Défense : l’innovation numérique à tous les niveaux

L’innovation irrigue notamment les réseaux du ministère des Armées dédiés aux opérations et au renseignement. Elle se décline également dans des pôles de coordination au sein des armées.

Ses enjeux ont été exposés à la presse, le 6 février 2020 à Paris, par le général de corps d’armée Jean-Marc Latapy, directeur central de la Direction interarmées des réseaux d’infrastructure et des systèmes d’information (DIRISI). En outre, le colonel Claude Chary, chargé du numérique et de la coordination de l’innovation à l’état-major de l’armée de Terre, a présenté le dispositif de transformation numérique en cours.

Rôle catalyseur. La DIRISI accompagne la modernisation des infrastructures techniques du ministère et le développement du centre de données sécurisé (« cloud »), explique le général Latapy. Dans le cadre du plan de transformation piloté par la Direction générale du numérique et des systèmes d’information et de communication, il s’agit de renforcer la performance opérationnelle des armées et de faciliter le quotidien du personnel, qui peut ainsi dégager du temps de travail pour se concentrer sur d’autres tâches. La DIRISI compte 7.000 personnes, dont 60 % de militaires et 40 % de civils, pour gérer 180.000 ordinateurs répartis sur 1.400 sites en métropole, en outre-mer et à l’étranger (Sénégal, Côte d’Ivoire, Gabon, Djibouti et Abou Dhabi). Elle dispose d’un budget de 700 M€ pour acheter des systèmes informatiques à quelque 200 petites et moyennes entreprises et industries. La « Fabrique numérique », incubateur des propres startups du ministère, facilite le partenariat entre le porteur de besoin et le producteur d’applications. Certains projets sont déjà réalisés : le portail de recrutement « Civils de la défense » ; l’application ANAIS de la Marine nationale pour la maîtrise de l’espace maritime ; l’application SEPIA de l’armée de l’Air pour celle de l’espace aérien ; l’application ALPPS pour l’Ecole de haute montagne de l’armée de Terre. Tout projet retenu reçoit un budget de 130.000-200.000 € pour aboutir à un résultat opérationnel en six mois, sinon il est abandonné. Déjà, 6 chaînes de fabrication d’applications ont été mises en place en 2019 et 12 nouvelles devraient suivre en 2020.

Innovation participative. La transformation numérique du ministère vise à appuyer la supériorité décisionnelle et réduire la fracture numérique du soldat, rappelle le colonel Chary. Grâce à l’innovation participative, un miliaire peut développer une idée portant sur l’innovation technico-opérationnelle, l’innovation doctrinale et tactique, la transformation numérique ou la simplification. Il la concrétise en lien direct avec le pôle spécifique de l’état-major de l’armée de Terre, qui l’étudie pendant un mois, et en coordination avec la Fabrique numérique. Ainsi, le système « PT3S », complémentaire des GPS militaires américains et compatible avec le système d’information du combat Scorpion et le poste radio PR4G, permet la numérisation et la géolocalisation de tous les véhicules d’une force. La « tablette intradef du cadre » permet aux chefs de section et commandants d’unité d’assurer la gestion au quotidien, le suivi de personnels et la planification de la préparation opérationnelle. Toute l’armée de Terre en sera dotée d’ici à la fin 2020. Avec l’aide de l’intelligence artificielle, les projets « Dedal » et « Icar » facilitent la numérisation du maintien en condition opérationnelle des matériels terrestres, de la saisie des données à leur entrée dans les systèmes d’information de maintenance.

Loïc Salmon

Défense : le numérique et la supériorité opérationnelle

Défense : le ministère des Armées à l’ère du numérique

Défense : l’AID, interlocutrice des porteurs d’innovation




Armes nucléaires : vérifier pour lutter contre la prolifération

La vérification du non-détournement des usages pacifiques de l’énergie nucléaire à des fins militaires repose sur la neutralité des experts inspecteurs.

Cette question a fait l’objet d’une conférence-débat organisée, le 5 février 2020 à Paris, par l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire, à l’occasion du réexamen du Traité de non-prolifération nucléaire en 2020. Y sont intervenus : Emmanuelle Maître, chargée de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique ; Alexandre Quinet, chargé de la mission non-prolifération et désarmement à la Direction générale des relations internationales et de la stratégie du ministère des Armées.

