Méditerranée : l’« Initiative 5+5 Défense » pour l’interopérabilité

En 2017, la France préside pour un an le forum de coopération euro-méditerannéenne “Dialogue 5+5”, dont le volet “Initiative 5+5 Défense” concerne les forces armées des 10 pays partenaires.

Le général de brigade aérienne Jean-Marie Clément, chef du service des questions régionales à la Direction générale des relations internationales et stratégiques, a présenté à la presse, le 19 janvier 2017 à Paris, l’Initiative 5+5 Défense. Celle-ci regroupe : la France, l’Italie, Malte, l’Espagne et le Portugal pour le Nord ; la Mauritanie, le Maroc, l’Algérie, la Tunisie et la Libye pour le Sud. Le bassin méditerranéen, dont la France contrôle 2.000 km de littoral (Corse incluse), représente 25 % du trafic maritime mondial (30 % du trafic pétrolier), qui transite par 5 passages stratégiques : le détroit de Gibraltar avec 296 navires par jour ; le Bosphore (126 navires/jour) ; le canal de Suez (46 navires/jour) ; le détroit de Messine (botte italienne/Sicile, 45 navires/jour) ; les Bouches de Bonifacio (Corse/Sardaigne, 19 navires/jour).

Coopération multilatérale. Selon le général, l’Initiative 5+5 Défense repose sur : la liberté de discussion sur les questions de sécurité ; le volontariat pour participer ou organiser les activités ; l’économie des moyens ; l’absence d’engagement opérationnel ; la 5décision par consensus. Environ 40 activités sont prévues en 2017. Lancée sous l’impulsion de la France en 2004, cette initiative porte d’abord sur la surveillance maritime, afin de garantir un espace de sûreté et de sécurité en Méditerranée : sauvetage en mer ; lutte contre le pillage des ressources, la contrebande, l’immigration clandestine, la piraterie et le terrorisme. L’exercice annuel “Sea Border”, organisé en 2016 par l’Italie en partenariat avec l’Algérie et le Portugal, le sera en 2017 par la France avec le Maroc et le Portugal. Selon le général, l’interopérabilité maritime progresse, mais il reste beaucoup à faire pour la sûreté aérienne, destinée à prévenir les actes illicites qui vont de la violation de l’espace aérien national aux détournements d’aéronefs et attaques terroristes. En cas de catastrophe majeure, la solidarité entre les États membres doit faciliter la contribution d’unités militaires en appui des moyens civils, dans le cadre du projet de Centre de coordination et de planification opératif. Un processus de préparation opérationnelle a été lancé en 2015 pour constituer un vivier d’officiers aptes à travailler en petites équipes multinationales (5 à 8 personnes). Après les modules de formation par la France en 2015 et l’Algérie en 2016, un exercice sera organisé par le Maroc en 2017.

Cadres d’action. La connaissance commune en matière de sécurité et de défense régionales s’effectue par le partage d’expertise et d’expériences et la réflexion collective. Ainsi, le Centre euromaghrébin de recherches et d’études stratégiques, dont la Tunisie assure le secrétariat permanent, conduit des travaux dirigés par un pays pendant un an. L’étude ” Défis et vulnérabilités en Méditerranée occidentale”, démarrée par la France en 2010, a été poursuivie par l’Algérie (2011), l’Espagne (2012), le Portugal (2013) et l’Italie (2014). Ont suivi : “Sécurisation des frontières de l’espace 5+5 : coopération et implications” (Tunisie 2015) ; “Daech : facteurs d’expansion vus de l’espace 5+5” (Maroc 2016) ; “Les enjeux sécuritaires liés au changement climatique dans l’espace 5+5 : quelles implications pour les politiques de défense ?” (France 2017). Enfin, le Collège 5+5 Défense a formé 500 auditeurs depuis 2007.

Loïc Salmon

Marine nationale : sécuriser les espaces maritimes, mais aussi les protéger

Afrique : coopération française en matière de sécurité maritime

Marine nationale : opérations de sûreté maritime en coopération avec Frontex




Garde nationale : catalyser les réserves militaires et civiles

En 2018, la Garde nationale pourra mobiliser chaque jour 9.250 réservistes sur un vivier de 85.000 hommes et femmes, issus des ministères de la Défense nationale et de l’Intérieur.

