Cyber : nouvelle doctrine pour la lutte informatique

Après la terre, la mer, l’air et l’espace, compétition et conflictualité entre nations s’étendent au cyberespace, en raison de l’utilisation croissante des données numériques. Les risques induits de désorganisation massive renouvellent la pensée stratégique.

Le général François Lecointre, chef d’Etat-major des armées (CEMA), l’a expliqué le 18 janvier 2019 à Paris, à l’occasion de la publication, par le ministère des Armées, de deux documents sur la lutte informatique.

Démultiplicateur d’effet. La capacité à conduire des opérations militaires dans le cyberespace permet d’obtenir certains avantages sur les théâtres où sont engagées les armées, explique le CEMA. La lutte informatique offensive (LIO) intervient dans la manœuvre opérationnelle interarmées globale (niveau stratégique) et dans la manœuvre des composantes d’armées sur les théâtres d’opérations (niveau tactique). Elle profite de la mise en réseau croissante de l’ensemble des systèmes militaires et permet de tirer parti des vulnérabilités des systèmes numériques adverses. Or les contours et la structure du cyberespace évoluent sans cesse au gré des actions humaines, volontaires ou non. Milieu très complexe, ce dernier présente un caractère englobant avec des ramifications sur terre, dans l’air, en mer et dans l’espace. Il entraîne une dilatation de l’espace et une contraction du temps, car la cyberattaque produit des effets dans les champs virtuel et physique en une fraction de seconde. En outre, l’irrégularité des cyberattaques favorise les actions de guérilla ou de harcèlement. D’abord, la faible traçabilité des cyberattaques les rend difficilement « attribuables » (par des preuves ou un faisceau d’indices sur leur auteur). La maîtrise du cyberespace, très difficile à conserver dans la durée, constitue une vulnérabilité en raison de son étendue et de sa complexité. Enfin, les acteurs non étatiques et les petits Etats y ont facilement accès, car un outil de LIO peut être volé, copié ou imité. En outre, il dispose rarement des contraintes associées à des armes du haut du spectre et réservées aux Etats dotés d’une certaine maturité technologique. Ces caractéristiques imposent maîtrise et contrôle stricts du choix des modes d’action et de l’utilisation des moyens de LIO, souligne le CEMA (voir plus loin « Maîtrise des risques »). Les opportunités d’actions de la LIO résultent de la structure du cyberespace en trois couches : physique (équipements et réseaux) ; logique (données et flux d’échanges) ; sémantique et sociale (adresses IP et de messagerie). Cette palette d’actions numériques modulables se combine et, si nécessaire, se substitue aux autres capacités militaires de renseignement, de défense et d’action. Il s’agit d’abord de caractériser et d’attribuer les systèmes adverses, identifier l’attaquant et contrer la désinformation. De plus, il faut surveiller l’adversaire, intervenir dans l’espace numérique en cas d’intrusion et riposter en perturbant ou neutralisant ses capacités militaires, conformément au code français de la défense (article L.2321-2). Appuyée sur des savoir-faire « sensibles », la LIO contribue à la souveraineté nationale. Créé en 2017, le Commandement de la cyberdéfense planifie, coordonne et met en œuvre la LIO au profit de la manœuvre interarmées. En outre, il développe et anime le volet LIO de la coopération militaire avec les pays alliés, dans le cadre d’accords techniques. En 2016, les membres de l’OTAN ont signé l’engagement à se doter de moyens cyber, intitulé Cyber Defense Pledge, en vue d’assurer leur sécurité individuelle et collective. La France et ses principaux partenaires se sont engagés à partager les effets produits par leurs moyens propres de LIO à des fins de défense et d’opérations militaires collectives, mais en gardent la maîtrise et le contrôle national qui relèvent de leur souveraineté.

Maîtrise des risques. Le document Eléments publics de doctrine militaire de lutte informatique offensive précise que l’emploi de la LIO exige la maîtrise des risques politique, juridique et militaire dans toutes ses phases. Comme chaque opération militaire, la LIO implique l’acceptation du risque par l’échelon décisionnel, déterminée par : les principes de proportionnalité, distinction et discrimination ; le rapport coût/efficacité ; la situation opérationnelle ; le contexte politique général. Les risques liés à son emploi proviennent d’abord des caractéristiques propres au cyberespace : immédiateté de l’action ; dualité des cibles ; hyperconnectivité. Pour maîtriser les risques de détournement et préserver l’efficacité de la LIO, toutes les actions numériques menées par les forces armées françaises demeurent secrètes. Toutefois, selon les circonstances, les autorités politiques et militaires peuvent les assumer publiquement ou même les revendiquer. Une telle décision correspond au risque que représente la vulnérabilité inhérente à la forte numérisation des moyens de fonctionnement du pays.

Résilience permanente. Le document Politique ministérielle de lutte informatique défensive présente la « posture permanente de cyberdéfense » (PCC) pour le ministère des Armées, à savoir l’ensemble des dispositions dans le continuum « paix-crise-guerre ». Dès le temps de paix, les cyberattaques, cycliques ou soudaines et de gravité variable, imposent en effet une vigilance permanente. La revue stratégique de cyberdéfense de février 2018 a établi un classement qui prend en compte : l’importance de l’impact d’une cyberattaque qualifiée de « négligeable » à « extrême » ; la possibilité de la caractériser juridiquement comme une « agression armée ». La PCC identifie quatre niveaux de menace : « jaune » et « orange » pour les risques plus ou moins importants ; « rouge » pour les risques hostiles jugés plausibles ; « écarlate » pour les risques majeurs et simultanés. Cette échelle associe niveau de menace et objectifs de protection des systèmes. En complément, un stade d’alerte « vigilance », « renforcé » ou « crise » précise si l’attaque est à venir ou en cours afin d’adapter les mesures à prendre, qui varient d’une zone ou d’un domaine particulier à l’autre.

Loïc Salmon

Selon le ministère des Armées, la lutte informatique offensive à des fins militaires recouvre l’ensemble des actions entreprises dans le cyberespace, conduites de façon autonome ou en combinaison des moyens militaires conventionnels. L’arme cyber vise, dans le strict respect des règles internationales, à produire des effets à l’encontre d’un système adverse pour en altérer la disponibilité ou la confidentialité des données. Le Commandement de cyberdéfense (Comcyber) assure l’ensemble des actions défensives et offensives dans le cyberespace, pour garantir le fonctionnement du ministère et l’efficacité des forces armées pour le déroulement des opérations militaires, à tous les niveaux. Sous l’autorité du président de la République et du chef d’Etat-major des armées, il agit en cohérence avec les états-majors interarmées, des armées de Terre et de l’Air, de la Marine nationale, et des forces spéciales ainsi qu’avec les services de renseignement. Pour la cyberdéfense quotidienne, le Comcyber se coordonne avec l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information.

Cyber : capacité interarmées, niveaux stratégique et tactique

Cyberdéfense : placer l’excellence militaire au service de la nation

Cyber : le combat numérique, nouvelle dimension militaire




Espace : nouveau théâtre des opérations militaires

L’autonomie d’accès à l’espace permet d’apprécier une situation et d’entrer en premier sur un théâtre, grâce aux renseignements image et électromagnétique, à des communications sécurisées et à une navigation précise pour la mise en œuvre des systèmes d’armes et d’armements guidés.

