Opex : difficultés à caractériser l’ennemi et à circonscrire le cadre d’opérations

Le flou des menaces pesant sur la défense nationale et la sécurité mondiale déstabilise et fragilise en profondeur les modes d’action et marges de manœuvre des forces armées dans le respect du droit international, d’autant plus que les opinions publiques exigent plus de transparence dans la conduite des opérations.

Les questions juridiques soulevées par  les opérations extérieures (Opex) ont fait l’objet d’un colloque organisé, les 2 et 3 novembre 2015 à Paris, par le ministère de la Défense. Y sont notamment intervenus : Pierre Boussaroque, jurisconsulte adjoint au ministère des Affaires étrangères ; le général Pierre de Villiers, chef d’État-major des armées ; Claire Landais, directrice des affaires juridiques au ministère de la Défense ; le général de brigade Thierry Burkhard, chef conduite au Centre de planification et de conduite des opérations.

Légitimité internationale. En cas de menace de la part d’un État, le recours à la force armée est licite s’il s’appuie sur une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU qui la légitime (chapitre VII), rappelle Pierre Boussaroque. Le déploiement d’une force française dans le cadre d’une Opex, comme « Serval » au Mali, a nécessité une invitation de l’État menacé, afin de respecter sa souveraineté. Par ailleurs, l’article 51 de l’ONU définit le droit naturel à la légitime défense. Il a été invoqué contre Daech, organisation non-étatique qui se revendique comme « État islamique », et à la demande du gouvernement irakien, acceptée par la France. Actuellement, le droit humanitaire du temps de guerre et les droits de l’homme du temps de paix coexistent et les règles fondamentales s’appliquent en Opex, indique Pierre Boussaroque : faire la différence entre civils et militaires ; principe de proportionnalité de l’emploi de la force.

Garantir le succès de la mission. Loin de contrarier l’action militaire, le droit l’encadre et protège celui qui la conduit, estime le général de Villiers. Aujourd’hui, la radicalisation djihadiste, incarnée par Daech et ses affiliés au Levant et au Sahel, correspond à une stratégie délibérée, en vue d’imploser la société et d’imposer leurs normes. Les mouvements terroristes recrutent, se financent et se forment en réseau. Ils désignent leurs cibles et transmettent leurs ordres par les connections internet, hors des frontières et de tout cadre juridique. Les armées françaises inscrivent leur action dans une stricte conformité au droit, qui leur assure légitimité et succès, souligne leur chef d’État-major. Le respect de la charte de l’ONU se complète par une légitimité politique qui prend en compte le contexte et l’opinion publique. Lors d’une intervention en coalition avec d‘autres nations et quel que soit le format de l’intervention, les principes de discrimination et de proportionnalité restent la base de l’emploi de la force. Cette responsabilité collective est régulièrement rappelée aux pays partenaires. Les coopérations n’affranchissent pas du respect du droit, du regard de la Cour pénale internationale (CPI, encadré) ou des obligations humanitaires envers les prisonniers. Cependant, le cyber et l’emploi de drones ou d’automates armés conduisent à s’interroger. Le droit, en perpétuelle construction, se complète par l’éthique, qui entre dans la formation des jeunes militaires comme guide du comportement. En outre, l’action militaire s’inscrit dans le temps long. La résolution d’une crise demande en moyenne une quinzaine d’années d’endurance, de constance et de persévérance, alors que la pression s’exerce sur tous pour une réponse immédiate partout. Selon le général, céder à la violence, à la discrimination, à la non-distinction des moyens ou à toute déviance entraîne l’échec de la mission et de la conscience collective.

Cadre juridique des Opex. L’article 35 de la Constitution prévoit une information au Parlement dans les 3 jours d’une Opex et une autorisation dans les 4 mois, rappelle Claire Landais. Les Opex « Serval » au Mali, « Sangaris » en Centrafrique et « Barkhane » dans la bande sahélo-saharienne se déroulent en situation de conflit armé non-international, où s’applique le Droit international des droits de l’homme. En conséquence, l’usage de la force ne peut aller au-delà de la légitime défense : pour soi-même ou si des forces alliées sont attaquées ; pour autrui, par exemple pour libérer des otages ou protéger des victimes d’exaction. Dans ces conflits, toute personne civile bénéficie d’une protection, sauf quand elle participe directement aux hostilités. Pour l’opération « Chammal » au Levant, la France a répondu à la demande irakienne d’agir en Syrie contre Daech pour des raisons de sécurité nationale et au nom de la défense collective, explique Claire Landais. Elle l’a justifié par les caractéristiques de Daech : ampleur du territoire contrôlé ; capacités militaires ; degré d’organisation ; intentions. La Syrie se trouvant en état de guerre, le droit des conflits armés régit notamment le choix des cibles. Ainsi, lors d’une frappe contre un camp d’entraînement, les forces françaises sont amenées à « neutraliser » des combattants, même de nationalité française, précise Claire Landais.

Poursuivre l’ennemi. Les armées disposent de conseillers juridiques à tous les niveaux, explique le général Burkhard. En liaison avec la Direction des affaires juridiques, ils sont affectés auprès des chefs tactiques, qui prennent leurs décisions en toute connaissance de cause. Présents sur le théâtre d’opérations, ils comprennent les difficultés des militaires sur le terrain.  Ainsi, dans l’océan Indien, il s’agit de capturer des pirates, recueillir des preuves et remonter la filière jusqu’aux commanditaires pour désorganiser leur modèle économique. Lors d’une Opex, l’action judiciaire est évaluée dès la planification. Ainsi, pour « Serval », un accord a prévu le transfert de prisonniers aux autorités maliennes, en présence du Comité international de la croix rouge. Mais, en Centrafrique, par suite à la défaillance des administrations pénitentiaires et judicaires, les prisonniers ont été relâchés après avoir été désarmés. Face à des djihadistes décidés à tuer, la sécurité des soldats et la réussite de la mission priment. La justice ne peut agir que lorsque les combats et l’insécurité diminuent. Les forces déployées coopèrent avec la CPI  en liaison avec le ministère des Affaires étrangères, précise le général.

Loïc Salmon

Moyen-Orient : crises, Daech et flux de migrants en Europe

Armée de Terre : retour d’expérience de l’opération « Serval » au Mali

Centrafrique : l’opération « Sangaris » au niveau « opératif »

La Cour pénale internationale (CPI) est une institution permanente chargée de promouvoir le droit international et de juger les individus ayant commis un génocide, des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité ou des crimes d’agressions. A l’issue de la Conférence diplomatique de plénipotentiaires de l’ONU, le Statut de Rome, signé le 17 juillet 1998, a créé la CPI le 1er juillet 2002 avec son siège à La Haye (Pays-Bas). Toutefois, les procès peuvent se dérouler en tous lieux. Parmi les 121 États signataires du Statut de Rome, 32 ne l’ont pas ratifié, dont la Russie, les États-Unis, Monaco et Israël. A part la Jordanie et la Tunisie, aucun pays arabe n’a ratifié le Statut de Rome. La Chine, l’Inde et presque tous les États d’Asie n’ont même pas signé le Statut de Rome. Seule la Cour internationale de justice, dont le siège est aussi à La Haye, est compétente pour juger les États.