Enjeux stratégiques. La vérification se trouve liée à la maîtrise des armements nucléaires, explique Emmanuelle Maître. Aucun pays doté d’armes nucléaires ne peut s’en défaire sans contrôler que les autres parties feront de même. Dès 1967, les négociations entre les Etats-Unis et l’URSS portent sur l’expérimentation d’un contrôle sur les armes en processus de démantèlement avec la certitude, par le partage d’informations, qu’il s’agit bien d’armes nucléaires sans avoir directement accès à celles-ci. Les traités bilatéraux START I (1991), START II (1993) et New START (2010), sur la réduction des armes stratégiques (missiles balistiques intercontinentaux), ainsi que FNI, sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (500-5.500 km), concernent uniquement le démantèlement de missiles, sans certitude sur celui des têtes nucléaires. L’Agence internationale de l’énergie atomique doit s’assurer que le plutonium de qualité militaire ne puisse plus produire d’arme, avec le risque de diffusion d’informations cruciales pour la fabrication d’armes nucléaires à des pays tiers. Des explications ont été fournies sur les procédures de transport et de manipulation d’armes nucléaires. Il s’agit de faire partager une vision commune à 14 Etats et de s’assurer que les armes déclarées n’ont pas été déplacées, en vérifiant si elles entrent et sortent du site de démantèlement.

L’action de la France. En matière d’armement nucléaire, la France a rendu public son arsenal en 2017 : moins de 300 têtes nucléaires ; 210 détonations entre 1960 et 1996 ; 48 missiles balistiques M51 sur les sous-marins de la Force océanique stratégique ; 54 missiles de croisière air-sol moyenne portée améliorés (500 km, précision inférieure à 10 m). Selon Alexandre Quinet, ses priorités portent sur le lancement des négociations pour un traité interdisant la production de matières fissiles et la réduction des deux plus grands arsenaux, à savoir ceux des Etats-Unis et de la Russie qui se sont retirés du traité FNI en 2019. La France milite pour la participation de la Russie et de la Chine au processus de vérification du désarmement nucléaire, qu’elles refusent comme étant une idée des pays occidentaux. Depuis 2015, les experts d’une trentaine d’Etats, dotés ou non de l’arme nucléaire, travaillent sur des procédures et des technologies dans le cadre de l’IPNDV (partenariat international pour la vérification du désarment nucléaire). Ainsi, la France et l’Allemagne ont procédé à l’exercice NuDiVe sur le site allemand de recherche nucléaire de Jülich le 25 septembre 2019 et qui a rassemblé 21 participants de 11 pays, dont les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. L’arsenal d’un Etat fictif, membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, comptait 1.000 têtes dont 830 déployées : 140 sur missiles de croisière, 140 sur sous-marins et 550 sur missiles balistiques sol-sol intercontinentaux. NuDiVe a validé les hypothèses de l’IPNDV.

Loïc Salmon

Forces nucléaires : incertitude sur leur maîtrise à terme

Stratégie : la dissuasion, nucléaire pour longtemps

Dissuasion nucléaire : assurer à la France son indépendance




Opex : bilans de « Chammal » et de « Barkhane » en 2019

Les moyens déployés et les résultats obtenus en 2019 par les opérations extérieures (Opex) « Chammal », au Levant, et « Barkhane », au Sahel, ont été présentés à la presse, le 23 janvier 2020 à Paris, par le colonel Frédéric Barbry, porte-parole de l’Etat-major des armées.

« Chammal ». Lancée le 19 septembre 2014, cette Opex contribue à la formation des forces armées irakiennes par les « task forces » (forces d’intervention) « Narvik » et « Monsabert ». En outre, elle appuie les troupes au sol de la coalition internationale contre l’organisation terroriste Daech par le recueil de renseignement et des frappes aériennes contre ses capacités militaires. Outre la présence permanente de 1.000 militaires et de 11 avions de chasse Rafale, elle déploie de façon ponctuelle : 1 avion de détection et de commandement aéroporté E-3F AWACS ; 1 avion ravitailleur C-135 FR ; 1 avion de patrouille maritime Atlantique 2 ; 1 frégate en Méditerranée orientale. En 2019, l’artillerie de la task force « Wagram », qui a engagé 150 militaires et des canons Caesar, a effectué plus de 117 missions de feu. L’appui aérien de l’armée de l’Air, à partir de bases de Jordanie et d’Abou Dhabi, et de l’aviation du groupe aéronaval, de passage sur zone, a totalisé plus de 1.180 sorties, 45 frappes et plus de 65 objectifs détruits. La task force « Narvik », chargée d’instruire les forces spéciales du Service irakien de contre-terrorisme, a formé 1.400 soldats et 130 instructeurs de son académie et a perfectionné 700 soldats de ses bataillons opérationnels. La task force « Monsabert », qui conseille et assiste la 6ème Division d’infanterie irakienne, a formé 1.000 soldats et 200 instructeurs et a aussi évalué 2.600 soldats. En outre, elle conseille et forme les cadres de l’Ecole d’artillerie irakienne, soit 200 officiers et sous-officiers en 2019.

