Cyber : capacité interarmées, niveaux stratégique et tactique

Face au cyber, arme d’espionnage, de déstabilisation, de manipulation, d’entrave et de sabotage, la France organise une « chaîne cyberdéfensive » et emploie l’arme cyber dans les opérations militaires extérieures (Opex).

Florence Parly, ministre des Armées, l’a souligné le 18 janvier 2019 à Paris. A cet effet, 1,6 Md€ seront investis dans la lutte dans le cyberespace. En outre, d’ici à 2025, 1.000 « cyber combattants » supplémentaires seront recrutés au sein du Commandement de cyberdéfense (Comcyber), de la Direction générale de la sécurité extérieure et de la Direction générale de l’armement (DGA), dont les synergies et partages ont été renforcés.

Cyberdéfense de « bout en bout ». En 2017, le ministère des Armées a connu 700 événements de sécurité, dont 100 cyberattaques, nombre déjà atteint dès septembre 2018. En moyenne, plus de deux événements par jour ont touché le ministère, les opérations militaires, les expertises techniques et même un hôpital d’instruction des armées. Certaines attaques ont ciblé directement le ministère et d’autres ont visé des industriels et des pays partenaires de la France. Une nouvelle instruction ministérielle a été diffusée au sein du ministère pour que les cadres, en situation de responsabilité, considèrent la maîtrise du risque cyber comme une priorité. En outre, un partenariat entre le Comcyber, la DGA et les grands industriels de défense, présenté lors du Forum international de la cybersécurité (Lille, 22-23 janvier 2018), permettra de protéger la communauté de défense.

Arme du champ de bataille. Plusieurs Etats incluent déjà les effets cyber dans leur stratégie militaire et leurs modes d’action et s’y préparent, à l’occasion d’exercices mettant en œuvre capacités conventionnelles et cyber. La ministre des Armées a rendu publics des documents sur les grands principes de la doctrine de lutte informatique offensive (LIO) à des fins militaires, tout en protégeant les éléments les plus sensibles pour garder la supériorité sur les théâtres d’opérations. La stratégie cyber des armées s’articule en quatre éléments. La DGA prendra en compte la doctrine dans la conception et le développement des armements futurs. Militaires et civils seront acculturés aux contraintes d’emploi de l’arme cyber. Le succès de la lutte informatique dépend de la coopération avec les pays membres de l’OTAN et de l’Union européenne. Enfin la compétence des combattants numériques lie expertise technique, finesse d’analyse et « savoir-être » militaire. Après l’intervention de Florence Parly, le général François Lecointre, chef d’Etat-major des armées auquel est rattaché le Comcyber, a présenté le spectre d’emploi, déjà en cours, des moyens de la LIO en Opex. Sur le plan stratégique, les effets portent sur : le renseignement à des fins de ciblage ou de développement capacitaire adverse ; la neutralisation d’un système de commandement stratégique ; la désorganisation des centres de propagande. Sur le plan tactique, la LIO amplifie les effets de l’action militaire, en complétant et renforçant l’arsenal offensif. Ses caractéristiques concourent directement à l’atteinte des grands types d’objectifs opérationnels. Le renseignement permet d’évaluer les capacités militaires adverses, grâce à l’extraction et au recueil d’informations. La perturbation ou la création de dommages majeurs facilite la réduction, voire la destruction, des capacités militaires et cyber adverses. La « déception » modifie les capacités d’analyse de l’adversaire et altère ses capacités de propagande. Enfin, la LIO s’applique dans le respect du droit international humanitaire.

Loïc Salmon

Cyber : nouvelle doctrine pour la lutte informatique

Cyberdéfense : soutien pour le renseignement, la protection, la prévention et l’action

Cyber : prise de conscience du risque et perspectives (2030)




Nom de code M

Maxwell Knight (1900-1968), dit « M », quoiqu’autodidacte en la matière, est considéré comme l’un des meilleurs « officiers traitants » du MI5, le service de renseignement intérieur britannique.

A la tête de la section « Infiltration » de 1931 à 1961, il a recruté et dirigé des agents au sein des mouvements fascistes puis communistes, pour défendre les intérêts de son pays pendant cette période fertile en événements. Engagé dans la Marine à 17 ans, il termine la première guerre mondiale avec le grade d’enseigne de vaisseau. Sa « carrière » commence en 1923 avec son embauche, à temps partiel, par l’organisation Makgill, agence de renseignement privée au service d’associations défendant les intérêts de compagnies maritimes, minières ou industrielles. Cette organisation infiltre des informateurs, notamment dans le Parti communiste, les syndicats les plus combatifs, les mouvements anarchistes et l’Armée républicaine irlandaise. En outre, « M » travaille, également à temps partiel et dans le renseignement, pour les « Fascisti » britanniques. Il réussit si bien, qu’à 25 ans, il anime un réseau de 52 agents infiltrés au sein du Parti et des organisations communistes, en plein essor à l’époque. Son expérience de la pénétration des organisations subversives et ses relations d’alors lui serviront quand il intègrera le MI5 quelques années plus tard. Il repère les qualités d’un agent potentiel : intelligence, application, modestie, humour, patriotisme et… ambition non réalisée. En outre, « M » sait lui donner l’impression de se sentir unique ! Il utilise aussi des membres de familles résolument de « droite » pour infiltrer des groupes de « gauche ». Il pose pour principe que ses agents ne sachent rien les uns des autres, pour garantir leur propre sécurité. Travailleur acharné, il ne redoute pas l’échec. « M » servira de modèle à des personnages de romans d’espionnage de Ian Fleming et de John Le Carré, qui seront adaptés au cinéma. Par ailleurs, ses équipes d’agents, masculins et féminins, parfois recrutés par petites annonces dans les journaux, recourent aux écoutes téléphoniques et pratiquent le cambriolage. Au cours des années 1930, la Grande-Bretagne devient une cible de choix pour l’espionnage et la subversion de la part des pays à régimes totalitaires, à savoir l’Union soviétique, l’Italie et l’Allemagne. Selon ses nouveaux statuts, le MI5, qui reçoit des moyens accrus et des pouvoirs étendus, doit d’abord enquêter sur le communisme en métropole et dans tout l’Empire britannique. Ensuite, il devra, de la même manière, surveiller le fascisme. Il découvre que les Partis communiste et fasciste britanniques sont rétribués par Moscou et Rome et pourraient être instrumentalisés en cas de conflit. En 1935, la section de « M » parvient à démanteler le réseau qui a permis à l’URSS d’acquérir les plans secrets de nouveaux armements navals britanniques. En 1940, la mention « capitaine M. Knight, Whitehall » figure sur une liste de personnalités britanniques à livrer à la Gestapo, après l’invasion du Sud de la Grande-Bretagne et la prise de Londres par la Wehrmacht. Grâce à l’infiltration d’un réseau d’espions hostiles, « M » avait en effet mis fin à une fuite, potentiellement catastrophique, d’informations sensibles entre Washington et Londres. Le procès qui suivit avait entraîné la détention en masse des fascistes locaux, contribuant à éliminer le risque d’une « Cinquième colonne » en Grande-Bretagne et à renforcer la détermination de la population à se battre. En 1943, à l’occasion de l’anniversaire du roi, « M » est fait officier de l’Empire britannique.

