Marine : projection rapide de deux chasseurs de mines

Pour la première fois, deux bâtiments chasseurs de mines ont été projetés en océan Indien en 18 jours au lieu de plus de 40, grâce à un embarquement sur un navire de charge civil affrété. Ils ont été réceptionnés sur zone par leurs équipages arrivés par avion. Le chargement des chasseurs Sagittaire et Pégase avait été effectué en un jour et demi à Brest les 18 et 19 mars 2013. Equipé d’une coque amagnétique en matériau composite verre/résine, chacun pèse plus de 600 t, soit le chargement de cinq avions de transport russes Antonov 124 (120 t à 4.800 km). Cette expérimentation a renforcé les capacités de projection lointaine et de commandement, dans ce cas précis, à partir de la base interarmées d’Abou Dhabi. La Marine nationale réduit ainsi des dépenses de maintien en condition opérationnelle et économise du potentiel matériel et humain. Le bâtiment et son équipage (une cinquantaine de marins) évitent en effet la fatigue d’un long voyage par mer et peuvent se concentrer sur la chasse aux mines. Le déploiement des deux chasseurs en océan Indien a plusieurs objectifs : mise à jour de la cartographie des fonds ; constitution d’une base de données pour la surveillance des routes commerciales recommandées ;  conduite d’actions en coopération avec les Marines des Etats riverains, avec lesquels ont été conclus des accords de défense ; renforcement de la capacité à opérer en coalition avec les Marines américaine et britannique. Cette zone devient de plus en plus sensible (voir rubrique « Archives » 27-3-2013 : « L’océan Indien, espace sous tension).

L.S.




L’océan Indien : espace sous tension

L’Union européenne, l’Amérique du Sud, la Chine et le Japon, très dépendants du commerce maritime Est-Ouest, sont donc naturellement attachés à la liberté de navigation sur l’océan Indien, pourtant fragile et mal contrôlé.

C’est ce qu’a expliqué le vice-amiral d’escadre (2S) Laurent Mérer, ancien commandant de la zone maritime de l’océan Indien (Alindien), au cours d’une table ronde organisée, le 14 février 2013 à Paris, par le Centre d’études supérieures de la marine et l’Ecole de guerre. Ont participé au débat : Hubert Loiseleur des Longchamps, directeur des affaires publiques du groupe pétrolier Total ; Paul Tourret, directeur de l’Institut supérieur d’économie maritime ; Serge Beslier, ancien président du conseil d’administration de l’Agence européenne de contrôle des pêches ; Christian Buchet, directeur scientifique du programme international de recherches « Océanides ».

Tensions et menaces. Les passages resserrés sont autant de lieux  de tensions : Suez, Bab-el-Mandeb, Ormuz et Malacca. En outre, se côtoient environ quarante pays, allant de l’extrême pauvreté à la plus grande richesse sans oublier l’instabilité politique de certains Etats. Cette zone regroupe 800 millions de musulmans, répartis en Inde, Pakistan et Bangladesh. Les rivalités avec les hindous et aussi entre musulmans chiites et sunnites s’y exercent en permanence. L’hinterland est le foyer de conflits larvés et récurrents : Inde et Pakistan ; Iran et Afghanistan ; Israël et Proche et Moyen-Orient. Enfin, les Etats-Unis et la Chine, quoiqu’à la périphérie, apparaissent comme des protagonistes majeurs, en raison des flux commerciaux en général et de leurs approvisionnements, notamment pétroliers, en particulier. L’océan Indien est en effet un lieu de passage obligé du gaz et du pétrole dans les deux sens. Les opérateurs européens produisent et négocient le pétrole du Mozambique et de certains pays du golfe Arabo-Persique destiné à l’Extrême-Orient et transportent des produits dérivés, de quoi tenter une piraterie endémique. A tire d’exemple, un navire de type PSO, construit en Corée du Sud au prix de 1-1,5 Md$, peut traiter 800.000 barils par jour et en stocker 2 millions. Par ailleurs, les importantes ressources halieutiques attirent les pêches illicites. L’océan Indien est aussi devenu le premier centre de production de thon à destination de la France, qui assure une surveillance à partir de l’île de La Réunion. De son côté, l’Union européenne consacre 1 M€/an à la lutte contre la pêche illicite. Par ailleurs, par suite de l’essor de son commerce, la Chine renforce sa présence dans la région depuis les années 1990. D’autres puissances militaires jouent un grand rôle comme consommateurs et partenaires commerciaux : Australie, Inde, Afrique du Sud et Iran. L’amiral Mérer rappelle que le terrorisme est apparu en Asie du Sud-Est en 2006. La piraterie est contenue à Malacca, grâce à l’action commune des pays riverains lancée sous la pression des Etats-Unis et du Japon. Le chantage à la fermeture des détroits, menace agitée par l’Iran en 1986-1987, peut recommencer demain. Aucun pays riverain de l’océan Indien n’étant membre du conseil permanent de sécurité de l’ONU, personne n’assume la responsabilité de sa sécurisation. Enfin, il n’existe pas d’organisation militaire comme l’OTAN ni économique comme celle de l’Association des pays de l’Asie du sud-Est.