Irak : le volet « assistance » de l’opération « Chammal »

La participation de la France à la coalition contre l’organisation terroriste Daech (« État islamique ») en Irak porte sur le bombardement aérien d’objectifs, déterminés en toute autonomie, et une assistance en matière de conseil et de formation aux troupes irakiennes au sol. Ce dernier volet a été présenté à la presse, le 5 novembre 2015 à Paris, par un colonel ayant commandé un détachement d’instruction opérationnelle (DIO). Il s’agit d’améliorer les capacités existantes des troupes irakiennes par un recyclage de leur instruction militaire initiale, en évitant l’accompagnement au combat, souligne le colonel. Depuis le 1er août 2014, un DIO, installé dans la ville d’Erbil (Nord de l’Irak), assure une formation sur le déminage des engins explosifs improvisés (IED en anglais). Depuis mars 2015, un DIO de la 13ème Demi-brigade de la légion étrangère est présent dans la capitale Bagdad, auprès du Service irakien de lutte contre le terrorisme (ICTS en anglais). En outre, un DIO de la 3ème Brigade légère blindée est déployé dans la zone d’opération de la 6ème Division irakienne (DAA 6, 10.000 hommes), engagée directement au combat contre Daech et qui subit régulièrement des pertes à tous les échelons de sa hiérarchie aux abords de Bagdad et de Falloujah. La formation dispensée porte sur : la lutte contre les IED et le génie de combat ; le secourisme de combat ; le combat d’infanterie ;  le combat en zone urbaine ; les travaux d’état-major. Le DIO du colonel en question a compté un effectif de 61 personnels (17 officiers, 19 sous-officiers et 25 soldats), qui assure sa propre protection par des fantassins et des éléments du génie lors de ses déplacements dans la zone d’opération de la DAA 6. En matière de « conseil », l’assistance porte sur : les transmissions ; la logistique, à savoir commande de munitions, piles d’appareils radio et pièces de rechange pour les véhicules, gestion des stocks et acheminement au front ; les travaux d’état-major consistant à préparer les opérations, synchroniser les efforts face à l’adversaire, gérer des appuis (tirs d’artillerie et d’aviation) et suivre la situation tactique. La « formation » proprement dite enseigne les gestes simples à faire au bon moment. Ainsi, pour le déminage, le soldat apprend à localiser l’IED, le marquer et passer le relais aux démineurs. Le secourisme de combat, comme la pose d’un garrot par exemple, est  enseigné aux soldats et aussi aux médecins militaires qui seront déployés sur le front. Ces deux domaines correspondent aux besoins prioritaires de la DAA 6, car adaptés aux modes de combat des troupes de Daech. En outre, le DIO a organisé 17 stages d’une à deux semaines, à raison d’un tous les 10-15 jours, pour instruire 150 formateurs irakiens. En un an, ceux-ci seront en mesure de former la totalité de l’effectif de la DAA 6. Enfin, indique le colonel, cette assistance s’inscrit dans un dialogue permanent entre le DIO et la DAA 6 : constat et identification des problèmes ; analyse des causes externes et internes ; recherche de solutions faisables, acceptables et compatibles ;  applications en situation opérationnelle. L’analyse des résultats détermine si une solution fonctionne, est améliorable ou doit être abandonnée.

Loïc Salmon

Moyen-Orient : crises, Daech et flux de migrants en Europe

Afghanistan : laboratoire européen contre IED

Sauvetage de combat : l’apprentissage des médecins




07ème Bataillon de chasseurs alpins

Titulaire des croix de Guerre 1914-1918 et 1939-1945 et de celle de la Valeur militaire, le 7ème Bataillon de chasseurs alpins (BCA) a été décoré de la Médaille britannique de Crimée (1855) et de la Médaille interalliée de la victoire (1945).

Fondé en 1840 par le duc Ferdinand-Philippe d’Orléans, fils aîné de Louis-Philippe, il sera d’abord régiment de chasseurs à pied avant de devenir « alpin » en 1888. Son destin reste lié à la famille d’Orléans. En effet, l’un des descendants directs du duc, le sous-lieutenant François d’Orléans, a été tué au combat en Algérie en 1960. Sa tante, Isabelle, était devenue marraine du 7ème BCA en 1957 et le resta jusqu’à son décès en 1983. Sa nièce, Hélène, lui a alors succédé, avant de passer le flambeau à sa propre nièce, Marie, en 2009. Le bataillon connaît son premier fait d’armes en 1845, lors de la conquête de l’Algérie, où une compagnie de 80 hommes sera presque totalement anéantie à  Sidi-Brahim. Il est ensuite engagé en Italie (1851-1853), en Crimée (1855-1856), au Mexique (1862-1867), à nouveau en Algérie (1853-1855), en Tunisie (1881) et au Maroc (1912-1913). C’est en pensant à lui et au 14ème BCA que le maréchal Lyautey définira ainsi « l’esprit chasseur » : « C’est la rapidité dans l’exécution de gens qui pigent et qui galopent. C’est l’allant, c’est l’allure, c’est le chic ! C’est pour les chefs le sens social dans le commandement, c’est l’accueil aimable. C‘est servir avec le sourire, la discipline qui vient du cœur. C’est le dévouement absolu qui sait aller, lorsqu’il le faut, jusqu’au sacrifice total ». Pendant le premier conflit mondial, le 7ème BCA ne combat pas à Verdun, mais participe aux batailles de la Somme, du Chemin-des-Dames et d’Ypres. En 52 mois de guerre, il perd 43 officiers, 126 sous-officiers et 1.016 caporaux et chasseurs. Il reçoit la fourragère aux couleurs de la croix de Guerre en 1919. Malgré sa dissolution le 1er septembre 1940, certains chasseurs rejoignent le maquis jusqu’à leur intégration dans l’armée du général de Lattre de Tassigny en septembre 1944. Reconstitué en 1948, le 7ème BCA rejoint encore une fois l’Algérie en 1955. Il y encadre notamment des commandos de chasse, forces spéciales de contre-guerilla, dans le cadre du plan Challe en 1959. Un chef de section témoigne : « Concrètement, il s’agit d’équipes de six à dix chasseurs, quelques fois plus, recevant la mission de se rendre discrètement à un point, par exemple, un carrefour obligé de pistes ou une cache récemment « traitée », de s’y camoufler pour être totalement invisibles pendant la journée et éveillés et prêts à agir dès la tombée de la nuit ». Par la suite, le 7ème BCA sera engagé au Liban, dès 1984 et à plusieurs reprises, sous l’égide de l’ONU. Il a participé à l’opération « Baliste » d’évacuation de 2.000 personnes des ports de Beyrouth et Naqoura vers Chypre en 2006. Sous mandat des Nations unies, il a été déployé dans les Balkans (Bosnie-Herzégovine, Krajina et Kosovo) entre1992 et 2005.  Comme toutes les unités françaises, le 7ème BCA sera professionnalisé en 2001. Missions de courte durée ou opérations extérieures se succèdent alors : Tchad (2000, 2003 et 2008) ; Sénégal (2001) ; Afghanistan (2002, 2007-2008, 2009 et 2012) ; Côte d’Ivoire (2002-2012) ; Cameroun (2005-2006) ; République centrafricaine (2009-2014) ; Gabon (2012) ; Mali (2013-2014). Le 7ème BCA participe aussi à la protection du territoire national en outre-mer (Nouvelle-Calédonie) et en métropole, dans le cadre du plan Vigipirate.

Loic Salmon

Les chasseurs alpins du 13ème BCA

« Le 7ème Bataillon de chasseurs alpins », ouvrage collectif. Éditions Pierre de Taillac, 272 pages, plus de 450 documents, 29,90 €.




