Sécurité : détection, identification et neutralisation des drones malveillants

La présence de drones malveillants à proximité des centrales nucléaires et des aéroports a conduit à la promulgation d’une loi à leur sujet et à l’élaboration de moyens techniques de lutte.

Louis Gautier, secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale, et Yves Fort, directeur des opérations scientifiques de l’Agence nationale de la recherche, ont exposé la situation et organisé une présentation dynamique de trois démonstrateurs, le 18 novembre 2016 à la base aérienne de Villacoublay. L’appel à projets « Protection des zones sensibles vis-à-vis des drones aériens » en a reçu 24, dont 3 ont été retenus en avril 2015 et financés. Dénommés ANGELAS, BOREADES et SPID, ces projets, portés par des groupements d’industriels, de laboratoires publics et privés et d’opérateurs, ont abouti 12 à 18 mois plus tard à des systèmes intégrés de détection de petits drones, de leur identification (amis ou ennemis) et de leur neutralisation, testés en environnement opérationnel.

Démonstration de matériels. Des drones, mis au point par la SNCF pour l’observation des voies ferrées, ont servi de plastron à la démonstration, accompagnée d’une exposition statique des matériels (photo). Quatre scénarios ont été mis en œuvre : survol d’un site nucléaire par un drone isolé ; attaque lors d’un événement sportif dans un environnement semi-urbain ; attaque lors d’une cérémonie importante dans un environnement urbain ; survols de plusieurs drones à proximité des départs et des trajectoires d’approche d’avions d’un aéroport. Le projet ANGELAS utilise pour la détection : un radar actif d’une portée de 3 km et associé à un algorithme de pistage multicibles ; la goniométrie qui localise la direction des émissions du drone ou de la station sol jusqu’à plusieurs km ;  un radar passif (très longue portée) ; des moyens acoustiques (plusieurs centaines de mètres) ; un système laser qui scanne l’environnement et détecte les échos renvoyés. L’identification recourt à : des caméras haute résolution (portée supérieure à 3 km) ; des émissions infrarouges (jusqu’à 2 km) ; un radar passif qui sépare les objets à rotor de la scène ; l’imagerie qui identifie de jour et de nuit (jusqu’à 2 km). Enfin, la neutralisation du drone se fait par : brouillage par émission directive des liaisons de commande et vidéo ; éblouissement de la caméra vidéo par laser ; brouillage du système GPS. Le projet BOREADES consiste à brouiller et leurrer le système de navigation du drone pour en prendre le contrôle, choisir son point de récupération et estimer la position du télépilote. Le projet SPID présente des moyens similaires, sur véhicules spécialisés, pour la protection d’installations fixes, d’événements ou de théâtres d’opérations et de cibles mobiles (jusqu’à 500 m) avec interpellation du télépilote.

Encadrement juridique. Selon Louis Gautier, plus de 400.000 drones privés et 4.000 drones professionnels sont en service en 2016. La loi du 24 octobre 2016, relative au renforcement de la sécurité de l’usage des drones civils, concerne ceux d’une masse inférieure ou égale à 800 g. Ils sont soumis à un régime d’enregistrement par voie électronique et doivent être équipés de  dispositifs de signalements lumineux et électronique ou numérique. Un télépilote « professionnel » (hors usage de loisir) doit avoir suivi une formation visant à permettre le contrôle de l’évolution du drone, selon les règles de sécurité et les conditions d’emploi relatives à la navigation aérienne.

Loïc Salmon

Les drones : de l’OPEX au territoire national

Les drones, dualité militaire et civile

Drones civils : réponses opérationnelles et juridiques aux usages malveillants




Armée de Terre : préparer les ruptures stratégiques et technologiques de demain

Par le contrôle d’un territoire et de sa population, la force terrestre s’impose pour marquer une solution politique à un conflit futur, sur le terrain et dans la durée, à condition de conserver l’ascendant sur l’adversaire. Ce nouvel engagement de l’armée de Terre figure dans un document, rédigé par son état-major et rendu public lors de la présentation annuelle des forces terrestres, le 20 octobre 2016 à Satory.

Démonstration dynamique. Une opération terrestre a été schématisée en 8 tableaux : renseignement humain en ouverture de théâtre par les forces spéciales et l’aérocombat (photo) ; ciblage et renseignement image par les drones et autres moyens ; coordination dans la 3ème dimension en gérant la bulle aéroterrestre ; agression, capacité à s’engager au contact de l’adversaire ;  commandement d’une opération, même en zone difficile ; saisie d’un point sensible, capacité à s’emparer d’une zone ; combat interarmes des véhicules blindés d’infanterie ou de cavalerie avec appui de l’artillerie (canon Caesar) et du génie ; logistique de l’avant en tous temps et lieux avec ravitaillement, maintenance et évacuation sanitaire.

