DGA : une industrie d’armement forte, pilier de la souveraineté

La souveraineté du système de défense français se construit sur une solide industrie d’armement, qui repose notamment sur l’investissement, l’innovation et l’exportation.

Tel est l’enjeu majeur de la Direction générale de l’armement (DGA), dont le bilan 2016 a été présenté à la presse, le  6 mars 2017 à Paris, par son délégué général, Laurent Collet-Billon.

L’investissement. Pour équiper les forces, la DGA a dépensé 10,8 Md€ en 2016 et s’est engagée sur 9,8 Md€ en 2017. Pour préparer l’avenir, elle a dépensé 804 M€ en études amont et s’est engagée sur 672 M€. En 2016, les livraisons incluent : 1 lot de missiles M51 pour les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) ; 8 Rafale ; 2 avions de transport tactique A400M ; 1 système de drones moyenne altitude longue endurance Reaper ; 6 hélicoptères d’attaque Tigre ; 6 hélicoptères de transport tactique NH90 ; 1 frégate multi-missions ; 2 bâtiments multi-missions (B2M) ; 10 modules projetables du système d’information des armées ; le système numérique Auxylium pour « smartphone » ou tablette, qui permet de se passer des réseaux de téléphonie mobile en cas de crise. En 2016, les commandes ont porté sur : les équipements sécurisés cyber ; le programme de télécommunications militaires sécurisées Descartes ; les drones tactiques Patroller ; 2 avions légers de surveillance et de reconnaissance ; les roquettes à guidage laser ; la rénovation des avions Mirage 2000 D ; un système de drones de guerre des mines ; les AASM block 4 (armements air-sol modulaires) ; la rénovation à mivie du missile de croisière Scalp EG ; un 4ème système de drones Reaper ; 4 avions de transport tactique C-130J, dont 2 capables de ravitailler des hélicoptères en vol ; le programme FOMEDEC (formation modernisée et entraînement différencié des équipages de chasse) ; le fusil d’assaut allemand HK-41F, qui remplacera le Famas ; le véhicule léger tactique polyvalent ; le programme CERBERE (centres d’entraînement représentatifs des espaces de bataille et de restitution des engagements) ; 2 bâtiments d’assistance et de soutien hauturier ; un 4ème B2M.

L’innovation. Les grands projets portent d’abord sur la modernisation de la dissuasion nucléaire : 2 nouveaux SNLE ; le système de missiles M51 au-delà de 2021 ; le successeur du missile ASMP-A (air sol moyenne portée amélioré). Ensuite, le système de combat aérien futur inclut la mise en réseau du Rafale. Enfin, le combat aéroterrestre prend en compte la robotisation et l’intelligence artificielle sur le champ de bataille. De nouvelles orientations stratégiques seront données aux organismes sous tutelle de la DGA (Ecole Polytechnique, Supaéro, ONERA et doctorants) avec des contrats d’objectifs et de performance 2017-2021. En 2017, le projet « DGA Lab » sera lancé auprès des « start up » et des petites et moyennes entreprises spécialisées dans la recherche duale, à usage civil et militaire. Par ailleurs, 80 experts en informatique ont été recrutés en 2016 sur un objectif de 2.600 « combattants numériques » d’ici à la fin 2019.

L’exportation. Les partenariats avec les pays étrangers apportent une visibilité sur le long terme aux chaînes de production et aux bureaux d’études pour le maintien d’une longueur d’avance technologique. Le 19 janvier 2017, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a annoncé plus de 20 Md€ de prises de commandes (+ 3 Md€ en un an), grâce à la vente de 12 sous-marins à propulsion classique à l’Australie.

Loïc Salmon

DGA : 2015, un excellent millésime pour l’armement

« DGA Innovation » : rendre les projets possibles et rentables sur le long terme

DGA : la révolution numérique et industrielle de l’impression 3D




Trafics d’armes : les Balkans, fournisseurs du terrorisme international et du crime organisé

La circulation des armes légères à partir des Balkans compromet le retour à la paix dans ces pays en fin de conflit. Elle constitue aussi une menace internationale en s’étendant très loin en Europe.

Cette question a fait l’objet d’un colloque organisé, le 24 janvier 2017 à Paris, par le Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité (GRIP), l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS) avec le soutien de la Direction générale des relations internationale et de la stratégie (DGRIS) du ministère de la Défense. Y sont notamment intervenus : le commissaire de police Philippe Félix-Uncanin, attaché de sécurité intérieure pour la Serbie et le Monténégro ; Laurent Gonçalves, coordinateur du pôle interministériel de lutte contre la criminalité organisée en Europe du Sud-Est (ministère des Affaires étrangères) ; Philippe Nobles, ministère de l’Intérieur ; Nils Duquet, Institut flamand pour la paix.

Flux et réseaux. Les Balkans constituent une zone prioritaire d’action contre les trafics d’armes en raison des attentats terroristes des trois dernières années en France et en Belgique, souligne le commissaire Félix-Uncanin. Selon le rapport 2015 de l’Union européenne (UE) sur le crime organisé, les flux d’armes légères et de petit calibre (ALPC) viennent principalement des Balkans occidentaux, zone traditionnelle de trafics de cigarettes et de stupéfiants. En outre, l’éclatement progressif de la Yougoslavie à partir de 1990 a donné naissance à des Etats faibles, qui contrôlent mal leur territoire : Slovénie, Croatie, Bosnie-Herzégovine, Macédoine, Serbie, Monténégro et Kosovo. La défense territoriale, mise en place par le maréchal Tito en 1969, reposait sur des actions de partisans qui devaient rester armés. En conséquence, une étude (2002) de l’organisation non gouvernementale Saferworld évalue à environ 6,1 millions d’ALPC, dont 3,7 millions de fusils d’assaut, étaient disponibles en 1989 et réparties entre l’armée nationale yougoslave, la défense territoriale, la police, les civils détenteurs de port d’arme et les armes détenues illégalement. Elles étaient stockées sur tout le territoire fédéral, notamment dans 653 dépôts en Bosnie-Herzégovine en mai 1990 et réduits par la suite à 48. Ces dépôts, souvent des cours d’école et des sous-sols de restaurants difficiles à contrôler, se trouvent encore à 60 % en Serbie et Bosnie-Herzégovine. Les industries d’armement de Bosnie-Herzégovine, Croatie, Serbie et Monténégro produisent toujours des ALPC et des munitions bon marché et fiables. Ainsi, l’usine de Kragujevac (Serbie) fabrique des fusils d’assaut (calibre 5,56 mm), fusils-mitrailleurs (7,62 mm), fusils spéciaux pour tireurs d’élite (7,62 mm et 12,7 mm) et pistolets automatiques (9 mm), exportés massivement, et celle de Mojkovac (Monténégro) des fusils d’assaut (5,56 mm) et des pistolets (9 mm). Outre le vol d’armes directement sur les chaînes de fabrication, la protection des stocks reste insuffisante. Ainsi, le 7 novembre 2016 à Belgrade, 70 pistolets, 5 fusils d’assaut et 1.700 munitions ont disparu d’un dépôt de l’armée, sans vidéosurveillance. La modestie des soldes facilite la corruption des militaires : 300 € par mois pour un sous-officier et 900 € pour un officier. Ces trafics alimentent le marché du crime organisé en Serbie (25 groupes connus), les zones de conflits et certains pays de l’UE (Suède, Allemagne, Pays-Bas, Luxembourg, Belgique et France).

Ils profitent souvent de leurs liens avec des membres des diasporas serbe et monténégrine. Transportées essentiellement sur des petites routes de montagne, les armes sont dissimulées dans des autocars ou des véhicules privés. Les groupes criminels organisés albanophones agissent en Albanie et en Grèce. Les slavophones serbes, monténégrins et Bosnie-Herzégovine s’intéressent plutôt à l’Europe occidentale. Beaucoup travaillent de manière artisanale avec des cellules de 3 à 10 personnes, qui se livrent au trafic d’armes lors d’un accès occasionnel à un stock en vue de protéger celui des stupéfiants, de très loin plus lucratif : le premier se monte à 3 M€ en France, soit plus de 1.000 fois moins que le second. Le ciblage du trafic d’APLC nécessite une grande capacité de renseignement dans les pays producteurs pour identifier les points faibles des structures et de la réglementation. Sur ses 1.000 km de frontières avec 8 pays, la Serbie ne compte que 94 postes, peu gardés, car de gros effectifs sont déployés contre le trafic de migrants. Le transport d’APLC s’effectue en général de nuit, à bord de véhicules immatriculés dans des Etats membres de l’UE pour profiter de la liberté de circulation de l’espace Schengen (22 membres de l’UE et la Norvège, la Suisse, le Liechtenstein, l’Islande, Monaco, Saint-Marin et le Vatican). Les attachés européens de sécurité intérieure résidant dans les pays producteurs d’APLC échangent renseignements et analyses et participent à la formation de leurs capacités de contrôle.