Marine nationale : le porte-avions et la mer dans les relations internationales

En raison du libre usage de la haute mer, le groupe aéronaval constitue un outil stratégique pour la France, grâce à son autonomie et sa capacité de résilience. Il agit dans une manœuvre globale intégrant la dissuasion nucléaire, le dialogue avec les grands pays alliés et la participation à la résolution des crises.

Ce thème a fait l’objet d’une conférence organisée, le 23 septembre 2015 à Paris, par le Centre d’enseignement stratégique de la marine (CESM) au profit du magistère « Relations internationales et Actions à l’étranger » de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Y sont notamment intervenus : le contre-amiral Éric Chaperon, commandant de l’état-major embarqué de la Force d’action navale ; le capitaine de frégate (R) Martin Motte, professeur des universités ; Thibault Leroy, professeur agrégé d’histoire.

Le porte-avions en opérations. D’ici à 2020, indique l’amiral Chaperon, 29 porte-avions seront en service dans le monde, dont 14 à catapulte et 15 avec un tremplin pour avions à décollage court. Toutefois, les porte-avions à catapulte donne une allonge très supérieure à l’aviation embarquée, donc une plus grande capacité d’action dans la profondeur. Seules les Marines américaine et française en sont dotées. La répartition de ces « capital ships » (voir encadré) devrait s’établir ainsi : États-Unis, 13 contre 10 en 2015 ; France, 1 (1) ; Brésil, 2 (1) ; Italie, 2 (2) ; Espagne 1 (1 sous cocon) ; Inde, 3 (2) ; Chine, 3 (1) ; Grande-Bretagne, 2 (0) ; Russie, 1(1) ; Thaïlande, 1 (1). Grâce à la similitude de leurs porte-avions, les États-Unis et la France ont, pour la première fois, intégré leurs groupes aéronavals dans le golfe Arabo-Persique, lors de l’opération « Arromanches 2015 » (janvier-mai 2015). Celle-ci entrait dans le cadre de l’engagement d’une coalition internationale contre Daech en Irak, à savoir les reconnaissances et bombardements aériens des opérations « Chamal » (dénomination de la participation française) et  « Inherent Resolve » (appellation générale). Le groupe aéronaval français, centré sur le porte-avions Charles-De-Gaulle, a pu contribuer aux capacités rares : reconnaissance, commandement et contrôle des opérations, où 30 % des vols ont été réalisés depuis la mer. Il a engagé jusqu’à 15 avions en même temps avec 65 heures de vol par jour, pour des missions de 6 heures à l’intérieur du territoire irakien. Les règles d’engagement (ouverture du feu) et les zones d’action sont déterminées en commun, en tenant compte des incompatibilités de certaines missions avec le cadre défini par les autorités politico-militaires. La coordination impose des couloirs aériens séparés et des altitudes différentes pour des appareils évoluant  jusqu’à 100 km de leur porte-avions base. La France a dû obtenir l’autorisation préalable des Émirats arabes unis pour faire décoller ses avions (armée de l’Air) de la base d’Abu Dhabi, alors que le Charles-De-Gaulle a été déployé en toute souveraineté. De leur côté et dès le début de l’opération « Inherent Resolve » (août 2014), les États-Unis ont projeté un groupe aéronaval dans le golfe Arabo-Persique. En outre, pendant « Arromanches 2015 », indique l’amiral Chaperon, le groupe aéronaval français a évalué la situation géopolitique en océan Indien. Ainsi, le golfe d’Aden connaît une concentration sans précédent de navires de guerre de diverses nationalités. Pour la première fois, les Marines des Émirats arabes unis, de l’Arabie saoudite et de l’Égypte se sont déployées au large du Yémen et commencent à prendre conscience de leur rôle de sécurisation des espaces maritimes. En outre, l’Égypte devient un partenaire important avec le rachat à la France des deux bâtiments de projection et de commandement initialement destinés à la Russie (septembre 2015). De son côté, l’Iran affirme sa présence régionale avec la maîtrise de la stratégie navale, comme l’a démontré son exercice « Noble Prophet 9 » dans le golfe Arabo-Persique (février-mars 2015). La Marine russe revient en océan Indien. Enfin, la Marine chinoise, qui connaît un développement exponentiel, y montre son pavillon.

L’importance stratégique de la mer. La Marine française s’intègre depuis un siècle à une stratégie terrestre. Ainsi, en août 1914, le transport du 9ème Corps d’armée d’Afrique du Nord vers la métropole a contribué à la victoire de la Marne. De 1940 à 1944, la stratégie de la France Libre a reposé sur les arrières maritimes et coloniaux, condition de la reconquête de la métropole. Pourtant son chef, le général De Gaulle, lâchera l’empire colonial dans les années1960 pour le remplacer par une double stratégie culturelle et de dissuasion nucléaire, estime Martin Motte. Outre son siège de membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU depuis 1945, la francophonie constitue pour la France un atout majeur en matière de relations internationales. Le français, relais d’influence et aujourd’hui 5ème langue parlée dans le monde, représente 4 % de sa population, chiffre qui doublera à terme. D’autre part, avec ses sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, la Force océanique stratégique reste le pilier de la dissuasion, sans oublier les Rafale porteurs de l’arme nucléaire et embarqués sur le porte-avions. Le général De Gaulle l’avait anticipé dès 1965 : « La Marine se trouve maintenant et sans doute pour la première fois de notre Histoire au premier plan de puissance guerrière de la France ». Un demi-siècle plus tard, sur les 193 pays membres de l’ONU, 153 ont un accès direct à la mer. L’économie mondiale a connu une « maritimisation » croissante. Le commerce maritime a été multiplié par 8 depuis 1960. Plus de 80 % des échanges mondiaux transitent par la mer, dont un tiers pour les flux pétroliers. Les câbles sous-marins assurent plus de 99 % des flux numériques. Les organisations djihadistes pourraient prendre pour cibles les goulets d’étranglement du trafic  maritime : détroit de Gibraltar ; isthme de Suez ; détroit de Bab-el-Mandeb ; détroit d’Ormuz ; détroit de Malacca. La piraterie a diminué dans le monde, mais n’est pas éradiquée dans certaines zones : mer des Caraïbes ; golfe de Guinée ; golfe d’Aden ; golfe du Bengale ; détroit de Malacca ; mer de Chine méridionale. Enfin la mer devient un réservoir de ressources stratégiques : protéines, pétrole, gaz et minerais rares.

Loïc Salmon

Marine nationale : opération « Arromanches » en Méditerranée et océan Indien

Dissuasion nucléaire : assurer à la France son indépendance

L’océan Indien : espace sous tension

Au début du XXème siècle, la Marine de guerre de la France décline par rapport à celle de la Grande-Bretagne, tandis que celle de l’Allemagne monte en puissance, explique Thibault Leroy. Pour protéger son empire colonial, la Grande-Bretagne entend disposer d’une Marine capable de surclasser les deux autres plus importantes. Or, en 1905, le Japon inflige une sévère défaite à la Russie lors de la bataille navale de Tsushima. Le cuirassé devient alors  le navire principal d’une flotte de combat (« capital ship »). Après la guerre de Sécession (1860-1865), les États-Unis développent leur Marine, qui égale celles de la France et de l’Italie en 1914. Malgré la perte d’une grande partie de leur flotte à Pearl Harbour (1941), ils remportent la bataille aéronavale de Midway (1942), grâce aux radars, dont sont dépourvus les porte-avions japonais. Depuis, le porte-aéronefs a remplacé le cuirassé comme « capital ship », atout déterminant d’une force navale.




