Moyen-Orient : mondialisation, identités et territoires

Dans la désorganisation économique et sociale d’une partie du Moyen-Orient, des organisations non étatiques violentes poursuivent des objectifs différents sinon contradictoires, à savoir la démocratie, la loi islamique ou un État.

Ces fractures régionales ont été abordées lors d’un colloque organisé, le 15 décembre 2016 à Paris, par le Conseil supérieur de la formation et de la recherche stratégiques. Y sont intervenus : Henry Laurens, professeur au Collège de France ; Myriam Benraad, spécialiste de l’Irak et du monde arabe ; Boaz Ganor, directeur de l’Institut international sur le contre-terrorisme (Israël) ; Xavier Raufer, criminologue.

Monde arabe en expansion. Au XIXème siècle, explique Henry Laurens, la révolution industrielle favorise les échanges entre pays arabes et européens : céréales et matières premières contre produits manufacturés. Privée du coton américain par la guerre de Sécession (1861-1865), l’Europe va en acheter aux pays arabes qui en développent la culture. Entre 1880 et 1914, tout le continent américain connaît une forte immigration arabe, consécutive notamment à l’interdiction des immigrations chinoise et japonaise aux États-Unis. Après la première guerre mondiale et suite aux mandats de la France sur les provinces de l’ex-Empire ottoman qui deviendront le Liban et la Syrie, de nombreux commerçants libanais viennent s’installer dans son empire colonial d’Afrique subsaharienne. Parallèlement, de grandes banques arabes voient le jour en Palestine et en Égypte. A partir de 1945, les régimes socialistes arabes, qui dépendent de l’assistance soviétique, vont évincer les classes moyennes chrétiennes d’Orient qui émigrent alors aux États-Unis et en Europe de l’Ouest. Dans les années 1960, la rente pétrolière des pays du golfe Arabo-Persique attire une main d’œuvre arabe, africaine, asiatique et même européenne (cadres). L’exportation de capitaux arabes vers les pays industrialisés facilite l’intégration de la haute société capitaliste des pétromonarchies à celles des États-Unis et d’Europe. L’anglais est devenue la langue courante au Moyen-Orient, où le français reste très présent. Le monde arabe cumule particularismes et richesse culturelle, grâce à la formation de ses cadres sur trois continents.

Dialectique des contradictions. Le Moyen-Orient n’est pas fracturé, mais provincialisme et affinités locales côtoient les identités transnationales, souligne Myriam Benraad. Le communautarisme perdure depuis la fondation des États, avec des confrontations et coexistences sur un terrain assez complexe, où la dislocation des économies locales provoque un chômage massif chez les jeunes. La modernité implique la rationalité comme norme, avec État de droit et services minima (eau et électricité). Mais ce discours ne colle pas à la réalité du terrain. Ainsi, après la bataille de Falloujah (Irak, 2004), la population n’y est pas revenue car l’habitat, détruit, n’est pas encore reconstruit. Une autre réthorique invente une nouvelle société pré-moderne, où l’identité repose sur des allégeances claniques, tribales ou religieuses. Ce “califat” imaginaire exerce une influence certaine via les réseaux sociaux et internet. La Syrie projette une image « orientalisante » de violence et de décomposition interne. L’Irak a vu la désintégration de son territoire depuis l’invasion de l’armée américaine en 2003. L’autorité de l’État s’est effondrée, remplacée par un nouveau type de gouvernance avec des centres autonomes disposant de leur propre administration. Les milices chiites utilisent l’appareil étatique avec l’approbation de la population, en raison de l’incurie du gouvernement central. Selon Myriam Benraad, l’armée irakienne, qui n’a jamais été nationale, est infiltrée depuis des années par des éléments partisans. De son côté, l’État islamique (Daech), résultante des différents mouvements islamistes qui se sont succédé depuis une centaine d’années, exerce son autorité sur les territoires conquis en Syrie et en Irak depuis 2014. Il parvient aussi à recruter et mobiliser des sympathisants parmi des ressortissants de pays non arabes, en vue de perpétrer des attentats terroristes n’importe où dans le monde.

Perception israélienne. Les “printemps arabes”, déclenchés en 2011 par des jeunes démocrates libéraux, ont porté les Frères musulmans et autres mouvements salafistes au pouvoir, rappelle Boaz Ganor. A l’exception de la Tunisie, tous ces régimes se sont effondrés, créant des enclaves d’instabilité en Libye, Égypte, Syrie et Irak. Diverses organisations terroristes « hybrides » se sont infiltrées dans des pays musulmans, africains, asiatiques et occidentaux. Certaines, élues démocratiquement, contrôlent des territoires et répondent aux besoins fondamentaux des populations, à savoir de l’eau, un système éducatif et une police, mais n’oublient pas l’enseignement religieux ! Cette situation leur donne une légitimité, qui stupéfie la communauté internationale. Or, souligne Boaz Ganor, Israël la connaît depuis des années avec le Hamas à Gaza et le Hezbollah en Syrie et au Liban. La politique américaine de limitation de l’action des organisations terroristes, par la neutralisation de leurs dirigeants, la confiscation de leurs avoirs financiers et le blocage de leurs achats d’armes, subit un « effet boomerang » en retour. En 2014, l’administration Obama a lancé une opération en coalition contre Daech en Syrie et en Irak, uniquement avec des frappes aériennes et sans troupes au sol. Or, seule une intervention terrestre peut combattre efficacement ces organisations hybrides, qui se mêlent aux populations civiles. La donne change en 2015 avec l’intervention de l’aviation russe en Syrie pour épauler l’armée du régime de Bachar el-Assad, qui s’en trouve conforté. Plusieurs stratégies, réalistes ou non, semblent envisageables par la coalition occidentale engagée contre Daech. D’abord, les opinions publiques n’accepteraient pas des frappes aériennes plus intenses, qui causeraient d’importants dommages collatéraux, ni une intervention terrestre coûteuse en pertes humaines militaires. Une option consisterait à laisser la Russie éradiquer seule Daech. Mais les États-Unis y perdraient probablement le soutien de leurs alliés au Proche-Orient (Israël et certains pays arabes). En outre, la Russie obtiendrait un véritable retour sur ses investissements : légitimation du régime syrien ; retour durable au Proche-Orient ; liberté d’action en Ukraine et en Europe de l’Est. Finalement, une solution possible combinerait une campagne de bombardement en coalition et une intervention de forces spéciales… tout en essayant de respecter le droit humanitaire !

Loïc Salmon

Moyen-Orient : situation complexe et perspectives

Israël : réagir à toute menace directe pour continuer à exister

Iran : acteur incontournable au Moyen-Orient et au-delà

Depuis le XIXème siècle, toutes les idéologies, convergent vers une uniformisation de la planète, estime Xavier Raufer. Lénine voyait en l’impérialisme le stade suprême du capitalisme, mais c’est l’inverse qui s’est produit depuis la chute du mur de Berlin (1989), souligne le criminologue. Après la guerre froide, sont apparues des zones “grises” où l’État-nation n’existe plus. Depuis le second conflit mondial, chaque période d’affrontement s’est caractérisée par une figure du combattant : le parachutiste des guerres de décolonisation, puis le guérillero d’Amérique latine et le fedayin en keffieh du Moyen-Orient. Selon Xavier Raufer, celui d’aujourd’hui ressemble à un être hybride, entre le participant au crime organisé et le terroriste « pur jus » des années 1990.




Armée de Terre : l’action militaire pour préserver la souveraineté

Les armées interviennent en appui de l’action diplomatique de l’Etat. Les forces terrestres assurent une contrainte physique et humaine sur le terrain avec une discrimination de l’emploi de la force.

Ce thème a fait l’objet d’un colloque organisé, le 19 janvier 2017 à Paris, par le Centre de doctrine et d’enseignement du commandement. Y sont notamment intervenus : Patricia Adam, présidente de la commission de la défense nationale et des forces armées de l’Assemblée nationale ; le général d’armée (2S) Henri Bentégeat, ancien chef d’Etat-major des armées et ancien chef du comité militaire de l’Union européenne (UE) ; le général d’armée Jean-Pierre Bosser, chef d’état-major de l’armée de Terre ; Caroline Galactéros-Luchtenberg, directrice du cabinet de conseil privé et de formation en intelligence stratégique Planeting.

Ruptures et glissements. L’image des armées s’est considérablement améliorée depuis la disparition du service militaire, facteur fort d’antimilitarisme, indique le général Bentégeat. Le retour de leur engagement sur le territoire national, devenu quasiment un désert militaire, a renforcé leur visibilité. Parallèlement, l’indépendance nationale a disparu des structures nationales et des textes officiels. Au sein de l’UE, la mutualisation des moyens militaires de transport, renseignement satellitaire, formation et maintien en condition opérationnelle constitue une délégation temporaire de souveraineté. Cette dernière est occasionnellement transférée lors des coalitions par la perte du commandement opérationnel, mais préservée par le contrôle opérationnel au jour le jour des forces françaises. Sauf au Sahel et en Côte d’Ivoire, celles-ci ont été engagées dans des coalitions sous l’égide de l’OTAN ou de l’UE. La chaîne de commandement national définit les buts d’une opération extérieure et fixe les règles et les limitations d’engagement. Mais, précise le général, cela ne garantit pas que l’emploi des forces françaises se fera comme souhaité au départ, faute de pouvoir contrôler tout ce qui se passe au sein d’une coalition « ad hoc ». Quand les Etats-Unis fournissent 75 % des moyens, il est difficile de leur demander des comptes. Cependant, l’autonomie stratégique de la France demeure grâce aux contributions de sa capacité de renseignement national et de son industrie d’armement

Evolution du commandement. Le retour à la guerre depuis 1995 avec l’engagement des armées dans de multiples opérations extérieures a changé les liens entre les responsables politiques et les militaires. Le processus décisionnel politico-militaire, devenu rapide, efficace et démocratique, est unique en Europe, explique le général Bentégeat. Via son état-major particulier, le président de la République, chef des armées, entretient un lien direct avec le chef d’Etat-major des armées (CEMA) qui, lui, prend le commandement opérationnel de toutes les forces engagées. Conseiller militaire du gouvernement, ce dernier assiste au conseil de défense restreint hebdomadaire. En revanche, la place du ministre de la Défense dans la chaîne de commandement reste ambigu. Outre ses responsabilités traditionnelles de préparation et d’organisation des armées, il assure, depuis 2013, celle de leur emploi, mais pas s’il est « opérationnel » qui reste du ressort du CEMA. De son côté, le Parlement doit autoriser la prolongation d’une opération extérieure tous les 4 mois et procède aux auditions directes de responsables militaires pour avoir une meilleure visibilité des armées. Toutefois, avertit le général Bentégeat, la grande réactivité de la chaîne de commandement risque de conduire à un « suremploi » des forces armées, qui obéissent sans faille au président de la République…comme les diplomates !  L’historien et politologue Raymond Aron (1905-1983) avait défini la puissance d’une nation par sa démographie, sa prospérité économique, son influence culturelle et sa capacité militaire. La France, estime le général Bentégeat, n’a plus que cette dernière, reconnue comme l’une des meilleures du monde, comme facteur de puissance.

