Marine : missions « Clemenceau 2021 » pour le GAN et « Jeanne d’Arc 2021 » pour le GEAOM

Le groupe aéronaval (GAN) a quitté Toulon le 21 février 2021 pour la mission « Clemenceau » (quatre mois) jusqu’en océan Indien. La mission « Jeanne d’Arc » (146 jours), qui emmène le Groupe école d’application des officiers de marine (GEAOM) jusqu’en mer de Chine et au Japon, est partie de Toulon le 18 février.

Ces deux missions présentent un volet opérationnel avec des spécificités : lutte contre le terrorisme islamiste et renforcement des partenariats pour le GAN ; formation, coopération et assistance humanitaire pour le GEAOM.

Clemenceau 2021. En Méditerranée orientale, le GAN participe à l’opération américaine « Inherent Resolve » contre le djihadisme au Levant, via son intégration au dispositif français « Chammal » de soutien des forces irakiennes, engagées au sol pour détruire les capacités militaires de Daech. Dans le cadre des opérations « Inherent Resolve » et « Agénor » (Union européenne) en mer Rouge, dans le golfe Arabo-Persique et en océan Indien (mer d’Arabie), il approfondit les connaissances des zones traversées et assure une présence opérationnelle, réactive et adaptable pour garantir la sécurité régionale. Le GAN se compose du porte-avions Charles-de-Gaulle, qui embarque : 20 avions de chasse Rafale marine (F3R) ; 2 avions de guet aérien E-2C Hawkeye ; 2 hélicoptères Dauphin pour la sécurité des équipages et les missions de recherche et de secours ; 1 hélicoptère Caïman pour les luttes anti-sous-marine et antinavire et le transport logistique. Il est escorté par : la frégate de défense aérienne et de commandement des opérations aériennes Chevalier-Paul ; la frégate multi-missions Provence, renforcée temporairement par sa jumelle Auvergne, pour les luttes anti-sous-marine et antinavire, l’appui aux opérations terrestres et la projection de puissance, chacune embarquant un hélicoptère Caïman ; un sous-marin nucléaire d’attaque pour le recueil de renseignement, l’intervention contre des enaces navales ou sous-marines et la mise en œuvre de forces spéciales ; le bâtiment de commandement et de ravitaillement Var. En outre, un avion de patrouille maritime Atlantique-2, basé à terre, assure, pour le GAN, des missions de renseignement en haute mer, de lutte anti-sous-marine et, éventuellement, de puissance de feu sur des objectifs terrestres par des bombes guidées laser. « Clemenceau 2021 » prévoit la participation partielle de la frégate belge Leopold-1er, d’une frégate grecque et du destroyer américain Porter.

Jeanne d’Arc 2021. Dans le cadre de la présence française ans la zone indopacifique, le GEAOM intègre la « Combined Task Force 150 » de la coalition internationale en océan Indien, pour lutter contre les trafics et activités illicites liées au terrorisme et sécuriser les espaces maritimes. Il contribue au maintien de la connaissance des zones et de l’étude de leurs évolutions, afin d’anticiper l’apparition des crises tout en conservant une liberté autonome d’appréciation de la situation. Le GEAOM se compose du porte-hélicoptères amphibie Tonnerre et de la frégate Surcouf. Outre un groupement tactique et des hélicoptères de l’armée de Terre, les deux navires embarquent 148 officiers de Marine en formation, dont 14 femmes, 8 enseignes de vaisseau étrangers (Allemagne, Cameroun, Côte d’Ivoire, Madagascar, Togo et Viêt Nam) et 5 officiers invités (Egypte, Ethiopie, Indonésie, Malaisie et Maroc). « Jeanne d’Arc 2021 » inclut des exercices majeurs avec les Marines d’Inde, d’Australie, du Japon et des Etats-Unis.

Loïc Salmon

L’océan Indien : enjeux stratégiques et militaires

Marine nationale : l’aéronavale, tournée vers les opérations

Marine nationale : opération « Agénor » et missions « Foch » et « Jeanne d’Arc »

 




Afrique : l’opération « Barkhane », créer de l’incertitude chez l’adversaire

Quoiqu’affaiblies par les actions conjointes et imprévisibles de la force Barkhane et de ses partenaires, les organisations terroristes du Sahel veulent toujours exporter le djihadisme.

Le général de division Marc Conruyt, commandant la force Barkhane dans la bande sahélo-saharienne, a présenté la situation le 11 février 2021 lors d’une visioconférence avec la presse à Paris.