Principaux protagonistes. L’Inde, la Chine, les Etats-Unis dans une moindre mesure et la France constituent les principales puissances attentives à la situation dans l’océan Indien. Disposant d’une grande capacité de raffinage, l’Inde exporte les produits pétroliers dérivés d’Arabie Saoudite. Toutefois, elle peine à démarrer ses programmes navals, notamment celui d’un groupe aéronaval, estime l’amiral Mérer. Elle coopère avec le Japon et l’Australie pour équilibrer la présence croissante de la Chine, mais ne semble guère capable d’assurer, avant longtemps, la régulation de l’océan qui porte son nom. De son côté, la Chine participe à la lutte contre la piraterie pour montrer sa capacité à agir dans cette zone et à défendre ses intérêts, à savoir ses réseaux d’approvisionnement en matières premières et d’exportation de biens et de services. Indifférente aux populations riveraines, elle n’a pas besoin d’expansion territoriale pour sécuriser ces routes. Ses entreprises sont bien accueillies par les Etats africains, car elles réalisent ce qu’elles promettent, respectent les délais et ne posent pas de questions sur les droits de l’Homme. La Chine développe sa flotte militaire, multiplie les accords de défense et les  grands travaux portuaires au Pakistan, au Sri Lanka et en Birmanie et envisage, à terme, d’utiliser des routes commerciales terrestres pour s’affranchir des détroits. Les Etats-Unis disposent d’une base navale sur l’île britannique de Diego Garcia et renforcent leur coopération avec l’Australie et l’Afrique du Sud, afin de surveiller la montée en puissance des autres pays de la zone. Malgré leur désengagement en Irak et en Afghanistan, ils maintiennent une présence à cause du pétrole (pays du Golfe) et du gaz (Qatar), en vue d’empêcher que l’océan Indien ne devienne « chinois » et pour garantir la protection d’Israël. La France a déployé les deux tiers de sa Marine à proximité du détroit d’Ormuz en 1986-1987. Mais a-t-elle encore la capacité d’y rester en permanence, s’interroge l’amiral Mérer. Quand il exerçait les fonctions d’Alindien en 2001 avec son quartier général sur un pétrolier-ravitailleur itinérant, la vision globale de la France avait été reconnue par le commandement naval américain. Dix ans plus tard, Alindien est installé dans la base française d’Abou Dhabi et doit maintenir ses liens avec tous les pays de la zone. Ainsi, un  solide réseau diplomatique,  la base de Djibouti (Afrique de l’Est), un bâtiment de projection et de commandement et un avion radar Atlantique 2 permettent d’assurer une présence suffisante et, éventuellement, d’agir. Madagascar, où résident 28.000 ressortissants français, est devenue une zone de non-droit en dix ans. La paupérisation accrue risque de transformer la grande île en une nouvelle Somalie avec, pour conséquences, des trafics mafieux et la  piraterie, avertit l’amiral Mérer.

Enfin, comme les transits commerciaux (pétrole et conteneurs) entre l’Est et l’Ouest de l’océan Indien se partagent entre l’Europe et les Etats-Unis, le golfe du Bengale devrait devenir une zone de prospérité après 2030, selon Paul Touret. A cette époque, anticipe Christian Buchet, la population indienne aura dépassé celle de la Chine et sera… la première du monde !

Loïc Salmon

 D’une superficie de 75 Mkm2, l’océan Indien est le seul à porter le nom d’un pays. Il est bordé : au nord par l’Inde, le Pakistan et l’Iran ; à l’est par la Birmanie, la Thaïlande, la Malaisie, l’Indonésie et l’Australie ; au sud par l’océan glacial Antarctique ; à l’ouest par l’Afrique et la péninsule arabique. Pa convention, ses frontières se situent au cap des Aiguilles pour l’Atlantique, à l’île de Tasmanie pour le Pacifique et au 60ème parallèle Sud pour l’Antarctique. Ses rives accueillent 40-50 % de la population mondiale.




L’océan Arctique : nouveaux enjeux stratégiques

Ses richesses présumées et l’ouverture de nouvelles routes maritimes, libres de glaces une partie de l‘année à l’horizon 2025, donnent à l’océan Arctique une nouvelle dimension stratégique à l’échelle mondiale, avec les tensions qui s’ensuivent.

Ces perspectives ont été présentées par Viviane du Castel, directrice pédagogique à l’ISEG Group, au cours d’une table ronde organisée, le 14 février 2013 à Paris, par le Centre d’enseignement supérieur de la marine et l’Ecole de guerre. Y ont aussi participé Paul Tourret, directeur de l’Institut supérieur d’économie maritime, Cyrille Poirier Coutansais du Bureau droit de la mer à l’état-major de la Marine, et Christian Buchet, directeur scientifique du programme international de recherches « Océanides ».

