État-major des armées : bilan de l’amiral Édouard Guillaud

Chaque fois que le gouvernement les a sollicitées, les armées ont réagi avec un préavis très court, comme pour les opérations aéroterrestres au Mali et aéromaritime en Libye. En outre, le cyberespace est devenu un nouveau théâtre d’affrontement international et l’espace fournit des renseignements.

C’est ce qu’a déclaré l’amiral Édouard Guillaud, le 27 janvier 2014 à Paris, devant l’Association des journalistes de défense à l’issue de son mandat de chef d’État-major des armées (CEMA).

Les opérations. Les réformes ont accru la réactivité et la modularité des armées, qui ont dépassé les stades de l’interarmes et de l’interarmées. Ainsi en Libye, ont été mobilisés : 1 avion d’alerte avancée AWACS, des ravitailleurs en vol, l’aviation légère de l’armée de Terre, 1 sous-marin, les Forces spéciales ainsi que des Rafale, Mirage 2000 et Super-Étendards Modernisés, dont la trajectoire a été modifiée quand il le fallait. Dans l’ensemble, les relations avec les divers grands commandements américains sont « lucides », précise l’amiral. La coopération en matière de ravitaillement en vol et de renseignement est indispensable à la sécurité des opérations, car « la capacité intellectuelle d’analyse de nos adversaires est extrêmement puissante ». Le Sud de la Libye, où l’État doit se reconstruire, l’Algérie, le Tchad et le Niger sont conscients de la nécessité de sécuriser leurs frontières pour éviter qu’elles deviennent un centre de gravité du terrorisme. Au Sahel, à défaut d’éradiquer le terrorisme des mouvements djihadistes, précise le CEMA, il s’agit de le maintenir à un niveau contrôlable par les gouvernements locaux. Cela passe par l’entraînement de leurs armées, du ressort de la Mission de formation de l’Union européenne au Mali. Avant l’intervention française (2013), les troupes d’Al Qaïda, qui venaient auparavant se reposer au Mali, s’y étaient installées, vu le nombre de caches logistiques et d’armes découvertes. Désormais, « nous voulons empêcher le terrorisme international de reprendre le pays comme sanctuaire ». En République Centrafricaine, pays grand comme la France et la Belgique et peuplé de 4,7 millions d’habitants, il n’y a plus d’État et il est donc facile de vivre de rapines, souligne le CEMA. Chaque jour, quelque 40.000 personnes (le double la nuit) se réfugient à proximité de l’aéroport de Bangui, sécurisé par les troupes françaises. Seuls des moyens militaires peuvent rétablir l’ordre, en raison des niveaux de violence et de l’armement utilisé : « On se fait tirer dessus au RPG (lance-roquettes anti-char) et à la mitrailleuse de 14,7 mm » ! La reconstruction du service public se fera avec les forces de police et de gendarmerie. Les 1.600 soldats français s’y emploient avec l’aide de 6.000 Africains de la Mission internationale de soutien à la Centrafrique, dont 1.500 sont déployés en province, en attendant l’arrivée d’un contingent européen de 500 hommes (autorisé le 28 janvier 2014 par le Conseil de sécurité de l’ONU). Au Liban où sévit le mouvement chiite Hezbollah qui dispose d’une branche armée, la France dans le cadre de la Force intérimaire des Nations unies au Liban, les États-Unis et certains pays arabes aident l’armée libanaise à réagir dans l’urgence opérationnelle. L’Arabie saoudite va lui fournir 3 Mds$ pour répondre à ses besoins. A la frontière Sud du Liban, Israël se satisfait de la situation face à la Syrie en pleine guerre civile. Par ailleurs, le plan prospectif à 30 ans de la Direction générale de l’armement oriente les recherches pour dégager les besoins futurs des forces. Toutefois, l’amiral Guillaud regrette l’insuffisance du nombre de « think tanks » en France par rapport aux pays anglo-saxons. Ces structures indépendantes de l’État, produisent des rapports d’experts, notamment sur la stratégie. De son côté, le CEMA anticipe des menaces potentielles : détroit de Malacca, où transitent 40 % des exportations européennes ; Yémen, devant lequel circule 40 % du pétrole destiné à l’Europe ; delta du Niger, théâtre de brigandage maritime.

L’évolution des forces. Au cours de son mandat, le CEMA a constaté un grande continuité dans la politique de défense de la France, quel que soit la majorité au pouvoir, le Premier ministre ou le ministre de la Défense. Il a cité deux présidents de la République : « Les armées sont le fer de lance de la politique étrangère » selon l’un ; « Sans armée forte, pas de diplomatie forte », selon l’autre. Interrogé sur l’utilité du porte-avions, il a rappelé que 80 % de la population mondiale se trouve à moins de 500 km de la mer, théâtre potentiel d’opérations. Les autorités politiques décident de l’emploi du Charles-de-Gaulle, à quai 165 jours/an pour entretien. Malgré les restrictions budgétaires, les Etats-Unis restent fidèles à leur stratégie « From the Sea » (à partir de la mer) en maintenant 10 groupes aéronavals en service. Le 18 janvier 2014, la Chine a annoncé la construction d’un 2ème porte-avions, moins de 2 ans après la mise en service du premier. Par ailleurs, la France est la seule nation occidentale, après les Etats-Unis, à disposer de satellites optiques. Toutefois, certains matériels (véhicules de l’avant blindés et Mirage 2000) vieillissent. Une quinzaine d’années s’écoulent entre le lancement d’un nouvel équipement et son entrée en service opérationnel. Trop d’achats à l’étranger conduisent à une dépendance envers les pays fabricants et « l’industrie de défense ne se délocalise pas », souligne le CEMA. La France coopère avec la Grande-Bretagne en matière de recherche et développement, pour le drone Watchkeeper de taille intermédiaire et pour la « force expéditionnaire commune ». Avec l’Allemagne, l’évolution de la classe politique permet de grandes avancées, notamment la participation d’instructeurs à la formation des troupes maliennes. Au terme de son mandat, l’amiral considère indispensable de préserver la sophistication capacitaire des armées (moyens, formation et entraînement). Il reconnaît la fragilité du moral des personnels, apparente après les ratées du logiciel de paie « Louvois », mis en œuvre en 2011 et qui sera remplacé en 2015. Enfin, malgré la limitation de leurs budgets, les armées renouvellent leurs ressources humaines par l’embauche de 18.000 jeunes par an, dont le CEMA a salué la qualité sur les théâtres d’opérations.

