Marines : le porte-avions, outil militaire et diplomatique pour agir loin

Symbole d’une Marine océanique dont les grands pays veulent se doter quand ils n’en disposent pas déjà, le porte-avions permet de défier les dénis d’accès dans la durée et de s’adapter aux conflits futurs.

Le capitaine de vaisseau Eric Malbrunot, commandant le porte-avions Charles-De-Gaulle, a présenté les capacités opérationnelles de ce type de navire au cours d’une conférence-débat organisée, le 18 janvier 2017 à Paris, par le Centre d’études stratégiques de la Marine.

Un succès mondial. Le porte-avions donne une liberté d’action en haute mer, de jour comme de nuit. Mais sa complexité entraîne une maintenance continue dès sa mise à l’eau. En outre, la conduite de son aviation embarquée, longue à acquérir, nécessite une pratique régulière, une maîtrise des processus et une chaîne de commandement. Le parc mondial, qui comptait 19 bâtiments fin 2016, devrait se monter à 28 dans 3 ans. Il se répartit ainsi : Etats-Unis, 10 et 1 en projet/construction, soit 11 en 2020 ; France, 1 (1 en 2020) ; Brésil, 1 (2) ; Italie, 2 (2) ; Espagne, 1 sous cocon (1) ; Inde, 2 (3) ; Chine, 1 (4) ; Grande-Bretagne, 0 (2) ; Russie, 1 (2). Actuellement, seuls les porte-avions américains et français sont dotés de catapultes pour le décollage et de brins d’arrêt pour l’atterrissage, qui donnent une allonge considérable à l’aviation embarquée en raison de la possibilité de ravitaillement en vol. Ceux des autres pays sont configurés avec un tremplin pour avions à décollage court et atterrissage vertical, opérations qui consomment beaucoup de carburant. L’emploi de ces avions impliquent un choix en matière de poids : plus de bombes pour frapper plus fort, mais à courte distance, ou plus de kérosène pour aller davantage dans la profondeur du théâtre d’opérations,  mais avec un impact moindre. La Chine a construit des pistes d’atterrissage sur des îlots inhabités pour affirmer sa souveraineté en mer de Chine. En outre, son porte-avions peut choisir le meilleur endroit en fonction des conditions météorologiques. La Grande-Bretagne a décidé de se doter à nouveau de 2 porte-avions à tremplin avec réapprentissage de l’aéronautique navale. De son côté, l’Inde va équiper un ancien bâtiment russe d’une catapulte pour pouvoir embarquer des avions de 25 t. Celui de la Russie peut conduire une opération aéronavale, notamment en Syrie.

Le cas français. Le groupe aéronaval rassemblé autour du porte-avions Charles-De-Gaulle a connu 3 déploiements, dénommés  « Arromanches », en 2 ans. Le premier a eu lieu dans le golfe d’Aden et en Méditerranée (février-mai-2015) pour renforcer les liens avec les pays riverains amis et la connaissance de l’environnement du théâtre. Le deuxième (novembre 2015-mars 2016) avait notamment pour objectifs de renforcer la contribution française à l’opération en coalition Inherent Resolve (Chammal pour la France) au Levant, d’assumer le commandement de la Task Force 50 dans le golfe Arabo-Persique et de renforcer l’interopérabilité avec les pays membres de la coalition. Le troisième (septembre-décembre 2016) a porté sur l’appui des forces irakiennes au sol et les frappes dans la profondeur. Les moyens de renseignement du Rafale donne des informations très précises et une vision oblique complétant celle, verticale, des satellites. Outre le commandement, la conduite et la coordination d’opérations aériennes, l’avion de guet Hawkeye a assuré la couverture de la zone où se trouvaient les bâtiments russes et les systèmes sol/air syriens (renseignements d’origine électromagnétique). Ces renseignements ont été fusionnés avec ceux des autres navires et des pays alliés. Pour la dissuasion, la Force d’action navale nucléaire (FANu) est installée sur le Charles-De-Gaulle, dont les Rafale de standard F3 emportent le missile nucléaire aérobie ASMPA. Le centre d’opération de la FANu, implanté à Six-Fours (Var), prépare et suit l’exécution des ordres du président de la République. Le Rafale, capable de parcourir plusieurs milliers de km avec des ravitaillements en vol, peut tirer l’ASMPA à très basse altitude, à très grande vitesse et par tous les temps.

Loïc Salmon

Symbole d’une Marine océanique dont les grands pays veulent se doter quand ils n’en disposent pas déjà, le porte-avions permet de défier les dénis d’accès dans la durée et de s’adapter aux conflits futurs.

Le capitaine de vaisseau Eric Malbrunot, commandant le porte-avions Charles-De-Gaulle, a présenté les capacités opérationnelles de ce type de navire au cours d’une conférence-débat organisée, le 18 janvier 2017 à Paris, par le Centre d’études stratégiques de la Marine.

Un succès mondial. Le porte-avions donne une liberté d’action en haute mer, de jour comme de nuit. Mais sa complexité entraîne une maintenance continue dès sa mise à l’eau. En outre, la conduite de son aviation embarquée, longue à acquérir, nécessite une pratique régulière, une maîtrise des processus et une chaîne de commandement. Le parc mondial, qui comptait 19 bâtiments fin 2016, devrait se monter à 28 dans 3 ans. Il se répartit ainsi : Etats-Unis, 10 et 1 en projet/construction, soit 11 en 2020 ; France, 1 (1 en 2020) ; Brésil, 1 (2) ; Italie, 2 (2) ; Espagne, 1 sous cocon (1) ; Inde, 2 (3) ; Chine, 1 (4) ; Grande-Bretagne, 0 (2) ; Russie, 1 (2). Actuellement, seuls les porte-avions américains et français sont dotés de catapultes pour le décollage et de brins d’arrêt pour l’atterrissage, qui donnent une allonge considérable à l’aviation embarquée en raison de la possibilité de ravitaillement en vol. Ceux des autres pays sont configurés avec un tremplin pour avions à décollage court et atterrissage vertical, opérations qui consomment beaucoup de carburant. L’emploi de ces avions impliquent un choix en matière de poids : plus de bombes pour frapper plus fort, mais à courte distance, ou plus de kérosène pour aller davantage dans la profondeur du théâtre d’opérations,  mais avec un impact moindre. La Chine a construit des pistes d’atterrissage sur des îlots inhabités pour affirmer sa souveraineté en mer de Chine. En outre, son porte-avions peut choisir le meilleur endroit en fonction des conditions météorologiques. La Grande-Bretagne a décidé de se doter à nouveau de 2 porte-avions à tremplin avec réapprentissage de l’aéronautique navale. De son côté, l’Inde va équiper un ancien bâtiment russe d’une catapulte pour pouvoir embarquer des avions de 25 t. Celui de la Russie peut conduire une opération aéronavale, notamment en Syrie.

Le cas français. Le groupe aéronaval rassemblé autour du porte-avions Charles-De-Gaulle a connu 3 déploiements, dénommés  « Arromanches », en 2 ans. Le premier a eu lieu dans le golfe d’Aden et en Méditerranée (février-mai-2015) pour renforcer les liens avec les pays riverains amis et la connaissance de l’environnement du théâtre. Le deuxième (novembre 2015-mars 2016) avait notamment pour objectifs de renforcer la contribution française à l’opération en coalition Inherent Resolve (Chammal pour la France) au Levant, d’assumer le commandement de la Task Force 50 dans le golfe Arabo-Persique et de renforcer l’interopérabilité avec les pays membres de la coalition. Le troisième (septembre-décembre 2016) a porté sur l’appui des forces irakiennes au sol et les frappes dans la profondeur. Les moyens de renseignement du Rafale donne des informations très précises et une vision oblique complétant celle, verticale, des satellites. Outre le commandement, la conduite et la coordination d’opérations aériennes, l’avion de guet Hawkeye a assuré la couverture de la zone où se trouvaient les bâtiments russes et les systèmes sol/air syriens (renseignements d’origine électromagnétique). Ces renseignements ont été fusionnés avec ceux des autres navires et des pays alliés. Pour la dissuasion, la Force d’action navale nucléaire (FANu) est installée sur le Charles-De-Gaulle, dont les Rafale de standard F3 emportent le missile nucléaire aérobie ASMPA. Le centre d’opération de la FANu, implanté à Six-Fours (Var), prépare et suit l’exécution des ordres du président de la République. Le Rafale, capable de parcourir plusieurs milliers de km avec des ravitaillements en vol, peut tirer l’ASMPA à très basse altitude, à très grande vitesse et par tous les temps.

Loïc Salmon

Marines : coopérations accrues dans les dix prochaines années

Marine nationale : mission « Arromanches 3 » du GAN en Méditerranée orientale

Marine nationale : emploi de l’ensemble des moyens




DGA : la révolution numérique et industrielle de l’impression 3D

Les applications de la fabrication additive (FA) ou impression tridimensionnelle (3D) de pièces complexes d’équipements “sensibles” font l’objet d’un schéma directeur national pour éviter une dépendance de pays étrangers.

