Alençon | Juin 2025

 

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École nationale supérieure des Arts et Métiers (Paris)

L’Ecole nationale supérieure des Arts et Métiers, décorée des deux croix de Guerre, et à ce titre membre de l’ANCGVM, honore annuellement en novembre le soldat inconnu sous l’Arc de Triomphe.

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École des mousses

 

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01er Régiment parachutiste d’infanterie de Marine

HISTOIRE DU 1ER RPIMA, LE RÉGIMENT D’EXCEPTION DES FORCES SPÉCIALES

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La bataille aérienne de Berlin, novembre 1943 – mars 1944

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360 | Dossier : Supériorité aérienne et maîtrise de l’espace

Dossier : « Supériorité aérienne et maîtrise de l’espace »

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Défense : l’information, champ de bataille dans un monde de crises

La compétition internationale se joue sur les capacités militaires et sur le récit, les perceptions et les interprétations dans un environnement saturé, contesté et instable.

Catherine Vautrin, ministre des Armées, et Olivia Penichou (photo), déléguée à l’information et à la communication de la Défense (Dicod), l’ont souligné au cours du Séminaire des communicants de défense, tenu le 17 novembre 2025 à Paris et qui a réuni 650 participants.

Une mission essentielle. « Vous, communicants de la Défense, êtes une belle et grande famille, indispensable à nos armées », déclare Catherine Vautrin dans un message vidéo. Selon elle, la Dicod doit relever trois défis principaux. Le premier consiste à expliquer la Défense, la rendre compréhensible en disant ce que font les Forces armées, pourquoi et avec qui elles le font. Cela inclut la dissuasion nucléaire, les opérations, les entraînements, les innovations, l’Europe de la Défense, l’engagement des soldats, marins aviateurs, gendarmes et civils du ministère des Armées, la présentation d’unités militaires, de chaque métier et de chaque compétence jusqu’aux postes en état-major. Le deuxième défi consiste à expliquer les choix capacitaires et les partenariats industriels et à valoriser la présence d’unités dans les bases de défense sur tout le territoire national. Enfin, le troisième défi concerne l’évolution du lien Armée-Nation en allant au plus près des citoyens dans les territoires, les écoles et les entreprises en y associant les anciens combattants. La communication de crise suppose une coordination parfaite entre les services, le cabinet ministériel, l’État-major des armées et les communicants de défense partout en France, pour contrer la désinformation, les tentatives d’ingérence et les actions de déstabilisation.

Cohérence et attractivité. La première mission des communicants de défense, « c’est d’expliquer, c’est de rendre clair sans être simpliste », précise Olivia Penichou. En montrant la réalité concrète du quotidien des armées sur le territoire national ou en opérations, il s’agit aussi de parler d’une seule voix, même si les communicants sont nombreux à la porter. En effet, une seule voix dissonante efface la portée du message et profite immédiatement à la désinformation. La crise, quotidienne, s’installant dans la durée, les récits hostiles, les manœuvres informationnelles et les ingérences étrangères sont devenues courantes. Les communicants de défense doivent alors répondre vite mais sans se précipiter, apporter de la vérité, des repères et du sens. Ils doivent parler à la jeunesse, la comprendre et s’y intéresser pour être audibles. L’intelligence artificielle leur permettra d’analyser avec rigueur, éthique et méthode, d’anticiper des situations et de simplifier certaines tâches, mais ne remplacera jamais leur intuition ni leurs discernement et capacité de décider.

La Dicod. Rattachée à la ministre déléguée (Alice Rufo) auprès de la ministre des Armées et des Anciens combattants (Catherine Vautrin), la Dicod exerce la tutelle de l’Établissement de communication et de production audiovisuelle de la défense et compte environ 700 personnes, dont 52 % de femmes et 48 % d’hommes. Sur la période 2024-2025, elle a formé près de 200 communicants des armées, envoyé 12 militaires en opérations et exercices et maintenu 11 militaires en alerte opérationnelle. Elle a accueilli 700 journalistes aux points de presse hebdomadaires. Elle a réalisé 32 enquêtes et mesures d’opinion, 130 notes d’analyses (hors thématiques spécifiques) et 250 produits quotidiens d’informations médias. Elle a diffusé 414 communiqués de presse, notes aux rédactions, dossiers de presse, messages, agendas et discours des ministres. Elle compte 1,44 million d’abonnés sur les réseaux sociaux ainsi répartis : 350.000 sur Facebook ; 334.900 sur X ; 318.000 sur LinkedIn ; 257.000 sur YouTube ;161.000 sur Instagram ; 20.000 sur WhatsApp. Enfin, elle a participé à 15 grands salons et événements majeurs.