Action terrestre future. Dans le document « Action terrestre future », le général Jean-Pierre Bosser, chef d’état-major de l’armée de Terre, rappelle que, depuis la guerre du Golfe (1991), 600.000 hommes se sont succédé dans des opérations militaires asymétriques, avec un avantage opérationnel certain… jusqu’au conflit en Afghanistan (2001-2014). Désormais, la domination de l’adversaire, terroriste ou autre, n’est plus acquise d’avance. En conséquence, l’armée de Terre a entamé une transformation en 3 phases sur 3 ans. La 1ère (2015), dite « Au Contact », concerne l’augmentation de la menace sur le territoire national avec pour effet la remontée en puissance opérationnelle. La 2ème (2016), centrée sur le programme intégrateur « Scorpion », porte sur la simulation, l’infovalorisation et des capacités accrues d’agression et de protection. La 3ème (2017), décrite dans « Action terrestre future », traite la mutation de l’environnement opérationnel et le développement des facteurs de supériorité. L’Afrique et le Proche-Orient resteront durablement une zone pivot des conflits futurs, sans écarter le risque d’un affrontement majeur à l’Est. La mondialisation des rapports entre les sociétés entraîne des flux humains, matériels et immatériels, facilités par la porosité des frontières intérieures. L’échec des modes de régulation supranationaux se cumule avec la remise en cause des droits de la guerre, impliquant brutalité et hyperviolence. Les États verront leur autorité contestée par l’intrusion des nano et biotechnologies, de l’intelligence artificielle et des sciences cognitives, la dissémination de moyens guerriers innovants et l’irruption des lanceurs d’alerte et pirates informatiques. De nouvelles puissances régionales développent hélicoptères, blindés, feux dans la profondeur, robotique et munitions hypervéloces. Les systèmes d’armes antichars, antiaériens antinavires ou de guerre électronique deviennent accessibles. Les prochaines opérations verront la contestation de la supériorité aérienne, la menace d’arsenaux chimiques, radiologiques et nucléaires et des actions répétées sur les centres de commandement et les flux logistiques. Face à des adversaires combinant qualité et quantité, conclut « Action terrestre future », la bataille sera remportée par : la technologie et l’humanité ; la foudroyance et la patience ; l’intelligence et la puissance.

Loïc Salmon

Armée de Terre : mise en place du modèle « Au Contact »

Armée de Terre : programme « Scorpion », le GTIA de demain

« Serval » : manœuvre aéroterrestre en profondeur et durcissement de l’engagement

 




Afrique : coopération française en matière de sécurité maritime

La sécurité de son espace maritime garantit à l’Afrique la pérennité de son développement économique. La France y contribue par ses forces prépositionnées à terre et sa présence en mer.

Cette coopération a été présentée à la presse le 13 octobre 2016 à Paris.

L’opération « Corymbe ». Depuis les années 1990, un à deux bâtiments de la Marine nationale sont déployés en permanence dans le golfe de Guinée, dans le cadre de l’opération navale « Corymbe ». Celle-ci assure la protection des intérêts français dans cette zone et soutient le dispositif militaire français prépositionné au Gabon, en Côte d’Ivoire et au Sénégal. Elle participe au renforcement des capacités des Marines des différents pays riverains. Le sommet franco-africain de Yaoundé de juin 2013 a débouché sur la tenue d’exercices navals communs dénommés « Nemo » pour :  lutter contre le narco-trafic et la pollution marine ; assurer la police des pêches et le sauvetage en mer ; entraîner les Marines des pays riverains et les centres de contrôle à terre. Destinés à accompagner la volonté des pays africains à renforcer la sécurité maritime régionale, les execices « Nemo » s’appuient sur « Corymbe » et les éléments français au Gabon, auxquels viennent s’agréger des navires battant divers pavillons européens. Celui qui s’est déroulé du 13 au 16 septembre 2016 a impliqué les Marines du Cameroun, du Nigeria, du Bénin, du Togo, du Ghana et de Côte d’Ivoire et mobilisé 1 frégate nigériane et 6 patrouilleurs. Il a donné lieu à 7 exercices de visite et d’intervention sur un navire suspect, de sa détection initiale à son déroutement (photo). Plus de 50 marins africains ont embarqué sur des navires français, à savoir le bâtiment de projection et de commandement Dixmude et le patrouilleur de haute mer Commandant-Ducing. A cette occasion,  71 élèves (13 nationalités différentes) des Écoles navales à vocation régionale (ENVR) ont embarqué pendant 4 jours, pour participer à la vie d’un bâtiment en opération et se former aux techniques de la navigation et de lutte contre l’incendie. Actuellement, la Direction de la coopération de sécurité et de défense du ministère français des Affaires étrangères contribue au soutien de 17 ENVR dans 10 pays africains. Celles-ci assurent 60 enseignements différents, dont le service de santé, le déminage, le maintien de l’ordre, la police judiciaire, le génie et les travaux maritimes, la formation des cadres, la protection civile et la sécurité maritime. Par ailleurs, un officier français est détaché auprès des états-majors des Marines du Sénégal, de Côte d’Ivoire et du Togo. Il participe à la la planification des exercices navals lors des escales des bâtiments français.