Joël Rosenberg, responsable de l’innovation à la Direction générale de l’armement (DGA) en a présenté les enjeux au cours d’une conférence-débat organisée, le 24 novembre 2016 à Paris, par l’Association nationale des auditeurs jeunes de l’Institut des hautes études de défense nationale.

Les avantages. La FA transforme un fichier numérique à 2 dimensions en un objet physique par assemblage, à températures élevées, de couches successives du même matériau : matières biologiques, polymères, céramique, bétons et métaux (aluminium, titane, nickel, cobalt ou magnésium). Elle permet de réaliser des pièces impossibles à fabriquer selon les procédés classiques et avec des caractéristiques mécaniques identiques. Ainsi, Airbus DS a conçu et fabriqué un support d’équipement en titane, une première mondiale, pour le satellite Atlantic Bird 7 mis en orbite en octobre 2011. La FA raccourcit les délais de la conception à la production. Un moteur d’avion se fabrique en 40 heures, contre plusieurs semaines auparavant. Plus écologique que l’usinage, elle remplace la machine-outil et réduit les pertes de matière : 4 % de copeaux pour une pièce d’aéronautique en titane contre 96 % précédemment. La FA est utilisée pour des prototypes, qu’il est possible de refaire dans toutes leurs phases autant de fois que nécessaire. L’Agence spatiale européenne passe aujourd’hui du concept au prototype du lanceur Ariane 6 en quelques semaines, contre 18 mois auparavant. La FA permet de relocaliser les lieux de production au plus près du client. Par exemple, différents monoblocs fabriqués en Chine sont assemblés au Japon pour un montage final de l’objet en Europe. La FA permet de s’affranchir de la main d’œuvre à basse qualification et de réduire le coût de la logistique. Mais, il reste à régler la question de la protection de la propriété industrielle (contrefaçon).

Recherche et développement. Il s’agit de former des personnels, dont la qualification évolue dans les domaines des nouveaux matériaux et du numérique. En effet, la chaîne numérique de la FA commence par la modélisation (scanners et bibliothèques 3D) et continue par la conversion en divers formats. La préparation nécessite des logiciels génériques industriels pour la visualisation, l’analyse, la réparation des défauts, l’édition et la modification éventuelle. Ensuite, des logiciels intégrés traitent la FA et procèdent à l’orientation du modèle, à la génération de supports, au “tranchage”, à la génération des parcours intérieurs et extérieurs de la tranche et enfin à la compensation des dérives de fabrication (hauteur et retrait). Pour la fabrication proprement dite, des systèmes FA assurent le pilotage des machines et le contrôle du processus selon les diverses méthodes (SLA, SLS, FDM, SLM, Strato, imprimante 3D etc). En outre, le savoir-faire ou secret industriel repose sur la maîtrise de la bonne santé de la matière, en vue d’obtenir la meilleure qualité possible, celle des standards aéronautiques et spatiaux. Investissements et compétences permettent de lancer des recherches dans de nombreux domaines : santé ; enseignement/formation ; alimentation ; architecture/construction ; distribution ;  textile/mode ; infrastructure ; produits industriels ; produits grand public ; services ; outillage/machine/moule ; restauration ; réparation ; bijouterie-luxe ; nanotechnologies ; bio-ingénierie ; énergie/mines/forage ; loisirs ; transport/mobilité ; automobile ; création/design/artisanat ; meubles/habitat ; électronique ; maquettage/prototypes ; culture/patrimoine ; robotique ; aéronautique/espace.

Applications militaires. Le Service des matériaux de la DGA partage les connaissances et les besoins communs en FA de l’armée de l’Air et de la Marine nationale pour les composants du “Neuron”, démonstrateur de drone de combat furtif européen qui vole déjà. Les études amont de la DGA portent sur : les poudres ; la micro-électronique ; les nouveaux concepts d’intégration ; les nouvelles architectures d’antenne et les matériaux spécifiques correspondants ; de nouveaux alliages. En outre, des procédures du dispositif RAPID (régime d’appui à l’innovation duale) sont en cours sur la possiblité d’effectuer des réparations de pièces détachées à très haute valeur ajoutée puis de leur qualification aux normes aéronautiques, ou sur de nouvelles méthodes de conception de pièces pour les parties chaudes de moteur d’avion. La FA permet de refaire des pièces anciennes, dont les plans ont disparu, et qui seront requalifiées pour éviter tout danger pour les utilisateurs. Par ailleurs, des études de faisabilité sont en cours sur la logistique des pièces détachées, une fois leur certification effectuée. Enfin, la nourriture “imprimée 3D” est étudiée pour les armées en opérations.

Un marché en expansion. Dans les domaines médical et aéronautique, 50.000 imprimantes et 10.000 machines industrielles ont été vendues en 2013 pour réaliser des prototypes et pièces finales en polymères. Ces chiffres ont atteint respectivement 140.000 et 10.000 l’année suivante. Pour la fabrication de prototype à haute valeur ajoutée et de pièces finales métalliques, le nombre de machines vendues est passé de 350 en 2013 à 543 en 2014. De façon globale, la croissance des FA devrait se monter à 35 %/an , dont 70 %/an pour les métalliques, dont la valeur ajoutée est supérieure à celle des polymères. Les États-Unis, la Chine, l’Allemagne, le Japon, la Grande-Bretagne et l’Australie en font une priorité du développement industriel. En France, les travaux de “l’Alliance industrie du futur”, lancée en 2015 pour transformer le modèle industriel par le numérique, portent sur divers thèmes : chaîne numérique ; matériaux/procédés/machines ; post-traitement/finition ; qualité/contrôle ; normes/standards ; hygiène/sécurité/environnent ; certification ; éducation/formation ; structuration des marchés ; soutien à la diffusion et à l’interopérabilité de l’offre française. Enfin, selon le cabinet Wholers Associates, le chiffre d’affaires de la FA devrait passer de 3 Md$ en 2013 à 21 Md$ en 2021.

Loïc Salmon

Les procédés de fabrication additive correspondent à l’impression d’objets pour une application industrielle. Le dessin d’un objet sur un écran, à l’aide d’un outil de conception assistée par ordinateur, premet de réaliser un fichier 3D. Celui-ci est alors envoyé vers un logiciel spécifique qui le découpe en tranches et l’envoie à son tour à l’imprimante, laquelle dépose ou solidifie la matière, couche par couche, jusqu’à l’obtention de la pièce finale. L’empilement de ces couches crée le volume de l’objet. Parmi diverses méthodes, celle dite “FDM” effectue un modelage par dépôt de matière en fusion. Selon une autre dénommée “stéréolithographie” (SLA), une lumière ultraviolette solidifie une couche de matière plastique liquide. Une troisième, le “frittage sélectif” (SLS), agglomère une couche de poudre par laser.

Les applications de la fabrication additive (FA) ou impression tridimensionnelle (3D) de pièces complexes d’équipements “sensibles” font l’objet d’un schéma directeur national pour éviter une dépendance de pays étrangers.

Joël Rosenberg, responsable de l’innovation à la Direction générale de l’armement (DGA) en a présenté les enjeux au cours d’une conférence-débat organisée, le 24 novembre 2016 à Paris, par l’Association nationale des auditeurs jeunes de l’Institut des hautes études de défense nationale.

Les avantages. La FA transforme un fichier numérique à 2 dimensions en un objet physique par assemblage, à températures élevées, de couches successives du même matériau : matières biologiques, polymères, céramique, bétons et métaux (aluminium, titane, nickel, cobalt ou magnésium). Elle permet de réaliser des pièces impossibles à fabriquer selon les procédés classiques et avec des caractéristiques mécaniques identiques. Ainsi, Airbus DS a conçu et fabriqué un support d’équipement en titane, une première mondiale, pour le satellite Atlantic Bird 7 mis en orbite en octobre 2011. La FA raccourcit les délais de la conception à la production. Un moteur d’avion se fabrique en 40 heures, contre plusieurs semaines auparavant. Plus écologique que l’usinage, elle remplace la machine-outil et réduit les pertes de matière : 4 % de copeaux pour une pièce d’aéronautique en titane contre 96 % précédemment. La FA est utilisée pour des prototypes, qu’il est possible de refaire dans toutes leurs phases autant de fois que nécessaire. L’Agence spatiale européenne passe aujourd’hui du concept au prototype du lanceur Ariane 6 en quelques semaines, contre 18 mois auparavant. La FA permet de relocaliser les lieux de production au plus près du client. Par exemple, différents monoblocs fabriqués en Chine sont assemblés au Japon pour un montage final de l’objet en Europe. La FA permet de s’affranchir de la main d’œuvre à basse qualification et de réduire le coût de la logistique. Mais, il reste à régler la question de la protection de la propriété industrielle (contrefaçon).

