Défense : vers un renforcement du lien Armées-Nation

Outre leurs objectifs stratégiques et opérationnels, les armées constituent une chaîne humaine, des anciennes générations aux plus jeunes, au sein de la nation qu’elles servent aussi par leur action sociale et le devoir de mémoire. Geneviève Darrieussecq, secrétaire d’Etat auprès de la ministre des Armées, a présenté ses objectifs devant la presse, le 20 octobre 2017 à Paris.

Service national universel. Projet de société voulu par le président de la République, le « service national universel » ne sera pas militaire et résultera d’une coordination interministérielle relevant du Premier ministre, souligne la secrétaire d’Etat. Il impliquera notamment les ministères des Armées, de l’Intérieur, de l’Education nationale et des Sports. D’une durée d’un mois, il vise à susciter l’engagement personnel et citoyen et développer l’esprit de défense et de la sécurité du pays. Il pourrait inclure, notamment, la cybersécurité de base et l’apprentissage des gestes de premiers secours en cas de catastrophe naturelle ou de terrorisme. Il permettra de vérifier le niveau d’illettrisme et l’état de santé des jeunes (dépistage et prévention de maladies). Au niveau parlementaire, la commission de la défense et des forces armées de l’Assemblée nationale va mettre sur pied une mission spécifique sur le projet de service national universel. Le Sénat devrait faire de même. Dans une première phase, le Premier ministre va constituer une mission d’inspection de tous les dispositifs existants concernant la jeunesse. Ensuite, une commission de haut niveau procédera à des auditions et évaluera les éléments juridiques, en vue de formuler des propositions au printemps 2018. Puis le président de la République fixera une ligne budgétaire bien identifiée dans le projet de loi de finances 2019. Responsable de la contribution de son ministère au projet de service national universel, Geneviève Darrieussecq a rappelé l’appétence des armées à développer un soutien à la jeunesse par leur savoir-faire, notamment dans le cadre du « service militaire adapté » pour l’insertion socioprofessionnelle des jeunes de 18 à 25 ans dans les départements et territoires d’outre-mer. En outre, à titre expérimental, l’armée de Terre a organisé un « service militaire volontaire » d’un an en métropole pour 1.000 jeunes en difficultés, dont 70 % ont pu se réinsérer dans la société à l’issue. Mais cela nécessite du personnel d’encadrement, que les armées peinent à fournir en raison de leurs engagements prioritaires. La « Journée Défense et Citoyenneté », essentiellement encadrée par la Gendarmerie et les réservistes, devrait disparaître lors de la mise en œuvre du service national universel, a indiqué, Geneviève Darrieussecq.

Société et culture. Relais du monde combattant, le secrétariat d’Etat l’accompagne, de la formation initiale puis continue au cours de la carrière et jusqu’à la réinsertion dans la vie civile. Il développe des partenariats avec les centres académiques et d’enseignement technique, pour faciliter le recrutement de militaires formés. Le Service de santé des armées évolue et organise son réseau local, pour conserver sa capacité opérationnelle et mettre ses compétences à la disposition de la population. Par ailleurs, le ministère des Armées constitue le deuxième opérateur culturel de l’Etat avec les musées de l’Armée, de la Marine et de l’Air et de l’Espace. Les hauts lieux de mémoire militaire, qui connaissent une fréquentation croissante avec 12 millions de visiteurs par an, apportent un soutien économique local.

Loïc Salmon

Garde nationale : catalyser les réserves militaires et civiles

Résilience : la survie de la collectivité nationale

Service de santé des armées : garantir aux blessés les meilleures chances de survie




Défense : le « plan famille » de fidélisation des militaires

« Rendre possible la conciliation entre l’engagement dans les armées et une vie familiale épanouie », tel est l’objectif du « plan famille » 2018-2022.

Florence Parly, ministre des Armées, a ainsi présenté à la presse, le 31 octobre 2017 à Paris, ce plan destiné à améliorer les conditions de vie des militaires.

Compréhension et concertation. Le plan famille a été établi avec les instances de concertation (Conseils et Conseil supérieur de la fonction militaire) et les associations impliquées dans l’action sociale. D’un montant de 300 M€ de crédits nouveaux sur 5 ans, il sera mis en œuvre à 70 % dès 2018. Il comprend douze mesures, dont la moitié pourra s’appliquer au personnel civil du ministère des Armées : faciliter la vie du conjoint par un élargissement et une simplification de l’offre des prestations sociales ; fournir au militaire déployé un accès internet wifi gratuit, surtout dans les emprises mal équipées du territoire national ; amplifier le soutien moral et psychologique des familles avant, pendant et après les missions opérationnelles ; exonérer de toute avance de fonds le militaire lors des déplacements en mission ; offrir aux militaires une meilleure visibilité sur leur mutation, soit 5 mois de préavis dans 80 % des cas ; améliorer le dispositif de prise en compte des déménagements ; renforcer et améliorer l’offre de logement dans les zones de densification ou de tension locative forte, notamment en Ile-de-France, en proposant 660 logements en métropole de 2018 à 2020 ; accompagner tous les membres de la famille, à savoir dans le travail du conjoint, la garde des enfants (240 places supplémentaires en crèche en 2018) et leur scolarité ainsi que la vie associative ; faciliter l’information et l’intégration des familles à la communauté de défense (création d’un portail e-social) ; faciliter la capacité du commandement à organiser localement des activités de cohésion incluant les familles ; individualiser les parcours professionnels, notamment pour les familles monoparentales ou séparées et les couples de militaires, en vue de pouvoir exercer leur droit de visite des enfants ; épauler les familles lors de la blessure du militaire ou de son décès.

Sociologie militaire. Selon une étude réalisée par le ministère des Armées, 47 % des militaires sont mariés, 6 % ont signé un PACS et 18 % ont vécu une rupture d’union. De nombreuses femmes militaires vivent en couple avec un conjoint militaire. Environ 55 % des militaires ont des enfants (deux en moyenne). En tout, 70 % des militaires ont constitué leur propre famille : 90 % en famille nucléaire, avec ou sans enfant ; 7 % dans une famille recomposée ; 3 % dans une famille monoparentale, surtout des femmes. En matière de logement, 42 % des militaires sont locataires de leur résidence principale, 33 % en sont propriétaires et 25 % sont hébergés à titre gratuit. La mobilité et ses contraintes conduisent 11 % des militaires, contre 1% des Français, à choisir le célibat géographique en raison du travail du conjoint, de la scolarité des enfants, de l’environnement social ou de la propriété de la résidence principale.

