Forces spéciales : opérations selon le droit de la guerre

Les forces spéciales remplissent, en uniforme, des missions que l’Etat peut revendiquer. Effectuées en toute discrétion pour des raisons  opérationnelles et de sécurité, ces dernières ne sont pas « secrètes ».

Leur commandant, le vice-amiral Laurent Isnard, l’a souligné devant la presse, le 22 juin 2017 à Paris, à l’occasion de leur 25ème anniversaire.

Evolution des missions. Intégrateur de forces, le Commandement des opérations spéciales (COS) compte une centaine de personnes. Mais son vivier totalise près de 4.000 opérateurs et 400 réservistes, répartis dans 13 unités spéciales dépendant des armées (Terre, Air et Marine nationale), directions et services. Ces composantes se chargent du recrutement, de la formation et de la mise à disposition du matériel adapté. Le COS y prélève des effectifs en fonction de la mission et des objectifs à atteindre. Des actions commandos dans les Balkans au début, le COS est passé aux opérations plus longues, en interarmées et interalliées, en Afghanistan. Puis, dans les pays d’Afrique, il lui a fallu comprendre la situation sur place, en vue d’une appréciation nationale, lancer un engagement avec un partenaire local et l’accompagner jusqu’à ce qu’il puisse réaliser la mission seul. Pendant l’opération « Barkhane » (Sahel), le COS lutte contre le terrorisme et partage les moyens (hélicoptères notamment) avec les troupes conventionnelles, dans le cadre d’un dialogue permanent avec le Centre de planification et de conduite des opérations à Paris. Pour l’opération « Chammal » (Irak), les forces spéciales françaises ne pratiquent pas le « ciblage » de combattants, précise l’amiral Isnard. Elles trouvent des partenaires désireux de reconquérir leur territoire national, les forment à la lutte contre les engins explosifs improvisés et les accompagnent pour l’appréciation de la situation tactique, afin de mieux exploiter les renseignements qu’ils peuvent obtenir. Avec le retour des « Etats puissances » (Russie et Chine), il s’agit d’anticiper des engagements plus durs, de la guerre hybride au combat de haute intensité. Le COS, qui ne dispose pas de gros moyens de renseignement, surveillance et reconnaissance, fait appel à ceux des armées via les états-majors.

Partenariats structurels. En vue de proposer une solution au chef d’Etat-major des armées, le COS entretient des relations avec les services de renseignement français et étrangers et travaille avec les ministères de l’Intérieur (RAID et GIGN) et des Affaires étrangères. Ses réservistes lui fournissent de l’expertise technique et d’appréciation de situation. Souvent engagé avec les forces spéciales américaines avec qui il échange des renseignements, le COS s’entraîne aussi avec les unités britanniques et allemandes présentes sur les mêmes théâtres. Par ailleurs, il entretient un réseau de startups dans le cadre du salon « SOFINS » (Special  Operations Forces Innovation Network Seminar), organisé par le Cercle de l’arbalète, qui regroupe les entreprises industrielles coopérant avec les forces spéciales. Le COS s’intéresse aux matériels innovants susceptibles d’obtenir la suprématie sur le terrain : drones tactiques au niveau individuel ; tueurs de drones ; systèmes de cryptage ; intelligence artificielle par laquelle un capteur peut appréhender un événement. Ce dialogue avec les industriels lui permet de voir évoluer la menace et donc d’orienter les angles de recherche. Une fois acquis les matériels les plus performants, le COS poursuit sa logique de programme : formation et entraînement des personnels.

Loïc Salmon

Forces spéciales : outil complémentaire des forces conventionnelles

Forces spéciales : ET «Poitou»/CPA10, binôme avions/commandos

Forces spéciales : création du commando Ponchardier de la Marine nationale




Défense et sécurité : « réagir ensemble » aux attentats terroristes et aux crises

La mise en œuvre d’une cellule de la résilience au niveau national correspond à un besoin, a indiqué Louis Gautier, secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale, lors de la présentation à la presse, le 7 juin 2017, du rapport d’activités 2016.

Coordination et pilotage. Le Secrétariat de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) exerce des actions : de conseil auprès des plus hautes autorités de l’Etat ; psychologique dans l’opinion publique ; politique sur la gestion des crises longues sur le territoire. En matière de terrorisme, il travaille avec les services de renseignement, en vue d’établir un dispositif plus réactif et plus robuste, notamment par des propositions de lois. Ainsi le 17 février 2016, il a remis au Premier ministre un rapport sur la dynamisation du dispositif « Sentinelle » (emploi des armées en complément des forces de sécurité), notamment le positionnement dynamique, l’ilotage à Paris et les instructions sur l’ouverture du feu. Le 22 mars, il a lancé la campagne nationale « Comment réagir en cas d’attaque terroriste ? ». Il a élaboré des mesures d’urgence après les attentats de 2016 : Magnanville (13 juin, 2 morts) ; promenade des Anglais à Nice (14 juillet, 86 morts et 458 blessés) ; église de Saint-Etienne-du-Rouvray (26 juillet, 1 mort, 1 blessé grave et 3 personnes prises en otage). Il a coordonné les travaux de préparation à une crise majeure lors de « l’Eurofoot 2016 » (10 juin-10 juillet), qui a mobilisé 10 villes pour l’organisation de 51 matchs (2,5 millions de spectateurs). Le plan Vigipirate a été adapté en lien avec la Direction générale de la sécurité civile et de la gestion de crise du ministère de l’Intérieur : protection des stades, « fan zones », lieux de résidence et centres d’entraînement des équipes nationales ; prise en compte de la menace NRBC-E (nucléaire, radiologique, bactériologique, chimique et explosif) ; « cyber-risque » ; protection de l’espace aérien, notamment contre l’utilisation malveillante de drones. Le 24 octobre, la loi sur les drones civils a été promulguée. Le SGDSN a piloté « Piranet 16 » (6-8 décembre), premier exercice majeur de réponse à une attaque sur les systèmes d’information mettant en jeu le fonctionnement même de l’Etat. En prévision des catastrophes naturelles, le SGDSN a organisé l’exercice « Crues de Seine » (7 mars) et remis au Premier ministre (3 mai), un rapport sur la sécurité des sites « Seveso » (risques d’accidents industriels majeurs). Le 22 octobre, le Premier ministre a approuvé la stratégie nationale de sûreté des espaces maritimes. Le 30 novembre, le nouveau plan Vigipirate a été publié.