Le sommet de Lomé. La sécurité maritime en Afrique, surtout dans le golfe de Guinée, a été le thème du sommet franco-africain tenu le 15 octobre 2016 à Lomé (Togo). Quelque 30 pays africains ont signé une charte les obligeant à : délimiter leurs frontières maritimes ; échanger leurs informations et expériences dans la lutte contre la piraterie, les trafics en tous genres et la pêche illégale. L’Union africaine va établir un fonds de sûreté et de sécurité maritimes et constituer une commission de 15 ministres, désignés pour 3 ans, pour assurer le suivi de ces accords. La France a réaffirmé son soutien en matière de sécurité globale : lutte contre la piraterie ; formation des armées africaines ; maintien de forces de présence en Afrique ; contribution au développement des capacités des pays africains pour qu‘ils assurent eux-mêmes leur propre sécurité.

Loïc Salmon

Golfe de Guinée : zone de crises pour longtemps

Diplomatie : actions de la DCSD sur les moyen et long termes en matière de sécurité et défense

Afrique : huit accords de défense avec la France

 

 

 

 




Défense : la croix de la Valeur militaire a 60 ans

Par décret du 12 octobre 1956, la croix de la Valeur militaire a été créée, suite à la modification du décret du 11 avril 1956 instituant une médaille de la valeur militaire symbolisant la marque du courage de nos soldats engagés dans les opérations de maintien de l’ordre en Afrique du Nord. Depuis 1962, les opérations de maintien ou de retour à la paix se sont multipliées, notamment en Afrique. Les actes de bravoure des soldats engagés ont entraîné l’attribution de citations donnant droit à cette décoration, comme pour l’attribution de la croix de Guerre en 1914-1918 et 1939-1945, dont le centième anniversaire a été célébré en 2015.

Par la suite, d’autres opérations qualifiées de guerre ont donné lieu à la création d’une croix de guerre dite des « théâtres d’opérations extérieurs ». Après le second conflit mondial, celle-ci a été décernée lors des guerres d’Indochine (1946-1954), de Corée (1950-1953) et du Golfe (1990-1991).  Créée pour une période déterminée, la croix de la Valeur militaire est désormais considérée comme une véritable croix de Guerre, remise pour toutes les opérations de sécurité, à savoir au Zaïre, au Liban, en Somalie, au Rwanda, dans l’ex-Yougoslavie et au Kosovo, en Haïti, en Côte d’Ivoire, en Afghanistan et, aujourd’hui, dans la bande sahélo-saharienne.

A l’occasion du 60ème anniversaire de la croix de la Valeur militaire, l’Association nationale des croix de guerre et de la valeur militaire (ANCGVM) rend hommage aux décorés et s’incline devant la mémoire des soldats disparus au cours de ces opérations. Association d’intérêt général, créée en 1919 et reconnue d’utilité publique en 1963, l’ANCGM accueille tous les titulaires d’une croix de Guerre, d’une croix de la Valeur militaire, de la Médaille d’or de la défense nationale avec citation et tous les sympathisants. Totalement indépendante, l’ANCGVM s’interdit toute discussion politique ou religieuse.

Association nationale des croix de guerre et de la valeur militaire

11 novembre 2015 : la croix de Guerre à l’Arc de Triomphe

 




Euronaval 2016 : + 10 % d’exposants en deux ans

Salon biannuel de la défense navale et de la sécurité maritime, Euronaval reflète les  besoins accrus en surveillance et en protection des zones économiques exclusives, des côtes et des ports dans un contexte de terrorisme et de revendications territoriales en mer.