Place de l’armée de Terre. Le XXIème siècle verra le retour à la souveraineté nationale et celui des Etats forts, estime le général Bosser. L’OTAN et l’UE apparaissent comme des alliances fragiles. La tendance générale est au repli sur le fait national, comme l’exprime le « Brexit » britannique. Or depuis 2016, même les Etats les plus forts affrontent à armes égales des Etats faibles, qui profitent du nivellement opérationnel procuré par les cyberattaques et les engins explosifs improvisés. Leur diplomatie et leur économie permettent de compenser cette perte de supériorité. La souveraineté nationale de la France est assurée par la dissuasion nucléaire depuis plus de 50 ans.  Son autonomie opérationnelle repose sur un modèle d’armée conventionnelle, complète et solide. Les forces terrestres se déploient à nouveau sur le territoire national dont l’opération « Sentinelle », qui mobilise 10.000 personnels pour lutter contre le terrorisme, n’est qu’une brique. Elles contribuent aussi à la cohésion nationale par le recrutement de 20.000 jeunes. A l’extérieur, elles sont intervenues au Mali en 2013 et sont présentes au Levant contre Daech, à  savoir la Task Force Wagram (canons Caesar) en appui des forces irakiennes au sol. « Mes homologues allemand et britannique sont bluffés de la manière dont nous intervenons avec beaucoup de liberté d’action », déclare le général Bosser. Il ajoute que souveraineté et alliance ne s’opposent pas : il s’agit d’adapter la première et de compenser par la seconde. En matière d’armement, la souveraineté militaire française repose sur une coopération étroite entre l’armée de Terre, la Direction générale de l’armement et les industriels. Enfin, dans le domaine de la pensée militaire, le général Bosser envisage de recourir au G2S (club de généraux en 2ème section) comme « think tank » (institut de recherche) de l’armée de Terre.

Imposer sa volonté. Il existe une relation entre liberté d’action, souveraineté et responsabilité, estime Caroline Galactéros-Luchtenberg. Le concept de monde multipolaire implique indépendance des Etats et respect de leurs intérêts vitaux. Le droit international instaure des compromis, mais n’impose aucune soumission à un ordre supérieur. La souveraineté de l’UE se dilue au profit du droit public européen, dépourvu de légitimité puisque le « peuple européen » n’existe pas. Mais l’UE doit éviter de subir l’influence de la Russie, de la Chine et des Etats-Unis. Avec le « Brexit », la Grande-Bretagne reprend sa souveraineté, à la grande satisfaction de la nouvelle administration américaine. Première puissance économique européenne, l’Allemagne cherche à atteindre une souveraineté globale en augmentant son budget militaire, pour compter davantage dans les affaires du monde. La France a perdu sa souveraineté budgétaire et de ses frontières. Pour la Russie, le droit international ne peut conduire à la disparition des rivalités de puissance. En raison de leur vision partagée des rapports de force, de posture de défense et de politique étrangère, les pays occidentaux ont choisi l’OTAN, qui a fixé un objectif budgétaire de défense de 2 % du produit intérieur brut par Etat membre. Enfin, souligne Caroline Galactéros-Luchtenberg, les armées jouent un rôle mobilisateur dans la résilience et la cohésion nationale.

Loïc Salmon

Défense et sécurité : organiser la guerre et assurer la paix

Armée de Terre : le CFT, fournir des soldats opérationnels au bon moment et au bon endroit

Patricia Adam rappelle que la souveraineté, à savoir ne dépendre de personne pour assurer son indépendance, est une notion juridique et un concept politique. Toute légitimité relève de la nation, y compris l’assurance de la sécurité des citoyens et du territoire. Les armées apportent leur concours aux forces de sécurité. L’outil militaire doit être équipé pour agir si les troubles dégénèrent en crise. La liberté d’appréciation de la situation, de décision et d’action a un coût, le prix de la souveraineté. Le maintien d’une base industrielle de défense permet d’échapper à tout embargo ou chantage sur l’achat d’armements nécessaires à la garantie de la souveraineté.




Géopolitique : frontières ignorées et affrontements futurs

La mondialisation, à savoir échanges des services et des biens et circulation des personnes, devait conduire à une uniformisation culturelle de la communauté internationale. Pourtant, la diffusion universelle des technologies d’information et de la communication semble aboutir au résultat inverse.

Ce thème a été abordé lors d’un colloque organisé, le 15 décembre 2016 à Paris, par le Conseil supérieur de la formation et de la recherche stratégiques. Y ont notamment participé : Renaud Girard, correspondant de guerre et grand reporter pour le quotidien Le Figaro ; Bernard Bajolet, directeur général de la Sécurité extérieure (DGSE) ; Mireille Delmas-Marty, professeur honoraire au Collège de France.

Explosion des frontières. Les bouleversements politiques survenus depuis 1991 (fin de la guerre froide) ont provoqué la dissolution non maîtrisée de divers types de frontières, estime Renaud Girard. Les frontières territoriales présentent le plus de fragilité. Ainsi, l’Ukraine, qui signifie littéralement « sur la frontière », séparait les Empires austro-hongrois et ottoman. Issue de la disparition de l’URSS, elle se voit reconnue en 1994 par les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France et la Russie, en échange des armes nucléaires qui y sont entreposées et qui seront détruites par les États-Unis. L’annexion de la Crimée en 2014 par l’armée russe, sans effusion de sang, sera approuvée par un référendum populaire, mais non reconnu par la communauté internationale car refusé par le régime ukrainien. Lors de la désintégration de la Yougoslavie en 1999, l’OTAN, dont aucun État membre n’était menacé, avait arraché par la force la province du Kosovo à la Serbie en vue de son indépendance, mais sans l’approbation de l’ONU ni du Parlement serbe. A l’époque, la Russie avait averti les pays occidentaux « qu’ils jouaient avec le feu sur les frontières ». La question des frontières maritimes se pose en mer de Chine méridionale. Le gouvernement chinois n’accepte pas celles définies par le droit de la mer (1982). En juillet 2016, il refuse le verdict de la Cour permanente d’arbitrage de La Haye (saisie en 2013) en faveur des Philippines, mais réussit à mettre de son côté le nouveau président philippin Rodrigo Duerte (élu le 30 juin). En outre, il s’arroge toute la mer de Chine méridionale jusqu’au Viêt Nam, à la Malaisie et aux Philippines (l’équivalent de 4 fois la surface de la Méditerranée), afin de contrôler une route maritime alternative au détroit de Malacca. Ses sous-marins nucléaires lanceurs d’engins peuvent ainsi passer librement dans les eaux profondes du Pacifique, afin d’acquérir une parité stratégique de discussion avec les États-Unis. La Chine a également construit des bases militaires sur les îles Spratley, considérées comme (n’appartenant à personne). Les “frontières des personnes” ont été franchies sans procédures (passeport et visas) par des migrants civils issus de sociétés faillies par la guerre (Afghanistan, Syrie et Irak), le régime politique (Érythrée) ou le réchauffement climatique (Sahel). Il leur suffit de connaître le numéro du téléphone portable d’un passeur, qui demande jusqu’à 3.000 $. Ces migrations massives entraînent des difficultés économiques (logements et emplois à pourvoir) et culturelles (intégration) dans les pays d’accueil.

