Marine nationale : un BSAH autour du monde, via l’Arctique

Pour la première fois, une unité militaire française, le bâtiment de soutien et d’assistance hauturier (BSAH) Rhône, a relié Brest à San Francisco après avoir franchi le détroit de Béring, au cours d’un déploiement de 104 jours.

Ont été présentés à la presse, le 20 décembre 2018 à Paris : son périple par son commandant, le capitaine de frégate Philippe Guena, et un premier maître chef de quart ; le programme BSAH par un ingénieur en chef des études et techniques de l’armement.

Le périple. En 73 jours de navigation, le Rhône a parcouru 35.000 km à 25 km/h en moyenne, à travers les océans Arctique, Pacifique et Atlantique, onze mers et le canal de Panama, avec des variations de température de – 0,5°C à 3°C pour l’eau de mer et de – 10°C à 38°C pour l’air. Après avoir quitté Brest le 23 août et le port norvégien de Tromso le 1er septembre, il a franchi le détroit de Béring le 14 septembre et fait escale à Dutch Harbor (Alaska), Victoriaville (Canada), San Francisco (Californie), Huatulco (Mexique). Après Panama, il a relâché à la Martinique, Halifax (Canada), Saint-Pierre-et-Miquelon et La Corogne (Espagne), avant de rentrer à Brest le 4 décembre. Des conditions météorologiques clémentes et la fonte importante des glaces ont permis une bonne visibilité des icebergs (eau douce gelée) et de la banquise (eau de mer gelée et recouverte de glace), car seul l’œil peut appréhender la glace. Pendant la traversée de la mer de Sibérie orientale (4 jours), le Rhône s’est faufilé entre les énormes glaçons sans les toucher, en navigant de jour pour plus de sécurité. Celle-ci a été renforcée par la présence à la passerelle de deux chefs de quart au lieu d’un et de deux veilleurs supplémentaires, en raison de la concentration nécessaire pendant des « quarts » de 4 à 6 heures. La redondance des équipements et le recours, éventuel, aux centres de secours russes auraient permis de pallier tout incident sérieux. Ce déploiement s’est déroulé dans les eaux internationales avec des « passages inoffensifs » dans les eaux territoriales russes, dans le cadre de la Convention de Montego Bay. Il a inclus des entraînements communs avec les Marines riveraines et la formation d’un 2ème équipage sur la fin de la traversée. Outre le raccourcissement des distances et des délais, la voie maritime du Nord présente, pour le transport de vracs et de matières premières, les avantages de l’absence de taxes et de l’inexistence de la piraterie. Son trafic commercial pourrait atteindre 20 à 40 navires par an, par suite du réchauffement climatique. La Chine en tient compte pour ses « nouvelles routes de la soie ». La Russie redoute une dégradation de l’environnement, en raison de l’exploitation future des réserves de gaz de l’Arctique estimées à 50 Mt.

Le programme BSAH. D’un coût de 162 M€, le programme BSAH porte sur quatre navires de 2.960 t répartis entre Brest et Toulon et armés chacun de deux mitrailleuses de 12,7 mm. Le Rhône et la Loire ont été livrés en 2018. La Seine et la Garonne suivront en 2019. Chacun compte deux équipages de 17 marins et peut accueillir 12 passagers ou plongeurs équipés. Capable de remorquer le porte-avions Charles-de-Gaulle ou un bâtiment de projection et de commandement, un BSAH peut effectuer des recherches sous-marines ou réaliser des équipements pour l’accueil de sous-marins nucléaires d’attaque. Avec 30 jours de vivres, il peut parcourir 9.260 km à 20-22 km/h. Le maintien en condition opérationnelle inclut une formation sur la conduite et l’entretien des installations, qui assure une disponibilité de 330 jours/an.

Loïc Salmon

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Armée de l’Air : l’humain, les opérations et la modernisation

La formation optimisée des personnels de l’armée de l’Air va de pair avec l’amélioration de leur cadre de vie et la modernisation des équipements pour affronter les menaces futures.

Son chef d’état-major, le général d’armée aérienne Philippe Lavigne, l’a expliqué lors d’une rencontre organisée, le 4 décembre 2018 à Paris, par l’Association des journalistes de défense.

