (ER) Philippe Mignolet, conservateur du musée du génie belge (à gauche). Au centre : Jean-François Dubos, conservateur en chef de la bibliothèque du SHD (cravate rose) et le colonel (ER) Eric Tripnaux-Monin (micro à la main).

Placée sous le haut patronage du général d’armée Benoît Puga, Grand chancelier de la Légion d’honneur, une journée d’étude, consacrée aux villes décorées, s’est déroulée le 16 novembre 2018 à Bar-le-Duc. Elle a été organisée par le Service historique de la défense, le Département de la Meuse, qui a mis à disposition l’hémicycle de son hôtel, et l’Association nationale des croix de guerre et de la valeur militaire, dont le délégué pour la Meuse, le colonel (ER) Alain Artisson, directeur de la mission “Histoire” du département.

Plus de cent élus de communes, décorées des deux guerres mondiales, ont écouté avec attention les interventions mettant ces cités à l’honneur. La journée a été ouverte par de brèves allocutions de Claude Léonard, président du Conseil départemental de la Meuse, du colonel (H) Michel Bachette-Peyrade, président de l’Association nationale des croix de guerre et de la valeur militaire (ANCGVM), et de Jean-François Dubos, conservateur en chef de la bibliothèque du Service historique de la Défense (SHD) et vice-président de la Société d’histoire des ordres et décorations. Ont suivi des exposés, passionnants et documentés, sur les villes décorées de la Légion d’honneur, celles décorées de la croix de Guerre et celles médaillées de la Résistance et Compagnons de la Libération. Par ailleurs, le colonel (ER) de l’armée belge, Eric Tripnaux-Monin, a expliqué pourquoi la ville de Liège a reçu la Légion d’honneur en 1916 et d’autres villes la croix de Guerre française. En effet, une croix de Guerre belge a été créée le 25 octobre 1915, pour acte de bravoure à titre individuel ou collectif. Toutefois, la Belgique n’a décoré aucune ville commune belge pendant la Grande Guerre, alors que toutes ont subi des dommages. Il faudra attendre 2006 pour que sept d’entre elles reçoivent l’appellation de « ville martyre » ! En revanche, onze villes recevront la croix de Guerre belge 1940-1945. Les actes complets du colloque feront l’objet d’une publication en juin 2019 par le SHD et l’ANCGVM. En outre, le dossier du numéro de juin 2019 de la revue « Croix de Guerre & Valeur militaire » de l’ANCGVM reprendra l’essentiel des exposés.

 

 

Loïc Salmon

Bar-le-Duc | Juin 2017

 




Exposition « De l’Asie à la France libre » aux Invalides

Joseph et Marie Hackin, connus pour leurs travaux archéologiques en Afghanistan dans les années 1930, ont été nommés « compagnons de la Libération » à titre posthume. C’est le seul couple de l’Ordre de la France libre.

Le « savant combattant ». D’origine luxembourgeoise, Joseph Hackin (1886-1941), diplômé de l’Institut commercial de Paris, entre en 1905 à l’Ecole libre des sciences politiques (section économique et sociale). Son intérêt pour les civilisations orientales s’éveille par ses fréquentes visites au musée Guimet, place d’Iéna et proche du domicile familial. Cela l’incite à choisir un sujet de fin d’études politiques original : « Une phase de l’histoire comparée des religions (de l’Iran et du Japon) ». Il entretient une correspondance avec Emile Guimet, dont le nom est associé à celui des Arts asiatiques qu’il a fondé en 1888 à partir des collections amassées au cours de ses voyages. Engagé comme secrétaire d’Emile Guimet et diplômé de « Sciences-Po » en 1907, Joseph Hackin continue des études historiques et philologiques en sanscrit et en tibétain à l’Ecole pratique des hautes études. Une fois diplômé en 1911, il commence une thèse de doctorat sous la direction de son professeur de sanscrit, Sylvain Lévi, professeur au Collège de France. L’obtention de la nationalité française l’année suivante, grâce aux relations d’Emile Guimet, lui permet d’être embauché au musée Guimet comme conservateur-adjoint en 1913. Considéré comme trop âgé (27 ans !), il est dispensé de service militaire…mais pas de la mobilisation générale au début de la première guerre mondiale. Fantassin de 2ème classe en août 1914, il la termine comme lieutenant commandant de compagnie, au terme d’un long parcours de combattant : bataille de la Marne (1914) ; offensive en Artois (1915) ; Verdun (1916-1917) ; Serbie (1918) ; Ukraine (1919). Titulaire de la croix de Guerre (deux citations) et chevalier de la Légion d’honneur, il a été blessé trois fois (1915, 1916 et 1918). Il consacre une année complète de soins à continuer puis présenter, en 1916, sa thèse intitulée « Scènes figurées de la vie de Bouddha d’après les peintures tibétaines ». Son propre courage physique lui fera dire que « le danger mesure exactement la valeur de la personnalité humaine ». Dans ses carnets de guerre, il analyse, à partir de son expérience du combat, les raisons de son attachement à la France qui justifient de « tenir envers et contre tout ». Démobilisé en 1919, il revient au musée Guimet, dont il devient le conservateur quatre ans plus tard. Il en enrichit les collections et le réorganise avec deux galeries d’archéologie khmère et une salle dédiée aux fouilles du monastère de Hadda (Afghanistan). La bibliothèque devient un centre de recherche grâce à l’acquisition de nombreux ouvrages. En 1928, il épouse Marie Parmentier (1905-1941), elle aussi de famille luxembourgeoise. Arrivée à Paris quelques années plus tôt, Marie suit les cours de l’Ecole du Louvre en auditrice libre et réside avenue d’Iéna, près du musée Guimet. Naturalisée française par son mariage, elle participe aux recherches de Joseph, tant dans ses missions en Asie que pour ses travaux scientifiques au musée Guimet.

