Défense : 6ème plan triennal du handicap et de l’inclusion

Avec pour objectif l’inclusion totale et la prise en compte des besoins de toutes les personnes handicapées, le « plan handicap » du ministère des Armées dispose de 5,7 M€ entre 2019 et 2021.

A l’occasion de son lancement le 1er octobre 2019 à Paris, le ministère a rappelé qu’il employait 4.139 agents en situation de handicap au 1er janvier 2018, soit un taux de 7,14 % de « bénéficiaires de l’obligation d’emploi ». Conséquence des cinq plans précédents, 9 personnels handicapés sur 10 se déclarent satisfaits de leurs relations professionnelles et 8 sur 10 parviennent à faire abstraction de leur handicap. En 2017, le ministère employait 61.329 personnels civils, dont 4,88 % de personnes handicapées. Le plan fixe un objectif de 6 % à l’horizon 2024.

Mobilisation des compétences. Dans le document de présentation du plan, Florence Parly, ministre des Armées, indique que les personnes porteuses du syndrome d’Asperger (autisme) disposent de qualités singulières très recherchées dans les domaines du renseignement et de la cyberdéfense. Cet atout a fait l’objet d’une convention signée, le 19 juillet 2018, entre le ministère, l’association AFG Autisme et l’université de Toulouse portant sur leur insertion professionnelle dans les métiers de l’informatique, du numérique, de l’exploitation de l’imagerie satellitaire et de la cyberdéfense. Des recrutements ont déjà eu lieu en 2019. L’extension à d’autres domaines est en cours d’exploration. En outre, l’accès des militaires blessés aux emplois civils du ministère fait l’objet d’une réflexion entre les cellules d’aide aux blessés, le Service de santé, l’Office national des anciens combattants et des victimes de guerre, l’Agence de reconversion de la défense, les centres ministériels de gestion et le Service parisien de soutien de l’administration centrale. Les résultats se traduiront par des mesures concrètes proposées par la Direction des ressources humaines. De son côté, dès 2019, la Délégation nationale handicap (DNH) a renforcé ses relations avec le Centre national des sports de la défense et s’est rapprochée de la Fédération française handisport et d’autres fédérations sportives pour valoriser, auprès des sportifs handicapés, les possibilités de recrutement après leur parcours sportif.

Intégration des personnels. Certaines personnes en situation de handicap ressentent, avec une acuité particulière, la fatigue liée aux trajets, au rythme et à l’étendue du temps de présence sur le lieu de travail ainsi qu’aux déplacements sur le site et à leurs obligations de soins. Diverses mesures visent à limiter le surcroît de fatigue de l’agent, tout en améliorant son efficacité. L’Agence de l’innovation (ministère des Armées) et la Fabrique numérique (ministères de la Transition écologique et solidaire et de la Cohésion des territoires) vont développer outils et méthodologies pour mieux prendre en compte les besoins des personnes handicapées.

Formation des cadres. Au premier semestre 2020, la DNH va rééditer le guide « Handicap et vie professionnelle » présentant les acteurs de la chaîne médico-sociale et du handicap, les différentes voies de recrutement et d’accès aux aménagements et aides, en termes financiers et d’organisation, ainsi que le droit des personnes handicapées. En complément, la formation aux dispositifs d’inclusion des personnels handicapés sera renforcée. D’ici à 2021, la DNH et les organismes spécialisés du ministère des Armées vont améliorer l’offre de « formation métier » proposée aux différents acteurs des chaînes de ressources humaines, de l’action sociale et de la prévention.

Loïc Salmon

OPEX : prise en charge et suivi des grands blessés

Blessés psychiques : l’opération « Omega » de réinsertion professionnelle civile

307 – Dossier : “Les blessés en Opex, le retour et après”




Défense : soldat augmenté et éthique médicale

Les techniques biomédicales « invasives », qui affectent le corps humain, suscitent des opportunités militaires, mais aussi des questions éthiques pour soi et l’adversaire.

Ce thème a été abordé au cours d’un colloque organisé, le16 octobre 2019 à Paris, par le Centre de recherche des écoles de Saint-Cyr Coëtquidan (CREC) et la Société internationale d’éthique militaire en Europe (Euro-ISME). Y sont notamment intervenus : Renaud Bouvet, chef du service de médecine légale du Centre hospitalier universitaire de Rennes ; le médecin en chef Marion Trousselard, Institut de recherche biomédicale des armées ; Christine Boshuijzen-van Burken, professeure à l’université d’Eindhoven (Pays-Bas).

Bioéthique. La recherche biomédicale, qui allie médecine et science de l’ingénieur, porte notamment sur la neurophysiologie du stress, indique Marion Trousselard. L’éthique, code de conduite en référence à des valeurs identifiées au préalable, trace une ligne de séparation entre le bien et le mal. Le code de l’éthique médicale et de la déontologie vise à protéger les droits humains et les libertés civiles des médecins et des patients. Le principe universel d’humanité, avec l’obligation de travailler pour un monde meilleur, valorise la personne humaine, sa vie, son intégrité et sa dignité. Les conventions de Genève concernent la protection des droits des militaires. La « cognition », processus mental d’acquisition des connaissances et de la compréhension par la pensée, l’expérience et les sens, permet d’évoluer dans l’environnement extérieur. La cognition augmentée doit être évaluée selon des normes à définir pour le personnel militaire. Il s’agit de comprendre comment l’écorce cérébrale (une partie du cerveau) réagit à cette dernière : interaction mentale et physique, rapport avec les autres et interaction avec le monde extérieur. Idéalement, les essais des moyens pour augmenter la cognition devraient se faire en laboratoire et par des études sur le terrain, pour déterminer le fonctionnement d’une intervention dans tout ce qui stresse dans la vie quotidienne. Les critères ultimes de l’efficacité seraient les diverses formes de réussite vitale, plutôt que la performance dans le champ étroit des tests psychologiques en laboratoire. Le dopage, considéré comme une « tricherie » contraire à l’éthique du sport de compétition, est interdit par la plupart des organisations sportives internationales. Le dopage du cerveau fait travailler ses connexions au-delà de leurs capacités, au moyen d’actions physiques ou chimiques. Les moyens conventionnels d’augmentation de la cognition sont majoritairement acceptés : éducation et santé en général ; augmentations prénatales et périnatales ; méthodes de développement mental. Par contre, certains moyens non conventionnels suscitent des réticences morales et sociales : systèmes et équipements externes ; interfaces entre cerveau et ordinateur ; nanotechnologies et nano-médecine ; intelligence collective et intelligence connective ; modifications génétiques. Toutefois, précise Marion Trousselard, la démarcation entre ces deux catégories reste floue. Dans le domaine de la guerre, plusieurs questions éthiques ont trouvé des réponses. Ainsi, sa qualification de « juste », la « proportionnalité » des moyens déployés (norme ONU) et l’adéquation des moyens à sa finalité placent la guerre au-dessus du bien et du mal. Sa finalité se justifie au niveau collectif, par le développement des équipements militaires, et au niveau individuel, par l’autonomie de la personne dans le contexte de la guerre. La médecine et les recherches biomédicales des armées travaillent dans un cadre éthique. Le « dopage de précaution » inclut l’immunisation par les vaccins, la protection NRBC (nucléaire, radiologique, biologique et chimique), l’entraînement physique, la souplesse mentale, l’apprentissage de l’éthique et la résistance psychologique. Celui de « combat » porte sur les performances physique, cognitive et psychologique, la gestion du stress ainsi que la résistance à la fatigue et au manque de sommeil. Celui de « survie » y ajoute l’amoindrissement de la douleur. « L’intéroception », capacité à évaluer avec exactitude sa propre activité physiologique, permet une récupération plus rapide et un comportement éthique en situation stressante de combat.