Formation et fidélisation. Quoique le recrutement soit passé de 2.000 jeunes en 2014 à 3.000 en 2018, l’armée de l’Air entend conserver ses anciens personnels, dont l’expérience permet de travailler le savoir être et le savoir-faire, souligne le général. La « smart school » ou méthode de formation repose sur la numérisation et l’intelligence artificielle pour gérer les compétences. Les personnels demandent de la valorisation et la reconnaissance des compétences acquises. L’adaptation aux besoins présents et futurs, du niveau brevet technique supérieur à celui de la recherche, nécessite d’obtenir la validation des enseignements par des diplômes reconnus par l’Education nationale. L’Ecole de l’Air de Salon-de-Provence a noué des partenariats avec l’ONERA et le CNES. Il s’agit de réduire le temps de formation au « juste besoin », afin de pouvoir exercer rapidement le métier. Ainsi, la réalité virtuelle permet de faire le tour de l’avion…sans avion. L’élève « voit » la manœuvre ou la réparation à effectuer. La simulation permet d’économiser les heures de vol. Un pilote de chasse français, qui effectue actuellement 164 h de vol sur avion et 70 h sur simulateur, devra, à terme, atteindre l’objectif OTAN, soit 180 h de vol et 70 h sur simulateur. La base de Mont-de-Marsan dispose d’un simulateur avec radar de pilote fictif et genèse de plots supersoniques, de missiles de croisière, d’avions de transport ou d’hélicoptères. Il élabore des scénarios de missions de plus en plus complexes et crée un lien avec le pilote qui vole réellement. Ensuite, la vigilance s’impose pour fidéliser les aviateurs, en améliorant leurs conditions de travail sur une base aérienne et celles de leur famille (Plan famille). Le secteur privé accueille en effet très facilement mécaniciens d’aéronautique, informaticiens, personnels médicaux et commandos.

Modernisation et coopération. La Russie et la Chine manifestent leur puissance en déniant l’accès à des théâtres pour des opérations des forces aériennes occidentales, par avions, missiles, défense sol-air et brouillages de GPS et de communications, indique le général Lavigne. D’ici à 2040, la menace portera sur la furtivité, qui sera déjouée par la recherche des failles techniques, et l’hypervélocité. Celle-ci, supérieure à mach 5, nécessitera d’augmenter la distance de tir, par un radar plus puissant, et le combat « collaboratif » : l’appareil repéré fuit, tandis qu’un autre tirera. L’avion de nouvelle génération sera piloté, car un robot n’inspire aucune confiance. Il sera équipé d’intelligence artificielle, comme le sont déjà certains capteurs. La transmission de données par satellite fera progresser le combat collaboratif. Déjà, un exercice dénommé « Point Blank » s’est déroulé en novembre 2018 en Grande-Bretagne pour tester les interopérabilités technique et opérationnelle entre le Rafale et le F-35 américain. Le prochain aura lieu en France en 2020. Le projet franco-allemand SCAF (système de combat aérien futur), dont les études vont commencer dans chaque pays, vise à élaborer des normes communes en vue de réaliser un démonstrateur. Toutefois, quels que soient les domaines concernés, il conviendra de conserver sa souveraineté en ne dévoilant pas tout.

Loïc Salmon

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Armée de l’Air : le nouvel avion d’entraînement Pilatus PC-21

Défense : le « plan famille » de fidélisation des militaires




Espace : CSO, renouvellement des moyens militaires français

La Composante spatiale optique (CSO), constellation de trois satellites d’observation, d’écoute, de surveillance et de télécommunication du programme MUSIS, va remplacer, d’ici à 2021, les deux satellites Hélios 2A et 2B en orbite.

Elle a été présentée à la presse le 11 décembre 2018 à Paris, à l’occasion du lancement du premier satellite CSO, le 19 décembre au Centre spatial guyanais. Sont intervenus : Hervé Grandjean, conseiller de la ministre des Armées pour les affaires industrielles ; le commandant (Air) officier du programme MUSIS-CSO à l’Etat-major des armées ; l’ingénieur en chef de l’armement directeur du programme MUSIS-CSO ; Gilles Chalon, chef du service observation défense du Centre national d’études spatiales (CNES).

Innovations technologiques. La loi de programmation militaire 2019-2025 mobilisera 3,5 Md€ pour le programme CSO. D’une durée de vie de dix ans et d’un poids de 3,5 t, chaque satellite doit évoluer sur une orbite de 800 km pour la reconnaissance et une de 480 km pour l’identification. Il embarque une charge optique infrarouge et une charge optique visible, à savoir panchromatique (noir et blanc) et multispectrale (couleur haute définition). De Toulouse, le CNES assure le maintien à poste des satellites et le calcul de leur plan de travail ainsi que le maintien de la qualité image durant toute leur vie. Le suivi technique est assuré à Creil, par le Centre militaire d’observation par satellite, et le contrôle opérationnel par la Direction du renseignement militaire. Les utilisateurs demandent des images en vue d’analyse, selon le cycle priorisation/hiérarchisation, production et livraison (photo). La qualité d’image, unique en Europe, et l’imagerie stéréoscopique résultent d’innovations pour les plans focaux et la fabrication du téléscope de grand diamètre. Capable de prendre 800 vues/jour avec recherche et analyse automatique par l’intelligence artificielle, le satellite CSO acquiert, au cours d’un seul survol, de nombreuses images sur la même zone géographique. Il mesure sa position et corrige lui-même sa trajectoire par calcul des manœuvres à effectuer et activation du système de propulsion.