Djihadistes français. Florence Parly a précisé que les djihadistes français, capturés en Irak, seront jugés dans ce pays. La situation de leurs enfants sera examinée au cas par cas. Certains pourront être rapatriés, mais en tenant compte de la volonté de leurs parents. En Syrie, les Français combattant dans les rangs de Daech font l’objet d’un signalement auprès du Comité international de la Croix-Rouge. S’ils rentrent en France, ils s’exposent à des poursuites judiciaires systématiques.

Loïc Salmon

L’ONAC-VG : 100 ans au service du monde combattant

Service de santé : « Maison des blessés et des familles » à Percy

Défense : les armées, leur image et leurs moyens




Armée de l’Air : l’appui aérien aux opérations terrestres

Le processus « Air Land Integration » (ALI), à savoir une coordination élevée entre aéronefs et forces terrestres, implique une adaptation permanente de la mission au théâtre d’opération.

Le lieutenant-colonel Fabrice Laurens de l’état-major de l’armée de l’Air l’a présenté à la presse le 7 septembre 2017 à Paris, à l’occasion de l’exercice interarmées et interalliés « Serpentex ».

Synergie et technologie. Dans un contexte multi-théâtres, évolutif et avec emploi de technologies avancées, l’armée de l’Air met ses moyens en synergie au sein de la campagne globale. Elle respecte la liberté de décision et le choix des modes d’action de la composante terrestre bénéficiaire. L’ALI, qui nécessite un important investissement humain et technique, met en œuvre l’ensemble des processus tactiques (planification et conduite) pour optimiser la manœuvre interarmées. Il s’applique principalement à l’appui aérien : le feu au profit de troupes au sol et le renseignement pour les forces spéciales. La composante air de l’ALI met en place des chaînes de commandement adaptées au théâtre. Ainsi pour l’opération « Chammal » au Levant, les forces françaises sont engagées dans une coalition internationale au commandement très centralisé en raison des nécessités politiques du théâtre. L’appui aérien nécessite alors une coordination classée « haute » au niveau de l’état-major. En revanche dans la bande sahélo-saharienne, l’opération « Barkhane », menée par la France, permet une organisation décentralisée de l’ALI. La chaîne C2 Air (système de commandement et de conduite) descend au plus bas niveau tactique. Des officiers de l’armée de l’Air sont mis en place dans la structure du commandement Terre, constituant une prolongation, sur le terrain, du JFAC (commandement de la composante air interarmées) installé à la base aérienne de Lyon Mont-Verdun.

« Serpentex » 2017. La complexité des opérations nécessite un entraînement ALI très poussé en interarmées et interalliés, du plus bas niveau tactique à celui des chaînes C2. L’expertise de l’ALI, acquise pendant une dizaine d’années, est mise à profit dans l’exercice « Serpentex » (11-29 septembre 2017) à la base aérienne de Solenzara (Corse). Il vise à : entraîner les contrôleurs aériens avancés (JTAC) à leur mission d’appui aérien dans des conditions réalistes ; tester des matériels et éprouver des procédures nouvelles en interarmées et interalliés ; prendre en compte les opérations récentes. Plus de 10 pays, principalement de l’OTAN, soit 1.000 militaires dont 800 Français, participent à « Serpentex ». Ce dernier met en œuvre : une trentaine d’avions de chasse dont 17 étrangers ; 4 hélicoptères (1 Puma et 3 Fennec) ; 2 avions de transport tactique (Transall et Casa) ; 1 drone Reaper ou Harfang ; 1 avion radar AWACS E3-F ; 1 avion ravitailleur KC-135 français ; 74 JTAC, dont 13 instructeurs ; 1 système de défense sol-air Mistral de l’armée de Terre ; 1 simulateur de menace sol-air américain TRTG. Les commandos parachutistes de l’Air N°10, 20 et 30 utilisent le système « Alliance » pour effectuer le guidage terminal d’une bombe, en évitant les communications vocales. En outre, « Alliance » aide à la décision tactique en affichant : des points d’intérêt mise à jour en temps réel sur une carte ou une image satellite ; des éléments issus des bibliothèques ; les ordres de commandement. Il accélère la boucle décisionnelle pour l’appui aérien rapproché. Enfin, il réduit les risques de tirs fratricides et de dommages collatéraux par la visualisation de la zone létale de l’armement.

Loïc Salmon

Forces spéciales : ET «Poitou»/CPA10, binôme avions/commandos

Armées de l’Air et de Terre : interopérabilité en transport tactique et aérolargage

Défense : les opérations aéroportées, capacités spécifiques selon les missions




Défense : montée en puissance et restructuration

Les moyens des armées sont accrus au cours des années 2016 et 2017 et leurs dispositifs adaptés, notamment pour mieux lutter contre le terrorisme sur le territoire national.

Financement et effectifs. Les chiffres clés des armées ont été présentés à la presse, le 1er septembre 2016 à Paris, par l’Observatoire économique de la défense. Ce ministère a réalisé 81 % des dépenses de l’État en 2015, soit 18 Md€, dont 14 Md€ pour l‘équipement des forces auprès des grands groupes de défense et de 26.000 petites et moyennes entreprises et entreprises de taille intermédiaire. Avec l’actualisation de la Loi de programmation militaire 2014-2019, son budget 2016 a été accru de 600 M€ pour atteindre 32 Md€ avec la création nette de 2.300 emplois. En 2017, il sera encore augmenté de 600 M€ avec la création de 10.000 postes entre 2017 et 2019, correspondant à l’annulation des suppressions d’emplois antérieurement programmées. Fin 2015, les 61 bases de défense totalisent 60.386 civils et 202.964 militaires. Ceux-ci se répartissent ainsi : armée de Terre, 109.444 personnels dont 13.821 officiers, 37.610 sous-officiers, 57.342 caporaux et soldats et 671 volontaires ; Marine nationale, 35.411 (4.495 officiers, 23.566 officiers-mariniers, 6.583 quartiers-maîtres et matelots  et 767 volontaires) ; armée de l’Air, 42.037 (6.429 officiers, 24.828 sous-officiers, 10.746 militaires du rang et 34 volontaires) ; autres services, 16.072 (7.961 officiers, 6.595 sous-officiers, 874 militaires du rang et 642 volontaires). S’y ajoutent 28.100 réservistes opérationnels et 2.778 réservistes citoyens (hors Gendarmerie nationale).

L’opération « Sentinelle » de  protection du territoire national a été maintenue au maximum pendant la période estivale 2016 : 10.000 militaires déployés sur 2.500 sites de 78 des 101 départements. Le dispositif a inclus des missions particulières, à savoir la protection de 47 événements et le contrôle des flux à 14 postes frontières.