Rôle du médecin militaire. Il s’agit de combiner soins aux militaires et médecine du travail au profit du ministère des Armées, souligne Marion Trousselard. Un militaire qui refuse un vaccin ne partira pas en opération extérieure (Opex), mais il reste décisionnaire pour l’augmentation de sa capacité en situation opérationnelle. De son côté, Renaud Bouvet estime qu’il faut éliminer l’augmentation en cas de réparation physique, par exemple à la suite d’une amputation, pour reprendre une activité normale. Des personnes disposant de capacités techniques et professionnelles peuvent être augmentées physiquement et mentalement. La pharmacologie est déjà admise dans le monde militaire, notamment les amphétamines dans les forces armées américaines et les armées de Terre et de l’Air françaises. La prévention de la fatigue est déjà une pratique médicale habituelle. Les techniques médicales invasives nécessitent un cadre juridique spécial.

Limites face à l’ennemi. En Opex, les soldats peuvent connaître des traumatismes psychiques, face à des adversaires drogués ou des enfants soldats. Un militaire augmenté pourrait être tenté de mettre en œuvre une technique particulière sans en informer le commandement, tendance à identifier lors du recrutement, estime Renaud Bouvet. Selon Marion Trousselard, le médecin militaire peut refuser une action à risques, car il vit avec les conséquences de la décision qu’il a prise. Il n’existe aucune certitude sur l’influence de l’augmentation dans le champ psychique. Les amphétamines produisent des effets à court terme, mais leur coût biologique sur le long terme, encore inconnu, peut s’avérer délétère, comme la transmission éventuelle de leurs effets sur les générations futures.

Loïc Salmon

Les amphétamines ont été utilisées par des soldats américains, pendant la guerre mondiale et celle du Viêt Nam (1955-1975), pour augmenter leur endurance et leur résistance à la fatigue, rappelle Christine Boshuijzen-van Burken. Le Modafinil améliore l’état de veille et accroît la performance de la mémoire visuelle, la représentation spatiale, la vigilance et l’énergie. Pendant la guerre du Golfe (1990-1991), l’armée de Terre française en a acheté 18.000 tablettes. Le ministère britannique de la Défense en a commandé 5.000 tablettes en 2001 et 4.000 en 2002. Le programme de « neuroplasticité » ciblée vise à faciliter l’apprentissage par une activation précise des nerfs périphériques et le renforcement des connexions neuronales dans le cerveau. La « neurotechnologie », qui analyse l’intelligence, porte sur l’accès à l’information élaborée avant que le cerveau en prenne conscience, par exemple le nombre de tireurs de précision embusqués et d’autres armements à peine aperçus. La « poussière neurale » consiste en micro-puces électroniques activables par des ultra-sons, par exemple pour stimuler les nerfs périphériques.

Défense : soldat augmenté et efficacité opérationnelle

Service de santé : renforcement des capacités biomédicales




Service de santé : médecine de guerre, efficacité maximale

Dans le face à face des blessés, qui souffrent, et du personnel, qui soigne et console, il s’agit d’équilibrer évacuation et prise en charge thérapeutique.

Ce thème a fait l’objet d’une conférence-débat organisée, le 26 septembre 2019 à Paris, par l’ordre de la Libération. Y sont intervenus : le médecin général inspecteur (2S) Raymond Wey ; le médecin chef Marc Puidupin ; le médecin général (2S) Chantal Roche.

Un siècle d’évolution. Au début de la première guerre mondiale, les erreurs tactiques entraînent des hécatombes de morts et de blessés qui font prendre conscience de la nécessité d’un soutien médical opérationnel, rappelle le médecin général Wey. En 1917, le député et médecin major de réserve Chassaing imagine un avion de transport sanitaire pour deux blessés couchés. Une vingtaine d’avons sanitaires sont envoyés au Maroc en 1918 à la demande du général Lyautey, résident général. Ils s’ajoutent aux évacuations par route et chemin de fer vers l’hôpital Marie Feuillet à Rabat. Quelques 7.000 évacuations sanitaires sont effectuées au Maroc et au Levant entre 1920 et 1938. Dans les années 1930, les techniques d’anesthésie au penthotal, de réanimation et de conservation du sang pendant 10 jours sont mises au point. La lyophilisation du plasma sanguin est réalisée en 1940. Les services de santé des différentes armées totalisent 20.000 médecins, 4.000 pharmaciens et 100.000 infirmiers pendant la seconde guerre mondiale. En 1944, les Etats-Unis fournissent des trousses de soins contenant des sachets de morphine et de sulfamides antibactériens. Des stocks de sang sont envoyés au front. Lors de la guerre d’Indochine (1945-1954), les personnels médicaux partagent les risques et l’isolement des soldats. Grâce aux évacuations aériennes (avions et hélicoptères), les antennes chirurgicales mobiles permettent de stabiliser les fonctions vitales des blessés. Pendant la guerre froide, les services de santé s’adaptent à un conflit en Centre-Europe, selon le schéma OTAN pour le sauvetage élémentaire de combat, le triage et l’évacuation sanitaire. Les ressources techniques suffisent pour traiter les blessés et les polytraumatisés. Après la chute du mur de Berlin (1989), les opérations extérieures (Opex) nécessitent une médicalisation la plus précoce possible au moyen de plates-formes adaptées. En 1996, celle-ci devient interarmées et doit égaler en qualité les hôpitaux publics. Elle inclut la réinsertion des blessés dans la société.