Son secrétaire général, le général de division Gaëtan Poncelin de Raucourt, l’a présentée à la presse le 12 janvier 2017 à Paris. Également délégué aux réserves, il est assisté d’une équipe d’une dizaine de personnes. La Garde nationale, créée par décret présidentiel du 13 octobre 2016, vise à répondre : à la lutte antiterroriste après les attentats terroristes de 2015 à Paris ; aux besoins des armées, à savoir opération « Sentinelle », plan Vigipirate, crises sur le territoire national et intempéries, afin de gérer les “pics d’alerte” de la Gendarmerie et de la Police ; au désir des citoyens de s’impliquer dans la sécurité du pays. En 2017, la Garde nationale dispose d’un budget de 311 M€ et des réserves opérationnelles existantes, soit 63.750 personnes dont plus de 6.000 employées par jour.

Le ministère de la Défense. Les effectifs de la réserve  militaire se montent à 31.500 personnes : 18.400 pour l’armée de Terre ; 4.950 pour l’armée de l’Air ; 4.850 pour la Marine nationale ; 2.850 pour le Service de santé des armées ; 450 pour le Service du commissariat des armées ; 100 pour la Direction générale de l’armement ; 80 pour le Service des essences des armées. Chaque jour, 2.500 personnes sont employées, dont 650 pour des missions de protection sur le territoire national (ptn). Il s’agit de Français issus de la société civile avec ou sans expérience militaire et d’anciens militaires d’active qui signent un engagement à servir dans la réserve, contrat rémunéré d’une durée de 1 à 5 ans renouvelable. Ils reçoivent une formation et un entraînement spécifiques, pour apporter un renfort de quelques dizaines de jours/an dans les états-majors, les établissements ou administrations centrales sur le territoire national ou en opérations extérieures. Certains apportent expertises et expériences rares : risques environnementaux ; infrastructures ; armement ; cyberdéfense. En 2018, ils seront 40.000, dont 4.000 employés/jour (1.000 pour la ptn).

Le ministère de l’Intérieur. Les réserves atteignent 32.250 personnes, dont 28.500 militaires de la Gendarmerie (3.000/jour pour la ptn), et 3.750 civils de la Police (850/jour pour la ptn). Engagés à proximité de leur domicile, ils sont formés, employés régulièrement sur le terrain et assermentés avec le statut d’agent de police judiciaire adjoint. Leurs missions incluent l’accueil du public, les patrouilles de prévention de proximité, les actions de sécurité routière et les interventions. Les policiers retraités et anciens adjoints de sécurité de moins de 65 ans peuvent signer un contrat dans la réserve. Ils assurent la protection des personnes et de biens, la prévention de la criminalité et de la délinquance, la police judiciaire et le renseignement, mais pas le maintien de l’ordre. En 2018, les réserves de sécurité se monteront à 40.000 gendarmes (4.000/jour pour la ptn) et 5.000 policiers (1.250/jour pour la ptn).

Les mesures incitatives. Tout garde national de moins de 25 ans pourra obtenir une participation financière au permis de conduire B. Un(e) étudiant(e) (université, enseignement professionnel ou école supérieure) recevra une allocation mensuelle si engagement pour 5 ans et 37 jours de réserve/an. Les employeurs bénéficieront d’un abattement fiscal et de la qualité de « partenaire de la défense nationale ».

Loïc Salmon

Terrorisme : plan Vigipirate renforcé dans toute la France

Attentats à Paris : plus grosse opération de secours de la BSPP depuis les années 1980

Les réservistes à l’honneur




Marine nationale : emploi de l’ensemble des moyens

La France dispose des capacités de déni d’accès jusqu’à 500 km au large de ses côtes, estime l’amiral Christophe Prazuck, chef d’état-major de la Marine.

Il a en présenté la situation et les perspectives, au cours d’une rencontre avec l’Association des journalistes de défense le 5 décembre 2016 à Paris.

Une présence mondiale. Les bâtiments français sont déployés sur cinq théâtres d’opérations : en océan Indien jusqu’au golfe Arabo-Persique ; en Méditerranée orientale au large de la Syrie, où s’est rendu le groupe aéronaval juste après les attentats de novembre 2015 à Paris ; en Méditerranée centrale pour l’opération européenne « Sophia »  de lutte contre le trafic de migrants ; en Atlantique Nord, où l’activité sous-marine s’intensifie ; dans le golfe de Guinée, où l’opération de surveillance « Corymbe », effective depuis 1990, est renforcée par l’opération « Nemo » de formation des Marines des pays riverains à la lutte contre la piraterie et les trafics illicites. Une intervention en mer de Chine méridionale ou dans le détroit de Bab el-Mandeb n’est pas pour autant exclue. La surveillance des zones maritimes exclusives est soutenue, notamment  au large de la Tanzanie et du Mozambique où la présence de navires de recherches pétrolières et de gaz a été détectée. S’y ajoutent la dissuasion nucléaire et, pour la lutte contre le terrorisme, la posture permanente de sauvegarde maritime et la coordination du recueil de l’information maritime. Par ailleurs, le missile de croisière naval prend une dimension stratégique qui va changer l’emploi des bâtiments qui en seront doté, indique l’amiral. La commande de 150 exemplaires se répartit entre 100 pour les futurs sous-marins nucléaires d’attaque Barracuda et 50 pour les frégates multi-missions (FREMM). La Russie réaffirme sa puissance navale : tirs de missiles de croisière à partir de sous-marins en mer Caspienne et présence accrue en Atlantique Nord de sous-marins estimés très performants.