Conseil de défense et de sécurité. Le SGDSN assure le secrétariat du Conseil de défense et de sécurité nationale, présidé par le chef de l’Etat. Réuni à 32 reprises en 2016, ce conseil se tient chaque semaine avant le conseil des ministres. Compétent sur la programmation militaire, la dissuasion nucléaire, le terrorisme, la sécurité économique et énergétique ou la planification de réponse aux crises, il réunit les ministres concernés (Affaires étrangères, Défense, Intérieur et Economie). Instance d’arbitrage, de décision et de débat, il inclure, selon les besoins, d’autres ministres spécifiques et les plus hauts responsables de l’Etat-major des armées, des Directions générales de la sécurité extérieure et de la sécurité intérieure, de la Direction générale de l’armement, du Conseil national du renseignement et du Centre national du contre-terrorisme, créé le 7 juin 2017 lors du conseil de défense et de sécurité nationale.

Loïc Salmon




Défense : Sylvie Goulard, une ministre « des Armées »

La ministre des Armées, Sylvie Goulard, a souligné le caractère symbolique et la résonance historique de cette dénomination recentrée sur les personnels militaires, qui risquent leur vie, et leurs missions.

Au cours d’une conférence de presse le 29 mai 2017 à Paris, elle a présenté ses priorités définies à l’issue d’une réunion avec ses grands subordonnés (le chef d’Etat-major des armées, le Délégué général pour l’armement et le secrétaire général pour l’Administration).

Une stratégie globale. La première priorité porte sur la protection de la France, où la menace terroriste reste élevée, et l’amélioration des conditions des militaires déployés en opérations extérieures et sur le territoire national. La deuxième concerne l’effort financier en matière de défense avec l’objectif de 2 % du produit intérieur brut en 2025, impliquant une réflexion stratégique sur la loi de programmation militaire à mener à bien avec le Parlement en 2018. La troisième priorité pose la question de la défense de l’Europe, à la suite des récents attentats terroristes en Suède, au Danemark, en Belgique, en Grande-Bretagne et en Allemagne. Lors du sommet de l’OTAN (Bruxelles, 25 mai 2017), l’insistance des Etats-Unis auprès de leurs partenaires européens, pour  assumer une part plus importante du budget de l’Alliance, constitue une nouvelle vulnérabilité, mais aussi un aiguillon pour des avancées communes vers l’Europe de la défense, position longtemps défendue par la France, rappelle Sylvie Goulard. Les opinions publiques européennes devront être préparées à un effort pour la défense, qui nécessitera des arbitrages internes. L’environnement géopolitique, extrêmement changeant, implique, de la part de la France, une approche pragmatique pour développer des coopérations avec l’Allemagne (aviation militaire notamment), la Grande-Bretagne et d’autres pays (deux ou trois partenaires). Quant au service militaire universel en France, mentionné par Emmanuel Macron pendant la campagne pour l’élection présidentielle, la ministre a indiqué que les modalités seront définies au niveau interministériel sous l’autorité du Premier ministre, car les ministères de l’Intérieur et de l’Education nationale en seront parties prenantes. Ce service militaire universel correspond à une volonté présidentielle de renforcer la cohésion entre la jeunesse et la nation.

Une carrière « européenne ». Titulaire d’une licence en droit de l’Université d’Aix-Marseille (1984) , Sylvie Goulard est diplômée de l’Institut d’études politiques de Paris (1986). Ancienne élève de l’Ecole nationale d’administration, elle mène une carrière de haut fonctionnaire (1989-1999) à la direction des affaires juridiques du ministère des Affaires étrangères (MAE). Elle fait notamment partie de l’équipe française chargée de négocier la réunification de l’Allemagne. Après un détachement au Conseil d’Etat (1993-1996), elle suit les affaires européennes au service de prospective du MAE. A l’issue d’un passage comme chercheuse associée au Centre de recherches internationales (1999-2001), elle devient conseillère politique du président de la Commission européenne Romano Prodi (2001-2004). Elle suit les travaux de la convention présidée par l’ancien président de la République Valéry Giscard d’Estaing, en vue d’un projet de traité constitutionnel, qui sera rejeté par référendum. Après avoir enseigné au Collège d’Europe à Bruges (2005-2009), Sylvie Goulard est élue à deux reprises au Parlement européen (2009-2017). Enfin, elle est nommée ministre des Armées le 17 mai 2017.