Renforcements des unités. Fin juillet 2016, le ministère de la Défense a annoncé diverses mesures pour 2017, dans le cadre de la montée en puissance des domaines prioritaires : cybersécurité, renseignement et fonction protection. Ainsi, l’armée de Terre doit renforcer la 13ème Demi-brigade de la Légion Étrangère, le 5ème Régiment de dragons et le 5ème Régiment de cuirassiers stationné aux Émirats arabes unis. La Marine nationale étoffe ses unités de protection, la défense maritime du territoire et ses centres opérationnels. En outre, elle va créer un peloton de surveillance maritime et portuaire de la Gendarmerie maritime pour l’ensemble Dunkerque-Calais. L’armée de l’Air poursuit la concentration de ses moyens par pôles de spécialisation. Elle prépare également la montée en puissance de nouvelles flottes d’aéronefs : avions de transport et de ravitaillement Airbus A330 MRTT ; avions de transport tactique C 130J Hercules, version améliorée du C 130 ; drones Reaper. Par ailleurs, le Centre d’analyse en lutte informatique défensive et le Commandement opérationnel de la cyberdéfense se renforcent au sein des armées. La Délégation générale de l’armement bénéficiera de l’allègement des déflations d’effectifs au profit de ses domaines prioritaires. Le Service des essences des armées va actualiser ses mesures, entraînant un report ou annulation de certaines d’entre elles. Enfin, le quatrième centre du Service militaire volontaire doit ouvrir à Châlons-en-Champagne en janvier 2017, après ceux de Metz, La Rochelle et Brétigny-sur-Orge.

Loïc Salmon

Défense : les armées, leur image et leurs moyens

Défense : effectifs et engagements en 2014-2015

Défense : actualisation de la LPM 2014-2019




L’armée au féminin

Depuis Jeanne d’Arc contre les Anglais (1429-1430) et Jeanne « Hachette » contre les Bourguignons (1472), les femmes continuent de s’illustrer dans les armées françaises.

Après les infirmières de la Grande Guerre, elles seront 6.000 à s’engager en 1939, nombreuses dans la Résistance et 13.000 dans l’armée de la Libération en 1944. Pendant la guerre d’Indochine, deux personnalités entrent dans la légende : le médecin pilote d’hélicoptère Valérie André, croix de Guerre des théâtres d’opérations extérieurs avec 7 citations et qui deviendra la première femme officier général ; la convoyeuse de l’air Geneviève de Galard, qui sert comme infirmière dans le camp retranché de Diên Biên Phu. Grande école militaire, Polytechnique accepte 7 femmes pour la première fois … en 1972. Saint-Cyr Coëtquidan suivra en 1983 et l’École navale en 1992. Mais, dès 1969, la Marine recrute des officiers féminins sur titres universitaires. De 1983 à 1987, 40 femmes embarquent à titre expérimental. La première pilote d’aéronautique navale est brevetée en 1986. La « féminisation » des frégates commence en 1993. Aujourd’hui, environ 200 femmes font partie de l’équipage du porte-avions Charles-de-Gaulle (1.910 marins). Les armées françaises sont devenues les plus féminisées d’Europe avec 15 % de leurs effectifs, mais avec des variantes sensibles. Selon le tableau de bord 2014 sur l’égalité hommes/femmes, la participation féminine se présente ainsi : 3,7 % des effectifs dans l’artillerie, soit 225 postes ; 0,5 % dans l’infanterie (87) ; 2,3 % dans le génie (187) ; 0,5 % dans l’arme blindée (32) ; 6,6 % dans la sécurité (102) ; 5,1 %  dans la maintenance (591) ; 6,3 % dans la logistique (482) ; 0,6 % parmi les fusiliers marins (16) ; 4,1 % dans la détection sous-marine (35) ; 2,8 % dans la mécanique navale (80) ; 7,2 %  parmi les maintenanciers aéronefs et vecteurs/matériels télécoms (626) de l’armée de l’Air ; 4 % du personnel navigant (112) ; 5,7 % parmi les spécialistes de l’armement (86) ; 5,7 % dans la sécurité incendie (76) ; 6,1 % dans les matériels environnement et mécanique sol (139) ; 4,6 % dans l’infrastructure (68). En revanche, le taux de féminisation du Service de santé des armées atteint 41,23 %, tous services confondus ! Discrétion oblige, ceux des services de renseignement et des forces spéciales réaliseraient des scores importants, même sur le terrain. Une lieutenante-colonelle a même commandé le détachement ALAT des opérations spéciales. Une pilote d’hélicoptères aux 4.500 heures de vol, qui a participé à une dizaine d’opérations extérieures en Afrique et dans les Balkans, a été récompensée pour son comportement au feu : chevalier de la Légion d’Honneur, croix de la Valeur militaire (2 citations) et Médaille de la défense nationale (2 étoiles). Par ailleurs, « L’armée au féminin » présente une galerie de portraits de femmes de tous grades, dont certaines témoignent directement de leur métier avec ses difficultés et ses moments forts. Les plus brillantes ont réussi le concours de l’École de guerre, puis quelques unes ont été désignées pour le Centre des hautes études militaires. En 2015, la vice-amirale Anne Cullerre est devenue sous-chef d’état-major « opérations aéronavales » et l’autorité pour la cyberdéfense de la Marine. Première femme ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie, très populaire de surcroît, a pu conserver son portefeuille 5 ans (2002-2007).

Loïc Salmon

Femmes en guerre 1940-1946

Parachutée au clair de lune

Femmes dans les armées : promotion par la compétence et soutien contre le harcèlement

« L’armée au féminin » par Jean-Marc Tanguy. Éditions Pierre de Taillac, 176 pages, plus de 150 documents, 22,90 €.




Renseignement : recomposition des services au début de la guerre froide (1945-1955)

Pendant la guerre froide, le renseignement prend une dimension politique et sa composante technique devient stratégique, pour éviter une troisième guerre mondiale.

Face à la puissance des services soviétiques, ceux de la France et de l’Allemagne coopèrent dès 1945, tandis que ceux de Grande-Bretagne et des États-Unis constituent une véritable communauté.Ce thème a fait l’objet d’un colloque organisé, le 6 juin 2016 à Paris, par l’Académie du renseignement et l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire. Y sont notamment intervenus : Maurice Vaïsse, historien ; Wolfgang Krieger, universitaire allemand ; Christopher Andrew, universitaire britannique ; Jean-François Clair, ancien responsable  de la lutte anti-terroriste à la Direction de la surveillance du territoire (DST).