La  25ème édition (17-21 octobre à Paris-Le Bourget) a été présentée à la presse le 19 septembre 2016 par Patrick Boissier, président d’Euronaval et Hughes d’Argentré, délégué général. Organisé par le Groupement des industries de construction et activités navales (GICAN), Euronaval 2016 accueille : 391 exposants (+ 10 % par rapport à 2014), dont 56 % d’étrangers  avec, pour la première fois, le Japon et le Danemark ; 94 pays et 4 organisations internationales invités par le ministère de la Défense et le GICAN ; 25.000 visiteurs professionnels.

Le marché naval international. Divers pays comptent augmenter leurs flottes sous-marines, notamment l’Australie, l’Inde, la Pologne, la Norvège, les Pays-Bas et l’Indonésie. Les nations maritimes acquièrent davantage de navires de surveillance côtière, à savoir patrouilleurs de haute mer, corvettes ou frégates de taille intermédiaire. La cybersécurité, les aéronefs et les drones de surface aériens et sous-marins se développent. De nouveaux concepts liés à la furtivité sont en cours d’élaboration. Selon le GIGAN, le carnet mondial de commandes de navires neufs s’établit, en septembre 2016, à 150 Mds$ dans le secteur militaire et 270 Mds$ dans le secteur civil. Celui de l’Europe (hors Russie) atteint 96 Mds$ (23 % du monde), dont 36 Mds$ pour le militaire (24 % du monde) et 60 Mds$ pour le civil (22 % du monde). Celui de la France est de 22 Mds$ (5,2 % du monde et 23 % de l’Europe), dont 12 Mds$ pour le militaire (8 % du monde et 33 % de l’Europe) et 10 Mds$ pour le civil (3 % du monde et 17 % de l’Europe). Pour les constructions neuves des principaux chantiers navals, le marché des États-Unis se monte à 12 Mds$/an, celui de l’ensemble « Inde, Australie et Extrême-Orient (hors Chine) » à environ12 Mds$/an. Celui de l’Europe (hors Russie) reste stable à 10-11 Mds$/an. Enfin, la Chine et la Russie y consacre chacune environ 3-4 Mds$/an.

La Marine nationale. Le 16 septembre 2016, la Délégation générale de l’armement a réceptionné le Bougainville, 2ème bâtiment multi-missions (B2M) d’une série de 3 commandés en 2013 et affecté à la Polynésie française. Le 1er, réceptionné le 25 mars 2016, a rejoint la Nouvelle-Calédonie en juillet. Le 3ème est destiné à l’Île de la Réunion. L’actualisation de la Loi de programmation militaire 2014-2019 prévoit la construction d’un 4ème destiné aux Antilles. Les B2M assurent les missions de souveraineté outre-mer : présence, surveillance et protection des intérêts français dans les zones économiques exclusives ; soutien logistique et sauvegarde ; assistance au profit des populations, notamment en cas de catastrophe naturelle. Armés par deux équipages de 20 marins, les B2M (2300 tonnes en charge) peuvent effectuer des missions de 30 jours sans ravitaillement et naviguer 200 jours/an. Parmi les frégates multimissons FREMM, 3 unités de lutte anti-sous-marine ont été livrées entre 2012 et 2016 et 3 le seront avant 2019. A terme, 2 autres FREMM remplaceront les frégates anti-aériennes Cassard et Jean-Bart. Enfin, à partir de février 2017, le porte-avions Charles-De-Gaulle sera remis en conditions pendant 18 mois pour modernisation du système de combat, modification de la plate-forme et adaptation pour pouvoir embarquer uniquement des Rafale.

Loïc Salmon

Marine nationale : en opérations sur toutes les mers

Marine nationale : la police en mer, agir au bon moment et au bon endroit

Piraterie : encore présente sur mer et en expansion dans le cyberespace

 




Défense : montée en puissance et restructuration

Les moyens des armées sont accrus au cours des années 2016 et 2017 et leurs dispositifs adaptés, notamment pour mieux lutter contre le terrorisme sur le territoire national.