Loïc Salmon

Jean-Yves Le Drian : relancer l’Europe de la défense

Etre militaire européen aujourd’hui : quel métier !

Union européenne : les défis stratégiques d’aujourd’hui




Armées de l’Air et de Terre : interopérabilité en transport tactique et aérolargage

Transport aérien tactique et livraisons par air, indispensables à toute opération militaire, exigent rigueur, minutie et partage de savoir-faire, face à tout type de menaces sur des terrains sommaires où le « sur mesure » est de mise.

Leurs particularités ont été présentées à la presse, le 4 mai 2017 à Paris, par le lieutenant-colonel Christophe Piubeni, commandant le Centre d’instruction des équipages de transport, et le colonel Nicolas Filser, commandant le 1er Régiment du train parachutiste (RTP).

Le transport tactique. Outre le remplissage de l’avion de fret et le largage de matériel et de vivres, le transport tactique inclut les opérations aéroportées, les poser d’assaut et l’évacuation de ressortissants, explique le lieutenant-colonel Piubeni, L’Agence européenne de défense a lancé le programme ETAP (European Tactical Airlift Program), qui inclut le cours « Multi Ship » de vol à plusieurs avions. Les stagiaires apprennent à aller au combat dans un environnement représentatif d’une opération aérienne en coopérations interarmées et interalliées, afin de contribuer à l’interopérabilité des forces aériennes européennes. Dans ce cadre, un exercice multinational (9-19 mai 2017) se déroule à partir de la base 123 d’Orléans avec : 3 équipages français, dont 1 sur A400M et 2 sur Casa CN235, ainsi que des officiers de renseignement ; 1 équipage allemand sur C160 Transall; 1 équipage espagnol sur C130 Hercules ; 1 équipage néerlandais sur C130 Hercules. Il s’agit d’améliorer leurs connaissances des opérations, leur aptitude à préparer et conduire des missions tactiques, en vue de préparer leur qualification « élément leader ». A cet effet, l’armée de l’Air mobilise : 1 escadron électronique sol (moyens d’écoute et de brouillage) ; 1 escadron de défense sol/air (systèmes SAMP-T et Crotale) ; 1 escadron de chasse avec des Rafale, Mirage 2000 et Alphajet ; des commandos parachutistes de l’air ; le Centre air de saut en vol ; le Centre national des opérations aériennes. S’y ajoutent : 1 avion de détection et de commandement AWACS ; 1 avion de guet aérien Hawkeye de la Marine Nationale ; 2 avions de chasse allemands Eurofighter ; 1 avion ravitailleur KC135 espagnol. L’armée de Terre déploie 100 parachutistes, des équipes de largage et de récupération ainsi qu’une équipe belge de contrôle de l’appui aérien.

La livraison par air. Polyvalente, efficace et adaptée aux situations d’urgence, la livraison par air donne la capacité d’entrer en premier sur un théâtre d’opérations, souligne le colonel Filser. Elle cumule diversité des modes, rapidité des moyens, multiplicité des acheminements et, lors des largages à très grande hauteur de personnels sous oxygène, invulnérabilité. Toutefois, elle dépend de la météorologie et de la disponibilité des avions. Le 1er RTP de Toulouse apporte un appui à la projection d’une force, à sa mise à terre et à son ravitaillement par voie aérienne. La maîtrise de tout le spectre de missions exige une formation de 10-15 ans. Le largage des colis de 50-225 kg (armement, munitions et carburant) s’effectue par les portes latérales. Les colis de 700-2.500 kg (véhicule blindé ou autre) sont largués par gravité (ouverture automatique du parachute) à des altitudes de 125 m à 10.000 m par la rampe arrière. Les très gros colis de 1,6-8 t sont largués par éjection, au moyen d’un petit parachute extracteur puis d’une voile jusqu’à 700 m2. Le conditionnement d’un bulldozer de 6,5 t nécessite 10 heures de travail. En 2016, le 1er RTP a effectué 49 missions pour le largage de 258 t de fret.

Loïc Salmon

Défense : les opérations aéroportées, capacités spécifiques selon les missions

Forces spéciales : ET «Poitou»/CPA10, binôme avions/commandos

Mali : la boucle du Niger contrôlée en 48 h par les forces franco-africaines




DGA : commandes et contrats

Au cours des quatre premiers mois de 2017, la Direction générale de l’armement (DGA) a lancé des programmes et notifié des contrats pour la Marine nationale et l’armée de l’Air.

Navires. Le 21 avril, le programme des 5 frégates de taille intermédiaire (FTI) de la classe Belharra a été lancé (photo). Réalisées par le groupe DCNS, elles seront dotées de capacités d’autodéfense élargies et de projection de forces spéciales, du nouveau radar à 4 antennes planes Sea Fire et de missiles Aster 30. Chacune représente 2 millions d’heures de travail dont 300.000 pour les bureaux d’études. La première sera livrée en 2023 pour une entrée en service actif en 2025, avec une capacité d’évolution pour une durée de vie de 40 ans. A l’horizon 2030, la Marine Nationale disposera de 15 frégates de premier rang : 8 frégates multi-missions (6.000 t de déplacement) ; 2 frégates de défense aérienne de la classe Horizon (7.000 t) ; 5 FTI de lutte anti-sous-marine (4.000 t). Le 19 janvier, la DGA a notifié au industriels Piriou et DCNS la réalisation du 4ème bâtiment multi-missions (B2M, 2.300 t) Dumont-d’Urville. Les B2M assurent présence, protection des intérêts français dans les zones économiques exclusives, soutien logistique, sauvegarde et assistance au profit des populations en cas de catastrophe naturelle. Destinés à la souveraineté outre-mer, ils sont ainsi répartis : D’Entrecasteaux en Nouvelle-Calédonie depuis le 29 juillet 2016 ; Bougainville en Polynésie française depuis le 16 décembre 2016 ; Champlain à La Réunion à l’été 2017 ; Dumont-d’Urville aux Antilles en 2018.