Coopérations possibles. Les coopérations bilatérales en matière de lutte contre les trafics d’APLC existent avec la Serbie, le Monténégro, la Macédoine, l’Albanie et la Bosnie-Herzégovine, mais restent très inégales d’un pays à l’autre, explique Laurent Gonçalves. A l’exception des rapports entre la Serbie et le Kosovo, la coopération au niveau régional paraît satisfaisante, grâce à des accords techniques et aux bonnes relations opérationnelles avec la Bulgarie et la Hongrie, qui voient en outre affluer les migrants, et la Macédoine et la Croatie, qui veulent les arrêter. Sur le plan international, des outils existent: les organisations non gouvernementales SELEC et SEESAC (élimination et contrôle des trafics APLC en Europe du Sud-Est et de l’Est) et l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe envoient des missions sur le terrain. Toutefois, il y a peu de coordination entre elles, en raison de la non application des textes et du manque de volonté politique et de moyens humains et financiers. Le Programme des nations unies pour le développement rencontre peu de succès dans ce domaine en Serbie, où la population craint la police. En outre, selon Laurent Gonçalves, le mode de rémunération de la collecte d’armes nécessite une remise à plat, car leur vente à un trafiquant rapporte davantage.

Dispositif français. Selon Philippe Nobles, la réponse aux attentats de 2015 s’est traduite par : l’instauration de l’état d’urgence ; les enquêtes sous pseudonyme ; la « « cyberpatrouille » ; l’infiltration des réseaux ; les « coups d’achat d’ALPC avec présomption du caractère organisé du trafic et peines aggravées ; les observations transfrontières avec les douaniers. D’autres mesures incluent : le renfort de la collecte et de l’analyse du renseignement avec bases de diffusion sur les trafics d’APLC, fichiers et liaison avec Europol ; la centralisation de l’analyse stratégique des attachés de sécurité intérieure ; la création d’une unité de police de renseignement franco-serbe, bientôt suivie d’une unité similaire en Bosnie-Herzégovine en 2017.

Loïc Salmon

La Douane : actions tournées vers la défense et l’international

Lutte contre le trafic de drogue : réponse internationale

Les flux d’armes légères des réseaux criminels partent de la Serbie et des zones frontalières avec le Kosovo, le Monténégro, la Macédoine et la Bulgarie. Nils Duquet a répertorié les fusillades de masse en Europe entre 2009 et 2015 : mars 2009, 15 morts en Allemagne ; décembre 2009, 5 morts en Finlande ; juin 2010, 12 morts en Grande-Bretagne ;  août 2010, 7 morts en Slovaquie ; juillet 2011, 67 morts en Norvège ; septembre 2011, 6 morts aux Pays-Bas ; décembre 2011, 6 morts en Belgique ; mars 2012, 4 morts en France (Toulouse et Montauban) ; avril 2012, 5 morts en Macédoine ; septembre 2012, 4 morts en France (Chevaline) ; février 2013, 4 morts en Suisse ; avril 2013, 13 morts en Serbie ;  mai 2014, 4 morts en Belgique ; novembre 2014, 4 morts en Albanie ; janvier 2015, 17 morts en France (Paris) ; février 2015, 8 morts en République Tchèque ; mai 2015, 4 morts en Italie ; août 2015, 4 morts en France (Roye) ; novembre 2015, 130 morts en France (Paris).




Recherche stratégique : comprendre, analyser, expliquer

Préserver la capacité à penser et agir de manière autonome afin de garantir la liberté et la sécurité, tel est le premier objectif de la recherche stratégique.

Son renouveau a fait l’objet d’un colloque organisé, le 25 janvier 2017 à Paris, par la Direction générale des relations internationales et de la stratégie (DGRIS) du ministère de la Défense. Y sont notamment intervenus : Philippe Errera, directeur de la DGRIS ; un général de brigade (Air) de l’Etat-major des armées ; le général de corps d’armée Christophe Gomart, directeur du Renseignement militaire ; Nathalie Leclerc, Secrétariat général pour l’administration.

Enjeu crucial. La compréhension, l’analyse et l’explication des phénomènes de déstructuration et de recomposition de l’environnement stratégique sont indispensables pour éviter un décalage de la politique d’aujourd’hui et la préparation de l’avenir par rapport aux défis et menaces. Philippe Errera l’explique : « Il nous faut donc comprendre pour anticiper. Anticiper une menace qui se joue de nos faiblesses, dans toutes leurs dimensions sociale, politique, économique et militaire, lorsque le rapport de force lui est ponctuellement favorable. Il nous faut ensuite comprendre pour agir en liant les deux pôles : le décisionnel et l’académique, afin de réduire la distance entre le savoir et le pouvoir dans un monde où les institutions gouvernementales n’ont pas, loin s’en faut, le monopole de l’information et de l’expertise. » Or depuis une quinzaine d’années, de nombreux rapports soulignent la fragilité structurelle de la recherche stratégique sur les questions de défense de la France, pourtant engagée en première ligne dans des opérations extérieures. Le contexte international actuel facilite la concurrence des idées, doctrines et concepts. Ainsi de nombreux acteurs émergents, notamment en Asie,  accompagnent leur volonté de puissance d’une stratégie d’influence fondée sur une recherche de plus en plus innovantes. Pour inverser cette tendance et garantir à moyen terme la satisfaction des besoins nationaux, la DGRIS a proposé, en 2015, une réforme du dispositif ministériel de soutien à la recherche stratégique portant sur un financement du ministère de la défense de près de 10 M€ par an dans le domaine des sciences humaines et sociales. Ce soutien inclut : une réforme des relations avec les instituts privés de recherche ; la création en France des « Biennales des études de défense », en coopération avec une institution universitaire de renom à chaque édition ; la transformation de l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire (IRSEM) en un centre de référence en la matière.

Rôle de la DGRIS. La DGRIS pilote l’action internationale du ministère de la Défense en coordination avec l’Etat-major des armées (EMA), la Direction générale de l’armement (DGA) et le Secrétariat général pour l’administration  (SGA). Responsable des travaux de prospective, elle coordonne la préparation du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale et son actualisation régulière. En liaison avec l’EMA, la DGA et le SGA, elle veille à l’articulation entre la stratégie de défense et la loi de programmation militaire. Chargée du pilotage du réseau des missions de défense à l’étranger, elle définit la stratégie d’influence internationale du ministère. Outre la lutte contre la prolifération, la maîtrise des armements et le désarmement, elle coordonne le contrôle des exportations de matériels de guerre et assimilés et de biens à double usage. En 2015, elle a traité 5.562 demandes de licences d’exportation ou de transfert d’armement. Son service « Europe, Amérique du Nord et action multilatérale » prépare les sommets de l’OTAN et les Conseils de l’Union européenne en matière de défense et d’affaires étrangères. Il suit les opérations de maintien de la paix de l’ONU et contribue aux résolutions du Conseil de sécurité (Libye, Mali et Centrafrique récemment). Il suit en permanence 46 pays, organise 13 dialogues stratégiques  par an dans un cadre bilatéral et a obtenu la signature de 26 plans de coopération en 2015. Le service « Questions régionales » contribue à la politique internationale  envers les Etats d’Amérique latine d’Afrique, du Proche et Moyen-Orient, d’Asie et d’Océanie et valide les plans de coopération de défense.