Réflexions sur le long terme. Les ministères des Affaires étrangères et de l’Intérieur mettent en œuvre des cellules de crise et de soutien efficaces, mais au détriment des réflexions de fond, estime Bernard Bajolet. Selon lui, les services de renseignement (SR) disposent en interne des capacités techniques, humaines et opérationnelles, de plus en plus nécessaires pour traiter l’ensemble d’un problème. Les données démographiques et la relative marginalisation de l’Occident sont à prendre en compte. La maîtrise du changement climatique avec l’objectif d’une réduction de 2 ° C en 2050 ne préserve pas des migrations futures. Les technologies de l’information et de la communication, sciences cognitives, nanotechnologies, biotechnologies et nouveaux matériaux induisent une révolution dans la robotique et l’internet des objets (impression 3D). Mais, cela ne permet pas d’anticiper les percées technologiques des dix prochaines années. Les menaces terroristes et asymétriques perdureront sous d’autres formes. Outre les réponses sécuritaires, les conséquences sur les sociétés occidentales et les incidences diplomatiques entrent en jeu. Les phénomènes de fond de la Syrie et de l’Irak, connus depuis 2003, n’ont pas été traités de façon adéquate. Il en est de même pour la Libye, la bande sahélo-saharienne et l’Afrique centrale. Les SR ne séparent pas le traitement du terrorisme de la géographie des pays concernés. La criminalité organisée agit, à côté de l’État, dans les échanges économiques et les relations internationales. La prolifération des armes de destruction massive (ADM), la vulgarisation des technologies et la miniaturisation des armes mises à la portée de petits États engendrent une hybridation entre ADM et terrorisme. Ainsi, Daech a utilisé des armes chimiques en Syrie et en Irak. États et groupes terroristes ou mafieux acquièrent des capacités de cyberattaques. Les affrontements futurs entre États seront toujours accompagnés d’une composante cyber. Russie, Turquie et Iran, puissances anciennes, ressurgissent. Les entreprises multinationales collectent des milliers de données personnelles à des fins commerciales et disposent de réserves financières supérieures à celles de nombreux États. La guerre hybride, entre paix et conflit armé, efface la différence entre combattants et non-combattants. Certaines milices, aux moyens considérables (avions et navires), jouent un rôle plus important que certains États. Propagande et cyberattaques permettent d’éviter de déclarer la guerre ou de revendiquer des actions belliqueuses. Au niveau mondial, l’ONU ne contrôle plus l’évolution des rapports de forces. En Europe, le retour aux égoïsmes nationaux s’affirme (« Brexit » britannique). Selon Bernard Bajolet, la France doit disposer de toute la panoplie militaire conventionnelle et de la dissuasion nucléaire, en cas d’affrontement entre États, et d’autres moyens contre les menaces terroristes, criminelles ou économiques.

Loïc Salmon

Asie-Pacifique : rivalités et négociations sur les enjeux stratégiques

Stratégie : au-delà de l’ennemi présent, imaginer celui de demain

DGA : la révolution numérique et industrielle de l’impression 3D

Selon Mireille Delmas-Marty, les sociétés  sont déstabilisées par les changements incessants, dus à la mondialisation, et cherchent des repères dans une « rose des vents », où « vent », en grec, signifie « souffle » et « esprit » . Cette rose présente des couples de principes qui régissent tout collectif humain, mais dont aucun n’est absolu en soi : compétition/coopération ; innovation/conservation ; liberté/sécurité ; intégration/exclusion. Dans cette rose s’intercale celle des principes régulateurs : précaution ; anticipation ; pluralisme ordonné ; dignité humaine ; solidarité planétaire. Ces tensions créent une « ronde des vents ». Les acteurs politiques y entrent à la recherche de l’équilibre et passent d’un principe à l’autre, en remplaçant le « ou » qui oppose par le « et » qui unit. Tout dépend du contexte politique, géographique, culturel ou anthropologique. Le droit est un outil nécessaire mais pas suffisant.




Espace : dissuasion nucléaire et souveraineté européenne

Outre la crédibilité de la dissuasion nucléaire, les satellites assurent les communications, le guidage et le renseignement indispensables à la conduite des opérations extérieures. Face aux menaces émergentes, la surveillance de l’espace nécessite une coopération européenne, civile et militaire.

Les perspectives de la politique spatiale française ont été abordées au cours d’une conférence-débat organisée, le 8 décembre 2016 à Paris, par l’Association des auditeurs jeunes de l’Institut des hautes études de défense nationale. Y sont intervenus : un colonel du Commandement interarmées de l’espace de l’État-major des armées ; un représentant d’Airbus Safran Launchers (ASL), co-entreprise des groupes européen Airbus (50 %) et français Safran (50 %) constituée pour le programme de la fusée Ariane 6.

Autonomie stratégique. Selon le colonel, l’espace permet d’abord d’acquérir des données partout dans le monde, discrètement, légalement et sans engager de vie humaine. En outre, il offre un service global au sol avec des infrastructures légères. Toutefois, il reste soumis à des programmes complexes, un cadre juridique « pacifiste » et une mécanique spatiale contraignante. Les armées françaises disposent de toutes les capacités spatiales pour entrer en premier sur un théâtre : optique avec les 2 satellites Hélios 2 (militaires) et les 2 Pleiades (observations civile et militaire) ; radar avec les 5 SAR-Lupe (militaires, en coopération avec l’Allemagne) et 4 Cosmo-SkyMed (duaux, avec l’Italie) ; écoute avec le démonstrateur Elisa composé de 4 satellites ; télécommunications avec les systèmes Syracuse III (2 satellites), Athena-Fidus et Sicral 2 ; surveillance de l’espace par le système Graves ; accès au GPS P/Y pour les positionnement, navigation et datation. Entre 1991 (guerre du Golfe) et 2014 (intervention au Levant), la résolution des images est passée de 50 m à 10 m et leur nombre de 70/jour à 680/jour. Elle permet d’évaluer les dégâts sur un carré de 60 km de côté en complément des autres moyens (drones et avions), d’observer jour et nuit et par tout temps, en comparant les images optique et radar. En remontant dans le temps, l’imagerie spatiale facilite l’appréciation de la situation du théâtre et aide à la décision : détection du déploiement russe en Syrie (observation d’une base aérienne) ; construction d’une piste d’envol sur une île en mer de Chine. Cartes et modèles numériques de terrain sont réalisés à partir d’une image satellite verticale, suivie d’une « vectorisation » des arêtes de structures (bâtiments et routes) et d’une exportation du modèle en 2 dimensions pour l’aide au guidage d’un missile.

Évolution du contexte. Entre 1960 et 1995, l’espace acquiert une dimension stratégique : outil de souveraineté (autonomie d’appréciation de la situation et indépendance d’action), symbole de puissance (volonté politique et capacités financière, technique et industrielle) ; capacités mondiales limitées et sous contrôle étatique ; prolifération des satellites maîtrisée ; besoins opérationnels (planification, confidentialité élevée et nombre d’utilisateurs réduit) ; mise en place d’une logique métier (météorologie, télécommunications, renseignements d’origines optique et électromagnétique). De 1996 à 2016, l’espace est utilisé au profit des opérations. Les conflits évoluent : imprévisibilité ; opérations menées en coalition ; forces adverses mêlées à la population civile et n’utilisant que peu l’espace. En outre, la démocratisation de l’utilisation des moyens spatiaux militaires ouvre des capacités stratégiques par la multiplication des « clients » et la diversité de leurs besoins. Elle facilite l’acquisition de capacités complémentaires en matière de services, coopérations et contrats commerciaux. Demain, l’espace sera contesté, congestionné et compétitif prévient le colonel. Les menaces sur les systèmes spatiaux militaires incluent : armes antisatellites (lasers et micro-ondes) ; brouillage des liaisons ; cyberattaques contre les stations sol ; utilisation de moyens spatiaux par l’adversaire sur le territoire national et pendant les opérations extérieures ; dissimulation d’activités hostiles dans la densité du trafic. D’ici à 2030, la politique spatiale militaire devrait porter sur : la surveillance de l’espace ; le renouvellement des capacités (observation, renseignement d’origine électromagnétique, télécommunications et système de navigation mondiale) ; capacité d’alerte avancée.

Surveillance et résilience. L’espace a pris un virage commercial, explique le représentant d’ASL. De nouveaux acteurs sont apparus : les « start up » et les géants américains de l’internet (Google, Apple, Facebook et Amazon), qui y déploient 600 satellites. En outre, les coûts de lancement des satellites en orbite géostationnaire a diminué de moitié en 20 ans. Dans le domaine spatial, aujourd’hui à 50 % civil et 50 % militaire, les recherches et technologies développées à des fins commerciales trouvent des applications militaires, multipliant ainsi les menaces intentionnelles et fortuites. Les systèmes de détection infrarouge repèrent les décollages de fusées civiles, qui ravitaillent la station spatiale internationale, et de missiles, pour évaluer leur trajectoire et identifier l’agresseur. États-Unis, Russie et Chine développent des systèmes antisatellites. L’Inde et le Japon en sont, potentiellement, capables. Le Pakistan, Israël et la Corée du Nord pourraient, techniquement, faire exploser une arme nucléaire dans l’espace, créant une impulsion électromagnétique aux graves conséquences. Face à ces menaces, seuls les États-Unis disposent d’un système qui détecte tout objet de quelques centimètres dans l’espace. Pour les autres pays, les réponses accessibles portent sur la surveillance et le renseignement, en profitant des initiatives industrielles à coût raisonnable (optique et laser) et en multipliant les sources de caractérisation et d’identification (imagerie, analyse spectrale et alerte avancée). La résilience met en œuvre : protection des satellites et segment sol ; durcissement des moyens de communications ; antibrouillage ; architectures robustes ; capacités d’évitement ; « boîtes noires » ; gestion de fin de vie des satellites et des débris spatiaux. La dissuasion contre toute menace spatiale repose notamment sur l’autoprotection des satellites et le développement de véhicules de destruction des armes antisatellites.

Loïc Salmon

Espace : nécessité d’une capacité commune de surveillance

Chine : l’espace au cœur du complexe militaro-industriel

Défense antimissile : surtout protection des forces, moins celle des populations

Lors de sa visite à Airbus Safran Launchers le 14 décembre 2016 à Paris, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a souligné les enjeux de la filière des lanceurs de satellites : synergie entre les mondes civil et militaire et complémentarités technologiques et industrielles ; coopération entre l’État et l’industrie ; autonomie de l’Union européenne d’accès à l’espace. Le programme Ariane 6 vise à garantir aux États membres la mise sur orbite de leurs outils de souveraineté et l’indépendance économique aux fabricants de satellites européens et à leurs clients. Tous les sous-marins nucléaires français lanceurs d’engins sont équipés des missiles M51, la version M51.2 est opérationnelle et la réalisation de la version M51.3 a été lancée.




Défense et sécurité : organiser la guerre et assurer la paix

Garant de l’adaptation, de la cohérence et de la continuité de l’action de l’État, le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) doit en renforcer les réponses face aux risques et protéger la population.