Loïc Salmon

« Nom de code M », par Henry Hemming. Mareuil Éditions, 432 pages. 20 €

James Bond dans le spectre géopolitique

James Bond n’existe pas

Guerres secrètes




Renseignement : innover sur les plans technique et conceptuel

Malgré son expertise et ses matériels aux performances reconnues par ses partenaires étrangers, la Direction du renseignement militaire (DRM) a besoin d’outils techniques, dont l’intelligence artificielle, pour faciliter et même rendre possible le travail de ses analystes.

Son directeur, le général de corps aérien Jean-François Ferley, l’a expliqué le 23 novembre 2018 à Paris, dans le cadre du Forum innovation défense.

Penser autrement. Aux autorités politiques, la DRM fournit une appréciation de la situation d’un théâtre en crise pour aider à la décision, indique le général. Pour les armées, elle doit appuyer les opérations en cours sur le terrain et anticiper de 12 à 18 mois une situation pour éclairer la manœuvre future. Outre ses capacités propres, elle coordonne le fonctionnement des capteurs de la Marine nationale et des armées de Terre et de l’Air en matière de renseignement d’origines image, électromagnétique, humaine et cyber. La DRM travaille en collaboration étroite avec les autres services de renseignement français et étrangers. Ses personnels, militaires et civils, doivent faire preuve d’initiative, d’intuition et de rigueur dans leur domaine d’expertise au sein d’un vingtaine de grands métiers. Même si le nombre de capteurs se multiplie avec des performances améliorées, celui des données à exploiter augmente de façon exponentielle et dépasse les capacités actuelles d’analyse. La DRM concentre alors ses efforts sur l’automatisation du traitement des données et le développement de nouveaux outils pour continuer à valoriser son socle stratégique de connaissances, afin de déceler le bon renseignement au bon moment et au bon endroit. Or le monde civil va plus vite que celui de la défense. Ainsi, le programme français MUSIS du Centre national d’études spatiales, par délégation de la Direction générale de l’armement, prévoit le lancement de trois satellites de reconnaissance optique entre 2018 et 2021 pour remplacer Hélios II et multiplier les capacités par cinq. De son côté, la DRM va mettre sur orbite un satellite d’écoute électromagnétique en 2019. Dans le domaine cyber, la DRM doit déterminer l’origine d’une attaque et aussi rechercher les informations susceptibles d’intéresser les services chargés des actions défensives et offensives. En 2019, elle va lancer un projet sur les outils innovants d’exploitation des informations issues du « darkweb ».

Applications duales. L’écosystème Intelligence Campus fédère les acteurs publics et privés, issus de la communauté du renseignement, du monde académique et des entreprises. Il a identifié les capacités de Earthcube, startup spécialisée dans l’analyse d’images satellitaires. Présente au Forum innovation défense, cette dernière a mis au point la détection automatique d’objets sur image satellite pour produire du « renseignement multicapteurs ». Les taches (photo) indiquent, par exemple, les bâtiments d’origine, ceux construits après une date précise puis après une date ultérieure ainsi que les quantités d’émissions électromagnétiques. Les innovations de Earthcube consistent à : mettre en place une solution d’intelligence artificielle pour aider l’opérateur dans ses actions quotidiennes ; optimiser la consultation de la base de données existante d’images satellitaires ; identifier des partenaires innovants pouvant interagir avec les acteurs des programmes d’armement. Ce projet à double finalité permet, sur le plan civil, la détection d’activités humaines et économiques ou, sur le plan militaire, l’automatisation partielle de la surveillance d’une zone de crise.

Loïc Salmon

DRM : intégrateur du renseignement militaire

La face cachée d’internet

Renseignement : lancement de « l’Intelligence Campus »




Armée de Terre : le soldat, entraînement et protection

L’esprit guerrier consiste à gagner par l’entraînement, la haute technologie et les traditions. Cela implique l’amélioration de la protection du soldat et du cadre de vie de sa famille.

Telle est la conviction du général Jean-Pierre Bosser, chef d’état-major de l’armée de Terre dont les capacités de la 1ère Division ont été présentées le 4 octobre 2018 au camp de Satory.

L’ensemble du spectre. La démonstration a porté sur l’engagement des forces terrestres sur le territoire national, lors d’un conflit asymétrique ou d’un affrontement entre Etats. En effet, l’armée de Terre peut intervenir en métropole et dans les départements et territoires d’outre-mer, en soutien des populations, en appui et en complément des forces de sécurité intérieure. Grâce à ses formations et entraînements, elle apporte une réponse adaptée à la menace et à la nature de la crise. Dans l’urgence, l’armée de Terre peut déployer une force capable de produire d’emblée des effets. Elle intervient en montagne, en zone désertique ou équatoriale avec des moyens spécifiques. Elle assure une gestion de crise dans la durée, au contact des populations, selon une approche globale et dans un cadre multilatéral, avec un emploi de la force maîtrisé et réversible. Les innovations récentes concourent à la protection accrue de la force face à un adversaire tenace et dont les capacités se durcissent. Enfin, en raison du risque de guerre ouverte face à un ennemi puissant, l’armée de Terre entretient sa capacité à assumer la responsabilité de nation-cadre au sein de l’OTAN ou d’une coalition ad hoc. Son « système infocentré Scorpion » renforce sa capacité à prendre l’ascendant sur l’adversaire pour emporter la décision.

Le renseignement « Terre ». L’armée de Terre dispose de ses propres capacités de renseignement. Ainsi, le 2ème Régiment de hussards s’occupe de la recherche humaine : surveillance des objectifs ou des cibles ; guidage ; traitement des sources humaines ; exploitation des matériels sensibles. Le 61ème Régiment d’artillerie effectue de la recherche par imagerie (drones) pour appuyer en temps réel ou différé, acquérir des objectifs et évaluer les frappes. Le 28ème Groupe géographique recueille des renseignements de terrain, les exploite et apporte un appui cartographique. La recherche électromagnétique, assurée par le 44ème Régiment de transmissions, consiste à reconnaître les signaux, les détecter, les intercepter, les décoder, les localiser et, éventuellement, les neutraliser. La 785ème Compagnie de guerre électronique et le 54ème Régiment de transmissions apportent un appui électronique. Tous ces capteurs, complémentaires, travaillent en synergie dans l’espace et dans le temps au profit des différents niveaux de commandement, du Corps de réaction rapide-France (OTAN) au groupement tactique interarmes, des forces spéciales ou de la Direction du renseignement militaire. Le Commandement du renseignement garantit la cohérence d’emploi et l’évolution des moyens de recherche et d’exploitation (analyse et connaissance des modes d’action adverses). Il assure la formation aux métiers du renseignement, l’entraînement des bureaux dédiés des états-majors opérationnels et celui des structures « multicapteurs ». En outre, il adapte la fonction renseignement Terre aux évolutions permanentes de l’adversaire. Enfin, il participe aux missions du Centre interarmées des actions sur l’environnement, pour faire mieux comprendre et accepter l’action des forces françaises sur les théâtres extérieurs auprès des acteurs locaux et ainsi gagner leur confiance. Les missions portent sur l’aide directe aux populations, la gestion de chantiers de reconstruction ou les actions de communication d’influence auprès de la population, des élites et des élus locaux.