Missiles. Le 28 mars, le délégué général pour l’armement Laurent Collet-Billon et son homologue britannique Harriett Baldwin, ministre pour les Acquisitions de Défense, ont signé un accord sur le programme FMAN/FMC (futur missile antinavire/futur missile de croisière) pour remplacer et améliorer les systèmes de missiles employés par la Marine Nationale et l’armée de l’Air à l’horizon 2030. Chaque pays contribuera à hauteur de 50 M€ à cette étude, menée par MBDA, et profitera d’un accès réciproque aux expertises technologiques et moyens d’essais et de tests. La coopération franco-britannique porte aussi sur la rénovation des missiles de croisière aéroportés SCALP-EG/Storm Shadow, dont les premiers seront livrés fin 2018 en Grande-Bretagne et en 2020 en France. Le 5 janvier, la DGA a annoncé la commande de nouveaux AASM (armement air-sol modulaire) « Block 4 », kits montés sur des bombes standards OTAN et livrables à partir de 2019. L’AASM se décline en plusieurs versions selon le type de guidage : inertie/GPS ; inertie/GPS + imagerie infrarouge ; inertie/GPS + laser. Equipé d’un kit de propulsion, il peut être tiré à distance de sécurité sur tous les types de cibles terrestres, même mobiles. L’armée de l’Air et la Marine Nationale ont déjà reçu 1.700 AASM.

Drones. La loi de programmation militaire 2014-2019 prévoit 4 systèmes de drones Reaper MALE (moyenne altitude longue endurance) de 3 drones chacun pour l’armée de l’Air en 2019. Le 10 janvier, la DGA a annoncé la réception du 2ème système, dont 2 drones ont été livrés le 31 décembre 2016 à Nyamey pour l’opération Barkhane. Le 3ème drone est destiné à l’entraînement des personnels de l’escadron 1/33 « Belfort » à Cognac. Une campagne d’essais doit valider : l’aérotransport du système Reaper, notamment à bord de l’A400M ; les conditions techniques de son utilisation dans l’environnement électromagnétique de la base de Cognac et du territoire métropolitain. Le 4ème système a été commandé fin 2016.

Loïc Salmon

Marines : l’approche globale, indispensable à la sécurisation future du milieu maritime

Drones Air et Marine : surveillance, renseignement et… combat

MBDA : coopération industrielle européenne pour les missiles

 




2017 : centenaire de la participation des Etats-Unis à la première guerre mondiale

L’entrée en guerre des Etats-Unis en 1917 marque un tournant pour les Alliés, mais aussi pour les forces armées sur terre et sur mer. Tournée aérienne aux Etats-Unis, présentation à la presse le 6 avril 2017 à Paris et exposition aux Invalides (1er février-9 avril) ont ponctué ce centenaire.

La Patrouille de France. Pour commémorer cet événement, l’armée de l’Air a mobilisé 72 personnels, 10 Alphajet de la Patrouille de France, 1 avion de transport tactique A400M et 25 t de fret pour une tournée aux Etats-Unis (mars-avril 2017), avec survol de la statue de la Liberté à New York (25 mars, photo), cérémonie de la commémoration au musée de la 1ère guerre mondiale à Kansas-City (5-6 avril) et meeting aérien à la base aérienne de Maxwell (7-9 avril).

Evolutions militaires. Le 6 avril 1917, le Congrès américain vote la déclaration de guerre contre l’Allemagne aux côtés de la Triple Entente (France, Grande-Bretagne et Russie). Pour pouvoir peser sur la paix, le président Woodrow Wilson veut disposer d’une armée forte, qui atteindra 2 millions d’hommes en France (1 million au combat) et 2 millions en entraînement aux Etats-Unis à l’armistice du 11 novembre 1918. Mais, selon le lieutenant-colonel Rémi Porte, référent Histoire de l’armée de Terre, en 1917, les Etats-Unis ne disposent que des gardes nationales des Etats, d’une armée fédérale embryonnaire de 230.000 hommes et de 55 avions, dont 5 incapables de voler et 50 inaptes à la guerre. La conscription se met alors en place avec recensement, sélection, recrutement et formation initiale de plusieurs mois. En France, après les pertes massives des offensives lancées depuis 1914, le haut commandement militaire économise les effectifs et renvoie, par vagues successives, les grandes unités à l’instruction. La nouvelle compagnie d’infanterie privilégie la puissance de feu, la spécialisation des soldats et l’intégration interarmes des officiers, qui doivent effectuer une période dans une autre arme que la leur. La mobilisation industrielle commence à produire ses effets avec l’entrée en service de matériels nouveaux, de plus en plus nombreux et techniquement développés. L’effort porte aussi sur le renseignement (écoutes et photos aériennes) et le retour d’expérience. Pour l’armée américaine, un programme d’instruction complémentaire de 4 mois en France est instauré avec formation de spécialistes et de personnels d’état-major. Débarquées dans les ports de l’Atlantique, les troupes transitent par les camps de manœuvre de l’intérieur, sont équipées en armes collectives et en matériels lourds, puis connaissent une période d’aguerrissement dans les secteurs « calmes » du front avec patrouilles et coups de mains dans les tranchées allemandes pour capturer des prisonniers. Sur mer, rien qu’en avril 1917, des bâtiments de commerce, totalisant 860.000 t, sont coulés par les sous-marins allemands. Pour maintenir les flux logistiques, les Marines des Alliés innovent : invention de l’hydrophone (ancêtre du sonar) ; patrouille maritime ; escorte de navires de charge en convois ; camouflage pour leurrer les périscopes des sous-marins.