Enjeux des nouvelles routes. La Chine, le Japon, la Corée du Sud et l’Union européenne sont venus rejoindre les pays riverains de l’Arctique, à savoir le Groenland, la Norvège, la Russie, le Canada et les Etats-Unis, mais aussi la France traditionnellement intéressée depuis les travaux de l’explorateur Paul-Emile Victor. Les ressources naturelles comprennent 84 % des gisements offshore actuels (Alaska et Russie) et le quart des réserves estimées mais non prouvées d’hydrocarbures, à savoir 30 % du gaz et environ 20 % du pétrole, et aussi les terres rares indispensables aux nouvelles technologies. Le passage du Nord-Ouest par le Canada et l’Alaska, déjà ouvert six mois par an, est considéré comme une voie intérieure par le Canada, mais comme un corridor international par les Etats-Unis. Le passage du Nord-Est, où sept ports russes sont libres de glaces toute l’année, permettra des liaisons maritimes de l’Atlantique au Pacifique.  Déjà, le 2 août 2007, au moyen d’un bathyscaphe, la Russie avait planté un drapeau national en titane à la verticale du pôle Nord pour affirmer sa souveraineté, aussitôt contestée par les Etats-Unis, le Canada et le Danemark. Les routes maritimes de l’Arctique faciliteront le désenclavement de la Russie en évitant à ses flux commerciaux de transiter par les Etats baltes et l’Ukraine. Afin de sécuriser la route maritime du Nord, la Russie a conclu un accord de délimitation de frontière maritime avec la Norvège en octobre 2010. De son côté, la Chine souhaite transformer l’Islande en centre d’éclatement de ses trafics de marchandises vers l’Europe. Dans l’ensemble, les passages du Nord-Ouest et du Nord-Est ouvrent de nouvelles opportunités : trajets plus courts donc transports plus économiques en temps, coûts d’équipage et énergie ; exploitation plus facile de la pêche, des gisements de minéraux et d’hydrocarbures ; ouverture vers l’extérieur des régions industrielles. Toutefois, le transport de conteneurs semble limité pour plusieurs raisons : taille grandissante des porte-conteneurs et régularité impérative de leurs horaires ; obligation de traverser les eaux territoriales russes ; réticences des compagnies d’assurances. Cependant, un traité sur l’organisation des recherches et sauvetage après accident a été conclu en mai 2011 entre les membres du Conseil Arctique : Canada, Danemark (représentant aussi le Groenland et les Iles Féroé), Etats-Unis, Finlande, Islande, Norvège, Suède et Russie.  Le Conseil Arctique a admis comme observateurs l’Allemagne, la Chine, l’Espagne, la France, l’Italie, le Japon, la Corée du Sud, les Pays-Bas, la Pologne, la Grande-Bretagne, la Commission européenne et la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant Rouge. Par ailleurs, l’Organisation maritime internationale, institution spécialisée de l’ONU, élabore un code polaire. Enfin, les passages par le nord réduiront la saturation des trafics maritimes dans le détroit de Malacca et les canaux de Suez et de Panama.

Vulnérabilités et sécurité. L’environnement de l’Arctique subit déjà des dommages : déballastages des eaux usées par les navires en transit ; émission de gaz à effet de serre ; érosion des côtes ; risques associés aux naufrages et déversements d’hydrocarbures. Les modes de vie et la culture des Inuits sont perturbés et leur santé menacée par les matériaux radioactifs militaires rejetés en mer à l’issue de la guerre froide.

Pour Viviane du Castel, l’Arctique constitue un fort potentiel économique et militaire pour la Russie et les Etats-Unis. Ils pourront y développer la prospection et la production d’uranium. La navigation de leurs bâtiments militaires, notamment les sous-marins à propulsion nucléaire, sera facilitée.  D’ici à 2020, la Russie prévoit de construire des ports, des brise-glace à propulsion nucléaire et un nouveau système satellitaire Glonass, concurrent du GPS américain. Toutefois, s’interroge Viviane du Castel, la sécurité relève-t-elle des Etats ou des grands groupes industriels et commerciaux ? Il s’agit en effet de gérer les événements et les catastrophes naturelles, mais aussi de développer, maîtriser et diffuser les connaissances scientifiques et faire connaître les nouveaux risques. Les entreprises et les organisations non gouvernementales semblent mieux placées pour coopérer, notamment dans la recherche médicale, que les Etats. Cependant, sous la pression de leurs opinions publiques, ceux-ci peuvent imposer le principe de précaution. Selon Viviane du Castel, seul un concept de sécurité globale pour l’Arctique pourra assurer un niveau suffisant de prévention et de protection contre les risques et menaces, sans rupture de la vie et des activités collectives et individuelles des populations riveraines.

Loïc Salmon

D’une surface de 14 Mkm2, l’océan Arctique communique avec l’Atlantique par la mer de Barents et le détroit de Fram et avec le Pacifique par le détroit de Béring. Sa profondeur atteint 1.000 m en moyenne et 4.000 m à certains endroits. Sa température varie de – 50 °C en hiver à 0° C en été. Il est en grande partie recouvert par la banquise qui atteint jusqu’à 4 m d’épaisseur, mais en diminution de 40 % en cinquante ans par suite du réchauffement climatique. Cette évolution va s’accélérer et devrait aboutir à la fonte totale des glaces en été dans une cinquantaine d’années.