Deux actions majeures. Une première opération de grande ampleur dénommée « Bourrasque », lancée contre l’organisation « Etat islamique au grand Sahara » (EIGS), s’est déroulée du 28 septembre au 1er novembre 2020 dans le Liptako Gourma, zone frontière entre le Mali et le Niger. Elle a mobilisé 3.000 militaires, dont 1.600 Français de la force Barkhane et 1.400 des forces armées maliennes et nigériennes, avec des moyens aériens français, britanniques, américains et danois. La seconde opération dénommée « Eclipse », qui a visé le « Rassemblement pour la victoire de l’islam et des musulmans » (RVIM), a eu lieu dans la région de Mopti (Mali), près de la frontière avec le Burkina Faso, du 2 au 20 janvier 2021 sur une zone d’environ 300 km sur 450 km. Elle a mobilisé 3.400 militaires, dont 1.500 de la force Barkhane et 1.900 des forces armées du Burkina Faso, du Mali et du Niger. Au cours des deux opérations, la précision du renseignement a permis de déjouer les modes opératoires adverses.

Les conséquences. Selon le général Conruyt, « Bourrasque » a cassé la dynamique qu’avait l’EIGS en 2019. Ce dernier, qui a perdu des ressources en combattants et armements, fuit désormais le combat. Toutefois, il conserve une capacité de nuisance contre des cibles civiles au Niger. Lors de l’opération « Eclipse » le RVIM a subi des pertes moindres que l’EIGS et se montre plus agressif. Porteur d’un projet politique, le RVIM recourt à l’intimidation des populations, l’embrigadement des jeunes, l’action indirecte, le renseignement et la manipulation de l’information. La désinformation, qui existe depuis longtemps dans la bande sahélo-saharienne, exerce une influence sur les populations locales avec un écho parmi certains cercles à Bamako, mais n’a guère d’effet important sur le terrain, précise le général Conruyt. La force Barkhane procède aussi à des actions informationnelles, en complément des autres moyens à sa disposition. De son côté, à partir de sa base arrière dans la région, l’organisation « Al-Qaïda au Maghreb islamique » tente d’exporter le djihadisme, notamment vers le Mali et le Bénin et dispose de cellules dormantes en Côte d’Ivoire et au Sénégal.

Les partenariats. La task force européenne Takuba, composée notamment de membres des forces spéciales tchèques et estoniennes, accompagne les unités maliennes qui conservent leur liberté d’action. La compréhension de la menace, indique le général Conruyt, repose sur le partage de renseignement avec les pays partenaires et frontaliers ainsi que sur une coordination avec les forces françaises stationnées en Côte d’Ivoire, au Sénégal et au Gabon. Enfin, les Etats-Unis maintiennent une coopération importante en matière de renseignement, de ravitaillement en vol et de transport stratégique.

L’avenir de « Barkhane ». A l’issue du sommet des 15-16 février à N’Djamena (Tchad) avec les dirigeants du G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad), le président de la République, Emmanuel Macron, a exclu, dans l’immédiat, toute baisse des effectifs de la force Barkhane (5.100 militaires).

Loïc Salmon

Afrique : quelles perspectives pour l’opération « Barkhane » ?

Bande sahélo-saharienne : opérations aériennes, permanence et réactivité

Afrique : soutiens intégrés à l’opération « Barkhane »




Stratégie : éviter le déclassement de l’Europe

Les affirmations de puissance de la Russie, de la Chine, de l’Iran et de la Turquie ainsi que les confrontations hybrides et multiformes mettent en péril la sécurité internationale, avec un risque de déclassement stratégique pour l’Europe. En conséquence, la France réactualise sa « Revue stratégique ».

Alice Guitton, directrice générale des relations internationales et de la stratégie du ministère des Armées, a présenté le document « Actualisation stratégique 2021 » (AS 2021) à la presse, le 21 janvier 2021 à Paris. Dans la préface, la ministre des Armées, Florence Parly, souligne que le bouleversement social et économique majeur dû au Covd-19 a approfondi les clivages et rapports de forces, suscitant de nouvelles tensions sur les ressources et surtout catalysant les menaces.

Amplification des menaces. L’AS 2021 confirme les grandes menaces déjà identifiées dans la Revue stratégique de 2017, indique Alice Guitton : terrorisme djihadiste ; prolifération des armes de destruction massive NRBC (nucléaire, radiologique, biologique et chimique) ; intensification de la compétition militaire de la Russie et de la Chine, qui exploitent l’intégralité des champs de confrontation, dont le cyber et l’espace. En outre, se généralisent des stratégies hybrides, pratiquées notamment par l’Iran et la Turquie, pour exploiter les vulnérabilités des sociétés ouvertes, démocratiques et tolérantes. Pour y faire face, la défense de la France remonte en puissance avec trois objectifs. D’abord, un modèle d’armée complet permettra d’agir dans les champs matériels et immatériels et sur le spectre d’intervention le plus large possible pour conserver la liberté d’action et entraîner des pays partenaires. Ensuite, la base industrielle et technologique de défense joue un rôle majeur dans l’économie française. Enfin, il s’agit de renouveler les capacités nécessaires pour préparer la guerre de demain, y compris un conflit de haute intensité.