Organisation et travaux. La défiance entre l’URSS et les Alliés occidentaux s’installe dès 1945, rappelle Maurice Vaïsse. Churchill attire l’attention sur le «  rideau de fer » en 1946. L’année suivante, Truman lance le plan Marshall de reconstruction économique de l’Europe, que les démocraties populaires refusent. En réponse, Staline s’appuie sur les réseaux du Komintern (Internationale communiste). Le monde se divise en deux camps : communiste, dirigé par l’URSS, et capitaliste sous l’égide des États-Unis. L’incapacité des vainqueurs de la seconde guerre mondiale à régler la question allemande entraîne l’affrontement de deux idéologies et l’établissement d’une solide frontière au milieu de l’Europe. Le besoin d’informations sur l’adversaire prend une importance sans précédent. Les services de renseignement (SR), dont les effectifs et les moyens augmentent, sont rattachés directement au plus haut sommet de l’État. Le SDECE (Service de documentation extérieure et de contre-espionnage) est créée en France en 1946 et la CIA américaine l’année suivante. Pour la France, les dangers allemand et italien restent d’actualité jusqu’en 1950. La DST recherche les collaborateurs et sympathisants nazis et les partisans de la décolonisation. La pesanteur du secret en URSS freine les recherches des SR occidentaux dans sa zone d’influence, en raison du peu de contacts avec les populations et des difficultés à recruter des espions. Il s’ensuit un recours aux anciens agents de l’Abwehr allemande. Le mythe de la «  5ème colonne » (partisans cachés) renaît en France et en Italie, où les partis communistes jouissent d’une grande audience depuis la Résistance. Aux États-Unis, une campagne anti-communiste, due à l’initiative du sénateur Mc Carthy, se déclenche après la découverte de la trahison des époux Rosenberg au profit de l’URSS. En Grande-Bretagne, l’agent double Philby informe Moscou sur le déchiffrement des messages soviétiques. Le renseignement technique prend de l’ampleur pour voir et écouter les pays voisins, surtout à partir de Vienne et Berlin. Les avions de transport, qui survolent l’URSS, testent ses défenses au profit des pays occidentaux. La Grande-Bretagne installe des stations d’interception radio et téléphonique dans les pays du Commonwealth. Les démocraties populaires, surtout la Pologne, truffent les ambassades occidentales de micros pour informer le KGB et le GRU (SR militaire) soviétiques. L’atome devient la cible principale, où convergent le secret scientifique, la guerre froide et le renseignement. Lors du projet de recherche « Manhattan » (1939-1946)  sur la première bombe atomique, les États-Unis en écartent la France, soupçonnée de connivence possible avec l’URSS. Mais ce sera le physicien britannique Fuchs qui en transmettra les plans à l’Union soviétique. En 1949, celle-ci fait exploser sa première bombe atomique, qui sera détectée par l’analyse de poussières radio-actives par les SR américains.

Résultats et conséquences. Malgré tous les efforts déployés par les SR, l’évaluation de la menace s’est avérée peu performante, souligne Maurice Vaïsse. Selon la CIA, l’URSS ne pouvait réaliser la bombe avant 1950, faute d’une quantité suffisante d’uranium. Les évaluations des capacités des armées conventionnelles ont varié du « tigre de papier » au « géant surarmé ». De Gaulle voyait la menace soviétique à deux étapes du Tour de France et le général de Lattre de Tassigny pensait que 4.000 chars soviétiques pourraient envahir la France. Or, sur les 175 divisions de l’URSS, un tiers d’entre elles étaient bien équipées, un tiers partiellement et un tiers mal. De son côté, le KGB a exagéré les forces soviétiques. La détection des mouvements suspects de troupes et l’anticipation du potentiel de destruction adverse ont exercé une influence politique. Finalement, le rôle stabilisateur des SR aura été un facteur de paix, conclut Maurice Vaïsse.

 Le SR ouest-allemand. En 1947, les SR français prennent contact avec le général Gehlen, ancien de l’Abwehr et fondateur d’une organisation de renseignement sur l’URSS surommée « l’org ». En vue d’un plan d’alerte avancée, ils souhaitent échanger des informations en matière de contre-espionnage et sur l’armement et les intentions militaires soviétiques, notamment en Pologne et dans les Balkans, contre des renseignements sur la Yougoslavie. La France voulait faire du renseignement militaire un élément fort de sa politique en Europe, face à la suprématie anglo-saxonne. Mais les États-Unis, qui comptent sur la France pour le renseignement en Afrique et sur l’Australie pour celui en Asie, entendent rester maîtres de « l’org ». En 1956, celle-ci devient le SR de la République fédérale allemande sous le nom de BND et la direction de Gehlen.

Le contre-espionnage britannique. Le gouvernement travailliste Attlee (1945-1961) a mobilisé le MI5 (contre-espionnage), contre l’Irgoun (organisation armée sioniste), auteur d’attentats terroristes en Palestine sous mandat britannique, et contre l’infiltration de la Chambre des communes par des agents communistes. Il instaure l’habilitation de sécurité dans la fonction publique. Un accord secret en matière de renseignement électronique est signé en 1946 avec les États-Unis. Le projet « Venona » de cryptanalyse a permis de déchiffrer quelque 3.000 messages soviétiques et de découvrir la liste de 36 agents en Grande-Bretagne depuis 1936, dont les « 5 taupes de Cambridge ». Celles-ci ont été plus habiles que leurs officiers traitants du KGB, souligne Christopher Andrew.

Loïc Salmon

Renseignement : opérations alliées et ennemies pendant la première guerre mondiale

Renseignement : hommes et moyens techniques pendant la première guerre mondiale

DGSE : le renseignement à l’étranger par des moyens clandestins

Le contre-espionnage français, créé en 1872, connaît diverses péripéties jusqu’au second conflit mondial, explique Jean-François Clair. Pendant la Résistance, Roger Wybot (1912-1997) monte le service de contre-espionnage du Bureau central de renseignement et d’action puis, en 1944, la Direction de la surveillance du territoire (DST) qu’il va diriger jusqu’en 1959. Il y instaure notamment les habilitations spéciales et divers services : technique ; manipulation ; documentation sur les papiers de toute origine pour orienter la recherche et les opérations. La DST a compétence sur le renseignement et la police judiciaire pour faciliter le dépistage des espions par recoupement. Elle doit notamment refuser d’accepter une allégeance à un pays étranger et épurer les colonies étrangères, surtout russes et polonaises, après les grandes grèves de 1947 et 1948.