 « Barkhane ». Commencée le 1er août 2014 à la suite de l’opération « Serval » au Mali (2013), cette Opex appuie les forces armées des pays partenaires du G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad) dans la lutte contre les groupes armés terroristes et empêche leur regroupement dans des « sanctuaires » de la région en tarissant leurs flux logistiques. A cet effet, sont déployés : effectif porté à 5.1 00 militaires ; 3 drones ; 7 avions de chasse ; 21 hélicoptères ; 6 à 10 avions de transport tactiques et stratégiques ; 260 véhicules blindés lourds ; 360 véhicules logistiques ; 210 véhicules blindés légers. En 2019, elle a mobilisé en permanence tous les acteurs et capteurs du renseignement dans 105 combats. En outre, l’action médicale a réalisé quotidiennement 100 consultations et 400 soins au profit des populations. Le domaine civilo-militaire a concerné 76 actions, dont 35 projets dans la région du Liptako, dans le Burkina Faso à l‘Ouest du Niger : 6 pour l’adduction d’eau ; 13 dans l’agropastoralisme ; 16 dans l‘éducation, l’énergie et l’accès à l’information (internet). Le partenariat miliaire avec les armées du G5 Sahel porte sur l’instruction au tir, le sauvetage au combat tactique, la coordination des opérations et la lutte contre les engins explosifs improvisés. Depuis 2014, 13.000 de leurs soldats ont suivi une formation particulière. Enfin, l’opération « Barkhane » bénéficie de l’assistance de plusieurs pays alliés de la France : véhicules blindés fournis par l’Estonie ; avions de transport par l’Espagne et l’Allemagne ; hélicoptères lourds par la Grande-Bretagne ; hélicoptères légers par le Danemark ; moyens de renseignement et ravitaillement en vol par les Etats-Unis.

Loïc Salmon

CEMA : assurer la capacité de la France à assumer son rang

Afrique : une base aérienne projetée pour « Barkhane »

Afrique : soutiens intégrés à l’opération « Barkhane »




CEMA : assurer la capacité de la France à assumer son rang

Disposer d’armées prêtes à l’engagement sans délai et préserver la singularité militaire constituent les priorités du général François Lecointre, chef d’Etat-major des armées (CEMA).

Il l’a expliqué lors d’une réunion organisée, le 22 janvier 2020 à Paris, par l’Association des journalistes de défense.

L’engagement au Sahel. L’opération « Barkhane » dans la bande sahélo-saharienne vise à éviter la contagion du terrorisme et à maintenir le cloisonnement entre les groupes armés d’Afrique de l’Ouest, du Centre et de l’Est, qui prospèrent sur les confrontations ethniques et religieuses. Ces groupes disposent d’une technologie des engins explosifs improvisés de plus en plus sophistiquée et emploient des drones avec efficacité. Ils se réfèrent à « l’Etat islamique dans le Grand Sahara », aligné sur Daech qui se maintient par la propagande. La force « Barkhane », soit 4.500 hommes renforcés récemment par 220 personnels, concentre ses efforts sur la zone des trois frontières entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Elle bénéficie de l’appui des troupes françaises en Côte d’Ivoire et va recevoir, à l’automne 2020, celui d’un contingent de forces spéciales européennes (Estonie, Belgique, République tchèque, Finlande, Norvège et Suède) de l’unité « Takuba », qui assurera la reconstruction des armées locales, leur préparation opérationnelle et le contrôle de la sécurité. La Mauritanie protège la zone à l’Ouest. Un bataillon sénégalais est déployé sur le fuseau Ouest, un bataillon malien sur le fuseau Centre et un bataillon nigérien sur le fuseau Est. La force « Barkhane » est parvenue à maintenir la violence au niveau le plus bas possible, malgré la propagande anti-française alimentée par des factions politiques locales, mais ne peut pas continuer seule, souligne le général Lecointre. Lors du sommet de Pau (13 janvier 2020), le président de la République, Emmanuel Macron, a rappelé les pertes de soldats français et nigériens fin 2019 à ses homologues du G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad) pour qu’ils mettent à profit les efforts tactiques des armées pour restaurer l’autorité de l’Etat dans leur pays et y assurent la sécurité, clé du développement, par les efforts budgétaires nécessaires.

D’autres acteurs. La force « Barkhane » ne dispose pas de moyens suffisants pour surveiller toute la bande sahélo-saharienne, aussi vaste que l’Europe. Elle dépend des moyens de transport stratégique, de renseignement d’origine électromagnétique et de ravitaillement en vol et des drones américains. Selon le CEMA, les Etats-Unis comprennent que la France ne peut agir seule dans cette région et que le retrait de leurs forces serait contre-productif. Par ailleurs, les relations avec la Russie ont repris, notamment aux niveaux de la Direction du renseignement militaire et de l’armée de Terre. Le CEMA dispose d’une ligne téléphonique directe avec son homologue russe, le général Valery Gerasimov. Des entretiens ont eu lieu sur le terrorisme et l’emploi de l’arme chimique en Syrie. Il s’agit d’éviter une confrontation militaire au Levant et une déstabilisation en Centrafrique.