Ces domaines régaliens ont fait l’objet d’un colloque tenu les 22 et 23 novembre 2016 à Paris, à l’occasion du 110ème anniversaire du SGDSN. Y sont notamment intervenus : Louis Gautier, secrétaire général du SGDSN ; Nicolas Roussellier, Institut d’études politiques de Paris ; Jean-Claude Mallet, conseiller spécial du ministre de la Défense et ancien secrétaire général du SGDSN (1998-2004) ; le général d’armée (2S) Henri Bentégeat, ancien chef d’État-major des armées (2002-2006) ; Norbert Fargère, inspecteur général de l’armement.

Centre de convergences. Créé en 1906, en tant que Conseil supérieur de la défense nationale, le SGDSN prend sa forme définitive en 2009. A la confluence des diverses sources d’information et de renseignement, il repère toutes les menaces, explique Louis Gautier. Relevant directement du Premier ministre, il assure le secrétariat des conseils de défense et s’intercale entre les plans gouvernementaux, notamment Vigipirate, et l’arbitrage du président de la République. L’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI), le Centre des transmissions gouvernementales et le Groupement interministériel de contrôle lui sont rattachés. Son effectif d’environ 900 personnes compte des militaires, des membres du corps préfectoral, des diplomates, des ingénieurs et des experts scientifiques de haut niveau, qui échangent leur expérience sur des objectifs partagés avec des partenaires internationaux. Pour garder une longueur d’avance dans les enjeux de sécurité, dont la menace cyber en évolution permanente, le SGDSN fait de la prospective (projection dans l’avenir). Le plus difficile, souligne Louis Gautier, consiste à concilier sécurité et liberté.

Perspective historique. L’histoire du SGDSN coïncide avec la transformation du pouvoir exécutif amorcée au début du XXème siècle, explique Nicolas Roussellier. Sous la IIIème République, le chef de l’État dépend uniquement du ministère des Affaires étrangères en matière de politique extérieure, car son équipe d’une dizaine de personnes ne compte aucun conseiller en relations internationales. Il en est de même pour le président du Conseil. Après la seconde guerre mondiale, le président de la République et le chef du gouvernement, équivalent du Premier ministre britannique, disposent de véritables experts qui rédigent des notes de synthèse, en vue d’orienter les décisions. Parallèlement à la concentration et la modernisation de l’administration civile et des armées, apparaissent les secrétariats généraux de la présidence de la République, de la présidence du Conseil et de la Défense nationale (SGDN), à savoir des états-majors d’experts qui interviennent directement. Ces organismes, similaires en Grande-Bretagne et en France, exercent l’autorité dans le monde civil et au sein de l’exécutif selon un modèle militaire, avec une répartition du travail et une planification. Dès 1935, le SGDN effectue un travail interministériel, notamment pour préparer les lois de programmation militaire et les ordonnances, qui se poursuivra jusqu’à l’avènement de la Vème République en 1958.

Évolution du concept. Le chef de bataillon Charles De Gaulle avait été affecté au SGDN de 1931 à 1936. Devenu chef de l’État en 1958, il rédige l’année suivante une ordonnance sur l’organisation de la défense nationale, qui stipule que le président de la République déclenche une opération militaire et que le Premier ministre assume la responsabilité de la défense nationale. Dans ce domaine, la « cohabitation » de 1997-2002 entre les deux têtes de l’Exécutif (Jacques Chirac et Lionel Jospin) a parfaitement fonctionné, souligne Jean-Claude Mallet, qui a dirigé le SGDN de 1998 à 2004. Les attentats terroristes du 11 septembre 2001 aux États-Unis ont provoqué en France une révision de tous les plans de sécurité. L’irruption du numérique a entraîné la création de l’ANSSI pour rattraper le retard en matière de cyberdéfense. En outre, s’est posée la question du pilotage de la politique du renseignement à relever du ministère de l’Intérieur, du SGDN ou du président de la République. Il a finalement été confié au Conseil national du renseignement en 2008. Cela a abouti à l’inclusion de la sécurité nationale dans le Livre blanc de la défense et à la transformation du code de la défense. Le Conseil de défense et de sécurité nationale prend en compte tous les risques qui affectent le pays, sur les plans interne et externe avec des postures militaires et non militaires. Cette tendance générale se manifeste également aux États-Unis, en Grande-Bretagne et en Allemagne.

Perception militaire. Selon le général Bentégeat, le SGDN devient un rouage essentiel de l’État au milieu des années 1990. Lors de son affectation comme colonel, adjoint au chef d’état-major particulier du président de la République, il y constate des activités communes aux ministères des Affaires étrangères et de la Défense, à savoir études et analyses de la situation dans le monde. Mais pendant cette période de « cohabitation », le SGDN sert de trait d’union entre l’Élysée et Matignon pour préparer les conseils de défense et les conseils dits « restreints » au cœur des opérations. Tous les sujets sont abordés, y compris la remise à plat de la dissuasion nucléaire. Avec le recul, le général Bentégeat considère qu’il ne faut pas chercher à « lisser » le contenu du domaine d’action du SGDSN par souci d’efficacité, mais l’adapter à l’évolution de l’État, dont les ressources humaines et financières se restreignent. Le SGDSN d’aujourd’hui doit maintenir son autorité sur les ministères, rester un médiateur, sans se substituer aux responsabilités civiles et militaires, et éviter d’être dépassé par l’actualité brûlante : terrorisme, migrations et changement climatique. Principal responsable de la cohérence et de la continuité de l’action gouvernementale, le SGDSN doit s’adapter au changement, où l’équilibre entre le politique et le militaire dépend des circonstances : paix, guerre ou crise.

Loïc Salmon

Défense et sécurité : anticiper puis gérer les crises

Géopolitique : le chaos d’aujourd’hui, dérive logique de la mondialisation

Adversaire « hybride » : comprendre, agir et se protéger

La menace chimique reste d’actualité, rappelle Norbert Fargère. Un rapport conjoint de l’ONU et de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (25 août 2016) a établi l’emploi de l’arme chimique en 2014 et 2015 au Moyen-Orient, à deux reprises par le régime syrien et une fois par l’État islamique (Daech). Le protocole d’accord de 1925 sur l’interdiction de l’arme chimique n’a pas prévu de procédures de vérification. L’Allemagne et la Russie ont alors poursuivi des recherches sur les neurotoxiques et la Grande-bretagne sur la maladie du charbon. La Convention sur les armes chimiques, entrée en vigueur en 1997, prévoit l’interdiction de leurs fabrication, stockage et emploi. Depuis une vingtaines d’années, le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives effectuent des recherches sur la détection, la protection et la décontamination. Depuis 2016, le SGDSN et le Service de santé des armées fabriquent des produits toxiques, en vue de la mise au point de contre-mesures.




DGA : la révolution numérique et industrielle de l’impression 3D

Les applications de la fabrication additive (FA) ou impression tridimensionnelle (3D) de pièces complexes d’équipements “sensibles” font l’objet d’un schéma directeur national pour éviter une dépendance de pays étrangers.

Joël Rosenberg, responsable de l’innovation à la Direction générale de l’armement (DGA) en a présenté les enjeux au cours d’une conférence-débat organisée, le 24 novembre 2016 à Paris, par l’Association nationale des auditeurs jeunes de l’Institut des hautes études de défense nationale.

Les avantages. La FA transforme un fichier numérique à 2 dimensions en un objet physique par assemblage, à températures élevées, de couches successives du même matériau : matières biologiques, polymères, céramique, bétons et métaux (aluminium, titane, nickel, cobalt ou magnésium). Elle permet de réaliser des pièces impossibles à fabriquer selon les procédés classiques et avec des caractéristiques mécaniques identiques. Ainsi, Airbus DS a conçu et fabriqué un support d’équipement en titane, une première mondiale, pour le satellite Atlantic Bird 7 mis en orbite en octobre 2011. La FA raccourcit les délais de la conception à la production. Un moteur d’avion se fabrique en 40 heures, contre plusieurs semaines auparavant. Plus écologique que l’usinage, elle remplace la machine-outil et réduit les pertes de matière : 4 % de copeaux pour une pièce d’aéronautique en titane contre 96 % précédemment. La FA est utilisée pour des prototypes, qu’il est possible de refaire dans toutes leurs phases autant de fois que nécessaire. L’Agence spatiale européenne passe aujourd’hui du concept au prototype du lanceur Ariane 6 en quelques semaines, contre 18 mois auparavant. La FA permet de relocaliser les lieux de production au plus près du client. Par exemple, différents monoblocs fabriqués en Chine sont assemblés au Japon pour un montage final de l’objet en Europe. La FA permet de s’affranchir de la main d’œuvre à basse qualification et de réduire le coût de la logistique. Mais, il reste à régler la question de la protection de la propriété industrielle (contrefaçon).

Recherche et développement. Il s’agit de former des personnels, dont la qualification évolue dans les domaines des nouveaux matériaux et du numérique. En effet, la chaîne numérique de la FA commence par la modélisation (scanners et bibliothèques 3D) et continue par la conversion en divers formats. La préparation nécessite des logiciels génériques industriels pour la visualisation, l’analyse, la réparation des défauts, l’édition et la modification éventuelle. Ensuite, des logiciels intégrés traitent la FA et procèdent à l’orientation du modèle, à la génération de supports, au “tranchage”, à la génération des parcours intérieurs et extérieurs de la tranche et enfin à la compensation des dérives de fabrication (hauteur et retrait). Pour la fabrication proprement dite, des systèmes FA assurent le pilotage des machines et le contrôle du processus selon les diverses méthodes (SLA, SLS, FDM, SLM, Strato, imprimante 3D etc). En outre, le savoir-faire ou secret industriel repose sur la maîtrise de la bonne santé de la matière, en vue d’obtenir la meilleure qualité possible, celle des standards aéronautiques et spatiaux. Investissements et compétences permettent de lancer des recherches dans de nombreux domaines : santé ; enseignement/formation ; alimentation ; architecture/construction ; distribution ;  textile/mode ; infrastructure ; produits industriels ; produits grand public ; services ; outillage/machine/moule ; restauration ; réparation ; bijouterie-luxe ; nanotechnologies ; bio-ingénierie ; énergie/mines/forage ; loisirs ; transport/mobilité ; automobile ; création/design/artisanat ; meubles/habitat ; électronique ; maquettage/prototypes ; culture/patrimoine ; robotique ; aéronautique/espace.