Les grands voyageurs. En 1924, Joseph Hackin effectue sa première mission en Afghanistan et vit « l’archéologie comme un sport », écrit-il dans ses carnets. Il se rend notamment dans la vallée de Bamyan, où il réalise sa première étude sur les Bouddhas géants. Il participe aux fouilles dans le Sud de Bagram et y découvre, dans le monastère de Païtava, un « Bouddha au grand miracle » (photo). Cette stèle révèle l’extension en Afghanistan de l’art bouddhique, venu de l’Inde et marqué par les influences iranienne, grecque et romaine. Elle représente Sâkyamouni, le Bouddha historique, qui manifeste sa puissance devant l’assemblée des maîtres « hérétiques » en accomplissant des miracles. Le lotus de la Loi est gravé dans la paume de sa main droite levée. Les dieux hindous Indra et Brahma tiennent un parasol au-dessus de sa tête, en signe de révérence. Deux petits bouddhas, assis en méditation, l’encadrent pour accentuer son aspect monumental. Cette campagne de fouilles va profondément marquer Joseph Hackin qui, rentré en France en 1925, se détourne du Tibet au profit de l’Afghanistan. Quatre ans plus tard, il repart pour Kaboul diriger les fouilles de la Délégation française en Afghanistan, en compagnie de Marie et de l’architecte Jean Carl. Lors des événements liés à la prise de pouvoir par Nadir Shah, sa participation, l’arme à la main, à la protection de la légation française, lui vaut une promotion au grade d’officier de la Légion d’honneur. Ensuite, il organise la remise en ordre du musée de Kaboul et explore les sites de Bamiyan et de Kakrak. De 1930 à 1933, à la tête de la Maison franco-japonaise à Tokyo, Joseph y dirige l’action intellectuelle de la France au Japon. De mai 1931 à février 1932, il accompagne la mission Citroën Centre-Asie (la « Croisière jaune ») à travers l’Afghanistan, l’Himalaya et la Chine, où il acquiert des sculptures chinoises et tibétaines pour les musées Guimet et du Louvre. Rentré en France en 1933, il devient titulaire de la chaire d’art et d’architecture de l’Inde à l’Ecole du Louvre. Pendant quatre autres missions en Afghanistan et son séjour au Japon, Marie photographie et filme paysages, découvertes et gens.

Les Résistants. En Afghanistan en 1939, Joseph Hackin est mobilisé sur place comme officier de liaison auprès de la légation de France à Kaboul. En désaccord avec l’armistice de juin 1940, il informe de son ralliement le général de Gaulle, qui lui demande de le rejoindre à Londres. Le couple y arrive mi-octobre après un voyage de 20.000 km via l’Afrique du Sud. Joseph s’engage dans les Forces françaises libres le 19 octobre et Marie le 26 décembre. Début 1941, Joseph est chargé d’entrer en contact avec le gouvernement de l’Inde, de mettre de l’ordre entre les groupes rivaux de la France libre des comptoirs français, premiers ralliés de l’Empire colonial français, et d’établir des relations avec les gouvernements de la Nouvelle-Zélande et de l’Australie. Le 20 février, Marie embarque avec lui comme secrétaire sur le Jonathan-Holt. Ils disparaissent lors de son torpillage par un sous-marin allemand le 24 février au large des Îles Féroé.

Loïc Salmon

De l’Asie à la France libre

La Résistance en Europe, les combattants de l’ombre

L’exposition « De l’Asie à la France libre » (15 juin-16 septembre 2018) est organisée par et dans le musée de l’Ordre de la Libération aux Invalides à Paris. Elle présente des photographies, documents, objets et archives cinématographiques sur la « Croisière jaune » à travers l’Asie centrale jusqu’à Pékin (avril 1931-février 1932) et la destruction des Bouddhas de Bamyan (Afghanistan) par les talibans (mars 2001). L’ensemble provient des collections des musées des Arts asiatiques-Guimet, du Quai Branly-Jacques Chirac, de l’Armée, d’Art moderne-Centre Pompidou et de la Photographie, du Service historique de la défense, des Archives nationales et de la Cinémathèque française. Le musée de l’Ordre de la Libération accueille en moyenne 100.000 visiteurs par an. Il dispose de collections permanentes et d’un centre de recherches et de documentation : dossiers individuels de compagnons de la Libération ; collection de presse et périodiques ; 6.500 ouvrages ; 30.000 photographies. (www.ordredelaliberation.fr)