La dimension aéronavale. De Mourmansk, la Russie a envoyé un groupe aéronaval au large de la Syrie avec une escorte conséquente, souligne l’amiral Prazuck. La Grande-Bretagne a décidé de se doter de 2 porte-aéronefs à tremplin, l’Inde 3 et la Chine 4 et qui construit actuellement 1 frégate par trimestre et 1 sous-marin tous les 4 mois. Le porte-avions français Charles-De-Gaulle, équipé de catapultes, est notamment protégé par une FREMM, qui détecte tout intrus (navire de surface ou sous-marin) dans un rayon de 100 km. Outil politique et militaire de premier rang, il a effectué 450 sorties d’avions au cours de 232 jours de mer, dont 200 en opérations, jusqu’à son retour à Toulon mi-décembre 2016. Il devrait reprendre la mer dans les derniers mois de 2018, à l’issue d’un arrêt technique majeur pour l’extraction de son réacteur nucléaire, pour en changer le cœur, puis d’une mise en indisponibilité permanente pour  entretien et réparations, incluant l’installation d’un nouveau système de combat et la mise en condition « tout Rafale ». En 2016, le Charles-De-Gaulle a démontré son interopérabilité avec un groupe aéronaval américain dans le golfe Arabo-Persique, dont il a même assuré le commandement temporaire.

Les marins. La Marine compte 40.000 personnels (13 % de femmes), dont 6.000 dans les états-majors interarmées et 2.500 marins-pompiers. S’y ajoutent 4.600 réservistes et 6.000 volontaires. Elle ne connaît pas de difficulté de recrutement, grâce à un maillage de 30 bureaux dans toute la France et 60 partenariats avec des lycées professionnels. La préparation militaire Marine accueille 2.500 jeunes/an.

Loïc Salmon

Marine nationale : mission « Arromanches 3 » du GAN en Méditerranée orientale

Territoire national : protection permanente contre intrusions aériennes et maritimes

Marines : l’approche globale, indispensable à la sécurisation future du milieu maritime




Armée de Terre : imaginer les combats de demain

Pour garantir sa cohérence entre les menaces, ses missions et ses moyens, l’armée de Terre a lancé une réflexion, que le général de division Bernard Barrera, sous-chef d’état-major Plans-Programmes, a présentée à la presse le 8 décembre 2016 à Paris.

L’horizon 2035. Ce travail prospectif d’orientation, intitulé « Action terrestre future », fait suite à ceux d’organisation (« Au Contact ») et d’outillage (programme « Scorpion »). Réalisé par des « opérationnels » (État-major des armées, Direction générale de l’armement et industriels) et des « think tanks » (IFRI, IRIS, IRSEM, FRS etc), il repose sur des scénarios de conflit, du désert à la zone urbaine et de la basse à la haute intensité. Leur croisement vise à comprendre la transformation de tout le spectre de la guerre (classique, technologique et asymétrique), définir le rôle de l’armée de Terre et les domaines à privilégier. Tout en adaptant ce qui existe et en profitant des opportunités en matière d’équipements, le schéma directeur s’appuie sur les études amont pour renouveler les plates-formes, afin de garder la supériorité technique. L’État a perdu le monopole de recherche et de développement. Ainsi, le budget des groupes américains Google et Amazon dans ces domaines, de l’ordre de 35 Md$/an, dépasse celui du ministère de la Défense des États-Unis. La réalisation des équipements futurs nécessitera un long délai que, malgré l’espionnage industriel, les puissances émergentes parviendront difficilement à réduire.