La référence. Compte tenu de l’évolution de la menace, l’armée de Terre adapte en permanence ses dispositifs opérationnels sur le territoire national et sur les théâtres extérieurs, rappelle son chef d’état-major. La modernisation de l’exercice du commandement inclut notamment la renaissance d’une Ecole de guerre « Terre » depuis le 30 août 2018, d’une durée de 43 semaines et complémentaire de l’Ecole de Guerre interarmées. Une vision prospective permet d’anticiper les ruptures futures. Le général Bosser énumère six critères de référence : un modèle complet pour affronter tout type de menaces ; une masse pour produire des effets stratégiques dans la durée ; des équipements de 4ème génération pour dominer l’adversaire ; une capacité à agir dans le cadre d’une stratégie globale pour gagner la paix ; une singularité militaire au service de l’efficacité opérationnelle ; un esprit guerrier pour décupler les forces morales. La loi de programmation militaire, qui s’étend de 2019 à 2025, dure autant que l’engagement moyen d’un jeune militaire du rang ou d’un sous-officier, souligne le général. Elle modernise l’outil de combat en préparant le déploiement en opération de groupements interarmes Scorpion à partir de 2021 (voir encadré). En 2019, l’armée de Terre doit mettre en œuvre 5 zones techniques Scorpion et 1 régiment de formation équipé de 92 véhicules blindés multi-rôles Griffon. Elle poursuivra la transformation de la maintenance terrestre et aura obtenu les premiers résultats du « contrat globalisé » pour les hélicoptères d’attaque Tigre. En matière d’innovation pour garder l’ascendant sur l’adversaire, sont prévues en 2019 : l’implantation du « Battle Lab Terre » (laboratoire de la bataille terrestre) à Satory ; la poursuite de la transformation numérique de l’administration (dossiers et recrutement) ; la numérisation de l’espace de formation ; l’accélération des processus de passation de marché.

Le quotidien du soldat. En 2019 et pour combler des lacunes majeures, indique le général Bosser, l’armée de Terre doit recevoir des treillis de dernière génération, 24.000 fusils d’assaut HK416 et 730 véhicules 4×4. L’entretien du matériel bénéficiera d’un financement renforcé. L’aguerrissement et l’entraînement collectif seront consolidés. Le nouveau Centre de formation de Bourges doit accueillir la première promotion de mécaniciens aéronautiques. Par ailleurs, le « Plan famille » porte sur le préavis des mutations, le déploiement wifi, des garderies supplémentaires et l’accession à la propriété. En 2017, l’armée de Terre comptait 126.000 militaires avec 60.000 conjoints ayants droits et 123.000 enfants, dont 24.000 de moins de 3 ans. Ils ont connu 14.000 mutations et 115 jours d’absence hors garnison.

Loïc Salmon

Destinée à projeter un sous-groupement interarmes Scorpion en opération extérieure dès 2021, la 1ère Division compte : 26.500 personnels d’active ; 5.200 réservistes ; 5 états-majors ; 27 régiments ; 1 école ; 1 centre d’aguerrissement ; 4 centres de formation initiale des militaires du rang. Outre les éléments français de la Brigade franco-allemande, elle regroupe trois grandes unités interarmes de 7 à 8 régiments : 7ème Brigade blindée ; 9ème Brigade d’infanterie de marine ; 27ème Brigade d’infanterie de marine. Enfin, elle dispose du 1er Régiment d’artillerie, du 19ème Régiment du génie et du 132ème Bataillon cynophile de l’armée de terre.

Armée de Terre : la remontée en puissance par l’innovation

Renseignement militaire : clé de l’autonomie stratégique et de l’efficacité opérationnelle

 




Géopolitique : la souveraineté démocratique face aux GAFA

L’Etat a toujours utilisé les technologies pour asseoir ou élargir sa souveraineté. Mais les ingérences récentes d’algorithmes dans les processus démocratiques soulignent l’influence des GAFA, les groupes américains Google, Apple, Facebook et Amazon.

Cette question a fait l’objet d’une conférence-débat organisée, le 6 septembre 2018 à Paris, par l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). Y sont intervenus : le professeur Pierre Musso, Université de Rennes 2 ; François-Bernard Huyghe, directeur de recherche à l’IRIS ; Charles Thibout, chercheur à l’IRIS.

Perspective historique. L’idée de l’Etat apparaît en Occident au XIIème siècle, rappelle le professeur Musso. La souveraineté repose sur les institutions juridiques, où le droit (la norme) constitue le lien avec une vision du monde (la chrétienté). La défense du territoire dépend de l’industrie militaire, qui se développe au XVème siècle. Une rupture dans cette vision du monde se produit au XVIIème siècle : il faut utiliser la science pour dominer la nature, cartographier le territoire, établir une comptabilité et inventer la statistique. Au cours des deux siècles suivants, l’essor scientifique et technique et l’innovation permanente conduisent à l’idée de « progrès » et à l’industrialisation, en partant du principe que la société suit. Or, souligne le professeur Musso, la technique ne peut se dissocier d’une « culture », vision du monde ou d’une société. La technologie de production va osciller entre puissance publique et service public, notamment dans les transports. La politique industrielle d’après 1945, du ressort de l’Etat guidé par la rationalité, sera progressivement déléguée aux grandes entreprises au cours de la construction européenne, amorcée dans les années 1980. En outre, la révolution numérique, lancée dans les années 1950-1960, débouche sur la rencontre du « management » (organisation et gestion des entreprises) avec l’efficacité, dont profite l’Etat ingénieur pour produire plus, plus vite et moins cher. Aujourd’hui, il a perdu sa capacité à produire de l’intelligence et de la capacité, car les techniques sont mises au point par les étudiants et les industriels. L’Union internationale des télécommunications, créée en 1865, a proposé, dès 2003, une régulation mondiale d’internet, refusée par les Etats-Unis qui l’estiment aussi important que le domaine militaire. L’informatique et ses applications à la production constituent le système nerveux de l’économie mondiale. Leur réputation, qui relève de l’imaginaire et du symbolique, et leur audience, pour les ressources publicitaires, imposent aux GAFA de capter la confiance des internautes à l’échelle internationale.

Pouvoirs des GAFA. Au niveau « macro », les GAFA occupent le temps d’autrui et reconfigurent complètement les liens sociaux par l’usage du téléphone portable depuis huit ans, rappelle François-Bernard Huyghe. Au niveau « micro », ils déterminent le profil comportemental de chaque individu, après quelques dizaines de clics. Leur richesse leur permet de créer de nouveaux rapports économiques en se jouant des règles fiscales, juridiques et financières. Ils établissent des codes (« protocoles »), auxquels les Etats ne peuvent guère s’opposer, d’autant plus que leurs rapports avec eux restent ambigus. Les pouvoirs publics américains ont en effet négocié avec eux, notamment pour la surveillance des citoyens révélée par le lanceur d’alerte Edward Snowden (2013). Une véritable diplomatie des GAFA est apparue avec la nomination, en France, d’un ambassadeur pour le numérique en 2017. Ils exercent un pouvoir de « dressage mental » sur des milliers de gens, qu’ils connaissent parfaitement, et créent une nouvelle circulation des biens et des échanges, estime François-Bernard Huyghe. Certains GAFA ont envahi le champ politique et s’arrogent un droit de censure, comme la suppression de milliers de comptes par Google et Facebook. Ce dernier a laissé fuir les données personnelles de 4 millions d’internautes, facilitant la prévision de leurs votes. Enfin, les GAFA véhiculent une idéologie visant à créer une « super-élite » échappant à l’Etat. Ce dernier doit disparaître au profit d’une société nouvelle « post-politique », excluant la souveraineté. Toutefois, souligne François-Bernard Huyghe, la Chine est entrée en conflit avec Google qui a cédé, notamment sur les logiciels de notation des citoyens et de reconnaissance faciale. Alors que les pays européens témoignent d’une grande impuissance face aux GAFA, le droit américain donne aux citoyens une capacité de nuisance à leur égard.