Intérêts occidentaux partagés. Dans leur majorité, indique Alice Guitton, les pays européens partagent la vision stratégique de la France ainsi que les Etats-Unis pour la liberté d’action en mer. Les administrations américaines ont maintenu un dialogue en vue de relations équilibrées sur l’ensemble des théâtres. Toutefois, souligne l’AS 2021, l’incertitude de la volonté politique des Etats-Unis à s’engager dans des crises régionales aux frontières de l’Union européenne (UE) rend nécessaire de bâtir un véritable pilier européen de défense et de sécurité, en cohérence avec les évolutions de l’OTAN. Cela implique de consolider l’Europe de la défense, de réduire ses dépendances extérieures et d’élaborer des réponses communes aux agressions hybrides. L’insuffisance des engagements opérationnels de l’UE en Méditerranée et en Afrique pourra être comblée par : l’amélioration des structures européennes de commandement ; le renforcement de l’action commune dans les domaines maritime et aérien ; le partage de moyens opérationnels et de points d’appui dans les zones stratégiques ; l’amélioration des outils d’appréciation de situation et la mise en place de la « Facilité européenne pour la paix ». Afin d’accroître leur interdépendance technologique et industrielle pour assumer leurs responsabilités partagées, les Etats membres bénéficieront du Fonds européen de défense destiné à mettre en cohérence leurs outils capacitaires, grâce à de nouveaux équipements et technologies. La nécessité, pour l’UE, d’une plus grande indépendance se vérifie déjà dans la téléphonie mobile 5 G, l’intelligence artificielle et l’énergie.

Loïc Salmon

Défense : face aux menaces, un modèle d’armée complet

Défense : la stratégie énergétique, un atout opérationnel pour la résilience

Prospective 2030 : tendances lourdes consolidées et ruptures technologiques prévisibles




Armée de l’Air et de l’Espace : « Skyros 2021 », mission en interalliés en Eurasie

Pour démontrer sa capacité à intervenir à grande distance et sous court préavis, l’armée de l’Air et de l’Espace (AAE) entreprend la mission « Skyros 2021 » (20 janvier – 5 février) », qui se déroule jusqu’en Inde.

La projection de puissance. Placée sous le commandement opérationnel de l’Etat-major des armées, « Skyros 2021 » vise à former les équipages français aux missions exigeantes de la projection et à valoriser l’interopérabilité avec les armées de l’Air des pays partenaires concernés : Djibouti, Inde, Emirats arabes unis, Egypte et Grèce. Cette mission mobilise 170 aviateurs, 4 avions de chasse Rafale B, 2 avions de transport militaire polyvalents A400M Atlas, 1 avion de transport et de ravitaillement A330 Phénix et 15 t (190 m3) de fret. Elle met en œuvre des moyens d’appui à la manœuvre aérienne, à savoir transit, systèmes d’information et de communication et protection défense, à partir d’une structure de commandement centralisées basée à Lyon-Mont-Verdun. Chaque escale donne l’occasion d’entraînements communs : combats aériens, ravitaillements en vol croisés et raids conjoints. « Skyros 2021 » constitue un jalon capital pour l’AAE en vue de pouvoir déployer, à partir de 2023, 20 Rafale et 10 A330 Phénix jusqu’à 20.000 km en 48 heures. Cette mission s’inscrit dans la stratégie de défense de la France dans les zones Asie-Pacifique, Proche et Moyen-Orient et bassin méditerranéen.

Les escales. Le traité de coopération en matière de défense, signé en 2011 avec la République de Djibouti, permet d’y stationner 1.500 militaires français, capables d’accueillir et de projeter rapidement des forces en cas de crise dans la sous-région, vers l’océan Indien ou le Moyen-Orient. La base aérienne 188 abrite l’escadron de chasse 3/11 « Corse », équipé de Mirage 2000-5, et l’escadron de transport 88 « Larzac », équipé d’hélicoptères Puma et d’avions de transport tactique, logistique et de fret Casa CN-235. L’espace aérien de 250 km de long et de 200 km de large permet des exercices grandeur nature au milieu du désert. L’ancienne coopération aéronautique avec l’Inde a été consolidée par l’achat de 36 Rafale en 2016. Les armées de l’Air indienne et française se côtoient lors de l’exercice multilatéral « Pitch Black » en Australie (2018), l’escale en Inde de la mission « Pégase » (2018) et l’exercice bilatéral « Garuda », organisé tous les deux ans en France ou en Inde. Le dernier s’est déroulé en 2019 à Mont-de-Marsan avec la participation de 4 avions de chasse indiens SU-30. La base aérienne française 104 aux Emirats arabes unis permet une projection de force dans la zone indopacifique et une présence préventive, nécessaire à un engagement immédiat. Outre le partenariat opérationnel dans la lutte anti-drones ou la guerre électronique, l’AAE participe aux exercices majeurs de défense aérienne « Desert Flag » et « Falcon Shield ». Le plan annuel de coopération entre la France et l’Egypte porte notamment sur la formation, les échanges, les exercices et les équipements. Déjà détentrice de Mirage 2000, l’Egypte a acheté 24 Rafale en 2015. « Skyros 2021 » renforce les capacités aériennes communes pour contribuer à la sécurité et à la stabilité dans la région. Membres de l’Union européenne et de l’OTAN, la Grèce et la France maintiennent des positions similaires en matière de sécurité. La Force aérienne hellénique dispose de Mirage 2000 et a signé un contrat d’achat de 18 Rafale en janvier 2021. L’AAE va participer à l’édition 2021 de l’exercice « Iniochos » en Grèce.