Savoir-faire et expertise. Le 19 décembre 2018, la mise en orbite du premier satellite de la Composante spatiale optique (CSO) a été suivie en direct à l’Ecole militaire à Paris (photo). Elle a nécessité le renforcement de l’opération « Titan » de sécurisation du centre spatial guyanais. Pendant 15 jours, ce dernier a été protégé par une « bulle » pour détecter, dérouter ou neutraliser tout intrus. « Titan » a engagé 575 militaires : patrouilles à terre et en hélicoptère ; un patrouilleur de haute mer ; deux Rafale ; un avion ravitailleur C135 ; un avion d’alerte avancée AWACS. Le même jour, Florence Parly, ministre des Armées, a annoncé le lancement, en 2020, de trois satellites du programme CERES (capacité d’écoute et de renseignement électromagnétique et spatial) pour détecter les centres de commandement et les flottes ennemies. Il sera suivi, d’ici à 2022, de celui des deux premiers satellites de télécommunication sécurisée Syracuse 4, en remplacement des deux satellites Syracuse 3, pour compléter les stations sol et répondre aux besoins accrus en termes de débit, d’utilisation tactique des stations, de capacité à communiquer en mouvement et d’interopérabilité avec l’OTAN. Un troisième satellite sera commandé en 2023, pour répondre aux besoins croissants et spécifiques des plates-formes aéronautiques d’ici à 2030. La ministre des Armées a mis en garde : « Le ciel est devenu un espace de rivalité, de confrontation. Les actes inamicaux s’y multiplient, l’espionnage peut s’y faire, de nouveaux acteurs y ont accès, tandis que, sur le sol, les puissances développent des capacités antisatellites. Il nous faut surveiller plus et mieux nos satellites. Il nous faut connaître parfaitement les objets qui les entourent, qui croisent leurs trajectoires. Il nous faut une cartographie parfaite du ciel. Il nous faut décourager quiconque voudrait s’attaquer à nos satellites. » Le premier satellite CSO a été mis en orbite par une fusée russe Soyouz. Toutefois, pour éviter toute dépendance étrangère dans la conduite des opérations militaires, a précisé la ministre, ArianeGroup et le Centre national d’études spatiales vont développer, d’ici à 2020, le lanceur Ariane 6 qui devrait mettre en orbite le troisième satellite CSO l’année suivante. La loi de programmation militaire 2019-2025 prévoit le développement de la coopération avec des partenaires stratégiques, notamment européens, dans le domaine spatial. Les programmes successeurs des satellites CSO et CERES seront lancés en 2023. Pour la surveillance de l’espace, les moyens radar de veille GRAVES (opérationnel depuis 2004) et de poursuite SATAM (2003) des orbites basses des satellites espions seront modernisés. La capacité des orbites hautes sera consolidée. La version améliorée du Système d’information spatiale sera déployée en 2019, pour renforcer la capacité d’élaboration de la situation dans l’espace. Le programme Omega va moderniser les équipements de navigation par satellite des armées à partir de 2024. Résistant aux interférences et au brouillage, il apportera une capacité autonome de géolocalisation par l’utilisation simultanée des signaux des systèmes américain GPS et européen Galileo.

Imagerie opérationnelle. Les armées françaises en opération recourent aux systèmes Syracuse, Pléiades (2 satellites optiques d’observation de la terre à destination civile et militaire), Hélios II (2 satellites optiques), SAR-Lupe (5 satellites radar allemands), COSMO-SkyMed (4 satellites radar italiens) et CSO (3 satellites optiques prévus). Le cycle commence par une demande d’images des troupes au sol sur une zone d’intérêt au poste de commandement du théâtre d’opérations (PC théâtre). Ce dernier dirige un drone sur la zone via un satellite de télécommunications, mis en œuvre par la Direction interarmées des réseaux d’infrastructure et des systèmes d’information. Le drone transmet images et vidéos en temps réel. En outre, le PC théâtre sélectionne le capteur spatial le plus approprié et effectue la demande via Syracuse ou les systèmes de télécommunications franco-italiens Sicral (1 satellite) et Athena-Fidus (1 satellite). La Direction du renseignement militaire valide la demande dans le plan de programmation. Puis le Centre militaire d’observation par satellites (CMOS) la relaie vers SAR-Lupe et COSMO-SkyMed ou vers le Centre national d’études spatiales (CNES), opérateur des systèmes français d’observation optique. Ce dernier télécharge alors les plans de programmation de Pléiades, d’Hélios II et de CSO. Le CMOS collecte toutes les prises de vues satellitaires et les transmet immédiatement au PC théâtre pour appréciation. En cas d’intervention, les données sont transmises à l’avion chargé de traiter l’objectif.

« New Space ». Entre le lancement de CSO1 et sa mise en orbite, une table ronde sur le « New Space » a réuni, à l’Ecole militaire, un colonel du Commandement interarmées de l’espace et des ingénieurs de la Direction générale de l’armement, du CNES, d’Airbus Defence and Space et de Thales Alenia Space. Le « New Space », industrie spatiale américaine privée, rend l’espace accessible à des technologies issues du numérique, des « Big Data » et de l’aéronautique, mais aussi à des acteurs non étatiques dont les « Gafa » (Google, Apple, Facebook et Amazon). Leurs gros investissements (2-2,5 Md$) facilitent les fabrications de satellites en grande série, plus vite et moins cher. Les constellations de nanosatellites entraînent un changement d’échelle par la possibilité de millions, non plus d’images mais « d’informations d’images ». Ces offres diversifient les achats d’images et de services, raccourcissant ainsi le temps d’acquisition de capacités de renseignement par un acteur non étatique. Mais, la « fraîcheur » des images, primant sur la qualité, nécessite une capacité souveraine par le CSO, complétée par des services civils. Le traitement des images pourra bientôt être effectué à bord de satellites à images diversifiées : optiques et vidéos ; radar ; infrarouge. Ces futurs satellites auront une durée de vie plus courte, pour profiter des technologies émergentes, et nécessiteront des opérateurs de confiance.

Loïc Salmon

Le système Composante spatiale optique (CSO) s’articule en trois éléments. La partie spatiale comprend les satellites CSO-1, CSO-2 et CSO-3. Le segment sol mission (SSM) assure le contrôle des satellites. Le segment sol utilisateur (SSU) prépare les demandes de programmation des satellites et récupère les images correspondantes. CSO, SSM et SSU ont été développés en garantissant, dès leur conception, un très haut niveau de sécurité, notamment contre les cyberattaques. Le programme CSO a ainsi nécessité la mise au point d’équipements spécifiques : boîtiers « chiffre » pour la protection cryptographique des communications avec les satellites ; passerelles multi-niveaux pour le contrôle des échanges informatiques avec le monde extérieur.

Espace : CSO, renouvellement des moyens militaires français

Défense : l’ONERA, acteur majeur de l’innovation

Défense : l’essor du numérique sur le champ de bataille




Armée de l’Air : anticipation, audace et créativité

Les capacités de décider et de gérer l’aléatoire entrent dans la formation des cadres de l’armée de l’Air, qui devra créer compétences et scénarios pour les missions du futur, plus complexes.