OTAN : la France a repris toute sa place sur le plan opérationnel

La France participe à la posture dissuasive de défense de l’Alliance Atlantique sur les flancs Est et Sud. Devenue son 3ème contributeur financier avec 194,3 M€ en 2015, elle a mobilisé environ 9.000 militaires à son profit en 2014-2015, en plus de ceux déployés en opérations extérieures.

Le dispositif français. En septembre 2014, lors du sommet de l’OTAN à Newport, les 28 États membres ont notamment adopté un « Plan d’action réactivité » à deux volets : l’un de réassurance des pays alliés d’Europe orientale ; l’autre d’adaptation de la Force de réaction rapide. Dans le cadre du volet « réassurance », la France aura déployé 4.300 militaires en 2016, pour des opérations et exercices de qualification ou présentant une signification importante pour le ou les pays hôtes. D’abord, elle aura participé à 21 exercices, dont 10 sur le flanc Est : 12 maritimes, 4 terrestres, 3 aériens et 2 interarmées. Ensuite, 4 Mirage 2000-5 assurent la police de l’air de l’Estonie, de la Lettonie et de la Lituanie (60 militaires détachés en 2 périodes de 2 mois) de septembre à décembre. Dénommée « Baltic Air Policing », cette mission de permanence opérationnelle remonte à l’intégration dans l’OTAN, en mars 2004, des trois pays baltes qui ne disposent pas des moyens pour l’exercer. Depuis, 16 pays membres ont participé à cette mission de surveillance et de défense aérienne, dont la France en 2007, 2010, 2011 et 2013. En 2014, les pilotes français de Mirage 2000 ont profité de l’occasion pour s’entraîner avec leurs homologues polonais sur Mig 29 dans le cadre de l’exercice « Malbork ». Par ailleurs, un avion radar français AWACS assure, chaque mois, un vol de contrôle et de commandement aéroporté, du Nord de la Pologne au Nord de la Roumanie. Toujours dans le volet « réassurance », les forces françaises sont présentes au centre de communication stratégique à Riga (Lettonie) et à celui de la cyberdéfense à Tallin (Estonie). La Force de réaction rapide de l’OTAN (NRF en anglais) est elle-même complétée par une force de niveau brigade à très haut degré de réactivité (VJTF en anglais), capable de se déployer n’importe où sur le territoire de l’Alliance Atlantique en 5 jours avec des éléments mis en place en 48 h. La VJTF dispose aussi de composantes navale et aérienne. En 2016, la France y contribue  par : 1 frégate et 1 chasseur de mines en alerte permanente ; 6 avions de chasse déployables. Enfin, elle peut mettre à disposition de la NRF trois états-majors de réaction rapide certifiés OTAN : le CRR-FR de l’armée de Terre stationné à Lille ; le COM-FR-MARFOR de la Marine à Toulon ; le FR-JFACC de l’armée de l’Air à Lyon.

La défense éloignée du flanc Sud. Suite à la réflexion en cours au sein de l’OTAN sur la menace, la France garantit la protection du flanc Sud par son engagement sur deux théâtres extérieurs. Fin juin 2016, pour l’opération« Chammal » au Levant (Syrie et Irak). elle y déploie 1.000 militaires ainsi répartis : 1 frégate de défense aérienne ; 5 Mirage 2000 D, 3 Mirage 2000 N et 6 Rafale, renforcés de 2 avions pour la participation à des exercices régionaux ; des instructeurs pour la formation des forces irakiennes à Bagdad et Erbil. S’y ajoutent les renforts non-permanents : 1 AWACS ; 1 avion C135FR pour le ravitaillement en vol ; 1 Atlantique 2 pour  le renseignement. Du 1er janvier au 23 juin, les opérations aériennes françaises au Levant ont totalisé 1.411 sorties (renseignement, surveillance, reconnaissance, ravitaillement en vol et ciblage d’objectifs) avec 352 frappes et 570 objectifs neutralisés. Dans la bande sahélo-saharienne (Mauritanie, Mali, Burkina-Faso, Niger et Tchad), l’opération « Barkhane » mobilise 3.500 militaires, 17 hélicoptères, 200 véhicules blindés, 200 véhicules logistiques, 6 à 10 avions de transports tactique et stratégique, 4 avions de chasse et 5 drones.

Les objectifs sur deux ans. A l‘issue du sommet de l’OTAN, tenu à Varsovie les 8 et 9 juillet 2016, les 28 pays membres ont  décidé de réaffirmer la posture de dissuasion et de défense, renforcer la présence avancée et coopérer avec l’Union européenne. La déclaration commune  des chefs d’État et de gouvernement souligne le maintien du soutien à l’Ukraine. L’OTAN lui fournira conseil et appui en matière de défense et de sécurité, en vue de parvenir à l’interopérabilité pour assurer  la stabilité dans la zone euro-atlantique et au-delà. Le communiqué final note que la Russie continue de renforcer sa posture militaire, d’accroître ses activités militaires et de compromettre la sécurité dans les régions de la mer Baltique et de la mer Noire, dans l’Atlantique Nord et en Méditerranée. L’OTAN renforce son partenariat avec la Finlande et la Suède en mer Baltique et sa coopération avec les États riverains de la mer Noire, dont la Géorgie et l’Ukraine. Dans le cadre de sa posture globale, elle établit, à partir de 2017, une présence avancée renforcée en Estonie, Lituanie, Lettonie et Pologne en mettant à leur disposition, sur la base du volontariat, par rotation et de façon durable, des forces multinationales, à savoir quatre groupements tactiques du niveau bataillon capables d’opérer conjointement avec les forces nationales. Déjà, le Canada, l’Allemagne, la Grande-Bretagne et les États-Unis se sont proposés comme pays-cadres contributeurs. De son côté, la Pologne a offert une installation existante pour l’établissement d’un quartier général de division multinational. Avec l’Union africaine, l’OTAN renforce son partenariat, qui inclut des soutiens opérationnel, logistique et capacitaire, en vue de rendre opérationnelle la « Force africaine en attente », déployable en temps de crise pour maintenir la paix.