Loïc Salmon

Armée de l’Air : « Pégase 2018 », projection lointaine dans le Pacifique

Armée de l’Air : CDAOA, permanence et réactivité

Patrouille de France, la tournée américaine de 2017

 




Blessés psychiques : « ATHOS », la proximité contre la solitude

Le dispositif « ATHOS » de réhabilitation sociale, expérimental et gratuit, s’adresse aux blessés psychiques en opération, qu’ils soient encore en activité, en congé maladie ou qu’ils aient quitté les armées, ainsi qu’à leur famille.

ATHOS a été présenté à la presse le 15 janvier 2021 à Paris par : le commissaire général de 2ème classe Christophe Daurel (photo), chef du groupe de travail ministériel ; Renaud Ferrand, directeur général de l’Institution de gestion sociale des armées (IGESA) ; le médecin chef Xavier Desruelles, conseiller santé du chef d’état-major de l’armée de Terre. En 2019, les armées ont déploré 42 blessés psychiques en opérations extérieures et 231 troubles psychiques.

« Boîte à outils ». ATHOS a été ouvert le 4 janvier 2021, indique le commissaire général Daurel. Il constitue une offre complémentaire pour permettre aux militaires blessés psychiques de se relever dans un environnement non médicalisé, combinant accompagnement psychosocial, projet de vie et reprise d’activités. Chaque cas est particulier. Il s’agit de placer le blessé au centre de son parcours et de sa reconstruction. ATHOS, destiné à couvrir tout le territoire métropolitain dans un premier temps, comporte déjà deux maisons : l’une à Cambes (Gironde) et l’autre à Toulon (Var). Chacune peut accueillir 90 blessés, pris en charge par 3 accompagnateurs. Le parcours de reconstruction nécessite le volontariat du blessé, sa participation à la gestion de la maison, la progressivité et la personnalisation du programme. Ce dernier compte cinq domaines : vie relationnelle affective et familiale ; bien-être ; place de la personne dans la société ; administration et gestion de la vie quotidienne et courante ; emploi et activités. Devoir de la nation envers ses combattants blessés psychiquement, ATHOS est expérimenté pendant au moins un an avec des équipes civiles et militaires. Il comprend un dispositif d’évaluation interne et un comité mixte (membres civils et militaires) de suivi et de surveillance externe. ATHOS a noué des partenariats avec l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre et bénéficie d’une convention opérationnelle avec l’IGESA.

Soutien de l’IGESA. Cette convention, signée le 27 octobre 2020, porte sur la gestion et le soutien juridique, administratif et financier des maisons ATHOS, assurés par l’IGESA, indique Renaud Ferrand. Celle-ci leur fournit des équipes de « permanents » et des intervenants extérieurs mobilisables à tout moment. Organisme de droit privé, elle emploie 1.246 salariés et dispose de 130 établissements, 50 crèches et 100 colonies de vacances. En 2020, elle a traité 44 demandes de séjours de blessés en opérations extérieures, soit 154 personnes avec les familles et accompagnateurs.

Parcours global de santé. Le Service de santé des armées (SSA) prend en charge les blessés psychiques en opération après leur passage dans un hôpital militaire, souligne le médecin chef Desruelles. Après identification des volontaires potentiels par les comités multidisciplinaires des blessés en service, il valide leur projet. Un militaire malade psychiquement doit accepter de rentrer dans un processus non médicalisé, complémentaire de l’offre de soins existants et d’une durée aléatoire. Le SSA participe au contrôle, au retour d’expérience et à la recherche dans ce domaine. Il intervient dans le recrutement et la formation des équipes d’assistance sociale. ATHOS complète les actions de réhabilitation du Centre national de sports de la défense et de l’Institution nationale des Invalides (maison médicalisée des blessés).