Ces questions ont fait l’objet du colloque qu’elle a organisé le 29 novembre 2018 à Paris. Y sont notamment intervenus : le chef d’état-major de l’armée de l’Air (CEMAA), le général d’armée aérienne Philippe Lavigne ; Olivier Zadec, maître de conférences, université Lyon 3 « Jean Moulin » ; le général de brigade aérienne Frédéric Parisot, sous-chef d’état-major « préparation de l’avenir » ; le lieutenant-colonel Anne-Laure Michel, directrice générale de la formation militaire à l’Ecole de l’air de Salon-de-Provence (photo).

Projets structurants 2019-2025. Dans le document « Plan de vol » de l’armée de l’Air présenté lors du colloque, le CEMAA avertit que l’emploi de la puissance aérienne pourrait se trouver, à terme, entravée par la contestation croissante du milieu aérien. Cela résulte du durcissement de la dynamique des Etats puissances (Russie et Chine) et des organisations non étatiques ainsi que de la fragilisation des mécanismes de régulation internationaux. Le « Plan de vol » s’inscrit dans la remontée en puissance de l’armée de l’Air, initiée par la loi de programmation militaire 2019-2025. Il doit lui permettre de garder un temps d’avance et de conserver à la France une position forte sur la scène internationale. L’armée de l’Air assure en permanence la maîtrise du domaine aérien et spatial ainsi que la composante aérienne de la dissuasion nucléaire, avec la Marine nationale. Ses modes d’action vont du recueil de renseignement au déploiement de forces terrestres et de la destruction des moyens militaires adverses aux missions humanitaires. La puissance permet de conserver l’avantage en opération, souligne le CEMAA. Elle se combine avec une « agilité », accrue notamment par : l’avion de ravitaillement en vol et de transport stratégique Phénix ; le commandement des opérations aériennes « JFAC France » dans le cadre de l’OTAN ; les opérations spatiales ; le Rafale au standard F3-R, équipé du missile air-air longue portée Meteor, de la nacelle de désignation d’objectif Talios et de la version à guidage terminal laser de l’armement air-sol modulaire, adapté aux cibles mobiles ; le drone Reaper armé ; les capacités de lutte contre le déni d’accès à un théâtre ; la modernisation de la composante nucléaire aéroportée ; le système franco-allemand de combat aérien futur. Lors d’une rencontre avec la presse, le CEMAA a indiqué que l’avion de transport tactique A400M est en train d’acquérir les capacités d’atterrissage sur terrain sommaire et de largage de parachutistes par la porte arrière (ouverture commandée) et par les portes latérales (ouverture automatique). En outre, le ravitaillement en vol d’hélicoptères, qui leur permettra d’aller plus loin dans la profondeur, évitera d’installer des plots de ravitaillement au sol. Il réduira d’autant « l’empreinte au sol » des forces spéciales, qui imaginent l’usage de certains équipements pour répondre aux menaces existantes ou futures. Par ailleurs, « agilité » et « audace » induisent le décloisonnement des organisations et le recours aux « Big data » (mégadonnées), à l’intelligence artificielle (IA, transformation numérique) et à la connectivité. Sont ainsi concernés : le combat aérien ; la capacité de l’hélicoptère lourd ; l’action aérienne de l’Etat ; le Rafale au futur standard F4, successeur du F3-R à partir de 2025, équipé d’un système de reconnaissance capable de trier en direct les éléments d’intérêt militaire ; l’avion léger de surveillance et de reconnaissance ; la capacité universelle de guerre électronique, à savoir trois avions de renseignement stratégique livrables entre 2025 et 2027. Enfin, la coopération en interalliés porte sur l’interopérabilité entre les armées de l’Air française, américaine et britannique ainsi que sur l’installation d’un escadron de transport franco-allemand de six Hercules C-130J à la base d’Evreux.

Complexité et accélération. La complexité politique d’un conflit, consécutive à la culture et à l’Histoire, s’inscrit dans le temps long, explique Olivier Zadec. Elle inclut le temps réel des opérations, avec des lignes de réaction politiques à prévoir. Il s’agit de trouver l’équilibre entre le temps prévisible et le temps imprévu. La transformation de très nombreuses données en connaissance entre dans l’accélération de la boucle décisionnelle, en vue de réduire l’adversaire. L’OTAN a fabriqué de l’interopérabilité mais laisse l’indispensable autonomie de décision. Or la réactivité se vit au quotidien avec une action sur court préavis, rappelle le général Parisot. Les frappes en coalition se décident en quelques heures. Les avions peuvent décoller entre 2 et 7 minutes, avec la capacité de rappel pour un raid limité au résultat le plus significatif. La réussite de la mission rend impératif le recours à l’innovation technologique. L’IA prépare les informations utiles, complétées par celles de l’état-major, et présente des options au chef, qui décidera en toute connaissance de cause. Ainsi, au Levant, indique le général Parisot, média et réseaux sociaux influencent le rythme des opérations. En effet, une mission peut être interrompue à la suite d’une information, dont la vérification fera perdre du temps. Seul un modèle d’armée complet permet de trouver une place dans une coalition, mener une action autonome et disposer d’une certaine masse pour rester longtemps sur plusieurs théâtres et affronter une menace nouvelle, souligne le général. Enfin, le maintien de la supériorité opérationnelle, par l’innovation technologique, répond à l’ambition de pouvoir, en permanence, entrer en premier sur un théâtre, capacité des seules forces armées américaine, britannique et française.

Loïc Salmon

Le taux de féminisation dépasse 20 % dans l’armée de l’Air et dans son Ecole de Salon-de-Provence. Quoique toutes les spécialités soient ouvertes aux femmes, faute de volontaires aux aptitudes suffisantes, elles ne sont que 12 pilotes de chasse, dont le lieutenant-colonel Anne-Laure Michel. Selon elle, les élèves de l’Ecole de l’air, âgés de 18 à 30 ans, ultra-connectés car nés à l’ère du numérique et des réseaux sociaux, s’adaptent vite à la formation scientifique et technique dispensée. Une « smart school » ou formation à la carte, via la communication par internet, est en cours ainsi que des licences d’excellence sur le cyber, l’espace et les drones. Tout au long de sa carrière, un officier pourra accéder à son « passeport numérique de compétences ». La préparation au commandement consiste à faire prendre conscience de l’engagement en alliant compétences et qualités humaines pour obtenir l’adhésion des équipiers. Par exemple, lors de l’opération « Pamir » en Afghanistan (2001-2014), une mission de 6 heures, avec ravitaillements en vol dans un environnement hostile avec tirs possibles de missiles sol-air, était toujours dirigée par un « leader » apportant précision et audace. L’incertitude fait partie du métier de pilote de chasse, qui doit prendre la bonne décision au bon moment pour remplir sa mission. Les exercices interalliés permettent d’élaborer des méthodes communes par un travail « collaboratif », en vue d’une opération ultérieure en coalition.