Besoins et attentes des décideurs. La recherche permet d’intégrer une stratégie militaire à celle de la nation, indique le général de l’EMA. Il s’agit de penser le futur en dépassant le cadre de la guerre. L’EMA a besoin d’éclairages sur les aspects sociétaux non militaires, qui doivent être opératoires et pas seulement intellectuels. Il demande des études prospectives à la DGRIS, selon un cahier des charges définies au préalable, à savoir des travaux thématiques (le djihadisme par exemple) ou géographiques. De son côté, la Direction du renseignement militaire (DRM) a besoin de la recherche explique le général Gomart. Elle a accueilli une vingtaine de docteurs et autant de doctorants, dont les travaux ne sont pas rendus publics. Capable d’anticiper de 0 à 2 ans, la DRM coopère avec la DGRIS pour les études prospectives au-delà. Des groupes d’anticipation stratégique sont chargés de renseigner le chef d’Etat-major des armées et le ministre de la Défense. Par exemple, l’aviation syrienne a effectué un bombardement ciblé sur un quartier d’Alep, car habité par des gens venus d’un village dépendant d’une faction rebelle. La DRM recoupe cette information avec ses propres « capteurs » sur le terrain et fusionne le tout avec les recherches universitaires ouvertes, en vue d’une analyse plus fine. Certaines études, réalisées par des chercheurs habilités au « secret défense », restent en « interne ». La montée en puissance des chercheurs facilite la discussion et l’orientation des recherches, notamment en sciences humaines. Le projet « Intelligence Campus » vise à faire travailler ensemble le Centre du renseignement opérationnel, des chercheurs et des petites et moyennes entreprises civiles, françaises et européennes. Le Secrétariat général pour l’administration (SGA) emploie 15.000 personnels, dont un tiers de civils, explique Nathalie Leclerc. Outre un service de soutien, il compte 6 directions : affaires financières ; ressources humaines ; affaires juridiques ; mémoire, patrimoine et archives ; service national ; infrastructures de la Défense. Parfois, la direction des affaires juridiques fait appel à quelques doctorants sur des sujets techniques. Au sein de la direction des affaires financières et en liaison avec des universitaires ou des centres de recherche, l’Observatoire économique de la défense réalise des « études prospectives et stratégiques », consultables sur le site de la DGRIS. Enfin, le SGA dispose d’un état-major chargé de faire remonter les besoins en matière de prospective.

Loïc Salmon

Stratégie : au-delà de l’ennemi présent, imaginer celui de demain

Géopolitique : frontières ignorées et affrontements futurs

Le réseau de la Direction générale des relations internationales et de la stratégie (DGRIS) compte : 87 missions de défense française (279 personnels) pour 165 pays couverts, dont 78 en non résidence ; 170 attachés militaires et de défense étrangers accrédités en France, représentant une centaine de nations ; 500 stagiaires étrangers accueillis chaque année dans les écoles de formation et d’application des officiers. La préparation des rencontres ministérielles bilatérales inclut : 92 pays suivis en permanence par le service des questions régionales ; 26 dialogues stratégiques par an ; 6 crises régionales suivies en 2015 ; 36 plans de coopération signés en 2015. La loi de finances 2016 a fixé à 1,295 Md€ le budget de la DGRIS. Son directeur est l’un des grands subordonnés du ministre de la défense avec le chef d’Etat-major des armées, le délégué général pour l’armement et le secrétaire général pour l’administration. Le Pôle relations internationales militaires de l’Etat-major des armées compte des bureaux de coopération bilatérale auprès des états-majors de la Marine nationale et des armées de Terre et de l’Air. Enfin, la Direction générale de l’armement dispose d’une direction des relations internationales.




Marines : le porte-avions, outil militaire et diplomatique pour agir loin

Symbole d’une Marine océanique dont les grands pays veulent se doter quand ils n’en disposent pas déjà, le porte-avions permet de défier les dénis d’accès dans la durée et de s’adapter aux conflits futurs.

Le capitaine de vaisseau Eric Malbrunot, commandant le porte-avions Charles-De-Gaulle, a présenté les capacités opérationnelles de ce type de navire au cours d’une conférence-débat organisée, le 18 janvier 2017 à Paris, par le Centre d’études stratégiques de la Marine.

Un succès mondial. Le porte-avions donne une liberté d’action en haute mer, de jour comme de nuit. Mais sa complexité entraîne une maintenance continue dès sa mise à l’eau. En outre, la conduite de son aviation embarquée, longue à acquérir, nécessite une pratique régulière, une maîtrise des processus et une chaîne de commandement. Le parc mondial, qui comptait 19 bâtiments fin 2016, devrait se monter à 28 dans 3 ans. Il se répartit ainsi : Etats-Unis, 10 et 1 en projet/construction, soit 11 en 2020 ; France, 1 (1 en 2020) ; Brésil, 1 (2) ; Italie, 2 (2) ; Espagne, 1 sous cocon (1) ; Inde, 2 (3) ; Chine, 1 (4) ; Grande-Bretagne, 0 (2) ; Russie, 1 (2). Actuellement, seuls les porte-avions américains et français sont dotés de catapultes pour le décollage et de brins d’arrêt pour l’atterrissage, qui donnent une allonge considérable à l’aviation embarquée en raison de la possibilité de ravitaillement en vol. Ceux des autres pays sont configurés avec un tremplin pour avions à décollage court et atterrissage vertical, opérations qui consomment beaucoup de carburant. L’emploi de ces avions impliquent un choix en matière de poids : plus de bombes pour frapper plus fort, mais à courte distance, ou plus de kérosène pour aller davantage dans la profondeur du théâtre d’opérations,  mais avec un impact moindre. La Chine a construit des pistes d’atterrissage sur des îlots inhabités pour affirmer sa souveraineté en mer de Chine. En outre, son porte-avions peut choisir le meilleur endroit en fonction des conditions météorologiques. La Grande-Bretagne a décidé de se doter à nouveau de 2 porte-avions à tremplin avec réapprentissage de l’aéronautique navale. De son côté, l’Inde va équiper un ancien bâtiment russe d’une catapulte pour pouvoir embarquer des avions de 25 t. Celui de la Russie peut conduire une opération aéronavale, notamment en Syrie.

Le cas français. Le groupe aéronaval rassemblé autour du porte-avions Charles-De-Gaulle a connu 3 déploiements, dénommés  « Arromanches », en 2 ans. Le premier a eu lieu dans le golfe d’Aden et en Méditerranée (février-mai-2015) pour renforcer les liens avec les pays riverains amis et la connaissance de l’environnement du théâtre. Le deuxième (novembre 2015-mars 2016) avait notamment pour objectifs de renforcer la contribution française à l’opération en coalition Inherent Resolve (Chammal pour la France) au Levant, d’assumer le commandement de la Task Force 50 dans le golfe Arabo-Persique et de renforcer l’interopérabilité avec les pays membres de la coalition. Le troisième (septembre-décembre 2016) a porté sur l’appui des forces irakiennes au sol et les frappes dans la profondeur. Les moyens de renseignement du Rafale donne des informations très précises et une vision oblique complétant celle, verticale, des satellites. Outre le commandement, la conduite et la coordination d’opérations aériennes, l’avion de guet Hawkeye a assuré la couverture de la zone où se trouvaient les bâtiments russes et les systèmes sol/air syriens (renseignements d’origine électromagnétique). Ces renseignements ont été fusionnés avec ceux des autres navires et des pays alliés. Pour la dissuasion, la Force d’action navale nucléaire (FANu) est installée sur le Charles-De-Gaulle, dont les Rafale de standard F3 emportent le missile nucléaire aérobie ASMPA. Le centre d’opération de la FANu, implanté à Six-Fours (Var), prépare et suit l’exécution des ordres du président de la République. Le Rafale, capable de parcourir plusieurs milliers de km avec des ravitaillements en vol, peut tirer l’ASMPA à très basse altitude, à très grande vitesse et par tous les temps.

Loïc Salmon

Symbole d’une Marine océanique dont les grands pays veulent se doter quand ils n’en disposent pas déjà, le porte-avions permet de défier les dénis d’accès dans la durée et de s’adapter aux conflits futurs.

Le capitaine de vaisseau Eric Malbrunot, commandant le porte-avions Charles-De-Gaulle, a présenté les capacités opérationnelles de ce type de navire au cours d’une conférence-débat organisée, le 18 janvier 2017 à Paris, par le Centre d’études stratégiques de la Marine.