La « mort évitable ». Les guerres évoluent vers des conflits hybrides incluant guerre conventionnelle, guerre irrégulière, actions terroristes et criminelles, auxquelles se superposent la cyberguerre, indique le médecin chef Puidupin. Les études épidémiologiques des blessures de guerre permettent de mieux connaître leurs spécificités et d’évaluer leurs traitements. La prise en charge des blessés repose sur le concept de « mort évitable » grâce au sauvetage au combat, à savoir la médicalisation au plus près, et la maîtrise des dégâts (« damage control » en anglais) par la chirurgie et la réanimation de l’avant. Selon une étude des blessés de guerre en Afghanistan réalisée en 2015, 51,6 % d’entre eux souffrent d’au moins deux atteintes lésionnelles. Ainsi, les blessures concernent : la tête et le cou dans 55 % des cas ; les membres supérieurs, 48 % ; les membres inférieurs, 42 % ; le thorax, 21 % ; l’abdomen, 12 %. La mort par hémorragie, suffocation des poumons ou infection peut être évitée, à condition d’intervenir à temps. Selon la gravité des blessures, 1/5 des décès reste inévitable, le sauvetage au combat en évite 1/5 et 3/5 des blessures ne présentent pas une gravité immédiate. Une blessure au crâne ou au tronc entraîne la mort immédiate dans 42 % des cas et dans les 5 minutes dans 25 %. Environ 15-20 % des décès précoces peuvent être évités par une structure de soins accessible dans les 30 minutes. Toutefois, des décès par suite de blessures, peuvent survenir entre 2 heures et 1 semaine après un traitement médical. D’après une étude américaine, le taux de mortalité hospitalière est passé de 25 % pendant la guerre du Viêt Nam (terminée en 1975) à celles d’Irak (2003) et d’Afghanistan (2014), grâce à la protection balistique du combattant, le sauvetage au combat et la chirurgie précoce. Tout combattant concourt à la mise en condition de survie des blessés selon un standard de soins du sauvetage de combat. Celui-ci se décline en trois niveaux successifs : gestes salvateurs compatibles avec l’exposition au feu par tous les soldats ; gestes complémentaires adaptés au contexte tactique par les auxiliaires sanitaires ; gestes de réanimation de l’avant par les médecins et infirmiers. La chirurgie de sauvetage écourtée se concentre sur le contrôle de l’hémorragie et de l’infection, prévoyant d’emblée une chirurgie secondaire pour le traitement définitif. Parallèlement, une réanimation intensive vise à rétablir la physiologie en corrigeant les troubles de coagulation sanguine et l’anémie, l’hypothermie et l’acidose (trouble de l’équilibre acido-basique dans le sang). En cas de rapatriement sanitaire, la réanimation se poursuit pendant le vol à bord d’un avion C-135 équipé du système « Morphée » (module de réanimation pour patients à haute élongation d’évacuation). La durée d’évacuation vers les Etats-Unis est passée de 45 jours pendant la guerre du Viêt Nam à 36 heures pendant le conflit en Irak et, vers la France, à 24 heures pendant celui en Afghanistan. En 2019, il s’écoule en moyenne 35 heures entre le moment où un soldat est blessé en Opex et son arrivée à un hôpital militaire en France. L’accompagnement du blessé jusqu’à l’autonomie dure en moyenne de 2 à 6 mois pour la rééducation, jusqu’à 1 an pour la réadaptation et jusqu’à 2 ans pour la réinsertion.

La place des femmes. Service le plus féminisé du ministère des Armées, le SSA compte 60 % de femmes, souligne le médecin général Roche. Lors de la première guerre mondiale, elles n’étaient qu’infirmières, aujourd’hui, elles sont surtout médecins. Exercice de toutes les facettes de l’art médical, la médecine militaire combine les fonctions de soignant et de militaire, avec les mêmes valeurs d’engagement de disponibilité. Les femmes militaires mènent leur existence, professionnelle et privée, avec le paradoxe de donner la vie mais aussi la mort. Alors qu’elles représentaient 20 % des membres de la Résistance, leur engagement n’a guère été valorisé pendant le second conflit mondial. En 2019, les officiers généraux ne comptent dans leurs rangs que 3 femmes dans l’armée de Terre, 2 dans l’armée de l’Air et 1 dans la Marine.

Loïc Salmon

Au sein de ses 1.038 compagnons, l’ordre de la Libération compte 26 médecins, dont 21 militaires. Parmi ces deniers, 13 sont morts pour la France entre 1939 et 1954, pendant la seconde guerre mondiale et celle d’Indochine. Parmi les compagnons, 300 ont été blessés, dont 100 amputés. L’ordre ne compte que 6 femmes. Selon le médecin général Roche, les femmes constituent la moitié des 14.760 personnels dédiés à la prise en charge médico-chirurgicale des armées et de la Gendarmerie. Les militaires, qui représentent 70 % du total, se répartissent ainsi : 1.927 médecins ; 4.765 paramédicaux (22 professions différentes) ; 68 vétérinaires ; 43 chirurgiens-dentistes ; 2.997 réservistes.

Service de santé des armées : garantir aux blessés les meilleures chances de survie

Service de santé : renforcement des capacités biomédicales

Défense : les blessés et les jeunes du SNU à l’honneur




Défense : les blessés et les jeunes du SNU à l’honneur

Des militaires blessés en opération et des jeunes du Service national universel (SNU) ont été inclus dans le tableau final du défilé du 14 juillet 2019 à Paris.

Geneviève Darrieussecq, secrétaire d’Etat auprès de la ministre des Armées, l’avait annoncé à la presse, le 9 juillet à Paris, à l’occasion d’un point de situation sur ces deux sujets : l’un en commémoration du centenaire de la participation des « gueules cassées » de la première guerre mondiale au défilé du 14 juillet 1919 ; l’autre sur la première expérimentation du SNU.