Financement et effectifs. Les chiffres clés des armées ont été présentés à la presse, le 1er septembre 2016 à Paris, par l’Observatoire économique de la défense. Ce ministère a réalisé 81 % des dépenses de l’État en 2015, soit 18 Md€, dont 14 Md€ pour l‘équipement des forces auprès des grands groupes de défense et de 26.000 petites et moyennes entreprises et entreprises de taille intermédiaire. Avec l’actualisation de la Loi de programmation militaire 2014-2019, son budget 2016 a été accru de 600 M€ pour atteindre 32 Md€ avec la création nette de 2.300 emplois. En 2017, il sera encore augmenté de 600 M€ avec la création de 10.000 postes entre 2017 et 2019, correspondant à l’annulation des suppressions d’emplois antérieurement programmées. Fin 2015, les 61 bases de défense totalisent 60.386 civils et 202.964 militaires. Ceux-ci se répartissent ainsi : armée de Terre, 109.444 personnels dont 13.821 officiers, 37.610 sous-officiers, 57.342 caporaux et soldats et 671 volontaires ; Marine nationale, 35.411 (4.495 officiers, 23.566 officiers-mariniers, 6.583 quartiers-maîtres et matelots  et 767 volontaires) ; armée de l’Air, 42.037 (6.429 officiers, 24.828 sous-officiers, 10.746 militaires du rang et 34 volontaires) ; autres services, 16.072 (7.961 officiers, 6.595 sous-officiers, 874 militaires du rang et 642 volontaires). S’y ajoutent 28.100 réservistes opérationnels et 2.778 réservistes citoyens (hors Gendarmerie nationale).

L’opération « Sentinelle » de  protection du territoire national a été maintenue au maximum pendant la période estivale 2016 : 10.000 militaires déployés sur 2.500 sites de 78 des 101 départements. Le dispositif a inclus des missions particulières, à savoir la protection de 47 événements et le contrôle des flux à 14 postes frontières.

Renforcements des unités. Fin juillet 2016, le ministère de la Défense a annoncé diverses mesures pour 2017, dans le cadre de la montée en puissance des domaines prioritaires : cybersécurité, renseignement et fonction protection. Ainsi, l’armée de Terre doit renforcer la 13ème Demi-brigade de la Légion Étrangère, le 5ème Régiment de dragons et le 5ème Régiment de cuirassiers stationné aux Émirats arabes unis. La Marine nationale étoffe ses unités de protection, la défense maritime du territoire et ses centres opérationnels. En outre, elle va créer un peloton de surveillance maritime et portuaire de la Gendarmerie maritime pour l’ensemble Dunkerque-Calais. L’armée de l’Air poursuit la concentration de ses moyens par pôles de spécialisation. Elle prépare également la montée en puissance de nouvelles flottes d’aéronefs : avions de transport et de ravitaillement Airbus A330 MRTT ; avions de transport tactique C 130J Hercules, version améliorée du C 130 ; drones Reaper. Par ailleurs, le Centre d’analyse en lutte informatique défensive et le Commandement opérationnel de la cyberdéfense se renforcent au sein des armées. La Délégation générale de l’armement bénéficiera de l’allègement des déflations d’effectifs au profit de ses domaines prioritaires. Le Service des essences des armées va actualiser ses mesures, entraînant un report ou annulation de certaines d’entre elles. Enfin, le quatrième centre du Service militaire volontaire doit ouvrir à Châlons-en-Champagne en janvier 2017, après ceux de Metz, La Rochelle et Brétigny-sur-Orge.

Loïc Salmon

Défense : les armées, leur image et leurs moyens

Défense : effectifs et engagements en 2014-2015

Défense : actualisation de la LPM 2014-2019




Défense : les armées, leur image et leurs moyens

Divers sondages, effectués entre janvier et mai 2016, par l’IFOP, le CEVIPOF, la Dicod et le CSA soulignent la confiance des Français dans leurs armées et leur prise de conscience de la nécessité de donner à celles-ci les moyens d’agir à l’extérieur pour la sécurité de la nation.

Des armées dignes de ce nom. Les jeunes Français  estiment les armées « professionnelles », « réactives » et « efficaces ». Ensuite, les chiffres parlent d’eux-mêmes : 87 % des sondés ont une bonne image des armées ; 66 % considèrent les personnels comme le point fort des armées ; 75 % approuvent les interventions françaises contre Daech en Irak ; 70 % soutiennent les frappes aériennes en Syrie ; 57 % approuvent les opérations dans la bande sahélo-saharienne. Sur le plan financier, 81 % souhaitent le maintien du budget de la Défense et 66 % pensent que la situation sécuritaire actuelle nécessite un effort budgétaire supplémentaire. Par ailleurs, le ministère de la Défense a rendu publics les moyens en service dans les armées au 1er juillet 2015.

L’armée de Terre dispose de : 200 chars de combat Leclerc ; 155 blindés chenillés dont 53  véhicules à haute mobilité, 18 dépanneurs de chars, 30 chars AMX 30 D et 54 engins blindés du génie avec système de déminage pyrotechnique pour mines ; 6.543 blindés à roues. Son artillerie se répartit entre 121 canons de 155 mm, 89 véhicules d’observation et 140 mortiers de 120 mm. Ses unités de combat sont équipées de 18.552 systèmes FELIN pour fantassins, 1.312 systèmes d’armes antichars et 221 systèmes sol/air Mistral rénovés. Son aviation légère compte 285 hélicoptères, dont 110 Gazelle, 51 Tigre, 26 Cougar, 75 Puma, 8 Caracal et 15 Caïman/NH90.