Défense : la croix de la Valeur militaire a 60 ans

Par décret du 12 octobre 1956, la croix de la Valeur militaire a été créée, suite à la modification du décret du 11 avril 1956 instituant une médaille de la valeur militaire symbolisant la marque du courage de nos soldats engagés dans les opérations de maintien de l’ordre en Afrique du Nord. Depuis 1962, les opérations de maintien ou de retour à la paix se sont multipliées, notamment en Afrique. Les actes de bravoure des soldats engagés ont entraîné l’attribution de citations donnant droit à cette décoration, comme pour l’attribution de la croix de Guerre en 1914-1918 et 1939-1945, dont le centième anniversaire a été célébré en 2015.

Par la suite, d’autres opérations qualifiées de guerre ont donné lieu à la création d’une croix de guerre dite des « théâtres d’opérations extérieurs ». Après le second conflit mondial, celle-ci a été décernée lors des guerres d’Indochine (1946-1954), de Corée (1950-1953) et du Golfe (1990-1991).  Créée pour une période déterminée, la croix de la Valeur militaire est désormais considérée comme une véritable croix de Guerre, remise pour toutes les opérations de sécurité, à savoir au Zaïre, au Liban, en Somalie, au Rwanda, dans l’ex-Yougoslavie et au Kosovo, en Haïti, en Côte d’Ivoire, en Afghanistan et, aujourd’hui, dans la bande sahélo-saharienne.

A l’occasion du 60ème anniversaire de la croix de la Valeur militaire, l’Association nationale des croix de guerre et de la valeur militaire (ANCGVM) rend hommage aux décorés et s’incline devant la mémoire des soldats disparus au cours de ces opérations. Association d’intérêt général, créée en 1919 et reconnue d’utilité publique en 1963, l’ANCGM accueille tous les titulaires d’une croix de Guerre, d’une croix de la Valeur militaire, de la Médaille d’or de la défense nationale avec citation et tous les sympathisants. Totalement indépendante, l’ANCGVM s’interdit toute discussion politique ou religieuse.

Association nationale des croix de guerre et de la valeur militaire

11 novembre 2015 : la croix de Guerre à l’Arc de Triomphe

 




L’ONAC-VG : 100 ans au service du monde combattant

L’Office national des anciens combattants et victimes de guerre (ONAC-VG) a célébré son centième anniversaire, le 6 mai 2016, dans le grand salon de l’Hôtel de Ville de Paris. L’événement s’est terminé en musique avec le « Chant des partisans », entonné par le chœur Hugues Reiner (photo) devant une assistance debout !

Mémoire et solidarité. Paris sait ce qu’il doit aux anciens combattants et à ceux d’aujourd’hui avec l’opération « Sentinelle », a rappelé Catherine Vieu-Charier, adjointe à la maire de Paris, chargée de la mémoire et du monde combattant, correspondant défense. « L’actualité récente, avec les attentats odieux qui ont frappé Paris en 2015, mais je veux penser aussi à Bruxelles, Madrid, Londres, Copenhague, Bamako, Tunis et tant d’autres lieux, montre bien, hélas, que le monde n’a tiré aucune leçon du passé », ajoute-t-elle. La Ville de Paris apporte diverses formes de soutien à l’action de solidarité de l’ONAC-VG ainsi qu’à celle de la mémoire. La capitale et sa proche banlieue comptent trois hauts lieux de mémoire : celui de la France combattante au Mont-Valérien ; celui de  la guerre d’Algérie et des combats de Tunisie et du Maroc au quai Branly ; celui des martyrs de la déportation sur l’île Saint-Louis. En outre, la construction en 2018 d’un monument des Parisiens morts pendant la Grande Guerre sera financée par souscription. L’ONAC-VG, qui relève du ministère de la Défense, est géré par les représentants des associations et ceux de l’État à parité. En 2016, il assure 105 services de proximité (un par département de métropole et d’outre-mer) et entretient 9 hauts lieux de mémoire et 256 nécropoles nationales. Il gère 9 écoles de reconversion professionnelle, 1 centre de pré-orientation et 8 établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes. Il suit trois millions de personnes, hommes, femmes et enfants, qui bénéficient de l’aide sociale et d’appuis divers. Les nouveaux « anciens combattants » existent, rappelle sa directrice générale, Rose-Marie Antoine. « Ce sont, dit-elle, les nouvelles générations du feu, ceux qui ont participé aux opérations extérieures, le Liban, la guerre du Golfe, l’ex-Yougoslavie, l’Afghanistan, la Côte d’Ivoire, la Centrafrique, le Mali. Ils sont parfois très jeunes. Tous sont engagés volontaires, puisque le service militaire n’existe plus ».