Soutien aux blessés. « Les grands blessés font et feront toujours partie de la famille », souligne la secrétaire d’Etat. Le dispositif d’accompagnement, pour eux et leur famille, inclut parcours de soins, prise en charge psychologique, reconversion, soutien financier du conjoint en cas d’hospitalisation, et, pour tous les blessés en service, maintien de la carte de circulation. Il implique notamment le Service de santé des armées (SSA), l’institution nationale des Invalides, l’action sociale du ministère des Armées, les cellules d’aide aux blessés de la Marine nationale et des armées de Terre et de l’Air ainsi que l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre (ONACVG), présent dans tous les départements. Lors des opérations extérieures (Opex), 644 militaires ont été blessés par armes à feu ou engins explosifs en dix ans, à savoir 94 en 2008, 55 en 2009, 91 en 2010, 168 en 2011, 40 en 2012, 24 en 2013, 51 en 2014, 41 en 2015, 51 en 2016 et 29 en 2017. Le ministère des Armées prend en charge le traitement des soldats en état de stress post traumatique (ESPT). En vue d’en diminuer le nombre, un plan d’action complet porte sur l’information, la sensibilisation des militaires et de leur famille avant le départ en Opex et celle des cadres pour qu’ils alertent rapidement le SSA. Ce dernier compte 41 psychologues et 38 psychiatres, dont certains sont projetés en Opex. Le nombre de militaires en ESPT (Terre, Air, Marine, Gendarmerie et Services communs) en Opex est passé de 55 en 2009 à 133 en 2010, 297 en 2011, 283 en 2012, 384 en 2013, 311 en 2014, 391 en 2015, 370 en 2016, 196 en 2017 et 199 en 2018. Il reste au maximum dans l’armée de Terre et au minimum dans la Marine nationale. La baisse résulte des mesures de prévention, de formation et de suivi, notamment avec l’ouverture permanente du numéro de téléphone « Ecoute Défense » (08 08 800 321). Ce dernier a comptabilisé, pour souffrance psychique, 235 appels en 2013, 283 en 2014, 342 en 2015, 393 en 2016, 612 en 2017 et 647 en 2018. Par ailleurs, l’agence de reconversion « Défense mobilité », qui dispose d’un réseau d’organismes publics et de 7.000 entreprises privées, a pris en charge 128 blessés en 2017, dont 44 ont été reclassés, et 279 en 2018 (92 reclassés).

Expérimentation du SNU. La secrétaire d’Etat a visité plusieurs centres du SNU pendant sa phase expérimentale (16-28 juin) dans 13 départements pilotes avec 200 volontaires (filles et garçons âgés de 15-16 ans), encadrés notamment par 104 anciens militaires et réservistes. « Ils en sont sortis heureux et fatigués », dit-elle, heureux par la création d’une cohésion entre jeunes qui ne se connaissaient pas et fatigués par la densité des activités. Ainsi, le module « Défense » leur a donné l’occasion de s’entretenir avec des militaires, au sujet de leur métier, et d’apprendre les « réflexes défense », à savoir s’orienter, se protéger et rendre compte. Le module « Mémoire », assuré par 30 personnels de l’ONACVG, leur a permis de comprendre une cérémonie, pour y participer en connaissance de cause, et de parler de l’engagement des jeunes.

Loïc Salmon

Service de santé des armées : garantir aux blessés les meilleures chances de survie

Blessés psychiques : l’opération « Omega » de réinsertion professionnelle civile

307 – Dossier : « Les blessés en Opex, le retour et après »




Armée de Terre : le « soldat augmenté », efficacité et éthique

Nanotechnologies, biotechnologie, informatique et sciences cognitives accroissent les capacités du combattant. Ce dernier doit se dépasser au service d’une cause supérieure, impliquant de donner la mort mais aussi de la recevoir. Il prend aussi en compte l’évolution de la société civile dont il est issu.

Ce thème a fait l’objet d’un colloque organisé, le 15 janvier 2019 à Paris, par le Cercle de recherche des Ecoles de Saint-Cyr Coëtquidan. Y sont notamment intervenus : le professeur psychiatre Serge Tisseron ; un colonel de la Direction des ressources humaines de l’armée de Terre (DRHAT) ; le capitaine Louis-Joseph Maynié, Ecoles de Saint-Cyr Coëtquidan ; le médecin en chef Nicolas Zeller, conseiller du Commandement des opérations spéciales ; Frédéric Coste, Fondation pour la recherche stratégique.

Perception sociologique. Le développement du « soldat augmenté » nécessite la miniaturisation d’objets technologiques et la mise au point de matériaux compatibles avec la physiologie humaine, explique le professeur Tisseron. Certaines augmentations n’impliquent pas de modifications biologiques, comme les lunettes de vision nocturne, l’équipement pour grimper aux murs, l’exosquelette ou les robots d’assistance et de compagnie. D’autres modifient les capacités corporelles, y compris génétiques et donc transmissibles. L’augmentation des performances dans la durée portent sur la veille prolongée ou la survie sans nourriture par l’injection de bactéries, qui digèrent des substances habituellement non comestibles. Celle des performances dans l’intensité concernent la force musculaire, la résistance à la perte de sang ou la suppression de la douleur. La biologie des capacités mentales peut être modifiée par : des psychostimulants, comme l’alcool, le cannabis ou les amphétamines ; l’augmentation des capacités intellectuelles en accélérant les processus d’apprentissage par l’activation de nerfs périphériques de façon indolore ; la création d’interfaces biocompatibles pour transférer des données du cerveau vers des appareils électroniques. Toutefois, prévient le professeur Tisseron, des modifications aux effets encore imprévus peuvent remettre en cause le libre consentement du soldat. Ainsi, des « bêtabloquants » (médicaments contre l’hypertension) peuvent provoquer une « mort émotionnelle », qui rend le soldat insensible au meurtre sans pour autant l’empêcher de commettre un crime dans un accès de rage. Celui qui lui administré le produit en porte la responsabilité. Par ailleurs, un corps augmenté par des appareils électroniques devient une cible pour les hackers ennemis. Sur le plan psychologique, le soldat risque d’oublier que les machines restent vulnérables à l’espionnage, au piratage et à la tromperie. Se posent ensuite les questions de l’obsolescence des technologies mises en œuvre et de l’avenir du soldat augmenté. Si les modifications sont réversibles, il perdra ces capacités. En cas d’irréversibilité, il pourrait être tenté de les utiliser de façon immodérée pendant le combat ou après le retour à la vie civile. Plutôt que de transformer le soldat en robot, estime le professeur Tisseron, il vaudrait mieux valoriser sa capacité d’improviser sur le terrain, en fonction de situations que l’ennemi cherchera à rendre toujours plus imprévisibles.