Loïc Salmon

Blessés psychiques : agir vite, au plus près et de façon continue

Blessures et sports adaptés : reconstruction physique et psychique

Blessés psychiques : l’opération « Omega » de réinsertion professionnelle civile




Europe : l’autonomie stratégique, réflexion et construction d’une capacité

L’efficacité d’une politique de sécurité commune entre les Etats membres de l’Union européenne (UE) s’appuie sur des capacités militaires appropriées.

Benjamin Hautecouverture, maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique, l’a expliqué dans un « podcast » audio diffusé le 12 novembre 2020 à Paris.

Communauté de destins. La crise sanitaire du Covid-19 provoque une crise économique durable, qui détourne l’attention politique sur l’autonomie stratégique de l’UE. Outre la fracture interne du « Brexit », cette dernière constate : la résurgence de la Russie comme acteur stratégique agressif ; des inquiétudes diverses quant à la garantie de la sécurité américaine ; une appréhension vis-à-vis de la Chine ; la perception de menaces diverses à ses frontières du Sud-Est et du Sud. Benjamin Hautecouverture souligne le manque de capacité militaire en matière de partage de l’information et d’inégalité dans les investissements de défense entre les Etats membres. Le manque collectif d’investissements, de l’ordre de 300 Mds$, pourrait être comblé en vingt ans. En ce qui concerne sa sécurité, l’UE se scinde en trois groupes : les tenants de la garantie américaine en cas de conflit en Europe ; ceux favorables à une autonomie stratégique plus poussée, prenant en compte les armes nucléaires stratégiques britanniques et françaises (France, Allemagne, Italie et Espagne) ; ceux partisans d’un désarmement nucléaire radical (Autriche notamment). L’idée d’une politique européenne de sécurité a préparé la voie au traité franco-britannique de Lancaster House (2010), à l’Initiative européenne d’intervention (2018) et à certaines dispositions du traité franco-allemand d’Aix-la-Chapelle (2019). Elle se concrétise dans les programmes de coopération : projet de drone MALE (moyenne altitude longue endurance) ; missions et opérations militaires européennes ; mise en concurrence des Etats générateurs de forces pour des missions civiles ou militaires. Parmi elles, figurent les opérations « Atalante » de lutte contre la piraterie le long de la côte somalienne et « Sofia » contre les passeurs de migrants en Méditerranée.

Ambition française. L’approche de la France en matière d’autonomie stratégique européenne porte sur les moyens de l’action militaire. A l’appui, Benjamin Hautecouverture cite le président de la République Emmanuel Macron dans son discours à l’Ecole de guerre en février 2020, dans la ligne de ses prédécesseurs Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande : « La France vit dans un tissu d’intérêts qui s’étend au-delà de ses frontières. Elle n’est pas isolée. L’Europe occidentale, dans son ensemble, ne peut pas ne pas bénéficier indirectement de la dissuasion française, qui est un facteur stable et déterminant de la sécurité européenne. » La France souhaite façonner une « culture stratégique européenne partagée ». Selon cette logique exprimée par le président, le désarmement n’est pas une fin en soi, mais doit permettre d’accroître la sécurité de tous. Son discours vise à reconstruire une politique européenne du désarmement sous des considérations de stricte sécurité et non sur des considérations idéologiques ou humanitaires. Il s’agit de comprendre la dynamique de l’escalade d’un conflit et de chercher à la prévenir ou à l’éviter par des normes claires et vérifiables. La prise en compte de l’évolution des armements contemporains doit permettre de défendre les intérêts européens et ce qui apparaît favorable à la préservation de la stabilité stratégique du continent.

Loïc Salmon

Europe : défense future, la dimension militaire

Europe : une défense commune par des réalisations progressives et protéiformes

Défense : montée en puissance de l’Initiative européenne d’intervention

 




Bande sahélo-saharienne : opérations aériennes, permanence et réactivité

L’armée de l’Air et de l’Espace (AAE) assure des missions de renseignement, protection et soutien logistique au profit des forces terrestres et africaines de l’opération « Barkhane » au Sahel.

Le général Stéphane Virem, commandant la brigade des opérations aériennes, les a présentées au cours d’une visioconférence organisée le 17 décembre 2020 entre Paris et la base aérienne projetée de Niamey (Niger).