Atouts opérationnels. Le CSO complet appuiera les opérations militaires, de jour comme de nuit, sur une zone de crise en simplifiant le travail des opérateurs et analystes au sol. Réactif grâce au réseau mondial de stations au sol, il s’adaptera au rythme des opérations, qui réclament des données précises et récentes de localisation. Il permettra de constituer des dossiers de ciblage, par le suivi des sites d’intérêt militaire, de contrôler le respect des traités internationaux et d’évaluer les menaces. Celles-ci s’exerceront au sol, dans l’espace (éblouissement par arme à énergie dirigée) ou sur la liaison sol-espace (cyberattaques). Elles incluront l’espionnage, le sabotage, le déni de service et la neutralisation d’un satellite. Les menaces futures, plus graves, et les vulnérabilités de CSO seront prises en compte. Actuellement, 750.000 débris (supérieurs à 5 cm) en orbite peuvent compromettre la capacité d’action militaire. L’imagerie optique d’Hélios 2 et de CSO se complète par l’imagerie radar, grâce à des accords bilatéraux d’échange avec l’Italie (système Cosmo-Skymed puis CSG) et l’Allemagne (SAR-Lupe puis SARah). Un accord avec la Suède permet à CSO d’utiliser sa station sur le cercle polaire, toutes les 90 minutes. La Belgique a conclu un accord d’accès aux images CSO et des négociations sont en cours avec d’autres pays européens. Enfin, le nombre de satellites en orbite, de 1.500 en 2018, passera à 6.000-7.000 en 2025.

Loïc Salmon

Espace exo-atmosphérique : compétition stratégique

Guyane : zone stratégique sur le continent sud-américain

DRM : des moyens de haute technologie pour le recueil de renseignements




Guyane : zone stratégique sur le continent sud-américain

Les Forces armées en Guyane (FAG) assurent la protection de ce département, qui abrite le Centre spatial européen de Kourou. Elles contribuent aussi à la préservation des intérêts français en Amérique du Sud.

Leur commandant supérieur, le général de division aérienne Didier Looten, l’a expliqué le 29 novembre 2018 à la presse, lors d’une visioconférence.

Enjeux et moyens. Seul département d’outre-mer continental, la Guyane française s’étend sur 84.000 km2, dont 95 % de forêt tropicale. Elle possède 380 km de frontière maritime et des frontières terrestres de 530 km avec le Suriname et de 740 km avec le Brésil. Son chef-lieu, Cayenne, se trouve à 7.000 km de Paris et 1.400 km de Fort-de-France (Martinique). Forces de souveraineté, les FAG assurent la connaissance et la veille sur une zone de responsabilité permanente (ZRP) couvrant une vingtaine de pays, du Brésil au Mexique, pour anticiper les crises et collectent du renseignement d’intérêt militaire. En cas de crise, elles ont pour mission de planifier et de conduire une intervention et acheminer des secours d’urgence, dans leur ZRP ou sur le territoire national, notamment par un appui aérien aux Antilles. Par leur présence, elles contribuent à la stabilité de la ZRP et entretiennent une coopération militaire avec le Suriname et le Brésil. Les FAG comptent 2.100 militaires, dont la majorité en mission de longue durée (2 ans) et 200 civils. Environ 400 sont sur le terrain pour garantir les postures permanentes de sûreté aérienne (deux à trois sorties par jour) et de sauvegarde maritime. La Base aérienne 367 accueille 3 avions cargos tactiques Casa, 4 hélicoptères légers polyvalents Fennec et 5 hélicoptères de manœuvre Puma. La base navale de Dégrad-des-Cannes abrite : les patrouilleurs légers La-Confiance (en service en 2016) et La-Résolue (2017), adaptés aux besoins spécifiques de la Guyane ; l’embarcation remonte-filet La-Caouanne (2015). La Gendarmerie maritime dispose de deux vedettes, l’une à Dégrad-des-Cannes, et l’autre à Kourou. L’armée de Terre déploie le 9ème Régiment d’infanterie de marine, le 3ème Régiment étranger d’infanterie et un régiment de service militaire adapté. Le groupement de soutien de la base de défense inclut : dépôt de munitions ; Services de santé, du commissariat et des essences ; réseaux d’infrastructure et des systèmes d’information.