Applications militaires. Le Service des matériaux de la DGA partage les connaissances et les besoins communs en FA de l’armée de l’Air et de la Marine nationale pour les composants du “Neuron”, démonstrateur de drone de combat furtif européen qui vole déjà. Les études amont de la DGA portent sur : les poudres ; la micro-électronique ; les nouveaux concepts d’intégration ; les nouvelles architectures d’antenne et les matériaux spécifiques correspondants ; de nouveaux alliages. En outre, des procédures du dispositif RAPID (régime d’appui à l’innovation duale) sont en cours sur la possiblité d’effectuer des réparations de pièces détachées à très haute valeur ajoutée puis de leur qualification aux normes aéronautiques, ou sur de nouvelles méthodes de conception de pièces pour les parties chaudes de moteur d’avion. La FA permet de refaire des pièces anciennes, dont les plans ont disparu, et qui seront requalifiées pour éviter tout danger pour les utilisateurs. Par ailleurs, des études de faisabilité sont en cours sur la logistique des pièces détachées, une fois leur certification effectuée. Enfin, la nourriture “imprimée 3D” est étudiée pour les armées en opérations.

Un marché en expansion. Dans les domaines médical et aéronautique, 50.000 imprimantes et 10.000 machines industrielles ont été vendues en 2013 pour réaliser des prototypes et pièces finales en polymères. Ces chiffres ont atteint respectivement 140.000 et 10.000 l’année suivante. Pour la fabrication de prototype à haute valeur ajoutée et de pièces finales métalliques, le nombre de machines vendues est passé de 350 en 2013 à 543 en 2014. De façon globale, la croissance des FA devrait se monter à 35 %/an , dont 70 %/an pour les métalliques, dont la valeur ajoutée est supérieure à celle des polymères. Les États-Unis, la Chine, l’Allemagne, le Japon, la Grande-Bretagne et l’Australie en font une priorité du développement industriel. En France, les travaux de “l’Alliance industrie du futur”, lancée en 2015 pour transformer le modèle industriel par le numérique, portent sur divers thèmes : chaîne numérique ; matériaux/procédés/machines ; post-traitement/finition ; qualité/contrôle ; normes/standards ; hygiène/sécurité/environnent ; certification ; éducation/formation ; structuration des marchés ; soutien à la diffusion et à l’interopérabilité de l’offre française. Enfin, selon le cabinet Wholers Associates, le chiffre d’affaires de la FA devrait passer de 3 Md$ en 2013 à 21 Md$ en 2021.

Loïc Salmon

Les procédés de fabrication additive correspondent à l’impression d’objets pour une application industrielle. Le dessin d’un objet sur un écran, à l’aide d’un outil de conception assistée par ordinateur, premet de réaliser un fichier 3D. Celui-ci est alors envoyé vers un logiciel spécifique qui le découpe en tranches et l’envoie à son tour à l’imprimante, laquelle dépose ou solidifie la matière, couche par couche, jusqu’à l’obtention de la pièce finale. L’empilement de ces couches crée le volume de l’objet. Parmi diverses méthodes, celle dite “FDM” effectue un modelage par dépôt de matière en fusion. Selon une autre dénommée “stéréolithographie” (SLA), une lumière ultraviolette solidifie une couche de matière plastique liquide. Une troisième, le “frittage sélectif” (SLS), agglomère une couche de poudre par laser.

Les applications de la fabrication additive (FA) ou impression tridimensionnelle (3D) de pièces complexes d’équipements “sensibles” font l’objet d’un schéma directeur national pour éviter une dépendance de pays étrangers.

Joël Rosenberg, responsable de l’innovation à la Direction générale de l’armement (DGA) en a présenté les enjeux au cours d’une conférence-débat organisée, le 24 novembre 2016 à Paris, par l’Association nationale des auditeurs jeunes de l’Institut des hautes études de défense nationale.

Les avantages. La FA transforme un fichier numérique à 2 dimensions en un objet physique par assemblage, à températures élevées, de couches successives du même matériau : matières biologiques, polymères, céramique, bétons et métaux (aluminium, titane, nickel, cobalt ou magnésium). Elle permet de réaliser des pièces impossibles à fabriquer selon les procédés classiques et avec des caractéristiques mécaniques identiques. Ainsi, Airbus DS a conçu et fabriqué un support d’équipement en titane, une première mondiale, pour le satellite Atlantic Bird 7 mis en orbite en octobre 2011. La FA raccourcit les délais de la conception à la production. Un moteur d’avion se fabrique en 40 heures, contre plusieurs semaines auparavant. Plus écologique que l’usinage, elle remplace la machine-outil et réduit les pertes de matière : 4 % de copeaux pour une pièce d’aéronautique en titane contre 96 % précédemment. La FA est utilisée pour des prototypes, qu’il est possible de refaire dans toutes leurs phases autant de fois que nécessaire. L’Agence spatiale européenne passe aujourd’hui du concept au prototype du lanceur Ariane 6 en quelques semaines, contre 18 mois auparavant. La FA permet de relocaliser les lieux de production au plus près du client. Par exemple, différents monoblocs fabriqués en Chine sont assemblés au Japon pour un montage final de l’objet en Europe. La FA permet de s’affranchir de la main d’œuvre à basse qualification et de réduire le coût de la logistique. Mais, il reste à régler la question de la protection de la propriété industrielle (contrefaçon).

Recherche et développement. Il s’agit de former des personnels, dont la qualification évolue dans les domaines des nouveaux matériaux et du numérique. En effet, la chaîne numérique de la FA commence par la modélisation (scanners et bibliothèques 3D) et continue par la conversion en divers formats. La préparation nécessite des logiciels génériques industriels pour la visualisation, l’analyse, la réparation des défauts, l’édition et la modification éventuelle. Ensuite, des logiciels intégrés traitent la FA et procèdent à l’orientation du modèle, à la génération de supports, au “tranchage”, à la génération des parcours intérieurs et extérieurs de la tranche et enfin à la compensation des dérives de fabrication (hauteur et retrait). Pour la fabrication proprement dite, des systèmes FA assurent le pilotage des machines et le contrôle du processus selon les diverses méthodes (SLA, SLS, FDM, SLM, Strato, imprimante 3D etc). En outre, le savoir-faire ou secret industriel repose sur la maîtrise de la bonne santé de la matière, en vue d’obtenir la meilleure qualité possible, celle des standards aéronautiques et spatiaux. Investissements et compétences permettent de lancer des recherches dans de nombreux domaines : santé ; enseignement/formation ; alimentation ; architecture/construction ; distribution ;  textile/mode ; infrastructure ; produits industriels ; produits grand public ; services ; outillage/machine/moule ; restauration ; réparation ; bijouterie-luxe ; nanotechnologies ; bio-ingénierie ; énergie/mines/forage ; loisirs ; transport/mobilité ; automobile ; création/design/artisanat ; meubles/habitat ; électronique ; maquettage/prototypes ; culture/patrimoine ; robotique ; aéronautique/espace.

Applications militaires. Le Service des matériaux de la DGA partage les connaissances et les besoins communs en FA de l’armée de l’Air et de la Marine nationale pour les composants du “Neuron”, démonstrateur de drone de combat furtif européen qui vole déjà. Les études amont de la DGA portent sur : les poudres ; la micro-électronique ; les nouveaux concepts d’intégration ; les nouvelles architectures d’antenne et les matériaux spécifiques correspondants ; de nouveaux alliages. En outre, des procédures du dispositif RAPID (régime d’appui à l’innovation duale) sont en cours sur la possiblité d’effectuer des réparations de pièces détachées à très haute valeur ajoutée puis de leur qualification aux normes aéronautiques, ou sur de nouvelles méthodes de conception de pièces pour les parties chaudes de moteur d’avion. La FA permet de refaire des pièces anciennes, dont les plans ont disparu, et qui seront requalifiées pour éviter tout danger pour les utilisateurs. Par ailleurs, des études de faisabilité sont en cours sur la logistique des pièces détachées, une fois leur certification effectuée. Enfin, la nourriture “imprimée 3D” est étudiée pour les armées en opérations.

Un marché en expansion. Dans les domaines médical et aéronautique, 50.000 imprimantes et 10.000 machines industrielles ont été vendues en 2013 pour réaliser des prototypes et pièces finales en polymères. Ces chiffres ont atteint respectivement 140.000 et 10.000 l’année suivante. Pour la fabrication de prototype à haute valeur ajoutée et de pièces finales métalliques, le nombre de machines vendues est passé de 350 en 2013 à 543 en 2014. De façon globale, la croissance des FA devrait se monter à 35 %/an , dont 70 %/an pour les métalliques, dont la valeur ajoutée est supérieure à celle des polymères. Les États-Unis, la Chine, l’Allemagne, le Japon, la Grande-Bretagne et l’Australie en font une priorité du développement industriel. En France, les travaux de “l’Alliance industrie du futur”, lancée en 2015 pour transformer le modèle industriel par le numérique, portent sur divers thèmes : chaîne numérique ; matériaux/procédés/machines ; post-traitement/finition ; qualité/contrôle ; normes/standards ; hygiène/sécurité/environnent ; certification ; éducation/formation ; structuration des marchés ; soutien à la diffusion et à l’interopérabilité de l’offre française. Enfin, selon le cabinet Wholers Associates, le chiffre d’affaires de la FA devrait passer de 3 Md$ en 2013 à 21 Md$ en 2021.