Armée de l’Air : l’humain, les opérations et la modernisation

Armée de l’Air : le combat numérique au cœur des opérations




Marines : innovations et ruptures capacitaires

La conception de systèmes navals modulaires, selon une ligne de produits avec des mises à niveau dans le temps court, permet d’intégrer les innovations, y compris celles du monde civil, au cours de leur longue vie opérationnelle.

Cette évolution et les ruptures technologiques possibles ont été abordées au cours d’un colloque organisé, le 22 octobre 2018 à Paris, par le Groupement des industries de construction et activités navales (GICAN) et la Fondation pour la recherche stratégique (FRS). Y sont intervenus : l’ingénieur général (2S) Joël Barre, délégué général pour l’armement ; Eric Papin, directeur technique chez Naval Group ; Philippe Gros, maître de recherche à la FRS.

Contexte techno-économique. L’identification des rythmes technologiques permettra de planifier l’innovation à l’horizon de 15-20 ans, explique Joël Barre. La Direction générale de l’armement (DGA) travaille avec les armées pour analyser les menaces et les nouvelles technologies. Les industriels y sont ensuite associés pour identifier les futurs systèmes d’armes et déterminer le juste besoin pour mieux préparer les programmes. La nouvelle Agence de l’innovation de défense (AID) vise à concrétiser les inventions d’opportunité dans ce qui n’est pas inclus dans la feuille de route, pour gagner en performance en raccourcissant les délais. Son « Innovation Défense Lab » va identifier les innovations du monde civil intéressant les armées et accélérer leur intégration dans les systèmes militaires existants ou les programmes futurs. Relié aux laboratoires des armées, il travaillera en réseau pour les expérimentations rapides sur des créneaux à haute valeur ajoutée. La DGA soutient les petites et moyennes entreprises, soit 80 % des membres du GICAN. Son dispositif RAPID (Régime d’appui pour l’innovation duale), d’un montant annuel de 50 M€ depuis 2016, s’accompagne d’un fonds de la DGA de 10 M€ pour les protéger dans la guerre économique. En outre, seront créés des « Clusters régionaux d’innovation », à rapprocher du Centre technique de la DGA pour démultiplier localement l’action de l’AID. Les études amont analysent les ruptures capacitaires et trouvent les innovations pour répondre aux besoins d’une force navale, à savoir le combat aéromaritime, le sauvetage aéronautique, la guerre électronique et l’action sous-marine. Le drone naval va détecter et identifier la menace, qui sera neutralisée à distance de sécurité par un robot. Les audits techniques majeurs donnent l’occasion d’améliorer encore les performances par de nouveaux capteurs et radars.

Perspectives technologiques. Tous les 2-3 ans apparaît une nouvelle technologie à installer sur une frégate, qui a nécessité 10 ans d’études et de construction et doit rester 30 ans en service, souligne Eric Papin. La capacité opérationnelle d’un navire repose sur sa supériorité en matière d’information, d’engagement armé et de durée à la mer pendant plusieurs mois, avec une empreinte environnementale la plus faible possible. La capacité opérationnelle d’une force navale englobe l’évaluation de la situation tactique par des multi capteurs, la gestion dynamique des communications, la mise en œuvre coordonnée et « collaborative » des systèmes d’interception, drones et armes autonomes. Pour conserver l’avantage face aux différentes menaces, cette capacité doit : assurer la furtivité des navires dans un environnement hostile ; leur constituer un véritable bouclier de protection ; se préparer aux attaques asymétriques et aux cyberattaques ; résister aux combats et agressions d’origine maritime. L’amélioration de l’autonomie en énergie passe par : la mutualisation des sources ; un stockage sûr, dense et optimisé ; une distribution par un réseau ouvert, fiable, sûr et respectueux de l’environnement ; une consommation optimisée ; un système de gestion simple et adaptable. Les équipages deviendront plus autonomes sur des navires plus complexes et davantage disponibles à la mer, grâce à une maintenance prévisible et une aide à distance. La conception du navire du futur, connecté et cybersécurisé, doit optimiser l’intégration des senseurs et des systèmes d’armes. Il s’agit de rendre accessibles les solutions technologiques indispensables aux besoins opérationnels. L’évolution des capacités opérationnelles et l’intégration de nouveaux services seront prises en compte tout au long de la vie du navire.

Armes laser pour combat naval. Arme à énergie dirigée, le laser va révolution-ner le champ de bataille, mais n’est pas encore opérationnel à grande échelle, indique Philippe Gros. Son faisceau lumineux, produit par une réaction chimique ou électrique, perfore certains types de matériaux en une seconde et à plusieurs kilomètres. Arme d’auto-défense d’un navire, le laser permet de neutraliser vedettes rapides et drones et de se défendre contre des menaces hybrides. Sur le plan stratégique, Etats-Unis, Russie, Chine, Iran, Corée du Nord et organisations terroristes s’intéressent à son développement, induisant une prolifération des drones armés, moyens de déni d’accès et d’interdiction de zone, systèmes de reconnaissance et de frappes de précision. Devant l’érosion de leur supériorité militaire, les Etats-Unis y voient un avantage compétitif, grâce aux progrès considérables réalisés depuis dix ans. Ils comptent en acquérir pour leurs navires de surface dans les cinq prochaines années. En Chine, le laser fait l’objet de recherches depuis une quarantaine d’années, sans confirmation dans le domaine naval. En outre, il se trouve en concurrence avec d’autres systèmes d’arme et manque de financement et de moyens industriels pour sa réalisation. En Grande-Bretagne, le groupe international MBDA développe un laser d’une puissance de 50 KW dont les essais au sol et à la mer débuteront en 2019. A titre indicatif, un laser de 10 KW à 150 KW peut détruire des cibles non « durcies ». Mais il lui faut une puissance de 150 KW à 500 KW pour neutraliser un avion de chasse, une roquette ou un obus. Il doit monter de 500 KW à 1 MKW pour « tuer » un missile de croisière supersonique, un satellite en orbite basse ou un missile balistique en phase d’accélération.

Loïc Salmon

Lors de la 50ème édition du salon Euronaval tenu en banlieue parisienne du 23 au 29 octobre 2018, la France et l’Italie ont conclu un accord bilatéral portant sur la construction de quatre bâtiments logistiques (programme FLOLOG) à double coque et conformes aux standards internationaux les plus élevés. Remplaçant les unités à simple coque, ils ravitailleront en carburants, munitions, pièces de rechange et vivres les porte-avions, frégates et bâtiments de projection et de commandement déployés en haute mer. Les quatre navires français, dont deux livrés d’ici à 2025, reprennent la conception du Vulcano italien, en cours de construction, en y apportant les modifications nécessaires au soutien du groupe aéronaval, centré sur le porte-avions à propulsion nucléaire Charles-de-Gaulle. La France et l’Italie ont construit en coopération les frégates multi-missions (FREMM) et le système de défense aérienne FSAF (famille de missiles sol-air futurs). Elles se sont associées à d’autres pays pour la réalisation du drone moyenne altitude longue endurance MALE-RPAS et du programme de radio-logicielle ESSOR.

Marines : outils de combat et affirmation de puissance

Marine nationale : le fait nucléaire, dissuasion politique et actions militaires




Défense : innovation, des satellites aux minidrones

La Direction générale de l’armement, le Centre national d’études spatiales (CNES), les armées et divers industriels mettent au point des technologies et produits innovants et à des coûts très inférieurs à ceux des matériels existants.