Loïc Salmon

Stratégie : la guerre informationnelle, affaiblir de l’intérieur les démocraties

Chine : désinformation et guerre informationnelle

Russie : menaces informationnelles contre l’Ukraine et les pays occidentaux




Stratégie : la guerre informationnelle, affaiblir de l’intérieur les démocraties

Composante de tout conflit hybride, la guerre informationnelle permet de maintenir une situation de tension importante en deçà du seuil d’affrontement armé. Les États démocratiques sont ciblés par leurs compétiteurs, dont la Russie.

Le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (MEAE) présente la guerre informationnelle dans une rapport rendu public en septembre 2025.

Les ingérences russes. La guerre informationnelle manipule les émotions, et les perceptions étrangères pour servir des intérêts géopolitiques. Elle exploite le débat démocratique ouvert par la diffusion et l’amplification d’informations déstabilisantes auprès des médias, des entreprises et des populations. En 2024, la Russie a publié 68.000 contenus manipulateurs dans 90 pays via 38.000 canaux de diffusion différents, dont 88 % sur le réseau social « X » (ex-Twitter). Elle a procédé à 42 attaques lors des élections européennes. Ses manipulations et interférences informationnelles ont surtout touché dix pays, selon une répartition croissante : Belgique, 3 % ; Pologne, 3,5 % ; Espagne, 4 % ; États-Unis, 4,5 % ; Burkina Faso, 4,5 % ; Mali, 7,6 % ; Niger, 7,6 % ; Allemagne, 8,1 % ; France, 21,2 % ; Ukraine, 37,4 %. En 2023, la Russie a dépensé 1,6 M$ dans des opérations de guerre informationnelle.

Les manœuvres des pays compétiteurs. A part la Russie, le rapport du MEAE ne nomme pas les autres pays compétiteurs (Chine, Iran et Corée du Nord) des États démocratiques, mais leurs manœuvres sont similaires. Elles visent à sélectionner, isoler et manipuler des faits pour promouvoir une vision de la réalité conforme à leurs intérêts. A part la diffusion accidentelle d’une information inexacte, qualifiée de « mésinformation », deux manœuvres présentent un caractère hostile. L’une, dite « désinformation », consiste à créer et diffuser volontairement des informations fausses dans le but de nuire. L’autre, dite « malinformation » porte sur la manipulation d’une information véridique, diffusée également dans le but de nuire. Les agents du pays compétiteurs cherchent, de façon dissimulée, à investir les cycles électoraux d’un États ciblé, ses drames nationaux et sa mémoire. Sur le plan international, ils mènent des campagnes de grande ampleur en mêlant désinformation et instrumentation de faits véridiques. Leurs manœuvres délibérées amplifient les divisions internes de la population d’un pays, afin d’entraver la capacité de projection internationale de l’État. Ce travail de sape met en danger les emprises diplomatiques, leurs agents et les ressortissants du pays visé résidant à l’étranger. Des acteurs hostiles et organisés cherchent à produire des effets coordonnés par le biais de canaux étatiques et semi-officiels. Les vecteurs officiels incluent les ambassadeurs, porte-paroles, dirigeants politiques et médias d’État. De façon officieuse, des entreprises et des médias, se prétendant indépendants, agissent pour l’État compétiteur ou ses services de renseignement. Pour les compléter, des chaînes d’information et des entreprises, officiellement non-étatiques, montrent des signes systématiques d’alignement sur les politiques de l’État compétiteur.