Protection du territoire national. En soutien de l’action de l’Etat, les FAG participent à l’opération « Harpie » de lutte contre l’orpaillage illégal. Outre Cayenne, elles disposent de quatre bases opérationnelles avancées, situées dans des zones de gisement aurifères (voir photo). Depuis 2017, cette opération est coordonnée avec le Suriname et le Brésil, en vue de faire évoluer la réglementation internationale pour éradiquer les flux d’orpaillage et logistiques illégaux. La capacité des FAG à tenir le terrain, par des patrouilles de longue durée, est assurée par des relèves par hélicoptères (30 à 45 minutes de vol depuis Cayenne). Cette lutte se complète par le développement d’activités économiques. L’opération « Polpêche » implique l’emploi de patrouilleurs légers à propulsion diesel électrique pour des missions d’observation et de contrôle, y compris de nuit, des bateaux de pêche illégaux, conjointement avec les forces navales brésiliennes. Enfin, l’opération « Titan » de protection du Centre spatial guyanais peut mobiliser de 150 à 400 militaires selon les lancements, pendant environ 60 jours par an. Le Centre de Kourou a procédé à 11 tirs en 2017.

Loïc Salmon

Territoire national : protection permanente contre intrusions aériennes et maritimes

Espace exo-atmosphérique : compétition stratégique




Défense : innovation, des satellites aux minidrones

La Direction générale de l’armement, le Centre national d’études spatiales (CNES), les armées et divers industriels mettent au point des technologies et produits innovants et à des coûts très inférieurs à ceux des matériels existants.

Quelques projets ont été présentés lors du Forum Innovation Défense, tenu à Paris du 22 au 24 novembre 2018.

Communication par satellite. Certains bâtiments de la Marine nationale disposent de deux moyens de communications satellitaires avec son centre de commandement à terre, mais exploités de façon alternative avec des architectures complexes, hétérogènes et conçues séparément. L’innovation consiste à optimiser l’exploitation des ressources satellitaires en utilisant les deux moyens simultanément. La reconfiguration logicielle de l’équipement réseaux à bord permet une utilisation de mécanismes de routages agiles. Outre l’augmentation du débit global du bâtiment, la redondance automatique facilite la résilience des flux lors d’une avarie de l’un des réseaux satellitaires, (photo). Le développement d’une interface homme-machine en simplifiera la mise en œuvre à bord du porte-avions Charles-de-Gaulle, des bâtiments de projection et de commandement et des frégates multi-missions. L’antenne de communication satellitaire à haut débit « SAKaR » transmet à grande distance des informations sensibles et sécurisées entre un avion de chasse Rafale et son centre de commandement, qui reçoit en temps réel les données recueillies par les capteurs embarqués. Cela raccourcit la boucle décisionnelle de la réaffectation de mission ou du partage de la situation tactique. Cette antenne, compatible avec le futur système de communication satellitaire « Syracuse IV », peut s’orienter vers différents satellites. Adaptable sur d’autres avions et des hélicoptères, SAKaR présente un encombrement réduit et une haute résistance à un environnement sévère. En octobre 2019, le CNES va lancer le nanosatellite « Angels » de moins de 50 kg, dix fois moins volumineux et consommant trois fois moins d’énergie que les satellites actuels. Des essaims de centaines de nanosatellites, regroupés en constellations, survoleront la même zone terrestre plusieurs fois par jour.

Systèmes de drones. Le drone « Corvus », issu des technologies civiles, s’adapte au déploiement d’un groupe de combat des forces spéciales. Ses innovations incluent : modularité, évolution et mise à jour aisée ; réduction du délai de remplacement des pièces en limitant les opérations de soutien. Outre la surveillance aérienne, il s’applique notamment à la sécurité civile, en cas d’accident ou de catastrophe naturelle, et à la recherche et au sauvetage. Le drone « DPCV » consiste en une plateforme amovible multi-charges avec une imprimante 3 D, qui reproduit rapidement les pièces nécessaires. Il permet : un marquage de zone, par des commandos de l’Air du CPA 10, au profit de « l’action feu » ; des opérations d’influence (épandage de tracts) ; un appui aux opérations (dépose ou largage de moyens relais ou de balises). Avec son système de navigation autonome et sa transmission « double flux vidéo » en temps réel, le « DROSBA » simplifie la surveillance d’une base aérienne, en coordination avec le contrôle aérien, ou celle d’un site sensible, militaire ou civil. Consommable, le drone de reconnaissance « AR-22 » empêche la traçabilité de son porteur et transmet en direct sur 40 km. Le drone «V-COAX », équipé de capteurs électronique et optronique  avec fusion des données, dispose d’une heure d’autonomie pour un poids inférieur à 1 kg.