Quelques projets ont été présentés lors du Forum Innovation Défense, tenu à Paris du 22 au 24 novembre 2018.

Communication par satellite. Certains bâtiments de la Marine nationale disposent de deux moyens de communications satellitaires avec son centre de commandement à terre, mais exploités de façon alternative avec des architectures complexes, hétérogènes et conçues séparément. L’innovation consiste à optimiser l’exploitation des ressources satellitaires en utilisant les deux moyens simultanément. La reconfiguration logicielle de l’équipement réseaux à bord permet une utilisation de mécanismes de routages agiles. Outre l’augmentation du débit global du bâtiment, la redondance automatique facilite la résilience des flux lors d’une avarie de l’un des réseaux satellitaires, (photo). Le développement d’une interface homme-machine en simplifiera la mise en œuvre à bord du porte-avions Charles-de-Gaulle, des bâtiments de projection et de commandement et des frégates multi-missions. L’antenne de communication satellitaire à haut débit « SAKaR » transmet à grande distance des informations sensibles et sécurisées entre un avion de chasse Rafale et son centre de commandement, qui reçoit en temps réel les données recueillies par les capteurs embarqués. Cela raccourcit la boucle décisionnelle de la réaffectation de mission ou du partage de la situation tactique. Cette antenne, compatible avec le futur système de communication satellitaire « Syracuse IV », peut s’orienter vers différents satellites. Adaptable sur d’autres avions et des hélicoptères, SAKaR présente un encombrement réduit et une haute résistance à un environnement sévère. En octobre 2019, le CNES va lancer le nanosatellite « Angels » de moins de 50 kg, dix fois moins volumineux et consommant trois fois moins d’énergie que les satellites actuels. Des essaims de centaines de nanosatellites, regroupés en constellations, survoleront la même zone terrestre plusieurs fois par jour.

Systèmes de drones. Le drone « Corvus », issu des technologies civiles, s’adapte au déploiement d’un groupe de combat des forces spéciales. Ses innovations incluent : modularité, évolution et mise à jour aisée ; réduction du délai de remplacement des pièces en limitant les opérations de soutien. Outre la surveillance aérienne, il s’applique notamment à la sécurité civile, en cas d’accident ou de catastrophe naturelle, et à la recherche et au sauvetage. Le drone « DPCV » consiste en une plateforme amovible multi-charges avec une imprimante 3 D, qui reproduit rapidement les pièces nécessaires. Il permet : un marquage de zone, par des commandos de l’Air du CPA 10, au profit de « l’action feu » ; des opérations d’influence (épandage de tracts) ; un appui aux opérations (dépose ou largage de moyens relais ou de balises). Avec son système de navigation autonome et sa transmission « double flux vidéo » en temps réel, le « DROSBA » simplifie la surveillance d’une base aérienne, en coordination avec le contrôle aérien, ou celle d’un site sensible, militaire ou civil. Consommable, le drone de reconnaissance « AR-22 » empêche la traçabilité de son porteur et transmet en direct sur 40 km. Le drone «V-COAX », équipé de capteurs électronique et optronique  avec fusion des données, dispose d’une heure d’autonomie pour un poids inférieur à 1 kg.

Loïc Salmon

Défense : l’AID, interlocutrice des porteurs d’innovation

Défense : l’ONERA, acteur majeur de l’innovation

Drones : préparer le combat aérien de demain

 




Renseignement : innover sur les plans technique et conceptuel

Malgré son expertise et ses matériels aux performances reconnues par ses partenaires étrangers, la Direction du renseignement militaire (DRM) a besoin d’outils techniques, dont l’intelligence artificielle, pour faciliter et même rendre possible le travail de ses analystes.

Son directeur, le général de corps aérien Jean-François Ferley, l’a expliqué le 23 novembre 2018 à Paris, dans le cadre du Forum innovation défense.

Penser autrement. Aux autorités politiques, la DRM fournit une appréciation de la situation d’un théâtre en crise pour aider à la décision, indique le général. Pour les armées, elle doit appuyer les opérations en cours sur le terrain et anticiper de 12 à 18 mois une situation pour éclairer la manœuvre future. Outre ses capacités propres, elle coordonne le fonctionnement des capteurs de la Marine nationale et des armées de Terre et de l’Air en matière de renseignement d’origines image, électromagnétique, humaine et cyber. La DRM travaille en collaboration étroite avec les autres services de renseignement français et étrangers. Ses personnels, militaires et civils, doivent faire preuve d’initiative, d’intuition et de rigueur dans leur domaine d’expertise au sein d’un vingtaine de grands métiers. Même si le nombre de capteurs se multiplie avec des performances améliorées, celui des données à exploiter augmente de façon exponentielle et dépasse les capacités actuelles d’analyse. La DRM concentre alors ses efforts sur l’automatisation du traitement des données et le développement de nouveaux outils pour continuer à valoriser son socle stratégique de connaissances, afin de déceler le bon renseignement au bon moment et au bon endroit. Or le monde civil va plus vite que celui de la défense. Ainsi, le programme français MUSIS du Centre national d’études spatiales, par délégation de la Direction générale de l’armement, prévoit le lancement de trois satellites de reconnaissance optique entre 2018 et 2021 pour remplacer Hélios II et multiplier les capacités par cinq. De son côté, la DRM va mettre sur orbite un satellite d’écoute électromagnétique en 2019. Dans le domaine cyber, la DRM doit déterminer l’origine d’une attaque et aussi rechercher les informations susceptibles d’intéresser les services chargés des actions défensives et offensives. En 2019, elle va lancer un projet sur les outils innovants d’exploitation des informations issues du « darkweb ».

Applications duales. L’écosystème Intelligence Campus fédère les acteurs publics et privés, issus de la communauté du renseignement, du monde académique et des entreprises. Il a identifié les capacités de Earthcube, startup spécialisée dans l’analyse d’images satellitaires. Présente au Forum innovation défense, cette dernière a mis au point la détection automatique d’objets sur image satellite pour produire du « renseignement multicapteurs ». Les taches (photo) indiquent, par exemple, les bâtiments d’origine, ceux construits après une date précise puis après une date ultérieure ainsi que les quantités d’émissions électromagnétiques. Les innovations de Earthcube consistent à : mettre en place une solution d’intelligence artificielle pour aider l’opérateur dans ses actions quotidiennes ; optimiser la consultation de la base de données existante d’images satellitaires ; identifier des partenaires innovants pouvant interagir avec les acteurs des programmes d’armement. Ce projet à double finalité permet, sur le plan civil, la détection d’activités humaines et économiques ou, sur le plan militaire, l’automatisation partielle de la surveillance d’une zone de crise.

Loïc Salmon

DRM : intégrateur du renseignement militaire

La face cachée d’internet

Renseignement : lancement de « l’Intelligence Campus »




Défense : l’AID, interlocutrice des porteurs d’innovation

L’Agence de l’innovation de défense (AID) fédère toutes les innovations qui contribuent à garantir l’autonomie stratégique et la supériorité opérationnelle des forces armées.