La « cible » France. Le rapport du MEAE décortique les manœuvres informationnelles utilisées contre la France. Cela commence par une identification opportune des brèches dans la société, afin d’exploiter les clivages existants et les émotions. Ensuite, des mobilisations orchestrées et des actions de sabotage sont organisées pour alimenter une information manipulée. Acteurs officiels, prestataires et relais les diffusent de façon coordonnée et ciblée. La cohésion sociale se trouve alors affaiblie par l’accentuation de la polarisation sur certains thèmes, de la fragmentation sociale et du désordre qui s’ensuit. Sur le plan international, ces méthodes agressives cherchent à diluer les messages de la France, brider ses actions diplomatiques, affaiblir sa réputation et donc la faire passer pour ce qu’elle n’est pas.

Les actions du MEAE. Face à la guerre informationnelle, le MEAE se mobilise pour protéger les ressortissants français à l’étranger, expliquer la politique extérieure de la France, promouvoir une information intègre face au chaos informationnel exploité par les pays compétiteurs et défendre les principes démocratiques. La « Revue nationale stratégique » de 2022, actualisée en 2025, conforte sa montée en gamme en faveur d’un ordre multilatéral au service de la souveraineté des États, du respect du droit international, du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et de la résolution pacifique des conflits. La France dispose du troisième réseau diplomatique mondial (après la Chine et les États-Unis) avec 163 ambassades, 208 consulats, 101 instituts français et une empreinte numérique de plus de 10 millions d’abonnés multiplateformes sur les comptes des ambassades. Son action dans la guerre informationnelle commence par un démenti officiel, suivi d’une dénonciation des modes opératoires et des réseaux de désinformations étrangers. L’alerte sur une attaque probable est suivie de l’attribution d’une manœuvre à un État tiers. Le groupe audiovisuel extérieur France Médias Monde remplit des missions de service public international pour lutter contre les rumeurs, désinformations et manipulations. Chaque semaine, ses chaînes France24, Radio France International (RFI) et Monte Calo Doualiya (vers le monde arabe) émettent en 21 langues et sont suivies par 254 millions d’auditeurs dans le monde. En 2023, France Média Monde a obtenu la certification de la « Journalism Trust Initiative » (JTI), basée sur la norme internationale ISO pour la transparence, l’éthique et la fiabilité et reconnue par la Commission européenne et Microsoft (l’un des géants américains du numérique). La JTI est portée par l’organisation internationale à but non lucratif « Reporters Sans Frontière », reconnue d’utilité publique en France et dotée d’un statut consultatif auprès de l’ONU, de l’Unesco, du Conseil de l’Europe et de l‘Organisation internationale de la francophonie. La JTI, destinée aux rédactions (100 à 299 collaborateurs) d’entreprises de presse, a apporté sa certification à 1.700 médias dans 85 pays. Par ailleurs, la presse écrite et audiovisuelle subit la concurrence directe de contenus manipulatoires, qui prolifèrent dans l’espace numérique. Dans certains pays, les populations sont ciblées par des campagnes de désinformation, des journalistes sont emprisonnés et des médias indépendants subissent des pressions. C’est pourquoi la France contribue à hauteur de 145 M€ au Fonds international pour les médias d’intérêt public, qui soutient 100 médias dans plus de 30 pays depuis 2022 (début de la guerre de la Russie contre l’Ukraine).

Les ressources documentaires. De son côté, la Délégation à l’information et à la communication de la défense a publié un « Guide de la désinformation » en 2025. Y sont notamment indiqués des sites utiles de vérification des faits : « Les Dessous de l’infox » (RFI) » ; « AFP Factuel » (Agence France Presse) ; « Les Décodeurs » (journal Le Monde) ; « Check News » (quotidien Libération) ; « La vérification » (journal Le Figaro) ; « Vrai ou Faux » (chaîne Franceinfo) ; « Les Vérificateurs » (chaîne TF1) ; « Fake Off » (journal gratuit 20 minutes) ; « Stop Infox » (France Media Monde). Le guide mentionne aussi quelques services spécifiques. Ainsi « Viginum », (Service de vigilance et protection contre les ingérences numériques étrangères) publie des études, rapports et analyses sur les ingérences étrangères visant la France. Le Centre pour l’éducation aux médias et à l’information concerne le système éducatif français. L’Union européenne propose aux jeunes un kit pédagogique pour démêler le vrai du faux sur la navigation en ligne. L’Office des publications européennes fait de même pour les enseignants. Enfin, l’OTAN identifie et démantèle des narratifs russes sur le conflit en Ukraine.