Un succès mondial. Le porte-avions donne une liberté d’action en haute mer, de jour comme de nuit. Mais sa complexité entraîne une maintenance continue dès sa mise à l’eau. En outre, la conduite de son aviation embarquée, longue à acquérir, nécessite une pratique régulière, une maîtrise des processus et une chaîne de commandement. Le parc mondial, qui comptait 19 bâtiments fin 2016, devrait se monter à 28 dans 3 ans. Il se répartit ainsi : Etats-Unis, 10 et 1 en projet/construction, soit 11 en 2020 ; France, 1 (1 en 2020) ; Brésil, 1 (2) ; Italie, 2 (2) ; Espagne, 1 sous cocon (1) ; Inde, 2 (3) ; Chine, 1 (4) ; Grande-Bretagne, 0 (2) ; Russie, 1 (2). Actuellement, seuls les porte-avions américains et français sont dotés de catapultes pour le décollage et de brins d’arrêt pour l’atterrissage, qui donnent une allonge considérable à l’aviation embarquée en raison de la possibilité de ravitaillement en vol. Ceux des autres pays sont configurés avec un tremplin pour avions à décollage court et atterrissage vertical, opérations qui consomment beaucoup de carburant. L’emploi de ces avions impliquent un choix en matière de poids : plus de bombes pour frapper plus fort, mais à courte distance, ou plus de kérosène pour aller davantage dans la profondeur du théâtre d’opérations,  mais avec un impact moindre. La Chine a construit des pistes d’atterrissage sur des îlots inhabités pour affirmer sa souveraineté en mer de Chine. En outre, son porte-avions peut choisir le meilleur endroit en fonction des conditions météorologiques. La Grande-Bretagne a décidé de se doter à nouveau de 2 porte-avions à tremplin avec réapprentissage de l’aéronautique navale. De son côté, l’Inde va équiper un ancien bâtiment russe d’une catapulte pour pouvoir embarquer des avions de 25 t. Celui de la Russie peut conduire une opération aéronavale, notamment en Syrie.

Le cas français. Le groupe aéronaval rassemblé autour du porte-avions Charles-De-Gaulle a connu 3 déploiements, dénommés  « Arromanches », en 2 ans. Le premier a eu lieu dans le golfe d’Aden et en Méditerranée (février-mai-2015) pour renforcer les liens avec les pays riverains amis et la connaissance de l’environnement du théâtre. Le deuxième (novembre 2015-mars 2016) avait notamment pour objectifs de renforcer la contribution française à l’opération en coalition Inherent Resolve (Chammal pour la France) au Levant, d’assumer le commandement de la Task Force 50 dans le golfe Arabo-Persique et de renforcer l’interopérabilité avec les pays membres de la coalition. Le troisième (septembre-décembre 2016) a porté sur l’appui des forces irakiennes au sol et les frappes dans la profondeur. Les moyens de renseignement du Rafale donne des informations très précises et une vision oblique complétant celle, verticale, des satellites. Outre le commandement, la conduite et la coordination d’opérations aériennes, l’avion de guet Hawkeye a assuré la couverture de la zone où se trouvaient les bâtiments russes et les systèmes sol/air syriens (renseignements d’origine électromagnétique). Ces renseignements ont été fusionnés avec ceux des autres navires et des pays alliés. Pour la dissuasion, la Force d’action navale nucléaire (FANu) est installée sur le Charles-De-Gaulle, dont les Rafale de standard F3 emportent le missile nucléaire aérobie ASMPA. Le centre d’opération de la FANu, implanté à Six-Fours (Var), prépare et suit l’exécution des ordres du président de la République. Le Rafale, capable de parcourir plusieurs milliers de km avec des ravitaillements en vol, peut tirer l’ASMPA à très basse altitude, à très grande vitesse et par tous les temps.

Loïc Salmon

Marines : coopérations accrues dans les dix prochaines années

Marine nationale : mission « Arromanches 3 » du GAN en Méditerranée orientale

Marine nationale : emploi de l’ensemble des moyens




Moyen-Orient : mondialisation, identités et territoires

Dans la désorganisation économique et sociale d’une partie du Moyen-Orient, des organisations non étatiques violentes poursuivent des objectifs différents sinon contradictoires, à savoir la démocratie, la loi islamique ou un État.

Ces fractures régionales ont été abordées lors d’un colloque organisé, le 15 décembre 2016 à Paris, par le Conseil supérieur de la formation et de la recherche stratégiques. Y sont intervenus : Henry Laurens, professeur au Collège de France ; Myriam Benraad, spécialiste de l’Irak et du monde arabe ; Boaz Ganor, directeur de l’Institut international sur le contre-terrorisme (Israël) ; Xavier Raufer, criminologue.

Monde arabe en expansion. Au XIXème siècle, explique Henry Laurens, la révolution industrielle favorise les échanges entre pays arabes et européens : céréales et matières premières contre produits manufacturés. Privée du coton américain par la guerre de Sécession (1861-1865), l’Europe va en acheter aux pays arabes qui en développent la culture. Entre 1880 et 1914, tout le continent américain connaît une forte immigration arabe, consécutive notamment à l’interdiction des immigrations chinoise et japonaise aux États-Unis. Après la première guerre mondiale et suite aux mandats de la France sur les provinces de l’ex-Empire ottoman qui deviendront le Liban et la Syrie, de nombreux commerçants libanais viennent s’installer dans son empire colonial d’Afrique subsaharienne. Parallèlement, de grandes banques arabes voient le jour en Palestine et en Égypte. A partir de 1945, les régimes socialistes arabes, qui dépendent de l’assistance soviétique, vont évincer les classes moyennes chrétiennes d’Orient qui émigrent alors aux États-Unis et en Europe de l’Ouest. Dans les années 1960, la rente pétrolière des pays du golfe Arabo-Persique attire une main d’œuvre arabe, africaine, asiatique et même européenne (cadres). L’exportation de capitaux arabes vers les pays industrialisés facilite l’intégration de la haute société capitaliste des pétromonarchies à celles des États-Unis et d’Europe. L’anglais est devenue la langue courante au Moyen-Orient, où le français reste très présent. Le monde arabe cumule particularismes et richesse culturelle, grâce à la formation de ses cadres sur trois continents.

Dialectique des contradictions. Le Moyen-Orient n’est pas fracturé, mais provincialisme et affinités locales côtoient les identités transnationales, souligne Myriam Benraad. Le communautarisme perdure depuis la fondation des États, avec des confrontations et coexistences sur un terrain assez complexe, où la dislocation des économies locales provoque un chômage massif chez les jeunes. La modernité implique la rationalité comme norme, avec État de droit et services minima (eau et électricité). Mais ce discours ne colle pas à la réalité du terrain. Ainsi, après la bataille de Falloujah (Irak, 2004), la population n’y est pas revenue car l’habitat, détruit, n’est pas encore reconstruit. Une autre réthorique invente une nouvelle société pré-moderne, où l’identité repose sur des allégeances claniques, tribales ou religieuses. Ce “califat” imaginaire exerce une influence certaine via les réseaux sociaux et internet. La Syrie projette une image « orientalisante » de violence et de décomposition interne. L’Irak a vu la désintégration de son territoire depuis l’invasion de l’armée américaine en 2003. L’autorité de l’État s’est effondrée, remplacée par un nouveau type de gouvernance avec des centres autonomes disposant de leur propre administration. Les milices chiites utilisent l’appareil étatique avec l’approbation de la population, en raison de l’incurie du gouvernement central. Selon Myriam Benraad, l’armée irakienne, qui n’a jamais été nationale, est infiltrée depuis des années par des éléments partisans. De son côté, l’État islamique (Daech), résultante des différents mouvements islamistes qui se sont succédé depuis une centaine d’années, exerce son autorité sur les territoires conquis en Syrie et en Irak depuis 2014. Il parvient aussi à recruter et mobiliser des sympathisants parmi des ressortissants de pays non arabes, en vue de perpétrer des attentats terroristes n’importe où dans le monde.