Recherche et développement. Il s’agit de former des personnels, dont la qualification évolue dans les domaines des nouveaux matériaux et du numérique. En effet, la chaîne numérique de la FA commence par la modélisation (scanners et bibliothèques 3D) et continue par la conversion en divers formats. La préparation nécessite des logiciels génériques industriels pour la visualisation, l’analyse, la réparation des défauts, l’édition et la modification éventuelle. Ensuite, des logiciels intégrés traitent la FA et procèdent à l’orientation du modèle, à la génération de supports, au “tranchage”, à la génération des parcours intérieurs et extérieurs de la tranche et enfin à la compensation des dérives de fabrication (hauteur et retrait). Pour la fabrication proprement dite, des systèmes FA assurent le pilotage des machines et le contrôle du processus selon les diverses méthodes (SLA, SLS, FDM, SLM, Strato, imprimante 3D etc). En outre, le savoir-faire ou secret industriel repose sur la maîtrise de la bonne santé de la matière, en vue d’obtenir la meilleure qualité possible, celle des standards aéronautiques et spatiaux. Investissements et compétences permettent de lancer des recherches dans de nombreux domaines : santé ; enseignement/formation ; alimentation ; architecture/construction ; distribution ;  textile/mode ; infrastructure ; produits industriels ; produits grand public ; services ; outillage/machine/moule ; restauration ; réparation ; bijouterie-luxe ; nanotechnologies ; bio-ingénierie ; énergie/mines/forage ; loisirs ; transport/mobilité ; automobile ; création/design/artisanat ; meubles/habitat ; électronique ; maquettage/prototypes ; culture/patrimoine ; robotique ; aéronautique/espace.

Applications militaires. Le Service des matériaux de la DGA partage les connaissances et les besoins communs en FA de l’armée de l’Air et de la Marine nationale pour les composants du “Neuron”, démonstrateur de drone de combat furtif européen qui vole déjà. Les études amont de la DGA portent sur : les poudres ; la micro-électronique ; les nouveaux concepts d’intégration ; les nouvelles architectures d’antenne et les matériaux spécifiques correspondants ; de nouveaux alliages. En outre, des procédures du dispositif RAPID (régime d’appui à l’innovation duale) sont en cours sur la possiblité d’effectuer des réparations de pièces détachées à très haute valeur ajoutée puis de leur qualification aux normes aéronautiques, ou sur de nouvelles méthodes de conception de pièces pour les parties chaudes de moteur d’avion. La FA permet de refaire des pièces anciennes, dont les plans ont disparu, et qui seront requalifiées pour éviter tout danger pour les utilisateurs. Par ailleurs, des études de faisabilité sont en cours sur la logistique des pièces détachées, une fois leur certification effectuée. Enfin, la nourriture “imprimée 3D” est étudiée pour les armées en opérations.

Un marché en expansion. Dans les domaines médical et aéronautique, 50.000 imprimantes et 10.000 machines industrielles ont été vendues en 2013 pour réaliser des prototypes et pièces finales en polymères. Ces chiffres ont atteint respectivement 140.000 et 10.000 l’année suivante. Pour la fabrication de prototype à haute valeur ajoutée et de pièces finales métalliques, le nombre de machines vendues est passé de 350 en 2013 à 543 en 2014. De façon globale, la croissance des FA devrait se monter à 35 %/an , dont 70 %/an pour les métalliques, dont la valeur ajoutée est supérieure à celle des polymères. Les États-Unis, la Chine, l’Allemagne, le Japon, la Grande-Bretagne et l’Australie en font une priorité du développement industriel. En France, les travaux de “l’Alliance industrie du futur”, lancée en 2015 pour transformer le modèle industriel par le numérique, portent sur divers thèmes : chaîne numérique ; matériaux/procédés/machines ; post-traitement/finition ; qualité/contrôle ; normes/standards ; hygiène/sécurité/environnent ; certification ; éducation/formation ; structuration des marchés ; soutien à la diffusion et à l’interopérabilité de l’offre française. Enfin, selon le cabinet Wholers Associates, le chiffre d’affaires de la FA devrait passer de 3 Md$ en 2013 à 21 Md$ en 2021.

Loïc Salmon

Sécurité : la contrefaçon et ses conséquences économiques, sanitaires et criminelles

DGA : valoriser l’audace et l’innovation de terrain

Les procédés de fabrication additive correspondent à l’impression d’objets pour une application industrielle. Le dessin d’un objet sur un écran, à l’aide d’un outil de conception assistée par ordinateur, premet de réaliser un fichier 3D. Celui-ci est alors envoyé vers un logiciel spécifique qui le découpe en tranches et l’envoie à son tour à l’imprimante, laquelle dépose ou solidifie la matière, couche par couche, jusqu’à l’obtention de la pièce finale. L’empilement de ces couches crée le volume de l’objet. Parmi diverses méthodes, celle dite “FDM” effectue un modelage par dépôt de matière en fusion. Selon une autre dénommée “stéréolithographie” (SLA), une lumière ultraviolette solidifie une couche de matière plastique liquide. Une troisième, le “frittage sélectif” (SLS), agglomère une couche de poudre par laser.




Marines : l’approche globale, indispensable à la sécurisation future du milieu maritime

Militarisation des eaux internationales, piraterie, migrations de masse, trafics illicites, terrorisme, pollution marine, catastrophes naturelles et pêche illégale peuvent déboucher sur des crises maritimes, dont l’origine se trouve dans des rivalités géopolitiques terrestres.

Cette globalisation sans précédent a été  abordée lors d’un colloque international organisé, le 18 octobre 2016 au salon Euronaval du Bourget (banlieue parisienne), par  le Groupement des industries de construction et activités navales, l’Agence européenne de défense, l’Institut pour les études de sécurité de l’Union européenne et l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire. Y sont notamment intervenus : l’ingénieur général François Maistre, Direction générale de l’armement (DGA) ; le préfet Vincent Bouvier, secrétaire général de la Mer ; le vice-amiral britannique Clive Johnstone, chef du Commandement maritime de l’OTAN ; l’amiral Christophe Prazuck, chef d’état-major de la Marine nationale.

Menace complexe et moyens futurs. Selon l’ingénieur général Maistre, un constat s’impose : contestation de la souveraineté maritime de certains pays par d’autres ; emploi de forces régulières ou irrégulières ; activité de l’État remise en cause par des organisations, qui mêlent actions civiles et militaires et maîtrisent l’utilisation de médias. La défense du territoire passe par la sécurité de ses approches maritimes, de ses ports et des flux de marchandises avec des moyens adaptés. Le combat aéromaritime va de l’opération de basse intensité à la confrontation directe. Pour le mener, il faut disposer d’un accès autonome à l’information et de capacités de ravitaillement à la mer, de lutte anti-sous-marine et anti-aérienne ainsi que d’actions autonomes ou interalliées. Outre les drones, il faut pouvoir compter sur des systèmes résilients et sommaires à terre. L’interopérabilité entre la terre et la mer, quoique difficile à établir, devient incontournable. Elle nécessitera : de disposer de davantage d’espace à bord des navires pour l’équipage ; d’identifier les moyens d’analyse des menaces dans un contexte d’emploi de nouvelles technologies ; de passer de la connectivité croissante sur le même navire à la logique de réseaux. La DGA conçoit les référentiels de modélisation structurelle, avec des scénarios opérationnels, pour des effets recherchés dans un cadre optimal établi. Elle mobilise l’état-major de la Marine et les industriels pour imaginer les équipements futurs. Avec la mise en commun des informations des capteurs, le combat « collaboratif » intègre bâtiments de surface, sous-marins, aéronefs et drones dans un ensemble global. Leurs systèmes de détection et de combat devront être en cohérence avec ceux de la guerre des mines, des drones sous-marins et de l’ISR (renseignement, surveillance et reconnaissance) en interarmées.

Sécurité maritime d’aujourd’hui. L’action de l’État en mer se militarise en raison de l’incertitude à l’arrivée sur le lieu d’un sinistre, explique le préfet Bouvier. En raison de la porosité de la menace et pour plus d’efficacité, la coordination entre la Marine nationale, les Affaires maritimes, la Douane et le ministère de l’Intérieur se fait sous l’égide des préfets maritimes. La stratégie nationale de sûreté, adoptée en 2015, porte sur la lutte contre le terrorisme afin de rendre le trafic maritime plus sûr : embarquement de fusiliers marins sur les grands navires à passagers ; plan Vigipirate mer ; autorisation de gardes privées à bord de navires marchands ; radars plus performants ; mutualisation des moyens de secours maritimes et côtiers. Toutefois, les contraintes budgétaires incitent l’État à recourir au secteur privé, notamment pour le contrôle à l’embarquement des navires à passagers. La sécurité et la sûreté maritimes nécessitent un partage de l’information et la construction d’une fonction garde-côte à l’échelle européenne. Ainsi, l’opération militaire « Sophia » (EUNAVFOR Med) d’observation et de renseignement a été lancée le 22 juin 2015 par les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne pour lutter contre le trafic de migrants en Méditerranée, dans le cadre de la Politique de sécurité et de défense commune. Son champ d’action pourrait s’élargir après une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU.