Loïc Salmon

Défense : l’information, champ de bataille dans un monde de crises

CEMA : les menaces des grands pays compétiteurs

Défense : la désinformation, la comprendre puis la contrer




Défense : l’innovation, indispensable aux performances des systèmes d’armes

Dans le cadre des conflits de haute intensité, la maîtrise des nouveaux champs de conflictualité et l’anticipation des technologies de rupture visent à assurer en permanence la supériorité opérationnelle.

L’ingénieur général de l’armement Frédéric Bouyer, directeur de DGA Maîtrise de l’information (DGA MI), et Bertrand Rondepierre, directeur de l’Agence ministérielle pour l’intelligence artificielle de défense (AMIAD), l’ont expliqué à la presse le 13 novembre 2025 à Bruz.

L’architecte numérique des systèmes d’armes. DGA Mi est né de la fusion, en 2009, du Centre électronique de l’armement et du Laboratoire de recherche balistique et aérodynamique, rappelle l’ingénieur général Bouyer. Cela a permis de rassembler les expertises complémentaires de l’électronique de défense, de la cybersécurité et des systèmes d’armes. Aujourd’hui, DGA MI est devenu le centre d’expertise et d’essais dédié à la cyberdéfense, aux systèmes d’information et de télécommunication sécurisés, au quantique, au spatial, à la guerre électronique, à l’autoprotection, au guidage-navigation et aux systèmes de missiles. Présent dans plus de 50 domaines d’expertise, DGA MI emploie 1.500 personnes, dispose de 54 moyens techniques et de 200 systèmes d’information et investit plus de 100 M€ par an. Éclaireur technologique, il doit anticiper les technologies de rupture pour maintenir une longueur d’avance face aux menaces émergentes. En tant que référent technique cyber du ministère des Armées et expert des systèmes numériques, il contribue directement à la performance et à la sécurité des systèmes d’armes français. DGA MI travaille avec le Commissariat du numérique de défense, l’AMIAD, l’État-major des armées, le Secrétariat général pour l’administration et des entreprises extérieures. Le site de Bruz, situé au cœur de la Bretagne, s’est engagé localement avec le Pôle d’excellence cyber et le « Cluster Bretagne Innovation Grand Ouest ». Il constitue le laboratoire des solutions de demain pour préparer l’efficacité opérationnelle des armées. Ainsi, les techniques innovantes en cyber et en numérique appliquées à l’autoprotection des systèmes d’armes permettent, d’analyser, de neutraliser et de contrer les menaces pesant sur les forces engagées sur un théâtre d’opération. Les moyens de survivre et d’évoluer dans un environnement brouillé, comme en Ukraine, sont devenus indispensables, en raison de l’omniprésence des brouillages ennemis et même…amis !

Les solutions d’intelligence artificielle. L’AMIAD doit rester connectée à l’ensemble de l’écosystème des armées et y déployer des solutions d’intelligence artificielle (IA), souligne Bertrand Rondepierre. L’innovation militaire ne fonctionne que lorsque l’opérationnel se trouve impliqué, notamment avec l’IA dans le numérique et les systèmes d’armes. La montée en puissance de la technologie dans la guerre impose de réfléchir à la conception du combat. En 18 mois d’existence, l’AMIAD a recruté 150 ingénieurs pour ses sites de Bruz (pôle technique et siège) et de Palaiseau (pôle recherche) et compte arriver à 300 personnes en 2026. Elle pourra alors « passer à l’échelle », à savoir changer de taille selon les besoins en matière d’IA et d’ingénierie. En mars 2025, elle s’est engagée à livrer, à l’automne 2027, une unité robotique de combat autonome avec des robots terrestres et des drones légers (photo). Il s’agit du projet « Pendragon », qui fonctionne avec de l’IA. Les moyens d’expérimentation et de développement sont déjà en cours. Par ailleurs, l’AMIAD a mis en œuvre le supercalculateur Asgard, qui commence à utiliser les volumes massifs de données issues de capteurs militaires pour l’IA embarquée, l’IA des opérations et l’IA organique des armées. Il s’agit d’entraîner des modèles spécifiques et non pas de reproduire ce qui se fait déjà dans le domaine civil.