Son directeur, Emmanuel Chiva, l’a expliqué à la presse, le 15 novembre 2018 à Paris, à l’occasion du Forum Innovation défense (22-24 novembre, Paris). Des innovations concernant le combattant ont été présentées.

Imaginer demain et après-demain. Il s’agit de détecter les nouvelles tendances et anticiper les ruptures technologiques issues du monde civil, réfléchir à tout ce qu’il est possible de faire, y compris avec les startups, explique Emmanuel Chiva. L’AID doit orienter et conduire l’ensemble des innovations de défense, en s’appuyant sur les centres de développement (4.000 personnes) de la Délégation générale de l’armement (DGA). Elle devra en susciter de nouvelles, les capter, les accélérer, les valoriser et les transférer vers les utilisateurs, en favorisant l’expérimentation rapide et les cycles courts. Elle diffusera de nouvelles pratiques, notamment en matière d’achat. Elle facilitera la coopération avec les autres ministères, les industriels, les petites et moyennes entreprises et d’autres pays européens. Elle accompagnera l’innovateur pour qu’il gagne de l’argent et développe son innovation, dont la propriété intellectuelle sera protégée. Créée le 1er septembre 2018 et rattachée au délégué général pour l’armement, l’AID sera opérationnelle en avril 2019 avec un effectif d’une centaine de personnes, militaires et civiles. Selon la loi de programmation militaire (2019-2025) son budget passera de 1,2 Md€ en 2019 à plus de 1,5 Md€ en 2022.

Exemples d’innovation. La société française Scalian, fournisseur de logiciels et d’études pour la DGA, et la firme américaine Daqri, fabricant de lunettes et casque de « réalité augmentée », ont mis au point l’équipement du « Fantassin augmenté, sécurisé et tactique ». Le casque Daqri, contient un dispositif stéréoscopique, un affichage transparent et intégré, une caméra grand angle de 166 ° et 120 Hz et une caméra thermique. Les entités, à savoir une personne amie ou ennemie, un véhicule ami ou ennemi, un bâtiment ou un point à atteindre, sont suivies par GPS. Sont affichées sur la visière du casque : les entités sur un radar/boussole ; les distances de chaque entité ; le gisement topographique ; la situation tactique en deux dimensions. Sont également possibles : la prise de photo/vidéo avec la caméra thermique ; la création d’objet manquant (nouvel ennemi) dans la situation tactique ; la visualisation sur un poste de commandement de la brigade des forces terrestres. De leur côté, l’Institut de recherche biomédicale des armées et la Direction des approvisionnements en produits de santé des armées ont développé un « Air Shock Absorber », système de coussins d’air muni de compartiments et cloisons, qui dissipent l’énergie d’un projectile. Cette innovation, disponible en 2019, permettra de diminuer les lésions anatomiques et physiologiques lors de l’impact sur le gilet pare-balles. Enfin, le Forum de l’innovation présente plus de 160 innovations et démonstrations dans divers stands : celui de l’AID ; « Protéger & Réparer » (prothèse de jambe bionique) ; « Projeter & Durer » (interface technico-logistique) ; « Combattre & Gagner » (camouflage adaptatif) ; « Administrer & Soutenir » (plateforme numérique participative) ; « communiquer et renseigner » (communication par satellite adaptée aux chasseurs).

Loïc Salmon

DGA : valoriser l’audace et l’innovation de terrain

Service de santé : renforcement des capacités biomédicales




Armée de Terre : le soldat, entraînement et protection

L’esprit guerrier consiste à gagner par l’entraînement, la haute technologie et les traditions. Cela implique l’amélioration de la protection du soldat et du cadre de vie de sa famille.

Telle est la conviction du général Jean-Pierre Bosser, chef d’état-major de l’armée de Terre dont les capacités de la 1ère Division ont été présentées le 4 octobre 2018 au camp de Satory.

L’ensemble du spectre. La démonstration a porté sur l’engagement des forces terrestres sur le territoire national, lors d’un conflit asymétrique ou d’un affrontement entre Etats. En effet, l’armée de Terre peut intervenir en métropole et dans les départements et territoires d’outre-mer, en soutien des populations, en appui et en complément des forces de sécurité intérieure. Grâce à ses formations et entraînements, elle apporte une réponse adaptée à la menace et à la nature de la crise. Dans l’urgence, l’armée de Terre peut déployer une force capable de produire d’emblée des effets. Elle intervient en montagne, en zone désertique ou équatoriale avec des moyens spécifiques. Elle assure une gestion de crise dans la durée, au contact des populations, selon une approche globale et dans un cadre multilatéral, avec un emploi de la force maîtrisé et réversible. Les innovations récentes concourent à la protection accrue de la force face à un adversaire tenace et dont les capacités se durcissent. Enfin, en raison du risque de guerre ouverte face à un ennemi puissant, l’armée de Terre entretient sa capacité à assumer la responsabilité de nation-cadre au sein de l’OTAN ou d’une coalition ad hoc. Son « système infocentré Scorpion » renforce sa capacité à prendre l’ascendant sur l’adversaire pour emporter la décision.

Le renseignement « Terre ». L’armée de Terre dispose de ses propres capacités de renseignement. Ainsi, le 2ème Régiment de hussards s’occupe de la recherche humaine : surveillance des objectifs ou des cibles ; guidage ; traitement des sources humaines ; exploitation des matériels sensibles. Le 61ème Régiment d’artillerie effectue de la recherche par imagerie (drones) pour appuyer en temps réel ou différé, acquérir des objectifs et évaluer les frappes. Le 28ème Groupe géographique recueille des renseignements de terrain, les exploite et apporte un appui cartographique. La recherche électromagnétique, assurée par le 44ème Régiment de transmissions, consiste à reconnaître les signaux, les détecter, les intercepter, les décoder, les localiser et, éventuellement, les neutraliser. La 785ème Compagnie de guerre électronique et le 54ème Régiment de transmissions apportent un appui électronique. Tous ces capteurs, complémentaires, travaillent en synergie dans l’espace et dans le temps au profit des différents niveaux de commandement, du Corps de réaction rapide-France (OTAN) au groupement tactique interarmes, des forces spéciales ou de la Direction du renseignement militaire. Le Commandement du renseignement garantit la cohérence d’emploi et l’évolution des moyens de recherche et d’exploitation (analyse et connaissance des modes d’action adverses). Il assure la formation aux métiers du renseignement, l’entraînement des bureaux dédiés des états-majors opérationnels et celui des structures « multicapteurs ». En outre, il adapte la fonction renseignement Terre aux évolutions permanentes de l’adversaire. Enfin, il participe aux missions du Centre interarmées des actions sur l’environnement, pour faire mieux comprendre et accepter l’action des forces françaises sur les théâtres extérieurs auprès des acteurs locaux et ainsi gagner leur confiance. Les missions portent sur l’aide directe aux populations, la gestion de chantiers de reconstruction ou les actions de communication d’influence auprès de la population, des élites et des élus locaux.