Guerre froide paix chaude. Dans un contexte de hausse mondiale des dépenses militaires, un consensus se dégage en France sur un objectif de 2 % du produit intérieur brut pour un effort de défense actuel de 1,8%, rappelle le général Barrera. En 2000, le contexte stratégique voit l’avènement de la supériorité occidentale, grâce aux nouvelles technologies de l’information. Les crises se multiplient avec des interventions à distance de sécurité. Les conditions d’engagement des forces exigent seulement une supériorité militaire tactique. L’outil militaire se caractérise par un modèle d’armée « ramassée » où le rendement satisfaisant des moyens engagés l’emporte sur le volume des forces déployées. Quinze ans plus tard, l’époque change. L’accélération, la privatisation et la dissémination de l’innovation entraînent une vive contestation de la domination militaire occidentale et une transformation technologique. Le retour de la guerre se manifeste par un rapprochement géographique des foyers de crise de grande ampleur et une continuité entre théâtres d’opérations extérieurs et territoire national. La contestation de la supériorité militaire, par des adversaires réguliers et irréguliers, nécessite de l’emporter sur les plans tactique et opératif (théâtre). Le modèle d’armée « puissante » prime.

Appréhension globale. Les forces terrestres disposeront d’un système de renseignement couvrant la surveillance des flux de communications militaires et duaux (signaux électromagnétiques, cyberconnaissance et réseaux sociaux) et la diffusion discrète de capteurs à longue endurance (réseaux de capteurs miniaturisés). La puissance croissante de calcul du traitement des données permettra de les mettre en œuvre au plus près des forces, en vue de réagir immédiatement et avec précision. L’exploitation du renseignement inclut : « mémoire » des théâtres ; modes d’actions adverses ; matrices sociales et culturelles des crises ; gestion des besoins d’en connaître ; adaptabilité du niveau de classification des informations.

Loïc Salmon

 

Armée de Terre : préparer les ruptures stratégiques et technologiques de demain

« Think Tanks » : de l’expertise des questions internationales aux réseaux d’influence

Armée de Terre : programme « Scorpion », le GTIA de demain




Armée de l’Air : la BA 123, base opérationnelle, de soutien et d’instruction

La base aérienne (BA) 123 d’Orléans-Bricy, qui accueille la 61ème Escadre de transport, doit assurer la montée en puissance de toutes ses capacités. Le colonel qui la commande l’a présentée à l’Association des journalistes de défense, le 16 novembre 2016.

Plate-forme cohérente. La BA 123 s’étend sur 736 ha avec 2 pistes (1.000 m et 2.400 m) et 33 parkings pour les avions. Son effectif, en progression annuelle de 100 personnels, devrait en compter 3.000 en 2020. La 61ème Escadre de transport est constituée d’avions A400M (10), C130 (14), Twin (2) et TBM (1), dont 50 % en cours de rénovation. Sa capacité de projection et d’intervention mobilise 550 personnes pour 15.000 heures de vol par an dans le monde entier. S’y ajouteront, à terme, des C130H et C130J. En matière de connaissance et d’anticipation, la BA 123 assure la récolte et l’analyse des informations électroniques et remplit des missions de photographie aérienne dans le cadre d’un traité international. Le Commandement des opérations spéciales y a installé l’unité de commandos parachutistes de l’air CPA10. Chaque année, la BA 123 assure des prestations de maintenance : 140.000 heures de travaux sur une trentaine d’avions ; le pliage de 11.000 parachutes ; la rénovation et la réparation des équipements  et des réseaux électroniques. Par ailleurs, des pilotes allemands viennent s’y entraîner au vol tactique, à savoir la capacité à partir en opération avec 2 avions. En contrepartie, des mécaniciens français effectuent des stages en Allemagne.

Centre de formation. Depuis 2008, la BA 123 abrite le Centre d’instruction des équipages de transport, créé en 1946 à Toulouse. Celui-ci standardise toutes les plates-formes de transport aérien et dispense chaque année des cours de connaissances techniques et de procédures, en anglais, à 1.200 stagiaires de toutes les catégories, en vue de leur aptitude au combat de 1 à 4 avions. Il dispose d’un simulateur de vol sur A400M, qui permet d’employer davantage ces avions dans des missions opérationnelles et de réduire la charge financière de la formation des équipages. Les stagiaires, qui ont déjà 300 heures de vol sur C160 et C130, sont formés sur ce simulateur par 9 instructeurs « qualifiés A400M ». Le cockpit est identique à celui de de l’A380 d’Air France. Pilotes civils et militaires viennent y échanger leurs expériences. Les 2 pilotes de l’équipage d’un A400M passent 80 heures sur simulateur avant leur premier vol. Ensuite, ils doivent, chaque année, effectuer 50 heures de vol tactique, notamment en vision nocturne, sur simulateur. Le « load master », 3ème membre de l’équipage, apprend sur simulateur la répartition des charges de la soute, avec exercices de pannes et d’incendie. A terme, le simulateur A400M sera connecté à ceux du Rafale et de l’avion radar AWACS.