Les missions. A la suite du sommet de Pau, qui a réuni en janvier 2020 les chefs d’Etat de France et du G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad), l’AAE contribue au renforcement des capacités militaires des Etats de la région et de ceux du golfe de Guinée, du Sénégal à l’Angola. Elle participe au combat contre les groupes armés terroristes « Etat islamique dans le Grand Sahara » et « Rassemblement pour la victoire de l’Islam et des musulmans ». Les opérations sont conduites et commandées depuis la France. Le Poste de commandement interarmées de théâtre, installé à N’Djamena (Tchad), détermine les objectifs et les effets à produire. Ses demandes sont traduites en missions précises par le Centre de conduite des opérations aériennes (base de Lyon-Mont Verdun) qui définit les modes d’actions et les moyens aériens adéquats à envoyer sur les bases aériennes projetées de Niamey et N’Djamena. Les missions portent sur : le renseignement et la surveillance ; les frappes aériennes de neutralisation et de réassurance ; le ravitaillement en vol, le transport et l’aérolargage (28 opérations de largage et 240 t de fret en 2020) ; les évacuations sanitaires médicales sur un hôpital de théâtre et éventuellement des rapatriements en métropole. A titre indicatif, 103 sorties ont été organisées entre le 9 et le15 décembre 2020 : 26 pour le renseignement et la surveillance ; 32 pour la chasse (appui au sol) ; 45 pour le ravitaillement et le transport. Par ailleurs, le partenariat opérationnel « Air » assure la montée en puissance des forces africaines partenaires par des formations sur les deux bases aériennes projetées. Ainsi 100 soldats maliens et nigériens ont reçu une formation de guetteurs aériens tactiques avancés en 2019 et 70 en 2020. A terme et en liaison avec le Centre de formation au Sénégal, un centre d’expertise Air sera constitué pour le G5 Sahel, intégrant l’appui de troupes au sol, le transport, le renseignement, la maintenance et la planification des opérations aériennes.

Les moyens. L’opération « Barkhane » mobilise notamment 5.100 militaires, 280 blindés lourds, 220 blindés légers, 400 véhicules logistiques et 20 hélicoptères. La base aérienne projetée de Niamey abrite : 1 avion de transport polyvalent A 400M ; 1 avion ravitailleur C-130J ; 2 avions ravitailleurs C-135 ; 7 avions de chasse Mirage 2000D ; 1 système de drones Reaper (2 shelters et 3 drones) renforcé par 1 système Reaper Block 5 au premier semestre 2021 ; 1 avion de transport tactique allemand C-160 Transall ; 1 avion de patrouille maritime ATL2 mais de façon temporaire. En outre, des avions cargos Casa sont déployés au Sahel : 2 français à N’Djamena ; 1 français à Gao (Mali) ; 2 espagnols à Dakar (Sénégal). Par ailleurs, des renforts ponctuels sont envoyés de France : A 400 M, C-130, C-160 ou A330 MRTT (transport ou ravitaillement). En cas de besoin, des avions ravitailleurs américains peuvent intervenir : 2 KC-135 de la base de Moron (Espagne) ; 1 C-130J de la base de Ramstein (Allemagne). Un officier américain est impliqué dans les opérations ariennes.

Loïc Salmon

Afrique : une base aérienne projetée pour « Barkhane »

Afrique : soutiens intégrés à l’opération « Barkhane »

Armée de Terre : un état-major de forces immédiatement projetable




Défense et sécurité : la réserve, résilience et cohésion nationale

L’engagement dans la réserve constitue une référence pour la résilience en cas de crise, affectant la sécurité du pays, et une contribution à la cohésion nationale.

Cette question a fait l’objet d’une visioconférence organisée, le 24 novembre 2020 à Paris, par l’Institut de relations internationales et stratégiques. Y sont notamment intervenus : la générale Véronique Batut, secrétaire générale de la Garde nationale (Gn) ; Jean-Marie Bockel, ancien ministre et sénateur ; le professeur Sébastien Jakubowski, directeur de l’Institut national supérieur du professorat et de l’éducation de Lille.

Témoin et ambassadeur. La réserve de masse, constituée par les appelés du contingent a été remplacée, lors de la professionnalisation des armées au début des années 2000, par la réserve d’emploi, rappelle la générale Batut. Cette nouvelle réserve a servi à renforcer les effectifs des armées, protéger les sites de défense et maintenir le lien Armée-Nation. Créée le 16 octobre 2016, la Gn y a intégré les réserves de la Police et de la Gendarmerie. Elle développe le partenariat avec les employeurs civils (800 accords conclus) et renforce son action sur les territoires avec ses 150 correspondants. Elle dispose de moyens budgétaires maintenus par la loi de programmation militaire 2019-2025 et le ministère de l’Intérieur. Face aux besoins futurs de personnels pour la cyberdéfense, le renseignement et la police, elle vise à un engagement plus fort des réservistes, en leur garantissant une employabilité dans le secteur civil par la valorisation de leurs missions auprès du grand public. La formation reçue en matière de résilience leur permettra de réagir en période de crise dans leur activité professionnelle. La Gn doit se préparer aux changements de société et de comportement, avertit sa secrétaire générale, car les jeunes d’aujourd’hui n’hésitent pas à changer de métier au cours de leur parcours.