Loïc Salmon

Défense : l’AID, interlocutrice des porteurs d’innovation

Défense : l’ONERA, acteur majeur de l’innovation

Drones : préparer le combat aérien de demain

 




Renseignement : innover sur les plans technique et conceptuel

Malgré son expertise et ses matériels aux performances reconnues par ses partenaires étrangers, la Direction du renseignement militaire (DRM) a besoin d’outils techniques, dont l’intelligence artificielle, pour faciliter et même rendre possible le travail de ses analystes.

Son directeur, le général de corps aérien Jean-François Ferley, l’a expliqué le 23 novembre 2018 à Paris, dans le cadre du Forum innovation défense.

Penser autrement. Aux autorités politiques, la DRM fournit une appréciation de la situation d’un théâtre en crise pour aider à la décision, indique le général. Pour les armées, elle doit appuyer les opérations en cours sur le terrain et anticiper de 12 à 18 mois une situation pour éclairer la manœuvre future. Outre ses capacités propres, elle coordonne le fonctionnement des capteurs de la Marine nationale et des armées de Terre et de l’Air en matière de renseignement d’origines image, électromagnétique, humaine et cyber. La DRM travaille en collaboration étroite avec les autres services de renseignement français et étrangers. Ses personnels, militaires et civils, doivent faire preuve d’initiative, d’intuition et de rigueur dans leur domaine d’expertise au sein d’un vingtaine de grands métiers. Même si le nombre de capteurs se multiplie avec des performances améliorées, celui des données à exploiter augmente de façon exponentielle et dépasse les capacités actuelles d’analyse. La DRM concentre alors ses efforts sur l’automatisation du traitement des données et le développement de nouveaux outils pour continuer à valoriser son socle stratégique de connaissances, afin de déceler le bon renseignement au bon moment et au bon endroit. Or le monde civil va plus vite que celui de la défense. Ainsi, le programme français MUSIS du Centre national d’études spatiales, par délégation de la Direction générale de l’armement, prévoit le lancement de trois satellites de reconnaissance optique entre 2018 et 2021 pour remplacer Hélios II et multiplier les capacités par cinq. De son côté, la DRM va mettre sur orbite un satellite d’écoute électromagnétique en 2019. Dans le domaine cyber, la DRM doit déterminer l’origine d’une attaque et aussi rechercher les informations susceptibles d’intéresser les services chargés des actions défensives et offensives. En 2019, elle va lancer un projet sur les outils innovants d’exploitation des informations issues du « darkweb ».

Applications duales. L’écosystème Intelligence Campus fédère les acteurs publics et privés, issus de la communauté du renseignement, du monde académique et des entreprises. Il a identifié les capacités de Earthcube, startup spécialisée dans l’analyse d’images satellitaires. Présente au Forum innovation défense, cette dernière a mis au point la détection automatique d’objets sur image satellite pour produire du « renseignement multicapteurs ». Les taches (photo) indiquent, par exemple, les bâtiments d’origine, ceux construits après une date précise puis après une date ultérieure ainsi que les quantités d’émissions électromagnétiques. Les innovations de Earthcube consistent à : mettre en place une solution d’intelligence artificielle pour aider l’opérateur dans ses actions quotidiennes ; optimiser la consultation de la base de données existante d’images satellitaires ; identifier des partenaires innovants pouvant interagir avec les acteurs des programmes d’armement. Ce projet à double finalité permet, sur le plan civil, la détection d’activités humaines et économiques ou, sur le plan militaire, l’automatisation partielle de la surveillance d’une zone de crise.

Loïc Salmon

DRM : intégrateur du renseignement militaire

La face cachée d’internet

Renseignement : lancement de « l’Intelligence Campus »




Défense : l’AID, interlocutrice des porteurs d’innovation

L’Agence de l’innovation de défense (AID) fédère toutes les innovations qui contribuent à garantir l’autonomie stratégique et la supériorité opérationnelle des forces armées.

Son directeur, Emmanuel Chiva, l’a expliqué à la presse, le 15 novembre 2018 à Paris, à l’occasion du Forum Innovation défense (22-24 novembre, Paris). Des innovations concernant le combattant ont été présentées.