Recrutement des jeunes. Pour demain, l’armée de Terre souhaite disposer de soldats identiques à ceux d’aujourd’hui en termes de rusticité et de résilience, mais avec une capacité accrue de mise en œuvre des systèmes complexes, explique le colonel de la DRHAT. Chaque année, ses 1.000 recruteurs, anciens personnels militaires, accueillent 100.000 candidats, dont 15.000 sont retenus sur les critères d’évaluation physique, sanitaire, cognitive, de maturité et de personnalité. Il s’agit de recruter, avec équité, des jeunes aptes à travailler en équipe très structurée, où le discernement et la résilience comptent plus que la performance physique pour remplir la mission, dans un conflit qui peut durer de cinq mois à cinq ans.

Retour d’expérience. Grâce à l’entraînement, le groupe augmente sa force, calculée sur celle de l’élément le plus faible physiquement qu’il faut aider, souligne le capitaine Maynié. Malgré l’amélioration des conditions de vie et des armements, le combattant en opération extérieure porte sur lui, en moyenne, 30 kg d’équipements, munitions et ravitaillement. Ainsi en Afghanistan (2012), le poids moyen d’un combattant passe de 90 kg à 84 kg en deux ans car : températures de – 20 °C (janvier) à + 40 °C (avril) ; nourriture abondante et variée ; sorties quotidiennes de la base américaine ; nuit en sûreté permettant une bonne récupération ; stress présent sans être prégnant (engins explosifs improvisés). Au Mali (2015), ce poids passe de 92 kg à 74 kg en huit mois car : températures de + 35 ° C (janvier) à + 55 ° C (mai) ; rations parfois améliorées ; opérations de 4 à 10 jours ; cumul de responsabilités et de stress. En outre, le mental du combattant est affecté : pression de la hiérarchie pour des résultats ; pression de la troupe vers le chef ; confrontation aux morts injustes (enfants) ; besoin de reconnaissance des efforts ; orgueil de sa résistance physique. Au combat, le soldat a l’impression d’avoir un corps surmultiplié avec le sentiment de dominer les autres. Mais usure physique et fatigue psychologique conduisent à l’épuisement. Pour éviter l’effondrement, indique le capitaine Maynié, il faut chercher en soi une force morale, à savoir l’âme ou « psyché » (ensemble des manifestations conscientes et inconscientes de la personnalité). Il s’agit de découvrir et dépasser ses propres limites.

Au-delà de la performance. Tous les pays membres de l’OTAN se dotent de programmes de guerriers augmentés, surtout pour les forces spéciales, indique le médecin en chef Zeller. Ainsi, un « opérateur » (exécutant d’un geste technique) devient un système d’armes avec des aides pour augmenter son champ de performances, comme un sportif de haut niveau. Le chef militaire est alors présenté comme un entraîneur sportif. Or le combattant ne se réduit pas à des capacités physique, technique et intellectuelle. Capable de donner sa vie pour son pays, il a besoin d’un chef, qui le connaisse bien. Il ne se battra pas s’il n’en a pas envie. Seule la volonté de vaincre emporte la décision. Tous les programmes de soldat augmenté sont centrés sur la sphère physique au détriment de l’âme, cette augmentation du corps et de l’esprit au service de l’humain, mais délaissée aujourd’hui, conclut le médecin en chef Zeller.

Loïc Salmon

Selon Frédéric Coste, les réflexions et débats publics sur l’emploi des technologies de l’augmentation en milieu militaire, très médiatisés, ont commencé dès les années 1990 en Amérique du Nord, en Australie et en Europe. Ils ont notamment porté sur les problèmes médicaux, éthiques et moraux, juridiques (consentement des militaires) et de cohésion interne aux armées (inégalités) et retour dans la société civile. Il en ressort la nécessité de développer, en les encadrant, les « technologies d’augmentation » des troupes amies, pour éviter leur mise en infériorité si leurs adversaires s’en dotent.

Défense : le futur combattant dans un monde numérisé

Exposition « Dans la peau d’un soldat » aux Invalides

Opex : le soldat au cœur du succès




Monde combattant : écoute, concertation, protection et modernisation

Aide et accompagnement des soldats et anciens combattants, honneur à la mémoire de ceux morts au feu ou à l’entraînement et renfort du lien Armées-Nation constituent des missions à remplir dans la durée.

Geneviève Darrieussecq, secrétaire d’Etat auprès de la ministre des Armées, l’a expliqué, le 23 janvier 2019 à Paris, lors de ses vœux au monde combattant.

Actions en 2019. La carte du combattant est désormais attribuée aux soldats français engagés en Algérie entre juillet 1962 et juillet 1964. Cette mesure, qui coûtera 30 M€ par an, portera sur 50.000 cartes, dont plus de 8.000 dossiers ont déjà été instruits. A la suite des accords d’Evian mettant fin à la guerre d’Algérie (18 mars 1962), quelque 75.000 soldats français, dont une majorité d’appelés, sont restés mobilisés pendant cette période. Malgré les demandes récurrentes d’associations d’anciens combattants, ils n’avaient jamais pu bénéficier de la carte de combattant, de la reconnaissance, de l’action sociale et des avantages y afférant. En revanche, cette carte est attribuée à tous les militaires déployés en opérations extérieures, dans le cadre des obligations internationales de la France. En outre, la reconnaissance de la nation envers les combattants de la première guerre mondiale s’exprimera aussi par l’entrée au Panthéon de l’écrivain Maurice Genevoix, auteur de Ceux de 14. Les combattants de la seconde seront honorés lors du 75ème anniversaire de la Libération. De plus, après dix ans de péripéties, le monument aux morts pour la France en opérations extérieures sera édifié dans le parc André Citroën à Paris. Par ailleurs, l’Institution nationale des Invalides recevra 35 M€ pour le renouvellement de ses infrastructures et la mise aux normes de ses installations pour les reconstructions physique et psychique des blessés. Un contrat d’objectifs 2019-2023 pour l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre (ONACVG) sera signé au premier semestre. Pour les jeunes générations, une préfiguration du « service national universel », non militaire, va concerner 3.000 volontaires dans 13 départements en juin. Plus de 100 M€ seront investis dans les six lycées militaires entre 2019 et 2025.