Les réservistes à l’honneur

Les réservistes, civils et militaires à la fois,  sont indispensables aux forces armées, auxquelles ils apportent un renfort temporaire. Une journée nationale leur est attribuée en reconnaissance (4 avril en cette année 2013), car la plupart remplissent leurs fonctions pendant leurs vacances ou le week end, au-delà des cinq jours que l’employeur est tenu d’accorder. Toutefois, certaines entreprises ont signé une convention avec le ministère de la Défense pour faciliter l’engagement de leurs réservistes. C’est le cas pour les 34 réservistes qui assurent un soutien opérationnel à l’opération « Serval » au Mali, hors forces spéciales. Selon le Conseil supérieur de la réserve militaire, le nombre de réservistes opérationnels (payés à la journée selon leur grade) est passé de 18.162 en 1999 à… 57.187 en 2011, dont 20 % d’officiers, 38 % de sous-officiers et 42 % de militaires du rang. Celui des « réservistes citoyens », bénévoles chargés du rayonnement des armées, a été de 2.660 (16 % de femmes) en 2011, dont 67 % d’officiers supérieurs, 22 % d’officiers subalternes, 10 % de sous-officiers et 1 % de militaires du rang. La Gendarmerie a accueilli son 1.000ème réserviste citoyen le 13 février 2013. Pourtant, en période de restriction budgétaire comme en 2012, la réserve sert de variable d’ajustement. Les armées privilégient en effet les réservistes opérationnels susceptibles de les servir 40-50 jours par an, alors que la moyenne est de 25 j/an. Le moral des laissés-pour-compte s’en ressent. Pour remédier à cet état de fait, le ministère de la Défense a défini cinq priorités pour 2013 : valoriser les collectivités locales et les « correspondants-défense » ; mettre en avant les réservistes opérationnels et citoyens ; susciter l’adhésion des entreprises et des administrations partenaires ; associer le ministère de l’Education nationale et celui de l’Enseignement supérieur et de la Recherche ; coopérer avec les associations de réservistes.

Loïc Salmon




DGA : l’expertise technologique, avenir de l’outil de défense

La Direction générale de l’armement (DGA) mise sur l’expertise technologique de l’industrie de défense française pour en préserver la compétitivité et maintenir les capacités des forces armées au meilleur standard.

C’est ce qu’a déclaré son délégué général, Laurent Collet-Billon, le 13 février 2013 à Paris, lors de la présentation à la presse des résultats de l’activité 2012.

L’équipement des forces. La DGA a dépensé 10.984 M€ pour équiper les forces armées françaises, contre 9.496 M€ en 2011, environ 5.000 M€ pour promouvoir les exportations (6.516 M€) et 725 M€ dans les études amont pour préparer l’avenir (724 M€). Le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a décidé de porter à 750 M€, en 2013, ce dernier montant destiné aux entreprises de défense à haute valeur technologique et source d’emplois peu délocalisables. Les paiements relatifs à l’équipement des forces ont concerné notamment le Commissariat à l’énergie atomique (1.724 M€), EADS (1.550 M€), Thales (1.547 M€), DCNS (1.532 M€), Dassault (928 M€), Safran (916 M€), MBDA (600 M€), Nexter (500 M€), le Centre national d’études spatiales (244 M€), Renault Trucks Defense (134 M€), Panhard général Defense (61 M€), BAE Systems (50 M€) et diverses petites et moyennes entreprises (1.199 M€). En 2012, la DGA a pris livraison en octobre du Rafale C137, premier avion de combat européen à être équipé en série du radar RBE2 Aesa à antenne active, à portée de détection accrue et à maintenance simplifiée. Le Rafale C137 est aussi équipé d’un détecteur de départ missile amélioré et d’une optronique « secteur frontal » de nouvelle génération. La frégate multimissions Aquitaine, première de la série du programme FREMM, a été livrée à la Marine en novembre. Déployée au sein d’une coalition européenne, elle permettra à la France d’apporter des capacités de maîtrise du  milieu aéromaritime et, dès 2014, de frappes de précision dans la profondeur avec le missile de croisière naval, en cours de développement (voir revue téléchargeable 305 Septembre 2011, p.15-16). Fin novembre, la DGA a réceptionné 10.170 systèmes « Félin » (Fantassin à équipements et liaisons intégrés), de quoi en doter dix régiments d’infanterie de l’armée de Terre. Déployé avec succès en Afghanistan depuis fin 2011, Félin améliore les fonctions de protection, d’observation, de communication, d’emploi des armes, de mobilité et de soutien des combattants au contact direct de l’adversaire. Il inclut notamment gilet pare-balles, tenue de protections nucléaire, biologique et chimique, lunettes de tirs jour/nuit et arme individuelle ou collective. Son système d’information facilite l’intégration des groupes de combat dans la chaîne de commandement numérisée et confère au combattant une capacité de combat en réseau. Dix autres régiments seront dotés du Félin d’ici à 2015, à raison de quatre par an. Parallèlement, la DGA poursuit l’accompagnement des forces en opérations dans la maîtrise de leur environnement et des menaces possibles. La procédure, dite « d’urgence opérationnelle », a permis de réduire l’exposition de forces engagées : protection renforcée des véhicules blindés AMX10RC contre les attaques de roquettes ; robot terrestre « Minirogen » de recherche d’engins explosifs improvisés pour l’ouverture d’itinéraire piégé ; alerteur de départ de tir indirect GA10, installé dans les bases opérationnelles avancées. Enfin, indique Laurent Collet-Billon, les retours d’expérience en opérations extérieures (Afghanistan, Côte d’Ivoire, Libye et Mali) constituent un plan de réflexions sur les besoins des armées, qui remonte à l’Etat-major des armées, dont le chef en informe la DGA.