Loïc Salmon

Les armées, réforme, budgets et opérations

État-major des armées : changement des deux principaux titulaires

Chef d’état-major des armées (CEMA) depuis le 25 février 2010, l’amiral Édouard Guillaud quitte ses fonctions le 14 février 2014. Conseiller militaire du gouvernement, le CEMA est responsable de l’emploi des forces et assure le commandement des opérations militaires sous l’autorité du président de la République et du gouvernement, sous réserve des dispositions relatives à la dissuasion nucléaire. Il a autorité sur : les chefs d’état-major des armées de Terre de l’Air et de la Marine nationale ; les commandants supérieurs dans les départements d’outre-mer, en Polynésie française et en Nouvelle-Calédonie ; les commandants des forces françaises à l’étranger et leurs états-majors interarmées ; les officiers généraux de zone de défense. II est aussi chargé des relations avec les armées étrangères et les structures militaires de l’Union européenne et de l’OTAN.




Opération européenne « Atalante » : piraterie contenue en océan Indien

« Zéro attaque réussie pendant mon commandement dans une zone grande comme l’Union européenne ». Tel est l’objectif que s’est fixé le contre-amiral français Hervé Bléjean, commandant de la force navale « Eunavfor » de l’opération européenne « Atalante » de lutte contre la piraterie au large de la Somalie. En fonctions du 6 décembre 2013 au 6 avril 2014, il a présenté la situation à la presse le 23 janvier 2014, à bord du transport de chaland de débarquement (TCD) Siroco, lors d’une visioconférence avec le ministère de la Défense à Paris. De fait, sur les 9 attaques signalées depuis le 1er janvier 2013, aucune n’a réussie. Depuis le lancement de l’opération « Atalante » en décembre 2008, le nombre d’actes de piraterie réussis a effectivement diminué : 39 succès sur 215 attaques en 2009 : 36 sur 199 en 2010 ; 25 sur 176 en 2011 ; 5 sur 35 en 2012 ; 0 sur 8 en 2013 ; 0 pour 1 entre le 1er et le 23 janvier 2014. Selon l’amiral Bléjean, cette baisse est d’abord due à l’efficacité des forces internationales sur zone : l’Eunavfor ; celle de l’OTAN ; la « Combined Maritime Force » (30 pays, commandement à Bahreïn) ; des bâtiments des Marines indienne, chinoise, japonaise, sud-coréenne et russe.  Des réunions se tiennent tous les 3 mois à Northwood (Grande-Bretagne) pour rendre leur coordination la plus efficace possible. En outre, les mesures de protection prises par les navires marchands et de pêche gênent l’assaut de pirates : moyens de protection physique, respect des directives de navigation et embarquement d’équipes de sécurité armées (étatiques ou privées). Enfin, la piraterie, apparaît moins rentable pour les groupes mafieux somaliens qui la contrôlent. Toutefois, « il ne faut pas baisser la garde sur les mesures de protection des navires marchands », avertit l’amiral. L’Eunavfor totalise 1.220 personnes, réparties entre les bâtiments et les aéronefs de patrouille maritime. Les unités navales, qui embarquent des hélicoptères, comprennent : le TCD Siroco avec 1 Alouette III ; la frégate allemande Hessen avec 2 Lynx MK-88A ; la frégate italienne Libeccio avec 2 Agusta Bell 2012 ; la frégate espagnole Tornado avec 1 Agusta Bell 2012 ; la frégate ukrainienne Zagaidachny avec 1 Kamov KA-27. S’y ajoutent une équipe de protection serbe embarquée (12 personnels) sur chaque navire du Programme alimentaire mondial de l’ONU et les avions de patrouille maritime basés à Djibouti et Port Victoria (Seychelles) : 1 PC3 Orion allemand ; 1 Casa CN35 espagnol ; 2 Merlin SW3 affrétés par le Luxembourg et exploités par un opérateur privé depuis les Seychelles. L’état-major, dont la langue de travail est l’anglais, comprend 24 Français, 2 Néerlandais, 2 Italiens, 1 Finlandais, 1 Allemand, 1 Espagnol, 1 Portugais, 1 Grec et 1 Serbe. Le 18 janvier 2014, suite à un appel de détresse lancé par un navire marchand immatriculé aux Îles Marshall, le Siroco, en coopération avec un bâtiment et un avion de patrouille maritime japonais, a intercepté le boutre indien Shane-Hind, piraté au large d’Oman. Les 11 membres de l’équipage ont été libérés et 5 pirates présumés transférés aux Seychelles. Pour les suites judiciaires, des accords de transfert existent en effet entre l’Union européenne, les Seychelles, l’Île Maurice et le Kenya. Le droit de poursuite de pirates dans les eaux territoriales somaliennes est autorisé par le Conseil de sécurité de l’ONU et encadré par des règles d’engagement. A terre, l’action est possible contre des dépôts logistiques mais sans dégâts collatéraux, « conditions rarement remplies », précise l’amiral Bléjean.

Loïc Salmon

Piraterie en océan Indien : baisse des attaques réussies

Piraterie maritime : l’action d’Europol




Armée de Terre : l’ALAT, indispensable à l’engagement terrestre

Créée en 1954 et engagée dans les guerres d’Indochine et d’Algérie puis en opérations extérieures, l’Aviation légère de l’armée de terre (ALAT) a acquis un savoir-faire opérationnel unique dans le combat au sol de basse intensité, en appui de l’infanterie et de l’arme blindée cavalerie.

Elle a fait l’objet d’une présentation à l’Association de journalistes de défense, le 26 novembre 2013 au Cannet-des-Maures (Sud de la France), par le général de brigade Marc Demier, commandant l’École de l’ALAT, et le lieutenant-colonel Stéphane Le Floch, commandant la Base école général Lejay.