Perception israélienne. Les “printemps arabes”, déclenchés en 2011 par des jeunes démocrates libéraux, ont porté les Frères musulmans et autres mouvements salafistes au pouvoir, rappelle Boaz Ganor. A l’exception de la Tunisie, tous ces régimes se sont effondrés, créant des enclaves d’instabilité en Libye, Égypte, Syrie et Irak. Diverses organisations terroristes « hybrides » se sont infiltrées dans des pays musulmans, africains, asiatiques et occidentaux. Certaines, élues démocratiquement, contrôlent des territoires et répondent aux besoins fondamentaux des populations, à savoir de l’eau, un système éducatif et une police, mais n’oublient pas l’enseignement religieux ! Cette situation leur donne une légitimité, qui stupéfie la communauté internationale. Or, souligne Boaz Ganor, Israël la connaît depuis des années avec le Hamas à Gaza et le Hezbollah en Syrie et au Liban. La politique américaine de limitation de l’action des organisations terroristes, par la neutralisation de leurs dirigeants, la confiscation de leurs avoirs financiers et le blocage de leurs achats d’armes, subit un « effet boomerang » en retour. En 2014, l’administration Obama a lancé une opération en coalition contre Daech en Syrie et en Irak, uniquement avec des frappes aériennes et sans troupes au sol. Or, seule une intervention terrestre peut combattre efficacement ces organisations hybrides, qui se mêlent aux populations civiles. La donne change en 2015 avec l’intervention de l’aviation russe en Syrie pour épauler l’armée du régime de Bachar el-Assad, qui s’en trouve conforté. Plusieurs stratégies, réalistes ou non, semblent envisageables par la coalition occidentale engagée contre Daech. D’abord, les opinions publiques n’accepteraient pas des frappes aériennes plus intenses, qui causeraient d’importants dommages collatéraux, ni une intervention terrestre coûteuse en pertes humaines militaires. Une option consisterait à laisser la Russie éradiquer seule Daech. Mais les États-Unis y perdraient probablement le soutien de leurs alliés au Proche-Orient (Israël et certains pays arabes). En outre, la Russie obtiendrait un véritable retour sur ses investissements : légitimation du régime syrien ; retour durable au Proche-Orient ; liberté d’action en Ukraine et en Europe de l’Est. Finalement, une solution possible combinerait une campagne de bombardement en coalition et une intervention de forces spéciales… tout en essayant de respecter le droit humanitaire !

Loïc Salmon

Moyen-Orient : situation complexe et perspectives

Israël : réagir à toute menace directe pour continuer à exister

Iran : acteur incontournable au Moyen-Orient et au-delà

Depuis le XIXème siècle, toutes les idéologies, convergent vers une uniformisation de la planète, estime Xavier Raufer. Lénine voyait en l’impérialisme le stade suprême du capitalisme, mais c’est l’inverse qui s’est produit depuis la chute du mur de Berlin (1989), souligne le criminologue. Après la guerre froide, sont apparues des zones “grises” où l’État-nation n’existe plus. Depuis le second conflit mondial, chaque période d’affrontement s’est caractérisée par une figure du combattant : le parachutiste des guerres de décolonisation, puis le guérillero d’Amérique latine et le fedayin en keffieh du Moyen-Orient. Selon Xavier Raufer, celui d’aujourd’hui ressemble à un être hybride, entre le participant au crime organisé et le terroriste « pur jus » des années 1990.




Armée de Terre : l’action militaire pour préserver la souveraineté

Les armées interviennent en appui de l’action diplomatique de l’Etat. Les forces terrestres assurent une contrainte physique et humaine sur le terrain avec une discrimination de l’emploi de la force.

Ce thème a fait l’objet d’un colloque organisé, le 19 janvier 2017 à Paris, par le Centre de doctrine et d’enseignement du commandement. Y sont notamment intervenus : Patricia Adam, présidente de la commission de la défense nationale et des forces armées de l’Assemblée nationale ; le général d’armée (2S) Henri Bentégeat, ancien chef d’Etat-major des armées et ancien chef du comité militaire de l’Union européenne (UE) ; le général d’armée Jean-Pierre Bosser, chef d’état-major de l’armée de Terre ; Caroline Galactéros-Luchtenberg, directrice du cabinet de conseil privé et de formation en intelligence stratégique Planeting.

Ruptures et glissements. L’image des armées s’est considérablement améliorée depuis la disparition du service militaire, facteur fort d’antimilitarisme, indique le général Bentégeat. Le retour de leur engagement sur le territoire national, devenu quasiment un désert militaire, a renforcé leur visibilité. Parallèlement, l’indépendance nationale a disparu des structures nationales et des textes officiels. Au sein de l’UE, la mutualisation des moyens militaires de transport, renseignement satellitaire, formation et maintien en condition opérationnelle constitue une délégation temporaire de souveraineté. Cette dernière est occasionnellement transférée lors des coalitions par la perte du commandement opérationnel, mais préservée par le contrôle opérationnel au jour le jour des forces françaises. Sauf au Sahel et en Côte d’Ivoire, celles-ci ont été engagées dans des coalitions sous l’égide de l’OTAN ou de l’UE. La chaîne de commandement national définit les buts d’une opération extérieure et fixe les règles et les limitations d’engagement. Mais, précise le général, cela ne garantit pas que l’emploi des forces françaises se fera comme souhaité au départ, faute de pouvoir contrôler tout ce qui se passe au sein d’une coalition « ad hoc ». Quand les Etats-Unis fournissent 75 % des moyens, il est difficile de leur demander des comptes. Cependant, l’autonomie stratégique de la France demeure grâce aux contributions de sa capacité de renseignement national et de son industrie d’armement

Evolution du commandement. Le retour à la guerre depuis 1995 avec l’engagement des armées dans de multiples opérations extérieures a changé les liens entre les responsables politiques et les militaires. Le processus décisionnel politico-militaire, devenu rapide, efficace et démocratique, est unique en Europe, explique le général Bentégeat. Via son état-major particulier, le président de la République, chef des armées, entretient un lien direct avec le chef d’Etat-major des armées (CEMA) qui, lui, prend le commandement opérationnel de toutes les forces engagées. Conseiller militaire du gouvernement, ce dernier assiste au conseil de défense restreint hebdomadaire. En revanche, la place du ministre de la Défense dans la chaîne de commandement reste ambigu. Outre ses responsabilités traditionnelles de préparation et d’organisation des armées, il assure, depuis 2013, celle de leur emploi, mais pas s’il est « opérationnel » qui reste du ressort du CEMA. De son côté, le Parlement doit autoriser la prolongation d’une opération extérieure tous les 4 mois et procède aux auditions directes de responsables militaires pour avoir une meilleure visibilité des armées. Toutefois, avertit le général Bentégeat, la grande réactivité de la chaîne de commandement risque de conduire à un « suremploi » des forces armées, qui obéissent sans faille au président de la République…comme les diplomates !  L’historien et politologue Raymond Aron (1905-1983) avait défini la puissance d’une nation par sa démographie, sa prospérité économique, son influence culturelle et sa capacité militaire. La France, estime le général Bentégeat, n’a plus que cette dernière, reconnue comme l’une des meilleures du monde, comme facteur de puissance.

Place de l’armée de Terre. Le XXIème siècle verra le retour à la souveraineté nationale et celui des Etats forts, estime le général Bosser. L’OTAN et l’UE apparaissent comme des alliances fragiles. La tendance générale est au repli sur le fait national, comme l’exprime le « Brexit » britannique. Or depuis 2016, même les Etats les plus forts affrontent à armes égales des Etats faibles, qui profitent du nivellement opérationnel procuré par les cyberattaques et les engins explosifs improvisés. Leur diplomatie et leur économie permettent de compenser cette perte de supériorité. La souveraineté nationale de la France est assurée par la dissuasion nucléaire depuis plus de 50 ans.  Son autonomie opérationnelle repose sur un modèle d’armée conventionnelle, complète et solide. Les forces terrestres se déploient à nouveau sur le territoire national dont l’opération « Sentinelle », qui mobilise 10.000 personnels pour lutter contre le terrorisme, n’est qu’une brique. Elles contribuent aussi à la cohésion nationale par le recrutement de 20.000 jeunes. A l’extérieur, elles sont intervenues au Mali en 2013 et sont présentes au Levant contre Daech, à  savoir la Task Force Wagram (canons Caesar) en appui des forces irakiennes au sol. « Mes homologues allemand et britannique sont bluffés de la manière dont nous intervenons avec beaucoup de liberté d’action », déclare le général Bosser. Il ajoute que souveraineté et alliance ne s’opposent pas : il s’agit d’adapter la première et de compenser par la seconde. En matière d’armement, la souveraineté militaire française repose sur une coopération étroite entre l’armée de Terre, la Direction générale de l’armement et les industriels. Enfin, dans le domaine de la pensée militaire, le général Bosser envisage de recourir au G2S (club de généraux en 2ème section) comme « think tank » (institut de recherche) de l’armée de Terre.