L’exportation d’armement. En 2012, les exportations françaises d’armement ont été réalisées à 40 % vers l’Asie-Pacifique et à 16 % vers les pays du golfe Arabo-Persique. Le plus gros contrat, supérieur à 1 Md€, porte sur la fourniture de missiles air/air Mica (voir encadré) pour les Mirage 2000 de l’armée de l’Air indienne. Des discussions sont en cours sur le système de défense aérienne de courte portée SRASM et surtout l’avion de chasse Rafale avec un transfert de technologie.  Ce dernier, précise Laurent Collet-Billon, est encadré et nécessite une décision interministérielle. Toutefois, « il faut être certain de conserver un temps d’avance technologique ». Toutes les entreprises d’armement étrangères y sont confrontées. Les armements français sont destinés d’abord aux forces armées nationales, puis éventuellement exportés selon les critères de performance définis par le client et le constructeur. Par exemple, la frégate FREMM dispose d’un équipage plus réduit que les normes en vigueur dans les autres Marines. Pourtant, DCNS a pris le risque de construire la corvette « Gowind » uniquement pour l’exportation et l’a vendue à la Malaisie. Enfin, le missile Aster 30 et le futur missile de croisière naval ne sont pas exportables.

La coopération. La DGA coopère avec les Etats-Unis dans les domaines suivants : amélioration des capacités de renseignement ; interopérabilité des armements ; rénovation de l’avionique des avions ravitailleurs KC 135 ; acquisition de munitions 5,56 mm ; formation des pilotes d’aéronavale. Dans le cadre de l’OTAN, elle a contribué à la spécification technique des besoins de commandement et de contrôle de la défense antimissile, mais en veillant à sa cohérence avec le système de commandement et de contrôle des opérations aériennes développé par Thales (France) et Raytheon (Etats-Unis). La coopération avec la Grande-Bretagne porte sur le drone tactique « Watchkeeper » pour l’armée de Terre, le  missile de croisière et la lutte contre les mines. Enfin, la DGA a signé 87 accords internationaux en 2012.

Loïc Salmon

Le missile français anti-aérien Mica (Missile d’interception, de combat et d’auto-défense), construit par MBDA, emporte 12 kg d’explosifs avec effet de souffle et de fragmentation. D’un poids de 112 kg et d’une portée de 500 m à 80 km, il est équipé d’un système de guidage à radar actif ou infrarouge passif selon les versions. Il existe en versions air/air (photo), terrestre et maritime. Les deux dernières sont à lancement vertical (VL-Mica). La version terrestre assure la défense aérienne d’installations civiles ou militaires ou la protection de forces en opérations. La version maritime couvre une zone d’engagement de 360 degrés en conservant la furtivité du navire. La version air/air du Mica équipe les Mirage 2000-5 de l’armée de l’Air et les Rafale de l’armée de l’Air et de la Marine nationale ainsi que les armées de l’Air grecque, taïwanaise, indienne et des Emirats arabes unis. Le VL-Mica a été acheté par Oman, le Maroc et les Emirats arabes unis.

 




Robotisation du champ de bataille : état de l’art

La présence croissante des robots sur la zone de combat, dotés ou non d’une certaine autonomie de décision, constitue une mutation de l’affrontement lui-même avec des conséquences, notamment sur l’emploi des forces terrestres.

Cette question a fait l’objet d’un colloque organisé, le 21 février 2013 à Paris, par les Ecoles de Saint-Cyr Coëtquidan (ESCC), l’Association Minerve de l’enseignement militaire supérieur scientifique et technique et le Forum du futur. Y ont notamment participé : Ronan Doare, Yves Bergeon et Gérard de Boisboissel (Centre de recherche des ESCC) ; l’ingénieur principal des études et techniques de l’armement Eva Grück ; Guy Caverot  (BA Systèmes) ; le colonel Thierry Pelletier (Section technique de l’armée de terre) ; Patrick Peras (groupe ECA).

La mise en service. Les drones sont les robots militaires les plus nombreux, car il est plus facile de se déplacer dans l’air qu’à l’intérieur d’un bâtiment. Ils apportent une réponse opérationnelle aux missions de surveillance, d’acquisition d’objectifs, de renseignement et de reconnaissance. Les robots terrestres doivent remplir les missions « monotones, sales et dangereuses », à savoir le déminage et la surveillance. Les Etats-Unis en ont déployé plus de 10.000 en Irak et en Afghanistan. Beaucoup de robots terrestres armés disposent d’une autonomie de déplacement, mais très peu d’une autonomie de décision.

Comme il faut garantir la maîtrise du feu en toutes circonstances, leur emploi est donc limité par la complexité de l’environnement pour la décision de tir. Israël et la Corée du Sud s’en servent pour garder les frontières, dont l’environnement est connu et où les intrus sont considérés comme « illégitimes ».  Par ailleurs, les technologies grand public de robots télé-opérés pourraient trouver un usage militaire dans les escadrons d’éclairage et d’investigation de l’infanterie et de l’arme blindée-cavalerie, qui doivent notamment : déceler les positions de l’ennemi et déterminer sa nature et son volume ; reconnaître les itinéraires ; flanc-garder le dispositif ; couvrir les intervalles entre les unités déployées. En contrepartie, l’analyse des menaces doit prendre les robots en compte. Déjà, en juin 2012, l’armée de Terre française a élaboré une doctrine en la matière. Elle définit le robot militaire comme une plateforme mobile terrestre, réutilisable, équipée de capteurs et d’effecteurs (moyens d’action) et destinée à réaliser, avec un certain degré d’autonomie, des actes élémentaires dans le cadre de la manœuvre aéroterrestre. Le robot doit permettre au soldat de se concentrer sur la tâche que lui seul peut réaliser. Ainsi, il répond à des besoins : survie du combattant ; accroissement de ses capacités ; réalisation de tâches répétitives et fastidieuses. Le génie utilise des robots pour la neutralisation d’explosifs et l’ouverture d’itinéraire piégé. Le 2ème Régiment étranger d’infanterie évalue la robotisation au contact : petits véhicules à roues ou chenilles, portables par un seul homme, et microdrones à voilure fixe ou tournante. L’armée britannique développe un « nanodrone », qui tient dans la main et permet de voir de l’autre côté d’un mur.