Attrait de l’intelligence artificielle. Les Etats-Unis et la Chine estiment que l’intelligence artificielle (IA) peut affecter les relations internationales, indique Charles Thibout. Dans leur logique de puissance mondiale, les Etats-Unis opposent la force à un environnement international menaçant. Dès 2014, ils incluent l’IA dans le domaine militaire, comme la robotique et les « Big Data » (mégadonnées). Le Pentagone associe des acteurs privés à son développement et y investit 60 Mds$/an. La Chine compte sur l’IA pour retrouver l’espace politique de l’époque impériale. Le parti communiste dirige grandes entreprises et forces armées dans la réalisation de programmes militaires. L’IA doit permettre de passer de la guerre de l’information, dominée par les Etats-Unis, à celle de la guerre « intelligencielle » où s’accélère la prise de décision. La Chine, qui compte rattraper les Etats-Unis en matière d’IA dès 2025, prévoit d’y investir jusqu’à 50 Mds$ en 2030. Des opérations de propagande se superposent à cette compétition technique pour dissuader le camp adverse. Par ailleurs, les GAFA sont portés par le néolibéralisme, auquel adhère la plupart des dirigeants politiques occidentaux et qui fait passer l’économie avant l’intérêt général, estime Charles Thibout. Déjà, les GAFA s’émancipent du gouvernement fédéral américain en vendant leurs technologies à la Chine. Leurs postures politiques et diplomatiques conduisent à la déconstruction des Etats-nations, en vue de constituer des populations transnationales et apolitiques.

Loïc Salmon

Google, fondé en 1998, fournit des services technologiques via son moteur de recherche. Propriétaire du site YouTube et du système téléphonique Android, sa valeur boursière est passé de 176 Mds$ en 2008 à 550 Mds$ en 2016. Apple (1976), conçoit et commercialise produits électroniques grand public, ordinateurs personnels et logiciels informatiques (Macintosh, iPod, iPhone et iPad), dont une grande partie est fabriquée en Inde et en Chine. En 2017, il emploie 116.000 personnes dans 22 pays et est valorisé à 170 Mds$. Facebook (2004), réseau social en ligne, permet à ses usagers de diffuser images, photos, vidéos, fichiers, messages et de constituer des groupes. Son usage des données personnelles, son rôle dans la propagation de fausses nouvelles (« fake news ») et sa politique de régulation des contenus suscitent des interrogations. En juin 2015, il a réalisé un chiffre d’affaires de 17,9 Mds$. Amazon (1995) commercialise tous types de produits culturels et alimentaires avec des sites spécifiques dans 15 pays (Europe, Asie et continent américain). Sa capitalisation boursière atteint 586 Mds$ en novembre 2017.

Cyber : dilution des frontières territoriales et souveraineté

Défense : information falsifiée, internet et réseaux sociaux




Défense : le cinéma, de la communication à la réalité

Dans les films mettant en scène des combattants, y compris de l’ombre, la réalité prend de plus en plus le pas sur l’antimilitarisme et la caricature d’hier. De leur côté, les institutions de défense les considèrent comme des canaux de communication et de recrutement.

Ce thème a été abordé lors d’une conférence-débat organisée, le 28 juin 2018 à Paris, par l’Association nationale des auditeurs jeunes de l’Institut des hautes études de défense nationale. Y sont intervenus : Bénédicte Chéron, enseignante à l’Institut catholique de Paris ; Pauline Blistène, chercheuse à l’Institut des sciences juridiques et philosophiques de la Sorbonne Paris I ; Cécile Ducrocq, scénariste et réalisatrice.

Relation aléatoire en France. La guerre constitue un sujet cinématographique porteur pour les armées, explique Bénédicte Chéron. Dès 1897, les frères Lumière tournent le film « La dernière cartouche » sur la bataille de Bazeilles (1870), reconstituée en studio. Les armées, qui ont pris conscience de la nécessité de garder des images des opérations, créent un service photographique et cinématographique en 1915, qui deviendra plus tard l’ECPAD (Etablissement de communication et de production audiovisuelle de la défense). L’action militaire sert la propagande destinée à la population à l’arrière du front. En racontant la vie militaire, le cinéma va jouer un rôle dans la relation des Français avec leurs armées pendant une centaine d’années. Dès 1920, le soldat n’apparaît plus comme un héros du XIXème siècle, mais plutôt comme un martyr ou une victime. La Grande Guerre, souvent désignée sous le terme de « boucherie », n’incite guère à traiter des conflits ou de l’héroïsme. Après 1940, les civils remplacent les militaires vaincus, qui n’incarnent plus l’héroïsme de la littérature historique. Ils sont mis en scène dans « La bataille du rail » (1946) et « L’armée des ombres » (1969). Il faudra attendre « La 7ème Compagnie » (1973), qui connaît un gros succès en salle, pour renouer avec le second conflit mondial. Les guerres de décolonisation modifient encore la représentation des armées, avec quelques films sur celle d’Indochine puis sur celle d’Algérie, où surgit l’antagonisme entre les « appelés » du contingent, les « engagés » et surtout les officiers d’active. Les premiers sont présentés comme des victimes envoyées à la mort par une hiérarchie politique et militaire sans conscience morale, notamment dans « Avoir vingt ans dans les Aurès » (1972) et « R.A.S. » (1973). A la suite des conflits précédents, les militaires professionnels sont perçus comme des « bourreaux », qui trouvent un exutoire dans la pratique de la torture. Ces caricatures ne facilitent pas le dialogue entre les milieux militaire et cinématographique. Pierre Schoendoerffer, cameraman pendant la guerre d’Indochine, pense à la postérité. Il met en scène des héros universels, héritiers du XIXème siècle et moines-soldats, avec « La 317ème section » (1965) et « Le Crabe-tambour » (1976). La sortie du film « L’honneur d’un capitaine » (1982), pour lequel la hiérarchie militaire a découragé le réalisateur, a rouvert de vieilles blessures dans l’institution. Avec la suspension du service militaire obligatoire (2002), la présentation cinématographique de la vie militaire dans sa diversité devient plus réaliste.