Imaginer demain et après-demain. Il s’agit de détecter les nouvelles tendances et anticiper les ruptures technologiques issues du monde civil, réfléchir à tout ce qu’il est possible de faire, y compris avec les startups, explique Emmanuel Chiva. L’AID doit orienter et conduire l’ensemble des innovations de défense, en s’appuyant sur les centres de développement (4.000 personnes) de la Délégation générale de l’armement (DGA). Elle devra en susciter de nouvelles, les capter, les accélérer, les valoriser et les transférer vers les utilisateurs, en favorisant l’expérimentation rapide et les cycles courts. Elle diffusera de nouvelles pratiques, notamment en matière d’achat. Elle facilitera la coopération avec les autres ministères, les industriels, les petites et moyennes entreprises et d’autres pays européens. Elle accompagnera l’innovateur pour qu’il gagne de l’argent et développe son innovation, dont la propriété intellectuelle sera protégée. Créée le 1er septembre 2018 et rattachée au délégué général pour l’armement, l’AID sera opérationnelle en avril 2019 avec un effectif d’une centaine de personnes, militaires et civiles. Selon la loi de programmation militaire (2019-2025) son budget passera de 1,2 Md€ en 2019 à plus de 1,5 Md€ en 2022.

Exemples d’innovation. La société française Scalian, fournisseur de logiciels et d’études pour la DGA, et la firme américaine Daqri, fabricant de lunettes et casque de « réalité augmentée », ont mis au point l’équipement du « Fantassin augmenté, sécurisé et tactique ». Le casque Daqri, contient un dispositif stéréoscopique, un affichage transparent et intégré, une caméra grand angle de 166 ° et 120 Hz et une caméra thermique. Les entités, à savoir une personne amie ou ennemie, un véhicule ami ou ennemi, un bâtiment ou un point à atteindre, sont suivies par GPS. Sont affichées sur la visière du casque : les entités sur un radar/boussole ; les distances de chaque entité ; le gisement topographique ; la situation tactique en deux dimensions. Sont également possibles : la prise de photo/vidéo avec la caméra thermique ; la création d’objet manquant (nouvel ennemi) dans la situation tactique ; la visualisation sur un poste de commandement de la brigade des forces terrestres. De leur côté, l’Institut de recherche biomédicale des armées et la Direction des approvisionnements en produits de santé des armées ont développé un « Air Shock Absorber », système de coussins d’air muni de compartiments et cloisons, qui dissipent l’énergie d’un projectile. Cette innovation, disponible en 2019, permettra de diminuer les lésions anatomiques et physiologiques lors de l’impact sur le gilet pare-balles. Enfin, le Forum de l’innovation présente plus de 160 innovations et démonstrations dans divers stands : celui de l’AID ; « Protéger & Réparer » (prothèse de jambe bionique) ; « Projeter & Durer » (interface technico-logistique) ; « Combattre & Gagner » (camouflage adaptatif) ; « Administrer & Soutenir » (plateforme numérique participative) ; « communiquer et renseigner » (communication par satellite adaptée aux chasseurs).

Loïc Salmon

DGA : valoriser l’audace et l’innovation de terrain

Service de santé : renforcement des capacités biomédicales




Armement : DGA, bilan 2018 et perspectives 2019

La démarche capacitaire consiste à exprimer les besoins en équipements, selon la menace, intégrer les innovations technologiques, y compris celles du monde civil, et évaluer le coût global d’une opération en termes d’armement, d’entraînement, de conduite, de ravitaillement et d’infrastructures.

Elle est effectuée par l’Etat-major des armées et la Direction générale de l’armement (DGA) dont le délégué, Joël Barre, a présenté les missions à la presse le 8 novembre 2018 à Paris.

La DGA, qui a engagée 11,2 Md€ et payé 10 M€ pour l’équipement des forces en 2017, prévoit 12,7 Md€ en 2018 et 14,3 Md€ en 2019. Le budget des études « amont » doit passer de 920 M€ en 2019 (+ 18 % en un an) et 758 M€ de paiements (+5 %) à 1 Md€ en 2022.

Etudes et essais. Des projets seront lancés fin 2018 et en 2019 : travaux franco-allemands en préparation du système de combat aérien futur (SCAF), pour succéder au Rafale de conception uniquement française ; premières études de préparation du porte-avions de nouvelle génération, successeur du Charles-de-Gaulle ; protection des véhicules terrestres et des fantassins ; futurs satellites de communication militaire ; démonstrateurs technologiques du partenariat innovant ARTEMIS (ARchitecture  de Traitement et d’Exploitation Massive de l’Information multi-Sources) entre la DGA et le groupe d’électronique de défense Thales. En 2018, la DGA a procédé à des essais majeurs : performance hélice et résistance carène nue pour la frégate de taille intermédiaire ; sortie du Charles-de-Gaulle de son 2ème arrêt technique majeur ; comportements routiers et nautiques du pont flottant motorisé ; tir de développement du missile balistique M51.3 au banc des propulseurs ; tir du missile antinavire léger. La mise au standard F3-R des 144 Rafale en service dans l’armée de l’Air et la Marine a commencé. Ce standard a pris notamment en compte les retours d’expérience opérationnelle de l’armement air-sol modulaire et l’interopérabilité. En outre, il associe le nouveau missile air-air à très longue portée Meteor au radar à balayage électronique RBE2 à antenne active. Sa nacelle à désignation d’objectifs Talios améliore détection, reconnaissance et identification de cibles, de jour comme de nuit, en vue de frappes air-sol de grande précision. Le standard F3-R sera installé sur les 96 Rafale vendus au Qatar, à l’Egypte et à l’Inde. La DGA a notifié à l’industriel MBDA la rénovation technique des 300 Mica (missiles d’interception, de combat et d’auto-défense) en service et l’achat de 567 Mica NG (nouvelle génération), développés avec un autodirecteur infrarouge ou électromagnétique. Le Mica rénové sera utilisé jusqu’en 2030 par les Rafale tous standards, Mirage 2000-5 et Mirage 2000 rénovés. Les Rafale F3-R emporteront le Mica NG.