Proximité et gouvernance. Auteur d’un rapport sénatorial pour redynamiser les réserves après les attentats terroristes de 2015-2016, Jean-Marie Bockel souligne que les armées ne peuvent plus fonctionner sans la réserve opérationnelle. La Police et la Gendarmerie, qui assurent la sécurité de proximité, ne disposent pas encore des ressources de réservistes au niveau souhaité en cas de crises grave (climat, troubles sociaux ou terrorisme organisé). Outre la constitution d’unités de réservistes dans les départements à proximité des bases de défense, le sénateur préconise la restauration de l’Inspection générale des réserves au sein de l’institution militaire.

Risques et leviers. La professionnalisation des armées a produit une « indifférence positive » à l’égard de l’institution, souligne Sébastien Jakubowski. Les armées ont perdu leur circuit d’alimentation naturelle. Mais on ne devient pas réserviste sans un lien avec elles. L’engagement dans la réserve, soutenu dans les administrations publiques et les grands groupes, s’avère plus difficile dans les entreprises petites, moyennes et de taille intermédiaire. Sa valorisation passe par le Service national universel (en cours d’élaboration), le sens du collectif consécutif à la crise du Covid-19 et la montée en puissance de la Gn. Toutefois, la réserve militaire risque de se trouver reléguée à des missions de second ordre, à la suite de formations déconnectées de celles des personnels d’active. La légitimation de la Réserve, perçue comme réservoir de ressources via la chaîne formation, entraînement et fidélisation, tirerait profit du nom « Force militaire non permanente ».

Loïc Salmon

Défense : la réserve opérationnelle, outil indispensable aux armées

Garde nationale : objectif, fidéliser les réservistes

SNU : succès du module « Défense et mémoire »




Covid-19 : désinformation et…contrôle supra-étatique ?

La désinformation sur la crise sanitaire du Covid-19, via internet, a pris une ampleur telle que seuls les GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft), et non les Etats eux-mêmes, semblent en mesure de contrer.

Cette question a fait l’objet d’une visioconférence organisée, le 16 novembre 2020 à Paris, par l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). Y sont intervenus : François-Bernard Huyghes, directeur de recherche à l’IRIS ; Gérard Grizbec, journaliste et chercheur associé à l’IRIS ; Cécile Guérin, chercheuse à l’Institute for Strategic Dialogue (ISD), « think tank » basé à Londres.

« Fake News ». L’ISD analyse les réseaux sociaux au moyen d’algorithmes spécifiques pour détecter les tendances en ligne, qui se manifestent selon un clivage « politique » gauche-droite, explique Cécile Guérin. La désinformation a augmenté récemment de 15 % en Grande-Bretagne via des discours contre le confinement ou sur la théorie du « complot » venue des Etats-Unis, selon laquelle un groupe puissant agit dans l’ombre pour détruire la démocratie. En Allemagne, la désinformation a conduit à des manifestations contre les restrictions sociales, le gouvernement et le milieu scientifique. A l’origine, ce terme désignait la propagande et les moyens techniques soviétiques contre les médias occidentaux, rappelle François-Bernard Huyghes. Après la chute de l’URSS et la guerre du Golfe (1990-1991), la désinformation (armes de destruction massive) a été utilisée par un Etat (les Etats-Unis) contre un autre (l’Irak). Depuis, les « Fake News » racontent sur les réseaux sociaux un événement, qui n’a pas eu lieu (photos truquées), en vue d’une manipulation. Depuis 2016, elles engendrent la crainte que ces réseaux constituent une voie de désinformation et distillent le soupçon à l’égard des médias, gouvernements et experts scientifiques. S’y superpose l’affrontement géopolitique entre la Chine et les Etats-Unis sur le Covid-19.

Efficacité. La Chine tire parti du succès de sa lutte contre la pandémie grâce à sa « diplomatie sanitaire », indique François-Bernard Huyghes. Celle-ci contribue à l’affirmation de sa puissance, via les « Nouvelles Routes de la Soie », et à l’accroissement de son influence en vantant l’excellence de son régime politique. Par ailleurs, indique Cécile Guérin, la désinformation utilise la parole de l’expertise en profitant des tensions au sein de la communauté médicale, faute de connaissance suffisante du Covid-19. Sur internet, des vidéos opposent l’expérience des médecins de terrain à l’expertise des ministères et des grandes institutions de la Santé pour discréditer la gestion de la pandémie par les gouvernements.