Bilan 2018. Les noms des 1.400.000 morts pour la France inscrits sur les monuments de pierre sont désormais accessibles sur internet, grâce à l’indexation des fiches matricules. La Mission du centenaire 1914-1918 a labellisé plus de 6.000 projets et organisé des dizaines de cérémonies nationales et internationales. Par ailleurs, l’allocation de reconnaissance des anciens harkis et la rente viagère des veuves a été revalorisée de 400 € en septembre. En outre, un dispositif de solidarité en faveur de leurs enfants a été créé par décret en décembre. D’autre part, le processus d’attribution des pensions militaires d’invalidité (PMI) a été amélioré par la « présomption d’imputabilité » en cas d’accident en service. Le tarif des expertises médicales a été augmenté de 43 % pour les rendre plus attractives pour les médecins et accélérer les délais d’examen. De plus, le contentieux des PMI a été transféré vers les juridictions administratives et un recours administratif préalable devant une commission spécifique a été créé. En 2018, environ 770.000 jeunes ont effectué leur « Journée Défense et Citoyenneté ». Depuis son expérimentation en 2015, le « Service militaire volontaire » a totalisé plus de 2.500 contrats, dont 72 % ont débouché sur une insertion positive, à savoir un emploi ou une formation qualifiante.

Loïc Salmon

Défense : le « plan famille » de fidélisation des militaires

307 – Dossier : « Les blessés en Opex, le retour et après »

L’ONAC-VG : 100 ans au service du monde combattant

Défense : la jeunesse au cœur du lien Armées-Nation




Défense : l’AID, interlocutrice des porteurs d’innovation

L’Agence de l’innovation de défense (AID) fédère toutes les innovations qui contribuent à garantir l’autonomie stratégique et la supériorité opérationnelle des forces armées.

Son directeur, Emmanuel Chiva, l’a expliqué à la presse, le 15 novembre 2018 à Paris, à l’occasion du Forum Innovation défense (22-24 novembre, Paris). Des innovations concernant le combattant ont été présentées.

Imaginer demain et après-demain. Il s’agit de détecter les nouvelles tendances et anticiper les ruptures technologiques issues du monde civil, réfléchir à tout ce qu’il est possible de faire, y compris avec les startups, explique Emmanuel Chiva. L’AID doit orienter et conduire l’ensemble des innovations de défense, en s’appuyant sur les centres de développement (4.000 personnes) de la Délégation générale de l’armement (DGA). Elle devra en susciter de nouvelles, les capter, les accélérer, les valoriser et les transférer vers les utilisateurs, en favorisant l’expérimentation rapide et les cycles courts. Elle diffusera de nouvelles pratiques, notamment en matière d’achat. Elle facilitera la coopération avec les autres ministères, les industriels, les petites et moyennes entreprises et d’autres pays européens. Elle accompagnera l’innovateur pour qu’il gagne de l’argent et développe son innovation, dont la propriété intellectuelle sera protégée. Créée le 1er septembre 2018 et rattachée au délégué général pour l’armement, l’AID sera opérationnelle en avril 2019 avec un effectif d’une centaine de personnes, militaires et civiles. Selon la loi de programmation militaire (2019-2025) son budget passera de 1,2 Md€ en 2019 à plus de 1,5 Md€ en 2022.

Exemples d’innovation. La société française Scalian, fournisseur de logiciels et d’études pour la DGA, et la firme américaine Daqri, fabricant de lunettes et casque de « réalité augmentée », ont mis au point l’équipement du « Fantassin augmenté, sécurisé et tactique ». Le casque Daqri, contient un dispositif stéréoscopique, un affichage transparent et intégré, une caméra grand angle de 166 ° et 120 Hz et une caméra thermique. Les entités, à savoir une personne amie ou ennemie, un véhicule ami ou ennemi, un bâtiment ou un point à atteindre, sont suivies par GPS. Sont affichées sur la visière du casque : les entités sur un radar/boussole ; les distances de chaque entité ; le gisement topographique ; la situation tactique en deux dimensions. Sont également possibles : la prise de photo/vidéo avec la caméra thermique ; la création d’objet manquant (nouvel ennemi) dans la situation tactique ; la visualisation sur un poste de commandement de la brigade des forces terrestres. De leur côté, l’Institut de recherche biomédicale des armées et la Direction des approvisionnements en produits de santé des armées ont développé un « Air Shock Absorber », système de coussins d’air muni de compartiments et cloisons, qui dissipent l’énergie d’un projectile. Cette innovation, disponible en 2019, permettra de diminuer les lésions anatomiques et physiologiques lors de l’impact sur le gilet pare-balles. Enfin, le Forum de l’innovation présente plus de 160 innovations et démonstrations dans divers stands : celui de l’AID ; « Protéger & Réparer » (prothèse de jambe bionique) ; « Projeter & Durer » (interface technico-logistique) ; « Combattre & Gagner » (camouflage adaptatif) ; « Administrer & Soutenir » (plateforme numérique participative) ; « communiquer et renseigner » (communication par satellite adaptée aux chasseurs).

Loïc Salmon

DGA : valoriser l’audace et l’innovation de terrain

Service de santé : renforcement des capacités biomédicales




Service de santé : renforcement des capacités biomédicales

La recherche biomédicale de défense porte sur les pathologies liées au combat et aux environnements opérationnels ou extrêmes et les atteintes nucléaires, radiologiques, biologiques ou chimiques (NRBC). Elle contribue à la résilience nationale en cas de crise sanitaire.

Telles sont les missions de l’Institut de recherche biomédicale des armées (IRBA). Sa directrice, Anne Sailliol, médecin général inspecteur, l’a présenté à la presse, le 21 juin 2018, à l’occasion de la 8ème Biennale de la recherche biomédicale consacrée aux opérations extérieures (26-27 juin).

Soins et prévention. Les programmes de recherche de l’IRBA à des fins militaires entraînent des retombées possibles sur la santé publique. Ils portent notamment sur : l’optimisation des réponses à l’entraînement physique et la tolérance au port des charges lourdes ; l’étude des réponses aux milieux d’emploi subaquatique et aéronautique et les climats contraignants (photo) ; la prévention des conséquences de la fatigue et la gestion du rythme veille-sommeil ; la neurobiologie des états de stress et la prévention de leurs conséquences ; le développement de contre-mesures médicales pour les pathologies traumatiques de terrain et l’amélioration des protections balistiques ; la thérapie cellulaire et la réparation tissulaire. En outre, l’IRBA travaille avec les hôpitaux militaires et civils et participe aux plans gouvernementaux Biotox, Piratox et Piratome, face aux menaces et actes terroristes de type NRBC. Pour les aspects nucléaire et radiologique, il étudie les effets biologiques des rayonnements ionisants et des technologies émergentes, comme les rayonnements électromagnétiques et des micro et nano particules. Le risque biologique concerne les menaces virales, bactériennes et parasitaires. Outre le développement de nouveaux vaccins contre les virus émergeants, il faut réagir dans le temps court quand une épidémie se déclare. Ainsi, l’IRBA avait déjà mis en place des procédures lors de l’apparition du virus Ebola en Afrique de l’Ouest en 2016. Il coopère avec les forces armées des Etats-Unis, pour les maladies tropicales, et avec celles de l’Allemagne pour les risques chimiques et radiologiques liés aux agents vésicaux et neurotoxiques organophosphorés.