Témoignages. Divers bénéficiaires des prestations de l’ONAC-VG se sont confiés au cours d’une « table ronde ». Une Résistante de 96 ans continue de parler de ce que qu’elle a vécu : « On voit l’intérêt des jeunes qui croient en ce qu’on pouvait faire ». Un rescapé du camp de la mort de Dachau explique que pour « survivre là-bas, il fallait avoir de la chance » et que « les jeunes écoutent ». Un appelé du contingent, âgé de 20 ans pendant la guerre Algérie, déclare : A l’époque, on était mineur (la majorité était fixée à 21 ans), il m’a fallu un an pour m’en remettre ». Un harki avoue qu’il « est très difficile d’en parler à des jeunes, car on risque un mauvais accueil. Les harkis sont mal vus ». La veuve d’un combattant en opération extérieure indique que ses cinq enfants ont été adoptés par l’État, statut unique au monde ! Un pupille de la nation, qui termine ses études d’ingénieur, ajoute : « A l’école, on est quelqu’un à part entière, dont le passé est reconnu. En parler permet de mieux se relever ». Un survivant de l’attentat terroriste de l’hyper cacher (Paris, 13 novembre 2015) reconnaît que s’exprimer sur le sujet constitue une thérapie : « Il faut en parler dans les écoles pour qu’il n’y ait plus jamais ça ». Par la qualité de son accueil et sa disponibilité, l’ONAC-VG reste pour eux…une famille.

Loïc Salmon

11 novembre 2015 : la croix de Guerre à l’Arc de Triomphe

Lieutenants en Afghanistan, retour d’expérience




11 novembre 2015 : la croix de Guerre à l’Arc de Triomphe

La croix de Guerre, créée il y a un siècle, a été à l’honneur lors de la cérémonie commémorative de l’anniversaire de l’armistice de la Grande Guerre, le 11 novembre 2015 à Paris. A cette occasion, un petit film, réalisé par l’Établissement de communication et de production audiovisuelle de la défense, a été projeté sur de grands écrans de chaque côté de l’Arc de Triomphe. De son côté, l’Association nationale des croix de guerre et de la valeur militaire, fondée en 1919 et reconnue d’utilité publique depuis 1963, a publié une plaquette intitulée « Symboles du Brave », recueil de mémoire et de témoignages. Sa revue de mars 2015 (téléchargeable) retrace l’origine historique des décorations. Le 28 janvier 1915, le député et lieutenant-colonel Driant, rapporteur de la commission de l’armée, plaide pour la création d’une décoration particulière pour honorer des actes individuels de courage sur le champ de bataille et qui exclut la faveur et l’ancienneté. Ce sera la « croix de Guerre ». La loi l’instituant a été promulguée le 8 avril 1915 : Article unique – Il est créé une croix, dite « croix de Guerre », destinée à commémorer depuis le début de la guerre 1914-1915 les citations individuelles pour faits de guerre à l’ordre des armées de Terre et de Mer, des corps d’armée, des divisions, des brigades et des régiments. Jusqu’à la cessation de la dite guerre, cette croix sera attribuée dans les mêmes conditions que ci-dessus, dans les corps participant à des actions de guerre en dehors du théâtre principal des opérations. Un décret réglera l’application de la présente loi. La présente loi, délibérée et adoptée par le Sénat et la Chambre des députés sera exécutée comme loi de l’État ». Cette loi sera aussi appliquée aux communes de la ligne de front, qui ont subi de graves souffrances et dégâts pendant plusieurs années. De 1915 à 1919, la première croix de Guerre a été décernée à plus de 1,2 million de combattants des armées françaises et alliées et environ 400 régiments et 200 autres unités de l’armée de Terre, 30 bâtiments et unités de la Marine nationale, 70 escadrilles de l’armée de l’Air, et 2.951 villes et communes de 18 départements français. La croix de Guerre 1939-1945 a été attribuée à 161 unités militaires et 1.585 communes de 86 départements. Parmi ces dernières, 209 étaient déjà titulaires de la croix de Guerre 1914-1918. Par ailleurs, il est apparu nécessaire de récompenser également les combattants qui se sont illustrés par des faits d’armes directement liés à une expédition militaire postérieure au premier conflit mondial. Cette « croix de Guerre des théâtres d’opérations extérieurs » (TOE, photo) sera instituée par la loi du 30 avril 1921, modifiée par le décret du 7 mai 2012. Elle a été décernée lors des expéditions militaires au Levant (1920), au Maroc (1925-1926), à Madagascar (1942), en Indochine (1946-1954), en Corée (1950-1953) et dans le golfe Arabo-Persique (1990-1991). Après le second conflit mondial, les opérations de maintien de l’ordre en Afrique du Nord (Algérie, Tunisie et Maroc) ne sont pas considérées comme des guerres ou expéditions militaires. Un décret du 11 avril 1956 crée alors une « médaille de la Valeur militaire», devenue « croix de la Valeur militaire » et équivalente à la croix de Guerre des TOE. Attribuée ensuite pour diverses opérations extérieures, elle a déjà été décernée à environ 120.000 personnes et unités combattantes. Enfin, le décret du 21 avril 1982 institue une « médaille de la Défense nationale » (MDN) pour « services particulièrement honorables ». Depuis 2004, la MDN d’or avec « citation sans croix » récompense une « action comportant un risque aggravé ».