Guerre navale de demain. L’OTAN se trouve confrontée à des scénarios de basse intensité, indique l’amiral Johnstone. Quoique adhérente aux valeurs démocratiques, la Russie agit de façon déstabilisante en Syrie, en Ukraine et en Atlantique Nord. Zone instable de la Syrie à la Libye, la Méditerranée est devenue un théâtre de terrorisme, de trafics d’armes et de migrations massives. L’OTAN, qui défend ses États membres en termes de capacités et de compétences, a pris conscience de ces défis et doit agir maintenant et quotidiennement. Elle intègre les innovations civiles dans l’intelligence artificielle, l’analyse en temps réel de l’action de l’adversaire et la classification des données. Mais elle doit être plus résiliente dans la logistique, la gestion des stocks et la formation des personnels, afin de mobiliser davantage de navires plus rapidement. Son commandement maritime se concentre sur la surveillance de la flotte russe du Nord au Sud et prévoit des exercices communs de lutte anti-sous-marine avec les Marines de l’Union européenne. De son côté, l’amiral Prazuck souligne le pouvoir de nivellement de la technologie face à une menace plus « aisée » : un système de géolocalisation (GPS) et un lance-grenades portatif (RPG7) permettent de devenir un redoutable pirate. La sécurité maritime, multiforme, induit une action internationale, un besoin de savoir (radars, satellites et échanges d’informations) et une présence sur zone. Par ailleurs, le combat naval futur pourrait se produire en haute mer avec des navires spécialisés à haute technologie. La Marine nationale doit convaincre les autorités politiques et l’opinion publique  de la nécessité de la mise au point des hautes technologies dans les 20 ans à venir. Au cours de l’Histoire, sécurité maritime et combat naval ont été privilégiés tour à tour. Pour répondre aux menaces, le meilleur équilibre entre les besoins implique développement de savoir-faire communs, coopération internationale, couverture des espaces maritimes, formation et entraînement.

Loïc Salmon

Marine nationale : la police en mer, agir au bon moment et au bon endroit

Défense : le climat, facteur de dérèglement géopolitique

Marines : coopérations accrues dans les dix prochaines années

Le 18 octobre 2016 à l’occasion du salon Euronaval du Bourget, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian (au centre), a dévoilé la maquette de la future frégate de taille intermédiaire (FTI) de 4.200 t. Armée par un équipage de 125 personnes, détachement aéronaval compris, la FTI disposera des capacités de projection de forces spéciales et de luttes anti-sous-marine, anti-aérienne et antinavire. Premier bâtiment « tout numérique », elle pourra embarquer un hélicoptère et/ou un drone aérien. Son radar de nouvelle génération à panneaux fixes sera intégré à une mâture unique. Les 5 FTI prévues, dont la première sera livrée en 2023, complèteront les 8 frégates multimissions et les 2 frégates anti-aériennes de type Horizon vers 2030. Une FTI pourra être déployée seule ou au sein d’une force interarmées ou interalliés, comme le groupe aéronaval centré sur le porte-avions Charles-De-Gaulle.




MBDA : coopération industrielle européenne pour les missiles

Acteur global en matière de missiles et de systèmes de missiles, le groupe MBDA se veut un « modèle politique » plutôt qu’entrepreneurial et s’est construit suivant trois dimensions : nationale, européenne et exportatrice.

Son secrétaire général, Olivier Martin, l’a présenté au cours d’une conférence-débat organisée, le 13 avril 2016 à Paris, par l’École supérieure de commerce de Paris et l’Association nationale des auditeurs jeunes de l’Institut des hautes études de défense nationale.

Omniprésence et évolution. MBDA fait la synthèse de tout ce qui tourne autour du missile pour son mode opératoire, explique Olivier Martin. Il est présent en France sur tous ses segments : air-air, air-surface, défense aérienne terrestre, défense aérienne navale, combat terrestre, antinavire, surface-surface et contre-mesures. Il est aussi maître d’œuvre notamment pour : les systèmes de simulation et d’entraînement au combat ; les autodirecteurs électromagnétiques et équipements ; l’intégration des missiles aux plates-formes aériennes, navales et terrestres ; les solutions de soutien en service ; le traitement des produits en fin de vie. Avec 45 produits et systèmes de contre-mesures aujourd’hui en service, MBDA couvre tous les besoins de 90 forces armées clientes. Ses grands programmes internationaux lui ont permis d’entrer et de se maintenir sur trois marchés-clés : le programme Meteor de missiles air-air longue portée (100 km) : la famille Aster de missiles surface-air moyenne portée (1,7-120 km); la famille de missiles de croisière (250-500 km) Storm Shadow/SCALP-EG et Taurus, pour la frappe dans la profondeur. Créé en 2001, MBDA est soutenu par trois actionnaires majeurs : le constructeur aéronautique européen Airbus (37,5 %) ; le groupe britannique d’aéronautique et de défense BAE Systems (37,5 %) ; le groupe italien Finmeccanica (25%), présent dans l’aéronautique, l’espace et la défense. Selon son secrétaire général, l’entreprise MBDA reconnaît sa responsabilité particulière envers les forces armées des pays actionnaires à leur garantir l’accès à des « capacités militaires critiques ». De 1996 à 2001, le groupe a connu une phase de consolidation, où chaque pays gardait son autonomie dans la réalisation de ses systèmes. Celle-ci a été suivie d’une intégration, avec une autorité unique sur le périmètre des trois pays (Grande-Bretagne, Italie et France). La phase de spécialisation a commencé en 2014, avec pour objectif de supprimer toutes les duplications techniques et industrielles de chacun. La France et la Grande-Bretagne ont accepté le principe de dépendance mutuelle, car aucune ne peut soutenir seule son industrie de défense. Il s’agit aussi de développer des capacités militaires de souveraineté, qui ne peuvent s’acheter à l’étranger. Les salariés de MBDA doivent bien comprendre cette adhésion « politique », sinon ils doivent quitter l’entreprise, précise son secrétaire général.

Enjeux et perspectives. Le « modèle MBDA », concept bien compris en France et en Grande-Bretagne, pourrait, à terme, s’appliquer à d’autres secteurs de l’industrie de défense européenne, estime Olivier Martin. Maître d’œuvre du missile ASMP-A (air-sol moyenne portée amélioré) entré en service en 2009 sur les Mirage 2000N et en 2010 sur les Rafale (armée de l’Air et Marine nationale), MBDA garantit la composante aéroportée de la dissuasion nucléaire de la France. Sur le plan économique, 1 € investi dans la filière missile procure 3 € de retombées dans la communauté nationale. En 2011, un groupe de travail réunissant la Direction générale de l’armement, l’État-major des armées et MBDA a analysé les perspectives de ce dernier et de la filière missile en France d’ici à 2020. Il s’agit d’optimiser, dans la durée, les besoins prioritaires des forces armées et l’activité minimale de la base industrielle de la filière pour assurer sa pérennité, en tenant compte des contraintes budgétaires. L’exportation des plates-formes françaises (avions de combat, navires de surface, sous-marins et véhicules blindés) est conditionnée par la garantie d’accès aux missiles par une offre française ou en coopération européenne. A l’export, MBDA constitue le « bras industriel » des politiques étrangère et de défense de la France, car les pays vendeurs et acheteurs s’engagent dans un véritable partenariat de longue durée. Ainsi, l’Égypte, le Qatar et, à terme, l’Inde achètent des Rafale, parce que le groupe Dassault leur a vendu des avions depuis des décennies. La Russie vend des missiles à la Syrie, à la Corée du Nord et au Venezuela, où MBDA n’a guère accès. La Chine et l’Inde commencent à en exporter. Le marché mondial des missiles, estimé à 15 Md€, se répartit surtout entre les États-Unis (40 %) et l’Europe (25 %). MBDA couvre plus de 20 % du marché mondial et environ 70 % du marché européen. La marge bénéficiaire permet d’investir dans la recherche et le développement. Dans ces domaines, indique Olivier Martin, les États-Unis ne coopèrent qu’avec les pays qui paient et se battent, à savoir la France et la Grande-Bretagne.

Le partenariat « One MBDA ». L’initiative franco-britannique d’unifier la construction de missiles en vue de réaliser des économies de 30 % remonte à 2010 (Sommet de Londres et Accords de Lancaster House) avec une confirmation en 2012 (Sommet de Paris). Dénommée « One MBDA », elle vise notamment à : rationaliser recherches amont et moyens industriels ; renforcer les programmes réalisés en commun sur la base de besoins convergents ; mettre en place un partenariat État/Industrie privée ; affirmer une présence à l’exportation, où les perspectives de commandes se montent à 800 M€ pour la France et 1,4 Md€ pour la Grande-Bretagne. Les programmes en coopération portent sur : le missile antinavire léger (lancé en 2014) ; le renforcement de la capacité des missiles de croisière actuels (2014), qui resteront en service jusqu’en 2023 ; le concept des futurs missiles à longue portée (2016) ; la défense anti-missiles balistiques navale ; des achats croisés de missiles. Les deux pays s’engagent à partager les pertes et les gains. Ils ont accepté la proposition de MBDA de créer 12 centres d’excellence industrielle. One MBDA repose aussi sur une politique de défense très similaire, une gouvernance commune dans la durée et un équilibre des budgets alloués par les deux pays.