Concentration des moyens. Installé sur un site de 9,4 ha à Brétigny-sur-Orge (banlieue parisienne), l’IRBA emploie 380 personnes (49 % de militaires et 51 % de civils), dont 64 % de chercheurs, ingénieurs et techniciens. Intégré au grand pôle scientifique et technologique du Grand Paris avec le Génopôle d’Ivry et le Commissariat à l’énergie atomique de Saclay, il a conclu des partenariats avec le Centre national de la recherche scientifique, l’Institut national de la santé et de la recherche médicale, l’Institut national de la recherche agronomique et l’Institut Pasteur. Cela lui permet d’optimiser l’emploi de ses équipements de haute technologie : microscope électronique Titan Krios à transmission en L-NSB3 ; unité de calcul pour traiter les « mégadonnées » ; centrifugeuse humaine pour la formation des pilotes de Rafale ; plateforme d’irradiation ; laboratoires de sécurité biologique de niveaux 2,3 et 4. L’IRBA est financé à 74 % par le ministère des Armées, le Service de santé des armées, la Direction générale de l’armement, les états-majors de la Marine nationale et des armées de l’Air et de Terre. Pour les 26 % restants, il compte sur l’Agence nationale de la recherche, le Fonds unique interministériel et les industries pharmaceutiques et de biotechnologie.

Loïc Salmon

Service de santé des armées : garantir aux blessés les meilleures chances de survie

Service de santé : traumatismes psychiques dans les armées, problème de santé publique




Exposition « Dans la peau d’un soldat » aux Invalides

Le soldat consacre seulement 5 % de son temps au combat et il l’attend longtemps. Il doit s’y préparer par une formation continue, s’entraîner en permanence et subvenir à ses besoins dans un environnement souvent hostile.

24 h de la vie d’un soldat. Le rythme des déplacements détermine le confort nocturne. La légion romaine bâtit son camp, protégé par des palissades, pour la nuit que les soldats passent sous des tentes de cuir. Jusqu’à la fin du XVIIIème siècle, le camp d’une armée en campagne, où hommes et animaux dorment sur la paille, constitue une véritable ville avec ses tentes, échoppes et cabanes. La vitesse des armées napoléoniennes nécessite de dormir dehors ou dans les granges croisées à l’étape. Les veillées autour d’un feu entretiennent la cohésion de l’unité, avant l’affrontement avec l’ennemi. Le lit pliant généralisé apparaît sous le Second Empire. Aujourd’hui, dans les opérations extérieures en pays chauds, le soldat reçoit aussi une moustiquaire. L’hygiène corporelle reste très rudimentaire jusqu’à la fin du XIXème siècle. Il s’ensuit une prolifération des maladies, principales causes de mortalité dans les armées. Pendant la première guerre mondiale, les « poilus » français des tranchées doivent vivre dans la boue et la saleté forcée. Mais dans l’armée impériale allemande, des officiers de santé s’occupent des troupes sur les plans hygiénique et prophylactique. La coupe de cheveux, très courte, facilite la prévention des infections par les poux ainsi que le port d’équipements spéciaux, comme le casque et le masque à gaz. Pendant la seconde guerre mondiale, l’intendance américaine fournit des trousses de toilette complètes aux soldats américains et français de l’armée de Libération. Du Moyen-Age à la seconde moitié du XVIIème siècle, les soldats, vêtus comme les civils mais souvent de loques, pillent ou dépouillent des cadavres après les combats, pour se procurer souliers et vêtements. Suite à l’essor des grandes nations centralisées et aux réorganisations des armées aux effectifs accrus, les Etats définissent et financent les uniformes, entraînant une chaîne de production et la fonte de l’individualité du soldat dans l’anonymat de l’institution militaire. Toutefois, couleurs, symboles et vêtements identifient les troupes de près et de loin et en renforcent le sentiment d’appartenance. Par la suite, sur les champs de bataille, les uniformes feront place aux « tenues de combat », moins voyantes, jusqu’à celle de 2010 en tissu anti-déchirure et qui s’adapte au port du gilet « balistique » (pare-balles). Toutefois, le soldat individualise sa tenue par les marques de grade, les insignes de spécialité ou de corps et les décorations, récompenses pour ses faits d’armes, ou la fourragère pour ceux de son unité. Jusqu’à la seconde guerre mondiale, les soldats de toutes les armées du monde se déplacent à pied et parcourent jusqu’à 40 km par jour. Les moyens de transport servent surtout à l’acheminement des vivres, armes et munitions en grandes quantités. Les semelles de cuir cloutées du fantassin perdurent de l’époque romaine au milieu du XXème siècle, où elles sont remplacées par du caoutchouc. Le bruit caractéristique d’une troupe à pied disparaît alors au profit de la marche silencieuse. Depuis 2010, des chaussures de randonnée à doublure étanche et « respirante » ont succédé aux « rangers ». En revanche, même si son matériau a été allégé, « l’armoire du soldat », 30 kg en moyenne, pèse toujours aussi lourd sur son dos depuis deux millénaires ! Durant les longues campagnes du Premier Empire à travers l’Europe, les officiers de cavalerie fortunés disposent d’un cheval supplémentaire pour le transport de vêtements et vivres dans des sacoches de part et d’autre du dos. Depuis la guerre franco-prussienne de 1870, la cadence de tir des armes à feu augmente et réduit l’autonomie du combattant. La « discipline du feu » vise à économiser ses munitions et assurer sa survie. En mission de combat, le soldat d’aujourd’hui emporte 6 kg de munitions, contre 3 kg pour celui de 1914. L’invention de la conserve (1795) et de la « marmite ambulante » (1806) révolutionnent l’alimentation du soldat jusqu’à l’arrivée de la ration de combat, dès 1942 dans l’armée américaine.