« L’aérocombat ». Il s’agit d’envoyer loin une puissance de feu en vue d’un effet tactique, déterminé par le commandement, et de rester sur le terrain au plus près des combattants et dans des conditions très rustiques, explique le général Demier. Seule l’ALAT peut employer des hélicoptères de manœuvre et de combat, véritables « chars volants », à partir de terrains sommairement aménagés, de la mer, en zones montagneuse, urbaine et désertique, par grand froid et de jour comme de nuit. Le ravitaillement en vol d’hélicoptères, très onéreux, est utile pour les forces spéciales mais guère pour les troupes conventionnelles. Un groupement aéromobile peut être projeté de façon autonome à 1.000 km en 18 heures, par voie maritime à 1.500 km en 24 h et par avion à 15.000 km en 24 h. Peu utilisés isolément, les hélicoptères manœuvrent en patrouille (3), escadrille (8 à 12), bataillon et régiment (13 à 36), selon les formats des unités terrestres qu’ils appuient. L’aérocombat consiste à se déplacer en vol de combat, se poster, observer, utiliser ses armes et rendre compte. Quelles que soient les conditions, l’hélicoptère va chercher une cible à 120 km/h et à 150 m du sol. Il doit garder la maîtrise et l’initiative du feu, ascendant moral sur l’adversaire qui croit que le tir a eu lieu au bon endroit. L’efficacité de la procédure d’appui feu donne confiance aux troupes au sol, surtout aux fantassins qui doivent « coller » au barrage de feu aérien. L’ALAT dispose d’un espace de manœuvre qui lui donne une indépendance opérationnelle mais elle doit aussi prendre des risques, notamment pour la reconnaissance : les drones ne peuvent aller partout ! Son commandement s’adapte au contexte politico-militaire : OTAN en Libye, Union européenne en Somalie et français au Mali. Le contrôle national s’exerce directement sur l’action de l’hélicoptère « au contact » sur un objectif de très haute valeur ajoutée. Par contre, dans une grande coalition, chaque composante nationale connaît des restrictions juridiques d’action. Ces « caveat », selon la terminologie OTAN, imposent aux pilotes de prendre la bonne décision sans remettre en cause la légitimité politique de l’intervention.

Les retours d’expériences. « On a joué en 3 ans dans les opérations « Pamir » (Afghanistan), « Licorne » (Côte d’Ivoire) et « Harmattan » (Libye) ce qu’on a appris en 30 ans », souligne le lieutenant-colonel Le Floch. Pour « Harmattan » (2011), la planification a duré 4 mois avant l’embarquement des hélicoptères sur le bâtiment de projection et de commandement Tonnerre. La composante aéromobile tactique, employée dans des actions d’aérocombat au sein d’une campagne aérienne, est placée sous commandement français interarmées à bord du porte-avions Charles-de-Gaulle. Elle dépend également du commandement interalliés (OTAN) à Naples, dont le chef est un Canadien francophone et pilote d’hélicoptère : cela facilite le dialogue ! Elle agit dans le cadre d’opérations littorales en liaison avec une force terrestre tierce, à savoir des unités libyennes rebelles. L’adversaire se cache quand il entend un drone parti identifier des objectifs, obligeant le groupe aéromobile à s’adapter en permanence et à intervenir toujours de nuit. Au cours de 308 sorties entre mai et septembre 2011, ce dernier est intervenu sur 37 opérations contre 550 objectifs, dont 129 sites militaires. « L’ennemi était courageux mais pas valeureux car, sur 40 hélicoptères engagés dans « Harmattan », pas un seul n’a été touché », souligne le lieutenant-colonel Le Floch. Les hélicoptères britanniques, placés uniquement sous le contrôle de l’OTAN et selon une procédure d’engagement plus lourde, n’ont effectué que 22 opérations contre 106 objectifs, dont 49 sites militaires. Avant même le déclenchement de l’opération « Serval » (2013) au Mali, les forces spéciales étaient déjà prépositionnées au Burkina Faso. Puis, en une semaine, 17 transports stratégiques ont acheminé 22 hélicoptères et 250-300 personnels. Ce groupement aéromobile dénommé « Hombori » avait pour missions : l’appui à la manœuvre interarmes (feu, renseignement, logistique et évacuations sanitaires) ; les actions autonomes dans la profondeur ; l’aide à la recherche et au sauvetage de combat. « Il a fallu chercher l’adversaire et le débusquer de son repaire très protégé ». Seul un hélicoptère des forces spéciales a été touché, mais pas abattu.

Les formations. L’Ecole de l’aviation légère de l’armée de terre dispense une formation longue, en vue de fournir, aux forces, des équipages aptes à être engagés d’emblée en opérations. Chaque année en 35.000 heures de vol, plus de 1.000 stagiaires pilotes, chefs de bord, chefs de patrouille, moniteurs et contrôleurs aériens vont se former dans 4 centres situés à Dax (initiation) et au Cannet-des-Maures (combat et formations sur les nouveaux hélicoptères Tigre et Caïman). Environ 150 actions de formation concernent les personnels des Armées de Terre et de l’Air et de la Marine. Le Tigre, hélicoptère développé par la France et l’Allemagne à partir de 1984, a eu pour conséquence la création d’une école binationale au Cannet-des-Maures en 2003. La simulation (16.000 heures par an) permet de vérifier la formation individuelle de base et le niveau opérationnel d’un équipage ou d’une unité d’hélicoptères. Elle représente 63 % de la formation sur Tigre et 84 % de celle sur Caïman, commencée en 2013. Elle rentabilise également la formation en vol : 1 heure de vol coûte 20.000 € sur Gazelle, 4.000 € sur Puma et de 8.000 à 10.000 € sur Tigre et Caïman. En outre, 1 heure de vol sur hélicoptère nécessite ensuite… 7 à 10 heures de maintenance !

Loïc Salmon

Libye : bilan du Groupe aéromobile dans l’opération Harmattan

Marine nationale : Harmattan, les BPC en action

ALAT : essais de « navalisation » de l’hélicoptère d’assaut Caïman

Avec 485 hélicoptères de combat toutes armées confondues, la France se place au 6ème rang mondial derrière les Etats-Unis (5.690), la Russie (854), la Chine (708), le Japon (700) et la Corée du Sud (682). L’Aviation légère de l’armée de terre compte à elle seule 200 hélicoptères de reconnaissance/attaque et manœuvre/assaut, servis par 3.800 personnels : Commandement des forces terrestres, 165 appareils répartis entre 3 régiments d’hélicoptères de combat, 1 détachement à Djibouti et 1 au Gabon ; Commandement des opérations spéciales, 35 appareils regroupés dans 1 régiment d’hélicoptères de combat. Le Caïman (au premier plan sur la photo), qui commence à équiper les forces, peut transporter au choix : 14 à 20 fantassins avec leur équipement « Félin » ; 12 blessés couchés ; 2,8 t de charge intérieure ; 1 véhicule léger ; 1 charge externe de 400 kg.




Le 61ème Régiment d’artillerie (drones et imagerie)

Unique régiment d’artillerie à porter la fourragère de la Légion d’Honneur avec le ruban de la croix de Guerre 1914-1918, le 61ème Régiment d’artillerie (RA) de Chaumont s’est spécialisé dans le renseignement pour l’armée de Terre au moyen des drones et de l’imagerie, après avoir utilisé tous les types de canons de 1910 à 1999.