Loïc Salmon

Forces nucléaires : l’enjeu stratégique de la prolifération des missiles balistiques

Défense antimissile : surtout protection des forces, moins celle des populations

DCNS : concevoir, développer, construire, équiper, vendre et entretenir un navire de guerre

Le groupe MBDA, qui emploie 10.000 personnes (60 % d’ingénieurs et de techniciens), est présent en France, Grande-Bretagne, Italie, Allemagne, Espagne et aux États-Unis avec un bureau à Bruxelles. En 2015, il a réalisé un chiffre d’affaires de 2,9 Md€ (+ 20 % en un an) et obtenu des prises de commandes de  5,1 Md€. Ses missiles équipent toutes les plates-formes : porte-avions, frégates et sous-marins français ; avions français (Mirage, Rafale et Atlantic II), européens (A400M), britanniques (Typhoon et Tornado), américains (F-15, F-16, F-18 et F-35) et suédois (JA-39 Gripen) ; hélicoptères européens (Wildcat et NH90), français (Cougar et Panther), franco-britanniques (Lynx), américains (Sea King), franco-allemands (Tigre) et germano-indiens (HAL Dhruv) ; systèmes de défense anti-aérienne (VL MICA, MEADS et Aster 30 SAMP-T) ; véhicules français de combat polyvalent (MPCV) ; drones américains Reaper.




Espace : sécurisation en question et dissuasion nucléaire

Le Traité international de 1967 sur l’espace présente des ambiguïtés en matière de « militarisation » (moyens de soutien d’opérations à terre) et « d’arsenalisation » (mise en orbite d’armes). Cela sert les intérêts des grandes puissances, qui mettent ce qu’elles veulent dans l’espace.

Cette question a fait l’objet d’une conférence-débat organisée, le 5 avril 2016 à Paris, par  le Conseil supérieur de la formation et de la recherche stratégiques et la Fondation pour la recherche stratégique (FRS). Y sont notamment intervenus : Philippe Achilleas, professeur à l’Institut du droit de l’espace et des télécommunications ; Xavier Pasco, chercheur à la FRS ; Isabelle Sourbès-Verger, chercheur au Conseil national de la recherche scientifique ; Florence Gaillard-Sborowsky, chercheur à la FRS.

Les armes antisatellites (ASAT). L’utilisation pacifique de l’espace est une utopie, estime le professeur Achilleas. D’abord, l’espace peut servir pour le transit d’armes de destruction massive et le placement d’armes autres que celles-ci. S’y ajoute la faiblesse des mécanismes de vérification, en raison de diverses dérogations : observation des vols spatiaux, autorisée sur une base de coopération (article X du Traité de 1967) ; droit de visite des installations, après notification préalable (article 15 de l‘Accord sur la Lune de 1979) ; informations trop générales sur l’immatriculation des objets lancés dans l’espace, dont la surveillance et l’identification est requise uniquement en cas de dommage (Convention de 1975). Officiellement, aucune puissance spatiale n’annonce de programme ASAT opérationnel (brouillages de communications ou explosions volontaires). Seules sont connues des capacités technologiques expérimentales ou de programmes passés. Ainsi, des programmes à énergie cinétique ont été testés et développés : basés dans l’espace (16 américains et 8 russes) ; au sol (12 américains et 3 russes) ; aéroportés (4 américains et 2 russes). Mais il est difficile d’avérer un programme ASAT avec certitude. Les essais sans satellite cible ne se distinguent pas d’essais antibalistiques. Les essais de microsatellites ont des objectifs inconnus, sur lesquels les États laissent planer le doute. En outre, des programmes « noirs » (sans information) peuvent exister. Enfin, certains programmes sont potentiellement utilisables en ASAT rapidement, comme le programme « Pegasus » de la société américaine Orbital Sciences Corporation.

Les États-Unis en tête. Les programmes ASAT américains ont connu des dynamiques différentes et ont conduit à une arsenalisation de l’espace, explique Xavier Pasco. Entre 1960 et 1990, les gouvernements successifs estiment nécessaire de combler le retard vis-à-vis de l’URSS, qui aurait une avance considérable en matière de missiles intercontinentaux à têtes nucléaires et de lanceurs de satellites. Il s’ensuit un débat intense sur la politique extérieure des États-Unis, lors des campagnes présidentielles et entre les pouvoirs exécutif et législatif. Le programme spatial doit permettre de déceler les missiles soviétiques, d’élaborer les frappes des États-Unis et de protéger les satellites américains. Le système antibalistique doit faire exploser les missiles intercontinentaux dans l’espace et détruire les satellites adverses. Progressivement, le risque de destruction mutuelle assurée (acronyme MAD en anglais) conduit à un dialogue avec l’URSS, qui aboutit aux traités de limitation des armes nucléaires stratégiques SALT I (1972) et SALT II (1979). En même temps que SALT I, un traité est signé sur les systèmes de défense anti-missile, lequel en autorise un autour de Moscou et un pour protéger le site de lancement américain dans le Dakota du Nord. Les tests ASAT sont gelés, mais la fabrication de satellites espions, garants de la dissuasion nucléaire, reste « sanctuarisée ». Pour les États-Unis, le maintien du programme ASAT constitue un outil de négociation future avec l’URSS. Reliquat du système antimissile balistique, le projet de « guerre des étoiles » (acronyme IDS en anglais) lance une réflexion sur ses conséquences. Après la disparition de l’URSS fin 1991, la politique spatiale américaine bascule. Le contrôle de l’espace orbital devient un intérêt national pour la conduite des opérations militaires à terre. Compte tenu de l’importante avance technologique des États-Unis, l’espace quitte le débat politique. Toutefois, les systèmes spatiaux militaires, devenus des cibles pour un adversaire éventuel, perdent leur « sanctuarisation ».

La Russie, à la suite de l’URSS. La Russie est habituée aux invasions et reconquêtes, alors que la culture militaire américaine vise à protéger les populations civiles des effets de la guerre, rappelle Isabelle Sourbès-Verger. Pendant l’ère soviétique, elle mise sur la menace qu’elle représente pour les États-Unis. Le programme ASAT, qui doit protéger les satellites espions, sert à gérer les crises depuis celle de Cuba (1962) et à éviter tout « dérapage », mais non à détruire les satellites adverses. L’IDS et la remise en cause de la MAD ont notamment conduit l’URSS au dialogue avec les États-Unis, afin de lui permettre de combler son retard sur le plan économique. La Russie d’aujourd’hui tente d’éviter une militarisation à outrance pour préserver sa capacité civile de recherche et développement et pour maintenir sa compétence spatiale à parité avec celle des États-Unis et vis-à-vis de la Chine, estime Isabelle Sourbès-Verger.

Vers une diplomatie spatiale. L’exploitation politique de l’espace s’est renforcée par ses conséquences juridiques (droit international) et militaires, estime Florence Gaillard-Sborowsky. La sécurité spatiale englobe la militarisation, l’arsenalisation, les débris divers en orbite et la météorologie de l’espace. La diplomatie de l’espace se structure selon trois axes : objet d’une conduite bilatérale ou multilatérale ; au service d’un objectif de politique étrangère ; en soutien de l’activité diplomatique d’un pays (observation, télécommunications, recueil d’information). Les États-Unis, qui redoutent les menaces contre leurs satellites, envisagent l’installation d’armes en orbite et se refusent à toute déclaration du type « pas d’emploi en premier ». Par ailleurs, l’arsenalisation de l’espace nécessite d’énormes investissements technologiques et financiers. Toutefois, des moyens technologiques, aux possibilités ASAT réelles, se développent dans d’autres domaines, comme le système laser anti-débris, basé dans l’espace ou au sol.

Loïc Salmon

Espace : nécessité d’une capacité commune de surveillance

Chine : l’espace au cœur du complexe militaro-industriel

Inde : industrie spatiale civile, mais de plus en plus militaire

Selon l’article IV du Traité international de l’espace (1967), les États parties s’engagent à : ne mettre sur orbite autour de la Terre aucun objet porteur d’armes nucléaires ou de tout autre type d’arme de destruction massive ; ne pas installer de telles armes sur des corps célestes ; ne pas placer de telles armes, de toute autre manière, dans l’espace extra-atmosphérique. Tous les États parties au traité utiliseront la Lune et les autres corps célestes exclusivement à des fins pacifiques. Sont interdits sur les corps célestes : l’aménagement de bases et installations militaires et de fortifications, les essais d’armes de tous types et l’exécution de manœuvres militaires.




Eurosatory 2016 : équilibrer la défense et la sécurité

Premier salon mondial de matériels et équipements terrestres de défense, Eurosatory s’ouvre à ceux de la sécurité, en raison de leur dualité en matière de recherche et de développement. Sa  25ème édition au Parc des expositions de Paris Nord Villepinte (13-17 juin 2016) a été présentée le 18 mai à la presse par Stefano Chmielewski, président du GICAT (Groupement des industries de défense et de sécurité terrestres et aéroterrestres), et le général (2S) Patrick Colas des Francs, commissaire général du salon.