Partenariat aux Etats-Unis. Les liens entre la défense et le cinéma américains remontent à des décennies, rappelle Pauline Blistène. Dès 1931, le FBI (police fédérale et service de renseignement intérieur) a noué des relations avec le cinéma pour obtenir le soutien de la population et du Congrès…qui vote son budget ! Le Pentagone (ministère de la Défense) a suivi très tôt son exemple, au point de créer un « complexe militaro-divertissement », similaire au complexe militaro-industriel dénoncé par le président Eisenhower en 1961. Pendant le second conflit mondial, le monde du cinéma a contribué à l’effort de guerre pour unir la population américaine, par le biais de films de propagande, comme « Destination Tokyo » (1943), ou ceux de John Ford. Ce partenariat s’officialise en 1948 par l’ouverture d’un bureau de liaison à Hollywood, en vue d’une représentation réaliste des armées américaines à l’écran. Après la critique hollywoodienne de la guerre au Viêt Nam dans les années 1970, le Pentagone a négocié le prêt de matériels contre un droit de regard sur le scénario, notamment pour le film « Top Gun » (1984). Pendant la guerre froide (1947-1991), la CIA (service de renseignement extérieur) a souffert de son image, systématiquement mauvaise, à l’écran. Les scénaristes se sont notamment inspirés des « mémoires » des anciens agents de renseignement. Jalouse de la relation privilégiée du Pentagone avec Hollywood, la CIA a dû lutter pour sa survie à l’issue. Elle s’est donc résolue à communiquer en ouvrant un bureau à Los Angeles en 1995, puis un site internet. Après les attentats terroristes de 2001, la fiction étant l’unique point de contact entre les services de renseignement (SR) et le cinéma, elle a organisé des réunions entre ces derniers et des scénaristes, considérés comme plus imaginatifs. Sa culture du secret lui interdisant toute contrepartie, elle laisse le champ libre aux réalisateurs auxquels elle reproche la méconnaissance de la réalité, même si elle participe à la production ! En France, le premier film sur la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), « Secret Défense », sort en 2008. Deux ans plus tard, celle-ci crée un poste de « chargé de communication ». Les attentats terroristes à Paris (2015) et Nice (2016) font prendre conscience de la nécessité d’entrer dans leur réalité par la fiction. La série télévisée sur la DGSE, « Le Bureau des Légendes », démarrée dès avril 2015, continue en 2018. Elle a contribué à un accroissement qualitatif du recrutement, selon Pauline Blistène.

« Le Bureau des Légendes ». Le film (français) sur les SR israéliens, « Les Patriotes » (1994), est montré au jeunes recrues de la DGSE pour rendre hommage à l’institution, indique Cécile Ducrocq, qui participe à la réalisation du « Bureau des Légendes ». La matière première vient des livres, souvent à charge, des anciens de la DGSE, de la presse, d’internet à condition de faire le tri, des personnels de la DGSE, à qui le scénario est raconté en gros, et de visites à son siège pour les décors. Ensuite, l’invention totale prime, car il ne s’agit pas d’être réaliste mais crédible. La partie romanesque, qui porte sur un agent mettant ses collègues en danger, inclut héros, martyrs, victimes, trahison et dilemme moral permanent. L’espionnage constitue un vrai « pain bénit » pour les scénaristes.

Loïc Salmon

Intégrée à la Direction à l’information et à la communication de la défense, la Mission cinéma s’adresse aux professionnels de l’audiovisuel désireux de conduire des projets relatifs au ministère des Armées. Encadrée sur les plans juridique et financier, elle les accompagne, des premiers conseils à l’écriture à la communication lors de la distribution du film, en passant par l’accueil des tournages, la mise à disposition de matériels, de fonds de soutien financier et d’archives ou une proposition de co-production. En vue d’une mise en contact des réalités de la défense, la Mission cinéma accueille les scénaristes en immersion, sur le terrain ou dans les entités militaires.

DGSE : le renseignement à l’étranger par des moyens clandestins

Renseignement et cinéma : des logiques difficilement compatibles

 




Sécurité : corruption et évasion fiscale, conséquences lourdes

Elément à part entière des relations économiques locales et internationales, l’argent « sale », issu de la corruption ou de l’évitement de l’impôt, sert à financer le terrorisme et les activités criminelles.

Ce thème a fait l’objet d’une conférence-débat organisée, le 20 mars 2018 à Paris, par l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). Y sont intervenus : le magistrat Eric Alt, vice-président de l’association Anticor ; Carole Gomez, chercheuse à l’IRIS et co-auteure du livre « Argent sale. A qui profite le crime ? » ; Eric Vernier, chercheur associé à l’IRIS et spécialiste du blanchiment de capitaux.

Complexification croissante. La définition de l’argent « sale » varie, car, même gagné de façon légale, il peut être considéré comme « noir » ou « gris » selon les pays et les époques, explique Carole Gomez. Cela permet de dissimuler l’origine des fonds à réinjecter dans les circuits économiques licites (blanchiment). Depuis l’Antiquité, les pouvoirs publics veulent gommer l’origine peu recommandable de certains fonds, afin de les faire rentrer dans les caisses de l’Etat. Ainsi, l’empereur romain Vespasien (9-79 après JC) avait taxé la collecte d’urine, qui servait à fixer la peinture. A son fils, le futur empereur Titus, qui s’en étonnait, il avait répondu : « L’argent n’a pas d’odeur ». Au Moyen-Age et à la Renaissance, les dirigeants politiques ont tenté de lutter contre la corruption, sans grand succès. Au XXème siècle et jusque dans les années 1990, les pots-de-vin versés pour emporter un marché étaient déductibles du chiffre d’affaires de l’entreprise concernée. L’argent sale provient des partis politiques, des groupes criminels, de la contrefaçon ou de trafics divers (drogue, prostitution et racket) pour alimenter des activités illégales. Transparency International, organisation non gouvernementale allemande anti-corruption étatique, établit des classements par pays mais selon des critères peu pertinents, précise Carole Gomez. Ainsi, certains pays comme le Soudan et la Syrie sont toujours mal traités et d’autres très bien, comme les pays scandinaves…dont certaines personnalités politiques ont pourtant placé des fonds dans les paradis fiscaux ! Ces derniers, qui permettent d’échapper à l’impôt, déresponsabilisent les particuliers qui en ignorent les dangers sous-jacents. Les flux d’argent sale se sont accrus avec la mondialisation et le développement de la technologie : la « crypto-monnaie » (argent électronique) a vu le jour en 1997. Les Etats et organisations internationales se sont rendus compte du danger, mais avec retard. Par ailleurs, les média renforcent l’idée de l’augmentation des flux en jeu. Toutefois, la crise économique persistante a rendu la société civile moins tolérante. La connaissance approfondie de ses mécanismes constitue un outil efficace contre l’argent sale. Mais les mesures de prévention et les actions des « lanceurs d’alerte » auront toujours un temps de retard.