La recherche. Vu que les missions des robots terrestres incluront bientôt la logistique, la recherche et le développement demeurent prioritaires pour ne pas « décrocher ». Selon le Centre de recherche des ESCC, les enjeux pour les forces armées sont d’ordres juridiques (réglementation), sociologiques (acceptabilité), économiques (coûts), tactiques et technologiques. Pour les Etats, ils deviennent politiques : éthique quant à l’emploi de drones armés ; protection « technologique » des frontières. En outre, le Conseil national de l’industrie, créé le 5 février 2013, va coordonner l’action de douze comités stratégiques de filières (entreprises, partenaires institutionnels et ministères), en vue de créer notamment une filière industrielle robotique. La Direction générale de l’armement et l’Agence nationale de la recherche coopèrent déjà dans ce domaine. Entre 2009 et 2012, elles ont développé les petits robots d’exploration pour cartographier un territoire. Depuis 2013, elles s’intéressent aux véhicules « intelligents », qui se déplaceront en milieu urbain. Un robot est capable d’actions réflexes comme la conduite de tir, d’assurer des mouvements répétitifs et de naviguer de façon autonome (GPS, évitement d’obstacles, suivi de routes), mais sa capacité d’interprétation (reconnaissance et classification d’objets) reste encore très limitée. Aujourd’hui, le robot militaire est utilisé isolément pour limiter l’exposition du combattant dans une zone potentiellement dangereuse. Demain, au sein d’un système de force, il aura un effet démultiplicateur, en vue d’assurer la permanence de l’action. L’approche industrielle passe par une mise en phase des cycles d’évolution robotiques (3 à 5 ans) avec ceux des armées (supérieurs à 10 ans) et l’identification des familles de robots à développer dans les dix prochaines années, avec des tendances à la miniaturisation, la réalisation de tâches de plus en plus complexes et la mise en réseau (micro-robots, bras manipulateurs très sophistiqués et essaims). Toutefois, le robot milita    ire reste soumis à certaines contraintes : doctrine d’emploi spécifiée en amont ; fiabilité par des températures de – 40 ° C à + 70 ° C, simplicité, rusticité, durabilité et poids ; autonomie en adéquation avec la mission ; capacité opérationnelle dans tous les cas et toutes les conditions ; sécurisation des communications, chiffrement de données et interopérabilité. Compte tenu des aléas du combat, le robot doit rester un produit consommable, donc bon marché. Il devra être modulaire pour répondre à l’accroissement des performances. Ces modules seront sélectionnés selon la mission : caméra infrarouge ; bras téléopéré ; capteurs de menaces nucléaire, radiologique, biologique et chimique. Le robot du futur devra pouvoir s’adapter aux besoins propres des composantes de l’armée de Terre, à savoir, le génie, l’artillerie, l’infanterie, l’arme blindée-cavalerie, les transmissions et le matériel/train. Son cycle de développement devra rester court, y compris les périodes d’essais. Enfin, la dualité civil/militaire permettra d’intégrer les innovations technologiques et de réduire les coûts.

Loïc Salmon

Depuis 2010, le Centre de recherche des Ecoles de Saint-Cyr Coëtquidan a lancé un programme sur la robotisation du champ de bataille, en partenariat avec des institutions, des universitaires et des entreprises. Par ailleurs, le Groupe national de recherche en robotique compte plus de 60 équipes (1.300 chercheurs, enseignants et étudiants en master et doctorat) dans diverses universités et institutions, dont le Centre national de la recherche scientifique, l‘Institut national de recherche en informatique et en automatique, le Commissariat à l’énergie atomique et l’Office national d’études et de recherches aérospatiales. Parmi ses partenaires industriels, figurent notamment Thales, Dassault Aviation, Nexter, BA Systèmes et Bouygues Construction.