Tournant technologique. Dans les opérations militaires, les armées de Terre et les composantes terrestres des autres armées mettent en œuvre des équipements et des services pour les installations et les personnels. Les forces de sécurité (Police, Gendarmerie et organismes privés autorisés) font de même dans les actions publiques ou privées, pour prévenir ou agir contre la malveillance collective ou d‘origine terroriste, les catastrophes industrielles ou naturelles et les accidents mettant en danger la population. La réalisation des systèmes connaît actuellement un tournant technologique, constate le général Colas des Francs. Grâce à l’économie « collaborative » les idées circulent et les délais industriels diminuent. Ses avancées portent sur la production de valeur en commun et l’organisation du travail, issu des technologies de l’information. Elles se combinent aux technologies de « fabrication additive » : conception, prototype, fabrication, robotique industrielle, simulation et maintien en condition. L’impression en « 3 D » (dimensions) de pièces industrielles permet de passer très vite à la production en série de très haute qualité. La normalisation de l’interface homme/machine réduit le temps d’entraînement grâce à des solutions sur-mesure à « utilisation intuitive ». Tout système de gestion de crise, de mobilité, de combat et de robotique intègre son module de simulation et d’entraînement. Dans le cadre du projet « Scorpion », l’entraînement en réseau d’un groupement tactique interarmes en abaisse le coût, par la réduction du temps de déplacement des participants. En matière de risque NRBCe (nucléaire, radiologique, biologique, chimique, explosif), la détection, la protection, la décontamination ou la dépollution intéressent la défense et la sécurité. L’électronique embarquée va de la distribution de l’énergie et des flux de données aux écrans durcis. Elle se trouve au centre du réseau interne, innervé par un système mobile, qui doit être fiable dans son fonctionnement et capable de supporter des événements sévères, imprévus et destructeurs. Cyberdéfense et cybersécurité touchent tous les systèmes numérisés et objets connectés. Elles concernent l’informatique, les transmissions, la protection des infrastructures, la robotique, la localisation et les systèmes d’information géographique. Dans la lutte contre la fraude, les moyens de surveillance de communications et de réseaux incluent analyse et contre-mesure. Enfin, la sécurisation des infrastructures sensibles porte sur la lutte anti-drones et la robotique de protection périmétrique.

Services. Eurosatory 2016, qui anticipe 57.000 visiteurs, regroupe 1.007 exposants étrangers (55 pays) et 528 français. Il a invité  180 délégations officielles de l’OTAN, de l’Union européenne, de l’ONU et de 121 pays. Il présente plus de 600 matériels majeurs et 450 nouveautés, des démonstrations dynamiques, des rendez-vous d’affaires et des cycles de conférences.

Loïc Salmon

Armements : maintien des exportateurs traditionnels et émergence de nouveaux

Robotisation du champ de bataille : état de l’art

La robotique militaire terrestre, aujourd’hui et demain

 




DGA : valoriser l’audace et l’innovation de terrain

La « Mission innovation participative » (MIP) de la Direction générale de l’armement (DGA) étudie les projets issus de l’expérience vécue pour en tirer éventuellement des prototypes, en vue de séries, utilisées par les forces armées ou même commercialisées. Elle constitue ainsi un réseau d’innovateurs, qui s’enrichissent mutuellement.

Ses objectifs et son fonctionnement au sein du ministère de la Défense ont fait l’objet d’une conférence-débat organisée, le 31 mars 2016 à Paris, par l’Association nationale des auditeurs jeunes de l’Institut des hautes études de défense nationale. Y sont notamment intervenus : l’ingénieur général de l’armement Pierre Schanne, chef de la MIP ; le capitaine (Terre) Jean-Baptiste Colas, conseiller militaire et innovation auprès de la DGA et concepteur du système de communication « Auxylium ».

Innovation « interne ». La MIP est un dispositif d’écoute et de remontée des idées d’innovation, explique l’ingénieur général Schanne. Selon une étude réalisée par IBM en 2006, ces idées viennent d’abord des employés d’une entreprise, puis de ses partenaires et clients, bien loin devant son service interne de recherche et développement (R&D). Au sein du ministère de la Défense, les personnels, directement confrontés aux problèmes, sont aussi les utilisateurs finaux des innovations. La MIP souhaite des solutions à court terme, alors que le service R&D explore les ruptures technologiques, dont les résultats aboutissent après plusieurs années de recherche. Ce dernier assure aussi une veille technologique et répond à des besoins, sans nécessairement proposer des idées. Les innovations génèrent ensuite des pistes de recherche. La MIP s’appuie sur l’inventivité du personnel pour trouver des solutions efficaces et peu coûteuses, souvent inattendues, simples et rapides à mettre en œuvre. Elle met ainsi en valeur le potentiel de créativité, favorise l’initiative et développe l’esprit de corps. Différente de l’invention, l’innovation, qui n’est pas obligatoirement technologique, peut consister à adapter une solution civile. Tout projet innovateur doit notamment apporter un gain économique en termes d’investissement, de fonctionnement, de ressources humaines et de consommation d’énergie. Sur le plan opérationnel, il doit contribuer à améliorer les capacités des équipements existants pour l’entraînement, la logistique ou l’instruction. En matière d’organisation, il doit prendre en compte l’hygiène et la sécurité des conditions de travail, la pénibilité, l’ergonomie, le gain de temps, la simplification administrative et la qualité. Enfin, il s’attache à préserver l’environnement, dont la biodiversité. La MIP procède de façon simple et directe : 2 mois entre l’accueil de l’idée et la décision de la soutenir, après accord de l’état-major de l’armée dont dépend l’innovateur ; 1 à 2 ans de suivi de sa réalisation ; un rapport final et une présentation vidéo du prototype et de son expérimentation. Elle reçoit une centaine de projets par an, en sélectionne environ la moitié et attribue à chacun un montant moyen de 30.000 €. En outre, elle apporte divers soutiens : technologique, par des conseils, contacts et partenaires ; administratif, par des liens avec le service achat (accès aux marchés publics) et le service exécutant (contrats) ; juridique, par la protection de la propriété intellectuelle et des droits ; moral, par l’écoute et les encouragements.

« Prix de l’audace ». Tous les deux ans, la MIP organise un « prix de l’audace », décerné par la fondation Maréchal Leclerc de Hautecloque, après une présélection par l’état-major de chaque armée. Ce prix récompense l’esprit d’initiative, le caractère original du projet, l’investissement personnel et la ténacité de l’innovateur, la portée de l’innovation, la pertinence et/ou l’intérêt opérationnel et, enfin, les économies réalisables. Sept innovations ont été distinguées en 2014. Le plasma lyophilisé « Plyo » permet de reconstituer du sang avec de l’eau. Une tente pour alpinistes en difficulté, largable d’hélicoptère, s’ouvre vite et inclut un kit de survie avec de la nourriture, de l’eau et des médicaments pour 24 heures. Une « règle atmosphère » évalue la viabilité de l’air respiré dans un sous-marin. Grâce au gilet communicant pour appui aérien « Titaan », les forces spéciales restent en contact permanent avec la chaîne de commandement. Des platines de protection permettent de fixer des bombes BLU-111 sous les ailes du Rafale Marine. Le dispositif « Waterbelt », sorte de tente remplie d’eau et de mousse, diminue les effets de la détonation d’un colis suspect et protège des éclats. L’application « Auxylium », téléchargeable sur smartphone, gère les actions de combat. Son concepteur, le capitaine Colas, en a présenté les fonctionnalités. Ce système permet au fantassin, débarqué de son véhicule blindé, de rester connecté à son réseau d’informations tactiques dans une zone à haute densité de population. Sur un fusil d’assaut, il enregistre le nombre de coups tirés, afin de savoir quand changer une pièce usée, et signale automatiquement la consommation de munitions. En 2015, la MIP a retenu 56 nouveaux projets : 15 de l’armée de l’Air ; 10 de l’armée de Terre ; 8 de la DGA ; 6 du Commandement des opérations spéciales ; 5 de la Marine nationale ; 5 du Service de santé ; 3 de la Gendarmerie nationale ; 2 de l’État-major des armées ; 2 du Service des essences des armées.

Facteurs de succès. La MIP refuse la routine et ignore la censure. Elle relie l’idée à l’innovation, trouve la meilleure voie pour faire avancer le projet et diffuse l’idée. Par exemple, la lutte contre les minidrones malveillants a suscité un nombre considérable de projets thématiques, destinés aux centres de commandement et de contrôle : prévention et protection passive (105 projets) ; brouillage de zones (230) ; détection et identification (124) ; neutralisation sans destruction (118) et avec destruction (246). Toutefois, selon l’ingénieur général Schanne, la normalisation des matériels, leur qualification et la réglementation freinent l’innovation. S’y ajoutent, pour l’innovateur, la crainte du supérieur, l’angoisse de sortir du rang et la peur de l’échec. Le romancier français Jules Clarétie (1840-1913) avait déjà anticipé sa situation : « Tout homme qui fait quelque chose a contre lui ceux qui voudraient faire la même chose, ceux qui font précisément le contraire et, surtout, la grande armée des gens d’autant plus sévères qu’ils ne font rien du tout » ! Le chef doit donc créer l’environnement favorable à l’émergence des idées, conclut l’ingénieur général.

