Défense : pouvoir augmenter la production d’équipements

Les industriels de défense doivent rendre soutenable sur le temps long l’action des opérationnels, tout en conservant leur souveraineté et leur compétitivité.
Ce thème a été abordé lors d’un colloque organisé, le 1er avril 2026 à Paris, par le magazine hebdomadaire Le Point. Y sont notamment intervenus : Vincent Quintana, directeur des affaires publiques du Groupement des industries françaises de défense et de sécurité terrestres et aéroterrestres ; Pauline Martre, responsable des Affaires publiques et Partenariats chez Alta Ares, startup spécialisée dans la détection et l’interception de drones au moyen de l’intelligence artificielle.
Connexions politico-industrielles. Les commandes publiques impliquent une capacité de production technologiquement à jour pour, par exemple, multiplier par deux ou trois la production de munitions, indique Vincent Quintana. Les armées ne souhaitent pas disposer d’un stock de drones devenus obsolètes en six mois, comme pendant la guerre en Ukraine où les Russes ont trouvé la parade au retour du drone filaire. L’outil industriel se structure sur une commande et non sur une injonction politique. Il ne peut être poussé à 100 %, car l’offre ne crée pas la demande. Dans cette guerre, la masse devient un facteur dimensionnant susceptible d’emporter une décision sur le terrain. Elle s’accompagne d’une attrition remettant en cause la conception d’équipements, comme les missiles onéreux contre les drones bon marché, leur mode de production et leur utilisation. L’État achète un système d’arme et sa capacité de production. Une chaîne de production de missiles nécessitant des investissements lourds, l’industriel ne l’ouvrira pas sur une visibilité de 18 mois à 2 ans, temps d’action du personnel politique. Dans leur guerre contre l’Iran depuis le 28 février 2026, les États-Unis ont délivré en 30 jours une puissance de feu technologiquement très performante. Mais la question se pose du maintien de l’effort des chaînes de production dans la durée. Lors de la création par la France d’une base industrielle de défense (BITD) dans les années 1990, l’avionneur Dassault produisait un ou deux Rafale par mois pour le maintien des compétences et des bureaux d’études. Aujourd’hui, il faut produire plus au moment voulu, en équilibrant les commandes françaises (50 %) et celles à l’export (50 %).
Accélération des cycles technologiques. Il ne s’agit plus seulement de produire plus mais aussi de produire vite, souligne Pauline Martre. Cela implique de mettre en œuvre de nouvelles capacités tout en restant connecté au terrain, parce que l’innovation et son intégration sont très rapides. La recherche et le développement doivent se poursuivre pour pouvoir adapter la production. S’y ajoutent les besoins en financement pour passer de la production pour de la démonstration à celle à grande échelle, afin d’assurer les commandes et les livraisons dans des délais très contraints. Le champ de bataille a été complètement transformé par l’arrivée de drones, relativement peu chers, pour saturer l’espace aérien et obliger à repenser la défense sol-air. A la consolidation de la BITD pendant les années des dividendes de la paix succède une forme d’agilité, portée par les startups qui travaillent dans l’urgence. En outre, pour assurer les commandes, il faut constituer des stocks. Les retours d’expérience des forces armées induisent des adaptations, quasiment en temps réel, des modèles des productions avec des financements pour garantir celles-ci, tout en s’adaptant à l’évolution technologique. Par ailleurs, les industriels tentent de limiter les dépendances en matières premières et en composants électroniques, souvent fabriqués en Asie. Enfin, pour trouver des solutions très courtes à des technologies en évolution rapide et parfois permanente, ils doivent recruter des ingénieurs en systèmes embarqués, en intelligence artificielle et en robotique, compétences rares et très recherchées.
Loïc Salmon
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