La spécificité militaire. Selon le CEMA, le haut commandement souhaite conserver des armées jeunes, garanties de leur efficacité et de leurs forces morales et physiques, en facilitant les flux sortants. Les officiers et sous-officiers bénéficient de la jouissance immédiate de leur retraite, avec des points de bonification en fonction de leurs engagements dans certaines opérations et des primes liées à leurs spécialités. Les opérations sont conduites selon le code de la défense.

Loïc Salmon

Sahel : l’opération « Barkhane », un effet d’entraînement fort

CEMA : durcissement et aggravation des conflits, évolution des missions

Guerre : complexité des approches politique et militaire




Sûreté en mer : enjeux de puissance et de souveraineté

En 2019, la piraterie et le brigandage maritime ont augmenté dans le golfe de Guinée, mais se sont stabilisés en Asie du Sud-Est. La piraterie reste faible au large de la corne de l’Afrique, mais le brigandage s’est accru dans les Caraïbes.

Ce constat, dressé par le premier rapport annuel du « MICA Center » (Centre d’expertise français à compétence mondiale dédié à la sûreté maritime), a été rendu public par la Marine nationale le 6 janvier 2020.

Approches maritimes menacées. Le terme « approche maritime » désigne la portion d’espace maritime qui inclut la zone économique exclusive en face d’un pays côtier donné. Se situant en général également au large du territoire d’autres Etats, cet espace peut connaître des attaques de pirates venant d’autres pays. Le rapport établit une liste des dix principales approches maritimes touchées par la piraterie et le brigandage avec le nombre d’événements en 2019 : Nigeria, 54 ; La Grenade, 30 ; Indonésie, 30 ; Saint Vincent et Grenadines, 18 ; Malaisie, 16 ; Panama, 12 ; Cameroun, 11 ; Venezuela, 7 ; Pérou, 6 ; Colombie, 6. La « piraterie » se définit comme un acte de violence commis en haute mer à des fins privées et hors des eaux territoriales. Voici le bilan par zone en 2019 avec une comparaison avec l’année la plus touchée : Asie, moins de 50 événements en 2019 contre 250 en 2015 ; Afrique de l’Ouest, environ 60 contre 90 en 2014 ; Afrique de l’Est, moins de 5 contre 10 en 2014 ; Amérique latine, moins de 5 contre 10 en 2017. Le « brigandage » correspond à un acte illicite, commis à des fins privées, contre un navire, des personnes ou des biens à son bord dans les eaux intérieures, les eaux archipélagiques ou la mer territoriale d’un Etat. Voici le bilan par zone en 2019 avec une comparaison avec l’année la plus ou la moins touchée : Asie, un peu plus de 40 contre un peu moins de 140 en 2014 ; Amérique latine, environ 110 contre moins de 40 en 2014 ; Afrique de l’Ouest, un peu moins de 60 contre 25 en 2014 ; Afrique de l’Est, moins de 5 contre moins de 10 en 2017. La forme des actes de piraterie ou de brigandage varie selon les régions et les saisons : enlèvement des membres d’équipage à des fins de rançon ; détournement de navires pour servir de bâtiment mère ; vol de la cargaison, notamment d’hydrocarbures ; vols avec violence ou larcins, dont les criminels peuvent tirer profit comme les accessoires du navire ou les biens personnels de l’équipage.

Coopération navale. Le MICA Center centralise les alertes en cas d’attaque, diffuse l’information utile vers les navires présents sur la zone, pour leur permettre de se protéger, et les centres compétents pour déclencher une intervention chaque fois que c’est possible. En outre, il évalue la situation sécuritaire dans les différentes zones, grâce aux signalements volontaires, et publie des bilans réguliers. La cellule « golfe de Guinée » assure le suivi et le traitement des actes de piraterie et de brigandage à partir de Brest et de Portsmouth. En effet, l’accord franco-britannique MDAT-GoG combine la connaissance de la région de la Marine française et son savoir-faire en matière de contrôle naval avec l’expertise technique britannique. Environ 950 navires sont enregistrés au MDAT-GoG, pour un suivi quotidien de 430 navires en moyenne. Pour la Corne de l’Afrique, le MICA Center héberge, à Brest, la cellule MSC-HOA, subordonnée au commandement, à Rota (Espagne), de l’opération européenne « Atalante » de lutte contre la piraterie en océan Indien. Le MICA Center entretient aussi des relations avec des organismes similaires à Singapour, en Inde et à Madagascar.