L’action des drones combinée au renseignement permet d’anticiper départs de crises, préparations de conflit et déplacements de population. Dans la conduite des missions, l’imagerie fournit une aide à la navigation et identifie l’objectif à l’aide de points de recalage. Pour la frappe, elle positionne la cible dans son environnement, l’acquiert à vue, la désigne et guide l’arme jusqu’au point d’impact. Enfin, elle contribue à la restitution des missions et l’évaluation des dommages, grâce aux capteurs ayant servi à la frappe ou par l’envoi d’une mission spécifique sur des objectifs déjà traités. Par ailleurs, les images constituent des preuves dans le domaine politico-stratégique : prévention ou gestion des crises ; contrôle du désarmement ; suivi de la prolifération ; contrôle de l’application des traités internationaux ; aide à l’engagement des forces ; prévention et évaluation des dégâts causés par une catastrophe naturelle ; participation aux efforts d’aide humanitaire. La planification d’une opération repose sur la cartographie, les bases de données sur les sites d’intérêt stratégique et un processus de ciblage qui dépendent du renseignement d’origine image. Ce dernier interagit avec les renseignements d’origines humaine et électromagnétique. En synergie avec l’analyse géographique, tous les renseignements participent au « renseignement multicapteurs », spécificité de la Brigade du renseignement. Fondée le 1er juillet 2011, celle-ci, forte de plus de 4.000 personnels, compte un état-major et 5 unités : le 2ème Régiment de hussards pour la recherche de renseignement dans la profondeur et le recueil de l’information d’origine humaine ; le  54ème Régiment de transmissions pour le renseignement électromagnétique de proximité et au contact ; le 28ème Groupe géographique ; le 44ème Régiment de transmissions pour le renseignement d’origine électromagnétique dans la profondeur ; le 61ème RA. Afin de produire du renseignement directement utilisable par les échelons supérieurs, 3 de ces régiments, dont le 61ème RA, ont constitué une unité d’analyse et de diffusion. Celle-ci arme le poste de commandement d’un bataillon de renseignement multicapteurs : orientation et coordination de la recherche des différents capteurs, récupération de l’information brute, son exploitation par recoupement et enfin sa diffusion. Les interprètes images préparent les missions du « combat camera » au moyen de caméscopes et d’appareils photos avec localisation par GPS embarqués sur des hélicoptères. En outre, le 61ème RA dispose d’un groupe d’exploitation d’images de satellites militaires, civils et interalliés. En 4 ans de séjour en Afghanistan, ce régiment a réalisé environ 800 missions de reconnaissance ou de surveillance et des centaines de dossiers d’objectifs pour la Force internationale d’assistance à la sécurité. Mélanie Bénard-Crozat présente en détail le 61ème RA avec de nombreuses illustrations et descriptions de matériels ainsi que des témoignages des « Diables Noirs » qui les servent.

Loïc Salmon

Opex : enjeux et perspectives des drones militaires

Renseignement aérospatial : complémentarité entre drones et aéronefs légers ISR

« 61ème Régiment d’artillerie » par Mélanie Bénard-Crozat. Éditions Crépin-Leblond, 192 page.s 27€




Opex : enjeux et perspectives des drones militaires

Les drones assurent une surveillance du terrain permanente qui, transmise en temps réel aux troupes au sol, permet de mieux appréhender la situation en opération extérieure (Opex). La technologie des missiles hypersoniques pourrait leur être appliquée demain.

Les enjeux et perspectives des drones ont fait l’objet d’un colloque organisé, le 3 décembre 2012 à Paris, par le Club Participation et Progrès. Les interventions ont été rassemblées dans un ouvrage publié en 2013 (Prividef Éditions 224 pages 25 €).

Les opérations terrestres. En France, l’emploi de drones remonte à 1965 pour déceler les mouvements de troupes du Pacte de Varsovie, indique le colonel Aymeric Bonnemaison de l’état-major de l’armée de Terre. Le drone rapide R20 puis, en 1980, le CL89, véritables missiles de reconnaissance, ont fourni un renseignement en temps différé par récupération des films à l’atterrissage. Ensuite, le Mart (Mini-avion de reconnaissance télépiloté), le drone tactique CL289 (successeur du CL 89) et le système d’arme Crécerelle dans les années 1990, puis le SDTi (Système de Drone Tactique intérimaire) et le Drac (Drone de reconnaissance au contact) à la décennie suivante, plus lents, diffusent une information vidéo en temps réel pour offrir une réactivité suffisante aux forces  sur le terrain. Ainsi, le Mart est utilisé pendant la guerre du Golfe (1990-1991), les Crécerelle et CL289 vont en Bosnie et au Kosovo (1996-2002). Leur succèdent le SDTi et le Drac au Kosovo et en Afghanistan (2008-2012). Enfin, un SDTi est déployé au Liban (2006-2007) et un CL289 au Tchad (2008-2009). En 2012, le « concept interarmées sur l’emploi des systèmes de drones aériens » formalise la complémentarité et la segmentation de la panoplie de drones disponibles pour satisfaire le « juste besoin opérationnel », selon la finalité d’emploi, le niveau d’appui attendu, les capacités requises, l’empreinte au sol consentie et le rapport coût/efficacité. Les SDTi (330 kg) appuient les forces du niveau division à brigade, les Drac (<10 kg) de la brigade au groupement tactique interarmes. Les microdrones (<2 kg) constituent les jumelles déportées du combattant au niveau compagnie. Face à l’obsolescence du SDTi et du Drac, l’armée de Terre devra renouveler ses capacités en la matière dans un avenir proche. Toutefois, le futur système de drone devra garantir au chef tactique la réactivité et l’appui direct indispensable à la manœuvre et la sécurité des soldats, lors d’un engagement intense avec l’adversaire. Les progrès technologiques permettront d’élargir les missions de surveillance et de renseignement à celles de logistique et de combat. Le retour d’expérience d’Afghanistan a permis de faire évoluer le système de drone tactique et affiner le besoin opérationnel pour son successeur, explique le colonel Gilles Randreau, commandant le 61ème Régiment d’artillerie (régiment de drones et d’imagerie de l’armée de Terre). Plusieurs améliorations ont été obtenues : fourniture d’un appui image aux forces, grâce aux terminaux vidéo déployés au sol avec des analystes d’images ; optimisation de la logistique et de la maintenance par le développement des capacités de réparation du drone tactique ; gestion du potentiel dans la durée par l’achat de pièces de rechange ; développement des capacités d’interopérabilité et d’optimisation de l’analyse d’images.