Loïc Salmon

Sécurité : la contrefaçon et ses conséquences économiques, sanitaires et criminelles

DGA : valoriser l’audace et l’innovation de terrain

Les procédés de fabrication additive correspondent à l’impression d’objets pour une application industrielle. Le dessin d’un objet sur un écran, à l’aide d’un outil de conception assistée par ordinateur, premet de réaliser un fichier 3D. Celui-ci est alors envoyé vers un logiciel spécifique qui le découpe en tranches et l’envoie à son tour à l’imprimante, laquelle dépose ou solidifie la matière, couche par couche, jusqu’à l’obtention de la pièce finale. L’empilement de ces couches crée le volume de l’objet. Parmi diverses méthodes, celle dite “FDM” effectue un modelage par dépôt de matière en fusion. Selon une autre dénommée “stéréolithographie” (SLA), une lumière ultraviolette solidifie une couche de matière plastique liquide. Une troisième, le “frittage sélectif” (SLS), agglomère une couche de poudre par laser.




Défense et sécurité : anticiper puis gérer les crises

Le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale assure le suivi de tous les événements « sensibles », assiste les autorités politiques dans la gestion des crises et coordonne l’action des différents ministères concernés.

Ce domaine a été abordé lors d’un colloque tenu les 22 et 23 novembre 2016 à Paris, à l’occasion de son 110ème anniversaire. Y sont notamment intervenus : Yann Jounot, coordonnateur national du renseignement ; Sébastien-Yves Laurent, politologue de l’Université de Bordeaux ; Gunter Heiss, directeur général et coordonnateur des Services fédéraux (Allemagne) ; Paddy McGuiness, conseiller adjoint à la Sécurité nationale (Grande-Bretagne) ; Christian Masset, secrétaire général du ministère des Affaires étrangères et du Développement international ; Roseline Letteron, professeur de droit public à l’Université Paris IV-Sorbonne.

Lever les incertitudes. Le Conseil national du renseignement définit les orientations et les priorités stratégiques et planifie les moyens humains et techniques des services spécialisés. Il s’agit d’éclairer la politique gouvernementale avant, pendant et après une crise et de neutraliser une menace avant qu’elle se produise sur le territoire national, explique Yann Jounot. Ainsi après la crise au Levant, la menace, terroriste ou autre, peut se manifester sur un théâtre différent. La politique du renseignement recherche la synergie des acteurs, la protection contre toute ingérence extérieure et la cohérence de la réponse à donner en fixant la nature de la cible et le mode opératoire. La coopération interministérielle s’appuie sur la Direction générale de la sécurité intérieure pour la prévention et la Direction de la sécurité extérieure pour l’action. Une feuille de route journalière facilite l’interaction entre les services. Depuis les attentats terroristes de 2015 à Paris, les moyens de collecte du renseignement ont été renforcés, mais les données brutes (« big data », coordonnées GPS et adresses des courriels) ne suffisent pas, souligne Sébastien-Yves Laurent. Les sciences humaines, qui analysent les variables sociétales, permettent d’acquérir  une connaissance indispensable à l’anticipation par la détection des « signaux faibles ». Par exemple, le « printemps arabe » de 2011 a constitué une surprise stratégique des deux côtés de la Méditerranée, avec l’émergence de mutations sociales, souvent ignorées et à l’origine d’une insécurité locale, nationale ou régionale, parfois violente. Cette transformation aurait pu être anticipée avec les outils adaptés, à savoi un travail de terrain empirique et une analyse scientifique. Il convient alors de relever deux défis : la « temporalité », qui va de l’interprétation du contexte à la prospective ; la complexité d’un phénomène social, qui ne se réduit pas à quelques données variables.

Orienter les décisions. Le ministère des Affaires étrangères (MAE) a effectué  350 exercices de prospective en 10 ans et son centre de planification globale procède à des exercices de prévention  et de gestion de crises depuis 2014. Selon Christian Masset, il peut faire l’analyse immédiate d’une crise et lancer une alerte précoce. Mais l’absence de capacité de prévision de 3 à 6 mois ne permet pas de lever le « brouillard de la crise ». Le MAE collecte toutes les informations possibles en vue d’identifier les dangers et de présenter des recommandations nationales ou collectives auprès des organisations internationales, afin de réduire les risques. Il s’agit d’agir globalement sur tous les secteurs : sécurité et défense ; politique ; économie ; développement. Le Centre d’analyse, de prévision et de stratégie du MAE imagine des scénarios de manière interdisciplinaire, en collaboration avec le SGDSN, les services de renseignement (SR) et l’administration fiscale, afin d’anticiper le pire dans les 6 mois à venir. Les directions géographiques du MAE réunissent périodiquement leurs agents pour évaluer les crises en cours et discerner les « signaux faibles », en vue d’une synthèse. Le Centre de crises et de soutien fournit des éléments chiffrés sur l’évolution des crises à court et moyen termes, la menace sur les intérêts français, qui changent en conséquence, et les principaux risques. Ses informations proviennent des ambassades et de leurs correspondants institutionnels à l’étranger. Quelque 100 fiches « risques pays » et thématiques sont  actualisées tous les 3 mois, auxquelles s’ajoutent les fiches d’alerte précoce. Tout est partagé avec le SGDSN et les ministères de la Défense et de l’Intérieur. Une « Task force » (organisation opérationnelle temporaire) de pré-crise envoie des missions sur place pour procéder à des exercices de résilience internationale. Après la crise, une équipe de 100 personnes reste disponible pour un soutien dans une région donnée. Le retour d’expérience est pris en compte.

Visions de pays voisins. En Allemagne, les SR coopèrent avec le ministère de la Défense et selon une coordination au niveau de la Chancelière, explique Gunter Heiss. Ils analysent les crises porteuses d’incertitude sur l’avenir et de risques pour la stabilité économique et sociale du pays. Des rapports réguliers examinent tous les aspects d’une crise et proposent des mesures pour la gérer. Les SR renforcent leurs échanges d’informations au niveau international. La chute du mur de Berlin (9 novembre 1989) semblait annoncer une période de paix définitive. Mais les crises en Ukraine (depuis 2013) et l’annexion de la Crimée par la Russie (2014) ont incité les SR à réactiver leurs réseaux dans cette région, en vue de transmettre leurs informations aux pays alliés. En Grande-Bretagne, le Secrétariat à la sécurité nationale a été créé dès 1902, face aux expansionnismes français et allemand, indique Paddy McGuiness. Les SR « MI5 » (intérieur) et « MI6 » (extérieur) ont vu le jour en 1909, suivis en 1919 du Service des écoutes et interceptions radio, devenu « GCHQ ». Depuis 2006, la sécurité nationale inclut la lutte contre le terrorisme et la cybercriminalité, l’évaluation de tous les risques possibles, civils et militaires. Il s’agit de mesurer l’intensité d’une menace et sa portée. La résilience nationale est intégrée aux activités de défense. Les priorités du Premier ministre en matière de renseignement font l’objet de réunions régulières de tous les SR. La coopération actuelle avec ceux de l’Union européenne se poursuit jusqu’à la sortie effective de la Grande-Bretagne (« Brexit »). Enfin, les budgets des SR seront augmentés de 40 % au cours des cinq prochaines années.

Loïc Salmon

Défense et sécurité : s’organiser face au terrorisme protéiforme

Stratégie : au-delà de l’ennemi présent, imaginer celui de demain

Diplomatie : gérer les crises et déceler les menaces diffuses

Selon Roseline Letteron, le secret de l’État concerne la défense nationale mais aussi les entreprises. Le « secret-défense »  définit une information que l’autorité compétente décide de classifier. Il a valeur législative depuis 2011, car le Conseil constitutionnel estime qu’il participe de la sauvegarde de la nation. Selon l’article 16 de la Constitution, un ministre peut s’opposer à la décision d’un juge de le lever. Les parlementaires n’ont pas accès aux informations classées « secret-défense », sauf les membres, dûment habilités, des délégations sur le renseignement , avec des restrictions sur les opérations en cours et les procédures opérationnelles. En revanche, en Grande-Bretagne et aux États-Unis, les juges et les avocats spécialisés y ont accès, mais uniquement lors de sessions fermées.




Territoire national : protection permanente contre intrusions aériennes et maritimes

En raison de l’état d’urgence en vigueur depuis les attentats terroristes de 2015 à Paris, les postures permanentes de sûreté aérienne et de sauvegarde maritime ont été renforcées en métropole et dans les départements et territoires d’outre-mer.

Approuvées par 84 % d’opinions favorables, ces missions ont fait l’objet de deux présentations à Paris : la participation de l’armée de l’Air par le général de division aérienne Jean-Christophe Zimmermann du Commandement de la défense aérienne et des opérations aériennes (CDAOA), lors d’une conférence de presse le 17 novembre 2016 ; un document de la Marine nationale rendu public à l’occasion d’une conférence organisée par le Centre d’enseignement supérieur de la marine le 16 novembre 2016.