Armée de Terre : l’effet « Mali » sur le recrutement

L’intervention militaire française au Mali a eu un effet positif sur le recrutement des jeunes de 18-24 ans, a déclaré, le 28 février 2013 à Paris, le général de brigade Benoît Royal, sous-directeur recrutement à la Direction des ressources humaines de l’armée de terre. Celle-ci compte embaucher 10.000 militaires cette année, sur une population cible de 120.000 civils. Avec un budget de 800 €/jeune, elle arrive en quinzième position parmi les principaux employeurs, mais, en termes d’effectifs, à la deuxième derrière Mac Donald qui souhaite embaucher 20.700 jeunes. L’armée de Terre rencontre en effet de nombreuses difficultés structurelles : baisse générale des effectifs de la classe d’âge concernée ; effet répulsif des pertes humaines en Afghanistan ; perte de visibilité des militaires auprès de la population ; désertification militaire de zones sur le territoire national ; attentisme de la jeunesse ; contraintes du métier. Par ailleurs, les familles n’accompagnent plus leurs enfants dans les bureaux du Service d’information et de relations publiques de l’armée de terre. De plus en plus de parents n’ont pas connu le service national. Pour combler son déficit d’image,  elle recourt surtout à la publicité, de plus en plus chère mais indispensable : télévision, internet, réseaux sociaux, affichage et presse. La part d’internet parmi les origines des candidatures croît régulièrement : 31 % en 2010, 39 % en 2011, 43 % en 2012 et 53 % en 2013. Une campagne de spots télévisés entraîne 140.000 clics par semaine sur le site internet de recrutement, contre 40.000 sans spots. La campagne 2013 est la première où des scènes d’opérations sont reconstituées pour rechercher l’authenticité. Selon le général Royal, les jeunes réfléchissent sur l’idée qu’ils se font de l’armée de Terre et recherchent « un métier qui sert à quelque chose, qui ait du sens ». Environ 15 % des recrutés savent dans quelle arme ils veulent servir. Moins de 10 % des jeunes recrutés en 2012 étaient au chômage. La solde d’un engagé, nourri et logé, se monte à 1.200 € net par mois. Enfin, l’armée de Terre poursuit ses efforts de fidélisation du personnel. Le taux de dénonciation de contrat des engagés volontaires est en effet passé de 24,8 % en 2007 à 30 % en 2009 pour retomber à 23 % en 2012.

Loïc Salmon




Mali : l’opération Serval va baisser en puissance à partir d’avril

« La phase ultime » de l’opération Serval, considérée comme la plus difficile, « va durer encore tout le mois de mars et, à partir du mois d’avril, il y aura une diminution du nombre de soldats français au Mali, dès lors que les forces africaines seront en relais, appuyées par les Européens », a déclaré le président de la République, François Hollande, chef des armées, au cours d’une conférence de presse à Varsovie le 6 mars 2013. Le lendemain, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, s’est rendu au Mali pour rencontrer les troupes franco-maliennes engagées dans la vallée de l’Amettetaï, lieu de l’offensive du 27 février au 4 mars, et dans les villes de Tessalit et de Gao. Actuellement, 4.000 militaires français et 6.300 soldats du Niger, du Nigeria, du Burkina Faso et surtout du Tchad (2.000 hommes) sont déployés au Mali. S’y ajoutent des moyens aériens pour : les frappes, 6 Rafale, 6 Mirage 2000D et 2 Mirage F1 CR ; le renseignement, 1 Atl2 et des drones ; l’appui, 1 AWACS pour la détection et le contrôle, 1 C135 pour le ravitaillement en vol et des avions de transport tactique C160, C130 et CN 235. Le bilan des combats entre les 1er et 7 mars s’établit à : 180 sorties aériennes, dont 60 pour les frappes, 60 pour le soutien ravitaillement et santé et 60 pour le transport ; destruction de sites logistiques et de véhicules ; 50 djihadistes tués et 5 prisonniers, dont certains très jeunes ; 2 Français tués (2 et 6 mars) ; découverte de caches, postes de combat, armement, munitions et ateliers de fabrication d’engins explosifs improvisés. Les armes et munitions trouvées proviennent surtout des stocks de l’armée malienne et un peu de Libye. Selon l’Etat-major des armées, les djihadistes, qui avaient pris leurs dispositions pour tenir longtemps (dépôts de munitions et de vivres), cherchent à infliger le maximum de pertes aux unités françaises et tchadiennes. Les forces françaises, qui bénéficient des appuis feux des hélicoptères et avions de chasse, se coordonnent avec les troupes tchadiennes pour acquérir la supériorité et exploiter très vite le renseignement opérationnel, en vue de relancer l’action et garder l’initiative. Les conditions sont particulièrement difficiles : température de 35-40 ° C ; terrain rocailleux avec de fréquents dénivelés de 100 m ; chargement individuel de 25 kg (gilet pare-balles, vivres et munitions). Par ailleurs, 13 avions de transport et 2 hélicoptères sont fournis par : les Etats-Unis, 3 avions C17 ; la Grande-Bretagne, 1 C17 ; le Canada, 1 C17 ; la Belgique, 2 avions C130 et 2 hélicoptères ; l’Allemagne, 2 avions C160 et 1 avion A 3010 ; l’Espagne ,1 C130 ; le Danemark, 1 C130 ; les Pays-Bas, 1 avion DC 10. Enfin, la Mission d’entraînement de l’Union européenne au Mali, destinée à former les troupes maliennes, devrait être opérationnelle fin mars. Composée de 500 soldats (200 formateurs) de 20 pays, elle sera protégée par les forces françaises.