Cyber : au cœur des enjeux de défense et de sécurité

Les moyens de défense sont directement exposés à la menace cyber sur les théâtres d’opération et le territoire national. En outre, les capacités du réseau internet sont exploitées à des fins terroristes par des organisations et même des États.

Ce thème a fait l’objet d’un colloque organisé, le 24 septembre 2015 à Paris, par le ministère de la Défense et diverses entreprises de cyberdéfense. Y ont notamment participé : Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense ; Frédérick Douzet, professeure titulaire de la chaire Castex ; Kevin Limonier, chercheur à l’Institut de géopolitique ; le général Thierry Burkhardt de la Coordination nationale du renseignement ; Nicolas Mazzuchi, chercheur à l’Institut des relations internationales et stratégiques ; Alice Lacoye-Matteus, avocate et doctorante.

Une dimension stratégique. En Afghanistan, les forces françaises ont été la cible d’une attaque cyber, qui a temporairement perturbé les liaisons entre les drones et la métropole, a indiqué Jean-Yves Le Drian. Les groupes armés terroristes au Levant, en Afrique et au Maghreb menacent l’espace numérique. Une source de propagande Daech a été identifiée en Syrie avec des relais en Europe, qui utilisent les infrastructures et les opérateurs Internet. Les mafias, qui disposent de moyens du niveau de certains États, travaillent pour elles-mêmes ou vendent leurs services au plus offrant. La cyberdéfense est intégrée à l’État-major des armées, à la Direction générale de l’armement et aux services de renseignement. Le ministre a exposé ses quatre priorités en la matière. D’abord, il faut garantir la protection des réseaux et des systèmes de défense, par l’acquisition de produits et de service de confiance et une conception rigoureuse des systèmes concernés. En outre, la chaîne opérationnelle de cyberdéfense agit en temps réel pour la sécurité des systèmes. Ce volet, déjà intégré aux déploiements des forces militaires au Levant et au Sahel, leur fabrique un bouclier protecteur avec des dispositifs particuliers. Une unité spécialement équipée, dont le noyau est déjà en place au Levant, sera totalement opérationnelle en 2018. De plus, afin d’anticiper les menaces, de caractériser l’adversaire et d’adapter ainsi les systèmes de défense, la Direction du renseignement militaire a récemment créé un centre de recherches et d’analyse cyber. De son côté, la Direction générale de sécurité extérieure développe ses propres moyens depuis plusieurs années. La « lutte informatique active », explique le ministre, consiste à priver l’adversaire de ses systèmes numériques en les neutralisant ou les leurrant, en vue d’un avantage déterminant dans la manœuvre militaire. Un « pôle d’excellence cyber » a été créé à cet effet (voir encadré).

Une menace évolutive. Au niveau international, rappelle Frédérick Douzet, les impacts des cyberattaques, lancées par des réseaux anonymes et chiffrés, restent sous le seuil de déclenchement de conflits armés. Or, les données de traçabilité se trouvent entre les mains des grandes plates-formes américaines. Par ailleurs, la cyberguerre s’inscrit dans l’histoire de la Russie conquérante depuis le Moyen-Age avec des combattants irréguliers (cosaques notamment), puis la propagande déstabilisante du régime soviétique à partir de 1920, indique Kevin Limonier. Aujourd’hui, Moscou recourt aux milices politisées qui lui sont favorables, en échange de soutiens financier et logistique (Tchétchénie, 1999 et Ukraine, 2013). Sa stratégie est double : emploi de francs-tireurs (hackers) officiellement non affiliés aux institutions politiques russes (paralysie de l’Estonie en 2007) ; guerre de l’information pour déstabiliser une région (Ukraine depuis 2013). Les organes officiels russes d’information vont à l’encontre des valeurs occidentales via les réseaux sociaux, tandis que des « mercenaires » pro-russes polluent les débats en cours. L’intégration totale du cyber aux opérations conditionne désormais leur succès, souligne le général Burkhard. Les outils techniques sont regroupés dans le centre opérationnel cyber à Balard afin de gagner en synergie. Aujourd’hui, les armées françaises en opérations sont en situation de guerre avec des attaques quotidiennes de désinformation. Or l’intégration du cyber ne va pas de soi, car les armées de Terre et de l’Air, la Marine nationale et le Commandement interarmées de l’espace ont longtemps cru, à tort, pouvoir gagner cette guerre chacun de son côté. En conséquence, l’organisation de la cyberdéfense aux niveaux stratégique, opératif et tactique demande beaucoup de souplesse et d’adaptation. Enfin, la frontière entre les opérations extérieures et la sécurité intérieure s’efface.

Propagande terroriste. Daech, n’est pas seulement une organisation terroriste, mais aussi un « proto-État » avec la notion de territoire et l’utilisation de symboles, estime Nicolas Mazzuchi. Le cyberespace facilite l’action du faible au fort. Par suite des changements fréquents des chefs chez Daech, les nouveaux cadres supérieurs, plus jeunes, comprennent l’usage du cyberespace. Ils ont acquis la capacité de créer des jeux vidéo à la gloire de Daech, imposer son drapeau noir sur un site ou diffuser des atrocités en vidéo. La combinaison avec d’autres moyens leur permet de concevoir des actions terroristes, en raison de l’accroissement des vulnérabilités dues aux « systèmes de contrôle et d’acquisition de données » (SCADA en anglais) sur les victimes ou les futures recrues connectées. Selon Alice Lacoye-Matteus, Daech maîtrise les tuyaux techniques (piratage de TV5 Monde en avril 2015) et l’analyse du contenu des messages. Justifiant sa gouvernance par la religion, il a aussi acquis une assise politico-militaire, qui lui permet de recruter sur les réseaux sociaux 30 % de personnes de moins de 50 ans ayant une expérience du combat. Pour contrer la propagande de Daech, plutôt qu’une censure facile à contourner, Alice Lacoye-Matteus recommande d’exposer, notamment, la contradiction entre son rigorisme religieux et l’opulence matérielle de ses dirigeants ou sa justification religieuse de l’esclavage. Son archétype masculin et guerrier repose sur l’épopée de l’émir Chamil, résistant du Caucase, qui avait négocié sa reddition au tsar en 1859 !

Loïc Salmon

Cyberdéfense militaire : DEFNET 2015, exercice interarmées à tous les niveau

Cyber : de l’omniprésence à l’hyperpuissance

Terrorisme djihadiste : prédominance de la dimension psychoculturelle

Les statuts fondateurs de l’association à but non lucratif « Pôle d’excellence cyber » ont été signés, le 24 septembre 2015 à Paris, par le ministre de la Défense et le président du Conseil régional de Bretagne. Lancé en février 2014 au profit du ministère et de la communauté nationale cyber, ce pôle a pour mission de stimuler le développement de : l’offre de formations (initiale, supérieure et continue) et sécuriser la disponibilité des compétences qualifiées ; la recherche académique ; l’offre de services et de produits de confiance ; la base industrielle et technologique de cyberdéfense. Fort déjà de 50 partenaires qui travaillent en réseau, il regroupe notamment les équipes cyber du ministère de la Défense, des écoles et des universités, des laboratoires de recherche, des grands groupes prestataires et opérateurs d’importance vitale, des petites et moyennes entreprises innovantes et des agences de développement économique.