Loïc Salmon

 




D’or et d’argent

Les décorations des derniers princes descendant du Grand Condé (1621-1686) sont exposées pour la première fois à Chantilly, à l’initiative du musée Condé et de la Société des amis du musée de la Légion d’Honneur et des ordres de chevalerie.

Le duc d’Aumale (1822-1897), fils de Louis-Philippe, en a hérité en 1829 en tant que filleul du duc de Bourbon, dernier prince de Condé et première fortune de France. Les trois précédents propriétaires de Chantilly ont servi dans « l’armée de Condé », constituée d’émigrés et de royalistes en lutte contre les troupes révolutionnaires. A la bataille de Valmy le 20 septembre 1792, les Alliés (Autriche, Prusse et Hesse) s’en méfient et la cantonnent à l’arrière. Cette armée, qui compte 20.000 hommes en 1797, perd son intérêt pour les Alliés après le coup d’État du 18 brumaire (1799), qui porte le général Bonaparte au pouvoir. Faute de crédits, elle sera dissoute en 1801 après la signature du traité de paix de Lunéville. Louis-Joseph de Bourbon (1736-1818), seul membre de la famille royale à avoir perçu l’importance de la prise de la Bastille le 14 juillet 1789, décide de quitter la France avec toute sa famille. Il prend la tête de l’armée de Condé en 1792 et rentre en France en 1814. Il loue   à l’État sa résidence du Palais-Bourbon… occupée par la Chambre des députés ! Il parvient à récupérer une partie des trésors de Chantilly, qui avaient été confisqués et réunis aux collections nationales. Son fils, Louis-Henri-Joseph (1756-1830) est le parfait représentant de ces émigrés qui n’ont « rien appris, rien oublié » en 25 ans d’exil. Pendant les Cent-Jours  (1er mars-7 juillet 1815) du retour de Napoléon à la tête de l’État, il rencontre en Angleterre Sophie Dawes qui, devenue grâce à lui baronne de Feuchères, négociera le legs de sa fortune au futur duc d’Aumale, tout en gardant une partie pour elle. Le duc de Bourbon avait en effet perdu son fils, Louis-Antoine-Henri, le célèbre duc d’Enghien (1772-1804) enlevé et exécuté dans un fossé du château de Vincennes. Le catalogue « D’or et d’argent » présente tous les ordres de chevalerie et décorations, français et étrangers, portés par les trois derniers princes de Condé et le duc d’Aumale. L’Ordre de Malte est le dernier héritier des ordres militaires, religieux et hospitaliers européens apparus à la suite des croisades. Au XIVème siècle, ces derniers prennent un caractère étatique et dynastique. L’un d’eux, l’Ordre anglais de la Jarretière fondé par Édouard III en 1348, perdure aujourd’hui. Entre le XVème et le XVIIème siècle, le port d’insignes d’ordre de chevalerie certifie publiquement la qualité de membre d’une famille royale, ce qui facilitera ultérieurement l’identification ou même la datation des personnages de certains tableaux. En France, l’Ordre de Saint Michel est institué par Louis XI en 1469. Celui du Saint-Esprit, crée par Henri III en 1578, sera le plus prestigieux jusqu’à la Révolution et pendant la Restauration (1815-1830). Louis XIV innove en 1693 par l’institution de l’Ordre de Saint-Louis, décerné uniquement au mérite aux officiers catholiques de l’armée royale. Les trois derniers Condé ont donc fait preuve de leur talent militaire et de leur vaillance pour recevoir la croix de chevalier de Saint-Louis. Son ruban rouge sera repris par le Premier Consul Napoléon Bonaparte en 1802 pour l’instauration de la Légion d’Honneur. La Restauration ne l’abolira pas, mais remplacera l’aigle impériale ou l’effigie de l’Empereur par le profil du « Bon Roi » Henri IV.

Loïc Salmon

Expositions « D’or et d’argent » et…d’autres raretés au château de Chantilly

La Légion d’honneur

« D’or et d’argent » par Nicole Garnier-Pelle, Patrick Spilliaert et Astrid Grange. Éditions Monelle-Hayot. 120 pages/25 €.




Expositions « D’or et d’argent » et…d’autres raretés au château de Chantilly

Revaloriser les collections du musée Condé autour du duc d’Aumale enrichie de nouvelles pièces, tel est l’objectif des expositions en cours au château de Chantilly. En parallèle, la restauration des lieux se poursuit.