« La Fayette, nous voilà ». L’exposition des Invalides à Paris rappelle les engagements réciproques de la France et des Etats-Unis pendant la guerre d’indépendance (1775-1783) et le 1er conflit mondial (1914-1918). Ce dernier a inclus aide financière et combattants américains, précédés par des volontaires : personnels soignants et pilotes de l’escadrille « La Fayette ».

Loïc Salmon

11 novembre 2015 : la croix de Guerre à l’Arc de Triomphe




Renseignement : lancement de « l’Intelligence Campus »

associant les compétences militaires et civiles en un même lieu, tel est l’objectif du projet « Intelligence Campus ». Le terme « intelligence », en français, se combine avec le même mot anglais, qui signifie « renseignement ».

Ce projet a été lancé, le 23 mars 2017 sur la base aérienne 110 de Creil, par le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian (à droite sur la photo) en compagnie du chef d’Etat-major des armées, le général Pierre de Villiers (à gauche) et du chef de la Direction du renseignement militaire (DRM), le général Christophe Gomart (au centre) à l’occasion des 25 ans de la DRM. L’Intelligence Campus (IC) se positionne à l’intersection de la formation, de la recherche et de l’industrie.

Formation. Construit à partir du Centre de formation interarmées du renseignement, transféré de Strasbourg à Creil et rénové, le pôle « formation » de  l’IC accueillera aussi des étudiants en 3ème cycle universitaire (statistique, sciences humaines, informatique et autres), des professionnels (sécurité, intelligence économique, risques pays et autres) et des militaires de pays alliés (attachés de défense et autres). Les sujets concernent l’imagerie, le cyber, le renseignement géospatial, celui d’origine électromagnétique, la géopolitique et la méthodologie de l’analyse. La proximité de Creil avec l’aéroport international de Roissy facilite le développement d’une académie internationale du renseignement, lieu d’échange entre les services similaires alliés.

Recherche. Pour anticiper les menaces et phénomènes complexes, le pôle « recherche » porte sur les technologies (mégadonnées, intelligence artificielle et autres) et les sciences humaines et sociales : détection d’objets, satellites, aides à la localisation, drones, recherche sources ouvertes, identité numérique, sciences cognitives (mécanismes de la pensée humaine), internet des objets, biométrie, traitement audio (traduction et reconnaissance automatiques), cartographie des réseaux, détection des signaux et analyse prédictive. Parmi ses partenaires, l’IC compte le CNRS, l’Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne, l’Ecole nationale de la statistique et de l’administration économique, Télécom ParisTech, l’Ecole polytechnique, l’Université des technologies de Compiègne, l’Institut de recherche de l’Ecole militaire, l’Université Paris-Dauphine et l’Association pour les études sur la guerre et la stratégie.

Industrie. Le pôle « industrie » de l’IC s’adresse aux grands groupes (industrie de défense, assurance, banque, télécommunications et santé) comme aux petites et moyennes entreprises ainsi qu’aux « start-up ». Ces partenaires auront accès à certaines données classifiées du renseignement militaire, dans le respect des règles de sécurité (habilitations et besoin d’en connaître). Centre d’expérimentation des technologies de la sécurité, l’IC mettra en œuvre des procédures de contrôle qui ne devraient pas brider les opportunités de rencontres.

GIP et ICE. Le financement de l’IC sera assuré par un groupement d’intérêt public (GIP) associant le ministère de la Défense, la région des Hauts-de-France, le département de l’Oise et les communautés d’agglomérations de Creil, Senlis, Chantilly et Verneuil-en-Halatte. Ce GIP définit la stratégie et pilote les pôles « formation » et « recherche ». Il entretient aussi les relations avec les entreprises membres de l’association « Intelligence Campus Entreprises » (ICE), porte d’accès aux clients et marchés internationaux de défense.

Loïc Salmon

Renseignement militaire : clé de l’autonomie stratégique et de l’efficacité opérationnelle

Le 61ème Régiment d’artillerie (drones et imagerie)

Renseignement et intelligence économique : complémentarité et divergences culturelles

 




IRSEM : à l’intersection de la défense et de l’université

Très engagée en opérations extérieures, la France doit investir davantage dans la recherche stratégique, indispensable pour comprendre le présent et éclairer l’avenir.

Telle est l’opinion de Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, directeur de l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire, (IRSEM) qu’il a présenté à la presse le 26 janvier 2017 à Paris.