 La Marine nationale met en œuvre : 4 sous-marins nucléaires lanceurs d’engins ; 6 sous-marins nucléaires d’attaque ; 1 porte-avions ; 3 bâtiments de projection et de commandement ; 16 frégates de combat ; 6 frégates de surveillance ; 18 patrouilleurs hauturiers ; 11 bâtiments de guerre des mines ; 3 bâtiments de soutien logistique ; 3 bâtiments de soutien outre-mer ; 4 bâtiments scientifiques et d’expérimentation ; 89 bâtiments divers. L’aéronautique navale comprend : le groupe aérien embarqué (55 Rafale depuis juillet 2016 et 3 avions de guet aérien Hawkeye) ; 23 avions de patrouille maritime Atlantique 2 ; 12 avions de surveillance maritime ; 54 hélicoptères de combat et de sauvetage ; 10 hélicoptères de service public ; 45 appareils de soutien maritime.

L’armée de l’Air déploie 202 avions de combat : 76 Rafale « omnirôles » ; 23 Mirage 2000 N (nucléaire et assaut conventionnel) ; 63 Mirage 2000 D (assaut conventionnel) ; 34 Mirage 2000-5 et 2000 C (défense aérienne) ; 6 Mirage 2000 B (en cours de transformation). S’y ajoutent : 80  avions de transport, dont 5 A340 et A310 (stratégique), 27 C160 Transall (tactique), 14 C130 Hercules (tactique), 27 CN235 (tactique léger) et 7 A400 M Atlas (tactique à allonge stratégique) ; 27 avions de liaison. Les opérations reçoivent le soutien de 14 avions ravitailleurs C135FR et KC 135, 4 AWACS E-3F (détection, commandement et contrôle aéroportés) et 2 C160 Gabriel de renseignement électromagnétique. La flotte de 80 hélicoptères compte 41 Fennec (défense et sûreté), 11 Caracal (recherche et sauvetage au  combat) et 28 Puma et Super Puma (transport, recherche et sauvetage). S’y  ajoutent 7 systèmes de drones de reconnaissance (4 Harfang et 3 Reaper) et 21 systèmes d’armes sol/air (12 Crotale nouvelle génération et 9 « Mamba » de moyenne portée).

Loïc Salmon

Adversaire « hybride » : comprendre, agir et se protéger

Marine nationale : le porte-avions et la mer dans les relations internationale

Armée de l’Air : le combat numérique au cœur des opérations

 




Armée de Terre : mise en place du modèle « Au Contact »

Nouvelle architecture d’armée, le modèle « Au Contact » a donné lieu, début juillet 2016, aux créations de la 1ère Division Scorpion, de la 4ème « Brigade aérocombat » de l’Aviation légère de l’armée de terre, du Commandement de la maintenance des forces, du Commandement des systèmes d’information et de communication et enfin du Centre de doctrine et d’enseignement du commandement.

La 1ère Division Scorpion, installée à Besançon, compte 25.000 personnels répartis entre 1 état-major, 3 brigades interarmes (montagne, infanterie de marine et arme blindée), la Brigade franco-allemande, 26 régiments et 1 école de haute montagne. Cette division fait partie de la « force Scorpion », composée de 2 divisions et 6 brigades, à savoir 2 brigades blindées, 2 brigades médianes (amphibies) et 2 brigades légères (aéroportée et montagne). Cette force peut intervenir sur des théâtres d’opérations extérieurs et le territoire national (métropole et outre-mer).

La 4ème Brigade aérocombat (BAC), commande trois régiments d’hélicoptères de combat, situés à Phalsbourg, Étain et Pau, et la 4ème Compagnie de commandement et de transmissions de Clermont-Ferrand. Les trois régiments totalisent environ 3.000 militaires et 150 hélicoptères d’ancienne génération (Gazelle et Puma) et de nouvelle génération (Tigre et Caïman/NH90). La 4ème BAC dépend du Commandement de l’aviation légère de l’armée de terre, qui garantit la capacité d’aérocombat et assure la cohérence du domaine aéronautique.