A400M, bond opérationnel. L’A400M peut emporter au choix : 1 hélicoptère Tigre ou Caïman ; 2 véhicules de l’avant blindé ; 1 camion logistique ; 54 soldats équipés et 9 palettes de fret militaire. Les sauts en parachute à ouverture retardée se font à 4.000 m par la porte arrière, mais ceux en automatique, par les portes latérales, sont encore en expérimentation. Nécessitant moins d’escales, l’A400M permet de réduire les aléatoires négociations diplomatiques. En 2016, après 500 heures de vol sur A400M, le pilote devient commandant de bord. Il transmet alors son expérience tactique antérieure sur C130 ou C160 aux jeunes pilotes de transport, qui seront bientôt formés directement sur A400M.

Loïc Salmon

Armée de l’Air : une « smart base » pour créer des partenariats avec le monde civil

Armée de l’Air : engagement opérationnel intense et réforme en profondeur




Sécurité : détection, identification et neutralisation des drones malveillants

La présence de drones malveillants à proximité des centrales nucléaires et des aéroports a conduit à la promulgation d’une loi à leur sujet et à l’élaboration de moyens techniques de lutte.

Louis Gautier, secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale, et Yves Fort, directeur des opérations scientifiques de l’Agence nationale de la recherche, ont exposé la situation et organisé une présentation dynamique de trois démonstrateurs, le 18 novembre 2016 à la base aérienne de Villacoublay. L’appel à projets « Protection des zones sensibles vis-à-vis des drones aériens » en a reçu 24, dont 3 ont été retenus en avril 2015 et financés. Dénommés ANGELAS, BOREADES et SPID, ces projets, portés par des groupements d’industriels, de laboratoires publics et privés et d’opérateurs, ont abouti 12 à 18 mois plus tard à des systèmes intégrés de détection de petits drones, de leur identification (amis ou ennemis) et de leur neutralisation, testés en environnement opérationnel.

Démonstration de matériels. Des drones, mis au point par la SNCF pour l’observation des voies ferrées, ont servi de plastron à la démonstration, accompagnée d’une exposition statique des matériels (photo). Quatre scénarios ont été mis en œuvre : survol d’un site nucléaire par un drone isolé ; attaque lors d’un événement sportif dans un environnement semi-urbain ; attaque lors d’une cérémonie importante dans un environnement urbain ; survols de plusieurs drones à proximité des départs et des trajectoires d’approche d’avions d’un aéroport. Le projet ANGELAS utilise pour la détection : un radar actif d’une portée de 3 km et associé à un algorithme de pistage multicibles ; la goniométrie qui localise la direction des émissions du drone ou de la station sol jusqu’à plusieurs km ;  un radar passif (très longue portée) ; des moyens acoustiques (plusieurs centaines de mètres) ; un système laser qui scanne l’environnement et détecte les échos renvoyés. L’identification recourt à : des caméras haute résolution (portée supérieure à 3 km) ; des émissions infrarouges (jusqu’à 2 km) ; un radar passif qui sépare les objets à rotor de la scène ; l’imagerie qui identifie de jour et de nuit (jusqu’à 2 km). Enfin, la neutralisation du drone se fait par : brouillage par émission directive des liaisons de commande et vidéo ; éblouissement de la caméra vidéo par laser ; brouillage du système GPS. Le projet BOREADES consiste à brouiller et leurrer le système de navigation du drone pour en prendre le contrôle, choisir son point de récupération et estimer la position du télépilote. Le projet SPID présente des moyens similaires, sur véhicules spécialisés, pour la protection d’installations fixes, d’événements ou de théâtres d’opérations et de cibles mobiles (jusqu’à 500 m) avec interpellation du télépilote.

Encadrement juridique. Selon Louis Gautier, plus de 400.000 drones privés et 4.000 drones professionnels sont en service en 2016. La loi du 24 octobre 2016, relative au renforcement de la sécurité de l’usage des drones civils, concerne ceux d’une masse inférieure ou égale à 800 g. Ils sont soumis à un régime d’enregistrement par voie électronique et doivent être équipés de  dispositifs de signalements lumineux et électronique ou numérique. Un télépilote « professionnel » (hors usage de loisir) doit avoir suivi une formation visant à permettre le contrôle de l’évolution du drone, selon les règles de sécurité et les conditions d’emploi relatives à la navigation aérienne.