Une équipe civilo-militaire. Créé en 2010 et rattaché à la Direction générale des relations internationales et de la stratégie du ministère de la Défense, l’IRSEM compte environ 40 personnes (militaires titulaires d’un doctorat et universitaires spécialisés). Les chercheurs se répartissent en 5 domaines : « Questions régionales Nord », pour l’Europe, les Etats-Unis, la Russie, l’espace post-soviétique, la Chine, le Japon et la péninsule coréenne ; « Questions régionales Sud », pour l’Afrique, le Moyen-Orient, le golfe Arabo-Persique, le sous-continent indien, l’Asie du Sud-Est et le Pacifique ; « Armement et économie de défense » ; « Défense et société » ; « Pensée stratégique », sur les conflits armés aux niveaux stratégique, opératif et tactique. Ce domaine, précise Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, est étudié dans certaines universités britanniques depuis 1962, alors que persiste en France un cloisonnement entre les universités et les « think tanks » (instituts de recherche privés). L’IRSEM envoie ses chercheurs dans le monde entier pour répondre aux besoins du ministère de la Défense. Il contribue à l’enseignement militaire supérieur par des cours dispensés à l’Ecole de guerre et au Centre des hautes études militaires et par l’encadrement des officiers stagiaires dans la réalisation de leur mémoire de recherche. L’IRSEM effectue aussi des recherches externes destinées à la communauté scientifique et publiées en français et en anglais. Il favorise l’émergence d’une génération de jeunes chercheurs par l’encadrement des doctorants, par l’attribution d’aides à la mobilité pour faciliter leur employabilité ultérieure et par la valorisation de leur réseau dans la durée. Plus d’une centaine de chercheurs ont déjà reçu un soutien. Enfin, l’IRSEM organise des colloques publics en France et à l’étranger.

Un monde de plus en plus incertain. Selon Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, la multiplicité des crises contemporaines, caractérisées par leur violence, provient d’abord d’une mutation du système international. A la bipolarité, influence soviétique et démocratie de type occidental de 1945 à 1999, a succédé un monde devenu progressivement multipolaire par la diffusion de la puissance. L’hégémonie des Etats-Unis diminue, tandis que la Chine émerge et que la Russie revient sur le devant de la scène, avec une prévisibilité moindre de leurs relations entre eux. Outre leur nombre en augmentation, les groupes armés non-étatiques accroissent leur capacité de nuisance par la démocratisation des technologies destructrices et de l’information. Certaines crises sont liées. Les médiateurs régionaux s’affaiblissent ou présentent une attitude ambivalente. S’y ajoute la diversion d’attention sur une crise donnée. Ainsi celle de l’Ukraine se trouve éclipsée par celle de la Syrie. Selon le directeur de l’IRSEM, la recherche stratégique se justifie par les risques de la faiblesse et la menace de la force. Les dépenses militaires en Asie dépassent  celles en Europe. Une dizaine de pays disposent de drones armés, dont la Turquie, le Pakistan, le Kazakhstan, l’Arabie saoudite et le Nigeria. Les acteurs non-étatiques peuvent acquérir tout le spectre des capacités militaires, la formation sur les nouveaux équipements étant fournie par des entreprises privées. Outre l’asymétrie des moyens, le monde occidental est confronté à celle des volontés où « l’ennemi est prêt à mourir, voire souhaite mourir pour défendre sa cause ». Enfin, les repères disparaissent par suite de l’interpénétration des mondes civil et combattant, terroriste et criminel,  et de la guerre conventionnelle ou non.

Loïc Salmon

Enseignement militaire supérieur : former les chefs d’aujourd’hui et de demain

« Think Tanks » : de l’expertise des questions internationales aux réseaux d’influence




DGA : une industrie d’armement forte, pilier de la souveraineté

La souveraineté du système de défense français se construit sur une solide industrie d’armement, qui repose notamment sur l’investissement, l’innovation et l’exportation.

Tel est l’enjeu majeur de la Direction générale de l’armement (DGA), dont le bilan 2016 a été présenté à la presse, le  6 mars 2017 à Paris, par son délégué général, Laurent Collet-Billon.

L’investissement. Pour équiper les forces, la DGA a dépensé 10,8 Md€ en 2016 et s’est engagée sur 9,8 Md€ en 2017. Pour préparer l’avenir, elle a dépensé 804 M€ en études amont et s’est engagée sur 672 M€. En 2016, les livraisons incluent : 1 lot de missiles M51 pour les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) ; 8 Rafale ; 2 avions de transport tactique A400M ; 1 système de drones moyenne altitude longue endurance Reaper ; 6 hélicoptères d’attaque Tigre ; 6 hélicoptères de transport tactique NH90 ; 1 frégate multi-missions ; 2 bâtiments multi-missions (B2M) ; 10 modules projetables du système d’information des armées ; le système numérique Auxylium pour « smartphone » ou tablette, qui permet de se passer des réseaux de téléphonie mobile en cas de crise. En 2016, les commandes ont porté sur : les équipements sécurisés cyber ; le programme de télécommunications militaires sécurisées Descartes ; les drones tactiques Patroller ; 2 avions légers de surveillance et de reconnaissance ; les roquettes à guidage laser ; la rénovation des avions Mirage 2000 D ; un système de drones de guerre des mines ; les AASM block 4 (armements air-sol modulaires) ; la rénovation à mivie du missile de croisière Scalp EG ; un 4ème système de drones Reaper ; 4 avions de transport tactique C-130J, dont 2 capables de ravitailler des hélicoptères en vol ; le programme FOMEDEC (formation modernisée et entraînement différencié des équipages de chasse) ; le fusil d’assaut allemand HK-41F, qui remplacera le Famas ; le véhicule léger tactique polyvalent ; le programme CERBERE (centres d’entraînement représentatifs des espaces de bataille et de restitution des engagements) ; 2 bâtiments d’assistance et de soutien hauturier ; un 4ème B2M.