Distinctions. Le duc d’Aumale, 5ème fils de Louis-Philippe, choisit très tôt la carrière militaire, où il connaîtra un parcours fulgurant mais court. Entré dans l’infanterie à 16 ans, il participe à la conquête de l’Algérie dès 1840. Cité à l’ordre de l’armée d’Afrique cette année-là, il est promu lieutenant-colonel et fait chevalier de la Légion d’Honneur. Le 16 mai 1843, il capture la « smalah » de l’émir Abd el Kader et devient lieutenant-général, à l’époque plus haut grade militaire après la dignité de maréchal. Ses décorations figurent en bonne place dans l’exposition « D’or de d’argent » (6 avril-29 septembre 2014). Son épée porte trois étoiles sur la garde, la croix de chevalier de la Légion d’Honneur, abîmée par les chocs répétés contre le fourreau, et la médaille coloniale, avec la barrette « Algérie », créée… en 1893 ! Elle lui a été en effet attribuée en 1895 au titre de ses états de service et de sa présence en Algérie entre 1840 et 1848, entrecoupée par un rapatriement sanitaire en France. Il a également reçu, à titre honorifique à l’occasion d’échanges diplomatiques et dynastiques, des décorations étrangères, presque toutes conservées à Chantilly. Il est récipiendaire de 5 grands-croix : celle de l’Ordre belge de Léopold (1842) son beau-frère, inspiré de la Légion d’Honneur ; celle de la Tour et de l’Épée (1845) , Ordre du mérite portugais, à l’occasion du mariage de sa sœur Clémentine avec Auguste de Saxe-Cobourg, frère du roi consort du Portugal ; celle de l’Ordre brésilien de la Croix du Sud (1843) , lors du mariage de son frère François, officier de Marine connu sous le titre de prince de Joinville, avec Francisca Carolina, fille de Pierre 1er, empereur  du Brésil ; celle de l’Ordre de Saint-Ferdinand et du Mérite (1844), à l’occasion de son propre mariage avec Marie-Caroline de Bourbon-Sicile ; celle de l’Ordre de la maison grand-ducale de Mecklembourg-Schwerin (1896) à la suite du mariage de son frère Ferdinand avec Hélène de Mecklembourg-Schwerin. Enfin, le mariage de son frère Antoine, duc de Montpensier, avec une infante d’Espagne, lui confère les insignes de l’Ordre de la Toison d’Or (1846).

Archives. La bibliothèque et les archives du château de Chantilly conservent  environ 60.000 volumes, 8.000 cartes et plans et 80.000 lettres. L’exposition « Aumale secret » (6 avril-29 juin 2014) met en valeur une trentaine de pièces inédites entrées dans les archives entre 2010 et 2013. La plus récente a été acquise en novembre 2013, lors de la vente aux enchères de la collection de l’ex-Premier ministre Dominique de Villepin. Dans cette lettre officielle, datée du 2 mars 1848 alors qu’il est gouverneur général de l’Algérie (à 26 ans !), il indique avoir appris la constitution d’un gouvernement républicain à Paris, par des journaux en provenance de Marseille et de Toulon. Il écrit aux agents de l’État qu’il dirige : «  La nation va être appelée à lui donner sa sanction. Vous avez immédiatement à prendre les mesures nécessaires pour assurer au gouvernement le concours de la population et la tranquillité publique.  Le Gouverneur Général répète qu’il n’a reçu aucune communication officielle. Les bons citoyens et l’armée, fidèles comme lui à la cause de la France, attendront avec le plus grand calme les ordres de la mère-patrie ». Il mis ainsi fin à sa carrière militaire, avant d’être banni comme toute la famille royale. Par ailleurs, la bibliothèque de Chantilly s’est enrichie en 2013 d’un fonds exceptionnel de plusieurs milliers de lettres et pièces adressées ou transmises à Raymond-François Laplagne-Barris, homme de confiance de Louis-Philippe et administrateur des biens du duc d’Aumale entre 1842 et 1867. Tout y est décrit minutieusement : acquisitions d’œuvres d’art, aménagements du château et achats de propriétés. En 1852, la famille d’Orléans perd le droit de posséder des biens en France et doit les vendre aux enchères. Concernant ceux du duc d’Aumale, des affiches indiquent la vente des immeubles et de « 175 hectares, 90 ares 16 c. terres, prés et bois » du Domaine de Chantilly, que le duc rachètera en 1871. Enfin, sa correspondance avec Gustave de Reiset, comte et diplomate, éclaire sa vie personnelle et ses convictions profondes. Après la défaite de Napoléon III à Sedan, d’Aumale écrit : « Mon cœur ne bat plus que pour la France ».