Défense : effectifs et engagements en 2014-2015

Le ministère de la Défense a rendu publiques, le 3 septembre 2015 à Paris, les données concernant les armées, compte tenu de l’actualisation de la Loi de programmation militaire 2015-2019. En crédits de paiements, la Défense reste le deuxième poste de dépenses de l’État, derrière l’Éducation nationale. Sur le plan budgétaire, le ministère de la Défense prend en charge la « défense » proprement dite de la nation, la mission « anciens combattants, mémoire et liens avec la nation » et le programme « recherche duale (civile et militaire) », intégré à la mission interministérielle « recherche et enseignement supérieur ». Fin 2014, les effectifs du ministère se montent à 270.849 personnels, dont 208.916 militaires, âgés de 33,2 ans en moyenne, et 61.933 civils (47,4 ans). L’armée de Terre emploie 8.403 civils et 111.628 militaires, dont 14.418 officiers, 38.740 sous-officiers, 57.826 militaires du rang et 644 volontaires. La Marine nationale compte 2.830 civils et 36.044 militaires, dont 4.617 officiers, 23.905 officiers mariniers (sous-officiers), 6.765 quartiers-maîtres et matelots et 757 volontaires. L’armée de l’Air dispose de 5.187 civils et 43.597 militaires, dont 6.679 officiers, 25.584 sous-officiers, 11.259 militaires du rang et 75 volontaires. La proportion élevée de sous-officiers dans la Marine et l’armée de l’Air s’explique par leur niveau de technicité plus élevé et nécessitant une formation plus longue que dans l’armée de Terre. En outre, les Services de santé, du commissariat et des essences des armées totalisent 45.513 civils et 17.647 militaires, dont 9.303 officiers, 6.794 sous-officiers, 878 militaires du rang et 672 volontaires. Hors Gendarmerie nationale, la réserve citoyenne (bénévole) compte 2.435 personnes et la réserve opérationnelle (volontaires sous engagement à servir dans la réserve) 27.785. Cette dernière se répartit ainsi : armée de Terre, 55,6 % ; Marine nationale, 16,9 % ; armée de l’Air, 15,6 % ; Service de santé, 11 % ; Service du commissariat, 0,3 % ; Service des essences, 0,2 % ; Délégation générale de l’armement, 0,4 %. Une partie de tous ces personnels est envoyée en opérations extérieures (voir carte, situation en juillet 2015). La bande sahélo-saharienne mobilise 3.585 personnes des armées de Terre et de l’Air. En Afrique de l’Ouest, la Marine déploie 350 militaires pour l’opération « Corymbe » dans le golfe de Guinée. En Afrique Centrale (République Centrafricaine), les armées de Terre et de l’Air disposent de 930 personnes. En océan Indien, la Marine déploie 570 militaires, surtout dans le golfe d’Aden. Au Proche-Orient, les trois armées mobilisent 900 personnels dans le cadre de la Force intérimaire des Nations unies au Liban. Au Moyen-Orient, elles en déploient 700 dans l’opération « Chammal » (Irak). En outre, 40 militaires français participent à des opérations sous l’égide de l’ONU, de l’Union européenne ou de l’OTAN : 13 dans le Sahara occidental ; 12 en République démocratique du Congo ; 5 au Libéria, dans le Sinaï et en Bosnie-Herzégovine ; 10 en Côte d’Ivoire. Par ailleurs, hors opérations extérieures, des forces françaises sont prépositionnées au Sénégal (350), en Côte d’Ivoire (600), au Gabon (450), dans les Émirats arabes unis (650) et à Djibouti (1.750). Pour garantir la souveraineté de la France, d’autres sont stationnées en permanence aux Antilles (1.250), en Guyane (2.300), en Zone Sud de l’océan Indien (1.950), en Nouvelle-Calédonie (1.600) et en Polynésie française (1.200). Enfin, les armées assurent la dissuasion nucléaire et la protection du territoire national.

Loïc Salmon

Défense : actualisation de la LPM 2014-2019

L’océan Indien : espace sous tension

Golfe de Guinée : zone de crises pour longtemps




Opex : retour d’expérience des hélicoptères de combat

Dans les opérations extérieures (Opex) en interarmées, les hélicoptères apportent une plus-value en termes de modes d’action dans des conditions extrêmes et dans la durée.

Ces questions ont été abordées au cours d’un colloque organisé, le 18 juin 2015 au Salon international de l’aéronautique et de l’espace du Bourget (région parisienne), par le Commandement de l’aviation légère de l’armée de terre. Y sont notamment intervenus : le général Jean-Pierre Bosser, chef d’état-major de l’armée de Terre ; le colonel Hervé Auriault, Commandement des forces terrestres ; le colonel Bernard Tardy, Commandement des forces aériennes ; le capitaine de vaisseau Frédéric Babin Chevaye, chef d’état-major de la Force de l’aéronautique navale.

La manœuvre aéroterrestre. Depuis 2010, l’aérocombat s’est exercé dans des milieux très différents : Libye, Somalie et Centrafrique. Les hélicoptères combinent une attaque au sol avec une unité d’infanterie ou de cavalerie. Selon le colonel Auriault, cette intégration complète à la manœuvre interarmes résulte d’une culture de « terrien » : les équipages, formés dans l’armée de Terre, connaissent les combattants au sol et leur environnement. Elle implique une forte capacité d’adaptation et un emploi coordonné ou autonome des appareils. Le succès d’une opération combinée repose sur la capacité de s’engager et se déployer avec et comme les unités au sol. Leur préparation opérationnelle commune exige de maîtriser la totalité du spectre des missions en interarmées. Ainsi, les opérations au Mali ont nécessité : renseignement par les drones moyenne altitude longue endurance de l’armée de l’Air ; frappes programmées des avions de chasse ; interception et neutralisation de l’adversaire dans la profondeur par les hélicoptères ; ravitaillement en carburant, vivres et munitions par le bataillon logistique ; reconnaissance et escorte du soutien logistique pour les troupes au sol, qui saisissent et détruisent les caches d’armes ; contrôle combiné des espaces sensibles. Les appareils de nouvelle génération (Tigre et NH 90 Caïman) augmentent autonomie, puissance de feu et capacité de protection. Les plus anciens (Super Puma et Gazelle) conservent une capacité de résilience dans la durée. La maintenance constante des hélicoptères exige la présence permanente des mécaniciens. Une masse de manœuvre d’une vingtaine d’hélicoptères permet de tenir un engagement pendant 2 à 4 mois. Enfin, le commandement des hélicoptères nécessite une boucle décisionnelle courte, en vue d’une très forte réactivité pour exploiter l’occasion. La chaîne de l’aérocombat inclut brigade, régiment, groupement tactique interarmes et patrouille.