Loïc Salmon

Les drones : de l’OPEX au territoire national

Les drones, dualité militaire et civile

Drones civils : réponses opérationnelles et juridiques aux usages malveillants




Armée de Terre : préparer les ruptures stratégiques et technologiques de demain

Par le contrôle d’un territoire et de sa population, la force terrestre s’impose pour marquer une solution politique à un conflit futur, sur le terrain et dans la durée, à condition de conserver l’ascendant sur l’adversaire. Ce nouvel engagement de l’armée de Terre figure dans un document, rédigé par son état-major et rendu public lors de la présentation annuelle des forces terrestres, le 20 octobre 2016 à Satory.

Démonstration dynamique. Une opération terrestre a été schématisée en 8 tableaux : renseignement humain en ouverture de théâtre par les forces spéciales et l’aérocombat (photo) ; ciblage et renseignement image par les drones et autres moyens ; coordination dans la 3ème dimension en gérant la bulle aéroterrestre ; agression, capacité à s’engager au contact de l’adversaire ;  commandement d’une opération, même en zone difficile ; saisie d’un point sensible, capacité à s’emparer d’une zone ; combat interarmes des véhicules blindés d’infanterie ou de cavalerie avec appui de l’artillerie (canon Caesar) et du génie ; logistique de l’avant en tous temps et lieux avec ravitaillement, maintenance et évacuation sanitaire.

Action terrestre future. Dans le document « Action terrestre future », le général Jean-Pierre Bosser, chef d’état-major de l’armée de Terre, rappelle que, depuis la guerre du Golfe (1991), 600.000 hommes se sont succédé dans des opérations militaires asymétriques, avec un avantage opérationnel certain… jusqu’au conflit en Afghanistan (2001-2014). Désormais, la domination de l’adversaire, terroriste ou autre, n’est plus acquise d’avance. En conséquence, l’armée de Terre a entamé une transformation en 3 phases sur 3 ans. La 1ère (2015), dite « Au Contact », concerne l’augmentation de la menace sur le territoire national avec pour effet la remontée en puissance opérationnelle. La 2ème (2016), centrée sur le programme intégrateur « Scorpion », porte sur la simulation, l’infovalorisation et des capacités accrues d’agression et de protection. La 3ème (2017), décrite dans « Action terrestre future », traite la mutation de l’environnement opérationnel et le développement des facteurs de supériorité. L’Afrique et le Proche-Orient resteront durablement une zone pivot des conflits futurs, sans écarter le risque d’un affrontement majeur à l’Est. La mondialisation des rapports entre les sociétés entraîne des flux humains, matériels et immatériels, facilités par la porosité des frontières intérieures. L’échec des modes de régulation supranationaux se cumule avec la remise en cause des droits de la guerre, impliquant brutalité et hyperviolence. Les États verront leur autorité contestée par l’intrusion des nano et biotechnologies, de l’intelligence artificielle et des sciences cognitives, la dissémination de moyens guerriers innovants et l’irruption des lanceurs d’alerte et pirates informatiques. De nouvelles puissances régionales développent hélicoptères, blindés, feux dans la profondeur, robotique et munitions hypervéloces. Les systèmes d’armes antichars, antiaériens antinavires ou de guerre électronique deviennent accessibles. Les prochaines opérations verront la contestation de la supériorité aérienne, la menace d’arsenaux chimiques, radiologiques et nucléaires et des actions répétées sur les centres de commandement et les flux logistiques. Face à des adversaires combinant qualité et quantité, conclut « Action terrestre future », la bataille sera remportée par : la technologie et l’humanité ; la foudroyance et la patience ; l’intelligence et la puissance.

Loïc Salmon

Armée de Terre : mise en place du modèle « Au Contact »

Armée de Terre : programme « Scorpion », le GTIA de demain

« Serval » : manœuvre aéroterrestre en profondeur et durcissement de l’engagement

 




Afrique : coopération française en matière de sécurité maritime

La sécurité de son espace maritime garantit à l’Afrique la pérennité de son développement économique. La France y contribue par ses forces prépositionnées à terre et sa présence en mer.

Cette coopération a été présentée à la presse le 13 octobre 2016 à Paris.