La référence. Compte tenu de l’évolution de la menace, l’armée de Terre adapte en permanence ses dispositifs opérationnels sur le territoire national et sur les théâtres extérieurs, rappelle son chef d’état-major. La modernisation de l’exercice du commandement inclut notamment la renaissance d’une Ecole de guerre « Terre » depuis le 30 août 2018, d’une durée de 43 semaines et complémentaire de l’Ecole de Guerre interarmées. Une vision prospective permet d’anticiper les ruptures futures. Le général Bosser énumère six critères de référence : un modèle complet pour affronter tout type de menaces ; une masse pour produire des effets stratégiques dans la durée ; des équipements de 4ème génération pour dominer l’adversaire ; une capacité à agir dans le cadre d’une stratégie globale pour gagner la paix ; une singularité militaire au service de l’efficacité opérationnelle ; un esprit guerrier pour décupler les forces morales. La loi de programmation militaire, qui s’étend de 2019 à 2025, dure autant que l’engagement moyen d’un jeune militaire du rang ou d’un sous-officier, souligne le général. Elle modernise l’outil de combat en préparant le déploiement en opération de groupements interarmes Scorpion à partir de 2021 (voir encadré). En 2019, l’armée de Terre doit mettre en œuvre 5 zones techniques Scorpion et 1 régiment de formation équipé de 92 véhicules blindés multi-rôles Griffon. Elle poursuivra la transformation de la maintenance terrestre et aura obtenu les premiers résultats du « contrat globalisé » pour les hélicoptères d’attaque Tigre. En matière d’innovation pour garder l’ascendant sur l’adversaire, sont prévues en 2019 : l’implantation du « Battle Lab Terre » (laboratoire de la bataille terrestre) à Satory ; la poursuite de la transformation numérique de l’administration (dossiers et recrutement) ; la numérisation de l’espace de formation ; l’accélération des processus de passation de marché.

Le quotidien du soldat. En 2019 et pour combler des lacunes majeures, indique le général Bosser, l’armée de Terre doit recevoir des treillis de dernière génération, 24.000 fusils d’assaut HK416 et 730 véhicules 4×4. L’entretien du matériel bénéficiera d’un financement renforcé. L’aguerrissement et l’entraînement collectif seront consolidés. Le nouveau Centre de formation de Bourges doit accueillir la première promotion de mécaniciens aéronautiques. Par ailleurs, le « Plan famille » porte sur le préavis des mutations, le déploiement wifi, des garderies supplémentaires et l’accession à la propriété. En 2017, l’armée de Terre comptait 126.000 militaires avec 60.000 conjoints ayants droits et 123.000 enfants, dont 24.000 de moins de 3 ans. Ils ont connu 14.000 mutations et 115 jours d’absence hors garnison.

Loïc Salmon

Destinée à projeter un sous-groupement interarmes Scorpion en opération extérieure dès 2021, la 1ère Division compte : 26.500 personnels d’active ; 5.200 réservistes ; 5 états-majors ; 27 régiments ; 1 école ; 1 centre d’aguerrissement ; 4 centres de formation initiale des militaires du rang. Outre les éléments français de la Brigade franco-allemande, elle regroupe trois grandes unités interarmes de 7 à 8 régiments : 7ème Brigade blindée ; 9ème Brigade d’infanterie de marine ; 27ème Brigade d’infanterie de marine. Enfin, elle dispose du 1er Régiment d’artillerie, du 19ème Régiment du génie et du 132ème Bataillon cynophile de l’armée de terre.

Armée de Terre : la remontée en puissance par l’innovation

Renseignement militaire : clé de l’autonomie stratégique et de l’efficacité opérationnelle

 




Armement : DGA, bilan 2018 et perspectives 2019

La démarche capacitaire consiste à exprimer les besoins en équipements, selon la menace, intégrer les innovations technologiques, y compris celles du monde civil, et évaluer le coût global d’une opération en termes d’armement, d’entraînement, de conduite, de ravitaillement et d’infrastructures.

Elle est effectuée par l’Etat-major des armées et la Direction générale de l’armement (DGA) dont le délégué, Joël Barre, a présenté les missions à la presse le 8 novembre 2018 à Paris.

La DGA, qui a engagée 11,2 Md€ et payé 10 M€ pour l’équipement des forces en 2017, prévoit 12,7 Md€ en 2018 et 14,3 Md€ en 2019. Le budget des études « amont » doit passer de 920 M€ en 2019 (+ 18 % en un an) et 758 M€ de paiements (+5 %) à 1 Md€ en 2022.

Etudes et essais. Des projets seront lancés fin 2018 et en 2019 : travaux franco-allemands en préparation du système de combat aérien futur (SCAF), pour succéder au Rafale de conception uniquement française ; premières études de préparation du porte-avions de nouvelle génération, successeur du Charles-de-Gaulle ; protection des véhicules terrestres et des fantassins ; futurs satellites de communication militaire ; démonstrateurs technologiques du partenariat innovant ARTEMIS (ARchitecture  de Traitement et d’Exploitation Massive de l’Information multi-Sources) entre la DGA et le groupe d’électronique de défense Thales. En 2018, la DGA a procédé à des essais majeurs : performance hélice et résistance carène nue pour la frégate de taille intermédiaire ; sortie du Charles-de-Gaulle de son 2ème arrêt technique majeur ; comportements routiers et nautiques du pont flottant motorisé ; tir de développement du missile balistique M51.3 au banc des propulseurs ; tir du missile antinavire léger. La mise au standard F3-R des 144 Rafale en service dans l’armée de l’Air et la Marine a commencé. Ce standard a pris notamment en compte les retours d’expérience opérationnelle de l’armement air-sol modulaire et l’interopérabilité. En outre, il associe le nouveau missile air-air à très longue portée Meteor au radar à balayage électronique RBE2 à antenne active. Sa nacelle à désignation d’objectifs Talios améliore détection, reconnaissance et identification de cibles, de jour comme de nuit, en vue de frappes air-sol de grande précision. Le standard F3-R sera installé sur les 96 Rafale vendus au Qatar, à l’Egypte et à l’Inde. La DGA a notifié à l’industriel MBDA la rénovation technique des 300 Mica (missiles d’interception, de combat et d’auto-défense) en service et l’achat de 567 Mica NG (nouvelle génération), développés avec un autodirecteur infrarouge ou électromagnétique. Le Mica rénové sera utilisé jusqu’en 2030 par les Rafale tous standards, Mirage 2000-5 et Mirage 2000 rénovés. Les Rafale F3-R emporteront le Mica NG.

Partenariats européens. Avec la Grande-Bretagne, les travaux se poursuivent sur la phase d‘étude de concept du futur missile antinavire et du futur missile de croisière. Outre le SCAF et le futur char de combat, la coopération avec l’Allemagne porte sur la patrouille maritime, le futur standard de l’hélicoptère Tigre, auquel l’Espagne est associée, et le drone européen moyenne altitude longue endurance, avec l’Espagne et l’Italie. Cette dernière va construire des pétroliers-ravitailleurs avec la France. Pour son programme Camo (capacité motorisée), la Belgique va acquérir 382 véhicules blindés multi-rôles Griffon et 60 engins blindés de reconnaissance et de combat Jaguar du programme français Scorpion.