L’armée de l’Air. Les hélicoptères Fennec, Puma et Caracal, engagés en permanence en Opex, allient polyvalence, souplesse d’emploi et interopérabilité, explique le colonel Tardy. Leurs missions couvrent un large spectre : renseignement par les Fennec dans l’opération « Sangaris » en Centrafrique depuis 2013 ; action en Somalie (2013) par les Caracal ; reconnaissance armée et appui feu au canon de 20 mm par les Fennec en Centrafrique et par les Puma dans l’opération « Barkhane » (Tchad, Niger et Centrafrique, 2014) ; aéromobilité des troupes dans les opérations « Pamir » (Afghanistan, 2006-2013), « Serval » (Mali, 2013) et « Barkhane » ; contribution permanente aux opérations spéciales avec l’escadrille spéciale d’hélicoptères de l’escadron 1/67 (EH 1/67) puis au sein du 4ème Régiment d’hélicoptères des forces spéciales, dont l’opération « Sabre »  (Mauritanie, Burkina Faso et Niger, 2012) ; évacuation de personnel pendant « Pamir », « Harmattan » (Libye 2011), « Serval », « Barkhane » et « Bois Belleau » (golfe Arabo-Persique et océan Indien avec le groupe aéronaval, 2014). La recherche et le sauvetage de combat (Resco), du ressort des Caracal, consistent à récupérer un ou plusieurs personnels isolés en zone hostile. Ils concernent le segment héliporté et la capacité à intégrer et diriger, dans certaines phases de la mission, un dispositif aérien complexe, national ou interalliés (États-Unis), avec des procédures standardisées OTAN. L’armée de l’Air a déployé 3 de ses 5 Caracal dans l’opération « Baliste » (2006) pour évacuer des ressortissants français et européens hors du Liban. L’emploi des Caracal, ravitaillables en vol (photo), nécessite une forte intégration avec les unités spéciales : Commandos parachutistes de l’air N°10 (assistance, soutien, neutralisation et renseignement au profit du Commandement des opérations spéciales), N°20 (participation aux mesures actives de sûreté aérienne) et N°30 (Resco) ; service action de la Direction générale de la sécurité extérieure. Les Opex mobilisent en permanence 25 %-35 % des équipages des Caracal, 40 %-50 % de ceux des Puma de l’EH 1/67 et 30 % des équipages des forces spéciales.

La Marine nationale. Par leur allonge, les hélicoptères de combat embarqués donnent, aux bâtiments une capacité d’action susceptible de modifier le rapport de forces. Les Lynx sont déployés sur les frégates anti-sous-marines, les Panther sur les frégates antiaériennes et de type La- Fayette (à faible signature radar) et les Caïman, plus lourds, sur les frégates de défense arienne, les frégates multimissions et le porte-avions Charles-de-Gaulle. Compte tenu de l’environnement marin, tous disposent d’outils spécifiques (capacité de pliage, roues et harpon d’appontage), d’un radar et d’une caméra infrarouge pour détecter les navires militaires dans les eaux internationales. Dans le cadre de l’opération « Chammal » (golfe Arabo-Persique, depuis 2014), ces appareils ont été intégrés à un groupe aéronaval américain pour sécuriser la zone et recueillir des renseignements sur les unités navales et drones iraniens (identification nocturne et suivi des activités). L’information est partagée pour éviter de provoquer des tirs iraniens. Au cours de l’opération européenne « Atalante » (côte somalienne et océan Indien, depuis 2008), le renseignement d’origine électromagnétique porte sur les boutres et skiffs des pirates et les navires détournés et transformés en « bateaux mères ». Déjà, 190 tirs d’avertissement ont été autorisés et une action héliportée a permis de capturer des pirates à terre. La détection sous-marine se fait par immersion variable d’un sonar actif, largage de bouées actives ou passives et confirmation par caméra infrarouge. Lors de l’opération « Arromanches » (golfe Arabo-Persique, 2015), les hélicoptères du Charles-de-Gaulle ont établi, par radar, la situation maritime, transmise par la liaison tactique 11. Enfin, des torpilles MU90 héliportées peuvent détruire des patrouilleurs dans une zone de crise.

Loïc Salmon

Territoire national : emploi des hélicoptères en interarmées

ALAT : forte qualification et uniquement de l’opérationnel

Libye : bilan du Groupe aéromobile dans l’opération Harmattan

Selon le général Jean-Pierre Bosser, les opérations extérieures se caractérisent par une menace plus diluée et plus mobile, avec des élongations majeures et une capacité de frappe dans la profondeur. Dans un conflit asymétrique, l’affrontement final, face à face avec l’adversaire, nécessite des matériels protégés et une forte puissance de feu. La technologie des hélicoptères permet d’attaquer jour et nuit et de fusionner le renseignement avec celui des drones.




Centrafrique : l’opération « Sangaris » au niveau « opératif »

L’intervention française « Sangaris », courroie d’entraînement de l’action internationale, a conservé l’initiative dans un environnement caractérisé par la surprise et la versatilité.

Le colonel Arnaud Goujon, ancien responsable de la conduite des opérations au niveau de l’état-major de théâtre implanté à Bangui, a présenté la situation au cours d’une conférence-débat organisée, le 19 mai 2015 à Paris, par le Centre d’études stratégiques de l’armée de Terre.

Constats clés. Plus haut niveau du commandement militaire projeté sur un théâtre, le commandement « opératif » gère et évalue dans la durée les effets de l’intervention. Il recouvre des dimensions militaire, civilo-militaire et politico-militaire. Y sont impliqués le général commandant la force « Sangaris », l’ambassadeur de France en Centrafrique et l’attaché de Défense à Bangui. La situation, volatile, incertaine, complexe et ambiguë, nécessite une solution globale avec des volets militaire, économique, international et diplomatique. La crise, déclenchée localement, s’est étendue aux niveaux national et régional. Les groupes armés se disputent les ressources pétrolières et diamantaires du pays. En outre, la transhumance saisonnière des troupeaux vers le Nord atteint la frontière Sud du Tchad, qui se préoccupe de sa sécurité. Des autorités politiques de transition, au pouvoir limité et à la liberté d’action faible, dirigent l’État centrafricain. Elles parviennent difficilement à lever l’impôt, à identifier les fonctionnaires et à connaître leur disponibilité. Faute d’un gouvernement légitimé par des élections, les divers groupes armés tentent en permanence de tester les failles de l’administration en créant des polices parallèles. Parmi eux, figurent les « anti-balaka », parfois soutenus par d’anciens militaires des forces armées centrafricaines fidèles à l’ancien président François Bozizé, porté au pouvoir par un coup d’État en 2003 et renversé en mars 2013. Ils s’opposent notamment aux milices de la  « séléka » à majorité musulmane et fidèles à Michel Djotodia, qui s’est autoproclamé président en mars 2013 puis a démissionné en janvier 2014. Tout le monde se connaît. Les intérêts politiques diffèrent, mais les intérêts économiques convergent vers le commerce avec le Cameroun. Victime des nombreuses exactions, une grande partie de la population civile, musulmane ou chrétienne, fuit dans la brousse. Il s’ensuit une grave crise humanitaire, aggravée par l’insécurité dans le pays. En conséquence, l’état-major « opératif » de « Sangaris » s’est doté d’une cellule civilo-militaire composée de quelques personnes pour les liaisons avec les organisations non gouvernementales et la coordination avec les moyens humanitaires de l’ONU.