Imposer sa volonté. Il existe une relation entre liberté d’action, souveraineté et responsabilité, estime Caroline Galactéros-Luchtenberg. Le concept de monde multipolaire implique indépendance des Etats et respect de leurs intérêts vitaux. Le droit international instaure des compromis, mais n’impose aucune soumission à un ordre supérieur. La souveraineté de l’UE se dilue au profit du droit public européen, dépourvu de légitimité puisque le « peuple européen » n’existe pas. Mais l’UE doit éviter de subir l’influence de la Russie, de la Chine et des Etats-Unis. Avec le « Brexit », la Grande-Bretagne reprend sa souveraineté, à la grande satisfaction de la nouvelle administration américaine. Première puissance économique européenne, l’Allemagne cherche à atteindre une souveraineté globale en augmentant son budget militaire, pour compter davantage dans les affaires du monde. La France a perdu sa souveraineté budgétaire et de ses frontières. Pour la Russie, le droit international ne peut conduire à la disparition des rivalités de puissance. En raison de leur vision partagée des rapports de force, de posture de défense et de politique étrangère, les pays occidentaux ont choisi l’OTAN, qui a fixé un objectif budgétaire de défense de 2 % du produit intérieur brut par Etat membre. Enfin, souligne Caroline Galactéros-Luchtenberg, les armées jouent un rôle mobilisateur dans la résilience et la cohésion nationale.

Loïc Salmon

Défense et sécurité : organiser la guerre et assurer la paix

Armée de Terre : le CFT, fournir des soldats opérationnels au bon moment et au bon endroit

Patricia Adam rappelle que la souveraineté, à savoir ne dépendre de personne pour assurer son indépendance, est une notion juridique et un concept politique. Toute légitimité relève de la nation, y compris l’assurance de la sécurité des citoyens et du territoire. Les armées apportent leur concours aux forces de sécurité. L’outil militaire doit être équipé pour agir si les troubles dégénèrent en crise. La liberté d’appréciation de la situation, de décision et d’action a un coût, le prix de la souveraineté. Le maintien d’une base industrielle de défense permet d’échapper à tout embargo ou chantage sur l’achat d’armements nécessaires à la garantie de la souveraineté.




Méditerranée : l’« Initiative 5+5 Défense » pour l’interopérabilité

En 2017, la France préside pour un an le forum de coopération euro-méditerannéenne “Dialogue 5+5”, dont le volet “Initiative 5+5 Défense” concerne les forces armées des 10 pays partenaires.

Le général de brigade aérienne Jean-Marie Clément, chef du service des questions régionales à la Direction générale des relations internationales et stratégiques, a présenté à la presse, le 19 janvier 2017 à Paris, l’Initiative 5+5 Défense. Celle-ci regroupe : la France, l’Italie, Malte, l’Espagne et le Portugal pour le Nord ; la Mauritanie, le Maroc, l’Algérie, la Tunisie et la Libye pour le Sud. Le bassin méditerranéen, dont la France contrôle 2.000 km de littoral (Corse incluse), représente 25 % du trafic maritime mondial (30 % du trafic pétrolier), qui transite par 5 passages stratégiques : le détroit de Gibraltar avec 296 navires par jour ; le Bosphore (126 navires/jour) ; le canal de Suez (46 navires/jour) ; le détroit de Messine (botte italienne/Sicile, 45 navires/jour) ; les Bouches de Bonifacio (Corse/Sardaigne, 19 navires/jour).

Coopération multilatérale. Selon le général, l’Initiative 5+5 Défense repose sur : la liberté de discussion sur les questions de sécurité ; le volontariat pour participer ou organiser les activités ; l’économie des moyens ; l’absence d’engagement opérationnel ; la 5décision par consensus. Environ 40 activités sont prévues en 2017. Lancée sous l’impulsion de la France en 2004, cette initiative porte d’abord sur la surveillance maritime, afin de garantir un espace de sûreté et de sécurité en Méditerranée : sauvetage en mer ; lutte contre le pillage des ressources, la contrebande, l’immigration clandestine, la piraterie et le terrorisme. L’exercice annuel “Sea Border”, organisé en 2016 par l’Italie en partenariat avec l’Algérie et le Portugal, le sera en 2017 par la France avec le Maroc et le Portugal. Selon le général, l’interopérabilité maritime progresse, mais il reste beaucoup à faire pour la sûreté aérienne, destinée à prévenir les actes illicites qui vont de la violation de l’espace aérien national aux détournements d’aéronefs et attaques terroristes. En cas de catastrophe majeure, la solidarité entre les États membres doit faciliter la contribution d’unités militaires en appui des moyens civils, dans le cadre du projet de Centre de coordination et de planification opératif. Un processus de préparation opérationnelle a été lancé en 2015 pour constituer un vivier d’officiers aptes à travailler en petites équipes multinationales (5 à 8 personnes). Après les modules de formation par la France en 2015 et l’Algérie en 2016, un exercice sera organisé par le Maroc en 2017.

Cadres d’action. La connaissance commune en matière de sécurité et de défense régionales s’effectue par le partage d’expertise et d’expériences et la réflexion collective. Ainsi, le Centre euromaghrébin de recherches et d’études stratégiques, dont la Tunisie assure le secrétariat permanent, conduit des travaux dirigés par un pays pendant un an. L’étude ” Défis et vulnérabilités en Méditerranée occidentale”, démarrée par la France en 2010, a été poursuivie par l’Algérie (2011), l’Espagne (2012), le Portugal (2013) et l’Italie (2014). Ont suivi : “Sécurisation des frontières de l’espace 5+5 : coopération et implications” (Tunisie 2015) ; “Daech : facteurs d’expansion vus de l’espace 5+5” (Maroc 2016) ; “Les enjeux sécuritaires liés au changement climatique dans l’espace 5+5 : quelles implications pour les politiques de défense ?” (France 2017). Enfin, le Collège 5+5 Défense a formé 500 auditeurs depuis 2007.

Loïc Salmon

Marine nationale : sécuriser les espaces maritimes, mais aussi les protéger

Afrique : coopération française en matière de sécurité maritime

Marine nationale : opérations de sûreté maritime en coopération avec Frontex




Géopolitique : frontières ignorées et affrontements futurs

La mondialisation, à savoir échanges des services et des biens et circulation des personnes, devait conduire à une uniformisation culturelle de la communauté internationale. Pourtant, la diffusion universelle des technologies d’information et de la communication semble aboutir au résultat inverse.

Ce thème a été abordé lors d’un colloque organisé, le 15 décembre 2016 à Paris, par le Conseil supérieur de la formation et de la recherche stratégiques. Y ont notamment participé : Renaud Girard, correspondant de guerre et grand reporter pour le quotidien Le Figaro ; Bernard Bajolet, directeur général de la Sécurité extérieure (DGSE) ; Mireille Delmas-Marty, professeur honoraire au Collège de France.