Loïc Salmon

Opération « Atalante » : bilan du commandement français

Golfe de Guinée : sécurité et sûreté en mer et à terre

303 – Dossier : “La piraterie… contenue, mais pas éradiquée”




Proche-Orient : Israël, envisager tous les scénarios de riposte

Outre le suivi des menaces directes et indirectes de l’Iran, les forces armées israéliennes (Tsahal) développent leurs capacités de ripostes aux attaques des mouvements politico-militaires du Hezbollah (Liban) et du Hamas (Gaza).

Un responsable militaire israélien l’a expliqué lors d’une réunion organisée, le 14 janvier 2020 à Paris, par l’Association des journalistes de défense.

L’Iran, qui ne dispose pas encore d’armement nucléaire, s’implique militairement dans le conflit au Yémen et prépare des attaques contre l’Arabie Saoudite. Il a tenté, sans succès, d’attaquer Israël à six reprises en deux ans. Malgré la baisse du niveau de menace directe, son activité en Syrie reste l’objectif prioritaire des services de renseignement d’Israël. Ce dernier n’intervient pas dans la guerre civile en Syrie, mais a déjà accueilli 5.000 blessés syriens. De son côté, pour pallier son éloignement géographique de 1.000 km, l’Iran tente d’atteindre Israël par des missiles et des roquettes tirés de Syrie ou par ceux fournis au Hezbollah, qui accroît son influence au Liban. Le soutien militaire de la Russie au régime syrien, pour des raisons stratégiques qui lui sont propres, est pris en considération par Israël. Pour assurer la sécurité des militaires russes et israéliens, des responsables de Tsahal préviennent leurs homologues russes peu avant une attaque contre une cible iranienne. Depuis 40 ans, la situation sur le plateau du Golan reste stable, à part deux récentes tentatives d’infiltration en Israël qui ont été neutralisées.

Le Hezbollah, qui avait lancé 250 roquettes en une seule journée contre la population civile israélienne en 2006, dispose d’un stock de 130.000 roquettes en 2020. Depuis 18 mois, il peut assembler des composants de missiles, acquis en Irak et en Syrie, mais n’est pas encore en mesure d’en fabriquer localement. Ces missiles pourront bientôt atteindre Tel Aviv et le port d’Eilat (Sud du pays). Le Hezbollah, qui faisait planer une menace contre un million de personnes en 2006, la porte à 90 % de la population israélienne en 2020. Toutefois, Tsahal peut intercepter roquettes et missiles, grâce au « Dôme de fer », composé de radars de trajectographie et de batteries de missiles d’interception de courte portée. En cas d’alerte par des sirènes, les populations des villes se réfugient dans des abris en béton. Par ailleurs, le Hezbollah tente depuis huit ans d’établir une infrastructure opérationnelle au Liban. Il n‘autorise plus les patrouilles de la FINUL (Force intérimaire des nations unies au Liban), à laquelle participe un contingent français. Les formes futures d’un conflit font l’objet de réflexions au sein de Tsahal, en raison des améliorations quantitative et qualitative de l’armement du Hezbollah.

Le Hamas, organisation islamiste palestinienne, contrôle la bande de Gaza depuis sa victoire aux élections législatives de 2006. Il utilise la plus grande partie des subventions de l’Union européenne pour acheter des équipements militaires et non pour développer des infrastructures civiles. Dans sa lutte contre Israël, il recourt d’abord au terrorisme par des attentats suicides qui ont déjà fait 143 victimes civiles. Tsahal a alors construit une barrière de sécurité à sa frontière. Des roquettes ont été lancées, jusqu’à 700 en 48 heures, sur le territoire israélien. Le « Dôme de fer » n‘intercepte que celles visant des zones habitées. Enfin, une vingtaine de tunnels ont été découverts, grâce à une nouvelle technologie israélo-américaine. En outre, un mur souterrain de 55 km et d’un mètre d’épaisseur sera achevé d’ici à la fin de 2020, pour empêcher toute infiltration en Israël.

Loïc Salmon

Moyen-Orient : rivalités entre Arabie Saoudite, Iran et Turquie

Israël : réagir à toute menace directe pour continuer à exister

325 – Dossier : “Israël, continuum défense-sécurité depuis 50 ans”




Défense : 6ème plan triennal du handicap et de l’inclusion

Avec pour objectif l’inclusion totale et la prise en compte des besoins de toutes les personnes handicapées, le « plan handicap » du ministère des Armées dispose de 5,7 M€ entre 2019 et 2021.

A l’occasion de son lancement le 1er octobre 2019 à Paris, le ministère a rappelé qu’il employait 4.139 agents en situation de handicap au 1er janvier 2018, soit un taux de 7,14 % de « bénéficiaires de l’obligation d’emploi ». Conséquence des cinq plans précédents, 9 personnels handicapés sur 10 se déclarent satisfaits de leurs relations professionnelles et 8 sur 10 parviennent à faire abstraction de leur handicap. En 2017, le ministère employait 61.329 personnels civils, dont 4,88 % de personnes handicapées. Le plan fixe un objectif de 6 % à l’horizon 2024.