Opérer en Centrafrique. Le 23 juillet 2014, les belligérants ont signé un accord de cessation des hostilités à Brazzaville. Toutefois, l’environnement reste imprévisible. Il est en effet difficile d’identifier les risques en raison des interactions entre « Sangaris », la MINUSCA (Mission intégrée multidimensionnelle de stabilisation des Nations Unies en République centrafricaine) et les groupes armés, dont la zone d’action se réduit progressivement. De mars à octobre 2014, l’état-major « opératif » de la force « Sangaris » aura planifié le passage de relais à la MISCA (Mission internationale de soutien à la Centrafrique sous la conduite de l’Union africaine) puis à la MINUSCA, qui lui succède après la stabilisation de Bangui. « Sangaris » les appuie et les accompagne pendant leur montée en puissance. Elle doit adapter son tempo (mouvement d’exécution) à celui de la MISCA, dont le délai de déploiement du soutien est plus lent. En revanche, la MINUSCA dispose d’une organisation logistique plus opérationnelle. La saison des pluies, de juin à septembre, accroît les difficultés du terrain : il faut alors 48 h pour relier par la route Bangui à la frontière tchadienne, distante de 350 km. L’osmose entre la logistique et les opérations constitue un déterminant tactique, souligne le colonel Goujon, car un élément isolé ne peut rester sans appuis-feux. Opérer dans l’environnement centrafricain nécessite  la maîtrise du rapport de forces face à l’adversaire. Elle repose sur la connaissance de la situation, obtenue par les renseignements d’origines aérienne (avions Rafale), électromagnétique (radar) et humaine (population rencontrée sur la route). Leur mise en réseau permet de dialoguer avec le Centre de planification et de conduite des opérations à Paris et la base aérienne de N’Djamena au Tchad. Il s’agit de porter l’effort à bon escient avec un faible volume de forces. Mais, explique le colonel, la compréhension des événements prend du temps, parfois une journée, et influe sur le rapport de forces. La dangerosité varie avec l’adversaire. Les unités « séléka », composées d’une trentaine de combattants équipés de mitrailleuses de 14,5 mm, manœuvrent comme une armée régulière et à 2 heures de route de leur PC. Par contre, les « anti-balaka », au comportement irrationnel, prennent des risques inconsidérés et subissent les pertes les plus sévères.

Rétablir l’état de droit. La supériorité sur l’adversaire exige une coordination étroite entre « Sangaris », la MISCA et la MINUSCA, indique le colonel Goujon. Cette dernière dispose d’un mandat de dix ans pour reconstruire les forces armées et de sécurité intérieure de l’État centrafricain. Le processus électoral renforçant la légitimité du gouvernement, il s’agit de ramener les acteurs dans le jeu politique. A cet effet, le général Francisco Soriano, commandant de « Sangaris », s’est souvent déplacé à Bangui et en province pour délivrer le même message : expliquer aux anciens adversaires ce qui s’est produit et faire en sorte que cela ne se reproduise plus. Malgré les tentatives de coup d’État pour renverser le gouvernement de transition, le ralliement progressif au processus politique s’est manifesté par des consultations populaires dans toutes les préfectures et au Forum de Bangui (mai 2015). Finalement, le niveau « opératif » de « Sangaris » a permis de garantir l’action politique de la communauté internationale en toute transparence, conclut le colonel Goujon.

Loïc Salmon

D’une superficie de 600.000 km2, la République centrafricaine (RCA) produit surtout du bois, du café et des diamants. Elle compte 5 millions d’habitants, dont 50 % de chrétiens, 35 % d’animistes et 15 % de musulmans. Le taux d’alphabétisation est de 46 % et l’espérance de vie de 47 ans. Lors du déclenchement de l’opération « Sangaris » (décembre 2013), la RCA cumule difficultés intérieures et extérieures. Le niveau de décision « stratégique », concernant la nation, se trouve à Paris, le niveau « opératif » (théâtre) à Bangui, la capitale, et le niveau « tactique » (champ de bataille) à Bouar, ville de l’Ouest du pays. La force « Sangaris » (du nom de l’opération) déploie 2.000 hommes et 12 hélicoptères, sur un théâtre d’une élongation d’environ 1.000 km par la route ou la piste. Les journalistes intégrés au dispositif accompagnent le général commandant du théâtre « opératif », pour avoir accès à l’information.




Centrafrique : la sécurisation de zone, niveau tactique de l’opération « Sangaris »

niveau tactique de l’opération « Sangaris », centré sur la ville de Bouar (Ouest de la Centrafrique), se situe au plus près du terrain et au cœur des populations. Il nécessite subsidiarité, réversibilité, rusticité, sens de l’initiative et maîtrise des règles d’engagement (ouverture du feu).

Le colonel Damien Wallaert, ancien chef du Groupement tactique interarmes (GTIA) « Dragon », l’a expliqué au cours d’une conférence-débat organisée, le 12 mai 2015 à Paris, par le Centre d’études stratégiques de l’armée de terre.

Mission et moyens. La liberté d’action s’acquiert et se conserve par l’initiative dans un environnement hostile, rappelle le colonel. Ensuite, l’économie des forces (ravitaillement, munitions et pièces détachées) permet de durer. Enfin, la concentration des efforts au bon moment impose l’initiative à l’adversaire. La zone d’action du GTIA Dragon se compte, non pas en km, mais en heures de route pour acheminer les renforts. Au 8 mars 2014, son dispositif s’étend sur un axe Ouest-Est de la ville de Béloko (frontière camerounaise) à celles de Bouar, Carnot, Bossemptélé et Yaloké. En avril, il se prolonge vers l’Est jusqu’à Bossembélé et vers le Nord jusqu’à Bossangoa. Il s’agit de consolider la MISCA (encadré), faciliter les flux routiers en escortant les convois entre Bangui et Béloko et dissuader les « groupes armés récalcitrants » entre Béloko et Bouar, entre Bossembélé et Bossangoa ainsi qu’au Nord de cette dernière. Le GTIA, qui a connu 11 articulations au cours de son mandat, compte 9 sections de combat et un petit état-major. Chaque soldat connaît les règles d’engagement appropriées. Au cours des six mois précédents, tous les échelons ont reçu une formation aux entretiens, parfois difficiles, avec les Africains. Matériels ultramodernes et très anciens se côtoient. Tous les véhicules tiennent. Hélicoptères de transport, d’attaque et d’évacuation sanitaire contribuent à la sécurisation.

Contrer l’adversaire. Le renseignement permet d’anticiper les intentions d’un adversaire polymorphe : les anti-balaka », souvent sous l’emprise de la drogue ou de l’alcool, possèdent des fusils kalachnikov anciens et des armes blanches, frappent et fuient le combat ; les « Peuls », commerçants, se défendent eux-mêmes ; les « ex-séléka », anciens militaires détenteurs d’armes lourdes, savent manœuvrer et pratiquent le harcèlement. Certains manipulent la population dans les villages et provoquent des manifestations. Des miliciens armés, n’étant plus payés, vivent sur l’habitant. Diverses mesures sont mises en œuvre pour identifier ces réseaux, lutter contre les groupes armés et rétablir la confiance avec la population, à savoir actions ciblées sur les réseaux et saisies systématiques d’armement. Les forces de sécurité (policiers et gendarmes) en uniforme et se comportant normalement peuvent garder leurs armes. Les autres sont désarmés et éloignés d’une centaine de km. Leurs armes sont transférées à la MINUCA, puis détruites. Chaque semaine, une cinquantaine de patrouilles sont envoyées sur et en dehors de la route principale, où l’asphalte alterne avec la piste en terre battue. Pendant son mandat, le GTIA Dragon a fait face à 7 manifestations hostiles ou émeutes et 16 accrochages, du fusil de chasse à l’attaque directe contre un blindé. Le plus sérieux s’est produit le 5 mai 2014, à proximité de Boguila, (450 km de Bangui). Une patrouille est prévenue, par une image de renseignement, de l’arrivée d’un pick-up armé et de 13 motos dans 40 mn. Alertés, les avions de chasse ne seront sur place que dans 50 mn, soit après l’accrochage. La patrouille, commandée par un capitaine de 30 ans, marque l’interdiction de passer par la pose d’un tronc d’arbre en travers de la route. Ignorant le tir de semonce, la colonne adverse riposte à l’arme lourde. Le PC, informé en temps réel, donne les ordres. Le combat dure 5 h et se déroule conformément à l’entraînement reçu en France au camp de Mailly. Missiles anti-char et hélicoptères, venus de Bangui relayer les avions, sont utilisés. Finalement, une bombe de 250 kg, larguée par un Mirage 2000, anéantit le pick-up. Les autres assaillants s’enfuient. Le bilan s’établit à 5 tués, dont 2 de l’association non gouvernementale « Médecins sans frontières », sans perte ni blessé du côté français. Selon le colonel Wallaert, le rétablissement de la paix civile passe par une approche globale en matière de gouvernance, d’économie (achalandage des marchés) et de sécurité. Des formulaires très détaillés sont remplis quotidiennement dans chaque ville, en vue d’une synthèse hebdomadaire destinée au commandement de l’opération « Sangaris » à Bangui. Celle-ci a permis de rouvrir les écoles et de rétablir l’état de droit. La visite du président de la République François Hollande, à Bangui le 27 février, et celle de la présidente de transition centrafricaine Catherine Samba-Panza, à Bouar le 2 mai, ont eu un impact fort sur la population, souligne le colonel.