Explosion des frontières. Les bouleversements politiques survenus depuis 1991 (fin de la guerre froide) ont provoqué la dissolution non maîtrisée de divers types de frontières, estime Renaud Girard. Les frontières territoriales présentent le plus de fragilité. Ainsi, l’Ukraine, qui signifie littéralement « sur la frontière », séparait les Empires austro-hongrois et ottoman. Issue de la disparition de l’URSS, elle se voit reconnue en 1994 par les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France et la Russie, en échange des armes nucléaires qui y sont entreposées et qui seront détruites par les États-Unis. L’annexion de la Crimée en 2014 par l’armée russe, sans effusion de sang, sera approuvée par un référendum populaire, mais non reconnu par la communauté internationale car refusé par le régime ukrainien. Lors de la désintégration de la Yougoslavie en 1999, l’OTAN, dont aucun État membre n’était menacé, avait arraché par la force la province du Kosovo à la Serbie en vue de son indépendance, mais sans l’approbation de l’ONU ni du Parlement serbe. A l’époque, la Russie avait averti les pays occidentaux « qu’ils jouaient avec le feu sur les frontières ». La question des frontières maritimes se pose en mer de Chine méridionale. Le gouvernement chinois n’accepte pas celles définies par le droit de la mer (1982). En juillet 2016, il refuse le verdict de la Cour permanente d’arbitrage de La Haye (saisie en 2013) en faveur des Philippines, mais réussit à mettre de son côté le nouveau président philippin Rodrigo Duerte (élu le 30 juin). En outre, il s’arroge toute la mer de Chine méridionale jusqu’au Viêt Nam, à la Malaisie et aux Philippines (l’équivalent de 4 fois la surface de la Méditerranée), afin de contrôler une route maritime alternative au détroit de Malacca. Ses sous-marins nucléaires lanceurs d’engins peuvent ainsi passer librement dans les eaux profondes du Pacifique, afin d’acquérir une parité stratégique de discussion avec les États-Unis. La Chine a également construit des bases militaires sur les îles Spratley, considérées comme (n’appartenant à personne). Les “frontières des personnes” ont été franchies sans procédures (passeport et visas) par des migrants civils issus de sociétés faillies par la guerre (Afghanistan, Syrie et Irak), le régime politique (Érythrée) ou le réchauffement climatique (Sahel). Il leur suffit de connaître le numéro du téléphone portable d’un passeur, qui demande jusqu’à 3.000 $. Ces migrations massives entraînent des difficultés économiques (logements et emplois à pourvoir) et culturelles (intégration) dans les pays d’accueil.

Réflexions sur le long terme. Les ministères des Affaires étrangères et de l’Intérieur mettent en œuvre des cellules de crise et de soutien efficaces, mais au détriment des réflexions de fond, estime Bernard Bajolet. Selon lui, les services de renseignement (SR) disposent en interne des capacités techniques, humaines et opérationnelles, de plus en plus nécessaires pour traiter l’ensemble d’un problème. Les données démographiques et la relative marginalisation de l’Occident sont à prendre en compte. La maîtrise du changement climatique avec l’objectif d’une réduction de 2 ° C en 2050 ne préserve pas des migrations futures. Les technologies de l’information et de la communication, sciences cognitives, nanotechnologies, biotechnologies et nouveaux matériaux induisent une révolution dans la robotique et l’internet des objets (impression 3D). Mais, cela ne permet pas d’anticiper les percées technologiques des dix prochaines années. Les menaces terroristes et asymétriques perdureront sous d’autres formes. Outre les réponses sécuritaires, les conséquences sur les sociétés occidentales et les incidences diplomatiques entrent en jeu. Les phénomènes de fond de la Syrie et de l’Irak, connus depuis 2003, n’ont pas été traités de façon adéquate. Il en est de même pour la Libye, la bande sahélo-saharienne et l’Afrique centrale. Les SR ne séparent pas le traitement du terrorisme de la géographie des pays concernés. La criminalité organisée agit, à côté de l’État, dans les échanges économiques et les relations internationales. La prolifération des armes de destruction massive (ADM), la vulgarisation des technologies et la miniaturisation des armes mises à la portée de petits États engendrent une hybridation entre ADM et terrorisme. Ainsi, Daech a utilisé des armes chimiques en Syrie et en Irak. États et groupes terroristes ou mafieux acquièrent des capacités de cyberattaques. Les affrontements futurs entre États seront toujours accompagnés d’une composante cyber. Russie, Turquie et Iran, puissances anciennes, ressurgissent. Les entreprises multinationales collectent des milliers de données personnelles à des fins commerciales et disposent de réserves financières supérieures à celles de nombreux États. La guerre hybride, entre paix et conflit armé, efface la différence entre combattants et non-combattants. Certaines milices, aux moyens considérables (avions et navires), jouent un rôle plus important que certains États. Propagande et cyberattaques permettent d’éviter de déclarer la guerre ou de revendiquer des actions belliqueuses. Au niveau mondial, l’ONU ne contrôle plus l’évolution des rapports de forces. En Europe, le retour aux égoïsmes nationaux s’affirme (« Brexit » britannique). Selon Bernard Bajolet, la France doit disposer de toute la panoplie militaire conventionnelle et de la dissuasion nucléaire, en cas d’affrontement entre États, et d’autres moyens contre les menaces terroristes, criminelles ou économiques.

Loïc Salmon

Asie-Pacifique : rivalités et négociations sur les enjeux stratégiques

Stratégie : au-delà de l’ennemi présent, imaginer celui de demain

DGA : la révolution numérique et industrielle de l’impression 3D

Selon Mireille Delmas-Marty, les sociétés  sont déstabilisées par les changements incessants, dus à la mondialisation, et cherchent des repères dans une « rose des vents », où « vent », en grec, signifie « souffle » et « esprit » . Cette rose présente des couples de principes qui régissent tout collectif humain, mais dont aucun n’est absolu en soi : compétition/coopération ; innovation/conservation ; liberté/sécurité ; intégration/exclusion. Dans cette rose s’intercale celle des principes régulateurs : précaution ; anticipation ; pluralisme ordonné ; dignité humaine ; solidarité planétaire. Ces tensions créent une « ronde des vents ». Les acteurs politiques y entrent à la recherche de l’équilibre et passent d’un principe à l’autre, en remplaçant le « ou » qui oppose par le « et » qui unit. Tout dépend du contexte politique, géographique, culturel ou anthropologique. Le droit est un outil nécessaire mais pas suffisant.




Espace : dissuasion nucléaire et souveraineté européenne

Outre la crédibilité de la dissuasion nucléaire, les satellites assurent les communications, le guidage et le renseignement indispensables à la conduite des opérations extérieures. Face aux menaces émergentes, la surveillance de l’espace nécessite une coopération européenne, civile et militaire.

Les perspectives de la politique spatiale française ont été abordées au cours d’une conférence-débat organisée, le 8 décembre 2016 à Paris, par l’Association des auditeurs jeunes de l’Institut des hautes études de défense nationale. Y sont intervenus : un colonel du Commandement interarmées de l’espace de l’État-major des armées ; un représentant d’Airbus Safran Launchers (ASL), co-entreprise des groupes européen Airbus (50 %) et français Safran (50 %) constituée pour le programme de la fusée Ariane 6.

Autonomie stratégique. Selon le colonel, l’espace permet d’abord d’acquérir des données partout dans le monde, discrètement, légalement et sans engager de vie humaine. En outre, il offre un service global au sol avec des infrastructures légères. Toutefois, il reste soumis à des programmes complexes, un cadre juridique « pacifiste » et une mécanique spatiale contraignante. Les armées françaises disposent de toutes les capacités spatiales pour entrer en premier sur un théâtre : optique avec les 2 satellites Hélios 2 (militaires) et les 2 Pleiades (observations civile et militaire) ; radar avec les 5 SAR-Lupe (militaires, en coopération avec l’Allemagne) et 4 Cosmo-SkyMed (duaux, avec l’Italie) ; écoute avec le démonstrateur Elisa composé de 4 satellites ; télécommunications avec les systèmes Syracuse III (2 satellites), Athena-Fidus et Sicral 2 ; surveillance de l’espace par le système Graves ; accès au GPS P/Y pour les positionnement, navigation et datation. Entre 1991 (guerre du Golfe) et 2014 (intervention au Levant), la résolution des images est passée de 50 m à 10 m et leur nombre de 70/jour à 680/jour. Elle permet d’évaluer les dégâts sur un carré de 60 km de côté en complément des autres moyens (drones et avions), d’observer jour et nuit et par tout temps, en comparant les images optique et radar. En remontant dans le temps, l’imagerie spatiale facilite l’appréciation de la situation du théâtre et aide à la décision : détection du déploiement russe en Syrie (observation d’une base aérienne) ; construction d’une piste d’envol sur une île en mer de Chine. Cartes et modèles numériques de terrain sont réalisés à partir d’une image satellite verticale, suivie d’une « vectorisation » des arêtes de structures (bâtiments et routes) et d’une exportation du modèle en 2 dimensions pour l’aide au guidage d’un missile.