Du « sale » au « propre ». Le blanchiment d’argent n’est jamais abordé dans les réunions du G-20 (19 pays et l’Union européenne), souligne Eric Vernier. L’argent du crime est estimé à 2.000 Mds$, soit autant que le produit intérieur brut du continent africain, et dont la moitié passe par les circuits bancaires. Le GAFI (Groupe d’action financière contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme) établit une liste de pays non coopératifs, mais qui se vide au cours des années et n’inquiète guère la Russie, la Chine, Israël, le Liban, Singapour, Hong Kong ou l’Etat américain du Delaware. Selon des organisations non gouvernementales (ONG), seulement 1 % des avoirs des anciens dictateurs est retrouvé. Ainsi, des avocats recherchant ceux du colonel Kadhafi après sa chute (2011) en ont trouvé 800 M$ dans une banque sud-africaine. Les paradis fiscaux ne profitent qu’aux non-résidents, la France en étant un pour les riches Qataris, estime Eric Vernier. Les ONG spécialisées en dénombrent une soixantaine dans le monde. L’Union européenne (UE) a établi une liste de 17 pays, réduite à 7 après la publication des « Panama Papers » en avril 2016. Cette liste exclut une vingtaine d’Etats européens, dont les Pays-Bas, Malte, Chypre, Gibraltar, la Belgique et la Suisse. Les pays en développement qui acceptent des entreprises multinationales chez eux n’y figurent pas. Depuis, des sociétés extraterritoriales et tout à fait légales sont parvenues à des « arrangements ». Ainsi la société suisse de services financiers UBS a payé 2 Mds$ pour éviter une enquête sur le blanchiment d’argent. La Suisse doit donner les noms de 40.000 clients à la France…qui ne les réclame pas. Barons de la drogue d de la Colombie et du Mexique, hommes politiques et chefs d’entreprises de divers pays ont bénéficié des mêmes montages et avantages financiers. La publication des « Paradise Papers » (novembre 2017) a mis au jour un véritable « système de fraude fiscale », souligne Eric Vernier. Par exemple, un sportif français de haut niveau peut acheter légalement un bateau à Malte sans avoir à payer la taxe à la valeur ajoutée en France. Grâce à des montages sophistiqués, une société française, ayant pignon sur rue, aide des petites entreprises de commerçants ou d’artisans à s’installer en Grande-Bretagne pour éviter l’impôt. Dans le même but, l’agence de location de logements AirBnB propose à des particuliers d’ouvrir un « compte parabancaire » (non soumis aux obligations des banques) à Gibraltar, lequel ne sera pas déclaré aux autorités françaises. Les locations à Paris atteignent plusieurs centaines de millions d’euros par an. Selon Eric Vernier, les nouvelles technologies permettent aux marchés financiers supranationaux d’augmenter les fraudes, mais aussi de lutter contre.

Riposte possible. Au sein même de l’UE, certains Etats proposent des « optimisations fiscales » aux ressortissants des autres pays membres, rappelle Eric Alt. Toutefois, la coopération entre société civile et législateur a conduit à une loi sur la vigilance des sociétés mères et de leurs filiales. Des ONG comme Transparency International, Sherpa et Anticor ont obtenu l’agrément de se porter partie civile. Enfin, le parquet financier compte des personnalités qui prennent des décisions courageuses, conclut Eric Alt.

Loïc Salmon

Le service de renseignement « Tracfin » dépend du ministère des Finances. La cellule d’analyse stratégique exploite les informations disponibles, en vue d’identifier les tendances en matière de blanchiment des capitaux et de financement du terrorisme. Le département d’analyse, du renseignement et de l’information suit les déclarations relatives au soupçon et assure les relations internationales. Le département des enquêtes effectue les investigations approfondies sur tous les types de blanchiment. Le pôle juridique et judiciaire remplit des missions d’expertise et de conseil pour caractériser des faits susceptibles de constituer une infraction. Il travaille en liaison avec la Police nationale, la Gendarmerie nationale et l’Office de répression de la grande délinquance financière. La mission des systèmes d’information s’occupe du fonctionnement et de l’évolution des moyens informatiques de Tracfin.

Sécurité : la contrefaçon et ses conséquences économiques, sanitaires et criminelles

Afrique : fraude et corruption des agents publics, des fléaux difficiles à éradiquer




Défense : information falsifiée, internet et réseaux sociaux

Résilience de la société et débat libre et ouvert, atouts des démocraties, leur permettent de lutter contre la manipulation de l’information par des Etats autoritaires ou des organisations non étatiques, qui exploitent leurs vulnérabilités à des fins stratégiques.

Le Centre d’analyse, de prévision et de stratégie (CAPS) du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire (IRSEM) ont rendu public, le 4 septembre 2018, leur rapport sur les manipulations de l’information. Le même jour à Paris, ils l’ont présenté au cours d’une conférence-débat, ouverte par Florence Parly, ministre des Armées. Parmi les intervenants figurent : Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, directeur de l’IRSEM ; Marine Guillaume, chargée de mission au CAPS ; Alexandre Escorcia, directeur-adjoint du CAPS ; le diplomate Manuel Lafont Rapnouil, Conseil européen des relations internationales ; Grégoire Lemarchand, Agence France Presse.

Menace et arme à contrer. La manipulation de l’information crée crispation et haine de l’autre et sème trouble et zizanie, estime Florence Parly. La désinformation remplace la critique raisonnée par la défiance a priori et profite de la liberté d’expression des sociétés démocratiques. La répétition et la diffusion rendent légitimes et « vraies » de fausses informations, qui mélangent habilement le vrai et le faux. Elles peuvent viser les forces armées pour tenter de faire croire à leur inefficacité et saper leur crédibilité en dénonçant des agissements supposés. Toutefois, le rapport CAPS/IRSEM identifie, chez les adversaires des démocraties, trois vulnérabilités, donc des opportunités pour leur permettre de riposter. D’abord, les services de renseignement pénètrent le champ des perceptions adverses, détectent les innombrables comptes twitter ou d’agents virtuels, relais de fausses nouvelles et amplificateurs d’anecdotes. Les experts du Centre interarmées des actions sur l’environnement et le Commandement de la cyberdéfense participent aux détections et déconstructions des tentatives de manipulation de l’information. Ensuite, la détermination à innover constitue une autre opportunité. Bientôt, l’intelligence artificielle pourra signaler et contrer la diffusion d’une information inventée. Elle dénichera les faux comptes et garantira la sécurité numérique. Enfin, la riposte à la désinformation nécessite actions interministérielles et partenariats avec les acteurs privés. La lutte contre le terrorisme, via internet, a déjà amélioré les relations de l’Etat avec les GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon). Les coopérations concernent tous les pays membres de l’Union européenne et du G7, touchés par la manipulation de l’information. Ce sujet s’inscrit dans l’établissement d’un dialogue avec la Russie sur l’architecture de la sécurité européenne, conclut Florence Parly. Ensuite, Jean-Baptiste Jeangène Vilmer et Marine Guillaume ont présenté le rapport CAPS/IRSEM.

Daech. Selon ce rapport, la campagne de l’Etat islamique (Daech) sur les médias sociaux lui a permis d’attirer plus de 18.000 combattants étrangers de 90 pays entre 2005 et 2015. Sa propagande propose une vision du monde manichéenne, simple et « complotiste » (actions d’un groupe occulte) pour expliquer l’ensemble de la vie en société. Elle cible les vulnérabilités sociales, économiques, politiques et culturelles des sociétés visées. Possesseur de sites internet, forums de conversations et revues en ligne, Daech recourt de façon intensive aux réseaux sociaux, blogs, messageries instantanées et sites de partage vidéo. Actif sur les forums spécialisés (« terror forums »), il prépare ses opérations terroristes sur le « Darknet » (réseau permettant l’anonymat sur internet).