L’opération « Corymbe ». Depuis les années 1990, un à deux bâtiments de la Marine nationale sont déployés en permanence dans le golfe de Guinée, dans le cadre de l’opération navale « Corymbe ». Celle-ci assure la protection des intérêts français dans cette zone et soutient le dispositif militaire français prépositionné au Gabon, en Côte d’Ivoire et au Sénégal. Elle participe au renforcement des capacités des Marines des différents pays riverains. Le sommet franco-africain de Yaoundé de juin 2013 a débouché sur la tenue d’exercices navals communs dénommés « Nemo » pour :  lutter contre le narco-trafic et la pollution marine ; assurer la police des pêches et le sauvetage en mer ; entraîner les Marines des pays riverains et les centres de contrôle à terre. Destinés à accompagner la volonté des pays africains à renforcer la sécurité maritime régionale, les execices « Nemo » s’appuient sur « Corymbe » et les éléments français au Gabon, auxquels viennent s’agréger des navires battant divers pavillons européens. Celui qui s’est déroulé du 13 au 16 septembre 2016 a impliqué les Marines du Cameroun, du Nigeria, du Bénin, du Togo, du Ghana et de Côte d’Ivoire et mobilisé 1 frégate nigériane et 6 patrouilleurs. Il a donné lieu à 7 exercices de visite et d’intervention sur un navire suspect, de sa détection initiale à son déroutement (photo). Plus de 50 marins africains ont embarqué sur des navires français, à savoir le bâtiment de projection et de commandement Dixmude et le patrouilleur de haute mer Commandant-Ducing. A cette occasion,  71 élèves (13 nationalités différentes) des Écoles navales à vocation régionale (ENVR) ont embarqué pendant 4 jours, pour participer à la vie d’un bâtiment en opération et se former aux techniques de la navigation et de lutte contre l’incendie. Actuellement, la Direction de la coopération de sécurité et de défense du ministère français des Affaires étrangères contribue au soutien de 17 ENVR dans 10 pays africains. Celles-ci assurent 60 enseignements différents, dont le service de santé, le déminage, le maintien de l’ordre, la police judiciaire, le génie et les travaux maritimes, la formation des cadres, la protection civile et la sécurité maritime. Par ailleurs, un officier français est détaché auprès des états-majors des Marines du Sénégal, de Côte d’Ivoire et du Togo. Il participe à la la planification des exercices navals lors des escales des bâtiments français.

Le sommet de Lomé. La sécurité maritime en Afrique, surtout dans le golfe de Guinée, a été le thème du sommet franco-africain tenu le 15 octobre 2016 à Lomé (Togo). Quelque 30 pays africains ont signé une charte les obligeant à : délimiter leurs frontières maritimes ; échanger leurs informations et expériences dans la lutte contre la piraterie, les trafics en tous genres et la pêche illégale. L’Union africaine va établir un fonds de sûreté et de sécurité maritimes et constituer une commission de 15 ministres, désignés pour 3 ans, pour assurer le suivi de ces accords. La France a réaffirmé son soutien en matière de sécurité globale : lutte contre la piraterie ; formation des armées africaines ; maintien de forces de présence en Afrique ; contribution au développement des capacités des pays africains pour qu‘ils assurent eux-mêmes leur propre sécurité.

Loïc Salmon

Golfe de Guinée : zone de crises pour longtemps

Diplomatie : actions de la DCSD sur les moyen et long termes en matière de sécurité et défense

Afrique : huit accords de défense avec la France

 

 

 

 




Défense : la croix de la Valeur militaire a 60 ans

Par décret du 12 octobre 1956, la croix de la Valeur militaire a été créée, suite à la modification du décret du 11 avril 1956 instituant une médaille de la valeur militaire symbolisant la marque du courage de nos soldats engagés dans les opérations de maintien de l’ordre en Afrique du Nord. Depuis 1962, les opérations de maintien ou de retour à la paix se sont multipliées, notamment en Afrique. Les actes de bravoure des soldats engagés ont entraîné l’attribution de citations donnant droit à cette décoration, comme pour l’attribution de la croix de Guerre en 1914-1918 et 1939-1945, dont le centième anniversaire a été célébré en 2015.

Par la suite, d’autres opérations qualifiées de guerre ont donné lieu à la création d’une croix de guerre dite des « théâtres d’opérations extérieurs ». Après le second conflit mondial, celle-ci a été décernée lors des guerres d’Indochine (1946-1954), de Corée (1950-1953) et du Golfe (1990-1991).  Créée pour une période déterminée, la croix de la Valeur militaire est désormais considérée comme une véritable croix de Guerre, remise pour toutes les opérations de sécurité, à savoir au Zaïre, au Liban, en Somalie, au Rwanda, dans l’ex-Yougoslavie et au Kosovo, en Haïti, en Côte d’Ivoire, en Afghanistan et, aujourd’hui, dans la bande sahélo-saharienne.