Conforter les troupes. Les soldats du GTIA Dragon, à peine sortis de l’opération « Sentinelle » à Paris (plan Vigipirate), ont connu trois semaines de pression pour assimiler la complexité des règles d’engagement. Les quatre mois suivants, ils ont mangé des rations de combat et dormi sur des lits de camp. Selon le colonel Wallaert, ils ont manifesté courage et capacité de résilience. « En situation de grand stress, on se rattache au drill, entraînement répétitif préalable ». Malgré la tension et la promiscuité, le rythme soutenu des activités évite tout manquement à la discipline. Le 1er mois se passe très bien. Le 2ème, le moral baisse. Le 3ème, la famille commence à manquer. Le 4ème, la date du retour étant connue, il faut profiter au maximum du contexte opérationnel. Les soldats doivent se passer de réseaux sociaux, par sécurité, et ne pas être perturbés par les événements en métropole. Trois semaines avant le départ, un psychologue leur explique la situation ainsi qu’à leur famille. Un médecin est présent en opération pour déceler les risques post-traumatiques. Trois semaines avant le retour, les familles sont reçues par un psychologue, qui leur présente la situation. Les soldats, eux, passent par quelques jours de détente à Chypre avant de rentrer en France.

Loïc Salmon

Centrafrique : l’opération « Sangaris » au niveau « opératif »

Centrafrique : l’opération « Sangaris » un an après

Centrafrique : mission accomplie pour la Force européenne

Le 5 décembre 2013, le dispositif français en République centrafricaine (600 militaires) est doublé par des renforts venus du Tchad et du Gabon pour éviter une catastrophe humanitaire dans le pays. L’opération « Sangaris » est lancée et mobilisera en tout  2.000 personnels. Cette décision présidentielle fait suite à la résolution 2127 du Conseil de sécurité de l’ONU, qui prévoit un soutien à la MISCA (Mission internationale de soutien à la Centrafrique sous conduite africaine), elle-même soutenue par les forces françaises avec autorisation de l’usage de la force. Entre mars et juin 2014, le groupement tactique interarmes « Dragon » est déployé sur la route logistique reliant la capitale centrafricaine Bangui au Cameroun, aux côtés des 5.800 militaires de la MISCA. Il est composé de l’état-major et des pelotons du 12ème Régiment de cuirassiers, de sections du Régiment de marche du Tchad, d’une compagnie du 3ème Régiment parachutiste de marine et d’un détachement de renfort.




Opération Serval, notes de guerre, Mali 2013

Véritable immersion dans l’opération « Serval », ce livre lève le voile sur les multiples préoccupations, et les émotions, du général qui doit suivre les événements, être joint à tout moment et prendre les bonnes décisions à temps.

Bernard Barrera l’a rédigé à partir de ses lectures, de son expérience et de ses notes quotidiennes du 12 janvier, quand il reçoit un appel du Centre de planification et de conduite des opérations à Paris, au 7 mai à son retour en France. Il vient de tourner une des pages les plus intenses de sa vie d’officier. Il a dû mener des combats aéroterrestres, en liaison avec les contingents africains, et s’occuper des affaires civilo-militaires. Après les brèves interventions des forces spéciales, il s’agit de reprendre les villes de Tombouctou, Tessalit et Gao aux djihadistes, de les pourchasser et de les neutraliser, en vue d’une normalisation politique du Mali. La manœuvre retenue ressemble aux exercices de l’École de guerre et l’itinéraire à celui de l’expédition française de Bamako à Tombouctou …en 1894 ! Dans une précédente affectation au cabinet militaire du Premier ministre, le colonel Barrera a étudié les données opérationnelles de la région. Devenu général, il fait présenter la situation, par son PC, au ministre de la Défense venu à Gao le 26 avril, avec les moyens de renseignement (écoutes électromagnétiques tactiques, drones et échanges avec la population), le repérage d’un groupe adverse et sa destruction par un tir d’artillerie. Il présente régulièrement aux médias les missions en cours et les possibilités de reportage au sein des unités, en fonction des contraintes opérationnelles et des consignes reçues. La brigade « Serval » doit aussi tenter de libérer les otages français, détenus à l’époque dans la région, et éviter que les journalistes présents sur place ne le soient à leur tour. Depuis le début de l’opération, s’y ajoute la pression des autorités politiques pour accélérer l’opération et aller plus loin et plus vite. Après la reconquête des villes, l’adversaire fuit le combat. Pour garder l’initiative sur lui, l’état-major doit déterminer zones et actions successives. Grâce à la méthode de raisonnement tactique, les options sont identifiées à partir de l’étude des djihadistes, du terrain, du cadre espace-temps et de la mission. Chaque mouvement est pensé selon les moyens logistiques et d’évacuation sanitaire. Dans les situations d’urgence en zone urbaine, il s’agit de bien se coordonner avec les alliés, afin d’éviter les tirs fratricides et les pertes collatérales parmi la population omniprésente. Avec sa conseillère juridique, le général élabore les règles d’ouverture du feu, variables selon les cas de figure, et les conduites à tenir vis-à-vis des prisonniers et des enfants-soldats. La découverte de ces derniers par les militaires français, qui ont des enfants du même âge, provoque chez eux un choc comparable aux pertes, subies et assumées, dans leurs rangs. Outre la chaleur, la gastro-entérite à répétition et l’usure précoce des matériels, ils font face aux attaques « asymétriques » : pistes minées, assassinats et attentats-suicides de djihadistes drogués à la kétamine, qui inhibe la peur et anesthésie la douleur des blessures. Les soldats de la brigade « Serval » ont réussi leurs missions grâce à leur courage et leur professionnalisme, souligne le général Barrera. Jeune lieutenant, il avait d’abord commandé des appelés en Allemagne, face à la menace soviétique.

Loïc Salmon

Armée de Terre : retour d’expérience de l’opération « Serval » au Mali

Armée de Terre : l’arme blindée cavalerie de demain après l’intervention au Mali

Lieutenants en Afghanistan, retour d’expérience

« Opération Serval notes de guerre Mali 2013 » par le général Bernard Barrera. Éditions du Seuil, 448 pages, 21,50 €