Loïc Salmon

Défense : généraliser l’utilisation de l’IA au ministère des Armées

Défense : stratégie des armées sur l’intelligence artificielle

Défense : le Commissariat au numérique et un supercalculateur dédié à l’intelligence artificielle




Israël : Services de renseignement, défaillances structurelles et logique d’actions offensives

Les Services renseignement (SR) israéliens ont sous-estimé les capacités du Hamas à Gaza (7 octobre 2023) par défaillance dans la collecte, biais d’analyse et dysfonctionnements dans la prise de décision. Mais ils ont remporté des succès majeurs contre le Hezbollah au Liban (septembre 2024) et en Iran (juin 2025).

Clément Renault, chercheur « Renseignement, guerre et stratégie » à l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire, l’explique dans une étude publiée à Paris en octobre 2025.

Les SR israéliens. Israël dispose de trois SR complémentaires, à savoir le Mossad, le Shin Bet (également dénommé Shabak) et l’Aman, spécialisés selon les zones géographiques et les types de menace. Le Mossad opère hors du territoire national, collecte des renseignements par des moyens clandestins et conduit des opérations secrètes à des fins d’entrave et d’influence. Ses officiers traitants, déclarés auprès des autorités locales, ne bénéficient pas de soutien diplomatique direct. Ils recrutent des sources humaines et établissent des montages économiques et financiers et des structures de « couverture » de longue durée pour s’insérer dans les milieux visés. Parfois, ils préparent des opérations offensives. Ainsi, leurs réseaux ont permis l’opération contre les bipeurs et les talkies-walkies du Hezbollah et la précision des frappes contre les cadres des Gardiens de la révolution iranienne. Le Mossad dispose de capacités de renseignement électromagnétique pour l’interception de communications à l’étranger contre les adversaires directs d’Israël. Il a investi massivement dans le cyber-renseignement offensif et réalisé l‘opération « Stuxnet » (2005) de piratage informatique des centrifugeuses du programme nucléaire iranien, avec l’aide des agences américaines NSA et CIA. Enfin, il surveille la diplomatie secrète du Hamas et entretient des relations clandestines avec lui et les États qui ont suspendu ou rompu leurs relations diplomatiques avec Israël. Le Shin Bet assure le contre-espionnage, la protection des infrastructures sensibles, la surveillance des groupes radicaux (arabes et juifs), la sécurité du gouvernement et des institutions nationales et la lutte contre le terrorisme intérieur. En ce qui concerne Gaza, il suit les infrastructures clandestines, les chaînes de commandement et l’identification des cadres opérationnels du Hamas et du Jihad islamique palestinien. Ses moyens de renseignement électromagnétique interceptent les communications (téléphones, écoutes radio, courriels et messages instantanés) en Cisjordanie et dans la bande de Gaza pour identifier des profils précis de suspects et anticiper des menaces émergentes. Le Shin Bet détecte les signaux faibles, localise les « cellules dormantes », surveille les réseaux logistiques des groupes armés et appuie les opérations de ciblage. Ainsi en novembre 2012, la frappe contre Ahmed Jabari, chef de la branche militaire du Hamas, résulte d’une étroite coordination entre le Shin Bet, l’Aman et Tsahal (Forces armées israéliennes). L’Aman suit les menaces militaires conventionnelles et asymétriques, participe à la planification opérationnelle et coordonne le renseignement interarmées. Il dispose de capacités d’imagerie satellitaire et de renseignement d’origine électromagnétique. Son unité 8200 assure la collecte de données électroniques et cybernétiques, dont l’interception de communications, le suivi des réseaux numériques et la cartographie des infrastructures des groupes armés. Elle pratique la lutte informatique offensive contre le Hamas, en neutralisant ses systèmes de communication ou en manipulant des informations pour perturber la coordination de ses opérations. Il agit notamment avec les forces spéciales. Mossad, Shin Bet et Aman dépendent directement du Premier ministre pour favoriser l’efficacité opérationnelle et la réactivité, mais avec les risques de logiques concurrentielles, de cloisonnements administratifs et de vulnérabilités aux ingérences politiques.