L’option hypersonique. Le statoréacteur permet une vitesse « hypersonique », c’est-à-dire plusieurs fois supérieure à celle du son (340 m/s ou Mach 1). Depuis 2009, il équipe le missile ASMP-A (Air Sol Moyenne Portée-Amélioré) à tête nucléaire, en service sur les Rafale de l’armée de l’Air et de la Marine dans le cadre de la dissuasion. Cette technologie pourrait s’appliquer à un drone de reconnaissance pour des missions dans la profondeur ne nécessitant pas une supériorité aérienne préalable sur la zone considérée, propose Laurent Serre, responsable des programmes hypersoniques à l’Office national d’études et de recherches aérospatiales. Ce drone pourrait être tiré du sol, d’avion ou depuis la mer et à une distance supérieure à 600 km pour prendre automatiquement des images radar sur une sélection de sites d’intérêt stratégique. Il retournerait ensuite vers son lieu de récupération à une vitesse redevenant progressivement subsonique. Sa descente freinée par parachute, il serait alors récupéré en vol par un hélicoptère jusqu’à l’infrastructure de base et, pendant ce vol, ses données seraient extraites et disséminées vers les destinataires habilités. Selon Laurent Serre, la mise en œuvre du drone hypersonique à partir du porte-avions Charles-De-Gaulle permettrait de réaliser un système intégré : avion Rafale porteur ; hélicoptère de récupération ; préparation de la mission ; traitement des données ; maintenance ; capacité décisionnelle et, éventuellement, de frappe réactive. La prise d’images à haute résolution (10 à 30 cm) par « radar à synthèse  d’ouverture », qui améliore la résolution en azimut, est possible jour et nuit et indépendante des conditions météorologiques. Les analystes trouvent, dans ces images, des informations invisibles pour des yeux non exercés, car la nature des signaux est très différente de celle des images optiques. Une mission d’une heure peut examiner simultanément 10 zones de 8 km2 réparties sur 250.000 km2 et reconstruire, en 3 dimensions, des sites missiles ou radars fixes ou déplaçables. Elle détermine l’indice d’activité de réseaux de communications terrestres ou fluviaux et celui d’installations sensibles. Elle recense aussi des capacités aériennes ou navales. Un drone hypersonique furtif pourra notamment constituer et mettre à jour un catalogue d’objectifs d’intérêt stratégique, enrichi au fil des missions successives. Pendant sa phase d’intrusion, le recueil du renseignement électronique sollicitera les défenses du système détecté, écoutera ses réactions et laissera peu de temps de réflexion à l’adversaire, qui réagira selon ses principes de base. En outre, l’analyse des réactions automatiques renseignera sur les caractéristiques intimes des systèmes concernés. Des essais de prises d’images radar à synthèse d’ouverture ont déjà été réalisés en vol subsonique sur le drone CL289. L’enjeu porte surtout sur la réalisation d’équipements compacts. Enfin, l’expression du besoin de « renseignement stratégique réactif tout temps » reste à affiner.

Loïc Salmon

Les drones dans les forces terrestres

Le 61ème Régiment d’artillerie (drones et imagerie)

Évoluant à faible et moyenne altitudes et cohérent avec la manœuvre aéroterrestre, le drone apporte d’abord au commandant des forces un appui par le renseignement, grâce à ses capteurs (caméras, radars ou dispositifs de détection électromagnétiques). Toutefois, son emploi impose des contraintes sur le plan opérationnel : intégration et navigabilité dans la circulation aérienne ; législation ; sécurité ; altitude. Il doit aussi surmonter des obstacles d’ordre technique : gestion des pannes en vol et des situations dégradées ; transmission des données ; discrétion ; mode de propulsion ; réactivité automatique et intervention humaine ; entretien, entreposage et maintien en condition opérationnelle ; formation et entraînement des opérateurs.




État-major des armées : changement des deux principaux titulaires

Le Conseil des ministres du 15 janvier 2014 a nommé le général d’armée Pierre Le Jolis de Villiers de Saintignon chef d’État-major des armées et le général de corps aérien Gratien Maire major général des armées à compter du 15 février. Le général de Villiers (photo) succède à l’amiral Édouard Guillaud. Actuel major général des armées, il a conduit les travaux préparatoires à la transformation des armées, qu’il mettra en œuvre dans le cadre de la Loi de programmation militaire 2014-2019. Entré à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr en 1975, il choisit l’arme blindée cavalerie. Breveté d’études militaires supérieures (1991), il est auditeur du Centre des hautes études militaires et de l’Institut des hautes études de défense nationale (2004). Il a notamment commandé le 501ème-503ème Régiment de chars de combat (1997), le bataillon d’infanterie mécanisée de la Brigade Leclerc, entrée en premier au Kosovo dans le cadre de la KFOR (5 mois en juin 1999), et la 2ème Brigade blindée (2006). Dans le cadre de la Force internationale d’assistance et de sécurité, il commande aussi le « Regional Command Capital » (2.500 personnels de 15 pays) en Afghanistan entre décembre 2006 et avril 2007. Chef du cabinet militaire du Premier ministre en 2008, il est nommé major général des armées le 11 mars 2010. Titulaire de la croix de la Valeur militaire, le général de Villiers est grand officier de la Légion d’Honneur et officier de l’Ordre national du Mérite. Le général Maire, promu général d’armée aérienne à sa prise de fonctions, succède donc au général de Villiers comme major général des armées. Entré en 1978 à l’École de l’air et breveté pilote de chasse en 1981, il totalise plus de 3.100 heures de vol sur Mirage III, Mirage F1 et Alpha-jet, dont 87 missions de guerre. Il a effectué plusieurs détachements opérationnels en Afrique et au Moyen-Orient. Désigné en 1996 pour l’École de guerre aérienne américaine de Montgomery, il est auditeur du Centre des hautes études militaires et de l’Institut des hautes études de défense nationale (2003). Il a notamment commandé une escadrille de la 33ème Escadre de reconnaissance (1986-1988), l’escadron de chasse Normandie-Niemen (1991-1993), l’École d’aviation de chasse à Tours (1995) et les Écoles d’officiers de l’armée de l’Air à Salon-de-Provence (2006-2008). Sur le plan international, il a été attaché de Défense aux ambassades de France au Canada en 2000-2003 et aux Etats-Unis en 2008-2011, avant d’exercer les fonctions de sous-chef d’état-major relations internationales à l’État-major des armées à partir de septembre 2012. Titulaire de la croix de la Valeur militaire, le général Maire est officier de la Légion d’Honneur et commandeur de l’Ordre national du Mérite.

Loïc Salmon

Enseignement militaire supérieur : former les chefs d’aujourd’hui et de demain




Les Compagnies des Indes

La Compagnie des Indes orientales fonctionne, sous plusieurs statuts, de Louis XIV à la Révolution française.