Réactions. La presse passe plus de temps à vérifier la véracité d’une vidéo, qui suscite l’émotion, qu’à rechercher de l’information, souligne Gérard Grizbec. Cette vérification devrait s’accompagner d’une régulation des plates-formes numériques et d’un cadre législatif dans le contexte de prolifération de l’information, de désinformation et de « mésinformation » (partage d’une information tronquée sans en être l’auteur et sans intention de nuire), estime Cécile Guérin. Les GAFAM utilisent déjà de nombreux algorithmes et « modérateurs » humains pour lutter, au départ, contre la pornographie et l’incitation à la haine, souligne François-Bernard Huyghes. Par la suite, ils ont fermé des milliers de comptes et censuré beaucoup de contenus, selon leurs propres critères de décision et sans en référer à des autorités démocratiquement élues.

Loïc Salmon

Défense : information falsifiée, internet et réseaux sociaux

Géopolitique : la souveraineté démocratique face aux GAFA

Chine : diplomatie « sanitaire » via les « Routes de la Soie »




Défense : doute sur le respect de la LPM par suite du Covid-19

La hausse budgétaire annuelle de 3 Mds€ pendant trois ans de suite, prévue dans la loi de programmation militaire (LPM) 2019-2025, semble menacée par les mesures socio-économiques consécutives à la pandémie du Covid-19.

Telle est l’opinion du député François Cornut-Gentille, membre de la commission des finances de l’Assemblée nationale et rapporteur spécial sur la défense. Il l’a expliqué au cours d’une rencontre en visioconférence organisée, le 4 novembre 2020 à Paris, par l’Association des journalistes de défense.

Nécessité d’un débat public. Le Parlement pose des questions au gouvernement, sans complaisance ni agressivité délibérée, en vue d’un débat, rappelle François Cornut-Gentille. Selon lui, les trois étapes de 3 Mds€ résultent d’abord de la démission du chef d’Etat-major des armées, le général Pierre de Villiers, en 2017, puis du souci de l’Exécutif de tenir parole pour rester crédible. Elles entrent dans la cadre de la demande de l’OTAN de porter le budget de défense de chaque Etat membre à 2 % de son produit intérieur brut. Cet objectif, que pourraient rappeler les industriels de défense et leurs sous-traitants, semble désormais difficile à atteindre. Le débat parlementaire sur la défense devrait porter aussi sur le modèle d’armée, conçu pour une durée de 30-40 ans en cohérence avec le contexte géostratégique des années 1990, devenu de plus en plus complexe. Ainsi, le budget des opérations extérieures est passé de 400 M€/an à environ 1,2-1,6 Md€/an aujourd’hui. A l’époque, explique le député, le dépassement, inéluctable, était comblé par le « collectif budgétaire » interministériel (loi de finances rectificative) voté en fin d’année. Mais les armées ne disposent plus de ce dispositif pour payer également les dépenses imprévues comme : les réparations du sous-marin nucléaire d’attaque Perle, endommagé par un incendie le 12 juin 2020 ; l’achat, annoncé en septembre, par la Grèce de 18 avions Rafale d’occasion prélevés sur le parc de l’armée de l’Air, qui devra les remplacer par des appareils neufs. Cela sera gérable si la LPM est respectée, sinon une période d’incertitude s’ouvrira sur les choix à déterminer, avertit François Cornut-Gentille.

Diplomatie de défense et dissuasion. Dans son rapport intitulé « Défense : préparation de l’avenir », le député explique notamment l’influence et l’action de la Direction générale des relations internationales et de la stratégie (DGRIS) du ministère des Armées. Moteur de la montée en puissance du G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad) et de la participation de l’Allemagne, de l’Estonie et de la Grande-Bretagne à la stabilisation du Sahel, la DGRIS organise le rendez-vous annuel de Dakar sur la sécurité et la paix en Afrique. Elle a resserré les liens avec l’Australie, l’Inde, le Japon, la Malaisie, Singapour, l’Indonésie, le Brésil et les Emirats arabes unis. Elle soutient l’engagement des moyens militaires français pour la défense de la libre circulation navale et aérienne en mer de Chine méridionale. Par ailleurs, indique le rapport, la dissuasion nucléaire repose sur la crédibilité des outils de simulation, dont les supercalculateurs. Ils sont classés chaque année selon leur capacité cumulée en TFLOP/seconde (mesure de la rapidité de calcul et donc d’une partie de la performance). En juin 2019, ceux de la France arrivaient en 5ème position derrière ceux des Etats-Unis, de la Chine, du Japon et de l’Allemagne, mais devant ceux de l’Italie, de la Suisse, de la Corée du Sud, de la Grande-Bretagne, de Taïwan, de l’Espagne et de l’Inde.

Loïc Salmon

Défense : budget 2021, commandes et livraisons

Armement : la DGA, la défense d’aujourd’hui et de demain

Défense : vers 2 % du Produit intérieur brut à l’horizon 2025