Mobilisation des compétences. Dans le document de présentation du plan, Florence Parly, ministre des Armées, indique que les personnes porteuses du syndrome d’Asperger (autisme) disposent de qualités singulières très recherchées dans les domaines du renseignement et de la cyberdéfense. Cet atout a fait l’objet d’une convention signée, le 19 juillet 2018, entre le ministère, l’association AFG Autisme et l’université de Toulouse portant sur leur insertion professionnelle dans les métiers de l’informatique, du numérique, de l’exploitation de l’imagerie satellitaire et de la cyberdéfense. Des recrutements ont déjà eu lieu en 2019. L’extension à d’autres domaines est en cours d’exploration. En outre, l’accès des militaires blessés aux emplois civils du ministère fait l’objet d’une réflexion entre les cellules d’aide aux blessés, le Service de santé, l’Office national des anciens combattants et des victimes de guerre, l’Agence de reconversion de la défense, les centres ministériels de gestion et le Service parisien de soutien de l’administration centrale. Les résultats se traduiront par des mesures concrètes proposées par la Direction des ressources humaines. De son côté, dès 2019, la Délégation nationale handicap (DNH) a renforcé ses relations avec le Centre national des sports de la défense et s’est rapprochée de la Fédération française handisport et d’autres fédérations sportives pour valoriser, auprès des sportifs handicapés, les possibilités de recrutement après leur parcours sportif.

Intégration des personnels. Certaines personnes en situation de handicap ressentent, avec une acuité particulière, la fatigue liée aux trajets, au rythme et à l’étendue du temps de présence sur le lieu de travail ainsi qu’aux déplacements sur le site et à leurs obligations de soins. Diverses mesures visent à limiter le surcroît de fatigue de l’agent, tout en améliorant son efficacité. L’Agence de l’innovation (ministère des Armées) et la Fabrique numérique (ministères de la Transition écologique et solidaire et de la Cohésion des territoires) vont développer outils et méthodologies pour mieux prendre en compte les besoins des personnes handicapées.

Formation des cadres. Au premier semestre 2020, la DNH va rééditer le guide « Handicap et vie professionnelle » présentant les acteurs de la chaîne médico-sociale et du handicap, les différentes voies de recrutement et d’accès aux aménagements et aides, en termes financiers et d’organisation, ainsi que le droit des personnes handicapées. En complément, la formation aux dispositifs d’inclusion des personnels handicapés sera renforcée. D’ici à 2021, la DNH et les organismes spécialisés du ministère des Armées vont améliorer l’offre de « formation métier » proposée aux différents acteurs des chaînes de ressources humaines, de l’action sociale et de la prévention.

Loïc Salmon

OPEX : prise en charge et suivi des grands blessés

Blessés psychiques : l’opération « Omega » de réinsertion professionnelle civile

307 – Dossier : “Les blessés en Opex, le retour et après”




Cyberdéfense : ciblage, précaution et proportionnalité

La configuration des cyber-armes permet de réduire au minimum les pertes en vies et les blessures, dans la population civile, et les dommages collatéraux de biens à caractère civil.

Le respect du droit international humanitaire, dans leur emploi sur un théâtre d’opérations, a fait l’objet d’une synthèse publiée par le ministère des Armées en septembre 2019.

Violation de souveraineté. Toute pénétration non autorisée d’un vecteur numérique d’origine étatique, sur les systèmes français, ou toute production de dégâts numériques, sur le territoire français, peut constituer une violation de souveraineté. Certains incidents risquent de susciter des réponses diplomatiques, notamment auprès du Conseil de sécurité de l’ONU. A une cyberattaque atteignant le seuil de l’agression armée, la France se réserve la possibilité d’invoquer la légitime défense, en vertu de l’article 51 de la charte de l’ONU. Ainsi, une cyberattaque entraînera des opérations de lutte informatique défensive dans les cas suivants : atteinte au potentiel de guerre ou économique ; atteinte à la sécurité ou la capacité de survie de la nation ; ingérence dans les affaires intérieures ou extérieures. Le recours à la force, par la lutte informatique offensive, pourrait s’exercer selon plusieurs critères, dont : les circonstances prévalant au moment de la cyberattaque, à savoir l’origine de l’opération et son caractère militaire ou civil ; le degré d’intrusion ; les effets provoqués ou recherchés ; la nature de la cible visée ; la pénétration de systèmes militaires, en vue d’atteindre les capacités de défense ; le financement de l’opération ; l’entraînement d’individus à des attaques informatiques. Face à des cyberattaques répétées, les services de l’Etat, désignés par le Premier ministre, disposent de moyens pour prévenir, anticiper, protéger, détecter et réagir en coordination avec leurs partenaires nationaux et internationaux.  Les contremesures relèvent d’une décision politique, adoptée en opportunité.