Loïc Salmon

« DGA Innovation » : rendre les projets possibles et rentables sur le long terme

Drones civils : réponses opérationnelles et juridiques aux usages malveillants

Cyber : le combat numérique, nouvelle dimension militaire

Installée à Paris et composée de cinq personnes, la « Mission innovation participative » (MIP) de la Direction générale de l’armement (DGA) investit 1,5 M€ par an dans les projets présentés par les personnels, civils et militaires de tout grade, du ministère de la Défense. Depuis sa création en 1988, la MIP a reçu 1.600 projets et en a retenu 620, concrétisés sous forme de prototypes. Ceux-ci sont réalisés par l’innovateur lui-même ou une petite ou moyenne entreprise (PME) qu’il choisit. La DGA les finance dans le cadre du dispositif RAPID (Régime d’Appui PME pour l’Innovation Duale).




Adversaire « hybride » : comprendre, agir et se protéger

Face aux menaces hybrides, les démocraties libérales doivent convertir un résultat militaire sur le terrain en effet politique durable, avec les capacités disponibles en interalliés et malgré des budgets de défense restreints.

Les réponses possibles ont fait l’objet d’un colloque organisé, le 10 février 2016 à Paris, par le Centre de doctrine d’emploi des forces de l’armée de terre. Y sont notamment intervenus : le général Jean-Pierre Bosser, chef d’état-major de l’armée de Terre ; le général de corps d’armée Éric Margail, Corps de réaction rapide-France (OTAN) ; le général de division Bernard Barrera, État-major de l’armée de terre ; Corentin Brustlein, Institut français des relations internationales.

Le modèle « au contact ». L’armée de Terre, qui embrasse toute la complexité du combat au sol et près des populations, devient une cible à part entière en opération extérieure (Opex) et sur le territoire national, rappelle son chef d’état-major. Pour lui, la guerre hybride se caractérise par des actions plus courtes et plus brutales, dans une stratégie de contournement de puissance, qui offre une caisse de résonnance plus grande. La seule attrition de l’adversaire ne suffit plus, il s’agit de le désorganiser. Le champ de l’information et les vecteurs de communication occupent une place croissante, qui n’est plus la propriété exclusive des puissances établies. L’adversaire hybride, système dynamique, fonctionne en réseau. Il faut donc le frapper de façon juste et utile, indique le général Bosser, avec divers moyens : systèmes d’information et de commandement ; renseignement ; forces spéciales, aérocombat : divisions « Scorpion ». L’organisation de l’armée de Terre, selon le modèle « au contact », sera plus fluide et déconcentrée aux échelons division, brigade et régiment, pour faciliter la montée en puissance et être capable de s’engager dans une guerre, petite ou grande, à l’Est et au Sud de l’Europe. Le même soldat sert en Opex et sur le territoire national, en coordination avec les services de renseignement et de sécurité intérieure. La réponse, globale, à l’adversaire hybride inclut un appel aux alliés de l’Union européenne avec un déclinement à l’international. Pour répondre aux menaces de guerres de haute intensité et hybride, l’armée de Terre remonte en puissance et entreprend des réformes structurelles, explique le général. Depuis 2015, l’approche de la puissance est plus quantitative : 24.000 personnels d’active et de réserve déployés sur le territoire national ; forces prépositionnées à l’extérieur pour réagir rapidement, avant qu’une crise ne devienne incontrôlable. En outre, une « posture de protection terrestre » va compléter la sauvegarde maritime et la défense de l’espace aérien. Enfin, il s’agit d’inverser le rapport de forces temporel : soit le ralentir, ce que le général Bosser qualifie de « patience stratégique » ; soit l’accélérer pour reprendre l’initiative.

L’approche capacitaire. L’adversaire hybride, en perpétuelle mutation, est bien équipé sur les plans informatique et militaire, explique le général Barrera. Internet, téléphonie mobile et cryptage lui donnent les capacités de commandement de grandes unités et de planification au niveau tactique. En outre, sa possession de missiles sol/air marque la fin de la domination technologique des pays occidentaux. La menace qu’il représente repose sur : des motivations identitaires ou religieuses dans le temps long, constituant des leviers de recrutement par les réseaux sociaux ; une volonté farouche ; une aptitude au combat sans recul moral, avec l’enrôlement de combattants au suicide et d’enfants soldats. Pour la contrer, le cycle « connaissance et influence » met en œuvre le renseignement d’origines électromagnétique et humaine, les drones, la cyberdéfense et le Centre interarmées des actions sur l’environnement. Ce dernier, créé en 2012, forme les personnels projetés dans les missions civilo-militaires et dans les opérations militaires d’influence pour gagner la confiance des populations : aide directe ; gestion de chantiers de reconstruction ; actions de communication d’influence auprès de la population, des élites et élus locaux. En, outre, l’armée de Terre doit renforcer sa capacité logistique, former des détachements d’assistance opérationnelle et améliorer son aptitude à opérer dans un milieu complexe, pour chercher l’adversaire, le trouver et le détruire, souligne le général Barrera.  Cela implique un volume de forces suffisant pour : projeter des forces spéciales puis des troupes conventionnelles de niveaux médian et lourd ; appliquer les plans tactiques élaborés à partir du retour d’expérience. Par ailleurs, les forces déployées doivent disposer de capacités de lutte informatique défensive et projetable, pour se protéger, et de lutte contre les drones, pour anticiper des modes d’action. Enfin, elles doivent aussi agir sans haine, en respectant certaines règles contraignantes d’engagement.

L’approche en interalliés. L’adversaire hybride déborde le champ de la guerre conventionnelle en s’affranchissant du droit des conflits, estime le général Margail. Il crée la surprise dans le temps et dans un espace d’action de dimensions variables. Les crises en Ukraine et au Moyen-Orient ont catalysé la réflexion au sein de l’OTAN : identifier les actions hybrides ; avoir une analyse rapide et décisive ; activer la résilience aux menaces hybrides et y répondre de manière adaptée. Selon l’article 5 de la charte de l’OTAN, la défense collective exige une situation conflictuelle claire pour tous les États membres. Or, la guerre hybride rend difficile le partage de l’analyse de l’agression, l’identification de l’agresseur et un accord sur les moyens de répondre à une agression, qui dépendent des cultures militaires nationales. L’adversaire hybride tente une action spectaculaire, qui répond à l’attente des médias, alors qu’une coalition vise un objectif politique à long terme. Pour satisfaire son opinion publique, la coalition doit donc travailler vite en s’interdisant les erreurs et en partageant la compréhension des situations et les moyens d’agir. Cela nécessite : de grands exercices, rares faute de temps et de disponibilité ; des entraînements plus légers et plus nombreux pour élaborer des solutions à réinjecter dans les états-majors. Comme ces entraînements se déroulent dans des contextes éloignés de la réalité, le général Margail suggère de travailler sur des zones de conflit potentiel et d’en évaluer les enjeux, en vue d’y déployer une force.

Loïc Salmon

Adversaire « hybride » : une menace élargie

Armée de Terre : nouveau format plus « au contact »

Centrafrique : l’opération « Sangaris » au niveau « opératif »

 

Selon Corentin Brustlein, les guerres limitées définissent le rapport au temps, le rythme opérationnel et la capacité à poursuivre une action. Pour les démocraties libérales, la force armée est utilisée pour le bien commun. Leurs adversaires recourent à la cyberguerre. De plus en plus compétents et capables de couvrir tout le spectre de la guerre, ils intègrent même leurs types d’opérations et ce qu’elles se refusent à faire, dans un tout cohérent. En conséquence, les armées des démocraties libérales doivent disposer de chaînes de commandement agiles et redondantes et accroître leur entraînement. L’échelon politique doit maintenir son autonomie de commandement et sa résilience auprès de l’opinion publique.




Armée de Terre : choix du « Patroller » comme futur système de drones tactiques

Le groupe français Safran va réaliser le programme « Système de drones tactiques » (SDT), en s’appuyant sur le « Cluster Patroller » (groupement de petites et moyennes entreprises de hautes technologies) et la société allemande Ecarys, spécialisée dans les moto-planeurs et les avions légers.

Le contrat a été signé le 5 avril 2016 à Montluçon, sur le site de la société SAGEM (groupe Safran), par la Direction générale de l’armement. Le programme SDT a été présenté à la presse, le 13 avril  à Paris, par le général de division Bernard Barrera, sous-chef d’état-major Plans/Programmes de l’armée de Terre.

Le contrat. Selon le ministère de la Défense, Safran va livrer 2 systèmes opérationnels, composés chacun de 5 vecteurs aériens de type « Patroller » (photo), 2 stations sol pour le pilotage et le contrôle des drones et des moyens de communication. Le contrat inclut : un système de 4 vecteurs aériens et 2 stations sol pour la formation et l’entraînement en métropole ; le système de soutien ; le maintien en condition opérationnelle des systèmes pendant 12 ans. Ces matériels remplaceront les « Systèmes de drones tactiques intérimaires » (SDTi), en service depuis 2004 au 61ème Régiment d’artillerie de Chaumont. Le programme SDT offrira une plus grande endurance, des images de meilleure qualité et une capacité de recherche plus efficace, grâce à une conception multi-senseurs. Il pourra en effet emporter simultanément deux charges utiles totalisant 250 kg : l’une avec des moyens optique/infrarouge/laser et radar utilisable dans un premier temps ; l’autre de guerre électronique, susceptible de se substituer au radar.