Loïc Salmon

Armement : baisse de 50 % des exportations françaises en 2017

Armée de Terre : la remontée en puissance par l’innovation

Guerre : maîtriser la violence humaine et technologique




Géopolitique : la souveraineté démocratique face aux GAFA

L’Etat a toujours utilisé les technologies pour asseoir ou élargir sa souveraineté. Mais les ingérences récentes d’algorithmes dans les processus démocratiques soulignent l’influence des GAFA, les groupes américains Google, Apple, Facebook et Amazon.

Cette question a fait l’objet d’une conférence-débat organisée, le 6 septembre 2018 à Paris, par l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). Y sont intervenus : le professeur Pierre Musso, Université de Rennes 2 ; François-Bernard Huyghe, directeur de recherche à l’IRIS ; Charles Thibout, chercheur à l’IRIS.

Perspective historique. L’idée de l’Etat apparaît en Occident au XIIème siècle, rappelle le professeur Musso. La souveraineté repose sur les institutions juridiques, où le droit (la norme) constitue le lien avec une vision du monde (la chrétienté). La défense du territoire dépend de l’industrie militaire, qui se développe au XVème siècle. Une rupture dans cette vision du monde se produit au XVIIème siècle : il faut utiliser la science pour dominer la nature, cartographier le territoire, établir une comptabilité et inventer la statistique. Au cours des deux siècles suivants, l’essor scientifique et technique et l’innovation permanente conduisent à l’idée de « progrès » et à l’industrialisation, en partant du principe que la société suit. Or, souligne le professeur Musso, la technique ne peut se dissocier d’une « culture », vision du monde ou d’une société. La technologie de production va osciller entre puissance publique et service public, notamment dans les transports. La politique industrielle d’après 1945, du ressort de l’Etat guidé par la rationalité, sera progressivement déléguée aux grandes entreprises au cours de la construction européenne, amorcée dans les années 1980. En outre, la révolution numérique, lancée dans les années 1950-1960, débouche sur la rencontre du « management » (organisation et gestion des entreprises) avec l’efficacité, dont profite l’Etat ingénieur pour produire plus, plus vite et moins cher. Aujourd’hui, il a perdu sa capacité à produire de l’intelligence et de la capacité, car les techniques sont mises au point par les étudiants et les industriels. L’Union internationale des télécommunications, créée en 1865, a proposé, dès 2003, une régulation mondiale d’internet, refusée par les Etats-Unis qui l’estiment aussi important que le domaine militaire. L’informatique et ses applications à la production constituent le système nerveux de l’économie mondiale. Leur réputation, qui relève de l’imaginaire et du symbolique, et leur audience, pour les ressources publicitaires, imposent aux GAFA de capter la confiance des internautes à l’échelle internationale.

Pouvoirs des GAFA. Au niveau « macro », les GAFA occupent le temps d’autrui et reconfigurent complètement les liens sociaux par l’usage du téléphone portable depuis huit ans, rappelle François-Bernard Huyghe. Au niveau « micro », ils déterminent le profil comportemental de chaque individu, après quelques dizaines de clics. Leur richesse leur permet de créer de nouveaux rapports économiques en se jouant des règles fiscales, juridiques et financières. Ils établissent des codes (« protocoles »), auxquels les Etats ne peuvent guère s’opposer, d’autant plus que leurs rapports avec eux restent ambigus. Les pouvoirs publics américains ont en effet négocié avec eux, notamment pour la surveillance des citoyens révélée par le lanceur d’alerte Edward Snowden (2013). Une véritable diplomatie des GAFA est apparue avec la nomination, en France, d’un ambassadeur pour le numérique en 2017. Ils exercent un pouvoir de « dressage mental » sur des milliers de gens, qu’ils connaissent parfaitement, et créent une nouvelle circulation des biens et des échanges, estime François-Bernard Huyghe. Certains GAFA ont envahi le champ politique et s’arrogent un droit de censure, comme la suppression de milliers de comptes par Google et Facebook. Ce dernier a laissé fuir les données personnelles de 4 millions d’internautes, facilitant la prévision de leurs votes. Enfin, les GAFA véhiculent une idéologie visant à créer une « super-élite » échappant à l’Etat. Ce dernier doit disparaître au profit d’une société nouvelle « post-politique », excluant la souveraineté. Toutefois, souligne François-Bernard Huyghe, la Chine est entrée en conflit avec Google qui a cédé, notamment sur les logiciels de notation des citoyens et de reconnaissance faciale. Alors que les pays européens témoignent d’une grande impuissance face aux GAFA, le droit américain donne aux citoyens une capacité de nuisance à leur égard.

Attrait de l’intelligence artificielle. Les Etats-Unis et la Chine estiment que l’intelligence artificielle (IA) peut affecter les relations internationales, indique Charles Thibout. Dans leur logique de puissance mondiale, les Etats-Unis opposent la force à un environnement international menaçant. Dès 2014, ils incluent l’IA dans le domaine militaire, comme la robotique et les « Big Data » (mégadonnées). Le Pentagone associe des acteurs privés à son développement et y investit 60 Mds$/an. La Chine compte sur l’IA pour retrouver l’espace politique de l’époque impériale. Le parti communiste dirige grandes entreprises et forces armées dans la réalisation de programmes militaires. L’IA doit permettre de passer de la guerre de l’information, dominée par les Etats-Unis, à celle de la guerre « intelligencielle » où s’accélère la prise de décision. La Chine, qui compte rattraper les Etats-Unis en matière d’IA dès 2025, prévoit d’y investir jusqu’à 50 Mds$ en 2030. Des opérations de propagande se superposent à cette compétition technique pour dissuader le camp adverse. Par ailleurs, les GAFA sont portés par le néolibéralisme, auquel adhère la plupart des dirigeants politiques occidentaux et qui fait passer l’économie avant l’intérêt général, estime Charles Thibout. Déjà, les GAFA s’émancipent du gouvernement fédéral américain en vendant leurs technologies à la Chine. Leurs postures politiques et diplomatiques conduisent à la déconstruction des Etats-nations, en vue de constituer des populations transnationales et apolitiques.

Loïc Salmon

Google, fondé en 1998, fournit des services technologiques via son moteur de recherche. Propriétaire du site YouTube et du système téléphonique Android, sa valeur boursière est passé de 176 Mds$ en 2008 à 550 Mds$ en 2016. Apple (1976), conçoit et commercialise produits électroniques grand public, ordinateurs personnels et logiciels informatiques (Macintosh, iPod, iPhone et iPad), dont une grande partie est fabriquée en Inde et en Chine. En 2017, il emploie 116.000 personnes dans 22 pays et est valorisé à 170 Mds$. Facebook (2004), réseau social en ligne, permet à ses usagers de diffuser images, photos, vidéos, fichiers, messages et de constituer des groupes. Son usage des données personnelles, son rôle dans la propagation de fausses nouvelles (« fake news ») et sa politique de régulation des contenus suscitent des interrogations. En juin 2015, il a réalisé un chiffre d’affaires de 17,9 Mds$. Amazon (1995) commercialise tous types de produits culturels et alimentaires avec des sites spécifiques dans 15 pays (Europe, Asie et continent américain). Sa capitalisation boursière atteint 586 Mds$ en novembre 2017.

Cyber : dilution des frontières territoriales et souveraineté

Défense : information falsifiée, internet et réseaux sociaux