Contexte de conflit armé. Comme les autres moyens employés

sur un théâtre d’opération, une cyber-arme produit les mêmes effets de renseignement, neutralisation et « déception » (dissimulation, diversion et manipulation de l’information pour tromper l’adversaire). Une cyber-opération vise exclusivement des infrastructures numériques militaires. Elle reste soumise au champ d’application du droit international humanitaire, car ses effets se produisent sur les territoires des Etats en conflit. En raison des risques induits, à savoir immédiateté de l’action, dualité civile et militaire des cibles et hyper-connectivité des réseaux, l’emploi d’une cyber-arme exige un processus de ciblage numérique spécifique, encadrant toutes les phases de la cyber-opération. Il s’agit d’altérer, de façon temporaire, réversible ou définitive, la disponibilité, l’intégrité ou la confidentialité des données d’un système adverse, par exemple destiné à la neutralisation d’un système d’arme ou la collecte de renseignements. La cyberattaque d’un adversaire se caractérise par le fait que son intervention s’avère nécessaire pour rendre équipements et systèmes visés à nouveau opérationnels. L’intégration d’une cyber-arme dans la manœuvre opérationnelle interarmées repose sur une longue planification de recueil d’informations, afin d’identifier, par la cartographie du réseau ennemi, les objectifs visés. Les cyber-opérations relèvent du chef d’Etat-major des armées, qui bénéficie du soutien de conseillers juridiques pour respecter le droit international humanitaire.

Loïc Salmon

Cyber : nouvelle doctrine pour la lutte informatique

Cyber : capacité interarmées, niveaux stratégique et tactique

Cyberdéfense : soutien pour le renseignement, la protection, la prévention et l’action




Cyberdjihadisme : baisse de la propagande et réorganistion

L’Etat islamique (EI) et Al Qaïda (AQ), principales organisations terroristes, diffusent plutôt leurs messages vers les petites plateformes et les réseaux chiffrés, pour des raisons financières et de « neutralisation » de leurs comptes sur les grands réseaux sociaux.

Cela ressort d’un rapport publié en mai 2019 par le ministère de l’Intérieur (Délégation aux industries de sécurité et à la lutte contre les cybermenaces). L’EI et AQ utilisent les mêmes codes et protocoles de diffusion de propagande terroriste sur internet, à savoir le « web 2.0 » (interactivité alliant complexification de la technologie et simplicité d’utilisation), les applications mobiles et les réseaux sociaux. Ils visent des objectifs similaires : propagande idéologique et recrutement ; financement ; plateforme opérationnelle ; revendication.

Le réseau global de l’EI. La propagande de l’EI à destination de la mouvance occidentale s’est dégradée en termes de qualité et de quantité. Les vidéos de mise en scène de djihadistes francophones depuis la zone syro-irakienne, qu’il contrôlait, ont disparu depuis le second semestre 2017. La perte de son territoire et de nombreuses infrastructures a conduit à une baisse de production de contenus de propagande sur ses organes officiels Nashir News et Amaq. Le magazine Rumiyah a cessé de paraître en 2017. Cependant, le bulletin en pdf Al Naba et les bulletins quotidiens de la radio Al Bayan continuent leur diffusion. Le groupe sympathisant Fursan Upload présente de nouveaux contenus sur plusieurs canaux du réseau chiffré « Telegram » et différents services d’hébergement, dont le « cloud ». Les anciennes productions perdurent, grâce à des services de copie et de sauvegarde. Telegram demeure le premier vecteur de l’EI pour la publicité et de stockage de nouvelles parutions. Par ailleurs, les sympathisants de l’EI ont exprimé leur volonté d’acheter les outils et les services nécessaires à des cyberattaques par les « volontaires en ligne ». Mais leurs capacités offensives internes semblent limitées et guère organisées. En mars 2018, l’EI a tenté, sans succès, de monter le réseau social « Muslim’s Network ». Le recours aux monnaies virtuelles pour financer des attaques terroristes reste marginal.

La mouvance AQ. L’organisation AQ regroupe également d’autres entités, dont AQMI (Maghreb), AQPA (péninsule arabique), AQSI (Sinaï) et Al-Shebbaab (Somalie). Elle dispose des organes de propagande GIMF, Sahab M.dia, Al Malahem et Al Fustaat ainsi que de services de traduction et utilise aussi Telegram. En outre, elle publie régulièrement des infographies de menaces, lors des fêtes religieuses et des événements de société (« gilets jaunes ») ou sportifs (coupe du monde).