Sa création marque l’irruption des ports de la façade atlantique dans les circuits traditionnellement réservés à ceux de la Méditerranée vers le Levant et la mer Noire. Les échanges commerciaux avec l’Asie s’accélèrent aux XIIIème et XIVème siècles avec l’unification des « routes de la soie » par l’Empire mongol. Le Portugais Vasco de Gama franchit le Cap de Bonne-Espérance en 1498 et arrive en Inde. La politique de l’Empire portugais qui, en 1515 s’étend jusqu’aux Moluques, consiste «  à faire du commerce là où c’était possible et à faire la guerre là où c’était nécessaire ». En 1580 quand il reçoit la couronne du Portugal, le roi d’Espagne Philippe II interdit l’accès de ses ports aux navires des Provinces-Unies. La Compagnie hollandaise des Indes orientales, plus connue sous le sigle « VOC », voit alors le jour et établit des agences commerciales en Asie. Elle devient le modèle des autres nations marchandes de l’Occident, qui copient sa puissance financière avec le recours à de nombreux actionnaires privés et l’organisation d’un monopole commercial protégé par l’État. Après 1608, des armateurs de Londres s’associent à la haute noblesse anglaise pour développer l’East India Company (EIC). En France en 1664, Louis XIV et Colbert instituent la Compagnie des Indes orientales, qui obtient le monopole des relations maritimes et commerciales de la Perse à la Chine et au Japon. Elle fait construire ses navires dans ce qui deviendra le port de Lorient, à proximité de Port-Louis, auparavant dévolu à la Marine royale qui installera ses arsenaux à Brest, Rochefort et Toulon. Au fil des années, la Compagnie des Indes orientales forme ses propres officiers responsables de l’itinéraire d’une campagne, du respect de la discipline à bord, de l’encadrement des marins, de la surveillance des opérations commerciales et du transport des passagers. Le recrutement des équipages est une préoccupation permanente dans un contexte de fréquente pénurie. Les navires sont armés de canons pour leur protection. Outre des marchandises et des esclaves africains, ils transportent aussi des passagers, dont plus de 50 % sont des soldats du roi et des troupes de la compagnie. Les gouverneurs des comptoirs français de l’Inde engagent aussi ponctuellement des mercenaires indiens armés à l’européenne, les « cipayes », dont la valeur sera démontrée pendant les guerres franco-anglaises. Malgré la chute du comptoir français de Pondichéry en 1761, l’EIC ne triomphe pas complètement. En effet, des officiers et ingénieurs français se mettent au service d’États indiens pour contribuer à la modernisation de leurs armées. Cette influence sera entretenue jusqu’en 1840 par de discrets envois français et plusieurs générations d’arrivants. Au cours du premier tiers du XIXème siècle, l’EIC exerce une véritable souveraineté sur toute la péninsule. Toutefois, après la révolte des cipayes en 1857, elle est reléguée au commerce et perd ses attributions politiques. En 1874, la reine Victoria devient impératrice des Indes et l’EIC disparaît. De 1815 à 1962, la France conservera 5 comptoirs en Inde : Pondichéry, Karikal, Yanaon, Mahé et Chandernagor.

Loïc Salmon

« Les Compagnies des Indes », ouvrage collectif sous la direction de René Estienne. Éditions Gallimard/Ministère de la Défense-DMPA, 288 pages, plus de 350 illustrations. 49 €




Armée de Terre : un état-major de forces immédiatement projetable

La France développe sa capacité d’entrer en premier sur un théâtre d’opérations extérieur et celle de nation cadre dans une coalition. Outre des missions sur le territoire national, son système d’état-major de forces lui permet de projeter immédiatement un commandement opérationnel.

Ce système comprenait 4 états-majors de forces (EMF), réduits aujourd’hui à 2 et interchangeables : l’un à Besançon (EMF N°1) et l’autre à Marseille (EMF N°3). Ce dernier est commandé par le général de division Philippe Pontiès, qui l’a présenté, avec son équipe de direction, à l’Association des journalistes de défense le 25 novembre 2013 à Marseille. L’EMF 3 est en posture de projection pendant toute l’année 2014, tandis que l’EMF 1 reste en alerte et en préparation opérationnelle au moyen de divers exercices. Les rôles s’inverseront en 2015.

Opérations extérieures. Tous les personnels des EMF ont participé à des opérations extérieures. Pendant un an, un EMF est en mesure de projeter immédiatement environ 20 % de son effectif en temps ordinaire, chiffre passé à 80 % fin 2013 pour l’EMF 1 en raison de la relève dans l’opération « Serval » au Mali. Pour honorer le contrat opérationnel de l’armée de Terre (voir encadré), il remplit 4 missions : planifier et conduire des opérations interarmées de niveau division de l’OTAN ; assurer la mise sur pied d’un poste de commandement interarmées à dominante terrestre (PC opératif type « Serval ») pour un engagement national limité à 5.000 hommes en alerte « Guépard » ; armer un PC de circonstance dans le cadre de la défense du territoire national ; renforcer un PC interarmées à dominante aérienne ou maritime dans le cadre d’une opération. Il s’agit de s’adapter au contexte d’une guerre et dans l’urgence. L’EMF apporte la capacité de travailler ensemble, à la différence de la juxtaposition de compétences individuelles. La clé de son succès réside dans la cohérence, la connaissance mutuelle, la confiance et les automatismes. « Il faut bien connaître la doctrine pour mieux s’en affranchir », souligne le général Pontiès. L’efficacité repose sur la qualité des combattants, du 2ème classe au général et acquise par la formation, sur celle du dispositif de commandement et de contrôle et sur celle de la préparation opérationnelle. Pour rester à niveau, cette dernière correspond, idéalement, à 90 jours d’entraînement par homme et par an et à 180 heures de vol pour les équipages de l’Aviation légère de l’armée de terre. Des exercices d’EMF avec des pays alliés entretiennent la préparation opérationnelle. Avec le Qatar, cela envoie un signal fort dans la région du Moyen-Orient. Suite aux accords de Lancaster House, 60 personnels d’EMF sont envoyés en Grande-Bretagne dans le cadre de la force expéditionnaire commune. Renseignement. Tous les personnels officiers et sous-officiers viennent de l’École du renseignement de l’armée de terre (Saumur), de la Direction du renseignement militaire (DRM) et de la Direction générale de la sécurité extérieure. Pendant 4 semaines et dans des bâtiments sécurisés, ils se forment à l’outil SAERc (Solution d’aide à l’exploitation du renseignement « convergé »), dont la production est diffusée à toute personne habilitée de la planification et de la conduite des opérations. La chaîne SEARc assure une cohérence bout à bout pour un meilleur partage et une exploitation plus performante du renseignement. Un moteur de recherche dédié stocke des volumes très importants d’informations diverses (textes, images et sons), retrouve des données pertinentes (pays, armement, personnes etc.) et extrait au bon moment et rapidement celles recherchées. Il identifie : les relations entre plusieurs types d’entités dans une même phrase (personnes et mots clés par exemple) ; les principaux thèmes et catégories d’informations à partir d’un corpus documentaire. Il visualise : les relations entre les différentes entités (ébauche de réseau mafieux) ; les redondances dans le temps, coïncidences ou rapprochement entre différents types d’entités (présence dans un attentat d’un individu fiché) ; les entités géolocalisées (réseaux mafieux identifiés). Quelque 60.000 fiches thématiques permettent de faire des analyses statistiques et thématiques, de comprendre l’enchaînement d’événements et d’en déterminer le « centre de gravité ». Pendant la préparation opérationnelle, la cellule renseignement de l’EMF s’entraîne à partir des comptes rendus de situation d’un théâtre d’opération réel provenant de la base de données du Centre de planification et de conduite des opérations à Paris. Lors de la projection de l’EMF, elle assure la veille en relation avec le Système d’information et de commandement des forces.