L’innovation. Les grands projets portent d’abord sur la modernisation de la dissuasion nucléaire : 2 nouveaux SNLE ; le système de missiles M51 au-delà de 2021 ; le successeur du missile ASMP-A (air sol moyenne portée amélioré). Ensuite, le système de combat aérien futur inclut la mise en réseau du Rafale. Enfin, le combat aéroterrestre prend en compte la robotisation et l’intelligence artificielle sur le champ de bataille. De nouvelles orientations stratégiques seront données aux organismes sous tutelle de la DGA (Ecole Polytechnique, Supaéro, ONERA et doctorants) avec des contrats d’objectifs et de performance 2017-2021. En 2017, le projet « DGA Lab » sera lancé auprès des « start up » et des petites et moyennes entreprises spécialisées dans la recherche duale, à usage civil et militaire. Par ailleurs, 80 experts en informatique ont été recrutés en 2016 sur un objectif de 2.600 « combattants numériques » d’ici à la fin 2019.

L’exportation. Les partenariats avec les pays étrangers apportent une visibilité sur le long terme aux chaînes de production et aux bureaux d’études pour le maintien d’une longueur d’avance technologique. Le 19 janvier 2017, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a annoncé plus de 20 Md€ de prises de commandes (+ 3 Md€ en un an), grâce à la vente de 12 sous-marins à propulsion classique à l’Australie.

Loïc Salmon

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Marines : le porte-avions, outil militaire et diplomatique pour agir loin

Symbole d’une Marine océanique dont les grands pays veulent se doter quand ils n’en disposent pas déjà, le porte-avions permet de défier les dénis d’accès dans la durée et de s’adapter aux conflits futurs.

Le capitaine de vaisseau Eric Malbrunot, commandant le porte-avions Charles-De-Gaulle, a présenté les capacités opérationnelles de ce type de navire au cours d’une conférence-débat organisée, le 18 janvier 2017 à Paris, par le Centre d’études stratégiques de la Marine.

Un succès mondial. Le porte-avions donne une liberté d’action en haute mer, de jour comme de nuit. Mais sa complexité entraîne une maintenance continue dès sa mise à l’eau. En outre, la conduite de son aviation embarquée, longue à acquérir, nécessite une pratique régulière, une maîtrise des processus et une chaîne de commandement. Le parc mondial, qui comptait 19 bâtiments fin 2016, devrait se monter à 28 dans 3 ans. Il se répartit ainsi : Etats-Unis, 10 et 1 en projet/construction, soit 11 en 2020 ; France, 1 (1 en 2020) ; Brésil, 1 (2) ; Italie, 2 (2) ; Espagne, 1 sous cocon (1) ; Inde, 2 (3) ; Chine, 1 (4) ; Grande-Bretagne, 0 (2) ; Russie, 1 (2). Actuellement, seuls les porte-avions américains et français sont dotés de catapultes pour le décollage et de brins d’arrêt pour l’atterrissage, qui donnent une allonge considérable à l’aviation embarquée en raison de la possibilité de ravitaillement en vol. Ceux des autres pays sont configurés avec un tremplin pour avions à décollage court et atterrissage vertical, opérations qui consomment beaucoup de carburant. L’emploi de ces avions impliquent un choix en matière de poids : plus de bombes pour frapper plus fort, mais à courte distance, ou plus de kérosène pour aller davantage dans la profondeur du théâtre d’opérations,  mais avec un impact moindre. La Chine a construit des pistes d’atterrissage sur des îlots inhabités pour affirmer sa souveraineté en mer de Chine. En outre, son porte-avions peut choisir le meilleur endroit en fonction des conditions météorologiques. La Grande-Bretagne a décidé de se doter à nouveau de 2 porte-avions à tremplin avec réapprentissage de l’aéronautique navale. De son côté, l’Inde va équiper un ancien bâtiment russe d’une catapulte pour pouvoir embarquer des avions de 25 t. Celui de la Russie peut conduire une opération aéronavale, notamment en Syrie.