Restaurations. La Fondation pour la sauvegarde et le développement du Domaine de Chantilly (encadré) assure la maîtrise d’ouvrage des restaurations, financées en partie par la Direction des affaires culturelles Picardie. Après plus d’un an de travaux achevés en février 2014, le « cabinet d’angle », très endommagé, a retrouvé son éclat du XVIIIème siècle : panneaux de boiseries blancs rehaussés de motifs végétaux en reliefs dorés ;  parquet ; lambris ; dorure ; voussure du plafond ; bureau des princes de Condé. Un vase de bronze, exécuté pour le duc d’Aumale, est placé au centre de 4 poufs blancs restaurés. La fondation a également remis en état le « Santuario », petite pièce hexagonale réalisée lors de la reconstruction du château à partir de 1875 et destinée à la collection d’estampes du duc. Aujourd’hui, il abrite 40 enluminures du Livre d’heures d’Étienne Chevallier par Jean Fouquet ainsi que deux tableaux, authentiques, de Raphaël : « la Madone de la Maison d’Orléans » et « Les Trois Grâces ». Un éclairage particulier a été mis en place pour redonner de l’éclat aux œuvres et à leurs cadres. Les décors du Santuario ont été respectés à l’identique avec des tentures bleues sur les murs et une verrière au plafond pour conserver un éclairage naturel. La température est maintenue à 20 ° C et l’hygrométrie à 50-60 % d’humidité. Une grille, dissimulée dans un mur, diffuse de l’air qui est récupéré par une autre grille au sol. Enfin, d’autres salles sont en cours de restauration. La plupart des meubles d’origine a été dispersée pendant la Révolution.

Loïc Salmon

 

Le « Domaine de Chantilly », qui regroupe le château, le parc et les grandes écuries, a été réalisé par Henri d’Orléans (1822-1897), duc d’Aumale et fils de Louis-Philippe. Gouverneur général de l’Algérie en 1847 et exilé en Angleterre l’année suivante, il revient en France en 1871, veuf et ayant perdu ses fils de 18 et 21 ans. Élu député de l’Oise, il préside le Conseil général d’octobre 1871 à août 1886. Élu membre de l’Académie française et des Académies des Beaux-Arts et des Sciences morales et politiques il entre à l’Institut de France, à qui il lèguera Chantilly en 1884. Toutefois, il pose comme conditions que le musée Condé, qu’abrite le château, soit ouvert au public, que sa présentation soit préservée et que les collections ne puissent être prêtées. En 2005, l’Institut de France a signé une convention de coopération avec la « Fondation pour la sauvegarde et le développement du Domaine de Chantilly », créée par l’Aga Khan. Parmi les autres mécènes figurent notamment « Les Amis du musée de Condé », les « American Friends of Chantilly » et des entreprises privées. En 2013, le Domaine de Chantilly a accueilli 413.000 visiteurs (+ 14 % en un an).




La Légion d’honneur

En 2013, environ 93.000 personnes sont décorées de la Légion d’honneur. Chaque année, celle-ci est attribuée à 2.100 civils à parité hommes/femmes, à 1.100 militaires d’active, de réserve et anciens combattants et à 400 étrangers.

Toutefois, ces derniers ne font pas partie de cet ordre de chevalerie, institué en 1802 par Napoléon Bonaparte, alors Premier consul, pour récompenser les « services éminents » rendus à la Nation et selon les principes égalitaires de la Révolution. Le fameux « ruban rouge » moiré, pérenne depuis plus de deux siècles mouvementés de l’Histoire de France, remonte à Louis XIV qui avait créé l’Ordre royal et militaire de Saint-Louis en 1693, supprimé par la Convention en 1792. L’Ordre de la Légion d’honneur est, depuis sa création, dirigé par un Grand Maître, en l’occurrence le chef de l’État intronisé le jour de son investiture. Son nom vient de la Rome antique, modèle des révolutionnaires de 1789 : les soldats romains étaient nommés « honorati » et la « légion » en regroupait l’élite. Son siège est installé depuis 1803 à l’hôtel de Salm (Paris), qui abrite aussi le musée de la Légion d’Honneur où sont exposées des décorations de plus de 120 pays : 4.600 œuvres, dont 4.000 insignes d’ordres et récompenses français et étrangers depuis le Moyen-Âge. En raison de son prestige, de nombreux gouvernements étrangers s’en sont en effet inspirés pour créer leurs ordres nationaux. Les femmes ont accédé progressivement aux trois grades et deux dignités, finalisés en 1816 : chevalier dès 1851 ; officier, 1895 ; commandeur, 1931 ; grand officier, 1953 ; grand-croix, 1998. Soucieux de l’instruction des filles de « légionnaires », Napoléon crée en 1805 les « maisons d’éducation de la Légion d’Honneur » aux Loges (collège) et à Saint-Denis (lycée), qui dispensent encore aujourd’hui une éducation morale et citoyenne ainsi qu’une formation intellectuelle de qualité : 100 % de réussite au brevet et au baccalauréat. Ces maisons sont ouvertes aux filles, petites-filles et arrière-petites-filles des membres de la Légion d’Honneur, des titulaires de la Médaille militaire (créée pour les militaires non officiers par Napoléon III en 1852) et des membres de l’Ordre national du Mérite (fondé par le général de Gaulle en 1963), mais les places sont chères : 300 places par an pour 1.000 candidates !