Sûreté aérienne. Le CADOA dispose de 400 personnels et de 90 radars pour garantir la souveraineté aérienne, explique son commandant en second. Il s’agit de déterminer les intentions, hostiles ou non, des 11.000 aéronefs de tous types qui survolent la France et d’assurer la sécurité d’événements importants (COP21 en 2015 et Eurofoot en 2016). Est considéré en infraction tout avion pénétrant dans l’espace aéromaritime national sans autorisation ni plan de vol ni contact radio. Une détection à une distance minimale de 80 km de la côte laisse le temps d’évaluer l’information et de préparer, éventuellement, des mesures plus coercitives. Certaines zones sont interdites de survol en permanence, d’autres pendant une période déterminée. A titre indicatif, il y a eu 80 décollages d’avions de chasse pour alerte réelle entre le 1er janvier et le 15 novembre 2016 (64 pour toute l’année 2015). De même, 38 décollages d’hélicoptères avec tireurs d’élite embarqués (94 en 2015) ont été motivés pour 72 pénétrations de zones interdites (50 en 2015), souvent involontaires, et 37 pertes de communication radio (31 en 2015). Le CDAOA prépare la neutralisation de l’aéronef hostile, mais l’ordre de tir relève du Premier ministre. Toutefois, l’absence de communication de plan de vol et contact radio à proximité de l’espace aéromaritime ne constitue pas une infraction en soi. Ainsi, le 22 septembre 2016, 2 bombardiers lourds supersoniques russes Tu-160 sont passés à l’Ouest de la Norvège et de l’Irlande, puis ont longé les côtes française et espagnole avant de repartir vers le Nord. Toute leur trajectoire a été accompagnée par des intercepteurs norvégiens, puis britanniques, français et espagnols. Dans la nuit du 16 novembre 2016, 3 bombardiers lourds Tu-95 et 3 Iliouchine ravitailleurs ont suivi le même cheminement et dans les mêmes conditions à 400 km des côtes jusqu’au Portugal avant de remonter vers la Russie. Un avion radar AWACS a décollé de Bretagne pour les pister. Par ailleurs, la surveillance spatiale porte sur la détection des passages de satellites étrangers au dessus des forces françaises et alliées, déployées au sol et en mer, et le maintien de la qualité des transmissions. En outre, le grand nombre de satellites en service augmente le risque de collision en orbite avec retombées des débris sur le territoire national. Le CDAOA, le Centre national d’études spatiales, la Direction générale de l’armement et l’Agence spatiale européenne collectent des informations, les analysent et les évaluent pour anticiper les effets possibles, alerter et coordonner. Ils disposent de divers moyens : le système Graves (détection), le centre militaire Cosmos (analyse), les radars Satam (orbitographie et trajectographie de précision), les 2 téléscopes Tarot, le bâtiment d’essais et de mesures Monge et le système d’alerte des tempêtes solaires Fedome (préservation des moyens de télécommunications).

Sauvegarde maritime. La Marine nationale concentre 10 % de ses effectifs à la défense maritime du territoire sur le littoral (22 km de la côte) et dans les eaux de 21 zones sous souveraineté ou juridiction française dans le monde (370 km), indique un document officiel. Le dispositif est articulé en métropole, autour des préfets maritimes de Toulon pour la Méditerranée, Brest pour l’Atlantique et Cherbourg pour la Manche, et outre-mer autour des délégués du gouvernement pour l’action de l’État en mer. Dans chaque préfecture maritime, une cellule de coordination de l’information maritime fusionne les renseignements venant de la Direction des affaires maritimes (DAM), des Gendarmeries maritime et départementale, de la Police de l’air et des frontières, des Douanes et des autorités portuaires, en vue du contrôle et de la surveillance. Ces renseignements sont partagés avec les compagnies maritimes françaises qui contribuent, sur une base volontaire, au contrôle naval. Ce dernier nécessite la signalisation des mouvements et intentions de navires par leurs capitaines qui, en retour, reçoivent les informations relatives aux situations nautique et militaire dans leur zone de navigation. Pour renforcer la prévention, la Marine et la DAM travaillent à la prise en compte, par les navires, de la menace interne (consignes à l’équipage et aux passagers). Chaque année, la Gendarmerie maritime procède à quelque 1.500 contrôles de sûreté de navires. Depuis l’été 2016, des gendarmes maritimes et des fusiliers marins embarquent, de façon aléatoire, sur les grands navires à passagers pour assurer la protection à bord. Des pelotons de 35 gendarmes maritimes peuvent intervenir sur les navires, dans les ports de commerce d’intérêt majeur et en zone d’attente, pour la surveillance, la sécurisation des espaces portuaires, l’escorte des navires sensibles et le contrôle des navires. Les capacités des gendarmes maritimes des ports de Sète et Nice ont été renforcées, afin de réduire les vulnérabilités du trafic des ferries avec la Corse et des navires de croisière en Méditerranée. Le dispositif du plan « Pirate-mer » inclut la Marine, les armées de Terre et de l’Air, le Groupement d’intervention de la gendarmerie nationale et aussi le Bataillon des marins-pompiers de Marseille pour le secours maritime de grande ampleur (plan ORSEC).

Loïc Salmon

Armée de Terre : création d’un commandement pour le territoire national

Théâtre d’opérations aériennes en métropole

Théâtre d’opérations maritimes en métropole

Outre la dissuasion nucléaire avec ses composantes aérienne et sous-marine, la protection du territoire national commence avec l’opération « Sentinelle » (10.000 personnels) et les postures permanentes de sauvegarde maritime et de sûreté aérienne. Elle se prolonge par les opérations de la défense de l’avant : « Barkhane » pour la lutte contre les groupes armés terroristes dans la bande sahélo-saharienne (3.500) ; « Chammal » contre l’État islamique (Daech) en Irak et en Syrie  (1.000) ; « Daman » au Liban (900) ; « Enduring Freedom » et « Atalante » (150 à 350) et des équipes de protection embarquée (70) en océan Indien ; « Corymbe » dans le golfe de Guinée (100) ; petites participations à des opérations sous l’égide de l’ONU, de l’Union européenne ou de l’OTAN (5 à 100 selon les théâtres). Les armées françaises sont aussi déployées comme forces de souveraineté en Nouvelle-Calédonie (1.450), zone Sud de l’océan Indien (1.600), Guyane (2.100), Antilles (1.000) et Polynésie française (900). Enfin, des forces de présence sont stationnées au Sénégal (350), en Côte d’Ivoire (900), au Gabon (350), aux Émirats arabes unis (650) et à Djibouti (1.450).




Défense et sécurité : s’organiser face au terrorisme protéiforme

La lutte contre le terrorisme et l’islamisme radical nécessite détermination politique, planification et action militaires, renseignement et sanctions judiciaires.

Ce thème a été traité au cours d’un colloque tenu les 22 et 23 novembre 2016 à Paris, à l’occasion du 110ème anniversaire du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale. Y sont notamment intervenus : le Premier ministre Manuel Valls ; le général Pierre de Villiers, chef d’État-major des armées ; Thierry Matta, adjoint au directeur général de la sécurité intérieure ; Véronique Degermann, procureur de la République adjoint près le Tribunal de grande instance de Paris ; Jean Mairesse, directeur adjoint de l’Institut des sciences de l’information et de leurs interactions.

Adaptation permanente. « L’ennemi n’est plus seulement à nos frontières, il se trouve au cœur de notre société et peut faire irruption à tout moment », déclare Manuel Valls qui rappelle les moyens d’y faire face. En 2013, ont été créés la Direction générale de la sécurité intérieure et le Service central du renseignement territorial, qui échangent et partagent leurs informations. S’y ajouteront, d’ici à 2017, 9.000 postes de policiers et gendarmes et une allocation de plus de 1,1 Md€, dont 290 M€ d’investissements. Les lois des 24 juillet et 30 novembre 2015 accordent aux services de renseignement des moyens légaux avec la mise en place de mécanismes de contrôle pour préserver les libertés individuelles. L’administration pénitentiaire sera dotée de son propre service de renseignement, car le milieu carcéral constitue l’un des incubateurs de la radicalisation islamiste. La section antiterroriste du Tribunal de grande instance de Paris a été renforcée de 13 magistrats et bientôt de 11 juges d’instruction spécialisés, en vue d’une judiciarisation systématique et la plus rapide possible envers les associations de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste. Au 23 novembre 2016, 365 dossiers judiciaires sur 1.400 personnes sont ouverts et 313 individus mis en examen. L’état d’urgence, déclenché en novembre 2015, est prolongé jusqu’aux élections présidentielle et législatives du printemps 2017. La même année, la Garde nationale, composée de volontaires, viendra en soutien des 10.000 militaires de l’opération « Sentinelle » pour la protection du territoire. Enfin, la France mettra 170 personnels des Douanes et des ministères de l’Intérieur et de la Défense à la disposition de l’agence Frontex pour le contrôle de l’espace Schengen.

Outil de défense. Terrorisme djihadiste et certains États-puissances, traditionnels ou émergents, présentent des liens et des ressorts communs, estime le général de Villiers. Le premier porte la violence dans les champs matériel et immatériel, politique, social, culturel, économique et militaire, dans les zones grises ou au cœur du territoire national. Les seconds étendent leur influence par le rapport de force et le fait accompli, avec un risque majeur de déstabilisation. Forces armées et de sécurité sont confrontées à l’usage très fréquent de la violence, par un adversaire qui cherche à entraver la liberté d’action et de circulation. La dispersion des zones d’intervention et les élongations inter et intra-théâtres d’opérations extérieurs rendent primordiales les capacités de projection, de commandement et de renseignement. De même, certains groupes terroristes réalisent des attaques coordonnées et simultanées sur le territoire national. La technologie numérique permet à Daech d’être ici et là-bas, instantanément et au même moment. Mais aujourd’hui, la France se situe dans le peloton de tête dans le domaine du cyber. Par ailleurs, la multiplication des engagements de longue durée (jusqu’à 10 ans) use rapidement les ressources humaines et matérielles et exige la résilience des forces armées et de la nation toute entière. La planification, à savoir comprendre et concevoir, s’impose sur le plan militaire. Il s’agit de transformer l’intention du chef en une succession d’actions conduites par des forces complémentaires, pour atteindre des objectifs en acceptant une prise de risque mesurée. Une situation complexe nécessite l’intervention d’acteurs différents. Enfin, prévoir l’impensable exige notamment d’étudier l’adversaire, d’examiner les cas « non conformes », de confronter les divers modes d’action, d’identifier les contraintes et les risques et d’analyser les opportunités.