Les capacités opérationnelles du Hamas. Le Hamas s’est adapté à la supériorité militaire et technologique d’Israël et l’a contournée. Depuis les années 1990, il est devenu un partenaire de l’Iran dans sa politique d’hostilité à l’égard d’Israël et un moyen d’influence dans la région. L’Iran lui a fourni des missiles antichars Kornet, des roquettes à moyenne et longue portées Fajr-5 et des drones armés pour menacer directement les villes israéliennes. Il a facilité l’acheminement clandestin de composants via la Jordanie, la Syrie ou le Soudan. Le Hamas a aussi profité de stages de formation en Iran, au Liban (Hezbollah) et en Syrie (du temps du régime Assad), portant sur la guérilla urbaine, l’usage d’explosifs improvisés, le sabotage, la guerre électronique et l’emploi tactique de drones. L’aide financière de l’Iran, évaluée à plusieurs dizaines de millions de dollars par an, a permis de construire des réseaux de tunnels, d’acheter des matériels et de maintenir les structures de commandement et de communication. Le Hamas a investi dans la production locale d’armement pour assurer son autonomie militaire et garantir la continuité de ses opérations. Il a établi des lignes de fabrication souterraines, dispersées et difficilement localisables, avec des matériaux dérivés de produits civils ou d’origine étrangère. Ainsi ses missiles M-75, R-160 ou J-80 ont pu frapper Tel-Aviv et Haïfa depuis Gaza. Recrutés pour leur engagement idéologique et leur aptitude physique, les membres des commandos Nukhba sont entraînés aux simulations d’attaques coordonnées, d’infiltrations frontalières et d’enlèvements de soldats israéliens. Ils sont préparés à des missions-suicides et à un engagement prolongé sous terre. Pour le renseignement humain, le Hamas a ciblé la minorité arabe musulmane israélienne pouvant se déplacer au Liban, en Jordanie ou en Arabie saoudite. Il utilise aussi les réseaux sociaux, les messageries sécurisées et l’usage systématique des sources ouvertes : bases de données gouvernementales israéliennes ; publications universitaires ; images satellitaires commerciales ; communications mal maîtrisées des réseaux sociaux de Tsahal. Il a développé des logiciels malveillants pour infecter les applications mobiles populaires en Israël. Une compréhension fine des vulnérabilités israéliennes lui a assuré le succès de son attaque surprise du 7 octobre 2023.

La stratégie israélienne face au Hamas. Depuis la prise de contrôle de Gaza par le Hamas en 2007, Israël a configuré son approche sécuritaire par la dissuasion, le confinement, les assassinats ciblés et l’exploitation des divisions intra-palestiniennes. Ces certitudes de protection se sont effondrées le 7 octobre. La dissuasion a été disqualifiée par la violence de l’attaque planifiée de grande ampleur, le confinement rendu caduc par la pénétration simultanée de plusieurs milliers de combattants sur terre et par les airs, le ciblage démontré comme insuffisant à prévenir ou désorganiser l’attaque et l’exploitation des divisions intra-palestiniennes rendue partiellement inopérante par la coordination tactique entre les différentes factions armées. La brutalité de l’attaque a provoqué un choc considérable en Israël, une peur collective et une crise institutionnelle. Des fuites dans la presse ont fait état d’alertes ignorées ou reléguées à un rang subalterne dans la hiérarchie décisionnelle. Le Shin Bet et l’Aman ont reconnu des erreurs majeures d’évaluation dans des rapports rendus partiellement publics. De son côté, le gouvernement a refusé d’instaurer une commission d’enquête indépendante sur les causes de l’échec des SR en 2023. Enfin, les opérations de ciblage contre les moyens de communication et les hauts responsables du Hezbollah (2024) ou contre les infrastructures nucléaires iraniennes (2025) ont confirmé la performance technique et la capacité de frappe du Mossad et de l’Aman et rétabli leur crédibilité, dans une certaine mesure.

Loïc Salmon

Lève-toi et tue le premier

Moyen-Orient : la confrontation Israël-Iran de juin 2025

Israël : ripostes militaires de précision au Hamas de Gaza