Les décorés de la Légion d’honneur, sans distinction de naissance, d’origine sociale, de profession et de diplôme, se retrouvent sur l’essentiel : le dépassement de soi, l’excellence au bénéfice du bien commun et le rayonnement de la France. Ils sont ensuite incités à faire partie de la Société des membres de la Légion d’honneur (SMLH), fondée en 1921, reconnue d’utilité publique et qui compte aujourd’hui 60.000 membres. Sous la devise « Honneur Patrie Solidarité », la SMLH poursuit trois objectifs : concourir partout au prestige de l’Ordre de la Légion d’honneur ; promouvoir ses valeurs et développer l’esprit civique et patriotique auprès de la jeunesse ; participer à des activités de solidarité nationale.

Pour éviter les abus, certaines personnes ne peuvent être proposées pendant l’exercice de leurs fonctions : ministres, parlementaires, membres des cabinets ministériels et fonctionnaires internationaux. Toutefois, les anciens Premiers ministres de la Cinquième République ayant exercé leurs fonctions pendant deux ans au moins sont élevés à la dignité de grand officier. Par ailleurs, tout acte déshonorant commis par un « légionnaire » peut entraîner une sanction : blâme, suspension et même exclusion de l’Ordre. Enfin, le port sans droit de la Légion d’Honneur est puni d’un an d’emprisonnement et de 15.000 € d’amende !

Loïc Salmon

La Légion d’honneur, ouvrage collectif, 3ème édition en 2013. Éditions Nane 48 pages 10 €

 




Femmes en guerre 1940-1946

Cet ouvrage, réalisé par cinq personnes, présente les femmes qui ont participé, sous l’uniforme, à la seconde guerre mondiale du côté des Alliés. Abondamment illustré de photos et documents, sans oublier les détails vestimentaires et insignes,  il souligne leur engagement et leurs difficultés à se faire admettre par leurs collègues masculins. « Bien des combattants d’hier tiennent pour inadmissible la présence de femmes dans leurs rangs. Nous ternissons la pureté de leur légende, mettons de la sauce majorette dans leur gloire », explique Suzanne Torrès, qui épousera le futur général Massu. Elle fait partie des Françaises vivant à New York que la riche Américaine Florence Conrad, soutenue par les puissantes ligues féministes, recrute en 1943 pour créer le groupe de conductrices ambulancières « Rochambeau », du nom du commandant des troupes françaises pendant la guerre d’Indépendance américaine. Les « Rochambelles » accompagnent la 2ème Division blindée du général Leclerc jusqu’en Allemagne. En décembre 1940, au Caire, le général Catroux crée le Bureau central d’assistance pour les Forces françaises libres au Moyen-Orient et en confie la direction à sa femme Marguerite, infirmière principale de 1ère classe. Une autre infirmière, la comtesse Gali-Leila du Luart, met sur pied la Formation chirurgicale mobile (FCM) N°1, franco-américaine de statut civil, pour secourir les grands blessés pendant la campagne de France. Elle reçoit la croix de Guerre et la Légion d’Honneur. Après divers avatars, la FCM reprend du service en Tunisie en 1942, suit tous les combats en Italie, rejoint la France le 31 mai 1945 et défile à Paris le 14 juillet. L’armée de l’Air crée le Corps auxiliaire féminin en 1943 à Alger. Parmi ces « filles de l’air » figurent la chanteuse américaine Joséphine Baker (croix de guerre avec palme et chevalier de la Légion d’Honneur) et l’aviatrice Maryse Bastié (croix de Guerre avec palme et commandeur de la Légion d’honneur). Outre ces grandes dames, nombreuses furent les femmes de métropole et des colonies à contribuer à la libération de la France. En Afrique du Nord, les volontaires doivent avoir entre 18 et 45 ans mais, les effectifs ne suffisant pas, un appel individuel sous les drapeaux est institué pour les Françaises de 21 à 40 ans, célibataires, veuves, divorcées et mariées sans enfants. Seules celles ayant souscrit un engagement peuvent servir aux armées. De tous les corps féminins, celui des transmissions, créé par le général Merlin, est le plus connu. Les « Merlinettes » participent à la libération de la Corse en 1943 et au débarquement de Provence en 1944. Parmi les 30 d’entre elles recrutées par le 2ème Bureau (renseignement), 7 seront parachutées en France occupée, capturées par les Allemands et exécutées. La Marine constitue les Services féminins de la flotte (SFF), dont les cadres sont recrutés en fonction des diplômes, des états de service ou des services rendus. Deux groupes d’ambulancières SFF se distinguent au 1er Régiment de fusiliers marins et au Régiment blindé de fusiliers marins. Les premières, engagées en Italie en juillet 1944, seront considérées comme membres à part entière de l’unité, malgré la méfiance du début, pour leur courage, leur endurance et leur calme en toutes circonstances. Les secondes seront présentes à la prise de Berchtesgaden (« nid d’aigle » d’Hitler) les 4 et 5 mai 1945. Pourtant, l’unique monument aux ambulancières mortes pour la France, situé à Réchésy (Territoire de Belfort), ne sera inauguré… qu’en 1991 !

Loïc Salmon

Exposition photographique itinérante « Femmes de la défense »

 

« Femmes en guerre 1940-1946 » (2013).

Éditions E-T-A-I/176 pages/36 €