Russie. Les ingérences constatées lors des référendums (Pays-Bas, « Brexit » et Catalogne) et des élections (Etats-Unis, France et Allemagne) sont liées de près ou de loin à la Russie, indique le rapport. Dans l’ensemble, 80 % des efforts d’influence en Europe lui sont attribués, le reste se répartissant, en gros, entre la Chine, l’Iran et Daech. Seules l’URSS puis la Russie ont officialisé la manipulation de l’information pour affaiblir l’Occident. Celle-ci a d’abord été utilisée contre les minorités ethniques, nationales et religieuses de la Russie elle-même. Aujourd’hui, la manipulation mélange propagande de tradition soviétique et divertissement à l’américaine. Il s’agit moins de convaincre que d’affaiblir en divisant. En outre, des « cyberbrigades » ont été mises sur pied en 2017. Moscou considère ses méthodes comme défensives, face à la guerre de l’information menée par les Etats-Unis, et la promotion des valeurs libérales et démocratiques comme une action subversive pour renverser son régime.

Chine. Le savoir-faire de la tradition de la lutte idéologique et de la propagande est aujourd’hui au service des intérêts chinois, précise le rapport. Le parti communiste entend entretenir sa légitimité à l’intérieur, influencer les opinions internationales et mettre en œuvre la guerre de l’information. Il s’agit de contrôler le discours dominant et d’influencer les croyances et perceptions des sociétés ouvertes, en vue de servir les intérêts de la Chine et de réduire leur capacité de réponse. Ingérence et influence se manifestent par l’instrumentalisation des diasporas chinoises (prises de contrôle des médias en chinois) et d’anciens hommes d’Etat européens, la pénétration d’organisations régionales (Interpol et Conseil de l’Europe) et les pressions sur les chercheurs (visas et financement de programmes). Elles ciblent surtout l’Australie, la Nouvelle-Zélande et les pays d’Europe de l’Est et d’Afrique.

Union européenne. La manipulation de l’information s’infiltrant au cœur des mécanismes internationaux pour entraver la décision, il faut aussi lutter contre notre propre crédulité, souligne Manuel Lafont Rapnouil. L’expérience de l’Estonie, qui y a été exposée, lui donne une capacité de prévision, indique Alexandre Escorcia. Déjà, la lutte contre la manipulation de l’information est particulièrement prise en compte par la Commission européenne et le Service européen pour l’action extérieure.

Média. Dans ce domaine, les média sont passés du déni à la vérification des sources sur les réseaux sociaux en cas de « partage », souligne Grégoire Lemarchand. De leur propre initiative, ils ont établi collectivement des normes (« fact-checkings ») sur la déontologie et la transparence pour intervenir sur les moteurs de recherche et auprès des annonceurs en ce qui concerne les sites colportant de fausses nouvelles.

Loïc Salmon

Le rapport « Les manipulations de l’information » résulte d’une enquête de terrain à l’initiative du CAPS et de l’IRSEM, qui ont effectué une centaine d’entretiens auprès : d’institutions publiques (ministères et services de renseignement) d’une vingtaine de pays (Asie, Europe, Amérique du Nord et Russie) ; d’organisations internationales (OTAN, OSCE et Union européenne) et d’organisations non gouvernementales ; d’universitaires, de « think tanks » et de journalistes. Il s’appuie aussi sur la littérature scientifique disponible. Il examine les causes, conséquences et réponses aux manipulations de l’information d’origine étatique, visant les populations d’autres Etats et présente 50 recommandations pour s’en protéger.

Chine et Russie : affirmations de puissance et difficultés internes

Cyber : prise de conscience du risque et perspectives (2030)

La face cachée d’internet




Armée de Terre : pas de victoire sans le soutien de la nation

Affrontement de deux volontés et fondé sur des ressources matérielles et immatérielles, la victoire implique, pour l’armée de Terre, la poursuite de son mandat sur 20-30 ans et l’intégration des innovations d’usage immédiat.

Ce thème a été abordé au cours d’un colloque organisé, le 6 février 2018 à Paris, par le Centre de doctrine et d’enseignement du commandement de l’armée de terre. Un diplomate et deux généraux de haut rang y sont intervenus.

Le dilemme du temps. Le pouvoir politique veut des victoires rapides, car l’opinion publique se lasse des engagements militaires longs après ceux en Afghanistan (13 ans), en Centrafrique (3 ans) et au Sahel (depuis janvier 2013), explique le diplomate. Il voit sa propre communication contestée par le « complexe militaro-industriel » dans les médias…qui racontent la guerre à sa place ! L’incertitude du monde actuel estompe l’idée de « guerre juste » et donc de victoire militaire définitive. L’ennemi soviétique d’hier a été remplacé par le terrorisme islamiste, avec une vision du monde différente de celle des Etats démocratiques. Quoique ce dernier soit identifiable au Levant et au Mali, la difficulté d’une interposition internationale entre factions rivales conduit à un combat sans fin et une victoire impossible. Sans accompagnement économique massif, les effets pervers l’emportent sur la victoire. Ainsi en Libye, la réussite militaire franco-britannique de 2011 s’efface devant l’émergence des centres de transit de migrants clandestins et de trafics d’armes, comme en Irak depuis l’intervention américaine de 2003. Les contraintes budgétaires nécessitent de s’intégrer à une alliance, facteur de dépendance dans la prise de décision. En France, la fin du service militaire obligatoire et la recherche du « zéro mort » dans un conflit ont conduit à l’absence de prise de risques et donc de victoire. Or, souligne le diplomate, le monde doit reconnaître que la France porte un message, reste fidèle à son histoire et maintient son rang, le rôle de sa diplomatie étant de transformer la victoire aux yeux de tous en une paix durable. Les dirigeants politiques actuels n’ont connu ni le second conflit mondial ni les guerres de décolonisation. Mais conscients de l’Histoire ils s’imprègnent de la culture militaire par leurs fréquentes visites sur le terrain. Par ailleurs, aux Etats-Unis, les généraux sont reconnus comme les artisans de la victoire, alors qu’en France, cet honneur revient aux dirigeants politiques, en raison de la mauvaise image des militaires dans la nation après les guerres de décolonisation. Toutefois, les attentats terroristes de 2015 et 2016 ont eu pour conséquence de valoriser les services de renseignement, autrefois mal vus, et les militaires avec l’opération « Sentinelle ».

La constance et la patience. Le chef militaire doit concilier le temps de son action sur le terrain avec celui, très court, du pouvoir politique, et celui, très long, du diplomate et éviter qu’ils divergent, indique l’un des généraux. Cela passe d’abord par une réflexion sur les crises, toujours différentes, et la connaissance de leurs acteurs, pour ne pas appliquer à une crise nouvelle la solution de la précédente. La fascination pour les images de départs de navires et de déploiements d’avions et d’hélicoptères dans la gestion des crises occulte la nécessité de jouer sur tous les leviers et dans le temps long, surtout quand elles durent plus de dix ans (Kosovo, Irak, Afghanistan). Entre 2014 et 2017, la coalition internationale a largué 100.000 bombes contre Daech en Syrie et en Irak, soit cinq fois plus que sur Dresde en 1944. Par ailleurs, tout pays membre d’une coalition internationale doit rester lucide quant à son poids dans la décision opérationnelle. Ainsi, dans celle contre les talibans, la France n’a fourni que 2,5 % des effectifs pour contrôler 3 % du territoire afghan. Une erreur consiste à tenter de résoudre les crises une par une, en partant du principe qu’elles sont disjointes, alors qu’elles surviennent en réseau, comme en Libye, Irak et Syrie. L’action précipitée, sous le coup de l’émotion et de la pression médiatique, peut avoir de graves conséquences, comme le brusque afflux de 5.000 migrants clandestins en Méditerranée après la diffusion mondiale d’une vidéo montrant un enfant mort sur une plage. Enfin, précise le général, l’engagement politico-militaire ne peut reposer sur un consensus lent. Le pouvoir politique doit donner une directive claire et rapide sur les objectifs à atteindre, pour lesquels les militaires présentent des options d’action avec les risques encourus.