 « Pharos » à la rescousse. Le ministère de l’Intérieur a ouvert sur internet le portail « Pharos », permettant de signaler des contenus illicites, notamment la propagande islamiste. Cette plateforme a recueilli 4.550 signalements de contenus à caractère terroriste ou en faisant l’apologie en 2018, contre 6.750 en 2017 et 11.400 en 2016. Elle a transmis : 12.100 demandes de retrait pour les contenus à caractère terroriste, contre 30.634 en 2017 ; 4.877 demandes de « déréférencement » ; 51 demandes de blocage. Depuis le 28 février 2018, elle dispose d’un relais européen, via une connexion avec l’application IRMa d’Europol. Les échanges de données portent sur les transmissions d’adresses URL de contenus terroristes passibles d’un retrait. Au 31 décembre 2018, Pharos a ainsi transmis, à Europol, 69.937 contenus à caractère terroriste.

Loïc Salmon

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Arctique : enjeux stratégiques pour la France

Les nouvelles routes commerciales, maritimes et aériennes, et l’appétence de nouveaux acteurs pour l’exploitation de ses ressources pourraient faire de l’Arctique un espace de confrontation.

Cette conséquence du réchauffement climatique est prise en compte par la France, comme l’indique un document rendu public par le ministère des Armées en septembre 2019.

Intérêt stratégique croissant. La surface de la banquise arctique est passée de 14.000 km2 en 2003 à 7.000 km2 en 2011. Malgré des conditions climatiques encore très contraignantes, le passage par le Nord-Est relie l’Europe à l’Asie en longeant les côtes de la Russie pendant l’été. La distance se réduit à 14.000 km, contre 16.000 km par le passage du Nord-Ouest, 21.000 km via le canal de Suez et le détroit de Malacca et 23.000 km via le canal de Panama. Le projet chinois des « nouvelles routes de la soie » inclut une voie maritime par l’océan Arctique. Depuis le début des années 2000, les progrès technologiques permettent aux compagnies aériennes de développer leurs routes polaires, réduisant de 20 % la durée de vol entre l’Amérique du Nord et l’Asie et entre l’Asie et le Moyen-Orient. En conséquence, la Russie modernise ses infrastructures aéroportuaires. Par ailleurs, l’Arctique constitue un enjeu pour l’Union européenne (UE), car : 50 % de la population de la zone est européenne ; 24 % de sa consommation d’hydrocarbures en provient ; elle y a investi 200 M€ dans la recherche depuis 2002. En effet, sur le plan énergétique, 30 % des réserves de gaz et 20 % de celles de pétrole non encore découvertes dans le monde s’y trouveraient. En outre, 25 % des réserves de terres rares, utilisées dans les matériels électroniques, ont été localisées en Russie et au Groenland. Ces perspectives économiques, la remilitarisation de sa côte Nord par la Russie et les investissements de la Chine entraînent une affirmation de la souveraineté des Etats riverains. Canada, Chine, Etats-Unis, Russie, UE, Allemagne, Danemark, Norvège, Grande-Bretagne et Suède ont publié leur stratégie arctique. Depuis 2016, la France s’est dotée d’une feuille de route nationale sur l’Arctique.

Activités et présence. Le groupe Total possède 20 % du capital de la compagnie russe Yamal LNG, en vue d’une production de 16,5 Mt/an de gaz naturel liquéfié (GNL) dans la péninsule de Yamal, et a pris une participation de 10 % dans le consortium international Arctic 2, pour une production de 19,8 Mt de GNL dans celle, russe, de Gydan. Leurs recherches scientifiques ont donné aux Pays-Bas, à la France, l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie, la Pologne, la Grande-Bretagne et la Suisse le statut d’observateur au Conseil de l’Arctique (Canada, Danemark-Groenland, Etats-Unis, Finlande, Islande, Norvège, Suède et Russie). Dans ce cadre, ont été conclus des accords de coopération pour la recherche et le sauvetage en mer et d’intervention en cas de pollution par hydrocarbures. La France participe à la gouvernance de la zone dans le cadre de l’OTAN et de l’UE.

Participations militaires. Pour assurer la sécurisation de la zone arctique, la France déploie des missions de défense en Alaska, au Canada, au Groenland, en Islande, Norvège, Suède, Finlande et Russie. En 2018, le bâtiment de soutien et d’assistance hauturier Rhône a emprunté le passage du Nord-Est, sans l’aide de brise-glace. La même année, la France, 2ème contributrice, a engagé 2.700 militaires de la Marine nationale et des armées de l’Air et de Terre dans l’exercice OTAN « Trident Juncture 18 » (51.000 militaires de 31 pays) en Norvège, Islande et Atlantique Nord.

Loïc Salmon

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