A l’occasion du 60ème anniversaire de la croix de la Valeur militaire, l’Association nationale des croix de guerre et de la valeur militaire (ANCGVM) rend hommage aux décorés et s’incline devant la mémoire des soldats disparus au cours de ces opérations. Association d’intérêt général, créée en 1919 et reconnue d’utilité publique en 1963, l’ANCGM accueille tous les titulaires d’une croix de Guerre, d’une croix de la Valeur militaire, de la Médaille d’or de la défense nationale avec citation et tous les sympathisants. Totalement indépendante, l’ANCGVM s’interdit toute discussion politique ou religieuse.

Association nationale des croix de guerre et de la valeur militaire

11 novembre 2015 : la croix de Guerre à l’Arc de Triomphe

 




Euronaval 2016 : + 10 % d’exposants en deux ans

Salon biannuel de la défense navale et de la sécurité maritime, Euronaval reflète les  besoins accrus en surveillance et en protection des zones économiques exclusives, des côtes et des ports dans un contexte de terrorisme et de revendications territoriales en mer.

La  25ème édition (17-21 octobre à Paris-Le Bourget) a été présentée à la presse le 19 septembre 2016 par Patrick Boissier, président d’Euronaval et Hughes d’Argentré, délégué général. Organisé par le Groupement des industries de construction et activités navales (GICAN), Euronaval 2016 accueille : 391 exposants (+ 10 % par rapport à 2014), dont 56 % d’étrangers  avec, pour la première fois, le Japon et le Danemark ; 94 pays et 4 organisations internationales invités par le ministère de la Défense et le GICAN ; 25.000 visiteurs professionnels.

Le marché naval international. Divers pays comptent augmenter leurs flottes sous-marines, notamment l’Australie, l’Inde, la Pologne, la Norvège, les Pays-Bas et l’Indonésie. Les nations maritimes acquièrent davantage de navires de surveillance côtière, à savoir patrouilleurs de haute mer, corvettes ou frégates de taille intermédiaire. La cybersécurité, les aéronefs et les drones de surface aériens et sous-marins se développent. De nouveaux concepts liés à la furtivité sont en cours d’élaboration. Selon le GIGAN, le carnet mondial de commandes de navires neufs s’établit, en septembre 2016, à 150 Mds$ dans le secteur militaire et 270 Mds$ dans le secteur civil. Celui de l’Europe (hors Russie) atteint 96 Mds$ (23 % du monde), dont 36 Mds$ pour le militaire (24 % du monde) et 60 Mds$ pour le civil (22 % du monde). Celui de la France est de 22 Mds$ (5,2 % du monde et 23 % de l’Europe), dont 12 Mds$ pour le militaire (8 % du monde et 33 % de l’Europe) et 10 Mds$ pour le civil (3 % du monde et 17 % de l’Europe). Pour les constructions neuves des principaux chantiers navals, le marché des États-Unis se monte à 12 Mds$/an, celui de l’ensemble « Inde, Australie et Extrême-Orient (hors Chine) » à environ12 Mds$/an. Celui de l’Europe (hors Russie) reste stable à 10-11 Mds$/an. Enfin, la Chine et la Russie y consacre chacune environ 3-4 Mds$/an.

La Marine nationale. Le 16 septembre 2016, la Délégation générale de l’armement a réceptionné le Bougainville, 2ème bâtiment multi-missions (B2M) d’une série de 3 commandés en 2013 et affecté à la Polynésie française. Le 1er, réceptionné le 25 mars 2016, a rejoint la Nouvelle-Calédonie en juillet. Le 3ème est destiné à l’Île de la Réunion. L’actualisation de la Loi de programmation militaire 2014-2019 prévoit la construction d’un 4ème destiné aux Antilles. Les B2M assurent les missions de souveraineté outre-mer : présence, surveillance et protection des intérêts français dans les zones économiques exclusives ; soutien logistique et sauvegarde ; assistance au profit des populations, notamment en cas de catastrophe naturelle. Armés par deux équipages de 20 marins, les B2M (2300 tonnes en charge) peuvent effectuer des missions de 30 jours sans ravitaillement et naviguer 200 jours/an. Parmi les frégates multimissons FREMM, 3 unités de lutte anti-sous-marine ont été livrées entre 2012 et 2016 et 3 le seront avant 2019. A terme, 2 autres FREMM remplaceront les frégates anti-aériennes Cassard et Jean-Bart. Enfin, à partir de février 2017, le porte-avions Charles-De-Gaulle sera remis en conditions pendant 18 mois pour modernisation du système de combat, modification de la plate-forme et adaptation pour pouvoir embarquer uniquement des Rafale.

Loïc Salmon

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