Loïc Salmon




Mali : quatrième Français tué au cours de l’opération « Serval »

Un militaire français a été mortellement touché le 6 mars 2013, lors d’un accrochage avec les djihadistes près de Tin Keraten, à 100 km de Gao dans l’Est du Mali. Il s’agit du brigadier-chef Wilfried Pingaud du 68ème Régiment d’artillerie d’Afrique. Cela porte à quatre le nombre de Français tués depuis le déclenchement de l’opération Serval le 11 janvier. Selon l’Etat-major des armées, les djihadistes sont très déterminés et conduisent leur action jusqu’au bout sans chercher à se  désengager, ce qui rend la situation particulièrement dangereuse. Il s’agit de concentrer rapidement les moyens aériens et terrestres pour fixer l’adversaire, une fois localisé, et de le neutraliser. Une patrouille aérienne est maintenue sur zone par des ravitaillements en vol, afin d’intervenir rapidement. Le transport d’essence se fait par la route. Mais en cas d’urgence, un hélicoptère peut recevoir, bord à bord, une partie du carburant du C160, qui conserve de quoi rentrer à sa base. L’hélicoptère permet de surveiller le maximum de terrain et d’aller vite. Actuellement, 4.000 militaires français et 6.000 soldats africains sont déployés au Mali ainsi que des moyens aériens pour : les frappes, 6 Rafale, 6 Mirage 2000D et 2 Mirage F1 CR ; le renseignement, 1 Atl2 et des drones ; l’appui, 1 AWACS pour la détection et le contrôle, 1 C135 pour le ravitaillement en vol et des avions de transport tactique C160, C130 et CN 235. En outre, treize avions de transport sont fournis par les Etats-Unis (3 C17), la Grande-Bretagne (1 C17), le Canada (1 C17), la Belgique (2 C130), l’Allemagne (2 C160 et 1 A 3010), l’Espagne (1 C130), le Danemark (1 C130) et les Pays-Bas (1 DC 10). Enfin, la Mission d’entraînement de l’Union européenne au Mali, destinée à former les troupes maliennes, devrait être opérationnelle fin mars. Composée de 500 soldats (200 formateurs) de 20 pays, elle sera protégée par les forces françaises.

Loïc Salmon




Mali : deux Français tués dans l’Adrar, principale zone d’opération

Quelque 1.200 militaires français, 800 soldats tchadiens et un élément malien ont été déployés dans le massif montagneux de l’Adrar (Nord du Mali), refuge des islamistes. Plusieurs accrochages se sont produits à l’issue de l’opération de reconnaissance « Panthère IV » déclenchée le 18 février 2013. Au 3 mars, le dernier bilan connu s’établit à : 90 djihadistes tués par les Tchadiens et 40 par les Français ; 26 Tchadiens tués ; 2 Français tués et 2 légèrement blessés ; plus de 10 sites logistiques, 15 pick up et 1 véhicule blindé BRDM2 détruits ; un atelier de fabrication d’engins explosifs improvisés démantelé. Selon l’Etat-major des armées, les djihadistes sont très déterminés et conduisent leur action jusqu’au bout sans chercher à se désengager, ce qui rend la situation particulièrement dangereuse. Deux canons Caesar de 155 mm ont été envoyés dans la région pour compléter l’appui feu aérien (voir plus loin). Panthère IV, terminée dès la localisation de l’adversaire, avait mobilisé 150 hommes des forces franco-maliennes, pour désorganiser les groupes djihadistes et démanteler leurs sanctuaires. Le 2 mars, le caporal Cédric Charenton (1er Régiment de chasseurs parachutistes) a été tué au cours d’un violent combat. Auparavant, le 19 février, lors d’un accrochage à 50 km au sud de la ville de Tessalit, le sergent-chef Harold Vormezeel (2ème Régiment étranger de parachutistes) est décédé à la suite de ses blessures. Panthère IV avait utilisé des moyens de renseignement (1 avion radar Atl 2 et 1 drone), d’appui aérien (2 chasseurs) et de transport (1 avion C160, 4 hélicoptères dont 1 « médicalisé » et des véhicules blindés). Il s’agit de concentrer rapidement les moyens aériens et terrestres pour fixer l’adversaire, une fois localisé, et de le neutraliser. Une patrouille aérienne est maintenue sur zone par des ravitaillements en vol, afin d’intervenir rapidement. Le transport d’essence se fait par la route. Mais en cas d’urgence, un hélicoptère peut recevoir, bord à bord, une partie du carburant du C160, qui conserve de quoi rentrer à sa base. L’hélicoptère permet de surveiller le maximum de terrain et d’aller vite. Actuellement, 4.000 militaires français et 6.000 soldats africains sont déployés au Mali ainsi que des moyens aériens pour : les frappes, 6 Rafale, 6 Mirage 2000D et 2 Mirage F1 CR ; le renseignement, 1 Atl2 et des drones ; l’appui, 1 AWACS pour la détection et le contrôle, 1 C135 pour le ravitaillement en vol et des avions de transport tactique C160, C130 et CN 235. En outre, treize avions de transport sont fournis par les Etats-Unis (3 C17), la Grande-Bretagne (1 C17), le Canada (1 C17), la Belgique (2 C130), l’Allemagne (2 C160 et 1 A 3010), l’Espagne (1 C130), le Danemark (1 C130) et les Pays-Bas (1 DC 10). Enfin, la Mission d’entraînement de l’Union européenne au Mali, destinée à former les troupes maliennes, devrait être opérationnelle fin mars.  Composée de 500 soldats (200 formateurs) de 20 pays, elle sera protégée par les forces françaises.

Loïc Salmon