L’action durable. Autrefois, gagner la guerre consistait à remporter une grande bataille ou s’emparer d’une capitale pour détruire une idéologie. Aujourd’hui, souligne l’autre général, la liberté d’action s’impose à l’armée de Terre pour défendre les intérêts de la France dans un monde multipolaire, asymétrique et connecté. Elle doit pouvoir agir vite et loin, en toute circonstance, où il faut et autant que nécessaire, par une opération aéroportée ou amphibie. Cela implique maîtrise du renseignement, masse et épaisseur. Cela va de l’interopérabilité avec les armées des Etats baltes, à l’adversaire hybride dans la bande sahélo-saharienne et à la combinaison des forces armées avec celles de la sécurité intérieure (autorités civiles, douane et gendarmerie). En cas de coup dur, la résilience inclut action de communication, acte juridique et application de règles éthiques pour éviter la barbarie. La spécificité militaire (donner et recevoir la mort) nécessite endurance, aguerrissement et volonté du pouvoir politique de détruire l’ennemi. L’initiative sert à mener l’action pour exercer une influence et obtenir un effet final pertinent. Elle implique imposition du tempo à l’adversaire et réversibilité de l’action, car le temps militaire diffère de celui de la reconstruction. L’efficience repose sur une intervention brutale et décisive des forces spéciales et conventionnelles. Pour empêcher l’adversaire de prendre un ascendant tactique par l’emploi inattendu de moyens bon marché, comme un drone commercial armé de façon rudimentaire, l’achat d’une technologie de pointe « sur étagère » satisfait le besoin d’urgence opérationnelle. Par ailleurs, une intervention armée ne se justifie qu’avec le soutien de la population locale. Ainsi l’opération « Serval » au Mali (2013) l’a pris en compte dans le cadre d’une approche globale régionale, avec un appui international et le partage de renseignements sur place et en France.

Loïc Salmon

Le Centre de doctrine et d’enseignement du commandement de l’armée de terre anime la pensée militaire au profit de l’efficacité opérationnelle des forces terrestres. Il assure la formation des futurs décideurs à différents niveaux. L’enseignement militaire supérieur Terre prépare à l’exercice de hautes responsabilités ou de postes de direction exigeant un niveau élevé de qualifications scientifiques et techniques. Il enseigne le travail en état-major et en interarmées, au sein de quatre établissements : Ecole d’état-major pour jeunes capitaines et sous-officiers ainsi que pour les officiers candidats au concours d’entrée à l’Ecole de guerre ; Cours supérieur interarmes ; Enseignement militaire supérieur scientifique et technique ; Ecole supérieure des officiers de réserve spécialistes d’état-major.

Les diplomates, acteurs de la politique étrangère et représentants de la France

Armée de Terre : faire face à toutes menaces, ici et là-bas




Rendre le renseignement plus efficace dans la lutte contre le terrorisme

Interne à un pays, international et combiné à la criminalité protéiforme, le terrorisme a suscité une coordination plus intense entre les services de renseignement, nationaux, européens et même au niveau de l’ONU…longtemps rétive au renseignement !

Cet ouvrage est issu d’un colloque organisé, le 25 septembre 2017 à Paris, par le Club Participation et Progrès. Malgré la résonance médiatique, les attentats en France (2015 et 2016) et en Grande-Bretagne (2017) n’ont guère pesé sur les élections. Les terroristes islamistes veulent « tuer une idée », à savoir ce qu’ils rejettent (permissivité, laïcité, individualisme et liberté de mœurs) et donc ceux qui la véhiculent : jeunes gens insouciants, foules cosmopolites et représentants de l’Etat. Pourtant, malgré des effectifs sans précédent en matière de terrorisme, Daech et Al Quaïda n’ont pu devenir des mouvements de masse, car la grande majorité des musulmans dans le monde exprime une opinion négative à leur égard. La lutte contre le terrorisme a altéré progressivement leurs capacités d’action, par l’élimination de leurs chefs, a enrayé leur développement et les a placés sur la défensive. Au Proche-Orient et dans la bande sahélo-saharienne, des groupes armés terroristes utilisent des modes d’action militaires, quand ils sont en position de force, et recourent aux agressions aveugles quand ils ne le sont plus. La lutte contre le terrorisme commence par le renseignement. Celui-ci collecte des données puis construit une « réalité », basée sur la capacité à comprendre les actions humaines et à leur trouver un sens pertinent. Les services de renseignement (SR) doivent surmonter leurs défaillances : idées préconçues, préjugés et tendance à plaquer des schémas anciens sur des phénomènes nouveaux. Il s’agit de déterminer le ratio entre la volonté et la capacité de nuisance des groupes terroristes. L’identification des vulnérabilités psychologiques de leurs membres et des faiblesses de leurs organisations permet de repérer leurs contradictions internes, les divergences de vues sur la stratégie à mener et les rivalités personnelles, souvent très violentes. Comparable à la Direction nationale du renseignement aux Etats-Unis ou au « Joint intelligence Committee » en Grande-Bretagne, le Conseil national du renseignement (CNR), créé en 2008 en France, a pris une dimension supérieure en 2017 avec la mise en place du Centre national de contre-terrorisme, qui fait remonter directement au chef de l’Etat une information immédiate, recoupée et pertinente. Des analyses « prospectives » passent au crible les menaces émergentes liées à la crypto-monnaie (« Bitcoin »), aux imprimantes 3D, aux engins explosifs improvisés ou à la cybersécurité. Au sein du CNR, des spécialistes, issus des divers SR, traitent du contre-terrorisme, de la contre-ingérence ou de la contre-prolifération des armes de destruction massive. Un magistrat, venu du parquet anti-terroriste, assure le suivi judiciaire et facilite les relations entre le milieu du renseignement et celui de la justice. Le contre-terrorisme nécessite le partage immédiat d’informations entre les SR, bâtis sur le long terme, le cloisonnement et le secret. Enfin, « l’intelligence Campus » (2017) allie réflexion et expérimentation en réunissant, en réseau et en un même lieu, militaires, financiers, chercheurs, entrepreneurs, techniciens, philosophes et… artistes !

Loïc Salmon

Sécurité : le renseignement dans la lutte contre le terrorisme

Renseignement : lancement de « l’Intelligence Campus »

Sécurité : Israël et la France, face au terrorisme islamiste

« Rendre le renseignement plus efficace dans la lutte contre le terrorisme », ouvrage collectif. Éditions L’Harmattan, 132 pages, 15 €