Renseignement et intervention. Surveillance, renseignement technique et coopérations nationales et internationales se complètent, explique Thierry Matta. Toutes les informations sont recoupées, analysées et enrichies par l’action. Le spectre couvert va de la prévention à la riposte via des mécanismes bilatéraux. Ainsi, la Direction générale de sécurité intérieure (DGSI) participe à la lutte anti-terroriste en cohérence avec celle de la sécurité extérieure, dont certaines équipes viennent chez elle, et les autres services de renseignement, pour une analyse commune avant la prise de décision. L’intervention inclut l’interdiction d’accès ou de sortie du territoire et l’assignation à résidence de suspects. Aujourd’hui, la rapidité d’action entre l’ouverture d’une enquête et la neutralisation de terroristes augmente.

Action judiciaire. Le terrorisme a pour finalité le trouble à l’ordre public par l’intimidation et la terreur, souligne Véronique Degermann. Le parquet de Paris compte 140 magistrats spécialisés, dont  une cellule de crise (60 magistrats) qui intervient en cas d’événement majeur (attentat de Paris en 2015 et de Nice en 2016). Partenaire du ministère de la Défense, il travaille en totale confiance avec la DGSI : action en amont dans les réseaux pour les démanteler ; possibilité de perquisition de nuit avec garantie d’autorisation du juge des libertés ; prolongation de la détention préventive ; accès aux données cryptées et téléphones de dernière génération. Depuis janvier 2015, les individus vivant sur le territoire national et qui se sont rendus en Syrie ou en reviennent sont passibles d’une cour d’assises, composée de magistrats professionnels, et risquent 20 ans de prison. Les mineurs de moins de 15 ans sont envoyés en détention avec un suivi éducatif. Enfin, la coopération internationale (Union européenne et États-Unis) passe par des techniques communes d’enquête.

Loïc Salmon

Moyen-Orient : chaos interne et répercussions périphériques

Terrorisme islamiste

Marine nationale : mission « Arromanches 3 » du GAN en Méditerranée orientale

Selon Jean Mairesse, le « numérique » ou science de l’information inclut informatique, robotique, traitement de données, physique, chimie et sciences humaines. Elle nécessite donc une formation pluridisciplinaire. L’intelligence artificielle consiste en une machine capable d’apprendre et de prendre la meilleure décision possible, grâce à une puissance de calcul exponentielle avec des capteurs de moins en moins chers et des algorithmes plus performants. Sa progression exponentielle la rend plus efficace qu’un être humain. Les cyberattaques progressent en sophistication. Les plus efficaces perturbent le tissu social en recueillant notamment des informations sur le style de hauts responsables, en vue de comprendre leurs éléments de langage pour duper leurs subordonnés par de « faux » ordres aux conséquences graves ou même criminelles.




Forces spéciales : ET «Poitou»/CPA10, binôme avions/commandos

L’Escadron ET3/61 « Poitou » met en œuvre des avions de transport tactique spécifiques au profit du Commando parachutiste de l’air N°10 (CPA10), dont les personnels accomplissent des missions « spéciales ».

L’Association des journalistes de défense les a rencontrés le 16 novembre 2016 à la base aérienne d’Orléans-Bricy.

Du stratégique au tactique. Selon la directive interarmées 3.5, les opérations « spéciales » sont militaires, ciblées, discrètes, mais non clandestines, et visent à atteindre des objectifs stratégiques. Protégées par un degré élevé de confidentialité, commandées par le chef d’État-major des armées (CEMA), planifiées et conduites par le Commandement des opérations spéciales (COS, encadré), elles sont réalisées sous un contrôle politico-militaire étroit. Une boucle décisionnelle courte garantit une forte réactivité et offre une grande réversibilité : garder un coup d’avance et pouvoir annuler la mission au dernier moment. Les opérations spéciales se distinguent des opérations conventionnelles par un cadre espace-temps différent, l’acceptation d’un niveau de risques politiques plus élevé, des procédures interarmées spécifiques et une empreinte logistique moindre. Le COS a pour missions de renseigner, agir et « modeler » l’environnement. Il doit appliquer la juste force au bon endroit en vue des meilleurs effets, éviter les chocs frontaux et préférer le déséquilibre. La connaissance des réseaux et la mobilité impliquent surprise, précision et coordination. L’action dans la profondeur se fait sans appuis de proximité, en autonomie et sous forte imbrication entre amis et ennemis. Facteur de puissance militaire, le COS constitue, pour le CEMA, un outil de liberté stratégique pour réagir à toute surprise ou proposer, à l’autorité politique, des options militaires sur des menaces en gestation en tout lieu où les forces conventionnelles ne pourraient offrir qu’une réponse inappropriée. La troisième dimension constitue un atout majeur dans les opérations spéciales.

Un escadron aérien dédié. L’ET3/61 « Poitou », indique le colonel qui le commande, se caractérise par la fulgurance de son action, l’affranchissement des contraintes de terrain et des capacités particulières. Il dispose de 3 C160 R Transall, 2 C130 H30 Hercules et 2 DHC-6 Twin Otter. Ses matériels incluent des véhicules de servitude multifonctions, des capteurs électroniques, des moyens de transmissions, des tapis de désembourbage de pistes et des armements individuels (fusils d’assaut HK416 et pistolets Glock17), car tous les personnels contribuent à la protection des aéronefs engagés. Ses Transall et Hercules peuvent alimenter en carburant des hélicoptères de combat, rotor tournant, ou larguer à leur intention des réservoirs souples au « milieu de nulle part ». Sans reconnaissance préalable ni contact radio, ils effectuent des poser et redécollages d’assaut en 3 minutes, sur des pistes courtes ou sommaires, de jour comme de nuit, pour les infiltrations et exfiltrations de personnels. Le déchargement ou le parachutage de véhicules à 50 m d’altitude nécessite beaucoup d’entraînement avec les marqueurs au sol. Le largage de parachutistes se fait à 300 m, pour les ouvertures automatiques, et à très grande hauteur pour des chuteurs opérationnels, capables de dériver sur de longues distances vers leur objectif. Le C3 ISTAR (boule optronique pour les renseignement, ciblage et surveillance) permet à l’avion de détecter un véhicule phares allumés à 60 km et une moto (phare allumé) à 10 km. Les pilotes ont à leur actif au moins 6.000 heures de vol. Les autres personnels navigants (1.000 heures de vol) ont suivi une formation de quelques semaines à un an. Outil de combat reconnu, l’Escadron « Poitou » cumule une expérience opérationnelle interarmées, une expertise de savoir-faire (15 spécialistes), des personnels polyvalents (2 ou 3 qualifications) et une synergie avec le CPA10, installé sur la même base aérienne. Chaque opération spéciale demande plusieurs heures de préparation. De nombreux moyens techniques sont développés en interne. Les recherches portent sur : le largage sans marquage, tout temps et toute altitude ; l’appui aérien et le renseignement spécialisé ; la numérisation du champ de bataille ; tout ce qui peut éviter les échanges radio. A terme, l’Escadron « Poitou » disposera de « C130 rénovés forces spéciales » et d’avions de transport tactique A400M.

Actions commandos. Le CPA10, explique le colonel qui le commande, effectue la reconnaissance de cibles dynamiques, en vue de déclencher une mission aérienne sous court préavis. Il peut recevoir des images d’un théâtre d’opérations transmises par le Centre militaire d’observations par satellite. Lors d’une catastrophe aérienne, il participe à la collecte d’indices pour tenter de remonter une éventuelle  filière terroriste. Ses autres missions portent sur : le contre-terrorisme ; la libération d’otages ; l’évacuation de ressortissants ; la reconnaissance ou la destruction d’objectifs dans la profondeur ; la saisie d’une zone aéroportuaire et sa sécurisation tactique et technique ; la reconnaissance de terrain pour l’aérolargage de matériels ou le poser d’assaut. A cet effet, des mesures du sol sont effectuées tous les 100 m sur une piste sommaire de 900 m destinée à recevoir un C160. Pour  le renseignement tactique, le CPA10 dispose du drone spécifique « Skylark » (15 km d’élongation et 2h30 d’autonomie) et de « nanodrones » de 18 g (2,5 km et 25 minutes) équipés d’une caméra thermique et d’un capteur électro-optique. En 2016, son effectif se monte à 289 personnels, dont 120 pour les « groupes action » (10-12 chacun). Agés en moyenne de 35 ans, ils viennent de 20 spécialités différentes qui entraînent un brassage de cultures pour obtenir le même effet recherché : chuteur opérationnel, tireur d’élite, transmissions, contrôleur aérien avancé, renseignement d’origine technique ou humaine, maître chien, infirmier, mécanicien etc. Comme pour toutes les forces spéciales, le commandement du CPA10 doit préserver l’attractivité du métier, dont la formation dure un an, et fidéliser ses personnels, souvent en mission ou en opération.

Loïc Salmon

Forces spéciales : outil complémentaire des forces conventionnelles

Forces spéciales : création du commando Ponchardier de la Marine nationale

Défense et sécurité : « réagir ensemble » aux attentats terroristes et aux crises

Le Commandement des opérations spéciales a autorité sur les unités dédiées des trois armées. La Brigade des forces spéciales terre compte le 1er Régiment de parachutistes d’infanterie de marine, le 13ème Régiment de dragons parachutistes et le 4ème Régiment d’hélicoptères des forces spéciales. La Force maritime des fusiliers marins et commandos inclut les commandos « Jaubet » , « Trépel », « De-Penfentenyo », « De-Monfort », « Kieffer », « Ponchardier » et « Hubert » (nageurs de combat). La Brigade des forces spéciales air regroupe le CPA10 et les escadrons aériens ET3/61 « Poitou » et EH1 « Pyrénées ». Le couple ET3/61 « Poitou » et le CPA10 a été déployé en opérations extérieures : Afghanistan en 2001, 2005, 2006 et 2010 ; Côte d’Ivoire (2002, 2004 et 2011) ; République démocratique du Congo (2003 et 2006) ; Centrafrique (2006, 2007, 2013 et 2014) ; Liban (2006) ; Tchad (2006 et 2008) ; Guinée (2007) ; océan Indien (2008 et 2009) ; Sahel (2009 et 2016) ; Libye (2011).