Au niveau de l’armée. Pour maintenir le moral des troupes entre les combats, le commandement doit veiller au versement de la solde à temps et aux conditions de la vie quotidienne, y compris les loisirs. Des relations dégradées entre chefs et soldats minent discipline et cohésion. Une mauvaise gestion des contacts avec la population civile et l’arrière (congés) favorise l’agitation ou la désertion. La logistique, autrefois confiée à des auxiliaires civils, devient progressivement militaire et se complexifie au XXème siècle, par suite de l’allongement des voies de communication, de la mécanisation des moyens de transport, de la multiplication des matériels indispensables et de la dépendance envers les sources d’énergie. En 2010, un soldat américain engagé en Afghanistan emporte 12 équipements électroniques contenant plus de 70 piles ! Bataille rangée, embuscade ou tir isolé, équilibré ou non, le début du combat provoque les symptômes universels de stress : accélération des battements du cœur, assèchement de la bouche et souffle court. Ensuite, le combat blesse beaucoup et gravement. Au XVIème siècle, le chirurgien Ambroise Paré améliore la ligature des artères et imagine une prothèse de main articulée. En 1671, Louis XIV fonde l’institution des « Invalides » pour ses soldats estropiés. Au cours du XXème siècle, les progrès de l’asepsie, de l’anesthésie, de la transfusion sanguine, de la chirurgie réparatrice (les « gueules cassées » de 1914-1918) et la rééducation fonctionnelle ont accru les chances de survie des combattants, malgré la souffrance physique persistante et les mutilations. Longtemps ignorés, les traumatismes psychiques sont aujourd’hui pris en compte. Le métier de soldat implique de donner la mort mais aussi de la recevoir. La postérité ne retient souvent que les personnalités mortes au combat et ignore les anonymes tombés loin de leur pays natal. Le rapatriement des corps ne se généralise qu’après 1950. Depuis quelques années seulement, tous les combattants morts pour la France reçoivent un hommage aux Invalides.

Loïc Salmon

Dans la peau d’un soldat

Défense : le futur combattant dans un monde numérisé

Défense : le « plan famille » de fidélisation des militaires

L’exposition « Dans la peau du soldat » (12 octobre 2017-28 janvier 2018), organisée par le musée de l’Armée, se tient aux Invalides à Paris. Elle présente plus de 330 objets, uniformes, armes et documents d’archives sur trois niveaux. La galerie du rez-de chaussée parcourt 2.000 ans de l’histoire du soldat, des guerres de l’Empire romain au conflit en Afghanistan, sur fond d’illustrations ou de photos d’ambiance. Des dispositifs multimédias interactifs abordent les réalités de la vie militaire : la place du soldat dans le contexte de son temps ; les multifonctions d’objets usuels ; l’influence des uniformes sur la mode civile ; les logistiques de masse pour acheminer les approvisionnements ; les diverses finalités du camouflage ; l’évolution technologique possible de l’équipement individuel. En outre, conférences, projections de films et concerts en la cathédrale Saint-Louis des Invalides ont été programmés. Renseignements : www.musee-armee.fr




Service de santé des armées : garantir aux blessés les meilleures chances de survie

Toutes les catégories de soignants sont projetées au plus près des opérations. L’expertise acquise donne aux forces armées françaises la capacité de s’engager en premier sur un théâtre.

Cette action du Service de santé des armées (SSA) a été présentée à la presse, le 15 juin 2017 à Paris, par les médecins-chefs Chantal Roche et Thibaut Provost-Fleury.

Retour d’expérience. L’équipe médicale, intégrée à l’unité de combat et composée d’un médecin, d’un infirmier, d’auxiliaires sanitaires, est formée au secours d’urgence et vit avec le danger. Le stress devient un gage de la rapidité de la prise en chaerge du blessé grave. Afin de faire venir un hélicoptère, le médecin décrit par radio le bilan qu’il vient d’établir : blessure physique, brûlure et/ou « blast » (effet de souffle). L’aéronef devant rester le moins de temps possible au sol, il sait que quelqu’un va appliquer les mêmes procédures d’urgence que lui pendant le transfert et que, 24-35 heures plus tard, le grand blessé arrivera en métropole à l’hôpital Percy par avion médicalisé. La chaîne de soutien médical s’échelonne sur quatre « rôles » : survie du blessé dans les zones de contact par les soins d’urgence et de réanimation ; traitement au groupement médico-chirurgical du théâtre, pour limiter les séquelles et stabiliser le blessé ; hospitalisation puis, le cas échéant, évacuation sanitaire ; soins dans un hôpital d’instruction des armées. Chaque combattant, formé au sauvetage de combat, dispose d’une trousse individuelle : un garrot tourniquet, des pansements compressifs pour arrêter l’hémorragie, une syrette de morphine, un kit de perfusion et une poche de soluté. Les trois quarts des décès au combat sont dus à une hémorragie non compressible et non garrotable, que seul un chirurgien aurait pu traiter dans la première heure. Le concept français place l’équipe médicale au plus près de la victime, alors que le concept anglo-saxon privilégie la rapidité de l’évacuation médicalisée vers les structures hospitalières. Aujourd’hui, les soldats sont surtout atteints aux membres et moins au thorax et à la tête, mieux protégés que lors des conflits précédents. L’évolution des techniques et matériels médicaux résulte d’une connaissance plus fine des blessures. Dans le cadre de l’opération « Barkhane » en cours, 200 militaires du SSA sont déployés dans la bande sahélo-saharienne, avec une capacité logistique autonome, des services hospitaliers de pointe et une recherche de l’innovation, comme le plasma lyophilisé pour s’affranchir des contraintes du froid. Le SSA prend aussi en compte les retours d’expérience des armées étrangères. Rien que pour l’armée de Terre, il suit 11.500 blessés en opération extérieure, en service commandé, pendant une formation ou par accident.

Parcours de la réinsertion. Ensuite, le Secrétariat général pour l’administration du ministère des Armées met en œuvre un accompagnement social et juridique, des indemnisations et une aide à la reconversion professionnelle. Plus de 2.000 blessés en opérations bénéficient d’une pension militaire d’invalidité. Outre la prise en charge des blessés psychiques post-traumatiques, un « congé du blessé » a été instauré, en vue de son maintien en activité jusqu’à 18 mois au-delà des congés maladie. Puis, des associations et l’Office national de anciens combattants et victimes de guerre interviennent. Enfin, la première « journée nationale des blessés de l’armée de Terre » a eu lieu le 23 juin 2017 aux Invalides.

Loïc Salmon

Sauvetage de combat : l’apprentissage des médecins

Opex : la chaîne de santé, une course contre le temps

Blessés psychiques : agir vite, au plus près et de façon continue