Environnement opérationnel. Outre la logistique, le renseignement, la planification et  la conduite des opérations, les fonctions de l’EMF incluent les actions sur les perceptions et l’environnement opérationnel : ciblage, opérations d’information, opérations militaires d’influence et actions civilo-militaires. Le ciblage consiste à identifier puis sélectionner des cibles pour agir sur elles avec des moyens létaux ou non, en vue d’obtenir l’effet recherché. Il est assuré par les forces spéciales, la guerre électronique, la cyberdéfense et les opérations d’information. Ces dernières visent à utiliser ou à défendre l’information, les systèmes d’information et les processus décisionnels pour appuyer une stratégie d’influence en respectant les valeurs défendues. Il s’agit d’informer la population et les responsables locaux neutres, de promouvoir les gens favorables à la cause défendue et de discréditer les opposants. Contrairement à la propagande, tout ce qui est diffusé par tracts ou par radio doit être exact et vérifiable. Les opérations militaires d’influence cherchent à obtenir un effet sur les comportements d’individus, de groupes ou d’organisations afin d’atteindre des objectifs politiques et militaires. En Afghanistan, les personnels français chargés des opérations militaires d’influence et des actions civilo-militaires ont été formés à l’OTAN. Après leur départ, le relais a été pris par l’ambassade de France et des organisations non gouvernementales, car l’effet durable se fera sentir… au bout d’une génération !

Loïc Salmon

Coalition 2012 : exercice majeur d’état-major à l’Ecole de guerre

« Serval » : manœuvre aéroterrestre en profondeur et durcissement de l’engagement

Selon le Livre blanc 2013 sur la défense et la sécurité nationale, l’armée de Terre doit pouvoir disposer de 66.000 personnels projetables à l’horizon 2025, dont : 10.000 sur le territoire national ; 7.000 en tout dans 2 ou 3 opérations de gestion de crises ou 15.000 dans 1 opération de coercition avec préavis et après réarticulation du dispositif engagé en opération ; 1.500 dans un groupement tactique interarmes de la Force interarmées de réaction immédiate (2.300 h) et déployable jusqu’à 3.000 km en 7 jours. L’État-major de forces N°3 (Marseille) compte 291 personnels, dont 107 officiers (3 généraux), 107 sous-officiers et 77 militaires du rang. Il inclut un escadron de quartier général pour le déploiement du système d’information et de commandement et la protection immédiate. S’y ajoutent 128 réservistes et 13 personnels civils.




Service de santé : traumatismes psychiques dans les armées, problème de santé publique

Le traumatisme psychique, qui résulte d’une confrontation à la mort dans la surprise et l’effroi, peut toucher les militaires en opérations, avec des conséquences potentiellement graves pour leurs proches et la population civile de leur lieu de résidence.

Le Service de santé des armées (SSA) a organisé un colloque sur ce sujet le 4 décembre 2013 à Paris, à l’Hôpital d’instruction des armées du Val-de-Grâce avec la participation de plusieurs psychiatres et psychologues militaires.

« Serval » et le soutien psychique. Au cours de l’opération « Serval » au Mali en 2013, un dispositif « psy » est mis en place, indiquent le médecin en chef psychiatre Lionel Caillet et la capitaine psychologue Maryse Devaux. Des cellules psychologiques de deux personnels (un psychiatre et un psychologue) sont projetées sur le théâtre lors de la phase « exploitation en profondeur » dans le Nord. Parties de Bamako, elles se rendent à Tessalit (17-20 mars et 22-30 mars), Gao (18-21 mars et 16-22 avril), Tombouctou (3-17 avril) et Ouagadougou au Burkina Faso (5-14 mai). Cette phase de « Serval » est particulièrement meurtrière. Les forces françaises perdent 5 hommes, en raison des combats rapprochés, des zones piégées et de la détermination suicidaire des groupes armés djihadistes. Le personnel en poste fixe à Bamako assure permanence et précocité d’un recours aux soins spécialisés, évalue et prend en charge tous les rapatriés sanitaires. Le personnel mobile suit les groupes les plus exposés. En veille constante, il actualise le renseignement et l’information sur les situations d’expositions potentiellement traumatiques. Il établit un ordre de priorité sur les actions à mener et intervient en fonction de la disponibilité opérationnelle des unités et des moyens de transport. En tout, l’équipe médicopsychologique a procédé à 27 rapatriements sanitaires à la suite de 509 entretiens auprès de 350 militaires : 199 « débriefings » après un stress potentiellement traumatique ; 209 consultations auprès de 70 militaires pris en charge ; 101 « entretiens de liaisons » avec 81 militaires hospitalisés.  Lors d’un combat violent ou du déclenchement d’un engin explosif improvisé, tout se passe de façon détaillée et comme au ralenti pour le militaire exposé qui vit un moment d’éternité, malgré la brièveté du choc traumatique. La perception d’une menace externe temporaire se transforme après en perception interne, douloureuse psychiquement, d’une menace permanente. Il s’agit alors de restaurer un sentiment de sécurité interne chez le blessé psychique.

Soins psychiques pendant « Pamir ». Lors de l’opération « Pamir » en Afghanistan, un dispositif de soins des « états de stress post-traumatique » (ESPT) a été mis en place auprès d’une unité parachutiste particulièrement éprouvée, relatent les médecins en chef Jean Houel et Gilles Tourinel. Sur 531 parachutistes projetés dans la vallée de la Kapisa de mai à novembre 2011, 11,3 % ont été en ESPT et 10,5 % ont présenté d’autres troubles psychologiques. L ‘équipe médicopsychologique de proximité a surtout interrogé les blessés, car les parachutistes consultent difficilement pour de tels troubles. Afin de consolider leur réinsertion, le Service de santé des armées a notamment recommandé une reprise du travail précoce, une adaptation des emplois, la reconnaissance de la blessure psychique et surtout d’éviter les congés de longue durée pour maladie… qui aggravent la « désocialisation » !