Le cas français. Le groupe aéronaval rassemblé autour du porte-avions Charles-De-Gaulle a connu 3 déploiements, dénommés  « Arromanches », en 2 ans. Le premier a eu lieu dans le golfe d’Aden et en Méditerranée (février-mai-2015) pour renforcer les liens avec les pays riverains amis et la connaissance de l’environnement du théâtre. Le deuxième (novembre 2015-mars 2016) avait notamment pour objectifs de renforcer la contribution française à l’opération en coalition Inherent Resolve (Chammal pour la France) au Levant, d’assumer le commandement de la Task Force 50 dans le golfe Arabo-Persique et de renforcer l’interopérabilité avec les pays membres de la coalition. Le troisième (septembre-décembre 2016) a porté sur l’appui des forces irakiennes au sol et les frappes dans la profondeur. Les moyens de renseignement du Rafale donne des informations très précises et une vision oblique complétant celle, verticale, des satellites. Outre le commandement, la conduite et la coordination d’opérations aériennes, l’avion de guet Hawkeye a assuré la couverture de la zone où se trouvaient les bâtiments russes et les systèmes sol/air syriens (renseignements d’origine électromagnétique). Ces renseignements ont été fusionnés avec ceux des autres navires et des pays alliés. Pour la dissuasion, la Force d’action navale nucléaire (FANu) est installée sur le Charles-De-Gaulle, dont les Rafale de standard F3 emportent le missile nucléaire aérobie ASMPA. Le centre d’opération de la FANu, implanté à Six-Fours (Var), prépare et suit l’exécution des ordres du président de la République. Le Rafale, capable de parcourir plusieurs milliers de km avec des ravitaillements en vol, peut tirer l’ASMPA à très basse altitude, à très grande vitesse et par tous les temps.

Loïc Salmon

Symbole d’une Marine océanique dont les grands pays veulent se doter quand ils n’en disposent pas déjà, le porte-avions permet de défier les dénis d’accès dans la durée et de s’adapter aux conflits futurs.

Le capitaine de vaisseau Eric Malbrunot, commandant le porte-avions Charles-De-Gaulle, a présenté les capacités opérationnelles de ce type de navire au cours d’une conférence-débat organisée, le 18 janvier 2017 à Paris, par le Centre d’études stratégiques de la Marine.

Un succès mondial. Le porte-avions donne une liberté d’action en haute mer, de jour comme de nuit. Mais sa complexité entraîne une maintenance continue dès sa mise à l’eau. En outre, la conduite de son aviation embarquée, longue à acquérir, nécessite une pratique régulière, une maîtrise des processus et une chaîne de commandement. Le parc mondial, qui comptait 19 bâtiments fin 2016, devrait se monter à 28 dans 3 ans. Il se répartit ainsi : Etats-Unis, 10 et 1 en projet/construction, soit 11 en 2020 ; France, 1 (1 en 2020) ; Brésil, 1 (2) ; Italie, 2 (2) ; Espagne, 1 sous cocon (1) ; Inde, 2 (3) ; Chine, 1 (4) ; Grande-Bretagne, 0 (2) ; Russie, 1 (2). Actuellement, seuls les porte-avions américains et français sont dotés de catapultes pour le décollage et de brins d’arrêt pour l’atterrissage, qui donnent une allonge considérable à l’aviation embarquée en raison de la possibilité de ravitaillement en vol. Ceux des autres pays sont configurés avec un tremplin pour avions à décollage court et atterrissage vertical, opérations qui consomment beaucoup de carburant. L’emploi de ces avions impliquent un choix en matière de poids : plus de bombes pour frapper plus fort, mais à courte distance, ou plus de kérosène pour aller davantage dans la profondeur du théâtre d’opérations,  mais avec un impact moindre. La Chine a construit des pistes d’atterrissage sur des îlots inhabités pour affirmer sa souveraineté en mer de Chine. En outre, son porte-avions peut choisir le meilleur endroit en fonction des conditions météorologiques. La Grande-Bretagne a décidé de se doter à nouveau de 2 porte-avions à tremplin avec réapprentissage de l’aéronautique navale. De son côté, l’Inde va équiper un ancien bâtiment russe d’une catapulte pour pouvoir embarquer des avions de 25 t. Celui de la Russie peut conduire une opération aéronavale, notamment en Syrie.

Le cas français. Le groupe aéronaval rassemblé autour du porte-avions Charles-De-Gaulle a connu 3 déploiements, dénommés  « Arromanches », en 2 ans. Le premier a eu lieu dans le golfe d’Aden et en Méditerranée (février-mai-2015) pour renforcer les liens avec les pays riverains amis et la connaissance de l’environnement du théâtre. Le deuxième (novembre 2015-mars 2016) avait notamment pour objectifs de renforcer la contribution française à l’opération en coalition Inherent Resolve (Chammal pour la France) au Levant, d’assumer le commandement de la Task Force 50 dans le golfe Arabo-Persique et de renforcer l’interopérabilité avec les pays membres de la coalition. Le troisième (septembre-décembre 2016) a porté sur l’appui des forces irakiennes au sol et les frappes dans la profondeur. Les moyens de renseignement du Rafale donne des informations très précises et une vision oblique complétant celle, verticale, des satellites. Outre le commandement, la conduite et la coordination d’opérations aériennes, l’avion de guet Hawkeye a assuré la couverture de la zone où se trouvaient les bâtiments russes et les systèmes sol/air syriens (renseignements d’origine électromagnétique). Ces renseignements ont été fusionnés avec ceux des autres navires et des pays alliés. Pour la dissuasion, la Force d’action navale nucléaire (FANu) est installée sur le Charles-De-Gaulle, dont les Rafale de standard F3 emportent le missile nucléaire aérobie ASMPA. Le centre d’opération de la FANu, implanté à Six-Fours (Var), prépare et suit l’exécution des ordres du président de la République. Le Rafale, capable de parcourir plusieurs milliers de km avec des ravitaillements en vol, peut tirer l’ASMPA à très basse altitude, à très grande vitesse et par tous les temps.

Loïc Salmon

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