Évolution du contexte. Entre 1960 et 1995, l’espace acquiert une dimension stratégique : outil de souveraineté (autonomie d’appréciation de la situation et indépendance d’action), symbole de puissance (volonté politique et capacités financière, technique et industrielle) ; capacités mondiales limitées et sous contrôle étatique ; prolifération des satellites maîtrisée ; besoins opérationnels (planification, confidentialité élevée et nombre d’utilisateurs réduit) ; mise en place d’une logique métier (météorologie, télécommunications, renseignements d’origines optique et électromagnétique). De 1996 à 2016, l’espace est utilisé au profit des opérations. Les conflits évoluent : imprévisibilité ; opérations menées en coalition ; forces adverses mêlées à la population civile et n’utilisant que peu l’espace. En outre, la démocratisation de l’utilisation des moyens spatiaux militaires ouvre des capacités stratégiques par la multiplication des « clients » et la diversité de leurs besoins. Elle facilite l’acquisition de capacités complémentaires en matière de services, coopérations et contrats commerciaux. Demain, l’espace sera contesté, congestionné et compétitif prévient le colonel. Les menaces sur les systèmes spatiaux militaires incluent : armes antisatellites (lasers et micro-ondes) ; brouillage des liaisons ; cyberattaques contre les stations sol ; utilisation de moyens spatiaux par l’adversaire sur le territoire national et pendant les opérations extérieures ; dissimulation d’activités hostiles dans la densité du trafic. D’ici à 2030, la politique spatiale militaire devrait porter sur : la surveillance de l’espace ; le renouvellement des capacités (observation, renseignement d’origine électromagnétique, télécommunications et système de navigation mondiale) ; capacité d’alerte avancée.

Surveillance et résilience. L’espace a pris un virage commercial, explique le représentant d’ASL. De nouveaux acteurs sont apparus : les « start up » et les géants américains de l’internet (Google, Apple, Facebook et Amazon), qui y déploient 600 satellites. En outre, les coûts de lancement des satellites en orbite géostationnaire a diminué de moitié en 20 ans. Dans le domaine spatial, aujourd’hui à 50 % civil et 50 % militaire, les recherches et technologies développées à des fins commerciales trouvent des applications militaires, multipliant ainsi les menaces intentionnelles et fortuites. Les systèmes de détection infrarouge repèrent les décollages de fusées civiles, qui ravitaillent la station spatiale internationale, et de missiles, pour évaluer leur trajectoire et identifier l’agresseur. États-Unis, Russie et Chine développent des systèmes antisatellites. L’Inde et le Japon en sont, potentiellement, capables. Le Pakistan, Israël et la Corée du Nord pourraient, techniquement, faire exploser une arme nucléaire dans l’espace, créant une impulsion électromagnétique aux graves conséquences. Face à ces menaces, seuls les États-Unis disposent d’un système qui détecte tout objet de quelques centimètres dans l’espace. Pour les autres pays, les réponses accessibles portent sur la surveillance et le renseignement, en profitant des initiatives industrielles à coût raisonnable (optique et laser) et en multipliant les sources de caractérisation et d’identification (imagerie, analyse spectrale et alerte avancée). La résilience met en œuvre : protection des satellites et segment sol ; durcissement des moyens de communications ; antibrouillage ; architectures robustes ; capacités d’évitement ; « boîtes noires » ; gestion de fin de vie des satellites et des débris spatiaux. La dissuasion contre toute menace spatiale repose notamment sur l’autoprotection des satellites et le développement de véhicules de destruction des armes antisatellites.

Loïc Salmon

Espace : nécessité d’une capacité commune de surveillance

Chine : l’espace au cœur du complexe militaro-industriel

Défense antimissile : surtout protection des forces, moins celle des populations

Lors de sa visite à Airbus Safran Launchers le 14 décembre 2016 à Paris, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a souligné les enjeux de la filière des lanceurs de satellites : synergie entre les mondes civil et militaire et complémentarités technologiques et industrielles ; coopération entre l’État et l’industrie ; autonomie de l’Union européenne d’accès à l’espace. Le programme Ariane 6 vise à garantir aux États membres la mise sur orbite de leurs outils de souveraineté et l’indépendance économique aux fabricants de satellites européens et à leurs clients. Tous les sous-marins nucléaires français lanceurs d’engins sont équipés des missiles M51, la version M51.2 est opérationnelle et la réalisation de la version M51.3 a été lancée.




Garde nationale : catalyser les réserves militaires et civiles

En 2018, la Garde nationale pourra mobiliser chaque jour 9.250 réservistes sur un vivier de 85.000 hommes et femmes, issus des ministères de la Défense nationale et de l’Intérieur.

Son secrétaire général, le général de division Gaëtan Poncelin de Raucourt, l’a présentée à la presse le 12 janvier 2017 à Paris. Également délégué aux réserves, il est assisté d’une équipe d’une dizaine de personnes. La Garde nationale, créée par décret présidentiel du 13 octobre 2016, vise à répondre : à la lutte antiterroriste après les attentats terroristes de 2015 à Paris ; aux besoins des armées, à savoir opération « Sentinelle », plan Vigipirate, crises sur le territoire national et intempéries, afin de gérer les “pics d’alerte” de la Gendarmerie et de la Police ; au désir des citoyens de s’impliquer dans la sécurité du pays. En 2017, la Garde nationale dispose d’un budget de 311 M€ et des réserves opérationnelles existantes, soit 63.750 personnes dont plus de 6.000 employées par jour.

Le ministère de la Défense. Les effectifs de la réserve  militaire se montent à 31.500 personnes : 18.400 pour l’armée de Terre ; 4.950 pour l’armée de l’Air ; 4.850 pour la Marine nationale ; 2.850 pour le Service de santé des armées ; 450 pour le Service du commissariat des armées ; 100 pour la Direction générale de l’armement ; 80 pour le Service des essences des armées. Chaque jour, 2.500 personnes sont employées, dont 650 pour des missions de protection sur le territoire national (ptn). Il s’agit de Français issus de la société civile avec ou sans expérience militaire et d’anciens militaires d’active qui signent un engagement à servir dans la réserve, contrat rémunéré d’une durée de 1 à 5 ans renouvelable. Ils reçoivent une formation et un entraînement spécifiques, pour apporter un renfort de quelques dizaines de jours/an dans les états-majors, les établissements ou administrations centrales sur le territoire national ou en opérations extérieures. Certains apportent expertises et expériences rares : risques environnementaux ; infrastructures ; armement ; cyberdéfense. En 2018, ils seront 40.000, dont 4.000 employés/jour (1.000 pour la ptn).

Le ministère de l’Intérieur. Les réserves atteignent 32.250 personnes, dont 28.500 militaires de la Gendarmerie (3.000/jour pour la ptn), et 3.750 civils de la Police (850/jour pour la ptn). Engagés à proximité de leur domicile, ils sont formés, employés régulièrement sur le terrain et assermentés avec le statut d’agent de police judiciaire adjoint. Leurs missions incluent l’accueil du public, les patrouilles de prévention de proximité, les actions de sécurité routière et les interventions. Les policiers retraités et anciens adjoints de sécurité de moins de 65 ans peuvent signer un contrat dans la réserve. Ils assurent la protection des personnes et de biens, la prévention de la criminalité et de la délinquance, la police judiciaire et le renseignement, mais pas le maintien de l’ordre. En 2018, les réserves de sécurité se monteront à 40.000 gendarmes (4.000/jour pour la ptn) et 5.000 policiers (1.250/jour pour la ptn).

Les mesures incitatives. Tout garde national de moins de 25 ans pourra obtenir une participation financière au permis de conduire B. Un(e) étudiant(e) (université, enseignement professionnel ou école supérieure) recevra une allocation mensuelle si engagement pour 5 ans et 37 jours de réserve/an. Les employeurs bénéficieront d’un abattement fiscal et de la qualité de « partenaire de la défense nationale ».

Loïc Salmon

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