Le Commandement de la maintenance des forces, implanté à Lille avec un échelon avancé à Versailles-Satory, est chargé de l’entretien opérationnel de tous les équipements de combat terrestre en France, en outre-mer, à l’étranger et en opérations. Il a autorité sur les six régiments du matériel et sur l’École du matériel de Bourges. Son effectif se monte à 11.000 militaires et civils, surtout des mécaniciens spécialistes des blindés, de l’armement ou des transmissions.

Le Commandement des systèmes d’information et de communication compte cinq régiments de transmissions, l’École des transmissions de Rennes et le Centre de formation initiale des militaires du rang de Dieuze. Il inclut aussi la 807ème Compagnie de transmission chargée de la cyberdéfense, à savoir : l’anticipation et l’analyse des cybermenaces, le suivi et le pilotage de la sécurité des systèmes d’information et des systèmes d’armes, le contrôle du spectre électromagnétique et la lutte informatique défensive.

Le Centre de doctrine et d’enseignement du commandement (CDEC), implanté à l’École militaire à Paris, résulte de la fusion du Centre de doctrine d’emploi des forces et du Centre d’études stratégiques de l’armée de terre. En vue d’améliorer les performances opérationnelles de celle-ci, il doit mettre en synergie la doctrine, le retour d’expérience, l’enseignement militaire supérieur et les études prospectives. Grâce au CDEC, les stagiaires du Cours supérieur interarmes vont apprendre à commander les grandes unités et à penser la guerre de demain. En outre, les cadres de la réserve opérationnelle de l’École supérieure des officiers de réserve spécialisés d’état-major iront y acquérir un niveau élevé de compétence dans la planification et la conduite des opérations. A l’automne 2016, le CDEC lance le « laboratoire de combat Scorpion », suivi d’un cycle d’exercices pour consolider la doctrine.

Loïc Salmon

Armée de Terre : nouveau format plus « au contact »

Cyber : le combat numérique, nouvelle dimension militaire

Un CICDE, pour quoi faire ?




14 juillet 2016 : les engagements militaire, sécuritaire et national

L’édition 2016 du défilé du 14 juillet à Paris, mis au point par le ministère de la Défense en concertation avec celui de l’Intérieur et la présidence de la République, met l’accent sur l’engagement au sens large.

Elle a été présentée à la presse le 30 juin par le général de corps d’armée Bruno Le Ray, gouverneur militaire de Paris.

Les valeurs symboliques. Pour les armées, cet engagement est opérationnel pour les missions extérieures et intérieures. Leur professionnalisation, annoncée en 1996, est devenue effective fin 2001. Aujourd’hui, toutes les forces de sécurité sont engagées dans la lutte contre le terrorisme, y compris l’administration pénitentiaire et celle des Douanes… qui défile pour la première fois depuis le 14 juillet 1919 ! Son insigne représente une carte de France avec un cor de chasse, pour rappeler son appartenance aux unités de chasseurs, et une grenade symbolisant un corps d’élite. L’engagement de la nation toute entière et surtout de sa jeunesse se manifeste par son emblème et son hymne. Ainsi, la « Marseillaise » est entonnée par 460 lycéens et collégiens, sélectionnés par un concours de l’Éducation nationale et accompagnés par le Chœur de l’armée française. En même temps, 12 jeunes déficients auditifs « chantent » par signes l’hymne national. Tous les choristes sont vêtus de bleu, blanc et rouge avec des couvre-chefs assortis. En outre, 120 jeunes du Service militaire volontaire, en uniforme, forment le contour d’un drapeau constitué par les choristes. Derrière eux, 10 volontaires du Service civique portent les banderoles « Liberté », « Égalité » et « Fraternité ». Enfin, deux avions de la patrouille de France et un de voltige aérienne piloté par le capitaine Alexandre Orlowski, champion du monde, survolent ce tableau avec un panache bleu, blanc et rouge. Le défilé 2016 fête 4 anniversaires : les 100 ans de la bataille de la Somme à laquelle ont participé des forces de la Grande-Bretagne et du Commonwealth ; les 100 ans de l’escadrille La Fayette, composée à l’époque de volontaires américains ; les 100 ans des 12 escadrilles métropolitaines ; les 70 ans des pompiers de l’Air.