Partenariats européens. Avec la Grande-Bretagne, les travaux se poursuivent sur la phase d‘étude de concept du futur missile antinavire et du futur missile de croisière. Outre le SCAF et le futur char de combat, la coopération avec l’Allemagne porte sur la patrouille maritime, le futur standard de l’hélicoptère Tigre, auquel l’Espagne est associée, et le drone européen moyenne altitude longue endurance, avec l’Espagne et l’Italie. Cette dernière va construire des pétroliers-ravitailleurs avec la France. Pour son programme Camo (capacité motorisée), la Belgique va acquérir 382 véhicules blindés multi-rôles Griffon et 60 engins blindés de reconnaissance et de combat Jaguar du programme français Scorpion.

Loïc Salmon

Armement : baisse de 50 % des exportations françaises en 2017

Armée de Terre : la remontée en puissance par l’innovation

Guerre : maîtriser la violence humaine et technologique




Exposition « L’ Armistice, 11 novembre 1918 : un document, une histoire » à Vincennes

La Convention d’armistice de 1918 a été hâtivement rédigée, en français, pour finir la guerre le plus tôt possible. Les généraux en chef allemands Ludendorff et Hindenburg refusent de la signer pour éviter la responsabilité de la défaite.

Le document initial de 13 pages dactylographiées (il en comptera 254 ultérieurement) aura une validité de 36 jours et sera prolongé trois fois. Une ultime séance des négociations de détail se déroule pendant près de trois heures dans un wagon stationné à Rethondes, dans la forêt de Compiègne. L’armistice est finalement signé le 11 novembre à 05 h, pour entrer en application à 11 h par une sonnerie de clairon, répercutée sur la ligne de front.

Document unique. La page 13 du document original, présenté à l’exposition, porte les signatures du maréchal Foch, commandant en chef les armées alliées, de l’amiral britannique Wemyss, « First Sea Lord » (chef d’état-major de la Marine), et des quatre délégués allemands : le secrétaire d’Etat Erzberger, président de la délégation ; l’envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire, le comte von Oberndorff ; le général major (général de brigade à l’époque) von Winterfeldt ; le capitaine de vaisseau Vanselow. Le maréchal Foch emporte lui-même l’exemplaire français à Paris, conservé au Service historique de la défense depuis 1921. La délégation allemande est ramenée, à bord d’un avion français, à Spa (Belgique) où se trouve le Grand Quartier général allemand. L’exemplaire original allemand de la convention, qu’elle emporte, a été perdu. Afin d’empêcher toute reprise du combat par l’Allemagne, les Alliés, dont les intérêts divergent, lui imposent des conditions dépassant le strict cadre militaire. Pour sécuriser ses frontières et se relever de ses ruines, la France exige le retrait des troupes allemandes et l’occupation par les siennes de la rive gauche du Rhin, la livraison de matériel et le paiement des dommages de guerre. La Grande-Bretagne obtient des clauses destinées à renforcer sa maîtrise, militaire et commerciale, des mers. Depuis le 9 novembre, le mouvement révolutionnaire allemand s’est étendu à Berlin. Le lendemain, pendant les ultimes négociations de Rethondes, les plénipotentiaires allemands avouent l’épuisement de leur armée, privée de vivres et de munitions. Plus tard, Foch a déclaré que, avec 15 jours de plus, il aurait eu le temps de remporter une victoire incontestable en raison de l’offensive américaine, programmée pour le 14 novembre en vue d’empêcher le repli de l’armée impériale vers l’Allemagne. Selon les notes de l’officier interprète de son état-major, Foch redoutait que, plus tard, l’Allemagne impute sa capitulation à une révolution intérieure et non pas à une défaite militaire, puisque les Alliés n’ont pas franchi sa frontière.