Loïc Salmon

OTAN : améliorer la disponibilité et la réactivité

OTAN : réaffirmation des défense collective, gestion des crises et sécurité coopérative

École de guerre : « Coalition 2016 », exercice d’état-major pour conflit hybride ou asymétrique

La France a déployé 4.000 militaires dans 6 exercices OTAN en 2015. « Puma » (11-29 mai, Pologne) a mobilisé un sous-groupement tactique interarmes avec 15 chars Leclerc, 4 véhicules blindés de combat d’infanterie et 300 soldats. « Northern Coast » (septembre, Baltique) a consisté à sécuriser une zone maritime, avec la participation d’un patrouilleur de haute mer et d’une frégate de lutte anti-sous-marine. « Joint Warrior » (5-15 octobre, mer d’Écosse) a mis en œuvre un entraînement opérationnel sur un scénario d’eaux territoriales menacées par des mouvements terroristes et sécessionnistes, une frégate multi-missions (FREMM), une frégate de lutte anti-sous-marine avec leur hélicoptère respectif ainsi qu’un avion de patrouille maritime Atlantique 2. Encore au large de l’Écosse, la même FREMM a participé à « At Sea Demonstration » (18-25 octobre) pour protéger une force navale, face à des menaces anti-navires et balistiques. A « Trident Juncture » (21 octobre-6 novembre, Espagne, Italie et Portugal), plus important exercice interarmées depuis 2002 et premier entraînement dans la perspective de la rénovation de la capacité d’action rapide de l’OTAN, la France a envoyé : 1 frégate légère furtive ; 1 pétrolier-ravitailleur ; 1 chasseur de mines tripartite ; 2 Atlantique 2 et 3 avions de chasse Mirage 2000-5. A « Citadel Bonus » (16-27 novembre, Pologne), 350 militaires du Corps de réaction rapide France ont été mobilisés pour sa certification, en vue d’une prise d’alerte d’état-major d’un groupe interarmées en 2017.




Armée de Terre : mise en place du modèle « Au Contact »

Nouvelle architecture d’armée, le modèle « Au Contact » a donné lieu, début juillet 2016, aux créations de la 1ère Division Scorpion, de la 4ème « Brigade aérocombat » de l’Aviation légère de l’armée de terre, du Commandement de la maintenance des forces, du Commandement des systèmes d’information et de communication et enfin du Centre de doctrine et d’enseignement du commandement.

La 1ère Division Scorpion, installée à Besançon, compte 25.000 personnels répartis entre 1 état-major, 3 brigades interarmes (montagne, infanterie de marine et arme blindée), la Brigade franco-allemande, 26 régiments et 1 école de haute montagne. Cette division fait partie de la « force Scorpion », composée de 2 divisions et 6 brigades, à savoir 2 brigades blindées, 2 brigades médianes (amphibies) et 2 brigades légères (aéroportée et montagne). Cette force peut intervenir sur des théâtres d’opérations extérieurs et le territoire national (métropole et outre-mer).

La 4ème Brigade aérocombat (BAC), commande trois régiments d’hélicoptères de combat, situés à Phalsbourg, Étain et Pau, et la 4ème Compagnie de commandement et de transmissions de Clermont-Ferrand. Les trois régiments totalisent environ 3.000 militaires et 150 hélicoptères d’ancienne génération (Gazelle et Puma) et de nouvelle génération (Tigre et Caïman/NH90). La 4ème BAC dépend du Commandement de l’aviation légère de l’armée de terre, qui garantit la capacité d’aérocombat et assure la cohérence du domaine aéronautique.

Le Commandement de la maintenance des forces, implanté à Lille avec un échelon avancé à Versailles-Satory, est chargé de l’entretien opérationnel de tous les équipements de combat terrestre en France, en outre-mer, à l’étranger et en opérations. Il a autorité sur les six régiments du matériel et sur l’École du matériel de Bourges. Son effectif se monte à 11.000 militaires et civils, surtout des mécaniciens spécialistes des blindés, de l’armement ou des transmissions.

Le Commandement des systèmes d’information et de communication compte cinq régiments de transmissions, l’École des transmissions de Rennes et le Centre de formation initiale des militaires du rang de Dieuze. Il inclut aussi la 807ème Compagnie de transmission chargée de la cyberdéfense, à savoir : l’anticipation et l’analyse des cybermenaces, le suivi et le pilotage de la sécurité des systèmes d’information et des systèmes d’armes, le contrôle du spectre électromagnétique et la lutte informatique défensive.

Le Centre de doctrine et d’enseignement du commandement (CDEC), implanté à l’École militaire à Paris, résulte de la fusion du Centre de doctrine d’emploi des forces et du Centre d’études stratégiques de l’armée de terre. En vue d’améliorer les performances opérationnelles de celle-ci, il doit mettre en synergie la doctrine, le retour d’expérience, l’enseignement militaire supérieur et les études prospectives. Grâce au CDEC, les stagiaires du Cours supérieur interarmes vont apprendre à commander les grandes unités et à penser la guerre de demain. En outre, les cadres de la réserve opérationnelle de l’École supérieure des officiers de réserve spécialisés d’état-major iront y acquérir un niveau élevé de compétence dans la planification et la conduite des opérations. A l’automne 2016, le CDEC lance le « laboratoire de combat Scorpion », suivi d’un cycle d’exercices pour consolider la doctrine.

Loïc Salmon

Armée de Terre : nouveau format plus « au contact »

Cyber : le combat numérique, nouvelle dimension militaire

Un CICDE, pour quoi faire ?




Armée de Terre : le CFT, fournir des soldats opérationnels au bon moment et au bon endroit

Le Commandement des forces terrestres (CFT) doit recruter, former, entraîner et fidéliser des combattants, projetables sur le territoire national ou sur un théâtre d’opérations extérieur.

Son état-major, implanté à Lille, l’a présenté à l’Association des journalistes de défense le 23 mai 2016. Sont notamment intervenus : le général de corps d’armée Sainte-Claire Deville, commandant le CFT ; le colonel Dirou ; le lieutenant-colonel Hunot ; le colonel Givre ; le commandant Sackreuter.