Le programme SDT. Le drone tactique (SDTi puis SDT) présente une forte réactivité au plus près de la manœuvre, en renseignant le chef d’un groupement tactique interarmes ou d’une brigade interarmes, explique le général Barrera. Il effectue des missions de reconnaissance de terrain, d’axes et d’itinéraires, d’observation, de surveillance et de détection, localisation et désignation de cibles. Le SDT, rapide et pratique, rejoindra en une demi-heure sa zone de 150 km de diamètre et pourra y rester plus d’une dizaine d’heures à 1.900 m d’altitude. Avec des livraisons en 2018 et 2019, les SDT entreront en service opérationnel en 2020, date de retrait des SDTi. Le SDT complète les drones au contact (DRAC) et MALE (moyenne altitude longue endurance). Le DRAC, auquel succèdera le SMDR (système de mini-drone de reconnaissance), constitue les jumelles déportées du combattant pour les missions de reconnaissance et d’appui renseignement après un accrochage ou une embuscade. Lançable à bout de bras  et destiné aux armes de mêlée et aux forces spéciales, il évolue pendant 2 heures à 100 m d’altitude sur une zone de 15-20 km de diamètre. Le SMDR, dont 30 exemplaires seront livrés en 2018, permettra de voir, par exemple, les manœuvres d’un groupe adverse. Le drone MALE Harpang, déployé en Afghanistan, puis le Reaper en service dans la bande sahélo-saharienne et, à terme, le drone européen assurent des missions de surveillance et de reconnaissance dans la profondeur. Volant à 3.500 m d’altitude sur une zone de 1.000 km de diamètre, ils permettent l’anticipation des menaces d’un théâtre d’opération, le ciblage d’objectifs et l’évaluation des effets d’une action. A terme, les drones pourront effectuer des vols d’entraînement dans des « espaces ségrégués » au-dessus du territoire national. Des recherches sont en cours sur les mesures de sécurité à prendre.

Loïc Salmon

Le 61ème Régiment d’artillerie (drones et imagerie)

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Défense et sécurité : les enseignements de la contre-insurrection

Dans la lutte contre le terrorisme sur le territoire national, les règles d’ouverture du feu des forces de sécurité sont régies par la nécessité et la proportionnalité. Dans les opérations extérieures, les forces militaires appliquent le droit des conflits armés.

Ce thème a fait l’objet d’un colloque organisé, le 2 mars 2016 à Paris, par l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire. Y sont notamment intervenus : Louis Gautier, secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale ; la professeure Alya Aglan, Université de Paris I ; le professeur Douglas Porch, Université de Californie (États-Unis) ; le docteur Élie Tenenbaum, Institut français des relations internationales.

La France occupée (1940-1944). L’armistice du 22 juin 1940 entre la France et l’Allemagne ne vaut pas la paix et la seconde guerre mondiale est également une guerre de subversion, explique Alya Aglan. L’Allemagne limite les effectifs de l’armée française à 100.000 hommes, fixe la ligne de démarcation entre les zones Nord et Sud et déclare « zone interdite » la façade maritime atlantique. Le haut commandement militaire allemand détient l’autorité en matière de défense et de sécurité. Le régime de Vichy veut la paix pour continuer à exister dans le Reich, censé durer 1.000 ans. Il collabore avec lui par sa police et son administration et instaure le Service du travail obligatoire en Allemagne. Sont déclarés ennemis intérieurs : les juifs ; les francs-maçons ; les « dissidents » de la France Libre, après la déchéance de nationalité du général De Gaulle pour désertion ; les communistes, après l’invasion de l’URSS en 1941. Une justice préventive sous juridiction militaire allemande et une répression par des polices spécialisées sont mises en œuvre. Les miliciens français président les cours martiales et gèrent les prisons. Les Waffen SS assurent le maintien de l’ordre dans toute l’Europe, avec opérations aériennes et infiltrations des maquis pour réduire les mouvements de résistance. La politique allemande vise à créer des liens de sang entre puissance occupante et pays occupés. Il s’ensuit une confusion entre les domaines civil et militaire ainsi que sur le plan idéologique : ceux qui sont considérés comme ennemis ne sont plus protégés par le droit des conflits armés. En conséquence, la notion de défense va fusionner les objectifs politiques et militaires. Enfin, les intérêts de toutes les parties convergent sur l’empire colonial français : Vichy entend y conserver sa souveraineté ; l’Allemagne veut le mettre au service des forces de l’Axe ; le gouvernement de la France Libre s’y constitue une assise territoriale avec la création du Conseil de défense de l’Empire en octobre 1940.

Les guerres irrégulières (1945-1975). La police maintient l’autorité publique et la paix civile dans la cité, conformément au droit, et l’armée a pour mission de détruire l’ennemi, rappelle Élie Tenenbaum. Pendant les guerres de libération nationale, les forces de police se sont trouvées en première ligne, face aux mouvements clandestins. En France, la loi martiale et l’état de siège prévoient le transfert des pouvoirs de police aux armées en cas de guerre étrangère ou d’insurrection armée. Toutefois, en 1948, la Grande-Bretagne a préféré décréter l’état d’urgence lors de l’insurrection communiste en Malaisie : l’armée est intervenue en appui et non à la place de la police et sous autorité civile. Une branche particulière de la police était chargée d’infiltrer les réseaux clandestins et de surveiller les sociétés secrètes. La CIA américaine a fait de même parmi les mouvements paramilitaires vietnamiens. L’administration coloniale française en Afrique du Nord ne disposant que de 7.000 policiers, le gouvernement y a envoyé 80.000 soldats de l’armée de Terre, au début de l’insurrection en Algérie en 1954. La contre-guérilla, qui nécessite reconnaissance et mobilité, est confiée à la Légion Étrangère, aux troupes de Marine et aux parachutistes. Elle s’accompagne d’une action psychologique et d’une politique sociale envers la population. En 1956, la Chambre des députés vote le transfert des pouvoirs de police à l’armée et subordonne la police à la hiérarchie militaire. Leur suspension l’année suivante n’empêchera pas le « pseudo coup d’État » de 1958 et le putsch des généraux de 1961. Par crainte des rebellions communistes, les coups d’État se sont succédé au Viêt Nam et en Amérique latine jusqu’aux années 1970.

Idéologie et technologie. Les doctrines de contre-insurrection, mises en œuvre depuis le XIXème siècle par la France, la Grande-Bretagne et les États-Unis ont échoué, estime Douglas Porch. Ces trois puissances ont proposé un modèle universel à des sociétés qu’elles voulaient moderniser. Le lien entre mondialisation et démocratie a remplacé le concept de pacification. Les méthodes étatiques contre les mouvements de libération sont longtemps restés les mêmes : bouclage et ratissage de zones ; bienveillance de l’Occident pour gagner l’adhésion des populations locales. Les soldats de la guerre conventionnelle ont dû affronter des combattants organisés selon une doctrine politique. Or la contre-insurrection, forme particulière de la guerre, nécessite  des forces spécialement formées et entraînées. La conduite de la guerre du Viêt Nam par les civils a été ressentie, par les chefs militaires américains, comme un coup de poignard dans le dos. Ils ont obtenu la suppression de la conscription, au motif que les appelés se battaient mal et écrivaient à leurs députés. Depuis 1984, les États-Unis n’interviennent militairement que si les conditions de succès semblent remplies par la haute technologie, qui doit permettre de vaincre avant que le conflit ne s’enlise et prenne une ampleur politique. L’administration Bush a cru que les conflits en Afghanistan et en Irak se régleraient rapidement. A la suite de ces échecs, l’administration Obama a misé sur les drones et les opérations spéciales. Le président désigne lui-même les cibles de la semaine, comme Lyndon Johnson au temps de la guerre du Viêt Nam. Selon Douglas Porch, cela encourage l’anarchie et le déplacement du conflit sur d’autres théâtres. En outre, il s’ensuit des tensions entre le personnel politique et les militaires et une manipulation de l’opinion publique.

Loïc Salmon

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États-Unis : une politique ambiguë de défense et de sécurité

Adversaire « hybride » : une menace élargie

Selon Louis Gautier, l’extension des flux et la dislocation des frontières physiques ont facilité les migrations, dont certains pays européens se prémunissent en les rétablissant à l’intérieur même de l’espace Schengen. La mondialisation a distendu le lien entre activité économique et nationalité. Daech, fort de son ancrage territorial en Syrie et en Irak, développe sa capacité à radicaliser de jeunes occidentaux, les former et les renvoyer dans leurs pays d’origine perpétrer des attentats. En France, les divers services de renseignement sont mobilisés pour la prévention, la protection et la lutte contre le terrorisme. Cette dernière a nécessité le redéploiement de l’armée de Terre sur le territoire national pour en assurer la cohésion et la sécurité, en cohérence avec l’armée de l’Air (espace aérien) et la Marine (approches maritimes). Cela implique une harmonisation des équipements et des règles d’ouverture du feu entre les forces armées et celles de sécurité (police, gendarmerie et douane).