Joie et recueillement collectifs. A l’annonce de l’armistice, les combattants se sentent coupables d’être encore en vie, après la mort de leurs compagnons d’armes, et reprochent aux civils leurs débordements de joie, jugés déplacés. Dès le 8 décembre, les plus hautes autorités de l’Etat se rendent en Alsace et en Lorraine, perdues pendant la guerre franco-prussienne de 1870-1871.

Loïc Salmon

L’exposition « L’Armistice, 11 novembre 1918 : un document, une histoire » (22 octobre 2018-22 janvier 2019), organisée par le Service historique de la défense, se tient au château de Vincennes (banlieue parisienne). Elle présente photos, objets, drapeaux et documents écrits et cinématographiques. Renseignements : www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr

Exposition « 1918, armistice(s) » aux Invalides

Armistice

Exposition « France Allemagne (s) 1870-1871 » aux Invalides




Afrique : zone sahélienne sous tension et résolution de crises

Outre ses forces prépositionnées et l’opération « Barkhane » au Sahel, la France aide les pays d’Afrique de l’Ouest à se doter de la capacité à assurer leur propre sécurité en toute autonomie.

La situation a été présentée à la presse, le 25 octobre 2018 à Paris, par le colonel Frédéric Garnier, chef du département Afrique de la Direction générale des relations internationales et de la stratégie, et le colonel Patrice Morand, commandant la base aérienne projetée (BAP) à Niamey (Niger), à l’occasion de la 5ème édition du Forum de Dakar (Sénégal, 5 et 6 novembre). Vecteur de l’influence française et dédié à la paix et la sécurité, ce dernier réunit chaque année environ 500 dirigeants politiques et militaires africains, partenaires internationaux, chercheurs universitaires et membres de la société civile. La 5ème édition porte sur : droits, justice et liberté face aux enjeux sécuritaires ; opérationnalisation du lien entre développement et sécurité durables ; perspectives de coopérations internationales dans la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent.

Engagement français prioritaire. La bande sahélo-saharienne (BSS) de l’Afrique de l’Ouest compte 80 millions d’habitants en 2018 avec une prévision de 200 millions en 2050. Selon le colonel Garnier, sa sécurité est affectée par : une pauvreté générale ; la faiblesse des pouvoirs publics ; une criminalité organisée (trafics en tous genres) ; des tensions communautaires ; des groupes terroristes liés à Al Qaïda et Daech, dont Boko Haram actif aux Cameroun, Tchad et Niger. L’appui sécuritaire de Paris se manifeste d’abord par les Forces françaises en Côte d’Ivoire (900 militaires) et les Eléments français au Sénégal (350) et au Gabon (350). Plus de 10.000 militaires africains ont bénéficié d’une formation au Sénégal en 2017 et plus de 6.800 au Gabon en 2018. En outre, 80 coopérants sont déployés au sein des armées locales pour les accompagner dans leur montée en puissance. Dans un cadre multinational, l’opération « Barkhane » met en œuvre l’entraînement et l’appui à l’engagement de l’armée malienne ainsi que la préparation de la force conjointe du G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad) pour des opérations qui pourraient avoir lieu avant la fin de 2018. Depuis son lancement le 1er août 2014, son dispositif aérien totalise 25.000 heures de vol pour le recueil de renseignement et 75.000 pour l’appui au sol, le ravitaillement et le transport.

Base aérienne projetée. La force Barkhane bénéficie de l’appui de la BAP Niamey, susceptible d’intervenir en une heure dans la BSS et avec un basculement possible vers la base N’Djamena (Tchad), explique le colonel Morand. La BAP Niamey dispose de 450 personnels en alerte permanente avec : 4 drones Reaper (pilotes sur place et règles d’engagement précises), renforcés temporairement par un ATL2 Marine, pour le renseignement ; 2 Mirage 2000D et 2 Mirage 2000C pour l’intervention ; 1 ravitailleur C-135, 2 Transall C-160 et 1 Casa CN235 pour l’appui et la projection. Ces moyens ont pour missions : la neutralisation des groupes armés terroristes par la recherche, la surveillance, la caractérisation de l’objectif et la frappe ; l’aide à la manœuvre terrestre par l’escorte de convois, l’appui feu, l’aérolargage ou les évacuations sanitaires ; l’appui aux partenaires du G5 Sahel. A terme, la BAP Niamey va recevoir des avions A330 Phoenix (ravitailleurs), C-130J et A400M (transport tactique), étendre ses aires aéronautiques, doubler sa capacité de stockage de carburant et intensifier sa coopération avec l’Allemagne et l’Italie.

Loïc Salmon

Sahel : l’opération « Barkhane », un effet d’entraînement fort

Golfe de Guinée : sécurité et sûreté en mer et à terre