Remontée en puissance. Il s’agit de recruter 11.000 personnels entre avril 2015 et début 2017 et d’augmenter les effectifs au niveau section, rappelle le général Sainte-Claire Deville. Pendant ce temps, il faut former 40 unités de combat supplémentaires, dont 20 d’arme blindée cavalerie : 10 fin juillet, 10 fin octobre, 10 fin décembre et 10 début 2017. Le recrutement s’établit à 2 candidats par poste proposé. La formation initiale se répartit sur tout le territoire national, à raison de 6 à 12 mois pour les soldats, 1 an pour les sous-officiers et 4 ans pour les officiers. Pour l’entraînement, la priorité est donnée à la préparation avant projection, sous la responsabilité du chef d’unité : tir ; secourisme ; instruction collective au niveau de la section d’infanterie ou du peloton de cavalerie. Le commandement doit entretenir les savoir-faire du niveau élémentaire à celui du régiment. La préparation opérationnelle se fait dans les centres d’entraînement spécialisés de Champagne et de Provence, dans le cadre de sous-groupements tactiques interarmes incluant des éléments de cavalerie, d’infanterie, du génie, d’artillerie et de logistique. Les effectifs subissent une certaine attrition  au cours des six premiers mois d’engagement, dont 3 % pour des pathologies … détectées lors de la première marche ! Par ailleurs, les absences prolongées du domicile, de l’ordre de 180 à 230 jours par an, donnent droit à des primes équivalant à un 13ème ou un 14ème mois de solde, mais créent des difficultés au sein des familles. L’opération « Sentinelle » de lutte contre le terrorisme sur le territoire national permet aux militaires du rang de percevoir au quotidien la reconnaissance de la population. Mais pour les sous-officiers ou officiers subalternes, elle ne correspond pas à ce qu’ils souhaitent, à savoir des responsabilités plus guerrières. Au bout de 5 ans de service, se pose la question de la fidélisation des meilleurs soldats. L’objectif du CFT est de la rendre supérieure à 40 %, alors qu’elle dépasse à peine 15 % aujourd’hui, souligne le général Sainte-Claire Deville.

Rééquilibrage. Pour contribuer à l’équilibre stratégique de  la défense (dissuasion nucléaire, connaissance/anticipation, prévention, protection et intervention), l’armée de Terre doit réévaluer ses engagements sur les théâtres extérieurs et en métropole explique le colonel Dirou. Le programme « Scorpion » de renouvellement de ses équipements va connecter entre elles toutes les composantes d’un groupement tactique interarmes (infanterie, cavalerie, appui et soutien). Sa mise en œuvre va décloisonner et favoriser la combinaison et la formation interarmes. Cela se traduira, à terme, par des changements sur les structures et dans les relations humaines et le maintien des matériels en condition opérationnelle. Parallèlement, les acquis des opérations extérieures sont pris en compte dans la formation et l’entraînement d’un combattant qui doit devenir polyvalent, notamment l’autonomie, la créativité, l’initiative et l’imagination. Entre 1996 et 2016, les forces terrestres françaises ont été déployées au Liban, en Bosnie, au Kosovo, en Côte d’Ivoire, en Afghanistan, en Libye, au Mali et … en France ! Actuellement, quelque 31.500 militaires français des trois armées sont déployés en missions et en opérations à travers le monde, indique le lieutenant-colonel Hunot. Sur le territoire national, 13.000 d’entre eux participent à l’opération « Sentinelle », à la posture permanente de sûreté aérienne et à la posture permanente de sauvegarde maritime. Les forces prépositionnées, soit 11.000 personnels, se répartissent entre : celles de souveraineté nationale aux Antilles, et en Guyane, zone Sud de l’océan Indien, Nouvelle-Calédonie et Polynésie française ; celles de présence à l’étranger, à savoir au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Gabon, aux Émirats arabes unis et à Djibouti. Enfin, 7.500 sont engagés dans des opérations extérieures : « Barkhane » dans la bande sahélo-saharienne ; « Sangaris » en Centrafrique ; « Corymbe », surveillance maritime du golfe de Guinée ; « Atalante » pour lutter contre la piraterie en océan Indien ; « Chammal » contre Daech en Irak.

Retours d’expériences. Le colonel Givre se trouvait à Bagdad, entre octobre 2015 et mars 2016, à la tête de 150 militaires français dans le cadre du programme d’assistance aux forces irakiennes. Cette mission, destinée à créer un climat de confiance pour lutter contre Daech, consiste à dupliquer l’opération « Sentinelle » dans la capitale irakienne, centre du pouvoir chiite, militaire, policier et des services de renseignement. Ces derniers entretiennent des relations avec leurs homologues syriens. La mission française recueille aussi du renseignement sur les gens de Daech susceptibles de revenir en Europe. En outre, l’armée de l’Air française participe aux frappes en appui aux troupes irakiennes au sol, après avoir obtenu le feu vert de Paris et du commandement de la coalition internationale (70 pays), installé au Qatar. Les États-Unis effectuent 80 % des frappes et la France 20 %. Il n’y a pas d’accompagnement terrestre direct des troupes irakiennes en première ligne par la coalition, sauf par les forces spéciales américaines, australiennes et britanniques. De son côté, le commandant Sackreuter a séjourné six mois à Kidal, au sein de la Mission des nations unies au Mali (MINUSMA). La recherche, difficile, du renseignement sur les djihadistes se fait surtout par des sources d’origine humaine. Compte tenu de leurs liens avec la population, il est possible de localiser les djihadistes et de savoir ce qui se passe dans un rayon de 20 km du camp de la MINUSMA. En revanche, ceux-ci bénéficient de la complicité de civils qui y travaillent. Enfin, la relation avec les Maliens n’est pas toujours facile, car la France est encore perçue comme l’ancien colonisateur.

Loïc Salmon

Armée de Terre : création d’un commandement pour le territoire national

Armée de Terre : un état-major de forces immédiatement projetable

Irak : le volet « assistance » de l’opération « Chammal »

Le Commandement des forces terrestres (CFT) a autorité sur : l’état-major du Corps de réaction rapide-France de l’OTAN ; deux états-majors de force ; 7 brigades interarmes (2 brigades de décision, 3 brigades multirôles et 2 brigades d’engagement d’urgence) ; 3 brigades spécialisées (renseignement, transmissions et logistique) ; la division aéromobilité (3 régiments d’hélicoptères de combat). L’état-major du CFT compte 738 personnels militaires et civils et peut faire appel à 150 réservistes. Les forces terrestres incluent également : la Brigade des forces spéciales terre ; la Brigade franco-allemande ; le commandement des centres de préparation des forces. Le 5ème Régiment de cuirassiers, recréé et installé aux Émirats arabes unis à partir de juin 2016, assure l’entraînement en zone désertique. Les effectifs totalisent 70.000 militaires.




Armée de Terre : l’autorité, concilier commandement et management

Tout dirigeant, militaire ou civil, qui prend une décision cruciale en assume toutes les responsabilités. Son autorité repose sur une légitimité juridique, morale, technique et humaine, pour mobiliser ses subordonnés ou ses collaborateurs sur une action collective par une discipline librement consentie.

Ce thème a fait l’objet d’un colloque organisé, le 10 mai 2016 à Paris, par le Centre d’études stratégiques de l’armée de terre. Y sont notamment intervenus : le colonel (H) Michel Goya, historien ; Thierry Voiriot, chef d’entreprise ; Daniel Hervouët, contrôleur général des armées et professeur associé à l’Université Paris II.