Plans d’action. Selon le SSA, en 2009, l’armée de Terre a mis en place à Chypre un « sas de décompression » pour les militaires en opération en Afghanistan et qui a fonctionné pendant les premiers mois de l’opération « Serval » au Mali. En 2011, a été établi un dispositif interarmées externalisé pour les familles et proches de militaires projetés en Afghanistan : numéro d’appel « vert » (voir encadré) et séances d’informations pour les familles avant le départ et le retour des unités en opérations extérieures. Le plan d’action 2013-2015 du SSA vise à : mieux sensibiliser les militaires sur la gestion du stress opérationnel et en prévenir les effets potentiellement délétères ; sensibiliser l’entourage du blessé psychique et coordonner les actions de soutien à ses proches ; coordonner les soins du service public de santé ; garantir une juste réparation des ESPT ; développer le soutien psychologique des forces spéciales, compte tenu de la confidentialité et des spécificités de leurs missions ; profiter de l’expérience des pays alliés et partenaires. Tous les personnels en opérations se trouvent soumis à un stress opérationnel résultant de facteurs complexes, nécessitant des adaptations permanentes et dont l’intensité varie selon les théâtres, le type de mission conduite, la durée et les risques associés. La tension nerveuse continuelle, le manque de sommeil, la fatigue et la rupture avec les repères sociaux et familiaux habituels peuvent affecter rapidement le potentiel opérationnel des militaires. En outre, à la suite d’un traumatisme psychique, des réactions psychopathologiques, observables après quelques heures ou quelques jours, durent souvent de 2 jours à 4 semaines. Ces symptômes peuvent persister et évoluer vers l’ESPT, véritable souffrance chronique. Les manifestations cliniques peuvent se révéler des mois ou même des années après l’événement traumatisant. La qualité du pronostic dépend d’une prise en charge thérapeutique précoce et de la qualité du soutien psychosocial, explique le psychiatre Patrick Devillières, chef du Service médico-psychologique des armées. Or, certains facteurs limitent l’accès aux soins des blessés psychiques : méconnaissance des symptômes, honte, culpabilité, crainte de la stigmatisation et peur de perdre son aptitude. Briser ces tabous nécessite d’écouter, d’informer et d’orienter les blessés psychiques vers les réseaux de soins. Le médecin présent dans les forces détectera les symptômes : cauchemars, irritabilité, insomnies, repli sur soi, changement de comportement, angoisse et sentiment d’oppression. Le parcours de soins du blessé psychique se termine par sa réinsertion dans la société. Enfin, les blessés psychiques sont désormais éligibles pour la médaille des Blessés (physiques).

Loïc Salmon

Blessés psychiques : agir vite, au plus près et de façon continue

Le plan d’action 2013-2015 du Service de santé des armées vise à garantir un soutien médical et psychosocial à tout militaire ou ancien militaire, victime de blessures psychiques du fait du service, ainsi qu’à son entourage. Entre le 20 janvier et le 3 décembre 2013, le numéro vert (appel gratuit et anonyme) 08 08 800 321 a reçu 308 appels dont  72 % correspondaient à une souffrance psychologique et 54 % à un état de stress post-traumatique (ESPT). Parmi les gens appelant pour un ESPT, 58 % étaient des militaires et 5% des appels concernaient des opérations datant de plus de 20 ans. Les 42 % des appels restants venaient de proches de militaires en ESPT, dont la moitié de conjoints et un quart de parents. Une absence de suivi médical au moment de l’appel a été constatée parmi 77 % des sujets en souffrance psychologique et 75 % de ceux en ESPT.

 




DGA : tir de qualification LRU, programme MMP et commande « Écume »

Fin 2013, la Délégation générale de l’armement (DGA) a procédé au tir de qualification du « lance-roquettes unitaire » (LRU), notifié le programme du « missile moyenne portée » (MMP) et commandé 9 « embarcations commandos à usage multiple embarquables » (Ecume). Le 28 novembre, un tir de 5 roquettes de LRU (photo) a eu lieu à l’Ile du Levant (Sud de la France) sur des cibles en mer, dans une zone dégagée de toute présence humaine, pour : valider la conduite de tir et le comportement de la roquette en vol ; déterminer les effets au sol autour du lanceur. Co-développée par les États-Unis, la Grande-Bretagne, l’Italie, l’Allemagne et la France, la roquette M31 dispose d’un guidage inertiel GPS pour réduire les dégâts collatéraux sur des objectifs situés entre 15 et 95 km. Réalisé en partenariat entre la France, l’Allemagne et l’Italie pour la conduite de tir et le système de pointage, le lanceur M270 a été modernisé : ergonomie ; pointage électrique ; communication radio ; échange avec le système de coordination des feux Atlas ; amélioration de la sécurité et des conditions de mise en œuvre. Le programme LRU porte sur la modernisation de 13 lanceurs et l’acquisition de 252 roquettes M31. Le 3 décembre, la DGA a notifié à la société MBDA France un contrat de développement et de production du missile MMP totalisant 400 postes de tir et 2.850 missiles, dont 175 postes et 450 missiles livrables entre 2014 et 2019. Destiné à remplacer le missile antichar Milan, le MMP équipera les unités d’infanterie de l’armée de Terre et les forces spéciales à partir de 2017. Polyvalent et basé sur le concept « tire et oublie » avec la capacité de « l’homme dans la boucle », le MMP permet de neutraliser les différents types de cibles rencontrées sur l’ensemble des théâtres d’opérations avec une grande précision. Le 9 décembre, la DGA a commandé à Zodiac Milpro International 9 embarcations « Écume », livrables au premier semestre 2015. Capable d’embarquer 12 commandos Marine armés, l’Écume présente les caractéristiques suivantes : déplacement, 7 t à pleine charge ; longueur, 9,3 m ; largeur, 3 m ; vitesse, plus de 40 nœuds (75km/h) ; autonomie, 200 milles nautiques environ (370 km). Polyvalente, modulable et très manœuvrable même par mauvais temps, l’Écume permet d’effectuer des raids nautiques sur longues distances à partir d’un bâtiment porteur et de rattraper un navire pour le prendre d’assaut. Grâce à son système de largage aérien, elle est déployable au loin, en urgence et directement en mer par avion militaire de type C-130 Hercules ou A400M Atlas.

Loïc Salmon