La parade. A l’occasion du centenaire de la bataille de la Somme, 140 Australiens avec 40 emblèmes et 86 Néo-Zélandais (16 emblèmes) marchent. Cette bataille marque en effet un moment fort de leur construction en tant que nation. Viennent aussi ceux qui n’ont pas l’habitude de défiler : Centres de formation des militaires du rang ; École des mousses ; École d’enseignement technique de l’armée de l’Air ; réserve opérationnelle ; le soutien de l’opération « Sentinelle », dont 6.000 à 7.000 militaires sont déployés en Île-de-France depuis les attentats terroristes de 2015 ; unités cynophiles dans des véhicules légers ; élèves des Douanes et de l’administration pénitentiaire. Les 1.200 m de l’avenue des Champs-Élysées auront été parcourus par : 3.239 personnels à pied ; 212 véhicules ; 241 chevaux de la Garde Républicaine ; 55 avions et 30 hélicoptères. La vitesse varie : 115 pas/minute pour l’ensemble des troupes ; 88 pas/minute pour la Légion étrangère qui ne se sépare pas en deux à l’arrivée place de la Concorde, contrairement aux autres unités ; 240 m/minute pour les troupes motorisées. Le défilé aérien se dédouble : avions à l’ouverture et hélicoptères à la clôture. Enfin, un avion américain C130J Hercules ravitaille en vol 2 hélicoptères Caracal, comme pour les forces spéciales en Centrafrique et dans la bande sahélo-saharienne.

Loïc Salmon

14 juillet 2015 : les opérations sur le territoire national à l’honneur

14 juillet 2014 : 80 nations invitées pour les 100 ans de la Grande Guerre




Armée de Terre : création d’un commandement pour le territoire national

Dans le cadre de la réorganisation de l’armée de Terre et de l’évolution de la menace, un « commandement Terre pour le territoire national » (COM TN) a été créé administrativement le 1er juin 2016. Son chef, le général de division Gaëtan Poncelin de Raucourt, l’a présenté à la presse le 9 juin.

Caractéristiques. Destiné à devenir un pôle d’excellence, le COM TN ne dispose que de 50 militaires d’active et de 30 réservistes, qui peuvent renforcer en 10 heures les commandements opérationnels en cas de crise. Il doit favoriser la coordination et la mise en œuvre de procédures communes avec la Marine nationale, l’armée de l’Air et la Gendarmerie ainsi qu’avec les autres ministères. Il produit une synthèse des informations au profit des forces, fournit du conseil, anticipe pour préparer le coup d’après et imagine des scénarios. Il travaille en réseau pour partager les informations et s’intégrer. Enfin, il engage des études et des réflexions sur les conditions d’engagement, la résilience et les réserves. Les réservistes ont en effet vocation à être employés sur le territoire national. Le championnat  d’Europe de football masculin 2016 (Euro 2016) donne l’occasion, pour la zone de défense et de sécurité Île-de-France, de tester un système d’information géographique, de cartographie et de communication. Placé sous l’autorité directe du chef d’état-major de l’armée de Terre, le COM TN est installé à l’École militaire à Paris. Il  répond à trois besoins. D’abord, l’armée de Terre a recentré son action sur le territoire national en y déployant 10.000 militaires, dont la Brigade des sapeurs-pompiers de Paris, pour : participer à la sécurité civile (inondations) ; assurer le service militaire adapté dans les départements d’outre-mer ; contribuer au plan Vigipirate de lutte contre le terrorisme ; mener les opérations « Héphaïstos » (feux de forêt en zone méditerranéenne), « Harpie » (orpaillage clandestin en Guyane) et « Sentinelle » (protection des points sensibles, du territoire national après les attentats terroristes de 2015). Ensuite, devant l’ampleur de la menace, un facilitateur s’avère nécessaire pour améliorer les performances et la connaissance des cultures respectives des autres armées et ministères concernés. Enfin, le renfort de la réserve et le service militaire volontaire répondent à la demande de citoyens, qui veulent s’impliquer dans la défense du territoire national.

Recours aux armées. Quelque 13.000 militaires protègent le territoire national : 10.000 pour l’opération « Sentinelle » ; plus de 1.500 pour la posture permanente de sauvegarde maritime ; plus de 1.000 pour la posture permanente de sûreté aérienne. L’armée de Terre a organisé une nouvelle posture de protection terrestre, permanente mais adaptable en volume aux demandes des autorités civiles (préfets de département ou de région). Un rapport du ministère de la Défense, remis au Parlement au début de 2016, ajoute aux domaines déjà cités la lutte contre le trafic de drogue et la défense des intérêts économiques. Les armées n’agissent, sur réquisition ou demande de concours des forces de sécurité intérieure, que lorsque les moyens sont inexistants, insuffisants, inadaptés ou indisponibles. Trois nouvelles postures permanentes ont vu le jour. Le Service de santé des armées dispose de moyens et de spécialistes disponibles si nécessaire. Le Service des essences des armées apporte un soutien pétrolier aux forces de sécurité intérieure. La posture cyber assure la protection interne du ministère de la Défense.

Loïc Salmon

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