L’évolution militaire. Le combat est un métier qui nécessite des compétences, lesquelles influent sur la capacité de commander, explique le colonel Goya. Dans un environnement dangereux, l’autorité militaire doit mobiliser le corps et l’esprit du combattant, qui  connaît alors un long processus de transformation physique. La confiance en soi s’acquiert par la compétence, que doit diffuser l’encadrement militaire, l’armement et l’équipement. Celui qui commande, prépare puis conduit, sur le champ de bataille, cette transformation à laquelle il est lui-même soumis. Il doit donner le sentiment que l’individu peut agir sur l’environnement, grâce à l’entraînement et une simulation de combat la plus réaliste possible. L’interdépendance technique d’un groupe facilite la confiance mutuelle. Grâce à son expérience, le cadre renforce cette confiance en disant ce qu’il faut faire et prépare des solutions pour gérer le stress par l’action. La mauvaise interprétation d’un ordre sur le champ de bataille peut déclencher une panique. Psychologiquement, un individu qui subit des échecs répétitifs va dépérir, alors que celui qui accumule les succès va s’enthousiasmer. Le cadre qui donne des ordres redonne du sens à l’action. Le comportement du combattant évolue au cours de l’Histoire. Le guerrier de la Grèce antique doit se battre « héroïquement » sans se poser de questions. Le citoyen de la République romaine est également un soldat, ardent mais peu discipliné. L’organisation de la légion va réduire le stress du combat, en plaçant les plus aguerris derrière les plus jeunes, qui montreront ainsi leur courage en première ligne, puis en instaurant des relèves. Le centurion gère le groupe en donnant l’exemple. La nécessité de la réflexion tactique va s’imposer face à un ennemi meilleur manœuvrier, comme le Carthaginois Hannibal. Désormais, le chef, politique et militaire, ne sera plus devant mais derrière les troupes. Deux systèmes vont perdurer : celui des soldats « citoyens », qui font allégeance à la représentation politique, et celui des soldats « professionnels ». Ces derniers obéissent d’abord à leur général et se caractérisent par leur « esprit de corps » et, autrefois, le « sens de l’honneur » chez les officiers. Les guerres de la Révolution française montrent que les gens du peuple peuvent aussi se battre avec courage. Dans la conception américaine, face à la menace, l’autorité politique peut accorder au chef militaire des prérogatives exceptionnelles, mais limitées dans le temps. Aujourd’hui, la garde nationale compte 40 % de réservistes. En Europe, la force militaire, considérée comme un outil « politique», reste traditionnellement soumise au gouvernement.

Le contexte civil. Jamais un chef d’État-major des armées ne se verra proposer leur rachat. C’est la grande différence avec le monde économique, indique Thierry Voiriot, qui a exercé des responsabilités au sein de grandes et petites entreprises. Or « l’accompagnement » dans le rachat d’une grande société est pesant, ajoute-t-il. Les chefs d’entreprise exercent un commandement en faisant semblant de l’ignorer. Fondamentalement, la décision n’appartient qu’à un seul dirigeant, qu’il soit chef d’équipe, ingénieur ou président. Il l’aura prise après évaluation de ce qui est pertinent ou non. Il doit l’expliquer pour obtenir l’adhésion de ses employés… qui n’ont pas à l’approuver, souligne Thierry Voiriot. Ceux-ci doivent sentir qu’il s’y implique totalement. En effet, une décision ne se partage pas. Les outils d’aide à la décision permettent seulement de mieux appréhender le suivi. Comme les gens disposant de ces outils ont souvent la même formation que le décideur, le risque existe de confondre l’aide et la décision elle-même. Or dans la compétition entre entreprises, les dirigeants s’appuient trop sur leurs collaborateurs ou conseillers, avertit Thierry Voiriot. Le processus d’élaboration de la décision a évolué, mais pas la décision elle-même.

Complémentarité possible. Les personnels, avec leur imagination et leur travail pour réaliser quelque chose, constituent les points communs entre les univers civil et militaire, explique Daniel Hervouët, fort de son expérience militaire, économique et administrative. L’autorité s’établit dans le temps et exige de se remettre en situation en permanence. Sa légitimité repose sur la compétence dans un domaine et un minimum de bienveillance envers les gens à qui le chef doit tout, au combat comme en entreprise. Elle s’accompagne du souci pédagogique sur les objectifs de l’entreprise ou la préparation de la mission militaire (but et effet  recherché). L’histoire de l’entreprise ou de l’unité de combat incite à s’en montrer digne. La promotion des valeurs par l’exemple venu d’en haut (directeur ou chef militaire) se conjugue avec camaraderie ou fraternité d’armes, solidarité, capacité à se coordonner, équité et reconnaissance des mérites. Le terrain et l’intensité de l’engagement déterminent la limite entre le commandement militaire et le « management » (pilotage d’une action collective) civil. Pour mobiliser les gens, il convient d’encourager l’initiative à chaque niveau et de partager les échecs, mais aussi les succès par le discours, la rémunération et les contacts personnels. Toutefois, la nature humaine reste identique dans les deux milieux. La peur de se faire « mal voir » du supérieur reste une véritable souffrance au travail. Par ailleurs, les grands et petits chefs narcissiques visent davantage le prestige d’un poste que ses responsabilités afférentes. L’exercice de la juste autorité nécessite un travail d’éducation afin de créer du « ciment », à savoir la « res publica » (la chose publique), conclut Daniel Hervouët.

Loïc Salmon

Exposition « Churchill-De Gaulle » aux Invalides

Exposition « Napoléon et l’Europe » aux Invalides

Soldats de Napoléon

L’État-major de l’armée de terre a rendu public, le 10 mai 2016, un document sur l’exercice du commandement. Ce processus cyclique compte quatre étapes : analyser l’environnement (risques et menaces) ; délibérer et orienter selon la culture, les structures et les modes de gouvernance en place ; décoder et agir en fonction des moyens humains et technologiques disponibles, la nature de l’engagement et le niveau de l’unité militaire ; contrôler pour mesurer l’efficacité des ordres en cours. Le document inclut vingt fiches pratiques complétées par des témoignages. Elles parlent d’elles-mêmes : exemplarité ; volonté ; sens du devoir ; professionnalisme ; faculté d’adaptation ; lucidité ; force de caractère ; sens des responsabilités ; esprit d’initiative ; tempérance ; dignité ; fraternité d’armes ; disponibilité ; sens de l’équité ; discernement ; hauteur de vue ; fermeté ; loyauté ; humilité ; enthousiasme.